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La guerre totale contre la corruption a-t-elle commencé?

L’article original a été publié sur le site deRIA-Novosti
 
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La semaine dernière un événement est venu secouer la scène politique russe. Le ministre de la Défense, Anatoly Serdioukov a été remercié par Vladimir Poutine.

Anatoly Serdioukov est un civil,  né dans le sud de la Russie. Il est passé par la case Saint-Pétersbourg, il a commencé sa carrière dans la finance, via le service des impôts de Saint Petersburg, puis le ministère des finances en 2004, alors qu’Alexeï Koudrine était ministre. En 2007, à la fin du second mandat Poutine,  il est nommé ministre de la défense.

Il va alors travailler avec acharnement à la réduction des dépenses, et pendant sa première année à ce poste, il diminuera de près d’un tiers l’effectif des officiers supérieurs de l’administration militaire centrale. En octobre 2008 enfin, sous la présidence Medvedev, c’est lui qui proposera le projet de réforme de l’armée russe destiné à réduire les effectifs, à modifier les chaînes de commandement et aussi à professionnaliser l’armée russe.

Au total, dans ce projet, ce sont plus de 700 milliards de dollars que l’État russe prévoit de dépenser jusqu’à 2020 pour rénover les forces armées.

Le Figaro, la Corruption et Vladimir Poutine

Le 20 avril dernier, le premier ministre de la fédération de Russie, Vladimir Poutine à comme à l’accoutumée présenté aux députés le travail de son gouvernement. Une bonne synthèse de ce qui s’est dit durant cette journée est consultable sur le site de Ria Novosti.
 
Une autre interprétation a été donnée par le Figaro sur ce qui s’est dit durant ces 2h45 de discours, puisque selon le correspondant du Figaro: “L’appel à la continuité politique lancé par Poutine tranche apparemment avec la ligne libérale défendue par Dimitri Medvedev. Mercredi, le chef du gouvernement n’a fait aucune référence à la corruption, ce mal endémique que dénonce régulièrement le président russe“.
 
Pourtant un rapide tour sur le site du gouvernement permet de trouver les versions russes et anglaises du discours de Vladimir Poutine. 

Нужны эффективная поддержка предпринимательства, подавление коррупции, которая тянет нас назад и деморализует общество

Сегодня речь идёт о необходимости существенно повысить качество государственного управления, нацеленности государственного аппарата на интересы граждан, и, конечно, о борьбе с коррупцией, повышении ответственности чиновников и искоренении самих условий для противозаконного поведения и для мздоимства.

Конечно, мы должны устранять саму почву для коррупции, чистить наше законодательство, административные процедуры от разного рода лазеек и размытых мест. 

“We must be effective in our support for businesses as we rein in corruption, which slows us down and erodes the moral fabric of society“.

We must substantially improve the quality of public administration and orient the state apparatus to the interests of the people. Needless to say, we must counter corruption, increase the responsibility of officials, and eradicate the very conditions for illegal conduct and bribery“.

“It goes without saying that we must remove the grounds for corruption by ridding our legislative and administrative procedures of loopholes and vague wording“.

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En Francais, Ria Novosti avait relayé l’information: “La corruption empêche le développement de la Russie et rend la société très pessimiste sur l’avenir.” 

**Alors, mauvaise foi ou simple erreur ? 

 

A quand une croisade contre le trafic de drogue?

Cet article a été publié originalement sur Ria-Novosti
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Jeudi 31 mars 2011, les forces de l’ordre ont interpellé dans les environs de Krasnoïarsk (Sibérie) un individu qui transportait un sac contenant 10 kg d’héroïne, pour un montant de plus de 300 millions de roubles (7,5 millions d’euros). Deux jours auparavant, le 29 mars, ce sont près de 82 kg d’héroïne cachés dans une cargaison de pommes qui ont été saisis à Novossibirsk en Sibérie occidentale.

Le 23 mars, près de Voronej, ce sont près de 10 kg d’héroïne qui ont été saisis sur un citoyen du Tadjikistan. Ces chiffres ne sont que l’illustration d’une semaine ordinaire de la lutte contre le trafic de drogues en Russie. L’explosion du trafic et de la consommation de drogue depuis les années 90 a été tellement forte qu’aujourd’hui le pays comprendrait près de 2,5 millions de toxicomanes.

