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Face à Poutine : les communistes et “Russie Juste”, ce parti patriote de gauche qui gagne du terrain

Législatives russes : le parti Russie Unie perd des sièges à la Douma mais conserve la majorité absolue. Son leader Vladimir Poutine fait face à une opposition relativement faible, mais qui progresse malgré tout…

Comme prévu les élections législatives qui ont eu lien en Russie dimanche n’ont pas vu un grand changement dans la composition politique de l’assemblée. La participation a atteint 60% et après dépouillement de 95% des bulletins le parti Russie Unie a vu son score baisser, avec 49,67% des voix, contre 64% lors des précédentes élections législatives de 2007. Le parti peut néanmoins se vanter d’un soutien électoral relativement stable et solide puisqu’il reste et de très loin majoritaire, et ce depuis 2003.

La baisse de Russie Unie profite indirectement au parti communiste qui conforte sa position de parti principal d’opposition, avec 19,16% des voix, contre 11,5% en 2007. Mais la surprise vient plutôt de Russie Juste, un parti patriote de gauche, étatiste, dont les thématiques sociales ont séduit un électorat grandissant. Russie Juste a obtenu 13,18% des voix contre 7,8% en 2007 et ce malgré que sa disparition était évoquée il y a quelques mois encore. Enfin le parti ultranationaliste Libéral démocrate a lui obtenu 11.67% des voix, un score stable par rapport a 2007.

Ces quatre partis devraient donc seuls être représentés à la Douma. Le parti d’opposition Iabloko a lui obtenu prés de 3,2% des voix, arrivant cependant en tête dans au sein des communautés russes d’Amérique, d’Angleterre et de France. Deux autres partis ont obtenu respectivement 0,9% et 0,6%, il s’agit du parti Patriotes de Russie et du parti de droite Juste Cause.

Les communistes gagnent des sièges

Selon ces estimations, sur 450 sièges de la chambre basse du parlement, le parti au pouvoir remporterait entre 235 et 240 sièges, contre 315 précédemment. Les Communistes auront 90 sièges, contre 57 en 2007. Russie Juste aura presque doublé le nombre de représentants par rapport à la législature précédente avec 60 sièges, contre 38. Enfin le parti Libéral-démocrate devrait occuper 56 sièges au sein du nouveau parlement, contre 40 sièges précédemment.

La nouvelle répartition électorale permet de définir des tendances significatives.

Tout d’abord l’effritement de Russie-Unie a été finalement relativement faible si l’on prend en compte qu’étant au pouvoir depuis 2003, le parti est victime d’un effet d’usure du pouvoir inévitable et a dû également assumer en tant que parti de gouvernement les responsabilités de la crise financière de 2008. Mais le parti n’a plus la majorité qualifiée des 2/3 lui permettant une totale indépendance de gouvernance. Il lui faudra désormais composer avec les autres forces politiques et sans doute rentrer dans une logique de constitution d’alliance politique.

Ensuite la forte hausse des partis communistes et du parti Russie Juste traduit un réel soutien électoral a des partis étatistes dont les programmes sont à fortes dominantes sociales.

Le courant libéral (Iabloko) et de droite (Juste Cause) continue sa dégringolade, ne séduisant que les russes de l’étranger, ou une frange très urbaine de la population, le parti Iabloko obtenant par exemple prés de 13% à Saint Petersbourg.

On peut imaginer que ces résultats ne devraient pas entraîner de gros changements lors de la présidentielle de mars 2012. Celle-ci devrait sans doute voir l’élection de Vladimir Poutine, même si celui-ci pourrait se retrouver à affronter, lors d’un second tour, le candidat du parti communiste.

La presse Francaise, les titres originaux :)

Dans la ligne directe de ma conférence a MGIMO et illustrée cette fois par l’élection de hier dimanche l’influence d’une dépêche d’une agence mondiale et généraliste sur les divers supports médiatiques en ligne..


Le nouvel observateur

Le Point

Capital.fr

Yahoo actualités

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Autres répétitions obsessionnelles… 🙂

Pre-résultats des élections législatives

 

Résultats préliminaires des élections après dépouillement de 10 a 12% des bulletins.
 
* ЕР (Russie Unie) ->45,95% (64%) / -18%

* КПРФ (Parti communiste) -> 20,73% (11,5%) / +9,23%
 
* ЛДПР (LDPR) -> 14,42% (8,2%) / +6,12%
 
* СР (Russie Juste)-> 13.35% (7,8%) / +5,55%
 
* Яблоко (Iabloko) -> 2,6% (2,6%) / =
 

 

Conférence à MGIMO

Hier vendredi 2 décembre 2011 j’ai eu la joie de pouvoir donner une conférence devant les étudiants du club francophone de MGIMO.  Le thème était ” “Le traitement de la Russie dans les médias français”.

Le compte rendu de l’intervention sur le site de MGIMO est disponible ici.
 
L’Institut d’État (université) des relations internationales de Moscou (MGIMO) auprès du Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie (en russe Московский государственный институт международных отношений (Университет) МИД России (МГИМО)) est un centre de formation et d’enseignement très prisé, spécialisé dans le domaine des relations internationales.
 
L’auditoire était a majorité russe, compose des étudiants du club francophone de MGIMO.

Pour les cinquante prochaines années, il vaut mieux vivre en Russie.

Le courrier de Russie a récemment fait une interview de Oncle-Vania, que les lecteurs de DISSONANCE connaissent déjà pour ses analyses de qualité sur ce blog.

Une interview décapante 🙂


Читать по-русски

Le Courrier de Russie : Si je vous dis « ivresse » ?
Jean-Michel Cosnuau : La Russie elle-même transpire l’ivresse : en arrivant ici, c’est comme si vous aviez été enfermé longtemps dans un espace confiné et que, d’un coup, vous respiriez : ce grand pays, cette liberté individuelle… c’est enivrant. Les Russes gèrent leur surmoi avec la vodka, tout ici est extrême. Le zapoï [pratique consistant à ne pas cesser de boire et d’être ivre pendant plusieurs jours, menant à un état second, ndlr], d’ailleurs, n’existe qu’ici : j’avais un partenaire qui me rendait fou, régulièrement, il partait boire pendant trois semaines. À certaines soirées d’entreprises dans l’un des clubs que j’avais, des mecs en costard-cravate finissaient la tête dans le potage, ou par se taper dessus… mais au moins, entre eux tout était clair.


