Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti
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Le point démographique – Janvier, Février 2011
Survivre à Moscou
Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti
Bonjour Alexandre, j’ai lu avec beaucoup d’attention ta tribune Far-est, ainsi que d’ailleurs tes autres tribunes sur Ria-Novosti. J’habite Bordeaux et me pose la question de déménager à Moscou, comment y est la vie pour un étranger? Merci d’avance, Ludovic.
Au premier abord, la ville me semblait plutôt difficile à appréhender, et même hostile. C’est une mégalopole de 12 ou 15 millions d’habitants, mais pas tout à fait comme les autres mégalopoles de la planète, il y a des particularités bien russes, et tout de suite, la rencontre avec l’alphabet cyrillique ajoute une difficulté. Au début je l’avoue j’étais écrasé par la largeur des artères et des rues, et la relative difficulté à trouver certaines adresses. Bien sur tu vas me dire, autant circuler en voiture! La belle affaire, on voit bien que tu n’as encore jamais conduit à Moscou.
Après, pour celui qui arrive, il y a la rencontre avec l’hiver russe. Au début, c’est dur à supporter. Certains jours, même le petit trajet à pied, entre la station de métro et le bureau est une épreuve physique, quand on vient d’un pays tempéré. Les russes marchent sans aucun problème sur le verglas, et on comprend qu’il va falloir apprendre. L’hiver dure 5 mois (il a par exemple encore neigé la semaine dernière), les températures dépassent fréquemment les -15° (il a fait -30° en février dernier), et le ciel est presque tout le temps couvert.
La ville est vraiment grande, les stations de métro sont bien plus espacées qu’à Paris, donc on passe beaucoup de temps dehors, ce qui permet de “profiter” un maximum du froid. Les étés sont généralement trop chauds et trop courts, sauf le dernier, caniculaire, et pendant lequel Moscou est restée noyée dans une épaisse fumée et une odeur de brûlé pendant presque deux mois, à cause des incendies qui ont ceinturé la ville. A Moscou enfin l’immobilier est cher, vraiment cher, trop cher. Sauf par exemple pour Naomi Campbell, qui vient de s’installer dans un nouveau complexe du centre ville.
Pour clore le tableau négatif, Moscou est une capitale visée par le terrorisme: pendant les douze derniers mois, deux attentats ont coûté la vie à une centaine de personnes, il y a eu plusieurs centaines de blessés.
Pour autant, je ne souhaite pas te décourager, j’ai juste voulu être objectif, en listant ces divers points négatifs qu’il ne faut pas oublier. Il y a aussi des points positifs, et il y en a beaucoup, en tout cas suffisamment pour que, comme de nombreux Français de Moscou, je n’aie jamais eu envie de quitter cette ville et même que j’envisage d’y rester encore une bonne partie de ma vie.
Moscou est fascinante, c’est une ville tout simplement exceptionnelle. Elle a les avantages des vraies mégalopoles, et beaucoup de choses fonctionnent ici H-24. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, il est possible de faire tant les courses que de manger ou boire quelque chose, sortir, trouver de l’animation, de la vie. Les bars et les restaurants sont ouverts, il y a des boutiques qui ne ferment jamais et même des banques et des immeubles de bureaux qui ont un service de nuit.
Ici, l’énergie de la ville se ressent tant dans le rythme des jeunes Moscovites qui dansent sur les pistes des boîtes de nuit, que dans la densité du trafic automobile, ou dans la masse de gens que l’on peut rencontrer partout à n’importe quelle heure. Cette ville est plus vivante que les autres, ce n’est pas une illusion. Elle est toujours en activité et moi, Ludovic, j’aime Moscou pour ça. Pour le travail c’est pareil, il n’est pas rare qu’à Moscou des rendez-vous d’affaires se déroulent en soirée ou alors le week-end.
