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La Russie 2.0

Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti
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L’avènement d’internet, une des plus grosses révolutions de l’après guerre, si ce n’est la principale a bien évidemment également concerné la Russie. Selon les statistiques, le pays comprendrait près de 46 millions d’internautes en 2010, sur 143 millions d’habitants. Le taux de pénétration d’Internet serait donc de 30% et près de 22% des Russes se connecteraient à Internet chaque jour, 9% au moins une fois par semaine. Les russes représentent aujourd’hui 3% des surfers du globe. La Russie est d’ailleurs le second pays européen après l’Allemagne quand au nombre d’utilisateurs, mais pourrait d’ici 2012 devenir le premier.
 
De 2002 à 2010 la hausse de l’accès à Internet a été exponentielle, une croissance assez bien répartie sur le territoire et que l’on ne retrouve que dans d’autres pays en forte croissance, comme la Chine (420 millions d’utilisateurs), l’Inde (239 millions d’utilisateurs) ou le Brésil (75 millions d’utilisateurs). Ces 4 pays, qui sont également connus sous le nom de les pays du BRIC, devraient du reste d’ici 2015 voir leur nombre d’utilisateurs à Internet doubler, atteignant 1,4 milliards de connectés.
Dans un pays qui a longtemps souffert du silence (sous l’URSS) et de l’absence de possibilité de réellement exprimer toutes ses opinions, l’internet Russe (ou Runet) est devenu en quelques années l’une des principales sources d’information, mais aussi d’expression des Russes. Runet est l’un des principaux symboles de l’ouverture de la Russie et une simple visite et lecture des nombreux blogs contenus permet de comprendre que la toile russe est l’une des plus libres du globe.
Selon le site d’information metrica.ru l’audience journalière de l’internet russe a par exemple atteint 38 millions en novembre 2010. La blogosphère Russe à littéralement explosé ces dernières années. Seraient aujourd’hui recensés dans l’internet Russophone, près de 30 millions de blogs, et leur influence ne cesserait de accroître en Russie, ceux-ci étant d’ailleurs de plus en plus cités par les médias traditionnels (6.000 fois en 2010 contre 30 fois en 2005). Pour nombre d’analystes, la blogosphère Russe pourrait d’ailleurs dans les prochaines années prendre le pas sur les médias traditionnels. Le net russophone n’est pas en reste sur les réseaux sociaux. Actuellement, les internautes se partagent  principalement entre deux principaux réseaux sociaux, Vkontakte et Odnoklassniki.
Il faut noter une particularité du Runet, celui justement d’être très orienté vers le “Made in Russia“ L’audience de ces deux sites est très fortement concentrée dans la tranche d’âge des 20 à 35 ans ce qui les place pour l’instant très loin devant l’américain Facebook quand à la fréquentation. Les Russes sont d’ailleurs les leaders planétaires du temps passé sur les réseaux sociaux, loin devant les brésiliens! Même le leader planétaire des moteurs de recherche, l’américain Google, ne perce pas en Russie puisque plus de 60% des recherches en ligne sont faites grâce au moteur de recherche Russe Yandex contre 20% pour Google.
En 2010 de nombreuses affaires ont créé des Buzz sur Internet en Russie, que l’on pense aux protestations pour la préservation de la forêt de Khimki, à l’accident de voiture du vice président de la société Loukoïl, aux manifestations contre les gyrophares ou encore lors des tragiques incendies de l’été dernier. Dans chacun des cas, les blogueurs ont enquêté, commenté, relayé, et réellement fait vivre l’information, pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli.
Lors des incendies, les blogueurs ont organisé des sites d’information par zones géographiques et des organisations de volontaires zone par zone pour aller combattre les incendies. Une réaction tout à fait surprenante et intéressante pour une société Russe que de nombreux commentateurs trouvent trop passive face au sens de l’histoire. Internet, via Youtube est notamment utilisé par les Russes, qui souhaitent communiquer, ou faire passer des messages au plus haut niveau de l’état. Le cas du policier Dymovski qui avait fait un message vidéo pour dénoncer la corruption dans la police. Celui ci a rapidement fait des émules et en 2010, ce sont les “partisans de la forêt“, un groupe terroriste qui avait pris le maquis en extrême orient qui s’est servi de Youtube pour communiquer. Plus récemment, en décembre dernier, une très forte activité Internet a permis aux participants des différentes manifestations ethniques de rapidement se réunir, s’organiser, mais également de faire passer nombre de messages jugés extrémistes.
L’impulsion vers ce nouveau média n’est pas comme beaucoup aiment à le laisser penser propre à la Russie dont les médias seraient verrouillés, mais un mouvement générationnel et global. En Russie, c’est d’ailleurs le président Medvedev qui est le plus célèbre des bloggeurs, puisque celui-ci a ouvert son propre blog sur la plateforme Live Journal (la principale plateforme d’hébergement de blogs en Russie) et celui-ci compte désormais plus de 200.000 abonnés. Mais le président n’est pas le seul, la plupart des hommes politiques, des élus locaux ont en Russie également leurs blogs, leurs pages personnelles sur lesquelles ils s’expriment, ouvertement. Ceux-ci ont du reste été priés par le président de tout simplement investir la blogosphère.
Preuve du dynamisme de la scène Internet en Russie, la possibilité de désormais déposer des noms de domaine en cyrillique afin de pouvoir répandre plus largement Internet et augmenter la pénétration sur le territoire, à travers des populations qui ne maitrisent pas forcément l’alphabet latin. Le processus a été rendu possible dès octobre 2009 et la première demande russe en cyrillique a été déposée le 21 janvier 2010.
Enfin, il semble difficile de parler d’Internet sans parler du risque croissant apporté par les virus, ces logiciels malveillants qui contaminent les ordinateurs qui ne sont pas protégés. Pour s’en prémunir, des anti-virus existent, comme celui de Kaspersky-Lab, une société russe, dont le siège est à Moscou et qui équipe aujourd’hui plus de 300 millions d’ordinateurs dans le monde. Une success-story “Made in Russia“ commencée en 1997 et qui s’inscrit parfaitement dans la thématique de modernisation qui entoure le développement de la Russie d’aujourd’hui.

Le rivoluzioni colorate in Eurasia (III)

 
Le rivoluzioni colorate ai confini della Russia

Dopo la caduta del muro di Berlino, la cortina di ferro si sposta verso Est. Il riflusso dell’influenza sovietica e in seguito della Russia porta a favorire indirettamente le mire geopolitiche atlantiste. L’estensione di NATO e Unione Europea sovrapposte crea una nuova divisione dell’Europa. Questa satellizzazione dei paesi dell’Est Europa da parte della NATO, ha fatto di una parte dell’Europa orientale una testa di ponte dell’America per attaccare l’Eurasia[30], secondo l’esperto Italiano di geopolitica Tiberio Graziani. Nel settembre 1997 uno dei più influenti politologi americani, Zbigniew Brzezinski[31], ha pubblicato un articolo[32] sulla geopolitica dell’Eurasia e il mantenimento della leadership americana che passa secondo lui da un parcellamento della Russia in tre stati distinti raggruppati sotto il nome di “Confederazione Russa”. Brzezinski propone questo parcellamento con lo scopo di liberare la Siberia occidentale e la sua vicina orientale dalla morsa burocratica di Mosca, affermando nella sua opera principale[33] che così (e soprattutto) “la Russia sarà meno propensa a nutrire ambizioni imperialiste” e dunque a impedire l’imposizione del controllo dell’America in Eurasia. Allo stesso modo, nella sfera d’influenza russa e nelle vicinanze delle sue frontiere, taluni alleati tradizionali della Russia, refrattari all’estensione della NATO, hanno resistito anch’essi a questa natoizzazione. Questi stati, strategici sia sul piano politico che su quello geografico, saranno dunque i bersagli dei colpi di stato democratici che chiamiamo rivoluzioni colorate.

La Serbia nel 2000, le reti Soros, l’Open Society, Freedom House e la NED hanno organizzato grandi manifestazioni nei due turni delle presidenziali del 2000. Sostenuta dai nazionalisti (come sarà nel caso dell’Ucraina), la rivoluzione ha preso il nome di rivoluzione dei bulldozer[34] poiché migliaia di minatori hanno utilizzato dei bulldozer per prendere d’assalto la capitale e il parlamento, e questo senza attendere il risultato delle elezioni, cosa che dice molto sul carattere democratico di questa rivoluzione. Il nuovo governo nominerà un primo ministro che sarà in seguito assassinato per aver consegnato Slobodan Milosevic al Tribunale Penale Internazionale, dove quest’ultimo morirà prima di essere giudicato. Le truppe americane installeranno la base militare di Bondsteel[35] in Kosovo e renderanno definitivamente questa provincia serba uno stato indipendente che non è ancora oggi, 10 anni dopo, riconosciuto dalla maggioranza dei paesi membri dell’ONU. Nel 2010, nel momento in cui il paese tenta faticosamente di negoziare l’adesione all’UE, la situazione economica è catastrofica e il potere indebolito non può pensare di vincere le prossime elezioni.

La Georgia nel 2003, secondo lo schema classico, l’opposizione denuncia le frodi elettorali dopo le elezioni legislative e scende in piazza. I manifestanti costringono il presidente Edouard Chevardnadze a fuggire prima ancora di prendere il potere. È la rivoluzione delle rose[36]. Il suo successore Mikhail Sakashvili apre il paese agli interessi economici americani e occidentali, e si muove in direzione dell’entrata nella NATO e nell’UE. Naturalmente rompe con il vicino russo. 5 anni più tardi, nell’Agosto 2008, Sakashvili bombarda la popolazione dell’Ossezia del Sud, massacrando numerosi osseti, di cui la maggior parte hanno la doppia nazionalità russa e georgiana, cosicché vengono mandati dall’ONU dei soldati russi per il mantenimento della pace. Mosca controbatte all’offensiva militare georgiana, che era stata appoggiata da strutture americane in Ucraina, e la costringe ad arretrare. Bilancio: il paese è devastato. Le elezioni del 2008, avendo visto la rielezione del presidente Sakashvili, sono state assai critiche perché giudicate al limite della democraticità.