LCDR : Comment un sociologue finit-il patron de boîte de nuit à Moscou ?

J.M.C. : J’ai un background politique et social, c’est vrai, j’ai notamment été conseiller de Jack Lang pendant deux ans… sans jamais être dans un parti. Je suis toujours resté borderline ! Ensuite, j’ai été directeur d’une agence de publicité à Paris. À une époque, j’ai commencé à développer en France et en Espagne des bars rock qui s’appelaient Chesterfield Café : je m’occupais alors du planning stratégique de Philip Morris et c’était un moyen de détourner les lois anti-tabac en faisant venir des groupes pour la promotion du bar. L’idée m’avait tellement plu que j’en ai monté plusieurs : et c’est comme ça que je suis arrivé à Moscou, pour ouvrir un autre Chesterfield Café. Je me suis associé avec le patron du Hungry Duck. Et je suis toujours là. Depuis, j’ai monté une quinzaine de bars, restaurants, clubs…

LCDR : Qu’est-ce qui vous a décidé à rester ?
J.M.C.  : Ma femme, qui était moitié russe moitié kabyle, venait de trouver la mort dans un accident d’avion [le vol TWA 800, ndlr] en 1996 : j’ai décidé que c’était le moment de changer de vie. J’avais eu la chance de grandir dans une famille bourgeoise, d’avoir des parents très fortunés, et là j’arrivais, personne ne me connaissait, je repartais de zéro… c’était énergisant.

LCDR : Comment s’est passée votre intégration à la vie russe, parti de rien ?
J.M.C.  : Je me suis senti immédiatement chez moi. Ma mère était une Juive communiste de Varsovie et son père avait lui-même des origines du côté d’Odessa… je ne m’étais pas trop perdu, finalement ! C’était un peu comme dans cette série américaine, Amicalement vôtre : j’avais un super appartement à Paris avec Edward Mitterrand comme roommate, et je me suis retrouvé dans une petitekommounalka qui sentait le chou et dans laquelle je me suis senti beaucoup mieux. C’était un espace de liberté comme on n’en a plus en Europe.

LCDR :Dans quel sens ?
J.M.C.  : Ici l’individu est libre, il n’y a pas cette pression sociale qui existe en France. Les gens qui ne connaissent pas la Russie ont vite fait de la qualifier de dictature, de traiter Poutine de tyran… Le choix du dirigeant est ici plus limité, certes, mais l’individu est moins écrasé. Je ne comprends pas comment les classes moyennes survivent en France : les gens sont assommés de taxes, tout est interdit. Sur n’importe quelle publicité là-bas, vous pouvez lire : « Mangez des légumes, bougez, faites ceci, cela…» et bientôt quoi ? Il faudra leur rappeler de penser, de respirer ?!




LCDR : À quoi tient cette différence, selon vous ?
J.M.C.  : Les Russes sont plus libres car ils ont gardé leur archétype d’homme libre : barbare, mais dans un sens positif. Au bout de vingt ans de Russie, tout ce vernis de pseudo-civilisation s’érode car les Russes ne portent pas de masque, ils ont un surmoi moins prononcé qu’en Europe. Je pense que l’orthodoxie a un poids culturel radicalement différent de celui du catholicisme, les gens ici ont une vision différente du plaisir, du rapport à l’autre… La Russie a eu la chance d’être christianisée 1000 ans après tout le monde : et si on considère comme moi que la civilisation est le début de la décadence, eh bien c’était 1000 ans de sursis.

LCDR
 :
 Vous êtes orthodoxe ?
J.M.C.  : Je me suis converti à l’orthodoxie il y a six ans : en fait j’y suis arrivé par le bouddhisme et la méditation. Je me rends régulièrement dans un monastère, où mon ex-compagne vit désormais. Je ne suis pas un orthodoxe sérieux, le côté rituel m’agace, toutes ces églises et ces babouchkas… Mais la vie monastique est une vraie vie en communauté, on est débarrassé du fardeau matériel. La relation orthodoxe au péché est véritablement différente : mon père était très jésuite, j’en sais quelque chose ! Il n’y a pas de réelle culpabilité en Russie. Les Russes savent que la condition humaine implique de pécher, alors ils demandent l’aide de Dieu pour continuer à le faire et à mieux le supporter!

LCDR : Qu’en est-il des rapports homme-femme ?
J.M.C.  : Les rapports homme-femme en Occident sont hallucinants ! Les hommes sont émasculés par le système, ils ont peur de tout et rêvent tous de devenir fonctionnaires ; et les femmes sont agressives sous prétexte qu’il faut défendre la parité. Chez nous, Tristane Banon attaque Dominique Strauss-Kahn parce qu’il a essayé de l’embrasser : ici, dans les clubs, les Russes mettent la main aux fesses des jolies filles, au mieux elles rient, au pire ils dégagent : c’est plus sain, non ?



LCDR
 : 
Et dans vos clubs, avec les danseuses, ça se passe comment ?
J.M.C.  : À Moscou, les clubs de strip-tease font partie du paysage, c’est accepté socialement : j’ai ouvert le premier parce qu’on me l’a proposé et que ça m’a amusé. La seule chose, c’est que je n’ai jamais touché un centime sur les filles : les clubs russes prennent 50% sur leurs gains ; chez nous, elles paient leur entrée comme tout le monde et font ce qu’elles veulent. L’unique règle, c’est un test de maladies vénériennes et de consommation d’héroïne, une fois par mois.


LCDR : Vous n’avez jamais eu de problèmes ?
J.M.C.  : Non. Quand les filles ne veulent pas, que le mec ne leur plaît pas, elles refusent, c’est aussi simple que ça. La plupart d’entre elles viennent pour trouver quelqu’un ! Il n’y a pas de show, pas de filles qui se baladent complètement à poil… Nous avons un restaurant excellent, de la musique, des salons : c’est très informel, bon enfant. Le côté voyeur me dérange. J’avais une mère féministe, vous savez !

