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La Russie face au problème de l’immigration (Рartie 2)

L’article original a été publié sur le site de Voix de la Russie

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Certes la Russie a une très longue tradition migratoire et est même aujourd’hui le second pays au monde pour le nombre d’immigrés en comparaison de la population totale, après les Etats-Unis. Selon les données officielles du FMS, en 2011 sont entrés en Russie pour travailler 13,6 millions d’étrangers.
 
Parmi eux et a titre informatif 22% d’Ukrainiens, 14% d’Uzbeks, 11% de Kazaques, 7% de Tadjiks, 4% de Kirghizes, 3,6% de Chinois et 3% d’Arméniens. La grande majorité de ces étrangers (prés de 10 millions) travaillent de façon plus ou moins illégale. Sur les quelques 30.000 spécialistes qualifiés qui sont entres dans le pays en 2011, 1.100 allemands, 888 anglais, 856 américains, 805 français, 534 Turcs. Enfin entre 4 et 5 millions de clandestins se trouveraient également sur le territoire russe, dont une grande majorité a Moscou et banlieue.

 

 
La Russie est en effet face a un double problème tant d’immigration que d’un besoin de main d’œuvre pour les deux décennies a venir, besoin de main d’œuvres destiné a permettre au pays de maintenir sa croissance économique malgré le déficit humain créé par l’effondrement  démographique de la période 1995-2005.
 

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La Russie face au problème de l’immigration (Partie 1)

L’article original a été publié sur le site de Voix de la Russie

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Récemment, une ville russe a décidé de simplement interdire l’immigration sur son territoire. Il s’agit de Novy Urengoi, la capitale russe du gaz, située dans l’oblast de Tioumen, dans l’extrême nord de la Russie.
 
La ville a été fondée en 1973, à la suite de l’ouverture du riche gisement gazier d’Ourengoï et est devenue une de ces « villes énergétiques » de la Russie d’aujourd’hui. Ce fort développement a entraine une croissance démographique importante, la population de la ville a été multipliée par 13 depuis 1979 pour atteindre 120.000 habitants en 2010 selon le dernier recensement. Mais la croissance démographique de la ville  continuerait à augmenter puisque l’immigration vers la ville aurait en effet augmenté de 20% en 2012 selon les premiers chiffres officiels, pendant que le nombre de crimes et délits aurait lui augmenté de 64% en 2011 (sources).

Face a cet afflux important d’immigrants et au bouleversement de l’équilibre social lié, les autorités municipales ont réagi de façon radicale puisqu’elles viennent d’adopter des mesures qui réglementent drastiquement le droit de tout simplement émigrer à Novy Urengoi, mesures qui s’appliquent tant aux russes qu’aux étrangers. Désormais pour juste visiter la ville, il faut obtenir un permis spécial, par le biais d’une invitation émise par une compagnie locale ou un résident de la ville. Ce processus prend quatre semaines pour un citoyen russe et huit semaines pour un étranger. Quand à aller travailler dans la ville, il faut impérativement obtenir une invitation professionnelle d’une société installée dans la ville, il n’est donc plus possible de rentrer dans la ville et d’y chercher un travail sur place. Continue reading

La fin du monde, non, mais la fin du monde unipolaire, oui

L’article original a été publié sur RIA-Novosti
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La fin du monde n’a finalement pas (encore?) eu lieu et on peut dire que l’année 2012 ne s’est pas seulement écoulée sous le signe du pouvoir, mais aussi sous le signe de la confirmation et de l’accélération des grandes tendances économiques et politiques qui se manifestent depuis le début de ce siècle.
Le début du déclin américain, le déclassement de l’Europe, la montée en puissance d’une Chine qui devrait accéder au statut de première puissance du globe.

