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Kazan l’orientale

L’article original a été publié sur le site de Ria Novosti

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Parmi les villes atypiques en Russie qu’il faut absolument visiter, je pense que Kazan est définitivement en tête de liste. Kazan, il faut bien le reconnaître, n’est pas une ville comme les autres. Elle n’est pas seulement la capitale du Tatarstan, cette incroyable province d’Eurasie qui a une histoire riche et ancienne.
Kazan est plus que cela, elle est au 21ème siècle un miracle d’harmonie, de fusion et de paix, a l’heure ou les tensions inter-communautaires et interreligieuses empoisonnent la vie dans bon nombre de pays, en Europe et ailleurs. Le Tatarstan se situe à l’est de Moscou, sur les rives de la Volga, juste avant l’Oural, c’est-à-dire près de cette frontière que certains attribuent à tort à l’Europe. L’histoire de la région est complexe, elle est bien à l’image assez incroyable de ce qu’est le Tatarstan d’aujourd’hui. La province est ancienne, vraisemblablement créée par les Bulgares de la Volga, ce peuple qui migra des rives de la mer noire pour constituer un état organisé dès le 8ème siècle sur le territoire de l’actuel Tatarstan.
L’islam s’y implante au 10ème siècle, introduit par des missionnaires du proche orient, mais les autres religions continueront d’y être pratiquées. En 1238 l’invasion des mongols de la horde d’or détruit définitivement la Bulgarie de la Volga. Le Khanat de Kazan est créé en 1438, il perdure un peu plus d’un siècle, jusqu’en 1552, date à laquelle le tsar russe Ivan le Terrible annexe la région et fait du Tatarstan une province russe. Symbole de cette conquête militaire, la fameuse église Sainte Basile, construite devant le Kremlin de Moscou et qui est encore considérée aujourd’hui comme un des symboles de l’architecture russe.
Ainsi, depuis 1552, les histoires du Tatarstan et de la Russie ne font plus qu’une. Depuis prés de 5 siècles le Tatarstan est donc une province russe. Comme la Carélie, dont elle est une sorte de miroir inverse, le Tatarstan a le statut de république. Comme sa cousine du nord, elle représente l’exemple de l’unité administrative la plus décentralisée possible au sein de la fédération de Russie. Les républiques russes sont en effet des entités très autonomes, ayant leurs constitutions, leurs présidents et même leurs langues officielles. A ce titre au Tatarstan tout est écrit en tatar et en russe.


Parmi toutes les républiques de la Fédération de Russie, le Tatarstan est sans doute celle qui représente et symbolise le mieux l’aspect pan-eurasiatique et multiculturel de la Russie d’aujourd’hui. Le Tatarstan est une république mosaïque dans laquelle cohabitent nombre de peuples et de religions. Les Tatars ethniques sont 50% de la population, les russes 40%, mais de nombreuses autres minorités y résident:Tchouvaches, Oudmourtes, Ukrainiens, Maris, Bachkires, Azéris, Biélorusses, Arméniens ou encore des minorités juives. Cette diversité ethnoculturelle traduit toute la réalité et la variété de la steppe.

 

La visite de Kazan, capitale du Tatarstan, déclenche en général une avalanche d’étonnements, de sentiments et de sensations aussi contradictoires qu’inattendus. La ville a bien sur sans doute beaucoup changé depuis que ses premiers colons sont venus s’y installer il y a plus de 13 siècles. Kazan est une ville en travaux, comme toutes les villes de la Russie d’aujourd’hui. Les immeubles neufs côtoient les vieilles maisons en bois, symbole de la cohabitation entre l’ancien et le nouveau monde. La modernité s’installe, les infrastructures se développent, notamment le magnifique métro, inauguré en 2005 pour les 1.000 ans de la ville. Le centre ville de Kazan est traversé par une artère piétonne, qui mène au Kremlin. C’est un ensemble architectural unique en Russie, mais aussi unique au monde. La mosquée Qolcharify, plus grande mosquée d’Europe, y trône à côté de la cathédrale de l’Annonciation. Ce Kremlin exceptionnel est d’ailleurs au patrimoine mondial de l’Unesco. Il est le cœur d’une ville qui est totalement multiculturelle et multiethnique, dans laquelle on peut voir un centre islamique, 41 mosquées, 26 églises orthodoxes, mais également des églises catholiques, protestantes, une synagogue, un centre pour la consécration de Krishna et même un centre de prière du Bahaïsme!
 
Assis en terrasse dans le centre ville, le visiteur a du mal à distinguer les différentes influences, asiatiques, orientales et Slavo-chrétiennes, mais également postsoviétiques, tant elles semblent imbriquées et fusionnées. Observer la foule qui passe dans la rue permet de faire des observations étonnantes. L’été à Kazan  apporte  quelque chose de nonchalant, on s’y sent à mi chemin entre l’Asie et l’Europe, ou plutôt entre l’Europe et l’orient. Kazan pourrait faire penser à Sarajevo, mais sa variante eurasiatique est bien particulière. La fusion des identités ethno-religieuses ne semble aucunement porter atteinte aux traditions russes, par exemple sur le plan vestimentaire. Il n’est pas rare de croiser, par exemple, deux jeunes femmes musulmanes marchant ensemble, l’une en foulard et l’autre en minishort.
Kazan est l’avant-poste des polémiques vestimentaires, mais visiblement, sans que cela ne crée aucune tension visible. Les deux communautés principales de Kazan, Tatars et Russes, semblent vivre paisiblement leurs différences et leurs identités culturelles et religieuses, sans se les  opposer, ni les imposer à leurs voisins. Depuis 500 ans bien sur, on imagine que toutes les communautés ont appris à vivre ensemble. Cette harmonie est du reste assez visible via le grand nombre de familles mixtes, qui vont au contraire de la communautarisation des peuples, du Tatarstan. En 2009, Hillary Clinton a d’ailleurs visité le Tatarstan pour s’inspirer des méthodes de cohabitation harmonieuse entre communautés. Elle a qualifié cette république russe de “modèle de cohabitation entre ethnies et religions différentes”, déclarant même son intention de consulter le président de l’époque Mintimir Chaïmiev sur les méthodes employées au Tatarstan pour régler  d’éventuels conflits intercommunautaires.
 
La ville n’est pas seulement une vitrine de paix et d’harmonie humaine. Un récent rapport économique d’Ernst et Young affirmait que Kazan était l’une des villes les plus propices au business en Russie. Symbole de cette réussite, la Fédération internationale du sport universitaire (FISU) a retenu, Kazan, pour l’organisation de l’Universiade d’été de 2013, une compétition internationale universitaire multisports organisée par la Fédération internationale du sport universitaire.
Clin d’œil d’actualité et à l’image de la réussite du Tatarstan, la devise de la République est: “Bez Buldırabız! (We can!)”.

Le point démographique – Juin 2011

Les chiffres démographiques de la période janvier/avril 2011 sont en ligne.

* Le nombre de naissances est légèrement en baisse sur la période janvier/avril 2011 (557.926 naissances) par rapport à janvier/avril 2010 (571.980 naissances) soit 14.054 naissances de moins

Le nombre de décès est lui également en forte baisse 658.665 contre 679.339 soit 20.674 décès de moins. Les décès pour des raisons cardio-vasculaires ont baissé de 3,6%, les morts pour raisons externes ont baissé de 8,1% (notamment 13,4% de moins pour les empoisonnements, 8,4% de moins pour les meurtres et 5,3% de moins pour les suicides). 

La  diminution naturelle de la population est donc toujours en baisse et ce malgré la diminution du nombre des naissances pour les 4 premiers mois de l’année. Le nombre de naissances a diminué de 1% et le nombre de décès de 2,4%.

* Le nombre de mariages est également en baisse, les 4 premiers mois de 2010 ont vu 307.912 mariages contre 294.190 cette année, soit 13.722 mariages en moins. D’autre part, le nombre de divorces est très légèrement en hausse : 208.785 contre 207.710 soit 1.715 de plus.


Analyse :

* Cette baisse des naissances est peut être saisonnière, les mois de mars et avril 2010 ont été très fertiles. En outre, les naissances de mars/avril 2011 ont été conçues en juillet/aout 2010, au cœur de la canicule de l’été dernier, rien ne permet d’exclure le fait que cela  ait joué un rôle plutôt négatif. 