 

Près de 75 tonnes de drogue pénètrent chaque année en Russie, dont près de 35 tonnes d’Afghanistan qui est le premier producteur au monde avec plus de 80% de la production mondiale. Près de 60% de cette production transiterait par l’Asie occidentale et 20 % par l’Asie centrale pour rejoindre ensuite essentiellement l’Europe et la Russie. Rien que dans la province du Badakhchan, au nord de l’Afghanistan, plus de 500 laboratoires fabriqueraient des stupéfiants destinés au marché russe. En 2010 environ 711 tonnes de stupéfiants en équivalent opium ont été consommées dans les pays européens, contre 549 tonnes en Russie. La Russie consommerait à elle seule 20% de l’héroïne produite dans le monde et plus d’un tiers de l’héroïne afghane serait acheminée en Russie via l’Asie centrale, notamment par le Kazakhstan, comme on peut le voir sur cette carte. En Russie, ou la situation démographique est en redressement fragile depuis une décennie, l’état doit faire encore face à une surmortalité importante car bien sur, la grande majorité des toxicomanes sont des jeunes (18 et 39 ans), et ils sont fréquemment touchés par le Sida, ce qui réduit d’autant leurs chances de réinsertion, mais également de survie. Bien conscient du péril, la plupart des Russes (57%) considèrent toujours l’alcoolisme et la toxicomanie comme les problèmes principaux du pays, selon des sondages du Centre d’étude de l’opinion publique russe (VTsIOM).

 

L’explosion de la production de l’héroïne date des années 70, les filières ont été un temps contrôlées par les mafias françaises (la fameuse french-connexion, qui acheminait la drogue d’Afghanistan vers l’Amérique par la France), puis ce sont les réseaux Asiatiques, Albanais et Turcs qui reprirent la juteuse affaire. En 2000, après la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan, le Mollah Omar déclara que la culture du pavot était anti-islamique et devait donc cesser. Malheureusement, après l’intervention de l’Otan et les Talibans une fois chassés du pouvoir (en 2002), la culture du pavot repartit à la hausse. Dès 2006 l’Afghanistan était redevenu le premier producteur mondial, le pavot somnifère étant cultivé par environ 3,5 millions de paysans.

 

Pour cette raison, consciente du total échec de la coalition occidentale à lutter contre ce fléau, la Russie à dès l’année dernière participé à des opérations communes avec l’Otan pour tenter de lutter contre ce problème dans le cadre du conseil Russie-Otan.
Pour la seule année 2010, 1.277 opérations anti-drogue ont été menées en Afghanistan, permettant la saisie de près de 52 tonnes d’opium, de 7 tonnes d’héroïne, de 65 tonnes de haschisch, de 3,4 tonnes de morphine et de 180 tonnes de précurseurs chimiques. 64 laboratoires de fabrication de stupéfiants ont été détruits, tandis que 1.186 personnes suspectées de trafic de drogue, dont dix étrangers, ont été arrêtées. En Russie, plus 120.000 personnes ont été traduites en justice pour des délits liés à la drogue pour la seule année 2010. Le trafic de drogue afghane est en outre l’une des méthodes de financement du terrorisme dans le Caucase du nord. Pour cette raison, lors du forum international antidrogue de juin dernier à Moscou, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov à appelé à ce que la drogue afghane soit qualifiée par le Conseil de sécurité de l’ONU comme une menace à la sécurité et à la paix.

 

D’après les experts, ces dix dernières années, les stupéfiants afghans ont causé la mort de plus d’un million de personnes dans le monde. Selon le ministre Russe de l’intérieur Rachid Nourgaliev, la drogue ces dernières années tue en moyenne 30.000 russes chaque année, et ce sont près de 70.000 décès chaque année qui sont lés à la consommation de stupéfiants soit près de 200 chaque jour. Il est difficile de se rendre compte de l’importance de ces chiffres, mais on peut faire une comparaison en disant qu’il s’agit chaque jour de l’équivalent en nombre de victimes de 6 attentats comme celui de Domodedovo de janvier dernier. Début mars 2011, le directeur de l’Institut de recherches politiques, Sergueï Markov a rappelé la volonté de la Russie de totalement détruire l’agriculture de la drogue en Afghanistan. Pour autant, jusqu’à ce jour, on doit constater que seuls les Talibans, quand ils étaient au pouvoir, ont su réellement freiner la production de pavot dans le pays.

 

D’après l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé), le trafic de stupéfiant est le troisième commerce en importance dans le monde derrière le pétrole et l’alimentation, mais avant le commerce des armes et des médicaments. C’est un réseau mafieux international qui continue à se développer, et l’importance des sommes en jeu favorise la corruption à tous les niveaux.  Peu à peu, les états prennent conscience que la cocaïne d’Amérique latine, l’héroïne d’Afghanistan et le cannabis du Maroc et de l’Asie centrale constituent une menace globale. Il y a les conséquences sur la santé publique, sur la démographie, sur la criminalité dans chaque pays, et aussi le risque de voir des mouvements terroristes se financer en faisant du trafic de drogue.

 

Cette prise de conscience incite les états à de nouvelles collaborations internationales dans l’intérêt commun. Dans le cadre du conseil de l’Europe dont la Russie est membre depuis 1999, pendant les réunions du conseil Russie-OTAN, aussi bien que devant l’assemblée générale de l’ONU, la lutte contre le trafic de stupéfiants est devenu un sujet majeur. Une guerre totale serait peut être la seule croisade juste.