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La Chine à la conquête de l’Est de l’Europe

Par La Voix de la Russie | On parle souvent de l’influence croissante de la Chine en Afrique, mais la percée chinoise en Europe de l’Est et notamment dans les Balkans est souvent oubliée. Une très vague coopération sino-albanaise existait déjà dans les années 70, mais dans les années 80, la Chine développa une réelle doctrine a l’égard de l’Europe du Sud-est.

Les Balkans sont d’abord apparus comme un double front pour la Chine, tout d’abord vers l’Europe, mais également dans l’ex-sphère soviétique. Après la chute du mur, Pékin renforça son influence sur les Balkans en se focalisant sur le potentiel commercial de ces derniers. L’objectif de Pékin est évidemment d’utiliser les consommateurs des Balkans pour écouler les produits chinois bon marché. Les relations commerciales entre la Chine et les Balkans se sont d’abord développées avec la Bulgarie, la Roumanie mais aussi avec la Croatie. En 2010, les échanges bilatéraux avec Bucarest se chiffraient à 2,6 milliards d’euros, alors que les affaires avec Zagreb et Sofia étaient eux respectivement évaluées à 1,1 milliard d’euros et 630,5 millions d’euros. Quand à la Serbie, les échanges avec la Chine se sont élevés à 325 millions d’euros en 2010 malgré l’historique de très bonnes relations entre la Chine et la Serbie de Milosevic. Symboles de cette percée chinoise dans les Balkans, l’implantation et l’ouverture en 2010 et 2011 de gigantesques « Chinatowns » en banlieue de Belgrade, Bucarest ou Zagreb.

L’implantation chinoise n’est pas seulement commerciale, mais aussi industrielle.

On peut citer par exemple le cas du géant Dongfeng qui a signé fin 2009 un accord avec le constructeur serbe Fabrika Automobila Priboj (FAP) afin d’assembler des véhicules en Serbie, ou Great Wall Motor Corporation et la firme bulgare Litex Motors qui ont commencé à produire des voitures low-cost en février 2011. La Chine a aussi développé une politique d’investissement dans l’exploitation minière locale afin d’alimenter la croissance rapide de l’économie chinoise. C’est le cas par exemple de la firme métallurgique chinoise China Minmetals Corporation, qui a signé un accord avec Aurubis Bulgaria, filiale du plus grand producteur de cuivre européen. Ou encore de Sichuan Jiannanchun International Group et du turc Kürüm Energy Resources and Metallurgy, qui forment la joint-venture Illyria Mineral Industry visant au développement des exportations albanaises de ferrochromes vers la Chine.

D’autres projets similaires sont également en négociations dans divers points des Balkans.

La Grèce est une illustration stupéfiante de cette percée chinoise puisque la Chine a largement soutenu l’économie du pays au plus fort de la crise en achetant des bons du trésor grecs, mais surtout en signant un contrat de 3,4 milliards d’euros permettant au géant maritime China Ocean Shipping Company de rénover et contrôler une partie du port du Pirée. L’accord a autorisé la société à augmenter la capacité logistique du port en y construisant un troisième quai et aussi un centre logistique. Pékin a aussi mis en place un fond spécial sino-grec de cinq milliards de dollars pour le développement du transport maritime et envisage de tripler les opérations annuelles du port en portant à 3,7 millions de containers le trafic annuel d’ici 2015 et monter ainsi le commerce bilatéral annuel avec Athènes à huit milliards de dollars.

Mais la China Ocean Shipping Company lorgne aussi sur le port de Thessalonique, qui est relié par une voie ferrée au reste des Balkans mais également à l’Europe centrale.

Cette prise de contrôle chinois sur le transport maritime et ferroviaire grec a un objectif clair : transformer la Grèce en une sorte de « hub logistique » pour écouler les produits chinois vers l’Europe.

L’implantation chinoise n’est cependant pas seulement commerciale ni industrielle comme vu dans l’article précédent, mais également énergétique.