Le mois de mai 2011 sera un indicateur pour savoir si 2011 peut voir 1,8 millions de naissances ou pas. Quoi qu’il en soit même si le nombre de naissances stagne ou diminue un peu comparé à l’année dernière, il faut surveiller le nombre de décès qui devrait lui théoriquement passer sous la barre des 2 millions pour la première fois depuis 1998. La baisse naturelle de population dans ce cas de figure pourrait donc se situer si la situation perdure sous la barre des 200.000 habitants pour 2011 (contre 290.000 en 2009 et 240.000 en 2010)


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Articles annexes: 

Grandeur et décadence

Mes lecteurs les plus assidus connaissent déjà sans doute Oncle-Vania, qui en 2009 et 2010 à publié d’excellentes analyses sur les médias Français et la Russie, dans le Courrier de Russie. Afin de garder sa liberté de ton et pouvoir continuer à donner son analyse de Français de Russie, Oncle Vania va désormais collaborer à Dissonance et tenir une rubrique régulière. 
Nul doute que ses analyses dissonantes ont totalement leur place sur ce blog!

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Grandeur et décadence

L’affaire DSK et son traitement par les médias, français met en relief l’extension aux domaines sociaux et culturels de la dérive atlantiste que la France subit progressivement depuis quelques années. Non seulement les écrans télévisuels français se remplissent des inepties débilitantes copiées des chaînes américaines, mais le traitement de l’information et sa réception par les spectateurs français se rapprochent des normes politiquement correctes américaines et de leurs incroyable hypocrisie. 

Le communautarisme américain et son corollaire, l’exacerbation des revendications des minorités, quelqu’elles soient, a gangrené les rapports sociaux. C’est un lieu commun de dire par exemple que le féminisme militant et extrémiste des années 60 a profondément détérioré les rapports homme/femme en Amérique. La complémentarité des deux sexes s’est transformée en antagonisme et en guerre de tranchées, renforcé paradoxalement par un puritanisme religieux croissant, pourtant aux antipodes des valeurs des années 60. L’homme est devenu un adversaire , voir un ennemi, il suft de regarder les procédures juridiques et les contrats de mariages. Loin de moi de remettre en cause les avancées des droits des femmes, comme l’avortement, l’égalité des salaires … Mais le glissement extrémiste du féminisme, à l’instar d’autres extrémismes comme le militantisme gay aux États-Unis pose plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. En la matière, le philosophe qui fait référence, Michel Colluci, dit Coluche, disait “ les femmes sont des mecs pas faits comme nous…”, et ceci me semble lʼun des aphorismes les plus justes écrit sur le sujet. Pour revenir sur l’affaire DSK, elle éclaire pour les français lʼextrême iniquitéé du système judiciaire américain et sa médiatisation. Un procès comme celui la se rapproche plus dʼune  émission de télé-réalité quʼa une oeuvre de justice. Le rôle des médias, le système accusatoire, la starisation des procureurs, tout cela en fait un cirque très onéreux et injuste socialement. 

Quʼattendre de plus dʼun pays qui a laminé ses classes moyennes, paupérisé ses plus pauvres et enrichi ses plus riches,et où les seules manifestations de masse l’ont été pour fustiger le programme de santé du président Obama.Il est temps de laisser tomber Tocqueville pour Gramsci si on veut comprendre la réalité du totalitarisme américain. On attendait plus de décence des médias français, même si ce mot a perdu de sa raison d’être dans ce domaine. Le rapport incestueux entre ces derniers et le pouvoir politique a aussi sûrement joué un rôle, l’Élysée savourant de voir son principal adversaire jeté en pâture. Le rôle des féministes françaises est aussi désolant. Une partie de leurs égéries est sortie de la naphtaline pour ajouter leur pierre à un dossier que nul ne connaît réellement ( manipulation de services, embrouille à l’africaine, moment de faiblesse…? ).

Le mâle est forcément coupable et ceux qui le défendent d’horribles mysogines, dans ce domaine le procès fait à Jack Lang, sur l’expression “mort d’homme” est un chef d’oeuvre de malhonnêteté intellectuelle. Le débat sur le fait que les politiques et les amis de DSK aient occulté la victime est aussi d’une mauvaise foi agrante.La victime présumée est pour le moment virtuelle, cachée, occultée, ouvrant la voie à tous les fantasmes, sur son statut, ses motivations.


A lire sur le site du club France, un extrait de la correspondance entre BHL et Michel Houellebecq où lʼon comprend que la haine que porte le pseudo philosophe à la chemise blanche à la Russie est obsessionnelle, maladive et n’a d’équivalent que son ignorance du pays.

La Russie brûlera-t-elle de nouveau?

L’article original a été publié sur le site de Ria Novosti
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L’été est arrivé à Moscou et avec lui son lot de bonnes et mauvaises nouvelles. La ville n’est plus sous la neige depuis quelques semaines et le passage de l’hiver a l’été s’est fait brusquement, presque sans printemps.
J’ai déjà dans mes précédents tribunes expliqué à quel point l’hiver pèse sur les moscovites. Dès les premiers rayons de soleil les habitants passent le maximum de temps à l’extérieur, les places se remplissent, les terrasses aussi, et les parcs sont bondés de jeunes et de moins jeunes qui tentent de profiter des rayons du soleil, de la chaleur et de la lumière. L’été à Moscou est un plaisir pour les yeux tant la beauté russe et slave apparait au regard, surtout via les jeunes filles qui embellissent quasiment chaque rue de la capitale. L’été est aussi la saison des chachliks, c’est-à-dire des brochettes. Le manque de temps passé à l’extérieur durant le long hiver fait que les russes apprécient de pouvoir cuisiner dehors, et de s’asseoir en famille ou avec des amis pour savourer ces piques niques dans la nature.
Les Russes qui ont des datchas, ces petites maisons de campagne, s’y ruent dès les premières chaleurs. Pour les autres, en pleine ville, le premier parc venu permet en général de trouver une clairière dégagée pour pouvoir y poser le fameux мангал ou barbecue, outil indispensable pour faire cuire les brochettes tant désirées. La législation russe est relativement flexible sur le sujet, et le droit de faire cuire ses brochettes dans le parc voisin ou en bas de son immeuble est considéré par les russes comme un droit quasi inaliénable. Bien sur, cette saison culinaire n’est pas sans risques, chaque année, des incidents surviennent, provoqués par l’excès d’alcool sous le soleil.
L’an dernier, ces réjouissances traditionnelles n’ont pas eu lieu comme il se doit à Moscou. La Russie a été frappée par une canicule similaire à la canicule française de 2003. Dès le moins de juin, il y a eu des températures proches de 40° dans une bonne partie du pays et les incendies de forêt ont démarré partout en même temps, y compris autour de Moscou. Ces incendies ont eu des conséquences tragiques puisque près d’un million d’hectares de forêts ont brûlé, 58 personnes seraient décédées et plus de 3.000 logements détruits. Pendant de longues semaines, les 10 millions d’habitants de Moscou ont été littéralement asphyxiés par les incendies des tourbières qui entourent la ville et l’ont noyé dans une épaisse fumée et une odeur de brûlé. Les conséquences sur le long terme sont sans doute bien plus graves. La surmortalité due à cette canicule a été estimée à près de 50.000 personnes. Au niveau écologique, les incendies ont touche des zones irradiées, faisant apparaître le spectre de projection dans l’air de particules radioactives. Enfin au niveau économique les incendies ont détruit de nombreux villages, routes et infrastructures. La sècheresse a compromis les récoltes de blé, entrainant un arrêt des exportations russes ainsi qu’une hausse importante des prix sur le marché local.
La presse française avait plus qu’alarmé l’opinion en nous faisant croire que le pays tout entier était en feu, mais en réalité la proportion de terres dévastées par les incendies a étéinférieure à ce qui brûle tous les ans dans certains pays occidentaux qui subissent des incendies comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne ou encore l’Amérique. Malgré tous leurs efforts et une volonté quasi-obsessionnelle d’y parvenir (exemple ici), les grands reporters et autres journalistes n’ont pas démontré que ces incendies avaient un rapport avec un hypothétique échec du système Poutine. Je note que les victimes russes sont finalement les grandes oubliées dans ces obsessions et joutes de journalistes, que l’on a pu très justement qualifier d’offensive contre un pays en flammes.
Un an plus tard il est temps de faire les comptes. Dans les bonnes nouvelles, les exportations de céréales ont enfin repris. Les maisons individuelles ont été reconstruites (ici et la) et le système ne s’est pas effondré. Enfin, le gouvernement a dégagé des fonds, principalement pour l’achat de matériel anti-incendie et la protection des forêts. Pendant les incendies de 2010, les bloggeurs russes ont redoublé d’imagination pour s’organiser, par régions et villes, afin de créer des brigades de volontaires, démontrant ainsi la relative maturité d’une société civile que l’on nous dit pourtant inexistante. Enfin ces incendies ont permis une collaboration franco-russe puisque parmi les pompiers étrangers qui ont été dépêchés en Russie, les sapeurs français ont été rapidement surnommés l’escadron Normandie-Niemen.
Pourtant de nombreux experts pronostiquent que les incendies devraient reprendre cette année, ils ont d’ailleurs déjà commencé en Sibérie. Pire, ce sont déjà près de 100.000 hectares qui brûlent en cette fin mai 2011, soit deux fois plus que l’année dernière à la même époque. Bien sur des incendies ont lieu tous les ans en Russie et c’est un fait climatique contre lequel il n’y a  sans doute pas grand-chose à faire. Aux Etats-Unis, par exemple, lorsque des incendies se déclenchent sur de grands territoires vierges, les autorités choisissent de plus ou moins laisser brûler, se contentant de protéger les habitations. On a vu l’an dernier en Russie qu’il est très difficile de lutter contre des feux qui se propagent dans d’immenses forets de résineux et qui déferlent sur de petits villages constitués de maisons en bois, n’ayant même pas pour certains l’eau courante.
Les incendies déclenchés par des accidents de barbecue ou par l’effet loupe de bouteilles de verres abandonnées partout dans les forêts ont par contre été nombreux l’an dernier. Il est certain que l’adoption par les russes de comportements plus écologiques serait essentielle pour limiter les risques d’incendies dans le futur. Quand aux autorités locales, leur capacité à avoir réellement réparé les dégâts et mis en œuvre les moyens nécessaires pour prévenir et contenir de nouveaux feux fera sans doute l’objet d’un test grandeur nature, au moment des élections législatives de l’hiver prochain.

