Réflexions et analyses des élections législatives de 2021 en Russie

La commission électorale russe a enfin publié samedi 24 septembre les résultats finaux des élections législatives russes.

Les résultats sont sans aucune surprises, parfaitement conformes aux estimations publiées sur ce blog, et ont donc vu la réalisation finale du scénario “Nouvelle Faction“.

La participation a été de 51,72% avec 56,5 millions de votants.
En comparaison :
2016 : 47,82% et 52,7 millions de votants.
2011 : 60,2% et 65,8 millions de votants
2007 : 63,8% et 69,6 millions de votants
2003 : 55,7% et 60,7 millions de votants
1999 : 61,7% et 66,7 millions de votants.

Sur les 450 sièges de la nouvelle Douma :

– Russie unie a obtenu 49,82%, 324 élus et 28.064.258 voix
En comparaison
En 2016 : 54,20%, 343 élus et 28.527.828 voix
En 2011 : 49,32%, 238 élus et 32.379.135 voix
En 2007 : 64,3%, 315 élus et 44.714.241 voix.
En 2003 : 37,57%, 223 élus et 22.779.279 voix.
En 1999, Russie Unie n’existait pas mais les deux parts ancêtres de Russie Unie (Unité et Patrie) ont obtenu 36,65%, 141 élus et 24.35.935 voix.

– Le KPRF a obtenu 18,93%, 57 élus et 10.660.599 voix
En comparaison
En 2016 : 13,34%, 42 élus et 7.019.752 voix.
En 2011 : 19,19%, 92 élus et 12.599.5077 voix.
En 2007 : 11,57%, 27 élus et 8.046.886 voix.
En 2003 : 12,61%, 52 élus et 7.647.820 voix.
En 1999 : 24,29%, 113 élus et 16.196.024 voix.

Le LDPR a obtenu 7,55%, 21 élus et 4.252.096 voix.
En comparaison
En 2016 : 13,14%, 39 élus et 6.917.063 voix.
En 2011 : 11,67%, 56 élus et 7.664.570 voix.
En 2007 : 8,14%, 40 élus et 5.560.823 voix.
En 2003 : 11,45%, 36 élus et 6.943.885 voix.
En 1999 : 5,98%, 34 élus et 5.016.128 voix.

– Russie Juste a obtenu 7,46%, 27 élus et 4.201.715 voix.
En comparaison
En 2016 : 6,22%, 23 élus et 3.257.053 voix.
En 2011 : 13,21%, 34 élus et 8.695.522 voix.
En 2007 : 7,74%, 38 élus et 5.383.639 voix.
Avant le parti n’existait pas.

– Le parti Gens Nouveaux a obtenu 5,33% et 13 élus pour la première fois.

– Rodina a 1 élu comme en 2016, contre 37 en 2002.

– Plateforme civile a 1 élu comme en 2016.

– Le parti de la croissance a 1 élu.

Une carte interactive des élections est consultable ici mais aussi ici.

Dessous la carte des résultats, en bleu les régions gagnées par Russie unie, en bleu foncé celles ou le parti obtient plus de 50%. En rouge les régions gagnées par le KPRF.

https://www.kommersant.ru/doc/4994681

Comment analyser les entretiens ?

Il y a plusieurs observations a faire.

  • La première est la victoire massive et totale de Russie Unie.
    Certains prédisaient un effritement, accentué par la crise du Covid, il n’en a rien été et bien au contraire.

Russie unie (clip de précampagne) maintient ses positions et son statut de parti du pouvoir totalement dominant. Le parti ne perd pas de voix depuis 2016 (!) et ne baisse que de 5,5% malgré le Covid et la crise économique liée et tous les bruits de fonds.
Ce n’est peut être pas tant que ça une surprise cela dit pour qui avait suivi la précampagne et la campagne de prés.

L’implication forte de Poutine et de deux visages clefs de la politique russe que sont les deux Sergueï, Lavrov et Shoigu, ont sans doute joué un rôle fondamental pour stimuler des électeurs russes de plus en plus apathiques et déconnectés de la politique, 60% d’entre eux pensant que les débats politiques sont un show et 86% des gens sondés ne lisant pas les programmes des partis politiques. Un comble alors que cette année particulièrement, l’organisation des débats sur les chaînes publiques n’a, pour la première fois en Russie sans aucun doute, permis aucune fantaisie aux participants, comme ce fut pourtant toujours le cas dans toutes les précédentes élections.

Le kremlin a juste avant les élections procédé a de colossales aides sociales au niveau fédéral, notamment aux mères de famille, aux retraités, aux militaires, aides que des aides similaires ont été attribuées en addition dans certains sujets tel que par exemple Moscou (pour les vétérans), Saint Petersbourg (pour les professeurs) ou encore les cadets d’Orel par exemple … Ces mesures très populaires ont sans doute eu un effet important.

Russie unie avait comme slogan “Pour un pays fort et le bien-être de tous” («За сильную страну и благополучие каждого») et avait orienté son projet sur l’amélioration de la vie des gens, notamment l’éducation avec d’ici fin 2024 la construction de 1 300 nouvelles écoles, la création de 15 centres de recherche et d’enseignement, et la rénovation de 7 300 écoles d’ici 2024. Le sujet de la hausse des salaires des enseignants est également sur la table, initié par le président lui même.
Un autre sujet clef est la santé : Russie unie annonce notamment un fort soutien aux régions qui ont subies la crise sanitaire plus fortement que les grands centres va notamment l’envoi de 500 complexes médicaux mobiles et 5.000 ambulances aux régions ainsi que l’attribution de prés de 100 milliards de roubles au programme de développement du système médical en province.