Le pays se pose en fournisseur énergétique pour de nombreux pays des Balkans. L’Etat Chinois a en effet accompagné ses entreprises et la Chine est tout simplement devenue dans les Balkans le leader mondial en termes d’investissements verts, en énergie renouvelable, et ce devant les États-Unis ou l’Allemagne.

La réorganisation du marché européen de l’énergie dès le début des années 2000 a permis à l’UE d’étendre son marche énergétique aux Balkans, notamment après l’instauration de la Communauté européenne de l’énergie en juillet 2006. Le projet consistait en une intégration partielle des Balkans dans le marché unique européen. C’est ainsi que les États d’Europe du Sud-est se sont engagés à atteindre les standards européens en matière de production énergétique d’ici à 2015. En 2009, de nouvelles régulations ont été imposées (donc également aux pays des Balkans), exigeant de fortes réductions d’émissions de gaz a effet de serre, une augmentation des énergies renouvelables et aussi une baisse de la consommation énergétique. C’est un énorme problème pour les Balkans qui sont en général dotés d’infrastructures énergétiques plutôt obsolètes, quand ces infrastructures n’ont pas été endommagées par les conflits qui ont secoué la région comme par exemple en ex-Yougoslavie.

Si la crise a mis un coup de froid sur les investissements Ouest-européens en Europe de l’Est, notamment pour le développement des infrastructures hydroélectriques ou encore pour l’utilisation des énergies éoliennes, l’offensive chinoise prend tout son sens. C’est ainsi que la Chine est d’ores et déjà parvenue à dépasser ses rivaux occidentaux et s’impose désormais comme le plus grand fabricant mondial de turbines éoliennes et de panneaux solaires (80% du marché européen et 70% du marché mondial en 2012) tout en soutenant fortement la construction de centrales au charbon propres et de centrales nucléaires. Bien conscient de ce risque, l’UE vient de réussir à imposer à la Chine des taxes anti-dumping sur les panneaux solaires sauf si les industriels chinois s’engagent à respecter un prix plancher et un maximum de puissance pour leurs panneaux. Un moindre mal alors qu’en rétorsion aux mesures prises par Bruxelles pour taxer les importations de panneaux solaires, Pékin avait menacé de taxer les importations de produits de luxe européens en Chine.

Cette distanciation chinoise de ses rivaux occidentaux et européens dans les Balkans, à la faveur de la crise financière, témoigne d’une stratégie de long terme de la part de la Chine dans un marché Est-Européen fébrile, mais qui est directement connecté à l’Union Européenne. Si l’on observe la stratégie chinoise elle est pourtant limpide, visant tant les pays pauvres de l’Est de l’Europe (Balkans), que les pays en difficulté (Grèce, Espagne). La Chine est même en train de consolider ses positions en Europe centrale et orientale, ou entre 2004 et 2010, les investissements chinois ont été multipliés par 18. La Pologne est un bon exemple de ce boom chinois puisqu’en 2011, les exportations vers la Chine se sont élevées à 1,3 milliard d’euros, contre… 13,2 milliards d’euros d’importations. Il s’agit d’un retournement spectaculaire car à titre d’exemple, dans les années 1960 à 1980, la Pologne exportait des voitures vers la Chine. Aujourd’hui, 45 % des ventes polonaises sont représentées par un seul produit brut, le cuivre, de la compagnie

De nombreux commentateurs parlent de « nouvelle route de la soie » pour définir les nouveaux axes économiques chinois en constitution, destinés à améliorer les conditions de transport terrestre en créant des voies commerciales sur le modèle de la route de la soie. Ces nouveaux axes continentaux sont destinés à offrir un raccourci majeur aux traditionnelles voies maritimes au départ des grands ports chinois, mais aussi le transport ferroviaire est évidemment beaucoup plus sûr que le transport maritime, menacé par une piraterie croissante. La constitution du « Hub grec » doit donc être compris dans cette logique continentale commerciale et mettre en lien avec les axes continentaux ferrés en constitution.