Il faut bien avouer, cher Ludovic, que ça pourrait drôlement te changer de Bordeaux, ville musée et somnolente, avec ses supermarchés qui ferment à 22 heures en semaine, ou ses boîtes de nuit des quais de Paludate, qui ouvrent et ferment à heures fixes. A Moscou, cette notion d’horaires fixes n’existe pratiquement pas. Un hit musical sorti en 2009 a d’ailleurs parfaitement résumé la situation dans son titre: “Moscow Never Sleeps“ (Moscou ne dort jamais). Dernière bonne surprise, la ville est relativement verte, puisque près de 40% de sa surface est composée de parcs et jardins, c’est nettement plus que dans nombre de villes européennes et réellement plaisant surtout pendant le printemps et l’été.
Les Russes sont accueillants même si au premier abord les Moscovites ont toujours un air pressé et peu souriant. Les habitants de la capitale russe ont l’habitude des “autres”. Le pays est un empire, qui comprend une immense variété de gens et de religions. A condition de faire les efforts nécessaires et de respecter certaines règles, toute cette diversité trouve assez facilement sa place dans la vie à Moscou, y compris les étrangers.
Il est plausible qu’une ou des jeunes Moscovites te sourient assez rapidement, prudence Ludovic, un peu de discernement peut être utile. Beaucoup de visiteurs tombent sous le charme de Moscou, ville de l’amour et du romantisme, et de ses beautés. Ca ne marche pas toujours, mais je connais beaucoup d’hommes qui y sont très heureux d’un point de vue sentimental, la chaleur des femmes russes n’ayant, selon mon expérience de globe-trotter, absolument aucun équivalent sur notre petite planète.
Venir à Moscou comme expatrié employé d’une multinationale évite certes beaucoup de difficultés. C’est une vie entre un bureau de l’hyper-centre et un appartement luxueux de ce même hyper-centre, entre deux déplacements vers l’hyper-siège de son hyper-société. Ce type d’expatrié ne fait cependant que “passer” à Moscou. Il a un style de vie quasi identique à celui qu’il pourrait avoir à Shanghai, New-York ou Bruxelles.
C’est bien différent pour celui qui veut tenter sa chance seul, avec l’idée d’immigrer et de s’intégrer à la société russe, voir se trouver une nouvelle patrie d’adoption. Il va rencontrer en dehors des difficultés de la langue russe des rythmes différents, un système de pensée différent, et il devra se plier à quelques difficultés administratives qui rendent généralement fous les étrangers. On n’entre pas en Russie comme dans un moulin ou un hôtel, l’administration russe est souvent très pointilleuse, c’est un labyrinthe qui demande des efforts de compréhension et de la patience. Mais finalement, le jeu en vaut bien la chandelle.
La Russie ne laisse personne indifférent, et pour ce qui est de Moscou c’est encore plus vrai, mais elle peut te mettre assez rapidement K.-O. debout. Nombre de gens qui ont vécu un temps dans cette ville se sentent parfois difficilement capables de le refaire, c’est sans doute seulement en la quittant qu’on se rend compte quel rythme impitoyable et stimulant elle impose.
Pour autant Ludovic, je suis attaché à cette ville et à son mode de vie, surtout quand je peux régulièrement m’en échapper pour aller reprendre des forces ailleurs. Après une absence de quelques jours, j’ai néanmoins toujours envie de rentrer de nouveau sur le ring et comme nombre de Moscovites être content de “survivre” à Moscou.
Le son du canon
Le Figaro, la Corruption et Vladimir Poutine
Нужны эффективная поддержка предпринимательства, подавление коррупции, которая тянет нас назад и деморализует общество
Сегодня речь идёт о необходимости существенно повысить качество государственного управления, нацеленности государственного аппарата на интересы граждан, и, конечно, о борьбе с коррупцией, повышении ответственности чиновников и искоренении самих условий для противозаконного поведения и для мздоимства.
Конечно, мы должны устранять саму почву для коррупции, чистить наше законодательство, административные процедуры от разного рода лазеек и размытых мест.
“We must be effective in our support for businesses as we rein in corruption, which slows us down and erodes the moral fabric of society“.