LCDR : Vos bars, vous les avez imaginés et construits comment ? 
J.M.C.  : Spontanément. Ma femme, qui est décédée, était architecte à New-York, c’est elle qui m’avait initié au design… Et à Moscou, on faisait ce qu’on voulait : au Voodoo Lounge, le premier club avec une terrasse en extérieur, on servait du plov et des brochettes à 5h du matin.


LCDR : Et maintenant, on ne fait plus ce qu’on veut ?
J.M.C.  : Je regrette un peu le Moscou d’avant. Les rapports étaient moins codés, il n’y avait pas encore de classes sociales, maintenant ça s’est embourgeoisé… Au Hungry Duck, le bar le plus délirant de la planète, on trouvait le représentant du Dalaï-Lama, l’équipe de la station Mir, les grands du FSB : tous saouls jusqu’à 6h du matin.

LCDR : C’était grisant ?
J.M.C.  : Oui. Le monde de la nuit m’a apporté  beaucoup de rencontres : des acteurs, des écrivains, des flics véreux, des bandits… c’est plutôt marrant ! Mais j’ai fini par vendre plusieurs clubs, j’ai monté une maison d’édition, Stepnoï Veter [le vent des steppes, ndlr], pour laquelle j’ai fait traduire quelques bouquins de philosophie, j’ai publié Marek Halter… J’avais aussi créé, avec ma compagne, l’équivalent des Restos du cœur : ça s’appelait Sobornost. On distribuait près de quatre ou cinq tonnes de nourriture par mois aux retraités. Au début des années 2000, on gagnait beaucoup d’argent et on ne payait pas d’impôts, alors on redistribuait un peu : ça me coûtait 25 à 30 000 dollars de bouffe par mois.


LCDR : Une sorte de redistribution des richesses en circuit fermé ?
J.M.C.  : Vous voyez, le seul truc qui me dérange un peu en Russie c’est l’ampleur de la corruption : jusqu’à quel point les élites vont-elles encore arriver à se servir ? On entend parler de milliards de dollars qui se volatilisent ! Un peu de corruption est nécessaire, bien sûr, il faut fluidifier les rapports. Mais c’est fini la grande époque où on pouvait appeler un milicien pour qu’il vous emmène à l’aéroport parce que vous étiez en retard ! On rigolait bien, ils étaient souvent saouls… en échange de quelques dollars, ils mettaient le gyrophare. Il faut juste faire attention à ne pas trop accroître l’écart entre la situation des autorités et celle de la classe moyenne.

LCDR : C’est-à-dire ?
J.M.C.  : Les Français ont du mal à imaginer que la classe moyenne russe vive mieux qu’eux: pourtant, elle est souvent propriétaire de ses appartements, ne paie que très peu d’impôts… La volonté de Poutine de remettre la Russie sur le devant de la scène internationale et d’enrichir la classe moyenne est une stratégie qui a du sens. Voyons juste comment tout cela va évoluer… Medvedev avait comme principal objectif d’endiguer la corruption – résultat, elle a été multipliée par dix.


LCDR : Vous soutenez Vladimir Poutine?
J.M.C.  : Le soutenir ? Mais soutenir qui ?! Il n’y a pas d’alternative de toute façon ! Nous verrons bien : j’ai des échos mitigés, j’entends des critiques que je n’entendais pas avant. Mais il faut de la stabilité en Russie : au moins Poutine a déjà été président, il est riche, il va peut-être se mettre à travailler. Si on en met un autre, il commencera par vouloir s’enrichir… La démocratie formelle, après tout…  Regardez ce qu’on a, nous : en politique étrangère, Nicolas Sarkozy ne tient pas la route, et j’imagine assez mal Hollande rencontrer Poutine sans avoir l’air ridicule.


LCDR
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 Qu’est-ce que vous lui souhaitez, à la Russie ?
J.M.C.  : J’espère que l’âme russe prévaudra sur cette espèce de décadence civilisationnelle. Mais il y a encore de la marge… Quand je vais au monastère, je me retrouve vraiment dans une communauté hippie. Bon, ils ont viré les trois trucs les plus marrants à savoir le sexe, la drogue et le rock’n’roll, mais il reste quand même cette entraide, cet esprit… Cette ivresse justement. En tous cas, pour les cinquante prochaines années, il vaut incomparablement mieux vivre en Russie.

Quel avenir pour les chemins de fer russes?

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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Le réseau ferré russe est l’héritier de l’immense réseau ferré construit à l’époque de l’URSS. A l’époque, il s’agissait de relier les villes d’un territoire neuf fois plus vaste que l’Union européenne d’aujourd’hui. La taille continentale de la Russie  fait que les voyages en train peuvent durer des jours et des nuits, comme c’est le cas pour le très fameux transsibérien qui met une semaine pour parcourir les 9.500 km du trajet. Notez que  depuis peu vous pouvez visionner tout l’itinéraire sans quitter votre salon en cliquant ici). Peut être à cause de cette immensité et de la durée des voyages, l’organisation de la vie dans les trains russes est bien particulière. C’est une réalité banale pour les russes, mais presque une aventure pour les étrangers qui voyagent en Russie.


