Happée par le conflit qui fait rage entre son président et son Premier ministre, la Russie …

… N’est pas en guerre à son sommet ! 🙂 …. Beaucoup de mes lecteurs (17 en une journée !!!!!!!) m’ont demandé ce qu’il en était d’une éventuelle “guerre” entre les partisans du président Russe Dimitri Medvedev et son premier ministre Vladimir Poutine. Leurs inquiétudes viennent de lecture de commentaires interprétant les derniers dénouements géopolitiques auxquels la Russie était liée. Pour parler plus franchement  il s’agit  principalement d’articles de presse sur RIA Novosti concernant la livraison ou non des S-300 en Iran, et le soutien Russe des sanctions contre l’Iran mais aussi d’articles offensifs récents du réseau Voltaire.  Que l’on juge :
Dans un article intitulé “quelle place pour la Russie au proche orient” du 28 juillet 2010, Thierry Messan écrit notamment: 
“Happée par le conflit qui fait rage entre son président et son Premier ministre, la Russie est en train de laisser passer une chance historique de se déployer au Proche-Orient. Les élites russes n’ont pas su élaborer de stratégie dans cette région lorsqu’elles en avaient la possibilité et ne sont plus en mesure de la définir aujourd’hui”
.
“Pour le moment, les élites russes ignorent les mises en garde de leur ancien chef d’état-major, le général Leonid Ivachov, sur la nécessité d’alliances asiatiques et proche-orientales face à l’impérialisme états-unien. Elles préfèrent penser avec le politologue Gleb Pavlovski que les antagonismes géopolitiques se dissoudront dans la globalisation économique. Aussi abordent-elles le Proche-Orient d’abord comme un marché”.

“Le président, issu d’une famille juive convertie à l’orthodoxie, envisage de réactiver cette unité administrative fondée par Staline en 1934 comme alternative à la création de l’Etat d’Israël. Ce qui fut, au sein de l’Union soviétique, une république juive pourrait accueillir des réfugiés. Ils seraient d’autant plus les bienvenus que la démographie russe est en chute libre”.
“En définitive, ce sont les atermoiements à propos du nucléaire iranien qui surprennent le plus. Il est vrai que les marchands iraniens n’ont cessé de contester les factures de la construction de la centrale de Busher. Il est également vrai que les Persans sont devenus susceptibles à force de subir les ingérences anglo-saxonnes dans leurs vies. Mais le Kremlin n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Dmitry Medvedev discute avec les Occidentaux et les assure du soutien russe pour voter des sanctions au Conseil de sécurité.
Tandis que Vladimir Poutine assure aux Iraniens que la Russie ne les laissera pas sans défense s’ils jouent le jeu de la transparence. Sur place, les responsables se demandent si les deux dirigeants se sont répartis les rôles selon les interlocuteurs et font ainsi monter les enchères. Ou si la Russie est paralysée par un conflit au sommet. C’est en réalité, semble t-il, ce qui se passe : le tandem Medvedev-Poutine s’est lentement dégradé et la relation entre les deux hommes a tourné brutalement à la guerre fratricide”.
Un autre article intitulé : “Medvedev abandonne les retraités Russe de Transniestrie” du 24 juillet 2010, on peut y lire que :
Le président Dmitry Medevedev a décidé d’interrompre l’aide financière semestrielle russe à la Transnistrie. Selon le quotidien Kommersant, la Banque centrale russe aurait détecté des activités illégales de blanchiment d’argent par la banque transnistrienne, Gazprombank. (…) 1 650 soldats russes assurent la protection de la Transnistrie face à l’OTAN. En 2006, les Transnistriens se sont massivement prononcés par référendum pour leur rattachement à la Russie, mais ceci leur a été refusé. Depuis 2008, la Russie verse un complément d’allocation vieillesse aux 134 000 ressortissants russes âgés qui y résident (les « Poutinka », par référence à leur protecteur Vladimir Poutine). Gazprombank est la principale banque de Transnistrie. Elle est dirigée par Oleg Smirnov, fils du président-fondateur de l’Etat, Igor Smirnov“.
Dans un autre article intitulé “échange d’espions le dossier n’est pas clos” en date du 27 juillet 2010 :
A la Douma, certains partisans de Vladimir Poutine militent pour la destitution du président Dmitry Medevedev.
Entre autres motifs, ils évoquent sa responsabilité dans certains aspects de cette affaire. Etrangement, en violation de la Constitution, il n’a pas retiré la nationalité russe à un des agents états-uniens lors de l’échange d’espions effectué le 9 juillet”.
Enfin dans un dernier article du 23 juillet 2010 intitulé : “France Russie, les mistrals font des vagues
Selon le président français, le principe du contrat a été décidé par son homologue russe, Dmitry Medvedev, mais les « détails » sont en cours de négociations. En d’autres termes, le contrat n’est pas encore signé. A Moscou, cette annonce a provoqué la fureur de Vladimir Poutine. Le Premier ministre avait tenté de s’immiscer dans la transaction et avait désigné son adjoint Igor Sechin pour la « négocier ».
Selon une source moscovite proche du dossier, M. Medvedev aurait convenu avec M. Sarkozy d’importantes commissions et rétro-commissions (de l’ordre de 8 % du montant total de la vente). M.Medvedev pourrait ainsi financer sa prochaine campagne électorale contre « son ami de trente ans » et désormais rival M. Poutine, tandis que M. Sarkozy pourrait financer sa réélection” .
*
Qu’en comprendre ?
Le Réseau Voltaire semble affirmer qu’une guerre totale serait en cours entre les deux hommes et prend une position très critique contre le président Medvedev, l’accusant même de vouloir  par le biais de l’achat des MISTRALs bénéficier de rétrocomissions pour financer sa prochaine campagne (!).
Je suis un lecteur régulier du Réseau Voltaire, qui fournit régulièrement des articles très renseignés sur certains sujet.
Néanmoins, je suis assez surpris de l’agressivité non dissimulée dont le RV fait preuve à l’égard du président Medvedev.
De nombreux commentateurs se sont fait une obsession de vouloir à tout prix opposer les deux hommes, que ce soit au moment des élections de 2008, ou à propos des élections à venir de 2012. La Russie est aujourd’hui dirigée par un binôme, qui n’a jusqu’à présent “jamais” failli. La présidence Medvedev n’a en effet pas du tout modifié la ligne politique initiée par le président Poutine.
Quelle est t-elle ?
Reconstruire la Russie et en faire un pays fort, autonome et capable de se défendre, un pays dans lequel les citoyens vivent bien. Cette reconstruction se fait sur des fondements qui à mon sens diffèrent de celle que l’Europe connait depuis 1945. Les différences y sont tant morales, humaines que politiques ou encore économiques. 
La Russie depuis 1999 représente une 3ième voie, à tous les niveaux. Elle ne se transforme pas en sociale démocratie comme les pays d’Europe de l’ouest, ni en Zaire sous permafrost comme le prévoyait certains “spécialistes Américains” il y a une décennie.
Non, la Russie a émergé, rapidement, et est aujourd’hui dirigée de façon originale par un duo, véritable matérialisation humaine de l’aigle bicéphale Russe.
La Russie aujourd’hui en sortie de crise et en regain d’influence “partout” sur le continent, en Europe et dans son étranger proche, mais finalement également à l’international. Cet regain d’influence se fait au détriment de l’influence Américaine, notamment en Europe mais également en Amérique du sud.
La Russie n’a aujourd’hui qu’un intérêt : éviter une nouvelle course aux armements avec l’Amérique (qu’elle ne pourrait pas suivre financièrement ) tout en continuant à construire et développer du matériel militaire de haute qualité, pour rester un état militairement dissuasif et prêt si besoin se faisait sentir.
L’opération “de charme” de Medvedev, entamé dès son élection et principalement à destination des Occidentaux, Américains en tête fonctionne relativement bien. La Russie agrège un capital sympathie international grandissant, attire des capitaux étrangers (nécessaires après la crise pour renflouer son secteur privé très endetté) et améliore son image à l’international. 
Pour autant, le pays continue à se moderniser et se développer à “sa” façon et ne transige sur aucun points importants. 
Il conviendrait de se poser les bonnes questions et se demander quel est l’intérêt réel de ces articles, qui servent t-ils et surtout dans quel but ?