L’Assault américain sur les banlieues françaises (3)

La France ne le sait pas, mais nous  sommes en guerre avec l’Amérique. […] Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique […] Oui, ils sont très durs les américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde… Vous avez vu, après la guerre du Golfe, ils ont voulu tout contrôler dans cette région du monde. Ils n’ont rien laissé à leurs alliés. […]Il ne faut pas se laisser faire, il ne faut pas se laisser impressionner.”
Citation de François Mitterrand, rapportée dans Le dernier Mitterrand (G.M.Benhamou)
 
Cette démarche américaine a l’égard de futurs cadres n’est absolument pas une nouveauté. De nombreuses structures américaines fonctionnent déjà en Europe, avec pour objectif de former des élites pro américaines. En France, on peut par exemple citer la très célèbre fondation Franco-américaine qui a été crée en 1976 par trois éminents Américains: James G. Lowenstein, James Chace et Nicholas Wahl. Les deux premiers étaient membres du très influent CFR (Council on Foreign Relations) dans lequel s’élabore la politique étrangère américaine tandis que le troisième était professeur de science politique. Ces représentants américains se sont appuyés sur des Français occupant de hautes fonctions pour développer l’influence américaine au sein des élites françaises. Le lancement de la fondation franco-américaine eut lieu grâce à la
proposition du président Giscard d’Estaing, lors d’un repas à l’ambassade de France à Washington le 18 mai 1976, en présence du président des Etats-Unis, Gerald Ford et du secrétaire d’Etat, Henry Kissinger. Le but recherché, comme le rappellent les textes officiels, est le suivant: « L’objectif de la Fondation franco-américaine est de renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique. » Depuis 1981, un programme de « jeunes leaders » existe qui a concerne un grand nombre d’hommes politiques français mais également de journalistes (Cf. Liste). 
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La nouveauté de cette politique de séduction est qu’elle est focalisée sur des communautés ethnico-religieuses en France. Le projet consiste  à dire aux Français qu’ils peuvent réussir à valoriser les minorités comme cela a été fait aux États-Unis. Cette politique diplomatique passe donc par des élites tout comme des sites internet de la communauté immigrée en France. Sont cités deux sites principaux que sont les sites oumma et saphir, qui se sont livrés à une sorte de coming-out à propos de leurs relations avec l’ambassade des Etats-Unis en France:
1. Oumma.com: « Nous entretenons effectivement des rapports cordiaux avec le personnel de l’ambassade et ce contact privilégié nous a permis, par exemple, de décrocher l’exclusivité d’un entretien avec Farah Pandith, membre de l’Administration Obama. »
2. Saphirnews: « Des liens ont en effet été tissés depuis longtemps entre les officiels américains en France et Saphirnews, qui a été amené, par exemple, à rencontrer la porte-parole du Congrès américain, Lynne Weil, en décembre 2008, pour discuter de l’état de la société française ».
 
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Les personnalités visées sont aussi emblématiques. On peut citer parmi les plus médiatisées :
Rokhaya Diallo, une jeune militante associative française d’origine sénégalaise qui est chroniqueuse pour la télévision et la radio. Cette dernière, féministe convaincue, intégrera l’organisation d’extrême gauche Attac, avant de s’engager activement dans le féminisme et le milieu associatif via diverses associations comme Mix-cité et les indivisibles. En mars 2010, elle est sélectionnée pour participer au programme International Visitor Leadership : invitée du gouvernement fédéral des États-Unis, elle visite le pays pour y étudier la diversité. En septembre 2010 elle sera invitée au 40ème Congressional Black Caucus, événement annuel qui réunit les parlementaires Afro-Américains des États-Unis.
Reda Didi est un autre de ces français d’origine immigrée courtisés par les Etats-Unis. Cet ex-responsable du mouvement socialiste écologiste français « les verts » a lui aussi fait un séjour aux Etats-Unis, accompagné de 8 personnes sélectionnées dans le cadre du programme « Graines de France ». Graines de France a pour objectif d’impliquer les citoyens dans la vie politique en créant des nœuds de militants actifs, recrutés dans les populations d’’origine immigrée si possible. Will Burns, directeur de campagne d’Obama pour son élection au sénat américain en 2000, vient par ailleurs d’intégrer le conseil d’administration de leur club de réflexion.
Ali Soumaré est le plus connu en France. Candidat PS aux élections régionales, ce responsable associatif, très engagé sur le terrain lors des émeutes à Villiers-le-Bel, est reconnu aux Etats-Unis depuis plus de deux ans comme “jeune leader des quartiers issu de l’immigration”. Il a été reçu plusieurs fois à l’ambassade américaine de
Paris et a participé à des groupes de travail sur la manière de mener une campagne électorale. Il a aussi été consulté sur divers sujets d’actualité comme l’intégration. A chaque fois, on lui a déroulé le tapis rouge. « Mon propre parti, le PS, ne m’a jamais montré la moitié de l’intérêt que les américains m’ont porté », raconte-t-il. « Avec une certaine humilité, ils essaient vraiment de comprendre nos problématiques. C’est passionnant et extrêmement flatteur. »
Almamy Kanouté, militant associatif et à la tête d’une liste indépendante à Fresnes, est rentré le 6 mai dernier de trois semaines de périple à travers les États-Unis. Nom du programme: “Gestion de la diversité ethnique”. “C’était intensif, nous avons enchaîné les réunions, les visites, raconte-t-il, conquis. J’en ai conclu que, si les américains n’ont pas forcément toujours mieux réussi l’intégration des populations d’origine étrangère que les français, ils y consacrent plus de moyens et plus d’efforts. Là-bas, je me suis senti compris: ici, on me taxe d’extrémiste communautaire. Eux, au moins, ne nous jugent pas.”  
Said Hammouche, 37 ans, a également participé au programme des Visiteurs internationaux. Il est né à Paris et a grandi à Bondy, en Seine-Saint-Denis. Fondateur du cabinet de recrutement Mozaïk RH, qui vise à favoriser la diversité dans l’entreprise, il est parti fin 2008 aux États-Unis via ce programme d’échange: « Pour eux [les Américains], ces voyages servent à briser nos idées reçues sur leur pays. On n’est pas dupes de leur démarche, on sait qu’on est peut-être manipulés mais je comprends mieux aujourd’hui la volonté de créer, d’entreprendre et d’avancer des Américains. C’est quelque chose de très fort, que je connaissais mal auparavant. »
 