Les trains des grandes lignes sont très confortables et les wagons sont larges (les voies russes sont plus larges que les voies européennes: 1.520 mm contre 1435 mm). Ils comportent tous des wagons lits. Il existe 3 catégories principales que sont les compartiments pour deux passagers avec service renforcé (“luxe” ou “SV”), les compartiments pour 4 (“coupé”) et des wagons couchettes sans portes (“platzkarte”). Les trains comportent généralement des wagons restaurants et de plus en plus souvent des wagons réservées aux femmes mais également de nombreux services luxueux, d’un standing international. Le train est placé sous l’autorité d’un chef de train. Un grand samovar trône à l’extrémité de chaque wagon et permet d’obtenir de l’eau chaude jour et nuit pour les indispensables thés qui accompagnent les voyages de russes. Et surtout, dans chaque wagon, il y a le  “provodnik”. Le plus souvent c’est une femme, appelée la“Provodnitsa”. Elle est le personnage clef, presque l’âme du wagon. Elle a un compartiment-bureau-couchette en face du samovar, et elle s’assure du bon déroulement du voyage. De la vérification des billets à la distribution des draps et couvertures ou encore à la maintenance du samovar précité, la “Provodnitsa” est un maillon essentiel du voyage, elle veille sur le bien-être des voyageurs.
La Compagnie des chemins de fer russes (Российские железные дороги, РЖД ou RZD) est la compagnie publique des chemins de fer en Russie. La RZD est l’une des plus grosses compagnies ferroviaires au monde, avec 1,3 millions de salariés, elle assure 80 % du transport passagers en Russie, soit 1,3 milliard de passages / an et 82 % du transport du fret, soit 1,2 milliard de tonne/an. La RZD exploite un réseau de 86.000 Km de voies (chiffres de 2009), elle possède 600.000 wagons de marchandises, 25.000 voitures de passagers et 13.000 locomotives. La compagnie pèse environ 3,5 % du PIB russe et est dirigée depuis 2005 par Vladimir Ivanovitch Iakounine, un proche de Vladimir Poutine. Vladimir Iakounine  est également co-président  de l’association Dialogue Franco-russe, qui est devenue un instrument majeur de communication directe entre les élites politiques, économiques et culturelles des deux pays.
Le réseau ferré russe a créé une ligne à grande vitesse entre Moscou et Saint-Pétersbourg (Le Sapsan) et le réseau de trains à grande vitesse devrait d’ici à 2020 relier les principales grandes villes de la moitié ouest du pays, comme on peut le constater ici.
Nombre de ces lignes pourraient être mises en place à l’occasion de la Coupe du monde de football 2018 qui se déroulera en Russie, et certaines existent déjà entre l’Europe et la Russie, comme c’est le cas pour la Finlande. Un projet de TGV est également prévu entre ces deux pôles économiques.
Mais l’est du pays n’est pas en reste puisque lors du dernier Forum d’affaires international du secteur ferroviaire “Partenariat stratégique 1520” (31 mai – 2 juin, Sotchi) une rencontre s’est tenue entre le Président du Gouvernement de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et les représentants d’administrations ferroviaires russes et étrangères, d’entreprises de production d’équipement ferroviaire, de banques et d’autres compagnies. La rencontre a permis de définir le développement futur du secteur ferroviaire du pays, notamment la rénovation puis la modernisation en profondeur du secteur des chemins de fer dans les années à venir, ainsi que le développement des lignes Baïkal-Amour-Magistral (BAM) et Transsibérien. Le plan prévoit également le développement du réseau ferroviaire dans les régions enclavées d’extrême orient, en complément du projet de voie ferrée sous le détroit de Béring, afin de désenclaver ces régions et revivifier la Sibérie orientale. Le 3 novembre 2011, le Présidium du gouvernement de Russie a examiné la question des “projets concernant le programme d’investissement et le plan financier de RZD pour l’année 2012 et la période 2013 et 2014”. Comme l’a annoncé à l’issue de la réunion Vladimir Iakounine, le montant total du programme d’investissement de la compagnie sur trois ans devrait atteindre 1.100 milliards de roubles (26 milliards d’euros), dont 411,6 milliards de roubles (9,7 milliards d’euros) pour la seule année 2012.
Mais RZD a également de nouveaux  partenariats à l’international. Vers l’Ouest, c’est le 12 décembre 2011 que partira le premier train Moscou – Berlin – Paris. Cet itinéraire symbolique passera par le territoire de cinq pays : Russie, Biélorussie, Pologne, Allemagne et France. En période d’hiver, le train prendra le départ trois fois par semaine. Pendant l’été, il y aura cinq départs hebdomadaires.  Les chefs de voiture du train Moscou – Berlin – Paris ont été sélectionnés sur concours: les candidats doivent posséder un diplôme d’enseignement supérieur et la connaissance d’une langue étrangère. Les employés ont suivi un programme de formation spéciale et étudié les langues étrangères: allemand, anglais et français. En outre, les membres des brigades de trains ont suivi en France des formations consacrées aux règles de sécurité. Le personnel du wagon-restaurant parlera russe, polonais et anglais.  Les prix des billets varient de 330 euros (2de classe) à 1.050 euros (luxe) pour un adulte et de 150 a 525 euros pour les enfants. La ligne fait 3.177 km. La vitesse maximale des trains Moscou – Berlin – Paris sera de 200 km/h. Cette ligne complète la ligne Moscou – Nice, lancée le 23 septembre 2010, et dont les tarifs sont sensiblement les mêmes. En un an, plus de 6.000 passagers ont réalisé ce  voyage de Moscou à la côte d’azur. Cette ligne est le plus long itinéraire ferroviaire transeuropéen (3.200 Km). Elle  franchit les frontières de sept pays : Russie, Biélorussie, Pologne, République tchèque, Autriche, Italie et France. Sur ce trajet, la vitesse maximale des trains est de 160 km/h. Le temps de parcours entre Moscou et Nice est de 50 heures et 23 minutes.
Vers l’est, c’est le réseau eurasiatique qui se développe. La RZD a inauguré le 15 août de cette année une ligne touristique Moscou Pékin. Le train comporte deux wagons restaurants, un wagon bar, un wagon salle à manger, et un wagon spécial équipé de cabines de  douche destiné aux passagers voyageant dans les voitures-couchettes et les voitures-lits. Les passagers des voitures luxe ont un cabinet de toilette dans  leurs compartiments. Le trajet dure 15 jours, avec des escales et des programmes touristiques dans les villes de Kazan, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, Oulan-Oude, Oulan-Bator et Erlian. Parmi les excursions, un tour sur le lac Baïkal. Au cours du voyage, les voyageurs se verront proposer des plats de la cuisine nationale et des produits gastronomiques.  En outre, ils pourront  assister à des soirées musicales, visionner des films et s’essayer à l’apprentissage de la langue russe. Le service est assuré en sept langues. Une autre ligne régulière Pékin -Moscou a également été mise en service par la RZD, et d’autres projets de coopération sont en cours avec l’Indonésie, la Mongolie et la Corée du nord.
Enfin et pour finir, sachez qu’en Russie, la journée du cheminot est célébrée le 07 aout. Vous pouvez trouver beaucoup d’informations complémentaires sur le site de la RZD, dans sa version anglaise pour les lecteurs non russophones. Il ne me reste qu’à vous conseiller de voyager en train en Russie, c’est une expérience inoubliable. Dans les trains russes, il y a un « savoir vivre ensemble » qui étonne toujours les étrangers. Bon voyage à  tous !

