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2022 : Visite de Vladimir Poutine en Chine et rapprochement Russo-chinois

Le président Vladimir Poutine se rendra en Chine à l’invitation du président chinois Xi Jinping demain le 4 février.

La délégation russe comprendra, outre le président russe, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le vice-Premier ministre Dmitri Chernychenko, le ministre de l’Énergie Nikolai Shulginov, le chef de Rosneft Igor Sechin et l’assistant du président russe pour les affaires internationale Iouri Ouchakov,

Au cours de la visite, il est prévu que ne soient signés un ensemble de 15 accords et traités bilatéraux, y compris des accords intergouvernementaux, interministériels et commerciaux.

Après les pourparlers, les deux chefs d’État doivent avoir un dîner en tête-à-tête, qui permettra “une discussion confidentielle des problèmes et questions internationaux et bilatéraux les plus importants”.

Dans la soirée, Poutine participera à l’ouverture des XXIV Jeux olympiques d’hiver.
En 2008, Poutine était déjà à l’ouverture des Jeux olympiques d’été à Pékin et en 2014, Xi était à l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi.

L’année dernière, le traité bilatéral de base sur le bon voisinage, l’amitié et la coopération entre la Russie et la Chine a été prolongé de cinq ans et entrera en vigueur le 28 février 2022, tandis que le volume des échanges entre la Chine et la Russie a atteint 140 milliards de dollars mais que les pays s’orientent vers une augmentation du volume des échanges jusqu’à 200 milliards de dollars

La Chine partage la position selon laquelle la sécurité d’un État ne peut être assurée en portant atteinte à la sécurité d’un autre pays, et la stabilité régionale ne peut être assurée par le renforcement des alliances militaires
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Moscou et Pékin ont en outre une compréhension commune de la nécessité de créer un ordre mondial plus juste.

Préalablement a sa visite, le président russe a fait plusieurs déclarations dans un article pour l’agence de presse chinoise Xinhua la synthèse est ci-dessous :

Les relations entre la Fédération de Russie et la Chine sont devenues un modèle d’efficacité, de responsabilité et d’engagement pour l’avenir ;

La ​​Fédération de Russie et la Chine contribuent à la démocratisation du système des relations dans la situation internationale actuelle ;

La ​​Russie et la Chine sont favorables au maintien d’un système commercial international ouvert et non discriminatoire ;

Le chiffre d’affaires commercial entre la Fédération de Russie et la Chine en 2021 a atteint un maximum historique – 140 milliards de dollars;

La ​​Fédération de Russie et la Chine étendent la pratique des règlements en monnaies nationales et mettent en place des mécanismes qui nivellent l’impact des sanctions ;

La ​​coordination de la politique étrangère de la Fédération de Russie et de la Chine est basée sur des approches étroites pour résoudre les problèmes mondiaux et régionaux ;

Poutine, avec Xi Jinping, a décidé d’organiser en 2022 et 2023 les années de coopération russo-chinoise dans le domaine de la culture physique et du sport ;

Lors des entretiens avec Xi Jinping, une attention particulière sera portée au développement des liens commerciaux et des sujets internationaux ;

La ​​Russie compte renforcer la coopération avec la Chine dans la lutte contre le coronavirus ;

La ​​Fédération de Russie attirera les investissements chinois dans le développement de l’Extrême-Orient ;

Poutine voit des opportunités pour développer des partenariats avec la Chine dans l’exploration spatiale, mettant en œuvre le projet d’une station lunaire scientifique internationale.

Poutine est convaincu que l’expérience de la Chine dans l’organisation sans faille des compétitions internationales permettra de tenir les JO au plus haut niveau ;

Poutine a qualifié de fondamentalement mauvaises les tentatives d’un certain nombre de pays de politiser le sport pour plaire à leurs ambitions ;

La Fédération de Russie lance des “couloirs verts” dans le commerce, excluant toutes sanctions, afin de pour surmonter les conséquences de la pandémie.

Nous nous connaissons avec le président Xi Jinping depuis longtemps et, en tant que bons amis et politiciens qui ont des points de vue largement communs sur la résolution des problèmes mondiaux, nous communiquons étroitement et souvent.

Sources : 1,2, 3

Guerre en Syrie: énergie et route de la soie

images

Il y a deux ans, j’écrivais un article exposant et synthétisant une théorie qui semble de plus en plus se répandre et qui plonge les origines du conflit syrien dans un conflit opposant des projets énergétiques concurrents, en l’espèce un projet irano-irako-syrien et un projet Qataro-saoudo-turc.

Il y a deux ans, j’écrivais un article exposant et synthétisant une théorie qui semble de plus en plus se répandre et qui plonge les origines du conflit syrien dans un conflit opposant des projets énergétiques concurrents, en l’espèce un projet irano-irako-syrien et un projet Qataro-saoudo-turc qui aurait pu permettre de raviver le projet occidental Nabucco, destiné à émanciper l’Europe du gaz russe et empêcher la construction du projet russe South Stream.