We must substantially improve the quality of public administration and orient the state apparatus to the interests of the people. Needless to say, we must counter corruption, increase the responsibility of officials, and eradicate the very conditions for illegal conduct and bribery“.
“It goes without saying that we must remove the grounds for corruption by ridding our legislative and administrative procedures of loopholes and vague wording“.
En Francais, Ria Novosti avait relayé l’information: “La corruption empêche le développement de la Russie et rend la société très pessimiste sur l’avenir.”
Dokou Oumarov: mort ou vif?
Cet article a été publié originellement sur Ria-Novosti
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Le 28 mars dernier, la Russie commémorait le triste anniversaire des attentats qui ont frappé le métro de Moscou il y a tout juste un an. Alors que les Moscovites se recueillaient dans les stations de métro et déposaient des fleurs à la mémoire des 39 victimes, tout au sud du pays une opération militaire de grande ampleur avait lieu en Ingouchie, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
L’assaut terrestre appuyé par des frappes aériennes, a permis l’élimination de 21 terroristes, liés à l’organisation “Emirat du Caucase“ qui est la principale branche terroriste de la région.
L’Emirat du Caucase a été créé en Octobre 2007 par le Tchétchène Dokou Oumarov, qui a participé aux deux premières guerres de Tchétchénie. L’Emirat du Caucase remplace la république Tchétchène d’Itchkérie, un Etat non officiel qui se voulait indépendant de la Russie, prônait la Charia sur le modèle du Soudan et qui ne fut reconnu que par les Talibans Afghans et le premier gouvernement de la Géorgie indépendante. La déclaration d’indépendance de cette république imaginaire amena à la première guerre de Tchétchénie.
Dokou Oumarov abolit ensuite la République tchétchène d’Itchkérie dont il était président en octobre 2007 et proclama à la place un Émirat du Caucase, dont la Tchétchénie n’était qu’une simple province parmi bien d’autres. Dokou Oumarov a revendiqué les principaux attentats de ces dernières années, que ce soit l’attentat contre le train Nevski-express de novembre 2009 (26 morts et une dizaine de blessés), celui du métro à Moscou de mars 2010 (39 morts et 102 blessés) ou l’attentat de janvier 2011 à l’aéroport Domodedovo (35 morts et 180 blessés).
En février dernier, Oumarov avait prédit une année de sang et de larmes à la Russie, menaçant de faire déclencher des attentats sans répit. Début mars, il avait appelé dans une vidéo à un Djihad total en Russie, s’adressant à tous les musulmans de Russie. Depuis sa création en 2007 l’Emirat du Caucase à mené près de 1.600 attaques en Russie, dont 99% dans le Caucase du nord. Ces attaques ont tué près de 1.400 personnes (dont 300 civils) et blessé près de 1.700 personnes (dont 900 civils). Pour la seule année 2009, 511 attaques terroristes ont eu lieu sur le territoire russe, dont 508 dans le Caucase nord, et 159 en Tchétchénie.
Ces attaques ont causé la mort de 427 personnes (dont 51 civils) et ont blessé 844 personnes (dont 199 civils).
En 2010, la situation ne s’est pas améliorée. L’Emirat du Caucase à directement perpétré 583 attaques, ayant entrainé la mort de 410 personnes (dont 119 civils). Cela représente la moitié des attaques terroristes dans le Caucase pour cette seule année. Ces attaques ont au total coûté la vie à 754 personnes, en blessant 956 autres. La moitié de ces attaques ont eu lieu au Daguestan avec 378 morts. Toujours en 2010, 375 terroristes ont été tués, plus de 600 arrêtés, et 93 attaques prévenues. En 2011 l’activité terroriste reste élevée, par exemple pour la seule semaine du 28 Mars au 3 avril, 38 personnes ont été tuées dans le Caucase du Nord.