Le président russe a du reste répété, après la campagne que la pauvreté, les problèmes du système de santé et d’éducation étaient les ennemis de la Russie.

En outre, le leader de la liste du parti Russie unie, Sergueï Choïgou, a fait introduire une nouvelle pratique contraignant désormais les élus de Russie unie à rendre des compte aux électeurs de leur travail accompli et ça c’est une nouveauté.
Le parti a aussi conçu son programme sur la base d’initiatives populaires via le projet “programme du peuple“, une plateforme ayant permis à prés de 2 millions de russes de formuler leurs idées à Russie Unie, entraînant ainsi probablement un ressenti plus important de participation à la vie politique.

Les cinq premiers sur la liste de Russie unie dirigeront des commissions de parti spécialement créées sur les grandes thématiques clefs du parti pour ces élections.
▫️Sergey Shoigu dirigera la commission pour le développement de la Sibérie orientale ; ▫️Sergey Lavrov – La commission de coopération internationale et de soutien aux compatriotes à l’étranger ;
▫️Denis Protsenko – La commission des soins de santé ;
▫️Anna Kuznetsova – La commission pour la protection de la maternité, de l’enfance et de la famille ;
▫️Elena Shmeleva – Commission sur l’éducation et la science.

A noter que les primaires de Russie Unie avait permis le renouvellement de 50% des candidats et que un député sur cinq de “Russie unie” dans la nouvelle Douma a moins de 35 ans.

Sur la carte ci-dessous on peut voir entre 2011 et 2021 les régions dans lesquelles Russie-unie a le plus baissé (en rouge) et le plus monté (en bleu).

  • Le KPRF (clip de précampagne) subit un terrible échec, politique et moral. Certes le parti augmente son score par rapport à 2016, en passant de 42 à 57 élus, de 13,34 à 18,93% et de 7 à 10,5 millions de voix, mais on est encore loin des scores de 2011 et encore plus de ceux de 1999.

    Alors que la Russie sort tout juste d’une terrible crise économique le KPRF semblait pourtant avoir un boulevard mais rien n’y a fait. Ni la tentative d’occuper le créneau “antivaccination”, ni de faire de Jésus Christ le premier communiste de l’humanité, ni des piquets communs avec les libéraux de Iabloko dans le but de stimuler un front “anti Kremlin et anti Sobianine”, ni de pourtant allégrement bénéficier du Smart vote de Navalny que, du reste le parti libéral Iabloko a eu le courage de politiquement refuser contrairement au KPRF.

    Sur le papier, le programme préélectoral du Parti communiste de la Fédération de Russie aurait pu créer un fort engouement. Le KPRF souhaitait transformer la Russie est un État-providence et allouer un tiers du budget de l’état à la santé, à l’éducation, à la science et à la culture. Les communistes promettent aussi s’ils ont le pouvoir de doubler le montant du salaire minimum et du salaire vital, de rendre l’enseignement supérieur gratuit et de libérer les nécessiteux de l’impôt sur le revenu des personnes physiques.
    Le Parti communiste propose de aussi « supprimer progressivement la TVA », d’interdire l’enregistrement des personnes morales russes dans des juridictions étrangères et de réduire la part des chaînes de vente au détail étrangères (!).

    Le KPRF a gagné des régions, en province avec des scores de 30 / 35% notamment la région d’Oulianovsk, dans le territoire de Khabarovsk, dans la République des Komis, et des victoires en Mari El, dans l’Okrug autonome Nenets et surtout en Yakoutie.
    Mais Khabarovk votre contre le Kremlin depuis l’affaire Furgal et la Iakoutie vient de subir de terribles incendies qui plausiblement aussi influé ce vote “protestataire”. Dans ces deux sujets le KPRF ne devance en outre Russie Unie que de 3% et 2%.
    Par contre le KPRF perd toutes les régions avec un gouverneur communiste au pouvoir.

    Alors que la nostalgie de l’URSS n’a jamais été aussi haute en Russie (on a même vu Lavrov presque défendre Staline:-), que dans un sens, la société russe est de plus en plus en demande de soutien social de l’État (ce que le Kremlin a parfaitement compris et constate) et donc socialement vire très clairement et ouvertement vers une demande d’état providence, le parti n’attein pas 20%.

    Les terribles images de Valery Rashkin, ivre mort et ne pouvant même s’exprimer lors d’un meeting improvisé dans le centre de Moscou pour contester le résultat des élections le 19 septembre ont fait le tour du Runet et traduisent sans doute la déconvenue profonde des cadres du KPRF.

    Lors de la seconde manifestation du samedi 25 septembre ce sont a peine quelque 500 / 1.000 personnes qui sont allés manifester, majoritairement des communistes, des gens du front de gauche d’Oudaltsov et … quelques navalnystes bien contents de pouvoir bénéficier d’une manifestation.

    La présence de deux vieilles folles haranguant la foule en hurlant d’enlever les masques et divaguant sur la 5G pouvait rappeler un meeting de Francis Lalanne et Richard Boutry en France mais on était bien en Russie.

    La manifestation était interdite et les forces de l’ordre ont elles couvert les discours des cadres via des haut parleurs diffusant des chansons patriotiques russes et notamment la chanson Дядя Вова, мы с тобой, (Oncle Vova on est avec toi), clip patriotique fait en 2017 par une député de Russie Unie, Vova étant le diminutif de Vladimir.
    En province, les meetings n’ont eux pas rassemblé plus que quelques dizaines de personnes.