Mais les séjours de quelques leaders identifiés ne sont pas tout. En novembre 2010, à l’occasion du premier grand forum de l’emploi lancé par l’association « Nos quartiers ont des talents », l’ambassade américaine a participé à l’organisation d’une rencontre avec des patrons de très grosses sociétés à l’hôtel Newport Bay Club à Disneyland Paris. Cette structure d’aide à l’insertion pour les jeunes des minorités existe depuis 2005 et a été créé par le Medef (Syndicat patronal français ) de Seine Saint Denis, le département à plus forte densité ethnique et religieuse étrangère de France. Le forum a rassemblé près de 5.000 jeunes. L’association « Nos quartiers ont des
talents » a été mise en place en décembre 2009. Elle souhaite multiplier par dix le nombre de jeunes suivis et le réseau de parrains d’ici 2015, sans doute avec le soutien discret de l’ambassade Américaine.
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Ce travail de réseau vise aussi directement les musulmans français. Le 2 décembre, le consul américain Mark Shapiro lançait une association, nommée Confluences, destinée à promouvoir les minorités et particulièrement la  minorité musulmane. Ce projet est le résultat d’un partenariat entre la région Rhône-Alpes et le département d’état américain, l’équivalent de notre ministère des Affaires étrangères.  Selon les messages diplomatiques révélés par Wikileaks, les Américains craignent en effet
que la discrimination des musulmans puisse susciter des crises répétées et puisse faire de la France un “pays faible” et “un allié moins performant”. L’association Confluences a pour objectif de créer, d’animer et de gérer à Lyon, un centre dédié à la diversité et à la lutte contre les discriminations. L’attaché culturel du consulat américain à Lyon siège au conseil d’administration de l’association.
Les petites ingérences américaines prennent parfois d’autres formes :
Le 3 août dernier, BBC News révélait que les États-Unis avaient très largement financé un manga japonais (Manga to promote US-Japan military alliance) destiné au jeune public japonais afin de le convaincre de l’intérêt de l’alliance militaire entre les États-Unis et le Japon (et notamment le maintien de la base américaine d’Okinawa, de plus en plus contestée par la population).C’est dans la même veine qu’en décembre 2010 est apparu aux Etats-Unis un nouveau super héros de bande dessinée appelé  ightrunner. Il s’agit en réalité de Billi Asseiah, un islamiste sunnite algérien de 22 ans immigré en France (censé représenter la France) et installé à Clichy sous-Bois. Incarnant les valeurs de justice, d’honneur et de droiture, il secourt la veuve et l’orphelin selon l’expression consacrée. Il défend aussi et surtout les intérêts de sa communauté (les musulmans) injustement attaquée. Un élément d’autant plus inquiétant que le premier épisode de la BD se déroule durant les émeutes de banlieues de 2005 en France. Accompagné par un ami, Bilal, alors âgé de 16 ans, est injustement pris à partie par la police, passé à tabac alors qu’il n’a rien fait de mal. Ensuite,
son ami est abattu après avoir incendié un commissariat. Bilal devient alors ightrunner pour rétablir l’ordre juste et démocratique. Figurant dans Annual
Batman Detectiye Comics (n” 12) et dans Batman Annual ( N° 28 ), nul doute que ce Batman d’un nouveau genre n’apparaisse prochainement dans les kiosques
français.
 
En outre et selon Wikileaks, dans le texte envoyé en  janvier 2010 par l’ambassadeur Rivkin, on peut lire : « De plus, nous continuerons et renforcerons notre travail avec les musées français et les enseignants pour réformer le programme d’histoire enseigné dans les écoles françaises, pour qu’ils prennent en compte le rôle et les perspectives des minorités dans l’histoire de France ». 9 mois plus tard, en septembre 2010, est voté une loi réduisant au minimum la partie des manuels d’histoire consacrée a des personnages historiques (François Ier, Henri IV, Louis XIV et Napoléon) ou à certains moments de l’histoire de France, dans certaines classes, au profit de cultures étrangères, notamment africaines. 
 
Cette décision officielle a été prise en France, en 2010, au nom de « l’ouverture aux autres civilisations de notre monde ». De même, l’étude de la Révolution et l’Empire sont sacrifiés pour mieux pouvoir étudier les grands courants d’échanges commerciaux au XVIIIème et XIXème comprenant les traites négrières et l’esclavage. Dans le nouveau programme des classes de 4ème: 4 heures de cours sont consacrées aux traites négrières alors que toute l’histoire de la révolution et de l’empire est expédiée en moins de 8 heures. Autre exemple édifiant, Louis XIV qui constituait un temps fort du 1er trimestre de 4ème est remplacé par un thème appelé: l’ « Émergence du roi
absolu ». Le Roi Soleil est désormais renvoyé en 5ème à la fin de l’année d’étude, année au terme de laquelle on se sera longuement attardé sur les civilisations africaines du Monomotapa et Songhaï et sur la traite orientale. En réalité, François Ier, Henri IV, Louis XIV et Napoléon Ier sont relégués dans ce que les nouveaux programmes scolaires qualifient « d’éléments de compréhension contextuels » et ne feront donc plus l’objet de chapitres d’étude à part entière dans les programmes de l’éducation nationale française.
 
Quelles conclusions faut-il tirer de cette activité dirigée vers les minorités et des programmes en direction des banlieues et des français d’origine étrangère qui coûtent chaque année 3 millions de dollars à l’ambassade des États-Unis ?Tout d’abord que les américains sont dans une démarche impérialiste de promotion de leur modèle de société et de protection de leurs intérêts futurs en France, et que la politique de détection et de promotion des minorités n’est évidemment pas une action humanitaire dénuée d’intentions masquées. Ces programmes américains en faveur des minorités se développent dans un contexte économique médiocre qui rend difficile l’intégration de nouveaux immigrés en France. Il s’agit surtout d’améliorer l’image des États-Unis auprès des jeunes musulmans de France, suite aux guerres en Irak et en Afghanistan, sous prétexte de promouvoir la diversité, le respect des différences culturelles et la réussite pour tous.Mais ces stratégies de réseaux et d’influence présentent un réel danger
pour la France. L’intégration réussie des nombreuses vagues d’immigration que notre pays à connu dans le passé s’est toujours réalisée sans aucune revendication ethno-religieuse mais bel et bien par un processus complexe de totale assimilationLa volonté américaine de miser sur des élites ethniques et religieuses est fondée sur la reproduction d’un modèle américain communautariste totalement contraire au modèle français d’intégration, qui est républicain, égalitariste et non discriminatoire.
Les difficultés que la France rencontre actuellement avec ses minorités sont liées au développement excessif de la communautarisation, qu’elle soit identitaire, sociale et ethnico-religieuse. Sur le territoire se sont développés des sous cultures transversales, indépendantes voire hostiles à l’identité française. 
Pour la France, pays chrétien et européen dont l’avenir est en Europe, cette activité d’ingérence est extrêmement négative. En accroissant les sentiments communautaristes et revendicatifs de minorités ethniques et religieuses à l’égard de l’état français, les américains prennent le risque de créer des tensions qui pourraient aboutir à un point de non retour. En outre, cette agression en règle contre le modèle assimilationiste choisi par la France pourrait avoir des conséquences explosives, lorsque l’on sait que les
revendications ethno-religieuses s’ajoutent à des revendications régionalistes déjà sous jacentes. On peut s’interroger sur les intentions américaines dans ce domaine. Propager leur modèle de société ? Affaiblir la cohésion des sociétés visées pour éviter la formation en Europe d’un pôle économico-militaire indépendant, et concurrent des USA? N’oublions pas de faire un parallèle avec l’obsession des américains à faire entrer la Turquie dans l’UE, mais aussi à empêcher tout rapprochement avec la Russie.
 
Source : le blog gestion des risques interculturels, Faits et documents 308 du 15 au 31 janvier 2011

Pauvre France

Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti

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Les Français adorent plus que tout discuter de politique, c’est une tradition nationale qui date probablement de la révolution française de 1789. Par comparaison, les Français qui s’intéressent à la Russie constatent avec étonnement qu’un grand nombre de Russes paraissent peu intéressés par le débat politique national. Cette situation s’explique par l’histoire récente de la Russie, mais elle n’est pas figée et dans le domaine de l’intérêt pour la politique, les choses évoluent très vite depuis 10 ans.
A l’époque soviétique, les Russes avaient pris l’habitude d’écouter les politiciens sans se risquer à faire des commentaires. Au moment de la chute de l’URSS, beaucoup ont  imaginé qu’une autoroute s’ouvrait tout de suite vers la liberté, le progrès et la richesse. La nouvelle politique de Boris Eltsine a apporté de grandes espérances: l’économie de marché, les ordinateurs portables et la démocratie devaient apporter des solutions à tous les problèmes, c’était l’époque des Chicago Boys de Moscou. Finalement les deux mandats Eltsine ont transformé l’espérance en cauchemar, à coups de privatisations incontrôlées, d’appauvrissement généralisé et d’un effondrement démographique dont le pays se remet à peine aujourd’hui. La multiplication des partis politiques, la liberté d’entreprise, l’affairisme et le capitalisme financier ont  très rapidement ruiné l’économie de la Russie. Le pouvoir de l’argent, la disparition de l’intérêt général, la baisse brutale du niveau de vie des travailleurs et des retraités ont amené à un sentiment de méfiance généralisé envers tout le monde politique. A la fin des années 2000, les élites politiques avaient perdu tout crédit, aux yeux de la population russe.

On connaît l’histoire de ces dix années noires: le dernier éclair de lucidité d’Eltsine fut la nomination de Vladimir Poutine. Ce dernier s’attela à éviter l’implosion du système via la dictature de la loi, et à rétablir l’ordre dans le pays. La décennie suivante, celle des années 2000, fut donc l’inverse de la précédente: le PIB et le pouvoir d’achat sont repartis à la hausse. Sur le plan des idées, les conséquences de cette renaissance économique et politique sont énormes. Même si les Russes, et on les comprend, sont toujours très prudents quand au fait politique et aux promesses électorales liées, une idée nouvelle s’est répandue dans le pays: la bonne situation économique de la Russie d’aujourd’hui et pour les prochaines années est due en grande partie aux hommes politiques qui dirigent le pays.