Pour cette raison, la Banque chinoise de développement (CDB) a participé (pour un montant de 4,5 milliards d’euros) au financement et à la construction de portions d’un corridor paneuropéen censé reconnecter l’Europe de l’Ouest à la Turquie en traversant l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Hongrie, la Serbie, l’ARYM, la Bulgarie et bien évidemment la Grèce. Ce corridor paneuropéen devrait à moyen terme être relié avec un second corridor ferroviaire méridional qui ira de la Chine à l’Europe via l’Asie centrale, l’Iran et la Turquie. Dans cette logique, Pékin finance également la reconstruction d’un pont dans la banlieue de Belgrade qui reliera les deux rives du Danube et sera terminé en 2014. Il portera le nom de « Pont de l’Amitié sino-serbe » afin de rappeler sans doute l’immixtion chinoise au cœur des Balkans.

Lors du dernier sommet de l’Organisation de la Coopération de Shanghai à Bichkek (Kirghizie), les pays membres ont du reste annoncé leur volonté de rétablir une « route de la soie rénovée » pour relier la Chine à l’Europe via la Russie et les Etats d’Asie Centrale. Car la pousse chinoise à l’Est de l’Europe ne s’arrête pas aux Balkans, la Chine prenant également avantage du monde postsoviétique.

Alors que Russie et Chine viennent enfin de conclure un contrat de coopération pétrolière d’une valeur de 270 milliards de dollars sur 25 ans, signé entre CNPC et Rosneft, dirigée par le proche de Vladimir Poutine Igor Sechin, France 24 publiait en fin d’année dernière ce reportage extrêmement intéressant mettant en lumière l’implantation chinoise en Sibérie et en Extrême-Orient russe et les investissements liés dont j’ai déjà parlé, notamment par exemple ce projet fou de construction d’une « Venise sur l’Amour », située à Blagoveshensk, une petite ville située sur la rive gauche du fleuve Amour, au cœur de l’Extrême-Orient russe. Le projet comprend des canaux et des façades reproduisant à l’identique celles de Venise, ainsi qu’un immense complexe commercial (voir ici, là ou ici) et devrait être ouvert en 2018. Le promoteur chinois en charge du projet He Weilan l’affirme déjà haut et fort : « ce sera comme l’Italie mais en mieux (…) Je vends l’Europe aux habitants de l’Extrême-Orient.

En Ukraine, L’Etat chinois a accordé en 2012 un prêt de trois milliards de dollars pour aider l’Etat ukrainien à développer ses exportations de maïs (vers la chine) et la Chine discuterait actuellement la gestion de près de 30.000 km² de terres, soit près de 5% de son territoire et 9% de ses terres arables, un domaine cultivable aussi grand que la Belgique tout entière. La négociation entre la société KSG Agro, l’instance chargée des projets d’agriculture et l’Ukraine porterait sur des terres situées dans la région de Dnipropetrovsk, dans l’Est du pays. L’accord porterait dans un premier temps sur l’installation de systèmes d’irrigations sur une surface de 3.000 hectares. Si une telle transaction devait avoir lieu, l’Ukraine recevrait en contrepartie un nouveau prêt pour développer son industrie agricole et aussi son réseau routier.

La Biélorussie n’est pas oubliée. La Chine y construit en effet une ville entière dans les forêts proches de Minsk (la capitale de la Biélorussie) dans le but d’y créer un immense parc industriel. La ville devrait accueillir 155.000 personnes, permettant à la Chine de se créer une sorte de hub supplémentaire entre l’Europe et l’Asie : les exportations chinoises ne seront plus qu’à 275 kilomètres de la Pologne et de la Lituanie, deux pays membres de l’Union. Autre avantage : les accords entre la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan permettront aux produits issus de cette ville-atelier de passer les frontières de ces deux derniers pays sans barrière douanière.