    Pendant ce temps, le chef du parti était lui Kremlin, félicitait le président russe pour le développement du pays, lui affirmait son soutien et proposait des solutions pragmatiques améliorer le fonctionnement de la vie politique dans le pays.

    Le KPRF n’a pas les moyens d’entrer en confrontation avec le Kremlin et est acculé dans sa position de premier parti d’opposition du pays et donc de premier pilier du système politique russe au sens global, CF la conclusion de cet article. Signe qui ne trompe pas,les appels aux manifestations interdites ont été enlevées du site du parti après la menace des autorités de surveillance du net russe de juste bloquer le site.

    L’arrestation du leader de la fraction KPRF de Moscou le 01 octobre laisse penser que le Kremlin ne tolérera pas de potentiels excès.

    Le KPRF est désormais à la merci d’une guerre interne qui devrait s’accentuer dans le futur proche notamment via des ruptures entre générations et entre les radicaux qui souhaitent que le parti devienne un réel parti d’opposition (Afonin, Lobanov, Mihailov, Bondarenko ..), et la ligne Rashkin / Ziouganov.

    Sur la carte ci-dessous on peut voir entre 2011 et 2021 les régions dans lesquelles le KPRF a le plus baissé (en bleu) et le plus monté (en rouge).
  • Le programme du Parti libéral-démocrate de Russie (clip de précampagne) se composait lui de 100 points.
    Les libéraux-démocrates souhaitent que l’ensemble du système étatique soit redessiné, que la Constitution soit modifiée et qu’un certain nombre de réformes radicales soient mises en œuvre.
    Leur objectif est aussi d« assurer une réelle indépendance des tribunaux », « protéger les valeurs familiales traditionnelles », « réduire le niveau de bureaucratie », « améliorer les conditions de vie des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale » ou « réduire les tarifs des services publics » .
    Clairement le LDPR a fait la pire campagne de son histoire.
    Tout repose sur son leader historique, Vladimir Jirinovski, qui a tout simplement vieilli et mème perdu son pantalon en direct lors d’un débat.
    Le parti revient à son niveau de 2007, n’innove pas et reste sur des modes de fonctionnement et de communication old-style et qui ne coïncident plus avec l’évolution de la société russe actuelle, pas plus que ses prises de positions qui sont plus souvent désormais ridicules que radicales.
    La vieillesse est un naufrage et en politique également. La question se pose : le parti survivra t-il a son leader historique ? Y a t-il une chance que le parti soit repris par Mikhaïl Degtyarev qui vient de remporter les élections à Khabarovsk (tout en étant le gouverneur le plus mal élu) ou Leonid Sloutski?
  • Le programme électoral de Russie juste (clip de précampagne) se composait de de trois manifestes : le manifeste d’un patriote, de la vérité et de la justice, une nouvelle configuration après la fusion des trois forces politiques pourtant assez différentes qui composent désormais le parti. Le parti ne retrouve pas son niveau de 2011 mais améliore sensiblement son résultat de 2016.
    Sur l’économie, Russie Juste propose de réduire la TVA à 15 %, d’exonérer d’impôts les familles avec enfants et en même temps d’augmenter le salaire minimum à 31 000 roubles ou encore d’augmenter les frais de santé et d’éducation à 7 % du PIB.
    Par contre le programme politique tourne plus de plus en plus patriotique avec notamment d’assurer la protection de la langue russe, de punir sévèrement les employeurs qui exploitent les travailleurs, d’introduire une taxe sur le luxe, d’augmenter le nombre de réserves naturelles et d’introduire la peine de mort pour les pédophiles.
    C’est sans doute via l’impulsion du nouveau courant du parti qui regroupe des intellectuels nationalistes très en vues en Russie tel que l’écrivain Zakhar Prilepine ou Nikolai Starikov avec qui j’ai manifesté il y a 10 ans sur Moscou (!) pour “un état puissant et uni” ainsi que pour “l’union eurasienne“!
  • Le programme du parti Gens Nouveaux (clip de précampagne) est assez innovant pour la Russie.
    propose de rétablir les élections directes des maires et des gouverneurs dans tout le pays, abolir la loi fédérale n° 44 (sur les achats de l’État), dont l’imperfection, soit dit en passant, a également été souligné par Vladimir Poutine.
    Également d’introduire des avantages pour les entreprises qui embauchent des diplômés universitaires, augmenter les salaires des travailleurs médicaux ou payer tous les enseignants un salaire de 75 000 roubles par mois.
    Le parti, dirigé par un réel entrepreneur avec réel succès est une bonne nouvelle mais pas une surprise.
    Le parti ne se déclare ouvertement pas d’opposition mais pragmatique et a mené une énorme campagne de terrain et sur le plan du marketing.
    On peut se demander quel sera l’avenir de ce parti, plausiblement il peut s’agir d’un Iabloko 2.0, mais cette fois beaucoup plus Kremlin compatible.

Quid des autres partis, les petits partis ?