On dit souvent, en France, que l’omniprésence d’un parti dominant comme par exemple Russie Unie serait la preuve de l’absence de démocratie réelle. On dit aussi souvent qu’il ne peut pas y avoir de réelle liberté de presse en Russie, pour la même raison. Je souhaiterais un peu nuancer ces affirmations. La très jeune démocratie russe (moins de 30 ans) est encore en fermentation mais il faut bien comprendre qu’en Russie, le spectre politique est déjà bien plus riche et large qu’on ne le pense malgré la prédominance d’un parti majoritaire, notamment parce que celui-ci est formé de  nombreuses tendances. Par ailleurs, la presse indépendante en Russie est aussi jeune que la démocratie, mais une chose est certaine, elle est sans doute tout aussi prometteuse. C’est cette idée selon laquelle les hommes politiques peuvent avoir une action positive qui réanime progressivement le débat politique en Russie, aussi bien à l’intérieur des partis politiques que dans la population.

En France, dans les “discussions du café du commerce”, cette note optimiste n’existe plus. Les Français ont eux la nostalgie du général de Gaulle et des “30 glorieuses”. Pendant cette époque, la France s’est en effet enrichie à une vitesse météorique, mais depuis, l’effondrement  économique qui a suivi ne s’est jamais arrêté. La France a vécu une forte désindustrialisation, et l’intégration à l’Union européenne est devenue un carcan idéologique et économique ne laissant qu’une marge de manœuvre très limitée aux hommes politiques français. Depuis 30 ans, le chômage augmente lentement et la dette publique aussi. Depuis 10 ans, les salaires réels baissent. L’alternance entre le pouvoir social démocrate de gauche et le pouvoir démocrate social de droite n’a produit aucun résultat concert et il n’y a aucun programme crédible de redressement des choses. La France est frappée par un engourdissement démocratique lourd et la confiance des Français dans leurs élites politiques baisse toujours.

Pourtant, la France bénéficie encore d’une relative bonne image en Russie. Beaucoup de Russes imaginent que la France serait encore le pays du débat et de l’échange d’idées, le pays de la liberté et de la justice, le pays de la liberté de la presse. Les Russes qui font des séjours touristiques dans notre vieille nation pensent à Voltaire et à Balzac, ils voient la beauté de Paris, l’architecture des châteaux de la Loire ou le luxe de la Côte d’Azur.  Ils ne voient pas la dégradation en cours.

Un des éléments de cette dégradation est la perte de confiance dans les médias. La récente affaire Strauss-Kahn en est sans doute la plus belle illustration. Bien sûr m’a dit mon voisin Oleg: “on s’en fiche, après tout, nous en Russie les scandales sexuels on en a tout le temps, et c’est une tradition chez nous”. Certes, mais ce que mon voisin ne sait pas, c’est qu’en France l’affaire Strauss Kahn a également sans doute déclenché une nouvelle et forte perte de confiance dans le monde journalistique. Depuis un certain temps, une bonne partie de la presse française avait préparé l’opinion à l’arrivée d’une espèce de nouveau messie: le patron du FMI, Mozart de l’économie, socialiste modéré, bien considéré par la droite modérée, futur président des Français, momentanément occupé à  sauver de la faillite la Grèce, l’Irlande et le  Portugal. Quand l’affaire DSK a éclaté, de nombreux journalistes français ont critiqué le système judiciaire américain, d’autres ont imaginé un complot de la droite française contre le futur président, et il y a même eu un soupçon sur la Russie: peut être même de Vladimir Poutine et des Russes qui auraient voulu l’éliminer du FMI. Quelques jours après pourtant, il y a eu des révélations: DSK avait un “problème avec les femmes”, c’était un  secret de Polichinelle. Des politiques le savaient plus ou moins, des journalistes savaient, mais les Français ne savaient pas. Exactement comme à l’époque où les Français ont appris que François Mitterrand avait une fille cachée. Les politiques savaient, les journalistes savaient, mais les Français eux ne savaient pas.

Le monde journalistique rejoint ainsi le monde politique, dans les catégories qui ne sont plus dignes de confiance. Au café du commerce, les discussions vont continuer bon train. Un auteur français, Henri de Bornier avait écrit en 1875: “Tout homme a deux pays, le sien et puis la France”. Je rajouterais en 2011: pauvre France.

 

L’Assaut américain sur les banlieux francaises (2)

En janvier 2010, l’ambassade américaine à Paris rédige un câble ou l’ambassadeur Charles Rivkin explique les activités américaines envers les minorités. Le câble est divisé en
10 points qui sont respectivement une explication de la crise de la représentation en France, la nécessité pour les américains de développer une stratégiepour la France, de s’engager dans un discours positif, de mettre en avant un exemple fort, lancer un programme agressif de mobilisation de la jeunesse, l’encouragement des voix modérées, une diffusion des meilleures pratiques, l’approfondissementdes compréhensions du problème, et enfin le ciblage des efforts. Je ne ferais qu’une brève synthèse des différents points ci-dessous :
 
SUMMARY (Résumé)
 « Au regard des circonstances et de l’histoire uniques de la France, l’Ambassade de Paris a créé une Stratégie d’Engagement envers les Minorités qui concerne, parmi d’autres groupes, les musulmans français, et qui répond aux
objectifs définis dans le reftel A [référence télégramme A]. Notre objectif est de mobiliser la population française à tous les niveaux afin d’amplifier les efforts de la Francepour réaliser ses propres idéaux égalitaires, ce qui par suite fera progresser les intérêts nationaux américains. Alors que la France est à juste titre fière de son rôle moteur dans la conception des idéaux démocratiques et dans la promotion des droits de l’homme et de l’Etat de droit, les institutions françaises ne se sont pas montrées elles-mêmes assez flexibles pour s’adapter à une démographie de plus en plus hétérodoxe. »
 
BACKGROUND:
THE CRISIS OF REPRESENTATION IN FRANCE (Arrière-plan: la crise de la représentation en France)
 « La France a longtemps fait la promotion des droits de l’homme et de l’Etat de droit, à la fois sur son territoire et à l’étranger, et se perçoit elle-même à juste titre comme un leader historique parmi les nations démocratiques. Cette histoire et cette perception de soi nous serviront d’autant plus que nous mettrons en œuvre la stratégie exposée ici, et qui consiste à faire pression sur la
France afin qu’elle s’oriente vers une application plus complète des valeurs démocratiques qu’elle promeut. »
 « Les médias français restent très largement blancs, avec seulement une modeste amélioration de la représentation des minorités face aux caméras des principaux journaux télévisés. Parmi les institutions éducatives de l’élite française, nous ne connaissons que Sciences-Po qui ait pris d’importantes mesures en faveur de l’intégration. Alors qu’on note une légère amélioration de leur représentation dans les organisations privées, les minorités en France sont à la tête de très peu d’entreprises et de fondations. Ainsi, la réalité de la vie publique française s’oppose aux idéaux égalitaires de la nation. Les institutions publiques françaises se définissent encore par des groupes d’initiés et des politiques élitistes, tandis que l’extrême droite et les mesures xénophobes ne présentent de l’intérêt que pour une petite minorité (mais occasionnellement
influente). »
 « Nous croyons que la France n’a pas profité complètement de l’énergie, du dynamisme et des idées de ses minorités. Malgré
certaines prétentions françaises à servir de modèle à l’assimilation et à la méritocratie, d’indéniables inégalités ternissent l’image globale de la France et affaiblissent son influence à l’étranger. Selon notre point de vue, un échec durable pour développer les opportunités et fournir une authentique représentation politique à sa population minoritaire pourrait faire de la France un pays plus faible et plus divisé. Les conséquences géopolitiques de la faiblesse et de la division de la France affecteront négativement les intérêts américains, dans la mesure où nous avons
besoin de partenaires forts au cœur de l’Europe pour nous aider à promouvoir les valeurs démocratiques. »
Les Américains vont donc utiliser à leur profit cette contradiction française. Leur crainte est de voir là un possible affaiblissement de la France, et donc des intérêts américains en Europe. Implicitement, il est affirmé que la France reste une tête de pont essentielle pour les intérêts américains en Europe.
 