L’Ucraina nel 2004: L’elezione presidenziale in Ucraina oppone Victor Ianoukovitch a Victor Iouchenko e Ioulia Timoshenko, questi ultimi con il sostegno dell’Ovest e della comunità internazionale. Dalla chiusura degli scrutini, vengono pubblicati risultati divergenti e migliaia di Ucraini si raggruppano nella piazza centrale di Kiev dove Viktor Iouchenko darà inizio alla resistenza non violenta contro la dittatura. L’OCSE e Freedom House condanneranno le falsificazioni elettorali mentre Vladimir Putin e Loukachenko riconosceranno la vittoria del candidato designato vincitore dalla commissione elettorale ucraina, Victor Ianoukovitch. Dopo 15 giorni di manifestazioni abilmente organizzate riunendo i movimenti liberali e l’estrema destra, sotto una forte pressione mediatica (OCSE, NATO, Consiglio  d’Europa, Parlamento europeo..) il risultato delle elezioni sarà infine annullato e verrà organizzata una terza elezione che vedrà la vittoria del candidato dell’Ovest, Viktor Iouchenko. È la rivoluzione arancione[37]. Dopo un mandato, il paese è in rovina, il presidente Iouchenko non sarà più rieletto nel 2009, ottenendo meno del 5% dei voti. Senza grande sorpresa, è Victor Ianoukovitch che prende il suo posto, grazie all’influenza della rivoluzione arancione e degli occidentali, l’ultra nazionalista Ioulia Timoshenko è accusata di corruzione.

Kirghizstan 2005: l’opposizione kirghisa contesta il risultato delle elezioni legislative e porta a Bichkek i manifestanti del Sud del paese che rovesciano il presidente Askar Akaïev. È la rivoluzione dei tulipani[38]. L’Assemblea nazionale elegge come presidente il candidato pro americano Kourmanbek Bakiev che occuperà contemporaneamente il posto di presidente e primo ministro. Stabilizzatasi la situazione, Bakaiev vende le poche risorse del paese a società statunitensi e installa una base militare USA a Manas. Accusato di corruzione e di aver lasciato aggravare la situazione economica, Bakiev è scacciato dal potere da una nuova rivoluzione popolare nel 2010[39].


Modus operandi del colpo di stato democratico


La logistica della comunicazione e dell’organizzazione delle manifestazioni che sono in certi casi durate alcune settimane, nel freddo glaciale dell’inverno ucraino, non ha lasciato nulla al caso. La calma e la rapidità della presa del parlamento, in un paese tanto instabile e violento com’è la Georgia, o il ruolo di una ONG vicina all’opposizione, la CESID[40], che contesterà i risultati delle elezioni dopo la loro proclamazione in Serbia, infine l’innescamento di manifestazioni coordinate in piazza, non sono neanch’essi dei rischi. In effetti questi avvenimenti sono il risultato di realtà permanenti formate alle tecniche dell’agitazione, e raggruppate in seno a diversi movimenti. Tali professionalità veramente rivoluzionarie sono finalizzate al rovesciamento del potere, spostandosi di stato in stato e di rivoluzione in rivoluzione per conto delle ONG, e quindi da interessi americani in Europa. Il punto comune di queste rivoluzioni è stata innanzitutto l’apparizione in ogni paese di movimenti giovanili assolutamente simili per il retroscena che per la forma, e che hanno applicato il medesimo metodo rivoluzionario. La prima rivoluzione colorata che si è svolta in Serbia nel 2000 è stata in gran parte organizzata da un movimento giovanile chiamato Otpor[41], vero motore delle contestazioni studentesche. Alexander Maric, uno dei quadri di Otpor, riconoscerà più tardi “i suoi legami diretti con alcuni membri del dipartimento di stato e della casa bianca e inoltre che il grosso dei finanziamenti proveniva dall’USAID, da Freedom House e dall’Open Society”[42]. Maric preciserà che “seminari di fomazione hanno avuto luogo a Budapest, Bucarest e in Bosnia nella primavera precedente agli avvenimenti”. Lì i militanti di Otpor hanno incontrato i responsabili dell’Albert Einstein Institute, così come i militanti del movimento polacco Solidarnosc[43]. La tecnica utilizzata, affermerà Maric, è direttamente ispirata alle tecniche d’azione non violente di Sharp e Ackerman, atte a: “discreditare il potere, incitare all’azione civica e alla manifestazione pacifica, il tutto supervisionato da un’associazione senza un esecutivo identificabile. […] Il movimento doveva inoltre presentarsi come apolitico e fare perno soprattutto sugli indecisi”[44]. Inoltre il gruppo doveva: “usare messaggi brevi, slogan, e i militanti dovevano essere scelti secondo la loro apparenza, per vendere l’immagine del movimento connotandolo di un aspetto romantico e libertario, così da ispirare le vocazioni”[45]. Infine il movimento poteva contare su un appoggio massivo del main-stream mediatico planetario, che si era assicurato di filtrare e selezionare le informazioni per poter presentare le manifestazioni come degli assembramenti spontanei di una gioventù che aspira alla libertà e alla democrazia, e che intende collaborare con la comunità internazionale.

Dopo la riuscita dell’operazione in Serbia, due quadri dell’Otpor, Aleksandar Maric e Stanko Lazendic saranno impiegati da Freedom House per fornire la propria conoscenza e la propria esperienza negli altri paesi sotto osservazione e apportare il loro sostegno alle rivoluzioni in Georgia nel 2003 e in Ucraina nel 2004. L’assistenza verterà tanto sulle tecniche di protesta non violenta che sulle negoziazioni con le autorità e ancora sulla logistica necessaria per tenere manifestazioni dalla durata di più settimane. Questo sarà in particolare il caso dell’Ucraina dove migliaia di tende e coperte sono messe a disposizione dei manifestanti per accamparsi nella piazza dell’indipendenza con un freddo glaciale. Durante l’occupazione della piazza vengono serviti dei pasti gratuiti. La segnaletica scelta per questi gruppi fratelli (i pugni tesi) lascia pochi dubbi sulla loro interdipendenza, sia che appartengano al gruppo ucraino Pora[46], al kirghiso Kelkel[47] o al georgiano Kmara[48]. Bisogna notare che nel numero dei paesi che non sono stati (ancora?) colpiti dalle rivoluzioni colorate, esistono già gruppi simili, per esempio sia in Bielorussia (Zubr[49]), che in Russia (Oborona[50]), che in Albania (Mjaft[51]), quest’ultimo paese essendo attualmente nella condizione di teatro di manifestazioni di cruciale importanza. Possiamo inoltre citare i movimenti uzbechi Bolga e Youkol, oltre che il movimento azero Jok. Costoro sono d’altronde i militanti del movimento georgiano Kmara che hanno accorpato i loro cugini russi di Oborona, gettando ulteriore benzina sul fuoco alle relazioni intrattenute dai due paesi. Quanto a Otpor, si è trasformato in un partito politico sebo nel 2003, mancando miseramente alle legislative dello stesso anno per confluire nel partito politico DS di Boris Tadic, l’attuale presidente. La maggior parte dei suoi membri si è riconvertita nei centri d’analisi politica locale come CANVAS e CNVR. Uno dei quadri, Ivan Marovic, dal 2003[52] ha cooperato con il già menzionato INCN e la compagnia York Zimmermann Inc., ed infine con una squadra di autori di giochi informatici (BreakAwat Ltd.) per l’elaborazione di un videogioco pubblicato nel 2005 (A Force More Powerfull. The Game of Nonviolent Strategy). Il gioco[53] si basa sulle differenti strategie e tattiche d’azione non violenta che sono state impiegate in tutto il mondo per rovesciare i «regimi dittatoriali» e i «nemici della democrazia e dei diritti dell’uomo», tra cui Milosevic. Così, il cerchio è chiuso e i collegamenti con le già citate teorie di Ackerman sullo sviluppo dei videogiochi ambientati in scenari reali, da cui far scaturire le rivoluzioni colorate, sono evidenti. Bisogna notare un’altra particolarità delle rivoluzioni colorate. Esse si fondano sulla restaurazione nazionale e l’anti imperialismo (russo o postsovietico, per slittamento semantico) e hanno visto la partecipazione attiva dei nazionalisti e di alcuni gruppi di estrema destra nei paesi coinvolti. Questo sarà in particolare il caso della Serbia e dell’Ucraina. Per questa ragione si è parlato di fronte arancio-bruno contro la Russia, a causa di una coalizione eteroclita che riunisce democratici pro-occidentali e movimenti di estrema destra, come i neo nazisti, apertamente anti russi. Tali alleanze si rafforzano oggi in Russia, dove una debole e parcellizzata opposizione liberale manifesta al fianco degli skinhead nazionalisti di sinistra, della fazione nazionale bolscevica, o dei principali movimenti di estrema destra.


Bilancio e futuro delle rivoluzioni colorate


Come abbiamo visto, l’obiettivo delle rivoluzioni colorate è di rafforzare la presenza americana (e quindi della NATO) nel cuore dell’Eurasia, intorno alla Russia, al fine di colpire gli obiettivi geostrategici e geopolitici teorizzati nel secolo scorso dagli strateghi geopolitici Mackinder e Spykman. È opportuno notare che costoro avevano visto bene, l’Eurasia si è rivelata come la zona più importante al mondo in termini di risorse energetiche, di popolazioni e di frontiere tra aree di civiltà. Certamente queste rivoluzioni presentano numerosi punti in comune, come il fatto di riguardare stati considerati strategici per ragioni geografiche o politiche (in quanto confinanti con la Russia) o ancora situati su corridoi energetici. Ma uno dei punti in comune delle rivoluzioni colorate è anche quello di tenere sotto controllo degli stati con regimi politici relativamente deboli o instabili. La Russia e la Bielorussia per esempio non sono state affatto scalfite da queste minacce, avendo notoriamente preso con rapidità le misure necessarie, essendo state le ONG vietate, e i mercenari della rivoluzione espulsi. La Russia ha d’altronde introdotto una novità, sviluppando un contro movimento giovanile su grande scala, quello dei Nashi[54], destinato a prevenire ogni tentativo di rivoluzione colorata in piazza poiché in grado di avere il sopravvento. Inoltre, sul territorio della federazione russa e in Bielorussia, le attività delle reti Soros e delle loro filiali sono state semplicemente vietate.

Per Karine-Ter-Sahakian[55], già nel 2008, i regimi nati da queste rivoluzioni colorate non avevano alcun futuro. Quest’ultima affermava che: “Il crollo delle rivoluzioni colorate nell’area postsovietica è assolutamente naturale, se non semplicemente inevitabile. La posta per la democrazia e il libero mercato, dei quali George Bush si riempiva la bocca con grande entusiasmo, si è palesata prematuramente”. Effettivamente, tali rivoluzioni colorate che hanno portato in gran parte nomi di fiori (rivoluzione dei tulipani, dei papaveri, delle rose) sono appassite. I casi dell’Ucraina e della Serbia sono emblematici dell’incapacità dei dirigenti messi al potere dalle rivoluzioni colorate di mantenere una stabilità economica minimale, e contemporaneamente aprire le loro economie agli interessi americani. Il movimento si è rivelato uno scacco per lo meno nel suo aspetto politico a lungo termine. La sua retorica e la sua tattica sono state perfettamente decriptate e decodificate. Contromisure efficaci sono state facilmente messe in atto e sperimentate in Russia e Bielorussia. Inoltre, è evidente che la crisi finanziaria ha diminuito i budget disponibili per le rivoluzioni colorate. Infine, la risposta russa, diplomatica e militare nell’agosto 2008. ha dimostrato che essa era pronta a opporsi a queste violazioni democratiche e a proteggere i suoi cittadini, anche al di fuori delle sue frontiere.