 

Il y a aussi et surtout l’émergence de puissances régionales qui, fédérées, sont susceptibles d’être les moteurs de l’économie de demain. Symbole de ce grand rééquilibrage, la visite en cette fin d’année du président russe en Inde, les deux pays ayant reconnu le droit au nucléaire civil pour l’Iran. On peut aussi mentionner la visite du président Brésilien en Russie, le Brésil qui appuie désormais la position russe en Syrie, confortant l’apparition d’une nouvelle diplomatie des BRIC qui va sans doute faire entendre sa voix de plus en plus souvent dans le futur. Il y a donc les BRICS bien sur mais aussi les “Onze prochains” (N-11) que sont Bangladesh, Egypte, Iran, Nigeria, Pakistan, Philippines, Vietnam, Mexique, Indonésie, Turquie et Corée du Sud, les quatre derniers étant connus sous l’acronyme MIST.

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Russie et Allemagne : les poids lourds de l’Europe sont ils des sosies démographiques? /

kollaj_f4d5f45dffdffSuite au second volet de mon article sur l’immigration en Russie, un lecteur m’a indiqué sa grande surprise quand a ce chiffre de 10 millions de travailleurs nécessaires d’ici à 2020 en Russie, soit 770.000 / an.

D’après lui ce chiffre est surestimé et pondérable puisque dans de nombreuses industries russes, la marge d’optimisation des gains de productivité est réelle, ce qui pourrait faire baisser le besoin en capital humain.

C’est sans doute vrai, mais le creux démographique de la période 1992 – 2008 va se faire sentir et entrainera malheureusement qu’en 2025 par exemple, le nombre de jeunes russes de 25 ans devrait être de 30% inférieur à aujourd’hui. D’où un besoin crucial en capital humain pour compenser ce gap démographique. Pourtant le catastrophisme mystico-médiatique qui entoure la situation démographique et migratoire russe ne concerne curieusement pas la situation de l’Allemagne, frappée elle aussi d’un double manque de main d’œuvre, et d’une crise démographique avancée. Continue reading

Obélix en Russie?

L’article original a été publié sur le site de Voix de la Russie
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Récemment une affaire a fait scandale en France lorsque le très célèbre Gérard Depardieu a décidé non seulement de quitter le pays, mais aussi ouvertement menacé de rendre son passeport français, après avoir été traité de « minable » par le premier ministre Jean-Marc Ayrault.
L’acteur a décidé de s’installer à la frontière Belge, a seulement quelques kilomètres de l’hexagone, plus précisément dans la petite ville de Néchin. L’affaire s’est rapidement envenimée et surtout très politisée puisque l’acteur a souhaité montrer son désaccord à devoir payer 75% d’impôts.


Dans une tribune libre, l’acteur Philippe Torreton, engagé politiquement à gauche, a lui fortement condamné le choix de Gérard Depardieu, tout comme Line Renault ou Michel Sardou. Gérard Depardieu a en revanche obtenu le soutien de Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Fabrice Luchini ou encore Philippe De Villiers. Mais c’est de Russie que sont venus les soutiens les plus inattendus puisque le président Vladimir Poutine tout comme le premier ministre Dmitri Medvedev ont invité l’acteur à venir s’installer en Russie, lui promettant diverses facilitées ou encore en affirmant que « En Russie, l’impôt sur le revenu est de 13 % et nous n’allons pas le modifier ».
 
L’affaire Depardieu a en effet mis le doigt sur un des problèmes récurrents auquel fait face la France: l’émigration de ses « riches ». Car Gérard Depardieu n’est pas le seul bien évidemment à avoir quitté l’hexagone pour des raisons fiscales. De nombreuses célébrités françaises ont choisi l’exil fiscal, que l’on pense par exemple à Yannick Noah, d’ailleurs en litige avec le Fisc français, Johnny Halliday, Florent Pagny, Alain Delon ou Paul Loup Sulitzer. Les sportifs aussi sont nombreux a s’être défiscalisés, par exemple Marion Bartoli, Richard Gasquet, Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga, Sébastien Loeb ou encore Amélie Mauresmo. Et que dire des familles Meunier (Carrefour, domiciliée en Belgique), Castel (Nicolas, Vichy Célestins, domiciliée en Suisse) ou Weirtheimer (Chanel, domiciliée en Suisse) ou Mulliez (Auchan et Décathlon, domiciliée en Belgique), ou encore de Bernard Arnault qui souhaite devenir Belge?
 