On sait ce qu’il est advenu de ces terribles luttes énergétiques entre l’Amérique et la Russie par Europe et Turquie interposées.Les pressions américaines ont permis à ce que les Russes ne se voient contraints d’annuler le projet South Stream et de le remplacer par au sud le Turkish Stream et au nord par une augmentation des volumes du North Stream pour le plus grand bonheur de Berlin. Si Ankara devrait encore avoir la possibilité de fournir l’Europe en gaz russe, elle semble par contre avoir définitivement perdu son rêve d’acheminer du gaz qatari vers l’Europe par le territoire syrien puisque l’entrée en guerre de la Russie en Syrie ne devant en effet pas permettre un effondrement du régime aussi rapide que les diplomaties hostiles à Damas, en premier lieu les Turcs, ne l’avaient envisagé.

Comme on peut le voir sur ces cartes le projet de gazoduc qataro-saoudo-turc devait traverser le centre de la Syrie (soit la zone de Palmyre occupée par Daech) pour finir à passer au nord d’Alep, de façon surprenante et bien évidemment pas hasardeuse au cœur de la zone tampon qu’Ankara souhaiterait établir.

Mais la potentielle chute du régime syrien, qu’analystes et journalistes ne cessent de nous décrire comme le scénario du pire pour Moscou, semble poser un autre problème tout aussi important à une autre puissance d’envergure: la Chine.

La déstabilisation régionale en Libye mais aussi en Irak a considérablement porté atteinte aux intérêts chinois.Pékin consommait autour de 50% de l’énergie irakienne en 2013 et ces chiffres étaient censés augmenter au cours des prochaines années. En Libye, la Chine avait également de nombreux intérêts et procédé a de nombreux investissement pour avoir accès à la manne pétrolière du pays. La chute de Kadhafi a également porté un coup à Pékin.

La Chine voit en effet ses sources en énergie se faire peu à peu détruire par la politique occidentale dans la région et on peut imaginer que Pékin entend désormais porter une attention particulière au sort de Damas tant pour des raisons politiques qu’économiques.

Pékin entend en effet redonner vie à un gigantesque projet de diplomatie économique: le rétablissement de la route de la soie, initiée dès 1996 par les autorités chinoises.Aujourd’hui, différents tronçons sont envisagés, tant terrestres que maritimes. Le nœud méditerranéen est fondamental pour permettre une connexion entre le sud de l’Eurasie et l’Océan Indien vers l’Europe. A ce titre tant les ports turcs que libanais ou syriens sont jugés par Pékin comme fondamentaux et comme l’explique parfaitement la brillante Christina Lin: «Sans Damas, il n’y a pas de cohésion globale pour le projet chinois de route de la soie ».

Alors que le projet de Califat semble interférer avec le projet de route de la soie, est-ce que Pékin pourrait, dans un avenir proche, estimer qu’il est de son devoir de sécuriser et stabiliser les zones traversées par la route de la soie, comme elle le fait en Asie centrale ou dans le golfe d’Aden contre la piraterie globale?

 

Guerre en Syrie: le double jeu turc va-t-il réveiller la Chine ?

imagesBeaucoup de journalistes ont soulevé le fait que lors des deux premières semaines de frappes russes en Syrie, un grand nombre de ces frappes se sont concentrées sur la province d’Idlib au sein de laquelle Daech ne serait pas présent.

Les Russes ont néanmoins leurs raisons, qui sont évidentes, de frapper cette zone. Non seulement pour desserrer l’étau djihadiste qui se rapprochait du cœur alaouite côtier, mais aussi car nombre de groupes de cette zone connaissent des concentrations de minorités issues de la zone postsoviétique, telles que par exemple Katibat Al Tawhid Wal Jihad, ou encore Jaish Al Muhajireen Wal Ansar, dont les rangs comptent de nombreux combattants centrasiatiques ou tchétchènes.Lors des violents combats qui à la fin du printemps dernier ont vu la chute d’Idlib et de la présence loyaliste dans la région, de nombreux observateurs de terrain ont également témoigné de la présence au sein des groupes rebelles de forces spéciales turques ou encore de combattantsturcophones tandis que la presse turque dénonçait des livraisons non officielles d’armes et de munitions à divers groupes rebelles, un scandale qui a été du reste parfaitement étouffé au royaume d’Erdogan.

On aurait du reste apprécié que les journalistes français s’y intéressent en profondeur, pour démontrer ce que les journalistes syriens ne cessent de répéter, à savoir que c’est bien la seconde puissance de l’Otan qui alimente de nombreux groupes rebelles radicaux syriens en armes, hommes et soutiens logistiques ou encore médicaux. Continue reading