Ce parc industriel prévoit de fonctionner via une exonération d’impôts et de taxes foncières sur place pour les sociétés qui viendront s’y installer et y investiront un minimum de cinq millions de dollars (3,8 millions d’euros), qu’elles soient chinoises ou originaires d’autres pays. La Chine investit cinq milliards de dollars (3,8 milliards d’euros) dans cette opération, et cette ville nouvelle sera reliée à l’aéroport de Minsk par une ligne de train à grande vitesse qui doit être construite. L’énergie sera fournie par une centrale nucléaire construite par la Russie et livrée en 2018. Une première partie de la ville devrait être finie en 2020, et la livraison finale est quand à elle prévue pour 2030.

La guerre en Syrie: une guerre pour l’énergie?

1314566-1730036Alors que la guerre en Syrie continue, le Mainstream médiatique, qui s’acharne sur l’Etat syrien, oublie de façon récurrente de rappeler l’un des aspects les plus essentiels de ce conflit: l’aspect énergétique et notamment gazier. Ce facteur explique que le soutien actif de la Russie a pour but non pas de protéger la personne de Bashar el-Assad, mais avant tout d’éviter l’effondrement du régime syrien, car cet effondrement voulu de l’extérieur serait un élément géopolitique d’un dispositif bien plus large et assez directement dirigé contre elle.

Lorsque la Russie commence à relever la tète à compter des années 2000, elle devient en effet le principal obstacle au plan de prise de contrôle énergétique des voies énergétiques liant l’Europe et l’Eurasie via les Balkans que les stratèges américains ont programmé et entamé via notamment la guerre en Serbie en 1999.

L’Amérique et l’Union Européenne vont alors chercher par tous les moyens à diversifier l’approvisionnement des pays européens pour réduire leur potentielle dépendance envers Moscou. C’est le début du projet de gazoduc Nabucco, aujourd’hui quasiment abandonné, qui consistait à permettre l’alimentation de l’Europe en gaz produit en Azerbaïdjan et au Turkménistan, via un itinéraire qui aurait traversé la Turquie et évité la Russie tout en contournant la Grèce. Autour de ce projet, il y avait un  plan géopolitique américain très ambitieux: Transformer l’allié Turc en pivot central d’un grand moyen orient à remodeler et aussi en un centre régional de transit énergétique entre les Balkans et le moyen orient. Continue reading →

Lettre de Vladimir Poutine à la presse Americaine.

130912-putin-640p.photoblog600Article original en anglais ici et en russe la.

Moscou

Les récents événements autour de la Syrie m’ont incité à parler directement au peuple américain et à ses dirigeants politiques. Il est important d’agir ainsi à une époque où la communication entre nos sociétés est déficiente.

Nos relations sont passées par plusieurs étapes. Nous nous confrontions pendant la guerre froide. Mais nous avion été alliés pour nous défendre ensemble contre les nazis. L’organisation universelle des Nations Unies a alors été fondée pour éviter qu’une telle dévastation surgisse à nouveau.

Les fondateurs de l’ONU  comprirent que les décisions sur la guerre et la paix devaient être prises par consensus uniquement et le veto des membres permanents du Conseil de Sécurité fut introduit avec l’accord des Américains dans la Charte des Nations Unies. Cette grande sagesse a permis de stabiliser les relations internationales pendant des dizaines d’années.

Personne ne souhaite que les Nations Unies subissent le destin de la SDN qui s’effondra faute d’un réel soutien. C’est possible si des pays influents court-circuitent les Nations Unie et entreprennent des actions militaires sans l’autorisation du Conseil de Sécurité.