Ora, tutta l’energia intellettuale dissipata dai promotori delle rivoluzioni colorate nei diversi tentativi di destabilizzazione della Russia potrà utilmente essere impiegata, ad esempio, per misurare le conseguenze future della primavera araba poiché per il momento esse restano incalcolabili ma riguarderanno tanto l’Europa e la Russia quanto l’America.

[30] http://www.geostrategie.com/1490/les-etats-unis-utilisent-l%E2%80%99europe-comme-tete-de-pont-pour-attaquer-l%E2%80%99eurasie
[31] http://it.wikipedia.org/wiki/Zbigniew_Brzezinski
[32] http://www.comw.org/pda/fulltext/9709brzezinski.html
[33] Le grand échiquier, p 56
[34] http://fr.wikipedia.org/wiki/5_octobre_2000_en_Serbie
[35] http://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_Bondsteel
[36] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_des_Roses
[37] http://it.wikipedia.org/wiki/Rivoluzione_arancione
[38] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_des_Tulipes
[39] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_kirghize_de_2010
[40] http://en.wikipedia.org/wiki/CeSID
[41] http://fr.wikipedia.org/wiki/Otpor
[42] Patrice Vidal, Dans l’arrière cour de Moscou, p. 147 et 148
[43] http://fr.wikipedia.org/wiki/Solidarno%C5%9B%C4%87
[44] Patrice Vidal, Dans l’arrière cour de Moscou, p. 149-150
[45] Patrice Vidal, Dans l’arrière cour de Moscou, p. 151
[46] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pora
[47] http://en.wikipedia.org/wiki/KelKel
[48] http://fr.wikipedia.org/wiki/Kmara
[49] http://fr.wikipedia.org/wiki/Zubr_%28Bi%C3%A9lorussie%29
[50] http://www.oborona.org/
[51] http://en.wikipedia.org/wiki/Mjaft
[52] http://socio-anthropologie.revues.org/index1248.html
[53] http://www.aforcemorepowerful.org/game/index.php#about
[54] http://nashi.su/
[55] http://eafjd.eu/spip.php?breve1692

Le rivoluzioni colorate in Eurasia (II)

 
Alla base delle rivoluzioni colorate: il progetto di smembramento della Russia


La volontà di indebolire e smembrare la Russia in una moltitudine di stati è antica. All’epoca del grande gioco[6] nel 19° secolo, durante la lotta che oppose le potenze russa e britannica nell’Asia centrale e nel Caucaso, l’Inghilterra aveva ben compreso l’importanza e dunque la minaccia nei propri confronti delle recenti conquiste russe ai danni dell’impero Ottomano. Queste conquiste avevano aperto alla Russia la via per il Mediterraneo e per il mar Nero. Dal 1835 l’Inghilterra tenta quindi di destabilizzare la Russia in particolare con la consegna di armi al Caucaso (caso della goletta britannica Vexen[7]), o ancora con la creazione dei comitati Tchétchènes o Tcherkesses durante il congresso di Parigi del 1856, dopo la guerra di Crimea[8].
Il fronte caucasico sarà, nel corso del 20° e del 21° secolo, una sorta di zona debole tramite la quale l’Inghilterra e poi l’America tenteranno di destabilizzare la Russia. Agli albori del 20° secolo in effetti alcuni responsabili delle repubbliche musulmane di Russia, principalmente in Caucaso e nell’Asia centrale, tenteranno di organizzare la battaglia per l’indipendenza. Due linee si oppongono, i sostenitori di un nazionalismo territoriale e i sostenitori di un’unione panturca (essendo il ruolo degli intellettuali turchi che auspicano una riunificazione panturca relativamente importante all’interno di questi movimenti). Lo scopo degli “indipendentisti” diventa rapidamente quello di attirare le grazie delle democrazie occidentali e a questo titolo viene lanciato un “appello” al congresso di Versailles, con lo scopo di sostenere l’emergenza delle nazioni del Caucaso. 

I bolscevichi non lasciano molto spazio ad alcuna sorta di ambizione indipendentista, dal 1922 i principali responsabili politici indipendentisti saranno costretti all’esilio. Una prima ondata emigra verso Istanbul, cosa che discrediterà il movimento e lo confonderà con l’espansionismo turco, e una seconda ondata approda in Europa, soprattutto in Francia e Germania. La Francia a quest’epoca è già considerata dal Bachkir Zeki Velidov il “centro di combattimento turco-musulmano” contro la Russia. È Józef Piłsudski[9], primo ministro polacco, che forgerà il termine Prometeismo[10] per definire questo movimento. Rapidamente riviste prometeiste furono create in Francia, Germania, Inghilterra, Cecoslovacchia, Polonia, Turchia e ancora in Romania. Collo scoppio della seconda guerra mondiale e dopo il patto germano-sovietico i prometeisti si schierano, dalla costa dell’Inghilterra e dalla Polonia, contro la Germania e l’URSS. Il movimento “prometeista” trarrà beneficio da forti sostegni finanziari in Polonia e sostegni politici in Francia, tramite ad esempio il comitato Francia-oriente, sotto il patrocinio del presidente del senato Paul Doumer. Il principale progetto è stato la creazione di una federazione del Caucaso sul modello elvetico. Dopo la perdita della Polonia, il movimento fu imbrigliato dalle strategie naziste che prevedevano il frazionamento dell’URSS in piccole entità, più facili da controllare e sconfiggere militarmente. I Tedeschi creeranno proprio in questa ottica le legioni SS nel Turkestan russo così come delle divisioni nel Caucaso musulmano. In seguito alla vittoria dell’URSS e il riconoscimento delle sue frontiere da parte della SDN i prometeisti si rivolgono all’America con la creazione di una “lega prometeista della Carta Atlantica”. Dopo il sostegno turco-musulmano, quello cattolico e anticomunista, e infine quello nazista, il movimento troverà un appoggio inatteso nella CIA che ne farà uno strumento di lotta contro l’URSS in piena guerra fredda. La grande confusione ideologica che spicca da questo evolversi di fatti porterà allo sviluppo di una linea “prometeista” che si definirà per forza di cose come antirussa. Globalmente, si può parlare di una sorta di fronte Arancio-Verde, coalizione niente affatto eteroclita tra gli interessi occidentali e quelli islamico-indipendentisti del Caucaso, contro la Russia.


Dottrine geopolitiche, non violenza e ONG umanitarie

Dopo il secondo conflitto mondiale, l’Europa è come già detto divisa in due parti dalla cortina di ferro, l’URSS, considerata come principale potenza capace di dominare l’Eurasia, e le leghe prometeiste che auspicando la sua implosione in diversi stati sono sostenute dalla CIA. Gli strateghi statunitensi vogliono quindi applicare alla lettera gli insegnamenti geopolitici dei propri ideologi tentando di accerchiare la Russia con un reticolo di stati tampone permettendo loro di avanzare in Eurasia. Tale avanzamento sarà messo in atto in un modo completamente innovativo: organizzare una contestazione ai regimi di stampo non violento e apparentemente spontanea, per mezzo di un reticolo perfettamente organizzato. A tal fine, una serie di associazioni e ONG verranno create. Presentate come portabandiera della democrazia, esse sono soprattutto gli emissari politici dell’America nel seno degli stati giudicati poco affidabili e non democratici, vale a dire i paesi che non fanno parte dell’alleanza occidentale, generalmente appartenenti al gruppo dei non allineati. Il concetto non è dunque recente, risale agli anni 80, in piena guerra fredda. Si svilupperà in una costellazione di ONG che il governo Reagan finanzia per indebolire e contrastare l’influenza sovietica.
Le principali sono l’USAID[11], oltre che l’USIP[12], e ancora la NED[13], che è una scuola di quadri per il mondo intero, e che gestisce essa stessa le numerose associazioni liberali che promuovono i valori democratici. Nascono anche l’Institute for the Study of URSS e l’American Comitee for Liberation of Bolchevism[14], alle quali hanno contribuito leader prometeisti dopo il secondo conflitto mondiale. Si possono citare l’istituto Aspen[15], la Jamestown foundation[16] o ancora il comitato per i paesi del Caucaso[17], che ha organizzato, finanziato e sostenuto la Jihad contro i sovietici in Afghanistan. Questo comitato è un’emulazione di Freedomhouse[18], cuore del sistema, fondata nel 1941 per contrastare l’influenza nazista e che si trasformerà più tardi in direzione dell’anti sovietismo. La lista non potrebbe essere completa senza la Fondazione Héritage[19], fondata nel 1973, arma della dottrina Reagan antisovietica e oggi uno dei principali think-tanks conservatori americani. La rete Open Society[20] di Georges Soros, destinata a promuovere la libertà e la democrazia nel mondo postsovietico, tramite un certo numero di associazioni ad essa associate. E infine l’AEI[21], che è stato uno dei principali architetti della politica neoconservatrice dell’amministrazione Bush. L’AEI è sovente citato, insieme all’Heritage Foundation[22], come controparte del diritto della liberale think tank Brookings Institution[23].

L’Albert Einstein Institute[24] è un’organizzazione particolarmente peculiare, giacchè il suo fondatore Gene Sharp[25] è anche l’autore del libro From dictatorship to democracy, manuale veritiero  sull’azione non violenta e che sarà utilizzato dalla maggior parte delle organizzazioni di giovani finanziate da queste ONG per sovvertire i governi tenuti sotto osservazione. Gene Sharp ha politicizzato le tecniche d’azione non violenta nel contesto del rinnovamento della guerra fredda per preparare una eventuale resistenza in Europa nel caso di invasione dell’armata rossa. Questo filosofo relativamente poco conosciuto ha pubblicato tra il 1985 e il 2005 numerose opere su tali tecniche di resistenza non violenta. Dal 1987 ha fornito informazioni alla NATO. È importante notare che l’implicazione di Robert Helvey[26], un tempo responsabile della CIA, dagli anni 90 permetterà all’istituto di disporre di abbondanti finanziamenti dell’International Republican Institute (IRI), un think-tank vicino al partito repubblicano e inoltre uno dei quattro rami del National Endownment for Democracy (NED). Le teorie presentate sono da mettere in parallelo con le attività dell’ICNC[27] diretto da Peter Ackerman[28]. Quest’ultimo afferma la supremazia tattica dell’azione non violenta nel quadro globalizzato della società dell’informazione[29]. Sarà sempre lui a sviluppare l’idea di videogiochi con scenari basati sui teatri d’operazione reali o supposti (per il futuro) di tali rivoluzioni. Così le teorie di Sharp e Ackerman costituiscono le fondamenta del sistema della disinformazione globale e della guerra d’opinione, essenziale per scatenare le rivoluzioni non violente. Questo soft power incentrato sulla comunicazione via internet, sul giornalismo popolare e sui social network permette agevolmente la diffusione massiva di messaggi inverificabili che giocano sulla spontaneità. Tramite tali tecniche innovatrici e di soft power, la rivoluzione non violenta può essere quindi compresa in tutte le sue sfaccettature: la palesazione delle vie delle rivoluzioni colorate, l’utilizzo dei social network per destabilizzare gli stati o ancora la guerra d’informazione, o cyber-guerra, ugualmente non violenta. Si può affermare che pochi osservatori hanno realizzato l’importanza dei finanziamenti e l’ampiezza della portata di tutte queste organizzazioni, think tank e ONG. Allo stesso modo, pochi osservatori hanno compreso la loro origine comune in seno a un dispositivo unico, in una visione geopolitica.