Un 4 novembre en Russie

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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La Russie a célébré vendredi 4 novembre la journée de l’unité du peuple ou День народного единства. Cette fête de l’unité nationale était célébrée dans la Russie d’avant 1917 et elle l’est à nouveau depuis 2005. Elle commémore l’exploit des milices populaires qui se sont constituées pendant le temps des troubles pour libérer Moscou des envahisseurs polonais, en 1612, sous la direction de Kouzma Minine, un commerçant de Nijni-Novgorod d’origine Tatare et du prince Dimitri Pojarski, descendant de la dynastie des Riourikides.

Le 4 novembre est également une journée de fête d’après le calendrier religieux puisque l’Eglise orthodoxe rend hommage à l’icône de la Mère de Dieu de Kazan qui a aidé le peuple en ces journées difficiles. La réinstauration de cette journée de l’unité du peuple est due au parti Russie Unie qui en a  profité au passage pour évincer la célébration du 7 novembre, jour anniversaire de la Révolution d’Octobre 1917. “C’est nous qui avons soumis le projet de loi proposant d’amender la liste des fêtes et dates historiques” n’a pas manqué de rappeler Boris Gryzlov, président de la Douma (chambre basse du parlement russe). La capitale russe a donc comme l’ensemble du pays célébré cette journée d’unité populaire de façon politique, puisque toutes les composantes du paysage politique russe se sont manifestées hier lors de grands rassemblements, mais en exprimant des conceptions de la Russie réellement différentes.
Il y a d’abord Russie Unie bien évidemment, principal parti politique de Russie, qui a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de partisans à travers le pays, par exemple 8.000 à Khabarovsk, 5.000 à Kourgan, 3.000 à Maïkop ou Iekaterinbourg, ou plus de 10.000 à Saint Petersburg. Dans la capitale russe, près de 32.000 personnes ont participé à la journée d’action, dont 10.000 supporters du parti Russie unie qui se sont rassemblés au mont de la victoire dans l’ouest de la capitale. Le maire de la ville a insisté lors de son discours sur la nécessaire unité du pays, au-delà des différences ethniques ou confessionnelles, et sur la nécessaire lutte contre les tentatives de division du pays sur ces mêmes critères. Un discours assez similaire a celui du président russe Dimitri Medvedev qui a insisté sur le fait que la Russie doit “garder son énorme avantage – la paix interethnique” et également que “le patriotisme, le sens civique et l’amour de la Patrie sont les valeurs fondamentales qui ont toujours cimenté l’Etat russe multinational”. Russie Unie n’est pas le seul parti à avoir fait descendre dans la rue ses partisans.
Il y a eu dans tous ces rassemblements un petit avant goût de campagne électorale. Le parti libéral démocrate a rassemblé 2 à 3.000 de ses supporters dans le centre de la capitale sous le slogan “le LDPR pour les russes”. Son leader Vladimir Jirinovski a également insisté sur l’importance pour les russes de bien connaître l’histoire de leur pays. Le parti communiste, pour sa part, a attendu le 7 novembre pour commémorer l’anniversaire du déclenchement de la révolution d’octobre, une manifestation sur fond de crise du capitalisme mondial qui devrait a rassemble quelques milliers de supporters dans le centre ville. L’opposition libérale s’est elle aussi manifestée, mais à Kazan, où le mouvement a présenté son programme pour les élections législatives de décembre dans les 18 langues maternelles des petits peuples de la fédération de Russie, sous le slogan “La Russie a besoin de changement”.
Les organisations de jeunesse ont également participé à des actions. 1.500 activistes de “Jeune Russie” (branche jeunesse de Russie Unie) dont des représentants de plus de 100 minorités du pays ont participé à un don de sang sous le slogan “nous sommes tous du même sang” afin de montrer l’unité des multiples nations qui composent la Russie. Le mouvement Nashi a de son côté rassemblé prés de 15.000 jeunes en invitant tous les citoyens de la fédération qui aiment le pays, souhaitent y vivre et respectent la loi à se joindre à eux. Les leaders de l’association ont défendu le modèle multiculturel russe et s’en sont vigoureusement pris aux appels à arrêter de financer le Caucase ou à donner l’indépendance aux républiques musulmanes du pays, ce qui pourrait d’après eux aboutir à une crise aussi terrible que l’effondrement de l’URSS. Enfin le mouvement de jeunesse Eurasien a réuni prés d’un millier de militants sous les slogans: “Pour l’Empire russe!”, “Pas de Russie sans Caucase” ou encore “Orangisme – ennemi de la Russie”.
A contre courant de toutes ces démonstrations unitaires, dans le sud est de la capitale, une quarantaine de mouvements ultranationalistes russes ont rassemblé prés de 7.000 personnes sous les slogans “la Russie aux Russes, l’Europe pour les Blancs!” et “Il est temps d’arrêter de nourrir le Caucase”. Les organisateurs ont clairement appelé à donner l’indépendance à certaines régions musulmanes turbulentes du Caucase, comme la Tchétchénie ou le Daguestan. Comme à l’accoutumée ce rassemblement à eu les faveurs de la presse française qui n’a pas manqué d’y consacrer ses gros titres mais qui a omis de mentionner la présence de représentants francophones de la mouvance ultranationaliste française, ainsi que le fait que ces ultranationalistes russes s’en sont vigoureusement pris à Vladimir Poutine et à Russie Unie. De façon surprenante, ils pouvaient compter pour cela sur la présence du désormais célèbre bloggeur Alexeï Navalny, réputé libéral, et que la presse française nous avait pourtant présenté comme un héros et un chantre de la lutte contre la corruption en Russie. Expliquant sa présence à ce rassemblement aux tendances clairement racistes, Navalny a déclaré à l’AFP: “Bien sûr, il y a une jeunesse radicale ici. Notre tâche est de l’éduquer”.
On peut se poser beaucoup de questions sur l’existence de ces groupuscules qui ont des idées de divisions et séparations territoriales, et surtout quels intérêts ils servent. Je me demande bien ce qu’un libéral comme Alexeï Navalny pouvait bien faire au milieu de skinheads et surtout qui est ce “on” dont il parle, qui devrait éduquer (le terme est intéressant) ces ultranationalistes. Moscou et le problème du Caucase ne sont pas les seuls visés puisque en Sibérie ou a Belgorod ont également eu lieu des rassemblements (de faible importance) de régionalistes-nationalistes-séparatistes (?) appelant à la sécession de Moscou et dénonçant le Kremlin. On se souvient qu’en Serbie en 2000 et en Ukraine en 2004 les révolutions de couleurs, soit  disant spontanées et démocratiques, ont commencé avec les mêmes ingrédients. Elles ont fortement bénéficié de l’énergie des jeunes nationalistes pour renverser des régimes désignés comme crypto-soviétiques. Une curieuse alliance s’était mise en place, entre un courant ultranationaliste et un courant occidentaliste (anti-Kremlin), l’ensemble bénéficiant du soutien de centaines d’ONG principalement américaines (voir à ce sujet cet excellent reportage).