  • Hormis les 5 partis qui seront a la Douma, quel est le score des autres petits partis ?
    – Le parti des retraités (parti socialiste / conservateur qui gravite entre Russie Juste et Russie Unie) a fait 2,45%
    – «Iabloko» le parti libéral a obtenu 1,34%
    – Les «Communistes de Russie» ont obtenu » 1,27%
    – «Les verts» ont obtenu 0,91%
    – «Rodina» le parti nationaliste a obtenu 0,8%
    – « Le parti de la liberté et de la justice» a obtenu 0,77%
    – «Alternative verte» (écologistes) a obtenu 0,64%
    – Le parti de la croissance a obtenu 0,52%
    – «Plateforme civique» a obtenu 0,15%
  • Le parti Iabloko (clip de précampagne) mérite qu’on s’y arrête.
    Le parti semble suivre son long déclin. Ce parti historique datant de 1993 et cofondé par Grigory Iavlinski illustre le déclin du mouvement libéral né dans les années 90. Le parti faisait 7,86% en 1993, 5,93% en 1999, 3,43% en 2011 et obtient 1,34% en 2021. il n’a plus de députés depuis 2003.
    Dans son programme le parti exigeait la libération de tous les prisonniers politiques l’abolition de la censure, humanisation des forces de l’ordre et la normalisation des relations avec l’UE et les États-Unis mais aussi la séparation des pouvoirs, le développement des procès devant jury, l’interdiction de la censure, la défense de la vie privée, la protection des lanceurs d’alerte et l’égalité des droits pour les hommes et les femmes.
    Iabloko avait aussi pris parti pour le confinement et les mesures les plus strictes possibles. Curieusement, son cofondateur et leader Gregory Iavlinski a pris position contre le smart-vote de Navalny et s’est fait accuser d’avoir vendu son âme au Kremlin en obtenant un solide soutien professionnel et donc économique.
    Hospitalisé après les élections pour des problèmes de santé, cela associé a la terrible défaite du second cofondateur du parti sur Moscou centre, l’avenir du parti semble plus que sombre.
    Des projets de fusion entre Iabloko et les partis écologistes ont vu le jour mais sans suivi pour l’instant. A noter que le parti avait en 2014 fait campagne pour affirmer que la Crimée n’était pas russe.
Image
  • Le Parti de la liberté et de la justice, parti nationaliste de gauche et mené par l’ancien journaliste Maxim Shevshenko a fait une campagne surprenante, active sur Internet et sur les plateaux en axant sa campagne sur le changement d’élite, appelant sur les grandes chaînes fédérales à la libération de Navalny, dénonçant la corruption du pouvoir et appelant a limiter l’immigration.
    Il a même débattu en T-Shirt Furgal, du nom de cet ex élu LDPR arrêté pour soupçon d’assassinat et dont l’arrestation à permis la mise en place de Degtyarev dans le Kraï de Khabarovsk.
    Surprenant pour ce parti créé par le grand maître franc-maçon russe Andrei Bogdanov ; Maxim Shevshenko etait en outre un des visages de l’anti-révolution de couleur orange en 2011 et un actif soutien des gilets jaunes qu’il voit comme un mouvement populaire black-blanc-beur et l’avenir d’une France dont le modèle politique serait Jean Luc Mélenchon …
    Une tentative du kremlin de capter une partie de l’électorat contestataire / Navalnyste ?

Changement de paradigme entre les partis de pouvoir et l’opposition

Traditionnellement, et ce jusqu’aux élections législatives de 2011 et la municipale de Moscou en 2013, les candidats des partis périphériques faisaient un peu campagne tandis que les ténors de Russie Unie brillaient par leur absence, se reposant sur la marque du parti et son image.

C’est l’inverse qui tend à se réaliser désormais.

Les nouveaux visages des petits partis ont brille par leur ridicule et leur incompétence que l’on pense au coiffeur Sergueï Zverez et son acolyte le rappeur métis Sanson Sholademy (dont le slogan de campagne était “je trimerais comme un nègre”) pour les deux partis écologistes russes.

On peut aussi citer encore la candidate Irina Mironova du parti de la croissance qui a simplement lu ses réponses et c’est loin d’être un cas unique.

A contrario, certaines figures de Russie Unie de cette campagne que l’on pense au journaliste Evgeny Popov ou au brillant Petr Tolstoi (par ailleurs parfaitement francophone) ont fait de massives campagnes de terrain.

Et idem pour le candidat sans étiquette soutenu par le maire de Moscou dans l’hypercentre : Oleg Leonov, la fameuse circonscription 208.

Moscou, la circonscription 208 et la victoire du vote en ligne sur le smart vote

Les élections dans la capitale étaient très attendues.

Moscou depuis 2013 est rebelle. Elle vote plus libéral que le reste du pays, les autorités de Moscou sortent de 18 mois de Pandémie et de mesures contraignantes, la capitale et son maire étant apparus (a tort) comme la locomotive à l’initiative de ces mesures, aussi car la ville faisait partie des 7 sujets pouvant bénéficier du vote en ligne (les participants au vote en ligne pouvaient gagner en outre des appartements, de l’argent ou autres via une grande loterie en ligne) et enfin car le Smart vote de Navalny (appelant à voter pour le candidat le mieux placé contre celui de Russie-unie) voulait transformer le tir non réussi des précédentes échéances électorales notamment sur Moscou en faisant de la capitale un symbole.
De prison, Navalny souhaitait en quelque sorte prendre sa revanche (de 2013) sur Sobianine.

Les équipes de Navalny avaient en effet publié une liste de candidats pour lesquels voter et notamment :
– 137 candidats du parti communiste
– 48 candidats de Russie Juste
– 20 candidats du LDPR
– 10 candidats de Iabloko dont le candidat dans la circonscription 208
– 5 candidats de Gens Nouveaux
– 2 candidats des verts
– 1 du parti des communistes de Russie, 1 du parti de la croissance et 1 sans étiquette.

Dans la circonscription 208, la plus centrale de Moscou, et donc de Russie, une petite intrigue existait, Russie unie et le dispositif de la Mairie n’ayant officiellement de candidats. Le sortant de Russie Unie Nikolai Gonchar et certains cadres appelant à soutenir le candidat historique de Iabloko Sergueï Mitrokhine lequel ayant également le soutien du smart vote de Navalny.