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[7] Natalia Narochnitskaya, Que reste t-il de notre victoire, p 171
[8] Natalia Narochnitskaya, Que reste t-il de notre victoire, p 171
[25] http://fr.wikipedia.org/wiki/Gene_Sharp

[27] http://en.wikipedia.org/wiki/International_Center_on_Nonviolent_Conflict

Le rivoluzioni colorate in Eurasia (I)

La situazione del mondo arabo scossa dalle rivolte popolari rischia di culminare nella disintegrazione di taluni Stati e nel loro frazionamento in minuscole realtà. Uno scenario simile è stato previsto allo stesso modo per la Russia, ma tale scenario non ha alcuna possibilità di diventare reale[1].
Dimitri Medvedev, Vladikavkaz, Ossezia del Nord, 22 febbraio 2011.

Durante lo scorso decennio, una parte dei paesi dell’ex mondo sovietico, (Europa centrale e Asia centrale) è stato disintegrato da un’ondata di rivoluzioni. Queste rivoluzioni, o almeno quelle il cui corso è già concluso, hanno introdotto dei cambiamenti di potere e quindi d’orientamento politico in seno agli stati in questione. Tali cambiamenti di regime si sono tutti svolti secondo identici scenari, non violenti, e presentati dal main-stream mediatico come rivoluzioni democratiche, provocate da una gioventù avida di libertà e che intende far vacillare regimi politici cripto-sovietici, debolmente democratici e corrotti. Queste “rivoluzioni colorate[2]” o “rivoluzioni arancioni” (dal nome della rivoluzione in Ucraina), ci sono state presentate in un certo senso come complementari e conseguenti alle “rivoluzioni di velluto[3]” che hanno segnato l’inizio dell’emancipazione delle nazioni dell’Europa dell’Est dal giogo sovietico. Pertanto, come vedremo, questi cambiamenti politici non sono frutto del caso, né la conseguenza della volontà politica di un’opposizione democratica. Essi sono indiscutibilmente delle operazioni geostrategiche pianificate, organizzate dall’esterno dei paesi coinvolti.

Battaglia per l’Eurasia

Il 20° secolo ha visto il rimpiazzo del dominio inglese a causa della dominazione americana. Tale rimpiazzo di una potenza marittima da parte di un’altra non modifica l’approccio di questi stati verso il mondo, né tantomeno verso il continente. La necessità di ogni potenza dominante (Inghilterra del 19° secolo e America del 20°) di affermare la propria presenza nel cuore dell’Eurasia è essenziale e passa obbligatoriamente, lo vedremo, per un reflusso dell’influenza russa in questa zona, che corrisponde pertanto all’area straniera più prossima. Questa teoria dello sfondamento in Eurasia è un elemento essenziale da valutare per chi vuole comprendere la relazione dell’America con la Russia, come era stato durante il secolo precedente quella della Russia con l’Inghilterra, in seno al grande gioco[4] nell’Asia centrale. In effetti queste due potenze obbediscono alle medesime leggi geopolitiche e sottostanno ai medesimi limiti geografici. Il carattere insulare di entrambi gli stati fa che la loro volontà di dominazione mondiale passi per due restrizioni obbligatorie: in primo luogo il predominio dei mercati (da cui la loro potenza marittima) ma anche l’obbligo di non restare isolati, di ingerire nei centri geografici del mondo, là dove si trova concentrato il grosso della popolazione e delle risorse energetiche ma allo stesso tempo là dove si decide la Storia. Questo obiettivo deriva da una dottrina geopolitica anglosassone, che definisce i rapporti tra potenze mondiali come un’opposizione tra le potenze dette marittime (Inghilterra, America), e quelle definite continentali (Germania, Russia, Cina). Tale teoria è in particolare quella presentata da uno dei padri della geopolitica moderna, Halford Mackinder (1861-1947), che ha definito l’esistenza di un “cuore della Terra” (Heartland) situato nel centro dell’Eurasia, in una zona che copre l’attuale Siberia e il Caucaso. Mackinder teme (la sua teoria è precedente alla seconda guerra mondiale) che questa zona del mondo possa organizzarsi e divenire totalmente sovrana, escludendo così l’America (situata in un’isola decentrata) dalla gestione della politica mondiale. Il maggiore pericolo secondo Mackinder sarebbe stato un’alleanza dei due principali imperi continentali che sono la Germania e la Russia. Egli auspica dunque la costituzione di un fronte di stati in grado di impedire a una coalizione siffatta di venire alla luce. Nel 1945, l’URSS è vista per la sua dimensione e influenza come la principale potenza in grado di unificare l’Heartland. Essa è quindi diventata per forza di cose l’avversario principale dell’America.
Una seconda teoria sviluppata da Nicholas Spykman (1893-1943) considera che la zona essenziale non è tanto l’Heartland quanto la regione situata tra quest’ultima e le coste. Questa seconda teoria, che completa la prima, mostra l’importanza di impedire alla principale potenza continentale (l’URSS un tempo e dal 1991 la Russia) di ottenere uno sbocco sul mare. Per questo fine si è dovuto ugualmente formare un fronte di stati, ma questa volta atto alla creazione di un tampone tra l’URSS e i mari adiacenti (mare del Nord, mar Caspio, mar Nero, mar Mediterraneo). Questo contenimento continua ancora oggi secondo la storica Natalia Narochnitskaya e passa per “l’esclusione dal Nord della Russia dall’ellisse energetico[5] mondiale, zona che comprende la penisola araba, l’Iraq, l’Iran, il golfo persico, il Nord del Caucaso (Caucaso Russo) e l’Afghanistan. Concretamente si tratta di tagliare alla Russia l’accesso agli stretti, ai mari, agli oceani così come alle zone cariche di risorse energetiche, e quindi respingerla verso il Nord e verso l’Est, lontano dal Mediterraneo, dal mar Nero, dal mar Caspio. Ci sono quindi una prima linea di penetrazione che va dai Balcani all’Ucraina per il controllo del mar Egeo e del mar Nero, e una seconda linea che dall’Egitto va fino all’Afghanistan per il controllo del mar Rosso, del golfo persico, e del mar Caspio. Non c’è niente di nuovo in questa strategia, se non la corsa al petrolio che l’ha rilanciata”. Si tratta ancora una volta di separare la Russia dall’Europa occidentale, al fine di evitare le alleanze continentali, in particolare tra le due potenze che sono all’alba del 21° secolo la Russia in ascesa e la Germaina, prima potenza europea.

Vladimir ou Dmitri?

Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti

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Beaucoup de bruits circulent actuellement sur des tensions entre le président Dmitri Medvedev et le premier ministre Vladimir Poutine à moins d’un an des élections présidentielles. Après les huit ans de gouvernance Poutine de 2000 à 2008, la presse étrangère s’était empressée d’affirmer que celui-ci allait sans aucun doute modifier la constitution pour s’autoriser un troisième mandat. Il n’en a rien été.

Après la candidature de Dmitri Medvedev et son élection, la même presse avait affirmé que Poutine allait sans doute faire démissionner Medvedev pour pouvoir le remplacer. Là encore il n’en a rien été. Ces mêmes spécialistes spéculent aujourd’hui sur une hypothétique tension entre les deux hommes. Medvedev, nous dit-on, symboliserait une Russie plus ouverte et tournée vers l’ouest alors que le retour de Poutine à la présidence symboliserait au contraire le maintien d’un système politico-économique autoritaire et archaïque. Sans surprise, cette position est défendue par un certain entourage libéral proche de Dmitri Medvedev qui ne fait pas mystère de ses réticences à un éventuel retour de Vladimir Poutine au pouvoir.

La presse étrangère et notamment française n’a, il est vrai, cessé de spéculer sur la personnalité de Dmitri Medvedev, d’abord présenté comme une marionnette de Vladimir Poutine, puis comme un vrai libéral aux mains liées. Pourtant Dmitri Medvedev n’est pas cet homme mou ni libéral que la presse française nous décrit. Durant l’été 2008 c’est en tant que président qu’il prend la décision d’envoyer l’armée défendre les casques bleus russes et la population ossète, face à l’agression militaire de l’armée géorgienne.

A la fin de la même année, il menace sèchement de couper l’approvisionnement en gaz de l’Ukraine, si celle-ci ne règle pas ses impayés. Inlassablement, Dmitri Medvedev continue la même politique que celle entamée par Vladimir Poutine. Les deux hommes du reste s’échangent les rôles du bon et du méchant, achevant  de rendre totalement opaque leur relation tout comme leurs intentions pour 2012, qui sont devenues un réel casse tête pour les observateurs étrangers. Vladimir Poutine avait pourtant prévenu les occidentaux lors de l’élection de Dmitri Medvedev: “ne pensez pas que ce sera plus facile avec lui”.

Dmitri Medvedev n’est pas, il faut le rappeler, issu d’une quelconque structure de sécurité, mais de la société civile. Âgé de seulement 46 ans, il est d’une autre génération, ce qui explique son style plus moderne et plus jeune. D’un président à l’autre la Russie a toujours les mêmes objectifs: renforcer sa position sur la scène internationale en agissant pour la création d’un monde multipolaire, tout en développant son économie, encore trop dépendante des matières premières.

La Russie opère également un réel replacement géostratégique qui vise à la rapprocher de l’Europe. Le pouvoir de la nouvelle Russie n’a du reste cessé de rappeler l’appartenance du pays à la civilisation européenne. En ce sens, les propositions de Dmitri Medvedev de constitution nouvelle architecture de sécurité européenne, alternative à l’Otan, sont complémentaires des propositions formulées par Vladimir Poutine de création d’un marché économique continental commun.

Il faut bien comprendre la forme de continuité entre le pouvoir russe de Eltsine (embryon de démocratisation et volonté avortée de lutte contre la corruption), le redressement de la décennie Poutine (destiné à arrêter l’effondrement et remettre la Russie en ordre) et la période Medvedev (volonté de modernisation et développement). Bien sûr, la présidence Medvedev entre une guerre en 2008, une crise financière qui a sévèrement frappé le pays en 2008 et 2009 et un cataclysme climatique qui a touché l’économie en 2010 n’a pas été consacrée qu’à la modernisation.