La frappe éventuelle des Etats-Unis contre la Syrie, malgré la forte opposition de nombreux pays et de personnalités politiques et religieuses de premier plan, y compris le Pape, aura pour résultat d’accroitre le nombre de victimes innocentes et une escalade qui peut étendre le conflit bien au-delà des frontières syriennes. Une telle frappe augmenterait la violence et déchainerait une nouvelle vague de terrorisme. Cela peut détruire les efforts multilatéraux pour résoudre le problème nucléaire iranien et le conflit israëlo-palestinien et déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Cela pourrait déséquilibrer le système entier du droit et de l’ordre international.

On n’assiste pas en Syrie à une bataille pour ou contre la démocratie mais à une guerre civile entre le gouvernement et l’opposition dans un pays multi-religieux. Il y a peu de militants de la démocratie en Syrie. Mais il y a pléthore de combattants d’Al Qaida et d’extrémistes de tout poil combattant le gouvernement. Le département d’Etat américain lui-même a désigné le Front Al Nusra et l’Etat islamique en Irak et au Levant comme des organisations terroristes. La guerre civile, alimentée par les armes étrangères livrées à l’opposition, est une des plus sanglantes au monde.

Les mercenaires des pays arabes qui combattent là et les centaines de djihadistes qui viennent des pays occidentaux, et même de Russie, sont une vraie préoccupation pour nous. Ne risquent-ils pas de revenir dans nos pays avec l’expérience acquise en Syrie ? Après tout, des extrémistes sont bien partis au Mali après avoir combattue en Lybie. C’est une menace pour nous tous.

Dès le début, la Russie a poussé au dialogue pacifique pour permettre aux Syriens d’établir un plan de compromis pour leur propre avenir. Nous ne sommes pas en train de protéger le gouvernement syrien mais le droit international. Nous avons besoin d’utiliser le Conseil de Sécurité des Nations Unies et nous croyons que préserver la loi et l’ordre dans notre actuel monde complexe et turbulent est un des rares moyens d’empêcher les relations internationales de tomber dans le chaos. La loi est la loi et nous devons la suivre, qu’elle nous plaise ou non. Selon la loi internationale en vigueur, la force n’est autorisée qu’en cas d’auto-défense ou par décision du Conseil de Sécurité. Toute autre chose n’est pas autorisée par la Charte des Nations Unies et constituerait un acte d’agression.

Personne ne doute qu’on ait utilisé des gaz empoisonnés en Syrie. Mais on a toutes les raisons de croire qu’ils n’ont pas été utilisés par l’Armée syrienne mais par les forces de l’opposition, pour provoquer l’intervention de leurs puissants parrains étrangers, qui seraient du même côté que les fondamentalistes. Les sources selon lesquelles des djihadistes prépareraient une autre attaque, cette fois contre Israël, ne peuvent être ignorées.

C’est inquiétant que l’intervention militaire dans les conflits intérieurs des pays étrangers soit devenue une banalité pour les Etats-Unis. Est-ce l’intérêt à long terme de l’Amérique ? J’en doute. Des millions de personnes dans le monde voient de moins en moins l’Amérique comme un modèle de démocratie mais comme un Etat qui ne croit que dans la force brute, fabriquant des coalitions sous le slogan « vous êtes avec nous ou contre nous ».

Mais la force a montré qu’elle est vaine et inefficace. L’Afghanistan est laissé à lui-même et personne ne sait ce qui va se passer lors du retrait des forces internationales. La Lybie est divisée entre ses tribus et ses clans. En Iraq, la guerre civile continue avec des douzaines de morts chaque jour. Aux Etats-Unis, beaucoup établissent une analogie entre l’Iraq et la Syrie et se demandent pourquoi leur gouvernement voudrait répéter les erreurs du passé.

Quels que soient les objectifs et la sophistication des armes, on n’évitera pas les victimes civiles, y compris les vieillards et les enfants, que les frappes sont censées protéger.

Le monde réagit en se posant la question : si vous ne pouvez pas compter sur le droit international, il faut trouver d’autres moyens d’assurer sa propre sécurité. Ainsi, de plus en plus de pays cherchent à acquérir des armes de destruction massive. C’est logique : si vous avez la bombe atomique, personne ne vous attaquera. Il nous reste à faire des discours sur la nécessité de la non-prolifération quand en réalité, elle est grignotée.