Obélix du reste suit le chemin d’Astérix (Chistian Clavier) lui aussi parti de France et « refugié » à Londres en 2010, tant pour des raisons fiscales que politiques, s’estimant victime d’attaques suite à son soutien à Nicolas Sarkozy. L’affaire pourrait être tragi-comique mais elle est plutôt grave et traduit une réalité économique et migratoire assez inquiétante. Si plus de 5.000 entrepreneurs quittent la France chaque année pour des raisons fiscales, chaque année ce sont en tout prés de 250.000 français qui partent de France. Si une majorité revient, le solde reste négatif et en moyenne la France perd annuellement 60 a 70.000 de ses ressortissants, qui vont chercher une vie meilleure a l’étranger. Nos concitoyens sont déjà plus de deux millions à vivre à l’étranger et malheureusement pour l’hexagone cette tendance lourde devrait s’accentuer, notamment chez les jeunes, qui font face a une situation économique qui semble sur le chemin Grec ou Espagnol. Cette émigration, ajoutée à celle des sociétés, couterait ainsi chaque année prés de 50 milliards d’euros à l’état français.
 
Contrairement aux idées véhiculées par les medias Mainstream, les pays ou les jeunes sont les plus optimistes sur leurs avenirs ne sont pas ceux que l’on croit. La foisonnante enquête menée cette année par la Fondation pour l’innovation politique (25 pays sondés, et 32.700 personnes consultées) montre en effet que les moins de 29 ans les plus optimistes quand à l’avenir de leurs pays sont les russes, les mexicains, les sud-africains, les israéliens et les américains ! Quand aux jeunes les plus optimistes quand à l’avenir de leur pays, il s’agit des chinois, des canadiens, des marocains, des australiens et des russes!
La France dans ces deux classements est en queue de peloton, l’indice de confiance national dans l’avenir du pays étant au même niveau chez les jeunes français que chez les jeunes grecs.
Et si la fuite d’Obélix de Gaule était le symbole que finalement on quitte la France parce qu’elle est devenue tout simplement insupportable?

La Syrie, la Russie et la France

L’article original a été publié sur RIA-Novosti

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La Russie, qui est le principal obstacle pour une intervention efficace afin d’arrêter les combats et les meurtres, est en train de perdre“.

Ces propos absolument stupéfiants sont ceux tenus par Bernard Kouchner, l’ancien ministre des Affaires Etrangères françaises, dans une interview sur Europe 1 le 13 décembre dernier. Celui-ci rajoutera dans l’interview qu’il aurait: “préféré une intervention militaire” et que “les français sont avec les anglais le moteur politique pour le départ du dictateur Assad“.
Cette déclaration intervient alors qu’une fois de plus le mainstream médiatique a complètement occulté la réalité pour tenter de faire porter à la Russie une responsabilité qui n’est pas la sienne. Les grands médias se sont en effet jetés sur une annonce qui n’en était pas une pour affirmer que la Russie “lâchait Bashar“, “abandonnait Bashar“, “envisageait la défaite de Bashar“, “perdait confiance“, “envisageait une victoire de l’opposition” quand elle ne faisait pas simplement “marche arrière“. Les médias se basaient sur une déclaration faite par le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov aurait reconnu la “possibilité d’une victoire de l’opposition syrienne”. Malheureusement la seconde partie de la phrase a été oubliée (volontairement sans doute) par les correspondants du mainstream médiatique et cette seconde partie était: “… Si elle est soutenue de l’extérieur”, ce qui on en conviendra change le sens de la phrase.