Également, la stabilisation économique et politique issue de la gouvernance Poutine est acquise, et ne représente plus réellement un projet à établir, tout au plus à maintenir. Ainsi les principaux think-tanks du pouvoir ont très récemment publiés des projets de développement économique et social dans le cadre du plan de développement 2020. Contrairement à certaines affirmations,  la scène politique russe, bien que pour l’instant majoritairement dominée par le parti Russie Unie n’est pas du tout figée ou rigide. Le parti dominant à en son sein une réelle diversité, et de nombreux courants politiques, mais également des courants d’intérêts s’y font face. Le pouvoir n’a cessé par un système de vases coulissants d’intégrer des hommes de sensibilité politique différente, qu’il s’agisse de transfuges des divers principaux partis ou même à des personnalités issues de l’opposition libérales comme par exemple Nikita Belykh, nommé début 2009 gouverneur de la région de Kirov.

Ces élargissements qui devraient continuer, et peut même concerner d’autres franges non politiques de la société, oxygènent Russie Unie en évitant ainsi que le parti ne se coupe d’une potentielle tendance politique concurrente, et émergente. La Russie n’est plus l’Union Soviétique et la liberté d’expression y existe désormais. Il n’est donc pas anormal et même plutôt sain que des opinions diverses s’expriment, même autour du pouvoir. Il serait totalement irréaliste d’imaginer que des personnalités issues de tendances étatistes, voire anti occidentales, puissent toujours être sur la même longueur d’onde que des personnalités issues de la société civile et de tendances très libérales et pro-occidentales.

 

L’existence de désaccords politiques, d’une opposition des idées et des genres est une des conditions sine qua non du dialogue mais également de l’expression de la démocratie. Bien sur, nombre de commentateurs sont à l’affût d’une tension qui démontrerait “enfin” une hypothétique faillite d’un système Poutine, qui pour certains semblait évidente, que ce soit lors des dernières séries d’attentats ou lors des incendies de l’été dernier. Malheureusement pour ces analystes et comme l’a récemment affirmé Jean Radvanyi, directeur du centre franco-russe des sciences humaines et sociales à Moscou, à propos de la rivalité entre les deux hommes : “La rivalité se manifeste plus dans les commentaires de la presse que dans la réalité”.  Au jour d’aujourd’hui, il semble que le tandem fonctionne toujours parfaitement, les deux hommes étant parfaitement complémentaires.
Personne ne peut aujourd’hui prédire qui sera candidat en 2012. Une chose est certaine, comme le rappelait récemment l’expert Vladimir Frolov, Medvedev s’il souhaite être réélu en 2012 a impérativement besoin du soutien de Poutine et du parti Russie Unie et pas  l’inverse. En 2018, Dmitri Medvedev n’aura en outre que 53 ans, soit l’âge de Poutine lorsque celui-ci a entamé son second mandant en 2004. Sa carrière politique est donc, quoi qu’il arrive, sans doute très loin d’être terminée.

 

 

Bataille pour l’Eurasie (3)

Cet article a été publie originellement dans le second numéro de la revue perspectives libres

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 Modus opérandi  du coup d’état démocratique

 La logistique de communication et de d’organisation des manifestations qui ont dans certains cas durés des semaines, dans le froid glacial de l’hiver Ukrainien, n’a rien laissé au hasard. Le calme et la rapidité de la prise du parlement, dans un pays pourtant instable et violent comme l’est la Géorgie, ou le rôle d’une ONG proche de l’opposition, le CESID[1] qui contestera les résultats des élections avant leur proclamation en Serbie, puis le lancement des manifestations de rue coordonnées, ne sont pas non plus des hasards. En effet ces évènements sont le fait de réels permanents formés aux techniques de l’agitation, et regroupés au sein de divers mouvements. Ces véritables révolutionnaires professionnels vont organiser les renversements de pouvoir, tout en se déplaçant d’états en états et de révolutions en révolutions, pour le compte des ONG, et donc des intérêts américains en Europe. Le point commun de ces révolutions a d’abord été l’apparition dans chaque pays de mouvements de jeunesses absolument similaires tant sur le fond que la forme, et qui ont appliqué la même méthode révolutionnaire. La première révolution de couleur qui s’est déroulé en Serbie en 2000 a été en très grande partie organisée par un mouvement de jeunesse intitulé Otpor[2], véritable moteur des contestations étudiantes. Alexander Maric, un des cadres d’Otpor, reconnaitra plus tard “ses liens directs avec des membres du département d’état et de la maison blanche et aussi que le gros des financements venait de l’USAID, Freedom House et l’Open Society“[3]. Maric précisera que “des séminaires de formation ont eu lien à Budapest, Bucarest et en Bosnie pendant le printemps précédant les événements“. Les militants d’Otpor y rencontreront des responsables de l’Albert Einstein Institute, ainsi que des militants du mouvement Polonais Solidarnosc [4].
La technique utilisée, affirmera Maric, est directement inspirée des techniques d’actions non violentes de Sharp et Ackerman, visant à: “discréditer le pouvoir, inciter à l’action civique et la manifestation pacifique, le tout supervisé par une association sans exécutif identifiable. (…) Le mouvement devant en outre se présenter comme apolitique et viser surtout les indécis“[5]. En outre le groupe se devait : “d’user de messages courts, des slogans et les militants devaient être choisis selon leur apparence, pour vendre l’image du mouvement en lui donnant un aspect romantique et libertaire, à même d’inspirer des vocations“[6]. Enfin le mouvement pouvait compter sur un appui massif du main-stream médiatique planétaire, qui s’était assuré de filtrer et trier les informations pour pouvoir présenter les manifestations comme des rassemblements spontanés d’une jeunesse aspirant à la liberté et la démocratie, et souhaitant intégrer la communauté internationale.

 

Après la réussite de l’opération en Serbie, deux cadres d’Otpor, Aleksandar Maric et Stanko Lazendic seront employés par Freedom House pour aller dispenser leur savoir et leur expérience dans les autres pays visés et apporter  leur soutien aux révolutions en Géorgie en 2003 et en Ukraine en 2004. L’assistance portera tant sur les techniques de protestations non violentes que de négociations avec les autorités ou encore sur la logistique nécessaire pour tenir des manifestations durant plusieurs semaines. Cela sera particulièrement le cas en Ukraine ou des milliers de tentes et de couvertures sont mises à disposition des manifestants pour camper sur la place de l’indépendance dans un froid glacial. Pendant l’occupation de la place des repas gratuits sont servis. La signalétique choisie par ces groupes frères (le poing tendu) laisse peu de doute quand à leur interdépendance, que ce soit pour le groupe Ukrainien Pora[7], le Kirghize Kelkel[8]  ou le Géorgien Kmara[9]. Il est à noter que dans nombre de pays n’ayant pas (encore ?) été visés par des révolutions de couleur, des groupes similaires existent déjà, que ce soit par exemple en Biélorussie (Zubr[10]), en Russie (Oborona[11]) ou en Albanie (Mjaft[12]), ce dernier pays étant actuellement le théâtre de manifestations très importantes. On peut également citer les mouvements Ouzbeks Bolga et Youkol, ainsi que le mouvement azéri Jok. Ce sont d’ailleurs les militants du mouvement Géorgien Kmara qui ont entrainés leurs cousins russes d’Oborona, ajoutant ainsi encore de l’huile sur le feu aux relations tendues entre les deux pays.

 

Quand à Otpor, il s’est transformé en parti politique serbe en 2003, échouant lamentablement aux législatives de la même année avant de se fondre dans le parti politique DS de Boris Tadic, l’actuel président. La plupart de ses membres se sont reconvertis dans des centres d’analyse politique locaux tels que CANVAS et CNVR. L’un des cadres, Ivan Marovic, dès 2003[13], a coopéré avec l’ICNC déjà mentionné, et l’entreprise York Zimmermann Inc., ainsi qu’avec une équipe de concepteurs des jeux informatiques (BreakAway Ltd.) à l’élaboration d’un jeu vidéo paru en 2005 (A Force More Powerfull. The Game of Nonviolent Strategy). Le jeu[14] repose sur les différentes stratégies et tactiques d’action non-violente qui ont été employées à travers le monde pour renverser les « régimes dictatoriaux » et les « ennemis de la démocratie et des droits de l’homme », dont Milosevic.

 

Ainsi, la boucle est bouclée et les jonctions faites avec les théories d’Ackerman de développement des jeux vidéo sur des scénarios réels, ou à venir de révolutions de couleurs, cités antérieurement. Il faut noter une autre particularité des révolutions de couleur. Elles sont axées sur le renouveau national et l’anti impérialisme (Russe ou postsoviétique, par glissement sémantique) et elles ont vu la participation active des nationalistes et de certains groupes d’extrême droite dans les pays concernés. Ce sera particulièrement le cas en Serbie et en Ukraine. Pour cette raison, on a parlé de front Orange-brun[15] contre la Russie, à cause d’une coalition hétéroclite réunissant des démocrates pro-occidentaux et des mouvements d’ultra-droite, voire néo nazis, ouvertement anti Russes. Ces alliances se confirment aujourd’hui en Russie ou la faible et disparate opposition libérale manifeste à côté des skinheads nationalistes de gauche du part national bolchevique, ou du principal mouvement d’extrême droite.

 

Bilan et avenir des révolutions de couleur

Le but des révolutions de couleur nous l’avons vu est de renforcer la présence Américaine (et donc de l’Otan) au cœur de l’Eurasie, autour de la Russie, afin d’atteindre des objectifs géostratégiques et géopolitiques théorisés au siècle dernier par les stratèges géopolitiques Mackinder ou Spykman. Il est à noter que ceux-ci avaient vu juste, L’Eurasie se révélant comme la zone essentielle du monde en termes de ressources énergétiques, de populations et de frontières entre aires civilisationnelle.

 

Bien sur ces révolutions présentant de nombreux points communs, comme le fait de viser des états jugés stratégiques pour des raisons géographiques ou politiques (être des états frontaliers de la Russie) ou encore situés sur des corridors énergétiques. Mais l’un des points communs des révolutions de couleurs est également de viser des états avec des régimes politiques relativement faibles ou instables. La Russie et la Biélorussie par exemple n’ont pas du tout été inquiétés par ces menaces, notamment en ayant rapidement pris les mesures nécessaires, les ONG ayant été interdites, et les mercenaires de la révolution expulsés. La Russie à d’ailleurs innové en développant un contre mouvement de jeunesse à grande échelle, les Nashi[16], destiné à prévenir toute tentative de révolution de couleur dans la rue en étant capable de tenir le pavé. En outre, sur le territoire de la fédération de Russie et en Biélorussie, les activités du réseau Soros et ses filiales ont tout simplement été interdites.