Juste après la sortie de la liste du Smart-vote, la mairie de Moscou publiait sa liste de candidats à soutenir qui comprenait des candidats de Russie Unie et trois candidats hors Russie unie : une candidate de Russie Juste, Galina Khovanskaya, le célèbre politologue Anatoly Vasserman, l’acteur Dimitry Pevtsov et Oleg Leonov qui dirige Liza-Alerte en Russie.

En 2011, Russie Unie avait obtenu 47%, le KPRF 19%, Russie Juste 12%, le LDPR 9,44% et Iabloko 8,55%.

En 2016, Russie Unie avait obtenu 37,7%, le KPRF 13,93%, le LDPR 13,11%, Iabloko 9,51%, Russie Juste 6,55%.

Quels sont les résultats en 2021 ?

– Russie Unie obtient 36,98%, le KPRF 22,66%, Russie Juste 7,34%, le LDPR 7,08% et Gens Nouveaux 7,09%.
– Les résultats du vote en bureaux de vote donnait le parti communiste en tête avec 30,4% des voix devant 30,1% pour Russie Unie, 8% pour Russie Juste, 6,9% pour le LDPR, 6,5% pour Gens nouveaux et 5,44% pour Iabloko.
– Le vote en ligne (2 millions de votants) a vu lui une bien forte inflexion des résultats donnant 44,77% à Russie Unie, 15,53% au KPRF, 7,86% à Gens nouveaux, 7,45% au LDPR et 6,48% à Russie Juste.

Malgré le post sur instagram d’Alexei Navalny affirmant la victoire du Smart-vote, ce sont en réalité 100% des candidats Sobyanine qui ont été élus tandis que le Smart Vote n’a pas réussi a faire barrage au vote en ligne.

En Russie on dit que le ДЗГ > УГ

Il faut noter que les GAFA ont pour cette campagne, sur demandes des autorités russes, bloqué les applications dans Google et Apple store permettant l’accès au Smart Vote d’Alexei Navalny et c’est une surprise. Un signe que dans le bras de fer entre la Russie et les GAFA, c’est Moscou qui prend l’avantage ?

Le vote en ligne, Miracle sociologique ou digitalisation de la ressource administrative ?

  • Si 100.000 caméras pour surveiller la totalité des bureaux de vote, elles n’ont pu empêché les fraudes que ce soit dans le Caucase notamment ou sans doute par erreur dans un petit village du Daghestan un des partis écologistes a obtenu 98% et Russie Unie 0% 🙂
    Des activistes anti Russie-unie se sont aussi fait attraper la main dans le sac en tentant de faire des provocations sur Moscou (Ici, la ..) ou dans la capitale du nord par exemple.
  • La presse étrangère et les ressources occidentales en Russie ont montré du doigt les fraudes concernant le vote en ligne qui aurait fait basculer la capitale, vote en ligne dont les résultats ont été donnés avec beaucoup de retard. Comme on peut le voir ci dessous, le vote en ligne a juste efface les espoirs du KPRF.

    Ci dessous la carte des résultats du vote en urnes avec les communistes en tête dans diverses circonscriptions.

Ci dessous la carte avec le vote en ligne et la vague bleue, jaune et mauve de Sobianine.

Qu’en est il ?

En Russie le pouvoir utilise ce que l’on appelle de la ressource administrative pour faire voter les gens pour le pouvoir.

Il peut s’agir par exemple du moment ou des administrations, des grandes entreprises incitent leurs employés de façon plus ou moins pro-active ou autoritaire à voter pour le pouvoir. Ce n’est pas forcément une initiative du pouvoir central mais des initiatives locales qui ont un effet global.

Il peut aussi s’agir d’inciter les gens, qui sont majoritairement totalement apolitiques, à voter pour le parti du pouvoir en échange de quelque chose, en participant à une loterie par exemple comme ce fut le cas pour inciter les gens à se faire vacciner etc.

Dans les sujets musulmans de Russie, principalement le Caucase et un peu la Volga, les scores “africains” de Russie Unie sont explicables par de la ressource administrative mais aussi car la structure des sociétés de ces zones suivent les consignes des anciens qui ont clairement intérêt à consolider leurs positions politiques sur place.

Cette capacité de ressources administrative peut théoriquement avoir vu son effet décuplé techniquement par le vote en ligne ; il est en effet par exemple plus facile de demander à 500 ou 1.000 ou 5.000 employés de prendre 5 minutes et voter en ligne que de les faire se déplacer à l’urne pour voter.

Pourtant les choses sont plus complexes.

Dans les sujets de la fédération de Russie le vote en ligne a été préparé par Rostelecom, alors que dans la capitale, par le département des technologies de l’information de la mairie et le siège public pour l’observation des élections, dirigé par Alexey Venediktov et avec l’appui technique de Kaspersky Lab.
Alexei Benediktov est un journaliste d’opposition, copropriétaire de la radio d’opposition radio de Moscou, qui dirige la chambre civile de Moscou et qui, lors de ses élections, a publiquement reconnu avoir voté en ligne pour le candidat du Smart-vote de Navalny. On peut donc difficilement imaginer qu’il soit susceptible de travailler pour le Kremlin.