Nous devons donc arrêter d’utiliser le langage de la force et revenir sur le chemin du règlement des problèmes de façon civilisée, diplomatique et politique.

Une nouvelle chance d’éviter l’action militaire est apparue ces derniers jours. Les Etats-Unis, la Russie et tous les membres de la communauté internationale doivent profiter de la volonté du gouvernement syrien de placer son arsenal chimique sous contrôle international à des fins de destruction subséquentes.

Jugeant des déclarations faites par le président Obama, les Etats-Unis voient cela comme une alternative à l’action militaire.

Je salue l’intérêt que montre le président à continuer le dialogue avec la Russie sur la Syrie. Nous devons travailler ensemble à maintenir cet espoir comme nous en sommes convenus au G8 de Lough Erne en Irlande du Nord en juin, et orienter la discussion à nouveau vers les négociations.

Si nous pouvons éviter la force contre la Syrie, cela va améliorer l’atmosphère des affaires internationales et renforcer la confiance mutuelle. Cela sera notre succès commun et ouvrira la porte à la coopération sur d’autres questions difficiles.

Mon travail et mes relations personnelles avec le président Obama est marqué par une confiance de plus en plus grande. J’apprécie. J’ai étudié scrupuleusement son discours à la nation de mardi. Et je suis en désaccord avec son insistance sur l’exception américaine, affirmant que la politique des Etats Unis est ce « qui fait l’Amérique différente. C’est ce qui fait de nous une exception ». C’est extrêmement dangereux d’encourager les gens à se considérer eux-mêmes comme exceptionnels, quelque soient les motifs. Il y a de grands et de petits pays, des riches et des pauvres, certains avec de longues traditions démocratiques et certains cherchant leur voie vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent aussi.

Nous sommes tous différents mais lorsque nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux.

(International Herald Tribune du 13 septembre 2013, traduit de l’anglais par Yvan Blot)

Navalny a obtenu plus que prévu?

Les médias français nous assènent que Navalny aurait obtenu plus que prévu, car celui ci était soi disant donné a entre 12 et 14% dans les sondages et aurait obtenu deux fois plus au final …

Vraiment? 🙂

En fait non!

Les sondages se basent sur des “sondés” en incluant des “contre tous” ou “je ne vote pas”, il est donc sans doute difficile d’obtenir des estimations de scores concrets de candidats en tenant compte des candidats…

Par contre on peut estimer le niveau réel de voix des candidats qui sont “surs” de leurs choix et en enlevant les abstentionnistes ou ceux décidés a voter blanc…

Super-Job a fait ce sondage sur 1.600 moscovites sur d’aller voter et de leur choix en Juillet2013 qui donnait déjà Navalny a … 26% et Sobianine a 62%… Cela confirme que les électeurs de Navalny se sont plus motivés et déplacés que les autres (son score étant reste stable par rapport a cette prévision) pendant que les électeurs de Sobianine eux ne se sont pas assez déplacés, sans doute car ils étaient trop certains de la victoire de leur candidat.

Безымянный

Quelques réflexions sur les résultats de l’élection municipale anticipée de Moscou

637275831625-869503863727.pngMoscou a donc voté et les résultats sont sans doute mi figue mi raisin, tant pour le Kremlin que pour l’équipe de campagne d’Alexeï Navalny.

Les résultats définitifs sont désormais connus, le maire actuel a remporté l’élection au premier tour avec 51,37% des voix, l’opposant blogueur Alexeï Navalny a lui récolté 27.24%, le candidat communiste 10,69%, le candidat de l’opposition libérale Iabloko 3,51% des voix, le candidat du parti nationaliste LDPR 2,86% et enfin le candidat du parti Russie Juste 2,79%.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ce scrutin.