Ce n’est pas la première fois que la Russie est prise à partie dans cette guerre médiatique contre la Syrie et c’est la seconde fois que Michael Bogdanov est pris à partie par des medias. En aout dernier, un journal Algérien avait en effet affirmé que celui-ci émettait des doutes sur l’avenir du président Assad, ce qui avait été démenti de la même façon: le vice ministre n’avait donné aucune interview. Un mois plus tôt, c’est l’ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov qui s’était vu attribuer une phrase totalement sortie de son contexte et qui avait été démentie tant par le ministère syrien de l’information que par l’ambassadeur lui même.
Il n’a pas fallu 24 heures pour que le Ministère des affaires étrangères russe clarifie la situation et rappelle de nouveau les journalistes à la réalité et aux faits: “nous voudrions noter que monsieur Bogdanov n’a fait dernièrement aucune déclaration officielle ni donné d’interviews spéciales aux journalistes“. Pas de chance donc pour les journalistes français, qui se sont une énième fois totalement trompés : la Russie ne compte pas infléchir sa position sur la Syrie. La position de la Russie reste ferme en plus elle vient de recevoir le soutien du Brésil, qui consolide un regroupement diplomatique Russie/Chine (BRIC) opposé a une intervention militaire, et qui cette fois ne devrait vraisemblablement pas laisser se répéter le scenario Libyen.
Il est difficile d’imaginer les futurs développements en Syrie. La pression sur le régime Syrien n’a jamais été aussi forte, pendant que le front intérieur s’est inexorablement déplacé vers le centre politique du pays, tout en tournant de plus en plus à l’affrontement anarchique entre communautés. Pourtant, si la montée en puissance des groupes Islamistes radicaux et des mercenaires Djihadistes étrangers est évidente au sein de l’opposition, le recours croissant au terrorisme prouve sans nul doute leur impuissance face à l’armée syrienne qui a remporté tous les affrontements urbains d’Alep à Damas.
On peut quand même se demander ce qui pourrait se passer si ces affiliés d’Al-Qaïda venaient à bénéficier d’un affaiblissement majeur, voire total du pouvoir Syrien, et à s’emparer de sites chimiques ou d’une quantité d’armes importantes, que l’on pourrait retrouver impliquées dans des actes terroristes contre des pays européens. Les images des islamistes du Front Al Nosra en train de faire des tests chimiques sur des animaux après la prise d’un centre de recherche (serait ce celui de la base Souleimane?) devrait faire réfléchir les commentateurs, analyses et décideurs occidentaux. Que dire de cette interview de leur commandant qui présente ses recrues étrangères et dit être prêt au Djihad contre les pays de l’Ouest y compris et l’Amérique?
De nombreux radicaux islamistes qui combattent en Syrie (et ont capturé la journaliste Ukrainienne Anhar Kotchneva qu’ils menacent d’exécuter) viennent en outre officiellement d’appeler à “ce qu’aucun citoyen russe, Ukrainien ou Iranien ne sorte vivant de Syrie” et à des attaques contre les ambassades de l’Ukraine et la Russie. Unedéclaration de guerre contre la Russie qui fait suite aux récents appels hostiles de leaders Islamistes radicaux contre la Russie, qui vont dans le sens des discours prononcés par les tenants de cet Islam radical en Turquie, lors de la visite de Vladimir Poutine le mois dernier, ou encore de ceux des nombreux islamistes étrangers qui combattent en Syrie.
Dans ce contexte on peut se demander si les propos de Bernard Kouchner ont une quelconque utilité. Pour l’instant l’Armée Syrienne empêche la situation de virer à un chaos dont on peut se demander ce qu’il pourrait amener dans la région et même au delà. Si en Syrie certains se battent pour le départ d’Assad, d’autres se battent pour l’établissement d’un émirat Islamique (sur le modèle des Talibans comme expliqué ici) et près de la moitie de la population se bat simplement pour la survie des minorités. Michael Bogdanov ajoutait dans sa déclaration que “La lutte va devenir de plus en plus intense et la Syrie va perdre des dizaines – peut-être des centaines – de milliers de civils“. Alors que l’Onu parle elle d’envoyer 10.000 hommes sur le terrain, une chose semble aujourd’hui certaine si la situation internationale reste en l’état: cette guerre ne fait peut être que commencer.