La commission électorale russe a du reste affirmée que lors des prochaines échéances électorales russes, qui verront se généraliser le vote en ligne, une nouvelle plateforme sera créée, plus transparente et qui améliorera les processus du système de Moscou et n’utilisera pas la possibilité de changer son vote, ce que l’on appelle le “re-vote”, qui n’existait qu’ à Moscou.
Cette particularité moscovite de “re-vote”, permet à chaque électeur de modifier plusieurs fois son choix avant la fin du scrutin, ce qui a été le cas pour prés de 300 000 électeurs sur les 2 millions de votants en ligne. Il faut le mentionner car contrairement à d’autres régions, où l’ampleur du vote électronique était modeste, à Moscou, environ deux millions de personnes ont voté en lige, soit près de la moitié des électeurs qui ont participé aux élections.Ainsi, un électeur qui votait pour un candidat pouvait théoriquement voter encore et encore, et seul son dernier vote devait être pris en compte pour résumer le résultat.

Tel que conçu par les créateurs, un tel mécanisme était paradoxalement censé justement protéger les électeurs d’éventuelles pressions administratives lorsqu’ils sont justement contraints de voter en présence de leurs supérieurs mais c’est, semble t-il, l’inverse qui s’est produit.

Il n’est pas certain que le vote en ligne ai été tant falsifié que cela, en Russie, pour ces élections ?

Ce n’est pas Alexandre Latsa l’agent du Kremlin qui le dit mais l’association d’opposition au kremlin GOLOS, qui pourtant traque la fraude électorale en Russie.

Que dit GOLOS ? Que des fraudes peuvent techniquement avoir eu lieu bien sur mais que la domination quantitative du vote pour Russie Uni lors du vote en ligne s’explique de façon plausible également par des raisons de comportements électoraux et de sociologie.

Plausiblement les loyalistes ont massivement occupé le vote en ligne, par confiance envers le système tandis que la mobilisation des anti s’est logiquement concentrée sur les urnes par manque de confiance profonde dans le mécanisme de fraude potentielle que représentait le vote en ligne.
La conséquence peut avoir été une surreprésentation du KPRF et une sous-représentation de Russie unie en Urnes (merci le Smart-vote), donnant les partis à égalité sur 50% des voix, tandis que la surreprésentation de Russie Unie et la sous-représentation du KRPF en ligne sur 50% des voix a eu pour conséquence de rééquilibrer des ratios plus habituels lors des échéances électorales sur Moscou entre ces deux partis, ratios de 1 à 2 au final en général ce qui semble simplement plus juste et cohérent.

Autre argument : le vote en ligne est plus majoritairement pour Russie Unie dans les circonscriptions ou
1) Russie Unie avait fait un fort score en 2016
2) Le LDPR un faible score en 2021.
Cela pourrait signifier que
1) Le vote en ligne peut susciter d’aller voter chez des apolitiques plus prompts à voter pour le Kremlin mais qui ne n’aurait pas fait l’effort de se déplacer tandis que les anti / contestataires / motivés sont eux allés voter et ont eux fait le plein, et en urnes pas en ligne.
2) Nombre d’électeurs du LDPR (qui divise son score par deux sur Moscou) ont voté cette fois Russie Unie?
Je suis l’illustration de ce modèle sociologique : j’ai par exemple voté cette fois pour la liste Leonov et non le LDPR et je l’ai fait en ligne.

En outre si un doute subsiste sur la potentielle opacité du vote en ligne de la capitale russe, ce n’est pas propre à la Russie. Les votes “à distance”, en lignes, par la poste sont souvent suspects et soupçonnés d’opacité que l’on pense aux dernières élections américaines ou encore au vote récent en ligne pour la primaire écologiste en France qui aurait été trollée. En outre ils sont souvent suspectés de ne pas être sécurisés et vulnérables aux attaques comme par exemple aux États-Unis.
En 2019, les autorités russes avaient du reste récompensés des étrangers, notamment un Français, qui avait trouvé une faille dans le système de vote en ligne en cours de préparation.

Enfin, un groupe d’expert et de travail vient d’être mis en place par les autorités russes pour analyser la conduite et les résultats du vote électronique à distance. Ce groupe sera dirigé par le coprésident du mouvement GOLOS, ainsi que des représentants de la Chambre publique de Moscou, du Parti communiste de la Fédération de Russie et des programmeurs informatiques ayant travaillé sur le sujet, ainsi qu’Alexei Venediktov, chef du siège d’observation des élections à Moscou.

  • Un autre point est le Smart-vote qui a anormalement gonflé le vote pour le parti communiste et c’est visible lorsque l’on compare les zones ou on a le plus vote communiste, et que ces zones se superposent sur les zones ou le prix du mètre carré est le plus élevé et ce n’est pas la que vivent les électeurs communistes, mais plutôt la bourgeoisie moscovite qui etait sur Bolotnaya en 2011 et qui vote communiste non par idéologie mais car elle voit le KPRF comme le principal parti d’opposition pouvant bloquer Russie unie, et/ou car elle suit les consignes du Smart-vote de Navalny. Ce n’est pas une surprise mais une constante lors de chaque élection et ce dès 2013 comme on peut le voir ci dessous.

Ci-dessous le vote communiste sur Moscou :

Ci dessous la répartition des prix au mètre carré :

Une image totalement similaire avait été publiée sur ce blog en 2012 lors de la présidentielle russe avec dessous les quartiers ayant le plus voté pour le libéral Prokhorov

Et lors de la municipale de Moscou en 2013 avec dessous les quartiers ayant le plus voté pour Navalny

La ceinture sud-ouest riche est anti Russie unie et vote pour tout candidat anti Russie-unie, quelque soit sa couleur politique. Cela est vérifiable par quartier ici.