Mon précieux permis de résidence!

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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Un ami m’a téléphoné il y a quelques jours. C’est un français qui réside en Russie et qui ne travaille qu’en freelance, sans être salarié par une société locale. Il a diverses activités et est basé en Russie depuis de nombreuses années en utilisant des visas d’affaires. Il voulait savoir par quelle démarche commencer pour obtenir un permis de résidence. La question est d’actualité: Les visas d’affaires permettaient de résider en Russie de façon permanente jusqu’à novembre 2007, date à laquelle l’administration russe a appliqué aux ressortissants de l’Union Européenne un principe de réciprocité sur les conditions de séjour.

Explication: A plusieurs reprises pendant les dernières années, les autorités russes ont proposé aux autorités de l’UE une simplification réciproque des formalités de séjour pour les touristes et les travailleurs migrants, mais les autorités européennes ont fait la sourde oreille, c’est la racine du problème. Ainsi, depuis 2007, les visas d’affaires délivrés aux ressortissants de l’UE comportent une clause interdisant à leurs titulaires de résider en Russie plus de 90 jours d’affilée par tranche de 180 jours. Un casse tête pour nombre d’européens et aussi pour nombre de sociétés étrangères qui utilisaient jusque là cette méthode pour faire travailler des étrangers sans leur obtenir de permis de travail, afin de s’épargner dépenses et démarches administratives compliquées.
Le vote de cette loi en novembre 2007 et la crise financière en 2008 ont considérablement alourdi la situation des sociétés étrangères en Russie en les incitants soit à régulariser la situation de leurs salariés étrangers, soit à préférer l’embauche de russes. Conséquence: De plus en plus d’Européens choisissent de régulariser leur situation en Russie en devenant résidents permanents. Choix de vie (lire à ce sujet la passionnante interview de Guillaume Dubuis dans le dernier courrier de Russie) et/ou mariage, et/ou débouchés économiques sont souvent les raisons qui poussent nombre d’européens dans cette direction.
Permis de travail, permis de séjour, permis de résidence, visa d’entrée, visa de sortie, invitations, autorisations et enregistrement obligatoire représentent souvent un labyrinthe incompréhensible pour des étrangers qui ne sont pas encore russophones. De quoi s’agit-il et comment devient-on un résident dans ce nouveau far-est?
La méthode la plus simple est de venir en Russie avec un visa business de 3  mois renouvelable, afin d’y chercher/trouver  un travail. La société qui vous emploiera doit théoriquement avoir les quotas nécessaires, c’est-à-dire pouvoir vous obtenir une autorisation de travail en Russie (en tant qu’étranger). Cette autorisation de travail vous permet d’obtenir une invitation de travail, aboutissant à l’obtention d’un visa de travail et du permis de travail lié à ce visa. Ce permis est valable un an. Si vous l’obtenez vous poussez un “Ouf” de soulagement et ça y est vous pouvez désormais séjourner et travailler légalement sur le territoire de la Fédération de Russie pendant un an.
Petit détail important: l’enregistrement est fait par votre société et il est obligatoire. Attention, en cas de démission ou de licenciement, la société vous désenregistre et fait annuler votre permis de travail, vous ne gardez donc que le visa. Depuis peu, les spécialistes étrangers bénéficient de visas longue durée (3 ans) et ce afin de faciliter la migration professionnelle et l’installation d’étrangers qualifiés dans le pays.
Cette année de travail peut aussi bien se passer et si vous survivez à Moscou, vous pourrez sans doute y trouver une vie exaltante et passionnante et… L’amour bien sur! Les femmes russes sont réputées pour leur grande beauté et leur incroyable féminité et cette réputation n’est pas usurpée. L’amitié franco-russe étant ancienne, les Français ne sont pas les étrangers les plus mal vus, c’est la magie de la “French touch” qui opère! Vous voilà donc marié, titulaire d’un permis de travail et avec une envie de vous intégrer un peu plus dans ce grand pays qu’est la Russie, comment faire?
L’étape suivante est l’obtention d’un permis de séjour, appelé en russe le “разрешение на временное проживание“. Ce tampon dans le passeport vous autorise à séjourner sur le territoire de la Fédération de Russie pendant trois ans et de bénéficier d’un enregistrement pour les trois ans de validité du document. Ce visa de séjour comporte malgré tout quelques restrictions pour le franchissement des frontières. Tout d’abord il nécessite un visa de sortie (valide pour la durée du visa de séjour soit trois ans) et qu’il vous faut utiliser à chaque sortie du territoire russe. Ce visa nécessite également de remplir la carte de migration à chaque entrée sur le territoire russe, qui est en quelque sorte le document d’enregistrement de votre visa sur le territoire de la Fédération de Russie. Enfin je précise que ce permis de séjour ne vous attribue pas le statut de résident aux yeux de la loi russe.
Mais il vous permet d’obtenir un permis de travail valide pour trois ans, sans que celui-ci ne soit forcément lié à la société qui vous emploie. A partir de là, votre  statut professionnel s’apparente au statut des travailleurs de la CEI, et déjà il vous tire vers l’est et vous éloigne un peu de l’ouest. Vous glissez doucement vers une forme d’assimilation administrative, à vous de faire suivre, en parallèle, l’assimilation linguistique et culturelle. Un an après avoir reçu ce visa de séjour, il vous faudra faire votre déclaration de revenus et confirmer que vous avez bien passé au moins 180 jours sur le territoire de la fédération durant  l’année écoulée.