La bataille pour l’Eurasie va-t-elle s’accélérer?

L’article original a été publié sur RIA-Novosti

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“Les Etats-Unis s’opposeront à des processus d’intégration dans l’espace postsoviétique”. Hillary Clinton – 2012

Les récentes déclarations de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton sur l’intention de Washington de s’opposer aux processus d’intégration dans l’espace postsoviétique lors d’une conférence tenue à Dublin le 6 décembre 2012 ont au moins un mérite, celui de démontrer que l’Union Douanière, et donc la future Union Eurasiatique sont considérés par l’administration américaine comme le mal absolu.
Hillary Clinton n’a pas pris de gants, pour elle, l’union eurasiatique n’est ni plus ni moins que la réincarnation de l’Union Soviétique, et traduit
donc la volonté de la Russie de vouloir reprendre le contrôle du cœur del’Eurasie, que Russie et Occident, via l’Angleterre puis l’Amérique, se disputent depuis prés de 150 ans.

Un retour en arrière s’impose pour comprendre ce que signifie la bataille pour le contrôle de l’Eurasie, qui est tout sauf un fantasme ou une légende. Il s’agit au contraire d’une réalité géopolitique quiconstitue un volet important de la politique étrangère américaine et occidentale depuis la chute du mur de Berlin.

Durant la guerre froide, la puissance américaine ne luttait pas seulement pour la victoire contre son adversaire Soviétique, elle luttait aussi pour le contrôle du monde. Ce faisant, les stratèges américains restaient fidèles à la ligne tracée par les maitres de la géopolitique anglo-saxonne, particulièrement Halford Mackinder et Nicholas Spykman. Pour ces derniers, la maitrise du monde ne pouvait passer que par le contrôle de la zone ou devait se concentrer dans l’avenir tant le gros des habitants, que le gros des ressources énergétiques de la planète: l’Eurasie, encore appelée l’Ile Monde ou Heartland.
” Qui contrôle le Heartland, contrôle le monde “.  Halford John Mackinder – 1919
En ce sens, la mise sous tutelle après 1945 de l’Europe de l’ouest par l’Otan n’a été rien de plus qu’une mise en application des principes de Nicholas Spykman qui jugeait lui essentiel de maitriser l’anneau périphérique (Rimland) de cette Ile monde, de ce Heartland continental.
L’Europe de l’ouest représente la partie occidentale sous contrôle de cet anneau. Comme on peut le voir ici, La zone qui s’étend du pourtour de la caspienne jusqu’à l’Asie centrale constitue sa partie orientale et c’est précisément cette zone qui est visée par les propos d’Hillary Clinton.
” Qui contrôle le Rimland contrôle l’Eurasie. Qui dirige l’Eurasie contrôle la destinée du monde”. Nicholas J. Spykman – 1942
Les tentatives avortées du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) puis la tentative de prise de contrôle de ces mêmes états (membres de cet anneau périphérique) par les révolutions de couleurs planifiées aux USA doivent être comprises et vues dans ce sens: comme une étape nouvelle du containment russe, préalable essentiel au bouclage du Rimland. D’ailleurs, dans sa déclaration Hillary Clinton a insisté sur la déception profonde que représentait l’Ukraine pour le département d’état Américain, tout un symbole lorsqu’on sait l’énergie et les moyens mis en œuvre par l’administration américaine pour faire de l’Ukraine un pion essentiel de l’Otan. Un projet ancien qui prévoyait la constitution d’un axe Allemagne-Pologne-Ukraine dont Zbigniew Brezinski rêvait déjà en 1997 et qui selon lui devait servir à repousser l’influence russe le plus à l’est possible, et renforcer l’Otan au cœur de l’Europe de l’est.

“Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique”. Zbigniew Brezinski – 1997
Bien sur les déclarations d’Hillary Clinton ont provoqué les regrets de Leonid Sloutski, chef de la commission de la Douma pour les Affaires de la CEI. Celui-ci constatait que le potentiel croissant de regroupement géopolitique en Eurasie pourrait faire de cette région l’un des acteurs majeurs du monde. Une situation bien différente de celle qu’impliquait le monde unipolaire de 1991, qui ne laissait aucune place à la Russie.
Beaucoup de pays occidentaux appréciaient Eltsine surtout parce qu’il était le symbole d’une Russie faible, et le symbole de leur victoire sur l’URSS. 20 ans plus tard, alors que le centre de  gravité du monde se déplace vers l’Asie et la Chine, l’Occident américano-centré traverse une crise économique qui l’a considérablement affaibli sur la scène internationale. Pendant ce temps, à mi chemin entre l’Occident et l’Asie, la Russie s’est redressée pour redevenir aujourd’hui la puissance principale d’Eurasie.

Le monde multipolaire qui prend forme devrait vraisemblablement prendre l’aspect d’un monde d’alliances. Les grands états de ce monde
sont tous dans des logiques de regroupements économiques, politiques et militaires, que ce soit au cœur de l’Europe, par dessus l’Atlantique, en Amérique du sud  ou encore en Asie. Ces alliances pourraient rapidement voir l’émergence de blocs souverains tant sur le plan militaire, qu’économique ou politique, et la fragmentation du monde en zones d’influences souveraines.
Pourquoi les nations d’Eurasie n’auraient elle dès lors pas le droit de procéder à une intégration régionale approfondie?  Les menaces américaines contre une alliance volontaire de pays souverains semblent éloigner considérablement les possibilités d’un réel reset russo-américain. Le désaccord sur l’Affaire Syrienne, pays que l’Union Douanière envisageait du reste d’intégrer à une zone de libre échange il y a encore quelques mois, accentue encore le malaise.

Voila donc des propos belliqueux en provenance d’Amérique et prononcés à Dublin, alors même que le chef de l’état russe a pourtant récemment rappelé que la Russie devait trouver sa place géopolitique dans le monde de façon pacifique et que l’intégration eurasiatique devait elle se faire dans le respect de la souveraineté des états. Un principe de souveraineté nationale bien mis à mal durant l’époque unipolaire mais qui constitue tant le point névralgique du développement des BRICs (lire cette analyse a ce sujet) que le cœur de la politique internationale russe, notamment en Syrie.
Souveraineté VS interventionnisme, Unilatéralisme VS Multilatéralisme. Ces deux conceptions du monde diamétralement opposées vont-elles relancer la bataille pour l’Eurasie?

La grande Albanie : un projet américain contre le monde orthodoxe ?

L’article original a été publié sur le site de Voix de la Russie
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Mercredi dernier, le Premier ministre albanais Sali Berisha a prôné l’octroi de la nationalité albanaise à tous les Albanais, où qu’ils résident. Cette déclaration a été faite lors d’une visite de la ville de Vlora où l’indépendance de l’Etat Albanais a été prononcée, il y a juste 100 ans. A l’époque l’Albanie venait tout juste de se libérer du joug ottoman.