L’opération anti-terroriste de mars dernier a semble-t-il visé les dirigeants de l’Emirat du Caucase. De nombreux lieutenants et proches d’Oumarov ont été tués, notamment son médecin mais également son plausible successeur. Les autorités russes ont affirmé qu’il était fort possible que Dokou Oumarov soit parmi les victimes mais ce n’est pas la première fois que sa mort est annoncée après une opération anti terroriste. En 2006 après l’élimination de Chamil Bassaïev, l’élimination d’Oumarov avait été annoncée comme imminente. En 2009, il avait également été tenu pour mort après une opération spéciale des troupes fédérales. Cette fois, son décès n’a pas encore été confirmé, et il faudra sans doute attendre la fin des analyses ADN pour le savoir.
Les conflits dans le Caucase sont généralement présentés par la main stream médiatique comme des guerres pour l’indépendance. Pourtant, les liens entre l’Emirat du Caucase et la nébuleuse Islamiste terroriste internationale sont avérés. Ils datent de la guerre en Afghanistan et des guerres de Tchétchénie. Des groupes qui ont soutenu Chamil Bassaïev dans sa lutte contre Moscou ont, après la chute de Grozny en 2000, ont notamment formé une organisation appelée Jamaat. Ce mouvement terroriste qui a combattu tant en Asie centrale que dans le Caucase est lié directement au chef de guerre saoudien Khattab.
Ce saoudien, qui avait combattu au sein des Moudjahidines en Afghanistan et était devenu proche d’Oussama Ben Laden et d’Al-Qaïda, avait ensuite importé le Djihad dans le Caucase, avant d’être tué en 2002 par les forces spéciales Russes. Ces liens sont avérés depuis longtemps et pourtant, ce n’est que cette année que le conseil de sécurité de l’Onu, via le Comité chargé de la lutte contre Al-Qaïda, a inclu Dokou Oumarov dans sa liste des terroristes internationaux les plus dangereux. L’adoption de cette résolution est un progrès important, car jusqu’au début de l’année, les autorités américaines bloquaient son adoption, en affirmant que: “Le lien entre Al-Qaïda et le groupe terroriste d’Oumarov n’était pas suffisamment démontré dans la requête russe“. Les russes ont souvent mal compris la relative tolérance occidentale envers ces anciens chefs de guerre. C’est le cas par exemple pour Akhmed Zakaïev, ancien ministre de la “République Tchétchène d’Itchkérie“ et ancien commandant militaire du mouvement indépendantiste Tchétchène. Celui-ci depuis les années 2000 bénéficie d’un confortable asile politique au sein de l’UE.
La guerre dans le Caucase a changé de forme et les autonomies relativement importantes dont bénéficient maintenant les entités politiques locales, par rapport au pouvoir fédéral ne justifient sans doute plus les guerres pour une autonomie déjà acquise. Aujourd’hui la région est menacée par une métastase terroriste radicale, à laquelle le pouvoir fédéral Russe et les autorités locales répondent avec le maximum d’énergie. L’affirmation forte de l’autorité centrale de l’état dans le Caucase nord doit bien sur accompagner un développement humain et économique important, mais rien ne sera sans doute possible tant que la situation ne sera pas réellement stabilisée.
La méthode de stabilisation russe pour paraitre excessivement énergique pour des observateurs français, pourtant elle est sans doute la seule alternative d’affirmation de l’autorité de l’Etat dans le Caucase nord. La fédération de Russie ne souhaite pas que se développent sur son territoire des foyers de terrorisme. Il en va tant de l’intérêt de la Russie et de ses citoyens bien sur, mais également de la stabilité de la région toute entière.
La presse occidentale a souvent critiqué la Russie pour son “recours démesuré“ à la force brutale dans le maintien de l’ordre pendant les conflits du Caucase. Pourtant deux guerres interminables, en Afghanistan et en Irak, ont commencé sous la forme d’opérations de représailles anti terroristes après l’attentat du 11 septembre. Mais la comparaison doit s’arrêter là: pour la Russie, il s’agit de maintenir son intégrité territoriale et sa sécurité nationale.