 

Pour Karine-Ter-Sahakian[17], déjà en 2008, les régimes nés de ces révolutions de couleur n’avaient aucun avenir. Cette dernière affirmait que : “L’effondrement des révolutions de couleur dans l’espace postsoviétique est tout à fait naturel, voir simplement inévitable. L’enjeu de la démocratie et du libre marché, dont George Bush se gargarisait avec beaucoup d’enthousiasme, s’est avéré prématuré”. Effectivement, ces révolutions de couleurs qui portent pour beaucoup des noms de fleurs (révolution des tulipes, des œillets, des roses) ont fanés. Les cas de l’Ukraine et de la Serbie, sont emblématiques de l’incapacité des dirigeants issus des révolutions de couleur à maintenir une stabilité économique minimale, même en ouvrant leurs économies aux intérêts Américains. Le mouvement a été un échec du moins dans son aspect politique à long terme. Sa rhétorique et sa tactique ont été parfaitement décryptées et décodées.

 

Des contres mesures efficaces ont facilement pu être mises en place et ont fait leurs preuves en Russie et en Biélorussie. En outre, il est évident que la crise financière a diminué les budgets disponibles pour les révolutions de couleurs. Enfin, la riposte russe, diplomatique ou militaire en août 2008, à démontré qu’elle était prête à s’opposer à ces viols démocratiques et  à protéger ces citoyens, même à l’extérieur de ses frontières.

 

Maintenant, toute cette énergie intellectuelle dissipée par les promoteurs des révolutions de couleur dans diverses tentatives de déstabilisation de la Russie pourrait utilement s’employer à par exemple mesurer les conséquences à venir du printemps arabe car pour le moment, elles restent incalculables mais devrait concerner tant l’Europe et la Russie que l’Amérique.

 


[1] http://en.wikipedia.org/wiki/CeSID

[2]http://fr.wikipedia.org/wiki/Otpor

[3]Patrice Vidal – Dans l’arrière cour de Moscou, p. 147 et 148

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Solidarno%C5%9B%C4%87

[5]Patrice Vidal – Dans l’arrière cour de Moscou, p. 149 et 150

[6]Patrice Vidal – Dans l’arrière cour de Moscou, p. 151

[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pora

[8] http://en.wikipedia.org/wiki/KelKel

[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/Kmara

[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Zubr_%28Bi%C3%A9lorussie%29

[11] http://www.oborona.org/

[12]http://en.wikipedia.org/wiki/Mjaft

[13] http://socio-anthropologie.revues.org/index1248.html

[14] http://www.aforcemorepowerful.org/game/index.php#about

[15] http://www.win.ru/en/ideas/6645.phtml

[16] http://nashi.su/

[17] http://eafjd.eu/spip.php?breve1692

 

 

 

Bataille pour l’Eurasie (2)

 Cet article a été publie originellement dans le second numéro de la revue perspectives libres

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Doctrines géopolitiques, non violence et ONG humanitaires

Après le second conflit mondial, l’Europe est donc divisée en deux par le rideau de fer,  l’URSS considérée comme principale puissance capable de dominer l’Eurasie, et les ligues  prométhéennes qui souhaitent son implosion en divers états sont soutenues par la CIA. Les stratèges US vont alors appliquer à la lettre les enseignements géopolitiques de leurs  idéologues en tentant de ceinturer la Russie par un réseau d‘états tampons leur permettant de continuer à avancer en Eurasie. Ce réseau sera constitué d’une façon tout à fait novatrice : Organiser la contestation de régimes de façon non violente et faussement spontanée, au moyen d’un réseau parfaitement organisé. A cette fin, une série d’associations et ONG vont être créées. Présentées comme des relais de la démocratie, elles sont surtout les relais politiques de l’Amérique au sein d’états jugés peu fiables et non démocratiques, à savoir les pays qui n’appartenant pas à l’alliance occidentale, appartenaient généralement au groupe des non alignés. Le concept est donc ancien, il date des années 80, en pleine guerre froide. Il va se développer dans une kyrielle d’ONG que le gouvernement Reagan a financées pour affaiblir et contrer l’influence Soviétique.

 

Les principales sont l’USAID[1], ainsi que l’USIP[2], ou encore la NED[3], qui est une école de cadres pour le monde entier, et qui gère elle-même de nombreuses associations libérales de promotion des valeurs démocratiques. Il y a aussi l’Institute for the Study of URSS ou l’American Comitee for Liberation of Bolchevism[4] auxquelles ont contribué des leaders Prométhéens après le second conflit mondial. On peut citer l’institut Aspen[5], la Jamestown fondation[6] ou encore le comité pour la paix dans le Caucase[7], qui a organisé, financé et soutenu le Jihad contres les Soviétiques en Afghanistan. Ce comité est une émulation de Freedomhouse[8], cœur du système, fondée en 1941 pour contrer l’influence nazie et qui évoluera plus tard vers l’anti soviétisme. La liste ne saurait être complète sans la Fondation Héritage[9], fondée en 1973, arme de la doctrine Reagan antisoviétique et aujourd’hui l’un des principaux think-tanks conservateurs américains. Le réseau Open Society[10] de Georges Soros, destiné à promouvoir la liberté et la démocratie dans le monde postsoviétique, via un certain nombre d’associations sous traitantes. Enfin l’AEI[11] qui a été l’un des architectes majeurs des politiques néoconservatrices de l’administration Bush. L’AEI est souvent citée, aux côtés de l’Heritage Foundation[12], comme étant la contrepartie de droite du think tank libéral Brookings Institution[13].

 

L’Albert Einstein Institute[14] est une organisation particulièrement intéressante, puisque son fondateur Gene Sharp[15] est également l’auteur du livre De la dictature à la démocratie, véritable manuel de l’action non violente et qui sera utilisé par la plupart des organisations de jeunesses financées par ces ONG pour renverser les gouvernements visés. Gene Sharp a politisé les techniques d’action non violente dans le contexte du renouveau de la guerre froide pour préparer une éventuelle résistance en Europe en cas d’invasion de l’armée rouge. Ce philosophe assez peu connu à publié de 1985 à 2005 de nombreux ouvrages sur ces techniques de résistance non violente. Dès 1987 il a dispensé des formations au sein de l’OTAN. Il est à noter que l’implication de Robert Helvey[16], ancien responsable de la CIA dès les années 90 permettra à l’institut de disposer de financements abondants de l’International Republican Institute (IRI), un think-tank proche du parti républicain et également l’une des quatre branches de  la National Endowment for Democracy (NED). Ces théories sont à mettre en parallèle avec celles les activités de l’ICNC[17] dirigé par Peter Ackerman[18]. Ce dernier affirme la supériorité tactique de l’action non violente dans le cadre globalisé de la société de l’information[19]. C’est lui également qui va développer l’idée de jeux vidéos avec scénarios basés sur des théâtres d’opérations réels ou supposés (à venir) de ces révolutions. Ainsi les théories de Sharp et Ackerman sont les pierres angulaires du système de désinformation globale et de guerre de l’opinion, essentiel pour déclencher les révolutions non violentes. Ce soft power axé sur la communication par internet, le journalisme citoyen et les réseaux sociaux permet aisément la diffusion massive de messages invérifiables qui jouent sur le spontané. Par ses techniques novatrices et de soft power, la révolution non violente est donc à comprendre dans toutes ses facettes: les démonstrations de rues des révolutions de couleurs, l’utilisation des réseaux sociaux pour déstabiliser des états ou encore la guerre de l’information, voire la cyber-guerre, également non violente. On peut affirmer que peu d’observateurs ont réalisé l’importance des financements et l’ampleur de l’activité de toutes ces organisations, think tanks et ONG. De même, peu d’observateurs ont compris leur origine commune au sein d’un dispositif unique, à visée géopolitique.

 

Les révolutions de couleur aux frontières dela Russie

 

A la chute du mur de Berlin, le rideau de fer se déplace vers l’est. Le reflux de l’influence Soviétique et donc de la Russie va indirectement servir les visées géopolitiques Atlantistes. L’extension superposée de l’Otan et de l’Union Européenne crée une nouvelle division de l’Europe. Cette satellisation de pays Est Européens par l’OTAN, a fait d’une partie de l’Europe orientale une tête de pont de l’Amérique pour attaquer l’Eurasie[20] selon l’expert en géopolitique Italien Tibério Graziani. En septembre 1997, l’un des plus influents politologues Américain, Zbigniew Brzezinski[21] publie un article[22] sur la géopolitique de l’Eurasie et le maintien du leadership Américain qui passe selon lui par un découpage de la Russie en trois états distincts regroupée sous l’appellation “Confédération Russe“. Brzezinski  propose ce découpage dans le but de libérer la Sibérie Occidentale et sa voisine Orientale de la mainmise bureaucratique de Moscou tout en affirmant dans son ouvrage essentiel[23] qu’ainsi (et surtout) ” la Russie serait moins susceptible de nourrir des ambitions impériales”, et donc d’empêcher la prise de contrôle de l’Amérique en Eurasie. Également, dans la sphère d’influence Russe et près de ses frontières, certains alliés traditionnels de la Russie, réfractaires à l’extension de l’Otan, ont eux aussi résisté à cette Otanisation. Ces états, stratégiques tant politiquement que géographiquement seront donc les cibles de ces coups d’états démocratiques que l’on a appelé les révolutions de couleurs.

 

Serbie en 2000, les réseaux Soros, l’Open Society, Freedom House et  la NED organisèrent de grandes manifestations entre les deux tours de la présidentielle de l’année 2000. Soutenue par les nationalistes (comme ce sera le cas en Ukraine), la révolution a pris le nom de révolution des bulldozers[24] car des milliers de mineurs utilisèrent des bulldozers pour prendre d’assaut la capitale et le parlement et ce sans attendre le résultat des élections, ce qui en dit long sur le caractère démocratique de cette révolution. Le nouveau gouvernement nommera un premier ministre qui sera ensuite assassiné pour avoir livré Slobodan Milosevic au Tribunal Pénal International, ou ce dernier mourra avant son jugement. Les troupes Américaines installeront la base militaire Bondsteel[25] au Kosovo et achèveront de faire de cette province Serbe un état indépendant qui n’est toujours pas, 10 ans après, reconnu par la majorité des pays membres de L’ONU. En 2010, alors que le pays tente péniblement de négocier l’adhésion à l’UE, la situation économique est catastrophique et le pouvoir affaibli ne peut penser gagner les prochaines élections.