Cette déclaration fait suite a une autre déclaration, commune cette fois, que Sali Berisha avait fait avec son homologue  Kosovar Hashim Thaçi il y a quelques semaines, promettant l’union detous les Albanais. L’endroit était, il faut le dire bien choisi, puisque l’immense majorité des habitants du Kosovo y est aujourd’hui d’origine albanaise, ce qui n’a pas toujours été le cas. Lors de la guerre des Balkans en 1913, les serbes constituent encore la majorité de la population. En 1941, le Kosovo est rattaché à la Grande Albanie (déjà) sous protectorat fasciste italien. Après la guerre, lemaréchal Tito interdira l’immigration albanaise car la Yougoslavie ne pouvait selon lui être forte qu’avec une Serbie la plus faible possible.En 1974, c’est du reste lui qui attribue au Kosovo le statut deprovince autonome, statut qui sera supprimé par Slobodan Milosevic en 1989, alors que les Serbes ne représentent déjà plus que 15 % de la population.

Lorsqu’en 2008 le Kosovo se déclare indépendant, prés  d’une décennie après l’intervention militaire occidentale, peu de commentateurs mettent le doigt sur l’Albanité dominante de ce nouveau petit état. L’heure est au contraire à la fête pour ce peuple soi disant oppressé et qui accède enfin à la liberté. Au sein de la plupart des pays Occidentaux et de l’Union Européenne, la reconnaissance est instantanée, sans que ne se pose la question du traitement de la minorité serbe et de l’avenir qui lui était réservé, malgré le terrible précédent de 2004, lorsque les chrétiens avaient été victimes de pogroms, les églises brulées, et les droits  humains les plus élémentaires bafoués. Il est vrai que l’Europe, pardon l’UE, avait à cette époque d’autres priorités : l’organisation essentielle d’une gaypride a Belgrade.

Il aura donc fallu seulement quatre ans pour que la farce de l’indépendance du Kosovo apparaisse enfin publiquement. Seulement quatre ans pour que le Premier ministre albanais donne raison aux nationalistes serbes qui ont eux toujours affirmé affronter non pas les Kosovars (les habitants de la région du Kosovo étant des serbes) mais bel et bien des Shqiptars, dans un nouvel épisode du conflit ancestral qui oppose depuis prés de 6 siècles dans les Balkans les Slaves orthodoxes aux fils de convertis de l’empire Ottoman. Le soutien occidental à la création du Kosovo et l’acharnement contre la Serbie peuvent sembler complètements inexplicables. Pourtant de 1991 à 2008, une seule et même logique a animé les stratèges américains: la destruction de la Serbie, afin que celle-ci soit la plus faible possible a l’avenir, au moment historique inévitable ou elle allait de nouveau se tourner vers la Russie. Bien sûr, il fallait dans le même temps une Russie également affaiblie au maximum. Si de 1991 à 2000 une guerre militaire et médiatique a été menée contre la Serbie de Milosevic en vue de son anéantissement, dans le même temps, c’est une guerre économique et morale qui était menée contre la Russie d’Eltsine. La croisade contre le monde communiste s’est transformée en croisade contre le monde orthodoxe, et contre son centre névralgique et politique le plus souverain : la Russie. Le théoricien du containment russe en Eurasie, Zbigniew Brezinski, affirmait lui-même en 2007 que: « Le principal ennemi de l’Amérique était désormais l’église orthodoxe russe».  
La création de la grande Albanie peut sans doute être vue dans ce sens historique et géostratégique. Elle est une nouvelle allumette jetée, une
allumette qui pourrait créer une étincelle et déclencher un nouvel incendie dans le brasier balkanique. Cet incendie aurait pour conséquence d’affaiblir un peu plus l’Europe, mais aussi de déstabiliser un peu plus le monde orthodoxe (Macédoine, Grèce, Monténégro, Serbie…)
et de freiner son rapprochement avec la Russie. Par ricochet, c’est donc l’influence russe en Europe de l’Est qui serait remise en cause, et
donc son rapprochement avec l’Europe de l’Ouest. 
Ce faisant, l’Amérique aurait atteint une nouvelle fois son objectif essentiel: éviter un rapprochement continental et européen entre les mondes catholiques et orthodoxes.