Le grand moment approche puisqu’avec ce justificatif, vous pouvez demander à passer à l‘étape suivante pour obtenir le permis de résidence ou “Вид на жительство“. Ce document confère le statut de résident, est valable cinq ans et est tout à fait original puisqu’il s’agit d’un véritable passeport pour étranger délivré par la Fédération de Russie, et non plus d’un simple tampon dans votre passeport. Ce sésame vous libère de quasiment de toute contrainte, vous n’avez désormais plus besoin ni de visa de travail, ni de carte de migration à l’entrée du territoire ni même de visa de sortie. Il vous faudra juste une fois l’an déclarer vos revenus. A titre professionnel, vous avez désormais un statut équivalent à celui d’un biélorusse sur le marché du travail. A titre administratif vous avez quasiment les droits d’un citoyen russe, hormis le droit de vote.
L’obtention de ces deux derniers documents peut se faire via des agences spécialisées mais également en direct au FMS (Service fédéral des migrations) de votre quartier, pour qui est suffisamment russophone et un tant soit peu aventurier. Contrairement à ce qui se raconte ici ou là, tout est faisable conformément à la loi, et sans payer aucun pot de vin à qui que ce soit. Pour autant la procédure peut comporter des rebondissements, des attentes imprévues et réserver des surprises inattendues, voire désagréables. Des difficultés qui devraient pouvoir amener certaines âmes sensibles à se cogner la tête contre les murs si ce n’est plus, pendant que les plus solides rongeront leur frein en prenant leur mal en patience, surtout après des heures et des heures d’attente en hiver dans des endroits pas forcément chauffés, et alors que la température avoisine les -20 degrés.
L’organisation postsoviétique de ce service des migrations, couplé à la relative dureté des fonctionnaires qui y travaillent (et  qui ont pour spécialité de demander en permanence des documents ne figurant pas sur les listes données au départ) sont à mon sens la plus solide expérience pour qui souhaite une intégration réelle dans le pays. La difficulté de dépôt du dossier confère une valeur quasi-sentimentale à ces documents, sans doute la première manifestation de l’intégration. Pourtant même après dépôt, l’angoisse vous saisit et ne vous lâche pas car on ne s’intègre pas en Russie sur un claquement de doigts, le pays n’est pas un hôtel et rien n’y est jamais définitivement acquis. Le pays est de plus victime de sa popularité et les demandes de travail, séjour et résidences sont de plus en plus nombreuses. J’ajoute qu’en étant marié vous êtes hors quotas, peu importe le nombre de demandes, le service des migrations les traitera, y compris la votre. Sans être marié, vous pouvez faire la demande d’obtention mais a titre d’exemple, un millier de permis de séjour trois ans sont délivrés à Moscou, alors qu’il y a entre 7.000 et 9.000 demandes par mois. Après réception de ce permis de résidence, renouvelable indéfiniment, vous êtes presque un citoyen de la Fédération de Russie. La seule étape qui peut vous rester est l’obtention de la nationalité russe. Pour en arriver là, il  vous faudra d’abord renier votre nationalité d’origine. Mais si vous en êtes déjà arrivé à ce point, c’est que vous n’avez sans doute plus besoin de mes conseils…

Russie : malgré les apparences, Dimitri Medvedev a toujours été fidèle à Poutine

Retour sur la future passation de pouvoir entre Vladimir Poutine (qui redeviendra Président) et Dimitri Medvedev (qui passe de la présidence au poste de Premier ministre). Un duo souvent incompris en Occident…

Contrairement a ce qui a été affirmé jusqu’à présent le tandem qui dirige la Russie n’a pas éclaté. Au contraire, celui-ci n’a jamais paru aussi solide. Les affirmations des kremlinologues sur une tension évidente entre l’actuel président, Dimitri Medvedev, et son Premier ministre Vladimir Poutine se sont avérées pour l’instant totalement fausses. Le président Dimitri Medvedev, qui dirigeait le comité électoral de Vladimir Poutine en 2000 pour sa première élection est en effet un fidèle allié de ce dernier. Le choix de Vladimir Poutine de désigner Dimitri Medvedev comme son successeur de 2008 à 2012 ne tient pas non plus au hasard.

Dimitri Medvedev a expliqué lors du dernier congrès de Russie Unie que ce plan de partage du pouvoir pour 2018 était un accord passé entre eux il y a cinq ans, soit avant qu’il ne devienne président. Cet accord a donc juste été maintenu et appliqué. Dimitri Medvedev ne s’est pas laissé influencer par des conseillers ambitieux qui l’incitaient à se présenter « au forcing » en s’opposant à Vladimir Poutine. Il a au contraire joué la fidélité et est resté dans ses fonctions de président souverain, ce qui s’est confirmé ces derniers jours, avec la démission musclée du Ministre des finances, Alexei Koudrine, pourtant réputé proche de Vladimir Poutine. Pour la petite histoire, ce dernier reprochait au soi disant libéral Medvedev de vouloir trop augmenter le budget militaire.

Dans un autre ordre d’idées, un des conseillers de Dimitri Medvedev a lui simplement estimé que la candidature de Vladimir Poutine était le pire qu’il pouvait arriver à la Russie. Preuve qu’il y a une certaine liberté d’expression même au cœur du pouvoir russe.