A
STRATEGY FOR FRANCE: OUR AIMS (Une stratégie pour la France: nos objectifs)
 « L’objectif essentiel de notre stratégie de sensibilisation envers les minorités consiste à mobiliser la population française à tous les niveaux afin de l’aider à réaliser ses propres objectifs égalitaires. Notre stratégie est concentrée sur trois grands publics cibles :
(1) la majorité, et spécialement les élites ;
(2) les minorités, avec une attention particulière pour les leaders ;
(3) et la population en général.
En utilisant les sept tactiques ci-dessous, nous visons (1) à accroître la conscience des élites de France à propos des bénéfices qu’il y a à élargir les opportunités et des coûts qu’il y a à maintenir le statu quo ; (2) à améliorer les compétences et développer la confiance des leaders de la minorité qui cherchent à augmenter leur influence ; (3) et à communiquer à la population générale de France notre admiration particulière
pour la diversité et le dynamisme de sa population, tout en insistant sur les avantages qu’il y a à bénéficier de ses qualités en ouvrant les opportunités pour tous. »

 
TACTIC 1: ENGAGE IN POSITIVE DISCOURSE (S’engager dans un discours positif)
 « Premièrement, nous concentrerons nos discours sur le problème de l’égalité des chances. Quand nous ferons des déclarations publiques au sujet de la communauté des démocraties, nous insisterons sur les qualités de la démocratie, dont le droit à être différent, la protection des droits des minorités, la valeur de l’égalité des chances et l’importance d’une authentique représentation politique. »
 « Nous nous efforcerons d’informer sur les coûts liés à une sous-représentation des minorités en France, tout en soulignant les avantages que nous avons accumulés dans le temps en travaillant durement pour éliminer les obstacles rencontrés par les minorités américaines. »  « De plus, nous poursuivrons et intensifierons notre travail avec les musées français et les enseignants pour réformer les programmes d’histoire enseignés dans les écoles françaises, de telle sorte qu’ils prennent en compte le rôle et le point de vue des minorités dans l’histoire de France. »
 
TACTIC 2: SET A STRONG EXAMPLE (Mettre en avant un exemple fort)
 « Nousutiliserons le moyen de l’exemple. Nous poursuivrons et élargirons nos efforts pour faire venir en France des leaders des minorités des Etats-Unis, en travaillant avec ces leaders américains pourcommuniquer un jugeme nt honnête de leur expérience aux mêmes leaders français issus des minorités ou non. Quand nous enverrons des leaders français en Amérique, nous inclurons aussi souvent que possible un élément de leur séjour qui concernera l’égalité des chances. A l’Ambassade, nous continuerons à inviter à nos événements un large spectre de la société française et nous éviterons ainsi d’organiser des événements où il n’y aurait que des blancs ou que des minorités. »
 
TACTIC 3: LAUNCH AGGRESSIVE YOUTH OUTREACH (Lancer un programme agressif de mobilisation de la jeunesse)
 « Troisièmement, nous poursuivrons et étendrons nos efforts de sensibilisation de la jeunesse afin de communiquer sur nos valeurs communes avec le jeune public français de quelque origine socioculturelle que ce soit. En soutenant le poids de cet effort, l’interagence Youth Outreach Initiative de l’Ambassadeur vise à produire une dynamique positive parmi la jeunesse française qui mène à un soutien plus grand pour les objectifs et les valeurs des Etats-Unis. »
« Afin de réaliser ces objectifs, nous nous appuierons sur les ambitieux programmes de Diplomatie Publique déjà en place au poste et nous développerons des moyens créatifs et complémentaires pour influencer la jeunesse de France en employant les nouveaux médias, des partenariats privés, des concours sur le plan national, des événements de sensibilisation ciblés, notamment des hôtes américains invités. (..) Nous développerons aussi de nouveaux outils pour identifier les futurs leaders français, apprendre d’eux et les influencer. Dans la mesure où nous développons les opportunités de formation et d’échange pour la jeunesse de France, nous continuerons à nous assurer d’une façon absolument certaine que les échanges que nous soutenons soient inclusifs. Nous nous appuierons sur les réseaux de la jeunesse existant en France et nous en créerons de nouveaux dans le cyberespace en reliant entre eux les futurs leaders de France au sein d’un forum dont nous aiderons à former les valeurs, des valeurs d’inclusion, de respect mutuel et de dialogue ouvert. »
 
TACTIC 4: ENCOURAGE MODERATE VOICES (Encourager les voix modérées)
 « Quatrièmement, nous encouragerons les voix modérées de la tolérance à s’exprimer elles-mêmes appuyant notre action sur deux sites internet très en vue tournés vers les jeunes musulmans francophones – oumma.fr et saphirnews.com – nous soutiendrons, nous formerons et nous mobiliserons les militants médiatiques et politiques qui partagent nos valeurs. »

religieuses et avec le Ministère de l’Intérieur – les techniques les plus efficaces pour enseigner la tolérance actuellement utilisées dans les mosquées américaines, les synagogues, les églises et les autres institutions religieuses. Nous nous impliquerons directement avec le Ministère de l’Intérieur afin de comparer les approches françaiseset américaines en matière de soutien aux leaders des minorités qui promeuvent la modération et la compréhension mutuelle, tout en comparant nos réponses à celles de ceux qui cherchent à semer la haine et la discorde. »

 
TACTIC 5: PROPAGATE BEST PRACTICES (Diffuser les meilleures pratiques)
 « Cinquièmement, nous poursuivrons ce projet visant à partager les meilleures pratiques avec les jeunes leaders dans tous les domaines, y compris les jeunes leaders politiques de tous les partis modérés, telle sorte qu’ils disposent de la boîte à outils et de l’accompagnement nécessaires à leur progrès. Nous créerons et soutiendrons les programmes de formation et d’échanges pour enseigner les bienfaits durables d’une large inclusion aux écoles, aux groupes de la société civile, aux blogueurs, aux conseillers politiques et aux responsables politiques locaux. »
 
TACTIC 6: DEEPEN OUR UNDERSTANDING OF THE PROBLEM (Approfondir notre compréhension du problème)
 « En examinant en profondeur des développements importants, tel que le débat sur l’identité nationale, nous projetons de suivre les tendances et, idéalement, de prédire les changements concernant le statut des minorités en France, en évaluant comment ce changement affectera les intérêts américains. »
 
TACTIC 7: INTEGRATE, TARGET, AND EVALUATE OUR EFFORTS (Intégrer, cibler et évaluer nos efforts)
« Enfin, un Groupe de Travail sur les Minorités intégrera les discours, actions et analyses des sections concernées
et des agences de l’Ambassade.
Ce groupe travaillera en tandem avec le Youth Outreach Initiative, il identifiera et ciblera les leaders et les groupes influents au sein de notre public principal. »
 « Il évaluera également notre impact au cours d’une année en examinant des indicateurs de succès à la fois matériels et immatériels. Les changements matériels incluent une augmentation mesurable du nombre de minorités dirigeantes ou membres d’organisations publiques ou privées, y compris au sein des établissements d’enseignement de l’élite ; une croissance du nombre d’efforts constructifs par les leaders des minorités pour obtenir un soutien politique à la fois au sein et au-delà de leur propre communauté minoritaire ; un reflux du soutien populaire pour les partis et programmes politiques  xénophobes. Comme nous ne pourrons jamais revendiquer le crédit pour de tels développements positifs, nous concentrerons nos efforts sur les activités décrites ci-dessus qui encouragent, poussent et stimulent le mouvement dans la bonne direction. »
 
Source : le blog « gestion des risques interculturels » 
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L’Assaut américain sur les banlieux francaises (1)

En octobre 2005 la France a connu de violentes émeutes urbaines. Présentées comme des révoltes sociales, elles concernaient en fait en majorité des jeunes d’origine non européenne, principalement issus des quartiers périphériques des grandes villes. Les émeutes furent déclenchées officiellement par le décès de deux jeunes délinquants poursuivis par la police et qui sont morts électrocutés après s’être réfugiés dans un transformateur électrique pour éviter un banal contrôle d’identité. Le bilan de ces émeutes a été lourd : En 3 semaines, il y a eu 3 morts, 3.000 interpellations, 10.000 voitures brûlées et le saccage de dizaines d’édifices publics, notamment des écoles, gymnases, entrepôts, commerces, médiathèques ou encore des églises. Ces désordres se sont rapidement transformés en émeutes identitaires, opposant des jeunes français
d’origine arabo-africaines à l’état Français. Au summum de leur violence, près de 11.000 policiers ont été mobilisés pour contenir les fauteurs de troubles. L’état d’urgence a même été décrété à un certain moment. Le coût de ces émeutes est estimé à près de 200 millions d’euros. Ce furent les pires violences urbaines que la France ait connu depuis 1968 .
 
En 2009, un journaliste et romancier allemand, Udo Ulfkotte, publiait un livre tout à fait étonnant intitulé Der Krieg im Dunkeln: Die wahre Macht der Geheimdienste
(La guerre dans l’obscurité : le pouvoir des secrets) dans lequel il développait une thèse selon laquelle ces émeutes n’étaient pas totalement spontanées mais avaient été organisées, et entretenues, via des agitateurs professionnels. Dans son livre, le journaliste assimile cette agitation révolutionnaire à une variante de révolution colorée, mais au cœur de la France de 2005. Sans savoir si cette théorie est juste ou fondée, elle est à mettre en parallèle avec une des conséquences les plus inattendues de ces émeutes, l’intérêt grandissant et affirmé des États-Unis envers ces jeunes issus de l’immigration, français et pourtant en révolte contre l’état Français.  
 