  • A noter que dans le sur de sud ouest de Moscou, un candidat libéral d’opposition du parti Parnas, Vladimir Ryjkov, a bien gagné contre le Smart-vote de Navalny, le “vote en ligne de Sobianine” et le KRPF. Le bourrage électronique l’aurait oublié ?
  • Enfin selon les résultats du vote en ligne dans six régions (hors Moscou et donc hors du “re-vote”), Russie unie a remporté 54,25% des voix contre 49% au niveau global soit une hausse de 11%.
    A comparer de nouveau avec les scores sur Moscou ou Russie Unie obtient en ligne 44,77% contre 36,98% au total soit une hausse de +21%.

    Le KPRF dans ces 6 régions lui obtient 11,65% des voix contre 22,66% soit une baisse de 48%. A comparer avec avec les scores sur Moscou ou le KPRF obtient en ligne 15,53% contre 22,68% au total soit une baisse de +31,47%.

    Les tendances sont symétriques, mais accentuées sur Moscou.

    Dans ces 6 régions :

    – Le LDPR obtient en vote en ligne hors Moscou 7,86% contre 7,51% au niveau fédéral et 7,08% sur Moscou dont 6,9% aux urnes et 7,45% en ligne.

    – Russie Juste obtient en vote en ligne 8,25% contre 7,4% au niveau fédéral et 7,34% sur Moscou dont 8% aux urnes et 6,48% en ligne.

    – Gens Nouveaux obtient en vote en ligne 7,66% contre 5,33% au niveau fédéral, 7,09% sur Moscou dont 6,5% aux urnes et 7,86% en ligne.

Le COVID a t-il joué un rôle dans la campagne ?

Non le Covid n’a joué aucun rôle, seuls des représentants de parti ultra-révolutionnaires ont vaguement mentionné la surmortalité dans les débats, notamment issus du parti de la croissance ou du parti de la liberté et de la justice mais ce sujet fut de façon surprenante (surtout pour les francais) totalement absent des débats, ce qui semble même surprenant.

Comme on peut le comprendre en lisant plus haut la sociologie du vote, la hausse relative du KPRF n’est donc pas une réaction à une hypothétique “mauvaise gestion Sobianine du Covid” mais bien une réaction politique constante pour Moscou et ce uniquement pour des raisons sociologiques et politiques.
Le KPRF encore une fois, fait cependant moins qu’en 2011.

En outre les sujets ayant connu les mesures les plus stricts de lutte contre le Covid19 que ce soit Moscou (qui au passage selon EY est la ville qui a le mieux géré le Covid au monde derrière Oslo et Singapour), la Venise du nord mais aussi la Iamalie ou la Bouriatie (3 lockdowns), le Sud du pays ou le Caucase ont massivement voté pour Russie Unie.
Du reste, les 2/3 des sujets de la fédération avaient pris des mesures additionnelles pour gérer la crise au cours des 16 derniers mois et ont vu une victoire de Russie Unie.

Il y a une raison assez simple a cela, les appareils des partis sont “Covid-rationnels” et donc soit plutôt favorable, soit plutôt non hostiles aux mesures des autorités russes depuis le début de la pandémie avec un petit bémol pour certains cadres communistes plausiblement surtout pour des raisons électoralistes, on va rapidement voir si les manifestations anti vaccinations continuent ou si elles étaient des moyens d’exister et des tentatives de capter un fond de mécontentement social. Plausiblement nous n’en entendrons plus parler.

Les gens sont assez Covid-indifférents en Russie. Chez les électeurs , 74% des partisans interrogés de Russie unie, soit ont déjà été vaccinés, soit ont une attitude positive à l’égard du vaccin contre 70% chez les partisans de Russie Juste, 47% des électeurs du LDPR et 46% du KPRF pour qui “même si le Covid existe, cette crise est avant tout un moyen pour l’oligarchie mondiale de s’enrichir” :).

La politisation du Covid19 est une maladie Occidentale : française et anglo-saxonne, mais ne concerne pas ou peu l’Est, l’Eurasie ou l’Asie.

Immixtions étrangères ?

La presse française en a peu parlé mais une petite semaine avant les élections, lors du démontage technique de l’architecture Navalny et de ses sites, la presse russe a publié une liste d’employés d’ambassades étrangères en Russie dont 30 aurait apporté un soutien financier à l’écosystème Navalny et 99 se seraient enregistres sur la plateforme du smart-vote avec l’Amérique, l’Allemagne et la France occupant le trio de tête.

Au total, écosystème des élections législatives en Russie aurait subi quelques 900 cyberattaques le temps du scrutin et notamment sur la plateforme moscovite.

L’annihilation de l’écosystème Navalny

Les autorités russes ont cet été déclaré une guerre totale à la galaxie Navalny et notamment son fonds anti-corruption comme “extrémiste”.

Le 28 septembre 2021, des charges supplémentaires ont été lancées et ajoutées contre non seulement Alexei Navalny même mais aussi ses deux lieutenants que sont Ivan Jdanov et Leonid Volkov, les deux étant en exil.

Les visages de cette galaxie sont tous en fuite que l’on pense à Lioubov Sobol que Forbes qualifiait en 2011 de femme de l’année :), la BBC comme une des femmes les plus influentes du monde et par la presse francais comme une avocate intransigente ))
En août 2021, elle est condamnée à 1 an et demi de liberté surveillée pour avoir participé à l’organisation de manifestations en soutien à Navalny et « incitation à la violation des normes sanitaires ». 
Suite à la publication sur Internet d’une vidéo la montrant dans une chambre d’hôtel et au lit avec un militant de la galaxie Navalny du nom d’Akim Kerimov elle annoncera ensuite divorcer de son second mari et s’enfuira en Turquie ou elle serait toujours …

Le second visage de la galaxie Navalny etait Kira Iarmoush qui après sa condamnation a 1,5 ans d’arrestation a domicile, s’est également à la fin de l’été enfuie de Russie.