 

Géorgie en 2003, selon le schéma classique, l’opposition dénonce des fraudes électorales lors des élections législatives et descend dans la rue. Les manifestants contraignent le président Edouard Chevardnadze à fuir puis prennent le pouvoir. C’est la révolution des roses[26]. Son successeur Mikhaïl Sakashvili ouvre le pays aux intérêts économiques Américains et Occidentaux, et pense adhérer à l’OTAN et l’UE. Bien sur il rompt avec le voisin russe. 5 ans plus tard, en août 2008, Sakashvili bombarde la population d’Ossétie du Sud, tuant de nombreux Ossètes, dont la plupart ont la double nationalité russe et géorgienne, ainsi que des soldats Russes du maintien de la paix sous mandat de l’ONU. Moscou riposte et repousse l’offensive militaire géorgienne, qui avait été appuyée par des instructeurs Américains et Ukrainiens. Bilan : le pays est dévasté. Les élections de 2008, ayant vu la réélection du président Sakashvili, ont été très critiquées car jugées peu démocratiques.

 

Ukraine en 2004 : L’élection présidentielle en Ukraine oppose Victor Ianoukovitch à Victor Iouchenko et Ioulia Timoshenko, ces derniers ayant le soutien de l’Ouest et de la communauté internationale. Dès la clôture du scrutin, des résultats divergents sont publiés et des milliers d’Ukrainiens se regroupent sur la place centrale de Kiev ou Viktor Iouchenko appellera à la résistance non-violente contre la dictature. L’OSCE et Freedom House condamneront les falsifications électorales pendant que Vladimir Poutine et Loukachenko reconnaitront eux la victoire du candidat désigné vainqueur par la commission électorale Ukrainienne, à savoir Victor Ianoukovitch. Après 15 jours de manifestations savamment organisées réunissant les mouvements libéraux et l’extrême droite, avec une forte pression médiatique (OSCE, OTAN, Conseil de l’Europe, Parlement européen..) le résultat des élections sera finalement annulé et un troisième tour organisé qui verra la victoire du candidat de l’ouest, Viktor Iouchenko. C’est la révolution orange[27]. Après un mandat, le pays est ruiné, le président Iouchenko ne sera pas réélu en 2009, obtenant moins de 5% des voix. Sans grande surprise, c’est Victor Ianoukovitch qui l’emporte, pendant que l’égérie de la révolution Orange et des occidentaux, l’ultra nationaliste Ioulia Timoshenko est accusée de corruption.

 

Kirghizstan 2005 : l’opposition kirghize conteste le résultat des élections législatives et amène à Bichkek des manifestants du Sud du pays qui renversent le président Askar Akaïev. C’est la révolution des tulipes[28]. L’Assemblée nationale élit comme président le candidat pro Américain Kourmanbek Bakiev qui cumulera les postes de président et premier ministre. Lorsque la situation est stabilisée, Bakaiev vend les quelques ressources du pays à des sociétés US et installe une base militaire US à Manas. Accusé de corruption et d’avoir laissé s’aggraver la situation économique, Bakiev est chassé du pouvoir par une nouvelle révolution populaire en 2010[29].

 


[1] http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Agency_for_International_Development

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_des_%C3%89tats-Unis_pour_la_paix

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Endowment_for_Democracy

[4] http://en.wikipedia.org/wiki/American_Committee_for_the_Liberation_of_the_Peoples_of_Russia

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_Aspen

[6] http://en.wikipedia.org/wiki/The_Jamestown_Foundation

[7] http://www.freedomhouse.org/template.cfm?page=66&program=75

[8] http://www.freedomhouse.org/

[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/Heritage_Foundation

[10] http://en.wikipedia.org/wiki/Open_Society_Institute

[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/American_Enterprise_Institute

[12] http://fr.wikipedia.org/wiki/Heritage_Foundation

[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Brookings_Institution

[14] http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Einstein_Institution

[15] http://fr.wikipedia.org/wiki/Gene_Sharp

[16] http://www.aforcemorepowerful.org/films/bdd/story/otpor/robert-helvey.php

[17] http://en.wikipedia.org/wiki/International_Center_on_Nonviolent_Conflict

[18] http://en.wikipedia.org/wiki/Peter_Ackerman

[19] Patrice Vidal – Dans l’arrière cour de Moscou

[20] http://www.geostrategie.com/1490/les-etats-unis-utilisent-l%E2%80%99europe-comme-tete-de-pont-pour-attaquer-l%E2%80%99eurasie

[21] http://fr.wikipedia.org/wiki/Zbigniew_Brzezi%C5%84ski

[22] http://www.comw.org/pda/fulltext/9709brzezinski.html

[23] Le grand échiquier page 56

[24] http://fr.wikipedia.org/wiki/5_octobre_2000_en_Serbie

[25] http://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_Bondsteel

[26] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_des_Roses

[27] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_orange

[28] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_des_Tulipes

[29]http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_kirghize_de_2010

Bataille pour l’Eurasie (1)

Cet article a été publie originellement dans le second numéro de la revue perspectives libres

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La situation dans le monde arabe secoué par des révoltes populaires risque d’aboutir à la désintégration de certains Etats et leur fractionnement en petits éclats. Un scénario similaire a également été préparé pour la Russie mais ce scénario n’a aucune chance de réussir[1].

Dimitri Medvedev, Vladikavkaz, Ossétie du Nord, 22 février 2011.

Durant la dernière décennie, une partie des pays de l’ex monde Soviétique, (Europe centrale et Asie centrale) a été frappée par une vague de révolutions. Ces révolutions, du moins celles ayant abouti, ont entrainé des changements de pouvoir et donc d’orientation politique au sein des états concernés. Ces changements de régime se sont tous déroulés selon des scénarios identiques, non violents, et présentés par le main-stream médiatique comme des révolutions démocratiques, provoquées par une jeunesse avide de liberté et qui souhaitait faire vaciller des régimes politiques crypto-soviétiques, faiblement démocratiques, et corrompus. Ces “révolutions de couleur[2]“ ou “révolutions oranges“ (du nom de la révolution en Ukraine), nous ont été présentées en quelque sorte comme complémentaires et suite logique des “révolutions de velours[3]“ qui marquèrent le début de l’émancipation des nations est-européennes du joug Soviétique. Pourtant, comme nous allons le voir, ces changements politiques ne sont pas le fruit du hasard, ni la conséquence de la volonté politique d’une opposition démocratique. Elles sont bel et bien des opérations géostratégiques planifiées, organisées et dirigées de l’extérieur des pays concernés.

Bataille pour l’Eurasie

Le 20ème siècle a vu le remplacement de la domination Anglaise par la domination Américaine. Ce remplacement d’une puissance maritime par une autre ne modifiera pas l’approche de ces états à l’égard du monde, notamment continental. Cette nécessité pour toute puissance dominante (Angleterre au 19ème siècle et Amérique au 20ème) d’affirmer sa présence au cœur de l’Eurasie, est essentielle et passe obligatoirement nous allons le voir, par un reflux de l’influence Russe dans cette zone, qui correspond pourtant à son étranger proche. Cette théorie de la percée en Eurasie est un élément essentiel à intégrer pour qui veut comprendre la relation de l’Amérique avec la Russie, comme l’avait été au siècle précédent celle de la Russie avec l’Angleterre, au sein du grand jeu [4] en Asie centrale.

En effet ces deux puissances obéissent aux mêmes lois géopolitiques et aux mêmes contraintes géographiques. Le caractère insulaire de ces états fait que leur volonté de domination mondiale passe par deux contraintes obligatoires: d’abord la maitrise des mers (d’où leur puissance maritime) mais aussi l’obligation pour ne pas rester isolées, de s’ingérer dans centre géographique du monde, là ou se trouve concentré le gros de la population et des ressources énergétiques mais également là ou se décide l’histoire. Cet objectif émane d’une doctrine géopolitique anglo-saxonne, qui définit les rapports entre puissances mondiales comme une opposition entre les puissances dites maritimes (Angleterre, Amérique), et celles dites continentales (Allemagne, Russie, Chine). Cette théorie est notamment celle d’un des pères de la géopolitique moderne, Halford Mackinder (1861-1947), qui a défini l’existence d’un “pivot du monde“ (Heartland) situé au cœur de l’Eurasie, dans une zone couvrant l’actuelle Sibérie et le Caucase.

Mackinder redoutait (nous sommes avant la seconde guerre mondiale) que cette zone du monde ne s’organise et ne devienne totalement souveraine, excluant ainsi l’Amérique (située sur une île excentrée) de la gestion des affaires du monde. Le plus grand danger selon Mackinder serait une alliance des deux principaux empires continentaux que sont l’Allemagne et la Russie. Il appelle donc à la constitution d’un front d’états susceptibles d’empêcher une telle coalition de voir le jour. En 1945, l’URSS est vue de par sa taille et son influence comme la principale puissance susceptible d’unifier ce “Heartland“. Elle est donc devenue par défaut l’adversaire principal de l’Amérique.

Une seconde théorie développée par Nicholas Spykman (1893-1943) considère elle que la zone essentielle n’est pas tant le Heartland que la région intermédiaire entre ce dernier et les mers riveraines. Cette seconde théorie, complétant la première, montrait l’importance d’empêcher la puissance continentale principale (URSS hier et Russie dès 1991) d’avoir accès aux mers. A cette fin, un front d’états doit également être créé mais afin de créer un tampon entre l’URSS et les mers voisines (mer du nord, mer caspienne, mer noire, mer méditerranée).

Cet endiguement continue aujourd’hui pour l’historienne Natalia Narochnitskaya et passe par “l’exclusion de la Russie du nord de l’ellipse énergétique[5] mondiale, zone qui comprend  la péninsule arabe, l’Irak, l’Iran, le Golfe persique, le Caucase nord (Caucase russe) et l’Afghanistan. Concrètement il s’agit de couper à la Russie l’accès aux détroits, aux mers, aux océans ainsi qu’aux zones à forte ressources énergétiques, et donc la repousser vers le Nord et vers l’Est, loin de la Méditerranée, de la Mer noire, de la Mer caspienne.

Il y a donc une première ligne de pénétration allant des Balkans à l’Ukraine pour le contrôle de la mer Egée et de la mer Noire, et une seconde ligne allant de l’Égypte à l’Afghanistan pour le contrôle de la mer Rouge, du Golfe persique et de la mer Caspienne. Il n’y a rien de nouveau dans cette stratégie, sinon l’enjeu pétrolier qui l’a relancée“. Il s‘agit également de séparer la Russie de l’Europe occidentale, afin d’éviter les alliances continentales notamment entre les deux puissances que sont en ce début de 21ème siècle a Russie émergente et l’Allemagne, première puissance Européenne.