C’est un câble datant du 25 janvier 2007 publié  par Wikileaks qui semble révéler l’affaire. L’ambassade Américaine y affirme développer une politique de soutien et de développement envers les communautés afro-arabes de France, en visant clairement les jeunes musulmans français. Les premiers jets de  cette politique furent fixés en 2001, après le 11 septembre.  Des diplomates américains affirment en effet que l’évolution démographique de la France est telle que de nombreux français d’origine afro-arabe feront partie des décideurs français de demain.  Après le 11-Septembre et la guerre en Irak, il semblait vital au département d’état de tenter d’améliorer l’image de l’Amérique aux yeux des musulmans d’Europe.  Plusieurs personnages sont des acteurs clefs de ce dispositif américain en France.
 
En 2009, Barack Obama nomme Charles Rivkin comme ambassadeur des États-Unis en France. Après une carrière dans l’industrie du divertissement et de la publicité, il a été un des plus importants collecteurs de fonds pour la campagne de Barack Obama. Dès septembre 2009 le ton est donné, l’ambassadeur Rivkin et son épouse sont les invités d’honneur du maire de Villiers-le-Bel pour l’inauguration de la première peinture murale réalisée dans le cadre d’un programme franco-américain d’échanges artistiques et éducatifs sur l’art urbain. 
 

 

Villiers le Bel n’est pas une ville comme un autre, c’est de là que sont parties les émeutes de 2005. En novembre de la même année, l’ambassade des États-Unis d’Amérique invite 24 lycéens français à devenir des ambassadeurs de leur culture aux États-Unis. Le programme « Jeunes Ambassadeurs », mis en place pour la deuxième année consécutive en France, permet à des lycéens de condition modeste de passer 15 jours aux États-Unis, accompagnés et entourés, comme nous allons le voir. 

 

En mars et en avril 2010, une trentaine de jeunes est envoyée aux États-Unis via le programme de jeunesse du Département d’Etat: Visiteurs Internationaux. Parmi ces
jeunes de nombreux responsables d’associations, des rappeurs ou des jeunes impliqués dans le milieu associatif notamment au sein des communautés immigrées, ou d’origine immigrée.
 

 

Ce programme des « Jeunes Ambassadeurs » n’est pas fait nouveau en soi puisqu’une note publiée en 2007 , et qui s’intitule : « L’élection présidentielle française, parfait exemple du succès du IVLP » (International Visitor Leadership Program) » nous apprend  que de nombreux responsables politiques français aussi bien de droite que de gauche (sont cités Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, François Fillon ou encore Christine Boutin) ont bénéficié eux aussi de ce programme. 
 

 

Le 02 avril 2010, Charles Rivkin se déplace à Bondy (une des villes à plus forte concentration de population immigrée de la banlieue Parisienne) à la rencontre des jeunes. Il leur déclare notamment: « Chez moi, c’est différent. Tu peux être africain, indien, mais tu es avant tout américain. […] J’aime parler avec tous les Français. Je sais, et je suis sûr, que le prochain leader français est en banlieue ». Avant de partir, il demande aux jeunes : « Si vous aviez des artistes américains que vous voudriez rencontrer, ce serait qui ? ». Promesse tenue le 13 avril 2010 l’ambassadeur est de retour à Bondy, accompagné de l’acteur noir Américain Samuel L. Jackson et de sa femme, à la rencontre des jeunes. L’acteur déclarera : « Vous êtes l’avenir, saisissez votre chance, construisez-vous un réseau, […] dites que ce n’est pas normal quand je ne vois pas à l’écran des gens qui me ressemblent. ». 

 

Le 24 juin 2010 l’ambassade des Etats-Unis organise un forum  intitulé Create Today  avec des jeunes entrepreneurs américains et français. Lors du déjeuner dans le jardin de la Résidence, les invités ont pu assister à des expositions d’art ou encore écouter la dernière chanson « Vida loca » du groupe de rap Français  Kommando Toxik de Villiers-le-Bel.Le 29 juin 2010, l’ambassadeur américain inaugure le premier Paris Hip Hop Campus à La Villette. Il assiste à la première table ronde sur le thème France vs. US : une nouvelle école de la réussite ! Le 5 août 2010, c’est  Sylvester Stallone, Jason Statham et Dolph Lundgren qui visiteront (avec la délégation de l’ambassade Américaine) la ville de Rosny-sous-Bois, connue également pour sa très forte population d’origine immigrée, ses problèmes sociaux et ses émeutes fréquentes. Sylvester Stallone déclarera après la rencontre:  « C’était formidable de rencontrer des gens de Rosny-sous-Bois, des gens vrais».
 

 

En juillet 2010, pour appuyer ces activités, Mark Taplin est nommé n°2 de l’ambassade des Etats-Unis en France. Diplomate de carrière, M.Taplin est un spécialiste de la diplomatie publique. Avant sa nomination, il était professeur à l’Université George Washington, et plus précisément à l’Institute for Public Diplomacy and Global Communication. Il tenait un blog   qui traitait des méthodes d’influence et du smart power. M. Taplin a été  auparavant Attaché Culturel adjoint en 1984-1987 puis Attaché de Presse adjoint en 1994 à l’ambassade Américaine à Moscou.  De 1999 à 2001 il a été conseiller pour les Affaires publiques de l’ambassade américaine à Kiev, en Ukraine.  De 2002 à 2004, Mark Taplin a été Directeur du Bureau des Affaires de l’Ukraine,  de la Moldavie et  de la Biélorussie au Département d’État américain.
Il a contribué à développer la politique des États-Unis vers l’Ukraine dans la perspective de l’élection présidentielle ukrainienne de 2004. Il a d’ailleurs quitté son poste durant l’été 2004. La « révolution orange » ayant elle commencé le 21 novembre de la même année. De 2005 à 2008, il a occupé ensuite le poste de Chef de Mission adjoint à l’Ambassade des États-Unis de Bucarest en Roumanie. Fervent soutien d’Obama, Mark Taplin est aussi connu pour avoir orchestré la petite campagne médiatique ayant abouti au licenciement d’Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération, qui en déplacement en Haïti, s’était interrogé publiquement sur le rôle des États-Unis.En effet, après la prise de contrôle de l’aéroport  de Port au Prince par les troupes Américaines (suite au tremblement de terre qui a frappé l’Ile), celles-ci se sont opposées à l’atterrissage de deux avions français d’assistance humanitaire. Alain Joyandet  déclara souhaiter une enquête sur le comportement des Américains à Haiti pour « savoir s’il s’agit d’arriver, d’aider Haïti, ou d’occuper Haïti». Peu de temps après il sera révélé que ce dernier a utilisé un avion privé pour se rendre en Martinique dans le cadre de ses fonctions ministérielles, puis qu’il aurait bénéficié d’un permis de construire illégal et enfin qu’il aurait passé des cigarettes en note de frais. Trois scandales qui tombaient à point, Alain Joyandet démissionne finalement du gouvernement français le 05 juillet 2010. 

 

 
Taplin et Rivkin ne sont pas seuls pour développer cette stratégie de séduction à l’égard des minorités en France. Toutesces opérations de séduction (que certains  pourraient qualifier de manipulation) sont également orchestrées par Laura Berg, attachée culturelle de l’ambassade, mais surtout par une Française, Randiane Peccoud, qui supervise, depuis une dizaine d’années, les opérations américaines en direction de la communauté musulmane. Particulièrement discrète, cette femme de 53 ans, officiellement « chargée de la société civile » à l’ambassade américaine à Paris n’est pratiquement jamais citée. France-Soir (Comment Ali Soumaré a été « traité » par l’ambassade américaine, 6 août 2010) avait levé le voile sur elle, révélant qu’elle disposait du « meilleur carnet d’adresses français de la diversité (avec) tous les contacts : leaders d’opinion, politiques et associatifs ».

 

Bien sur les ingérences américaines de toutes sortes en France ne sont pas un fait nouveau. Sydney Hooks, un des responsables du Congrès pour la liberté de la culture, un vaste programme financé par la CIA durant la Guerre froide, déclarait déjà en 1941: « Rééduquer, ré-informer le public français, me semble être la tâche la plus fondamentale aussi bien que la plus urgente pour la politique démocratique américaine en France ».  Sydney Hooks, de toute évidence, pensait au public français dans son ensemble. Ce qui est nouveau, c’est de voir cibler cette portion particulière de la population française.
 

Le traité de sécurité paneuropéen : une fontaine de jouvence pour l’Europe?