L’état de droit en Russie – Colloque à Sciences Po paris (11 AVRIL 2011)
– 8 mois avant les élections parlementaires à la Douma d’État (décembre 2011)
– 1 an avant les élections présidentielles (mars 2012)
– trois semaines avant le jugement en appel de Mikhaïl Khodorkovsky et de Platon Lebedev
–> Quel rôle pour la société civile dans le système politique russe ?
–> L’état du système judiciaire russe
– Lecture d’un message d’Heidi HAUTALA, Présidente de la Sous Commission des Droits de l’Homme au Parlement Européen, députée européenne Les Verts.
– Zoya SVETOVA, journaliste d’investigation à l’hebdomadaire russe Новое Время
– Leonid GOLOVKO, Docteur en Droit et Professeur à l’Université d’État de Moscou Lomonossov (МГУ им. Ломоноссова), expert de la réforme du système pénal russe
– Un membre de l’équipe de défense de Mikhail KHODORKOVSKY.
– Cyril TUSCHI, cinéaste allemand, réalisateur du film documentaire “Khodorkovsky”, présenté au Festival International du Film de Berlin 2011
– Natalia IVANOVA, rédactrice en chef adjointe de la revue Znamia (Знамя), éditrice de la correspondance entre Mikhail Khodorkovsky et Ludmila Oulitskaïa
– Andrey ILLARIONOV, économiste, ancien Conseiller économique et Sherpa au G8 du Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine
– Natalie NOUGAYREDE, journaliste au service International du Monde, ancienne correspondante du Monde à Moscou
– Galia ACKERMAN, Présidente de l’Association Franco-Russe des Journalistes, ancienne chef du service Russe à RFI
– Ella POLIAKOVA, Présidente du Comité des Mères de Soldats de Saint-Pétersbourg (ONG)
– Anne NERDRUM, Amnesty International France
– Yury SAMODUROV, Collaborateur Scientifique en Chef du Département des Programmes et Projets Expérimentaux au Centre National pour les Arts Contemporains du Ministère de la Culture de la Fédération de Russie (ГЦСИ), ancien Directeur du Centre Sakharov, condamné en 2010 avec Andrey EROFEEV pour “incitation à la haine religieuse” pour l’exposition “Art Interdit 2006”
– André GLUCKSMANN, philosophe et essayiste français
– François ZIMERAY, Ambassadeur français pour les Droits de l’Homme
L’opium du people
Mes lecteurs les plus assidus connaissent déjà sans doute Oncle-Vania, qui en 2009 et 2010 à publié d’excellentes analyses sur les médias Français et la Russie, dans le Courrier de Russie. Afin de garder sa liberté de ton et pouvoir continuer à donner son analyse de Français de Russie, Oncle Vania va désormais collaborer à Dissonance et tenir une rubrique régulière. Nul doute que ses analyses dissonantes ont totalement leur place sur ce blog!
L’analyse ci dessous date de près d’un an, mais est plus que d’actualité. A rapprocher de mon précédent article sur le trafic de drogues en Russie.
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La Russie , par les voix de Dimitri Rogozine, représentant permanent de la Russie auprès de l”OTAN et de Viktor Ivanov, responsable de l’agence fédérale de lutte contre la drogue, hausse le ton contre la politique de l’administration Obama et de l ‘OTAN dans la lutte contre le narco-trafic en Afghanistan. La Russie paye un lourd tribut a l’héroïne. Entre deux millions et deux millions et demi de russes dépendants a l’héroïne ont été recenses, 30.000 personnes perdent leur vie par an sur overdose, sans compter les effets induits sur la transmission du virus HIV. Dimitri Rogozine engage le débat sur deux fronts. Le premier sur le fait que la production de pavot a opium a été multipliée par 40 depuis le début de l’intervention américaine (données ONU et service fédéral russe pour le contrôle des stupéfiants), le second sur l’exportation croissante de produits précurseurs de drogues synthétiques d ‘Europe vers l’Afghanistan.