Ces nouveaux éléments ont fait laconiquement écrire à Alexei Navalny qu’il ne devrait pas sortir après 2051 et de toute évidence pour lui les choses sont parties pour durer.
Une confirmation de ce que j’écrivais en janvier 2021 sur la Fin de Navalny.
Va t-on vers un scénario à la Kodorkovski avec une grâce dans .. X ans et un exil définitif de Navalny en Occident ?

Quelques chiffres

La répartition territoriale la plus marquée entre partis est une répartition entre l’ouest et l’est, entre le parti Gens Nouveaux en verts et Russie Juste en mauve, ci dessous.

0,0004 % des bulletins de vote ont été invalidés dans 43 régions. La Commission électorale a reçu 200 signalements de fraude potentielle tandis que GOLOS recense prés de 5.777 infractions, contre 7.801 lors des élections législatives de 2011. Un mieux malgré la hausse de Russie Unie, surprenant ?

Sont entrés à la Douma d’État :
1 acteur – Dmitry Pevtsov, qui s’est rendu aux urnes en tant que candidat sans étiquette 1 chanteur – Denis Maidanov (“Russie Unie”)
2 présentateurs de télévision – Dmitry Popov et Timofey Bazhenov (tous deux – “Russie Unie “);
Au moins 14 anciens athlètes.

Saint-Pétersbourg a vu 6 partis entrer au parlement de la capitale du nord :
• Russie unie – 10 mandats ;
• Parti Communiste de la Fédération de Russie – 5 mandats ;
• “Russie Juste” – 3 mandats ;
• “Gens Nouveaux” – 3 mandats ;
• Yabloko – 2 mandats ;
• LDPR – 2 mandats.

Ramzan Kadyrov avec 99,7% des voix établirait le second record du monde de total de voix obtenu dans une élection, le record étant détenu par James Vardaman, suprématiste blanc élu avec 100% des voix en 1907 dans le Mississippi.

Les employés du ministère des situations d”urgence ont voté pour Russie-unie majoritairement (44%) et pour le parti communiste à 29%. Le LDPR est troisième avec 8 et 10%.
Des scores parfaitement conformes aux moyennes fédérales et au résultat final sur Moscou.

Dans les prisons de Moscou, voir ci dessous, on vote mais plus pour le LDPR et pour Iabloko et moins pour Russie Unie et le KPRF.

Les régions qui ont vu le plus de gens voter “à domicile” sont sur cette carte et il s’agit de sujets suivants :
– Le Birobidjan
– La Crimée
– La Karatchaïévo-Tcherkessie
– Tiva
– l’Oblast de Penza
– l’Oblast de Tambov
– l’Oblast de Kemerovo

Selon la partie la plus radicale de l’opposition communiste qui annonce une fraude massive, et pour avoir une idée des échelles, selon eux les scores sont les suivants
Russie Unie – 33% au lieu de 49,82%
KPRF – 25% au lieu de 18,93%
LDPR – 10% au lieu de 7,56%
Russie Juste – 10% au lieu de 7,46%
Gens Nouveaux – 7% au lieu de 5,33%

Selon eux le Parti communiste de la Fédération de Russie a remporté au moins 11 régions de Russie et dans 10 autres régions (en rose clair et foncé dessous) les résultats de Russie unie et du Parti communiste de la Fédération de Russie sont à peu près égaux, comme sur Moscou sans le vote en ligne.

Que conclure ?

  • Le vote sur 3 jours a permis d’augmenter la participation.
  • L’énorme succès du vote en ligne sur Moscou (2 millions d’inscrits via la plateforme Gosuslugi donc plus qu’en urnes et au final plus de 93% de participation en ligne (!), confirme que la Russie va rapidement passer au tout en ligne pour les élections.
    Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, la Digitalisation autoritaire en Russie s’accélère, je reviendrais dessus dans un prochain article.
  • Le système politique russe (relire mon article de 2008) est un système rond, Russie-unie Centrique et Poutine Centrique. Les 3 autres partis de “semi-gouvernance” sont et doivent rester Kremlin compatible et ne doivent pas faire porter de risques au centre, du cercle, le centre de gouvernance qu’est Russie Unie.
    L’apparition de Gens Nouveaux, qu’il faudra suivre, peut servir au système a se régénérer a-minima et se renforcer sans prendre de risques. Alors que ni le LDRP, ni le KPRF ne semblent avoir de destin en Russie, Russie Unie conforte son statut de parti unique du pouvoir mais aussi représente plus que les autres le renouveau avec le fort renouvellement des députés.
  • Le Kremlin a réussi son pari et c’est un coup de maître. La forte implication de Vladimir Poutine pour Russie Unie a joué un rôle fondamental et reconnecté le parti avec la figure du président.
    – Russie-unie a gagné les élections
    – La Douma s’enrichit, se diversifie mais au détriment des partis d’opposition Kremlin compatibles
    – L’opposition non Kremlin-compatible est annihilée.
    Le Kremlin a la voie libre pour préparer 2024.

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Les cartes sont issues des blogs de Kireev, sevabashirov, ffinoz et RTVI

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Réflexions et pronostics sur les élections de septembre 2021 (article de juillet 2021)
Scénarios pour les législatives de septembre 2021 (article de mai 2021)
Sondage Levada du 17/05/2021
Russie Unie prépare les élections législatives de septembre 2021
Quels partis politiques s’affronteront pour les législatives russes de septembre 2021 ?

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