Je me permets de reproduire ci dessous le texte que m’a fait parvenir un jeune étudiant en journalisme de 21 ans, vivant en Belgique. Adrien Koutny est passionné depuis toujours par l’Europe de l’est et plus particulièrement par la Russie. Par le biais de ses articles, il aimerait contribuer à changer l’image encore trop négative qu’à la Russie aux yeux des pays occidentaux.
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Le 29 novembre 2009, Dmitri Medvedev, actuel président de la Fédération de Russie, a présenté un projet de traité de sécurité devant réunir les pays européens. Cet accord aurait avant tout pour objectif de resserrer les liens de l’OSCE avec les membres de l’Otan présents en Europe. Le projet russe a d’ores et déjà rencontré l’assentiment de diverses grandes nations européennes (Espagne, Royaume-Uni, France), mais reste à l’heure qu’il est lettre morte. Pourtant, il pourrait représenter la tête de proue d’un navire trop souvent en perdition dans un monde troublé.

Le renforcement des liens OSCE-UE permettrait avant tout de pallier aux coupes européennes dans les budgets de la Défense effectuées au lendemain de la crise de 2008. La France et le Royaume-Uni se sont rapprochés et ont pour projet de partager des porte-avions. Cet accord inédit, engageant deux pays responsables de 50% des dépenses militaires européennes,  démontre bien les inquiétudes du vieux continent. Les puissances émergentes, notamment les membres du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) marchent de plus en plus allégrement sur les plates-bandes des nations vieillissantes d’Europe. La Russie, qui par ailleurs modernise actuellement son armée, a émis l’idée d’un traité européen de sécurité collective. Cet accord  prévoit notamment que toute action militaire se doit de rencontrer l’aval des autres pays signataires.
Cette clause, négociable comme toutes les autres, permettrait à la Russie d’empêcher l’OTAN d’agir unilatéralement. L’ennemi d’hier se verrait affaibli, et les alliés « indésirables » de Moscou (Syrie, Belarus, Iran) seraient dès lors à l’abri de toute offensive européenne. Un autre mécanisme, comparable à celui régissant l’Alliance Atlantique, poussera les pays membres à tous se considérer comme attaqués si au moins un des pays l’est.

La Fédération de Russie semble désormais chercher l’apaisement avec l’OTAN et les États-Unis, et ce malgré le fait que leur nouvelle doctrine militaire désigne l’OTAN comme principale menace extérieure. Les relations entre Dmitri Medvedev et Barack Obama paraissent relativement bonnes, nonobstant certains points de divergence. La guerre en Géorgie en 2008, le bouclier anti-missile américain en Europe, l’éventuelle adhésion à l’OTAN de l’Ukraine et de la Géorgie ainsi que les manœuvres de l’alliance atlantique aux portes de la Russie sont autant de pommes de discorde. La coopération en Afghanistan, la signature du traité START (dénucléarisation bilatérale) et l’ensemble des éléments de la doctrine « reset » viennent  cependant contrebalancer les dissensions énumérées ci-haut. Les dirigeants du Kremlin ne se départissent cependant pas  des préceptes de la realpolitik. L’intégration russe dans le dispositif sécuritaire européen permettrait à Moscou de discréditer encore un peu plus l’OTAN. Cette organisation sécuritaire, qui a pendant presque un demi-siècle fait face aux chars du Pacte de Varsovie, est aujourd’hui en perte de vitesse. Beaucoup se questionnent quant à son utilité alors que l’ennemi soviétique a disparu dans les limbes du temps. Avec la création d’un traité paneuropéen de sécurité, l’OTAN ne détiendrait plus le monopole de la Défense sur le vieux continent. Moscou se positionnerait alors en leader potentiel, au vu des ses importantes capacités militaires et de la largeur de ses ressources en matières premières. Par ailleurs, des voix se font entendre en Occident, plus particulièrement aux États-Unis, réclamant l’intégration de la Russie dans l’alliance atlantique. Ce soudain intérêt semble être un réflexe compulsif face au projet russe de sécurité européenne, qui priverait quelque peu l’Oncle Sam de son rôle de protecteur de l’Europe. Cela pourrait répondre également à une volonté d’encerclement stratégique de la Chine. Par ailleurs, certains voient cette démarche comme la seule pouvant définitivement réconcilier un continent.

La signature d’un traité paneuropéen de sécurité pourrait porter un coup décisif à un projet américain que la Russie n’a jamais porté dans son cœur : le bouclier anti-missile. Officiellement dirigé contre des « états voyous » (ndlr : George W. Bush) tels que l’Iran ou la Corée du Nord, l’ours russe l’a cependant toujours appréhendé comme une menace majeure. Récemment, Washington a trouvé un accord avec la Roumanie pour l’installation de certaines composantes de ce bouclier. Le déploiement de ce système déréglerait totalement l’équilibre militaro-stratégique en Europe, la Russie se trouvant dès lors en position de faiblesse. Ce mercredi 18 mai, le président russe a par ailleurs promis de renforcer le potentiel nucléaire de son pays au cas où il ne trouverait pas un terrain d’entente avec la Maison Blanche. Cette menace fait suite à une autre, qui consistait à dire que la Russie installerait à Kaliningrad (enclave russe au nord de la Pologne) des missiles Iskander capables de toucher les plus grandes capitales européennes. La Russie manie tout aussi bien le bâton que la carotte. Elle se veut conciliante, mais n’hésite pas à user d’une rhétorique belliqueuse tant que ses exigences les plus fondamentales ne sont pas respectées. 

La Fédération russe cherche également à assurer sa propre sécurité face à l’appétit grandissant du voisin chinois. De nos jours, les deux puissances coopèrent au sein de l’Organisation de Shangaï, qui vise à protéger le continent  asiatique d’une incursion américaine. Pourtant, à Moscou on s’inquiète. Le pays partage 4300 kilomètres de frontière avec la Chine… L’homme de la rue n’oublie d’ailleurs pas que les seules invasions qui ont réussies venaient de l’est. Les raisons de cette inquiétude sont qui plus est des plus fondées. La Chine vit un essor économique et démographique qui la pousse à prospecter en dehors de ses frontières pour répondre à  ses besoins. Son emprise sur grande nombre de pays africains est déjà une réalité. Les Européens ont d’ailleurs l’audace de s’insurger en criant au colonialisme ! Reste que l’Empire du Milieu risque de comprendre tôt ou tard qu’il ne sert à rien de chercher au bout du monde ce qu’il peut prendre juste à côté… Au nord, la riche Sibérie s’étend sur des espaces gigantesques. On y rencontre quelques zones de peuplement, mais dans l’ensemble c’est assez désertique. Cette réalité ne va qu’en s’empirant : les jeunes quittent toujours plus nombreux leurs provinces reculées pour se rapprocher des grands centres économiques du pays. Quant à la Chine, elle favorise l’immigration (souvent illégale) de ses citoyens vers la Sibérie, dans une stratégie qui rappelle le colonialisme cromwellien. Le Kremlin n’est pas aveugle et se rend bien compte que dans ce contexte, les rapports de bon voisinage avec le dragon chinois ne peuvent pas durer éternellement. Il tente déjà de limiter l’influence croissante des Chinois près de la frontière en réduisant les importations et en compliquant l’octroi de visas. Des incitations financières sont offertes aux personnes souhaitant s’installer dans la région. Pour lutter contre le danger que représente le principe des vases communicants, la Russie renforce sa présence militaire dans ces contrées reculées. Cependant, que pourra-t-elle faire face à une armée par dix fois supérieure en nombre et de mieux en mieux équipée ? Sans appui international, leur fameux patriotisme ne fera sans doute pas le poids. L’appui européen pourrait être l’élément qui calmera les ardeurs de Pékin. Moscou espère par ce biais que le fleuve Amour, qui gorge ses provinces les plus orientales, ne devienne pas le fleuve de la haine…

Finalement, nous pouvons affirmer que la création d’une alliance sécuritaire paneuropéenne intégrant la Russie est dans l’air du temps. La coopération militaire entre la Russie et ses partenaires européens est de plus en plus prégnante. La vente de navires porte-hélicoptères français de type « Mistral » à l’armée russe n’en est qu’un exemple. Récemment, des soldats allemands ont suivi les traces de leurs ancêtres en se rendant en Russie. Ils y ont effectué des manœuvres, avec l’assistance technique de leurs homologues locaux. La politique de la main tendue prônée par Moscou semble sincère. Le Kremlin ne se cache pas qu’il tente d’occuper un rôle plus important en Europe, sans pour autant chercher à rétablir l’hégémonie d’antan. Il est dorénavant urgent de rompre l’isolement diplomatique dans lequel les Occidentaux souhaitent confiner la Russie. Il en va de notre sécurité, à l’heure où l’émergence des puissances de demain redessine la carte géopolitique mondiale. L’Europe se trouve à un tournant de son Histoire.