Tout d’abord la très faible participation (32%) qui a fortement avantagé le candidat Navalny dont les électeurs, plus militants et motivés, se sont fortement mobilisés. Malgré l’enjeu et une excellente campagne de terrain, ce dernier n’a pour autant réussi à mobiliser que 630.000 électeurs, bien loin du réservoir de 868.000 voix que le Candidat Prokhorov avait obtenu à Moscou lors de l’élection présidentielle de 2012. Ce Ghetto quantitatif / électoral de l’opposition dite libérale reste stable a Moscou depuis 1999 si l’on pense par exemple aux 510.0000 voix de Serguey Kirienko (ex-Premier ministre) ou les quelques 500.000 voix d’Alexandre Lebedev en 2003.

Le pouvoir central peut lui savourer une nouvelle victoire au premier tour d’un de ses candidats mais cette fois il s’en est fallu de peu qu’un second tour ne soit nécessaire. Le maire élu aura donc peu mobilisé et obtenu dans la capitale 1.193.178 voix, à comparer aux 1.994.300 voix obtenu par Vladimir Poutine à l’élection présidentielle de 2012. Continue reading →

Quelques réflexions sur l’élection municipale anticipée de Moscou

193631258Le 8 septembre aura lieu l’élection municipale à Moscou. Il s’agit d’une élection de première importance pour la Russie tant sur le plan intérieur que pour l’image de la Russie à l’étranger.

Moscou, capitale politique et économique du pays, est entrée dans la difficile période de transition qui a suivi la période soviétique en étant gouvernée de 1992 à 2010 par le célèbre Iouri Loujkov, figure politique de la période Eltsinienne. Nommé par Boris Eltsine en 1992 suite à la démission du maire de l’époque dont il était l’adjoint, Iouri Loujkov sera élu en 1996 (95 % des suffrages) et réélu en 1999 (69,9 % des suffrages). A cette époque, beaucoup pensent que Iouri Loujkov, très proche du premier ministre de l’époque Evgueny Primakov, pourrait remplacer le président Eltsine, ce qui n’arrivera finalement pas. En 2003, il est encore réélu à la tête de Moscou avec 75 % des suffrages et il s’éloigne totalement de la vie politique fédérale pour se concentrer sur son royaume qu’est devenu la capitale Moscovite.

En 2004, le président russe Vladimir Poutine avait supprimé les élections aux postes de gouverneurs de région et les élections à la mairie de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour accentuer le contrôle de l’état, et donc la sécurité nationale. Pendant cette période le pays était visé par de nombreuses attaques terroristes que l’on pense par exemple aux deux avions détruits par des commandos suicides (à Toula et Rostov), aux attentats dans les stations de métro de Kashirskoe Shossee et Rijskaya à Moscou, aux attaques en Ingouchie, au terrible attentat de Beslan ou encore aux prises d’otages de Mineralnye Vody ou à l’assassinat du président Tchétchène, Kadyrov père. Continue reading →

La demographie russe, de janvier à juillet 2013

478487148Dans la foulée de 2012, 2013 sera visiblement une bonne année démographique pour la Russe.

Le mois de juillet 2013 a vu 181.907 naissances contre 170.949 pour juillet 2012 soit une hausse de 6,4%, et 158.721 décès contre 157.662 décès pour juillet 2012 soit une hausse de 0,7%. Pour ce seul mois la hausse naturelle de population atteint donc 23,186 personnes!

Depuis le début 2013, soit sur les 7 premiers mois de l’année, il y a eu :

– 1.085.081 naissances contre 1.076.688 pour la même période en 2012 soit une hausse de 0,8%.
– 1.114.747 décès contre 1.120.328 décès pour la même période en 2012, soit une baisse de 0,5%.

La baisse naturelle de population sur les 7 premiers mois de 2013 est donc de 29.666 habitants, contre une baisse de 43.640 habitants pour la même période en 2012. Continue reading →