Les théories qui prévoyaient un début de retrait de la vie politique de Vladimir Poutine se sont également avérées erronées. En effet, âgé de 60 ans en 2012, il n’aura donc que 66 ans en 2018 en cas de réélection soit seulement 1 ans de plus que Jacques Chirac en 2007 à la fin de son second mandat. En cas de réélection l’année prochaine, Vladimir Poutine en 2018 aura régné 14 ans comme président, soit autant que François Mitterand de 1981 à 1995. Vladimir Poutine est de très loin (toutes les enquêtes et sondages l’ont confirmé) l’homme politique russe le plus populaire de la décennie. Alors bien sûr de nombreuses interrogations restent en suspens, notamment la question du remplacement de l’actuel ministre des Finances, un poste au combien important sur fond de crise financière mondiale.

Le score du parti Russie-Unie aux élections législatives de décembre prochain sera également important avant la présidentielle. Transformé en « Front Populaire », Russie Unie présente presque 1/3 de candidats issus de la société civile (sportifs, bikers, hommes d’églises..). Le résultat des élections sera donc un bon indicateur de la façon dont les citoyens russes perçoivent la potentielle réélection de Vladimir Poutine. Après tout, dix ans après son arrivée au sommet de l’état, une guerre, des attentats et une grave crise économique, celui-ci jouit encore d’un taux de popularité supérieur à 60%.

Poutine, Medvedev : prophètes en leur pays

En 2012, les Russes devront élire un président. Dans un article précédent publié dans Atlantico, Cécile Vaissié contestait le caractère démocratique de cette élection. Blogueur spécialisé dans la région, Alexandre Latsa lui répond. Selon lui, “Les électeurs russes sont libres et les résultats électoraux conformes a la volonté populaire”.

Alors que la Russie se prépare aux prochaines échéances électorales, qu’en est-il de la situation politique ? Tout d’abord il faut revenir en arrière pour bien comprendre la situation. Un an après l’élection de Vladimir Poutine en mars 2000, alors que le pays sort d’une décennie de chaos et d’une crise économique terrible qui a détruit l’économie et ruiné le peuple, un parti de gouvernement est créé, Russie-Unie. Ce parti est destiné à structurer l’action politique du nouveau pouvoir russe, avec un objectif simple : reconstruire la Russie pour en faire un état souverain. Le préambule du manifeste de Russie Unie l’explique en ces mots : « Russie Unie est le parti du succès de la Russie, le parti du redressement de tout le pays ».

Tout au long de la dernière décennie, le parti va globalement susciter l’adhésion de la majorité des électeurs russes. Pourquoi ? Le système politique instauré s’est accompagnée d’un réel décollage économique qui se traduit par la baisse de la pauvreté, par l’apparition d’une classe moyenne russe ou encore par des hausses régulières et indexées des pensions et retraites. Pour les Russes qui n’ont jamais été aussi riches qu’aujourd’hui, la corrélation est facile à faire. Les chiffres ne mentent pas, Russie Unie à obtenu 40 % aux législatives de 2003 et 64 % aux élections de 2007. Le candidat de Russie Unie a la présidentielle a lui obtenu 52 % en 2000 et 70 % en 2004 et 2008.

Une maturation politique difficile et tardive

Pour la majorité des Russes, la stabilité et l’ordre priment sur l’idéologie, surtout après le terrible désordre des années 1990. Ce n’est d’ailleurs qu’en 2009 que Russie Unie, parti centriste, a défini sa ligne politique. Un programme a été défini par les trois clubs de pensée du parti : social-conservateur, libéral-conservateur et étatique-patriotique. L’idéologie officielle du parti (le conservatisme russe) a été pour la première fois indiquée. Pourquoi seulement maintenant ? Car jusqu’à récemment, il fallait lutter pour conserver l’État.

C’est aussi pour cette raison que les partis dit libéraux ou d’opposition sont très ouvertement décriés car ouvertement assimilés au chaos des années 1990 et à l’immixtion étrangère, n’étant pas considérés comme ayant participé à la reconstruction nationale. Leur poids électoral n’a cessé de baisser: 12 % aux élections législatives de 1993, 7 % aux élections législatives de 1995 et 1999, 4 % en 2003 et 2 % en 2006 (à comparer au 1,5 % du candidat libéral à l’élection présidentielle du 2 mars 2008).

En outre, le permanent soutien affiché de pays étrangers à cette soi disant opposition libérale (dont le peuple russe ne veut clairement pas) a considérablement parasité et ralenti la maturation de la scène politique russe. Au sein des partis de gouvernements, le spectre politique est aujourd’hui très large mais le débat n’est pas public et surtout il est loin des influences extérieures. La naissance des partis Juste Cause (libéral de droite et qui englobe un des partis d’opposition libérale) et Russie juste (parti de gauche tendance socialiste) sont sans doute des indicateurs d’un embryon d’élargissement de la vie politique russe, et de sa transformation vers un bipartisme ou un tripartisme.

Les résultats électoraux conforme à la volonté du peuple russe

Comparer les intentions de vote avant les élections et le résultat de ces élections est intéressant. En 2008, deux mois avant les élections prés de 80% des électeurs déclaraient souhaiter voter pour Dimitri Medvedev, celui-ci obtenant au final 72%. Même scénario lors de la précédente présidentielle de 2004 ou Vladimir Poutine était crédité de69,3% des voix avant les élections, il a finalement obtenu 71%.

Bien-sûr on assiste à des polissages électoraux dans certaines régions, (principalement dans certaines parties du Caucase) mais cela ne représente qu’un pourcentage infime du corps électoral russe. Les électeurs sont donc libres et les résultats électoraux conformes a la volonté populaire. Contrairement à ce que l’on peut souvent lire ça et la, les faits sont têtus, l’adhésion au tandem dirigeant reste très élevée en Russie, récemment interrogé (juillet dernier) 69% des électeurs indiquaient souhaiter voter aux prochaines élections de l’automne 2011 pour Russie Unie.