Ces précurseurs permettent de transformer l’opium brut en héroïne pure sur place. L’Afghanistan produit aujourd’hui 90% de l’héroïne mondiale. Les cultures et les laboratoires de transformations sont situes majoritairement dans les zones sous contrôle de l’OTAN, d’ou la mise en cause par Moscou de l’organisation devant le conseil de sécurité de l’ONU.
Les liens entre le narco trafic et les États-Unis via la C.I.A ne datent pas d’aujourd’hui. La plupart des guerres clandestines de l’agence ont mêle le narco-trafic aux mouvements de guérillas anti communiste. La Birmanie dans les années 50, le Laos puis le Vietnam dans les années 60. L’Amérique latine dans les années 70 et 80, puis l’Asie centrale.
Tout le monde a encore en mémoire le scandale de l ‘Irangate a la fin des années 80 ou l’administration Reagan avait été mouillée dans un vaste scandale de traffic de cocaïne mêlant les contras nicaraguayens et des ventes d’armes a l’Iran. Le marche de la drogue fonctionne avec une dynamique qui lui est propre, basée sur la demande, tandis que les centres de productions fluctuent.
Les cinq grandes guerres contre la drogue initiées depuis Nixon par la plupart des administrations présidentielles américaines ont coutées 150 milliards de dollars et n’ont abouti a rien . Pendant que la D.E.A, l’agence américaine de lutte contre la drogue enquêtait sur le terrain la C.I.A organisait et finançait le traffic pour servir ses intérêts propres. Il serait intéressant de superposer les cartes des fluctuations des grands centres de productions de pavot et d’héroïne a celle de la géopolitique et des guerres clandestines des États-Unis.
Le glissement de l’Asie et du triangle d’or vers l’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan illustre parfaitement cette théorie. Pour revenir a Kaboul, les américains s’opposent a éradication des champs de pavots et a la régulation des précurseurs. Le cout géopolitique est il trop élevé ? Il est vrai que l’essentiel du traffic est organise par Ahmed Wali Karzai, le frère du président afghan, et que dans la filière de distribution nous retrouvons les groupes criminels organises du Kosovo et leurs liens avec Hashim Thaci, premier ministre kosovar et grand ami de Washington….
Pour terminer sur une note un peu plus légère sur les abus de produits illicites, notre ami le président géorgien Saakashvilli a du forcer sur quelque chose pour se laisser aller a cette incroyable provocation télévisuelle mettant en scène l’invasion de la Géorgie par les troupes russes !!!
Nous lui souhaitons un prompt et bon rétablissement.
La pensée stratégique russe
Tel est le titre du dernier livre de Jean GERONIMO, dont je recommande la lecture et que vous pouvez consulter ici
A quand une croisade contre le trafic de drogue?
Jeudi 31 mars 2011, les forces de l’ordre ont interpellé dans les environs de Krasnoïarsk (Sibérie) un individu qui transportait un sac contenant 10 kg d’héroïne, pour un montant de plus de 300 millions de roubles (7,5 millions d’euros). Deux jours auparavant, le 29 mars, ce sont près de 82 kg d’héroïne cachés dans une cargaison de pommes qui ont été saisis à Novossibirsk en Sibérie occidentale.
Pour la seule année 2010, 1.277 opérations anti-drogue ont été menées en Afghanistan, permettant la saisie de près de 52 tonnes d’opium, de 7 tonnes d’héroïne, de 65 tonnes de haschisch, de 3,4 tonnes de morphine et de 180 tonnes de précurseurs chimiques. 64 laboratoires de fabrication de stupéfiants ont été détruits, tandis que 1.186 personnes suspectées de trafic de drogue, dont dix étrangers, ont été arrêtées. En Russie, plus 120.000 personnes ont été traduites en justice pour des délits liés à la drogue pour la seule année 2010. Le trafic de drogue afghane est en outre l’une des méthodes de financement du terrorisme dans le Caucase du nord. Pour cette raison, lors du forum international antidrogue de juin dernier à Moscou, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov à appelé à ce que la drogue afghane soit qualifiée par le Conseil de sécurité de l’ONU comme une menace à la sécurité et à la paix.