4 thoughts on “Happée par le conflit qui fait rage entre son président et son Premier ministre, la Russie …

  1. olivia kroth

    Bonjour Alexandre,

    moi aussi, j’ai lu l’article de Thierry Meyssan

    – Réseau Voltaire – sur la “guerre” entre les deux

    dirigeants russes.

    Espérons qu’il n’ait pas raison.

    Ca serait dommage pour la Russie.

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  2. Anonymous

    Bonjour Alexandre,
    Je pense que Poutine et Medvedev s’amusent bien en jouant avec la bêtise des journalistes.
    Pour en revenir au réseau Voltaire, je pense que sa réaction violente est à la hauteur de sa déception. Il pensait que la Russie prendrait le drapeau de l’anti-sionisme et il s’aperçoit que le gouvernement russe pratique la realpolitik, et qu’il n’y a désormais plus de place pour une idéologie en Russie, quelle qu’elle soit. Seul compte désormais l’intérêt de la nation.
    Le réseau Voltaire accepte mal que la Russie ait sanctionnée le rapprochement turco-iranien en votant les sanctions.

    Dimitri

    Reply
  3. Alexandre LATSA

    Bonjour Dimitri

    Oui je pense exactement comme vous.
    Ce jeu de la fausse tension me fait penser au 3ième mandat de VVP en 2008 😉

    La Russie a un intérêt: le sien.

    La Russie n’a pas vocation à devenir le porte drapeau de l’anti-sionisme ou de la défense du monde Arabe, pas plus que le de servir de relais de l’occident. Elle à juste à défendre ses intérêts et devenir une puissance autonome qui avance ses pions sagement, avec efficacité et pragmatisme.

    Il faudrait savoir “qui” finance le RV ?

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