A l’origine des révolutions de couleurs: le projet de démembrement dela Russie

La volonté d’affaiblir et de démembrer la Russie en plusieurs états est ancienne. Lors du grand jeu[6] au 19ème siècle, pendant la lutte opposant les empires russes et britanniques en Asie centrale et dans le Caucase, l’Angleterre avait bien compris l’importance et donc la menace pour elle des récentes conquêtes russes aux dépens de l’empire Ottoman. Ces conquêtes ouvraient à la Russie, la voie de la méditerranée et de la mer noire. Dès 1835 l’Angleterre tente donc de déstabiliser la Russie par des notamment des livraisons d’armes dans le Caucase (affaire de la goélette Britannique Vexen[7]), ou encore par la création de comités Tchétchènes ou Tcherkesses lors du congrès de Paris en 1856, après la guerre de Crimée[8].

Ce front Caucasien sera, au cours du 20ème et 21ème siècle une sorte de zone molle par laquelle l’Angleterre puis l’Amérique tenteront de déstabiliser la Russie. Au début du 20ème siècle en effet des responsables des républiques musulmanes de Russie, principalement dans le Caucase et en Asie centrale, tenteront d’organiser la bataille vers leur indépendance. Deux lignes s’opposent, les partisans d’un nationalisme territorial et les partisans d’une union panturque (le rôle des intellectuels turcs appelant à la réunification panturque étant relativement importante au sein de ces mouvements). Le but de ces “indépendantistes” va rapidement être de s’attirer les grâces des démocraties Occidentales et à ce titre un “appel” fut lancé pendant le congrès de Versailles, supposé soutenir l’émergence des nations du Caucase. Les Bolcheviques ne laissant guère de place à de quelconques volontés indépendantistes, dès 1922, les principaux responsables politiques indépendantistes doivent s’exiler.

Une première vague vers Istanboul, ce qui discréditera le mouvement en le confondant avec l’expansionnisme turc et une seconde vague émigre en Europe notamment en France et en Allemagne.  La France est déjà qualifiée à cette époque par le Bachkir Zeki Velidov de “centre de combat Turco-musulman” contre  la Russie. C’est Józef Piłsudski[9], premier ministre Polonais, qui donna le nom de Prométhéisme[10] à ce mouvement. Rapidement une revue Prométhée fut créée en France, Allemagne, Angleterre, Tchécoslovaquie, Pologne, Turquie ou encore en Roumanie. Lorsque la seconde guerre éclate et après le pacte Germano-Soviétique les prométhéens se rangeront du côté de l’Angleterre et de  la Pologne, contre l’Allemagne et l’URSS.

Le mouvement « prométhéen » bénéficiera de soutiens financiers forts en Pologne et de soutiens politiques en France, via par exemple le comité France-orient, sous le parrainage du président du sénat Paul Doumer. Le principal projet était la création d’une fédération du Caucase sur le modèle helvétique. Après la perte dela Pologne, le mouvement fut happé par les stratèges nazis qui envisagèrent le morcellement de l’URSS en petites entités, plus faciles à contrôler et vaincre militairement. Les Allemands créeront notamment dans cette optique des légions SS au Turkestan Russe ainsi que des divisions dans le Caucase musulman. Après la victoire de l’URSS et la reconnaissance de ses frontières parla SDN les prométhéens se tournent vers l’Amérique avec la création d’une “ligue prométhéenne de la charte de l’Atlantique”.

Après le soutien Turco-musulman, le soutien Catholique et anti-communiste, puis le soutien nazi, le mouvement trouvera des soutiens inattendus au sein dela CIA qui en fera un instrument de lutte contre l’URSS en pleine guerre froide. La grande confusion idéologique qui ressort de ces évolutions amènera au développement d’une ligne “prométhéenne” qui se définira par défaut comme antirusse. Globalement, on peut parler d’une sorte de front Orange-Vert, coalition tout à fait hétéroclite entre intérêts occidentaux et intérêts islamico-indépendantistes du Caucase, contrela Russie.


[1] http://fr.rian.ru/politique/20110222/188688973.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volutions_de_couleur

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_de_velours

[4]http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Jeu_%28g%C3%A9ostrat%C3%A9gie%29

[5] http://www.idc-europe.org/fr/showerInformation.asp?Identificateur=18

[6]http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Jeu

[7]Que reste t-il de notre victoire par Natalia Narochnitskaya, page 171

[8]Que reste t-il de notre victoire par Natalia Narochnitskaya, page 171

[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%B3zef_Pi%C5%82sudski

[10]http://en.wikipedia.org/wiki/Prometheism

S Dnem Pobedi!

Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti

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Lundi prochain sera le 9 mai 2011. Le 9 mai à l’ouest de l’Europe n’a pas du tout la même importance qu’en Russie. Il est vrai que les européens de l’ouest fêtent la fin de la seconde guerre mondiale le 08 mai, qui est en fait la date de cessation des hostilités militaires, la capitulation ayant été signée la veille, le 7 mai.  En Europe de l’ouest, le 9 mai est la journée de l’Europe, la journée qui identifie l’Union européenne en tant qu’entité politique. Mais l’Union Soviétique n’a pris en compte la signature de la capitulation  que le lendemain, soit le 9 mai alors que ses soldats sont en train de se battre au cœur de Berlin. Pour cette raison, Moscou comme encore nombre de pays de l’ex-URSS célèbrent la fin du second conflit mondial le 9 mai, et non le 8 mai.

C’est l’URSS qui a payé le plus lourd tribut à la guerre civile Européenne. Avec plus de 20 millions de morts civils et militaires, la population de l’URSS a diminué de 12% pendant la deuxième guerre mondiale. Après la rupture du pacte de non agression le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie attaqua l’URSS et les soldats allemands atteignirent Moscou 6 mois plus tard, au cœur de l’hiver 1941, en occupant les pays conquis en route (Ukraine, Biélorussie, pays Baltes..). L’échec de la prise de Moscou stabilisera le front à l’ouest de la capitale au printemps 42, pendant que les combats se déplaceront vers le Caucase, jusqu’à la terrible bataille de Stalingrad ou les troupes Allemandes seront encerclées. La bataille de Stalingrad est considérée comme la bataille décisive du second conflit mondial. Elle durera 6 mois et fera de Stalingrad la première des batailles urbaines. Les combats feront rage pour chaque rue, chaque usine, chaque maison, chaque sous-sol et chaque escalier.

A Volgograd (ex-Stalingrad), sur le fameux kourgane Mamaïev (une colline de 102 mètres surplombant la Volga), les combats seront tellement violents que les Soviétiques perdront 10.000 hommes en une journée pour défendre ce point stratégique. L’endroit est maintenant dominé par un immense mémorial: la statue de la Mère Patrie. En Novembre 1942, privées de logistique et face à une armée Soviétique au moral indestructible, les troupes Allemandes sont finalement vaincues. La bataille aura coûté la vie à 487.000 soldats Soviétiques et fait 629.000 blessés. Coté Allemand 380.000 soldats de la Wehrmacht seront tués, blessés et prisonniers. Durant l’été 1943, les troupes Allemandes subiront une autre défaite majeure lors de la bataille de Koursk, la plus grande bataille de chars de l’histoire. En 50 jours de combat seulement, la Wehrmacht perd 500.000 hommes (tués, blessés, disparus), près de 1.200 chars et environ 2.000 avions. L’Armée rouge compte elle plus de 200.000 tués et ses pertes en blindés sont supérieures à celles de l’ennemi tandis qu’elle perd plus de 2.800 avions. L’Union Soviétique a alors à elle seule a contenu la quasi totalité de l’effort militaire Allemand en Europe. Dès l’automne 1943, la machine de guerre allemande est cassée et le reflux entamé, reflux qui amènera les soldats Soviétiques a Berlin au mois d’avril 1945.

 

J’ai eu la chance d’être dans les rues de Moscou le 9 mai dernier, pour le 65ème anniversaire de la fin de la guerre. A Moscou et dans toutes les autres villes de Russie, le 09 mai est une journée qui n’est pas comme les autres. La ville entière est à l’arrêt, focalisée sur l’histoire. Les Moscovites assistent d’abord au défilé militaire qui passe devant le kremlin avant de continuer dans la rue Arbat. Sur le trajet, des milliers de spectateurs acclament les défenseurs de la patrie qui défilent aux cris de “Russie, Russie”. La parade de l’année dernière a été exceptionnelle à plusieurs égards: tout d’abord plus de 10.000 soldats ont défilé à Moscou et (plus de 100.000 dans toute la Russie). Près d’un millier de soldats étrangers ont pris part au défilé de Moscou, en provenance de 24 pays, notamment des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de Pologne, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizstan, de Moldavie, du Tadjikistan, du Turkménistan et d’Ukraine. En outre, des délégations d’anciens combattants canadiens, israéliens, slovènes, abkhazes et sud ossètes étaient également présentes dans la capitale russe. La France avait délégué le si fameux régiment de chasse Normandie-Niemen.

Mais l’importance de cette journée se ne mesure pas seulement  au nombre de soldats présents et au faste du défilé. C’est après la parade militaire que la sensation de communion populaire est la plus intense et la plus étonnante pour un observateur étranger. Au fur et à mesure que la journée avance, le centre ville redevient accessible et les moscovites envahissent les rues de leur ville. Les vétérans encore en vie marchent au milieu de cette immense foule qui leur parle et les remercie. Des jeunes et des moins jeunes leur offrent des fleurs. Le spectacle de ces jeunes filles qui embrassent les vétérans avec un amour presque familial donne le frisson. Devant la flamme du soldat inconnu, une file immense et ininterrompue se forme, les gens viennent déposer des fleurs.

En dehors des fleurs, on voit aussi partout dans la ville les petits rubans noir et oranges qui depuis 2005 accompagnent cette journée. Ce ruban, qui symbolise le courage et la victoire, date du 19ième siècle, c’est une création du Tsar Alexandre 1er. Il devait récompenser, dans l’armée, le “courage intrépide”. Il a pris le nom de “ruban de Saint Georges” et pour le jour de la victoire, le 9 mai, les citoyens le portent, soit sur le revers des vêtements, soit sur le sac à main des femmes, ou encore accroché aux antennes des voitures. Il témoigne maintenant du respect envers ceux qui sont tombés sur le champ de bataille durant la seconde guerre mondiale. Ce ruban est devenu une véritable institution, un symbole patriotique qui est même désormais porté toute l’année par certains Moscovites.

La liesse populaire continue dans la soirée, puisque des concerts et de nombreux événements ont lieu jusque tard dans la nuit. L’une des choses les plus incroyables est le calme et le civisme de la foule, pendant cette journée de célébration. Que l’on en juge, le 9 mai dernier près de 2,5 millions de Moscovites étaient dans les rues, jusqu’au grandiose feu d’artifice de la soirée, sans qu’aucun incident majeur ne soit répertorié.

Assister à “un 9 mai en Russie” est sans doute l’une des meilleures façons de comprendre la permanence du patriotisme russe, à l’heure ou dans de nombreux pays européens  de l’ouest le patriotisme est si décrié. Chaque année, cette communion montre que le peuple russe  sait célébrer ses victoires, ses vétérans, et ses héros.

С днём победы!  Ура!