De la doctrine de sécurité Russe au bloc euro-atlantique

2 articles à lire pour ce WE – Le premier sur alliance géostratégique concernant la doctrine de sécurité Russe, article que je vous incite à lire mais surtout à “diffuser” et par ailleurs écrit par Daniel, l’animateur du blog ‘zebra‘ – Le second sur la création “discrète” du Bloc Euro-Atlantique, un article publié sur Agoravox et qui est absolument effarant. Bonne lecture pour ce WE

La future guerre Américaine contre la Russie


« Aujourd’hui la situation est beaucoup plus sérieuse qu’avant août 2008. […] Si la guerre éclate à nouveau, elle ne se limitera pas au Caucase.

Dans ce nouveau contexte, la guerre de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud pourrait facilement devenir la guerre de l’OTAN contre la Russie. Il s’agirait d’une troisième guerre mondiale. » (Irina Kadzhaev, politologue sud-ossète, South Ossetia Information Agency, avril 2009)

Le 12 mai, James Mattis, Commandant suprême allié Transformation (SACT) et commandant du U.S. Joint Forces Command (Commandement de la force interarmées) a prononcé un discours à un symposium de trois jours appelé Joint Warfighting 09 à Norfolk en Virginie, où se trouve la Commandement allié Transformation (ACT) de l’OTAN. « Je viens avec un sentiment d’urgence. L’ennemi aussi tient des réunions dans le même esprit », a-t-il affirmé. Un compte-rendu de son discours ajoute que « toutes les options de frappe, y compris les frappes nucléaires, demeurent à la disposition du commandant en chef pour défendre la nation des cyberattaques. »

M. Chilton «a dit qu’il ne pouvait pas exclure la possibilité d’une salve militaire contre des pays comme la Chine, même si Pékin possède des armes nucléaires », bien que la première cible probable de présumées représailles à des cyberattaques, elles aussi présumées, serait un autre pays déjà identifié comme tel par des officiels militaires : la Russie.

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Tout de suite après, le secrétaire de la force aérienne, Michael W. Wynne, affirmait : « La Russie, notre puissant rival de la guerre froide, semble avoir été la première à s’engager dans la conduite de la guerre informatique. »

Récemment, le Pentagone a annoncé qu’il lançait ce qu’il appelle la « force guerrière numérique du futur » à Fort Meade au Maryland, sous le contrôle du U.S. Strategic Command, dont le chef cité plus tôt, Kevin Chilton, menace d’utiliser la force, y compris les armes nucléaires.

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La raison d’être de ce nouveau commandement de cyberguerre étatsunien repose sur une supposée menace russe émanant d’un incident non militaire survenu dans un pays balte il y a plus de deux ans. Ce commandement sera utilisé pour paralyser les systèmes informatiques de toute nation ciblée par un assaut militaire direct, la rendant ainsi sans défense, et sera particulièrement efficace dans le cadre de la planification des premières frappes provenant de l’espace et des guerres spatiales (boucliers antimissile, missiles intercepteurs).

Non vous ne rêvez pas : Source

Nouvelles disciplines pour simples soldats et tireurs d’élites …

… Ainsi titre cet article surprenant de “regards est”, article que je vous incite à lire et qui traite de la “culturologie, méthode de survie”.

Extraits :
Désormais enseignée obligatoirement dans tous les établissements d’enseignement supérieur d’État en Russie, la culturologie représente un mélange curieux de bribes d’anthropologie, de psychologie, de sociologie, d’une part, et, d’autre part, de théorie historique, de glorification du passé national et de la «pensée russe», avec, en surcroît, des préceptes de bon comportement – le tout présenté comme une approche théorique de la « culture » en général. Cette discipline ainsi privi-légiée reste, comme l’admet même l’un de ses adeptes, « une construction complètement éclectique faite d’éléments d’anthropologie sociale et culturelle occidentale, de sociologie de la culture wébe-rienne et sorokinienne, de typologies russes pré-révolutionnaires d’histoires et de cultures, des idées de ‘l’eurasisme’, des théories de civilisation spengléro-toynbéennes, des conceptions bio-ethniques de Gumilev, de la philosophie de ‘l’idée russe’ du temps de ‘l’Âge d’argent’, de philosophies soviétiques de la créativité et de l’activité, des conceptions de la culture des cla-ssiques de la littérature russe, des écoles mythologique et sémiotique dans les études littéraires en Russie, des approches semantico-herméneutiques dans l’étude de l’art etc.» Cet éclectisme n’est pas aussi absurde qu’il ne puisse paraître: en plus de rendre plus supportable un monde chaotique et en changement perpétuel en le divisant en «cultures» et «civilisations». Contrairement aux spécialistes français de géopolitique, il ne s’agit pas, pour les nouveaux géopoliticiens russes, d’étudier l’ensemble des influences et des contraintes qu’imposent à la vie politique les configurations géographiques. Ce sont les relations de pouvoir à l’échelle internationale, les théories de confrontation globale qui les intéressent; le langage qu’ils tiennent est celui des intérêts nationaux, des zones d’influence et des stratégies politiques internationales. La géographie de ces géopoliticiens, c’est toujours une géographie à grande échelle où les traits caractéristiques des différentes zones définissent des intérêts «légitimes» dans la lutte pour les ressources ou le territoire. Ce sont d’abord les doctrines belliqueuses de la première moitié du XXème siècle – de Halford Mackinder à Carl Schmitt – qui inspirent la nouvelle géopolitique. Les écrits des géopoliticiens allemands de l’époque hitlérienne étaient en effet accessibles dès l’époque soviétique à une petite nomenclatura de chercheurs, dans les fonds secrets de l’Institut d’information scientifique en sciences sociales à Moscou; agrémentés d’autres théories de domination mondiale de l’entre-deux-guerres, ils forment la base des conceptions «géopolitiques» élaborées au cours des années 1990 par des auteurs nationalistes et «pro-étatistes». La nouvelle science trouve sa légitimation dans l’essor de l’école «réaliste» américaine des relations internationales: les visions de suprématie américaine d’un Kissinger ou d’un Brzezinski trouvent une réponse dans les constructions souvent fantasmagoriques des géopoliticiens moscovites, qui théorisent un «monde multipolaire», voire un nouvel empire «eurasiatique» dirigé par la Russie. Ce qui est commun à toutes ces élaborations, c’est une vision du monde comme enjeu de forces agressives désirant élargir leurs sphères d’influence. Le Comité de géopolitique à la Douma, qui a existé de 1994 à 1999, avait été créé pour apaiser la fraction du LDPR (le parti de Vladimir Jirinovski) qui se l’est partagé avec un Parti communiste non moins nationaliste que les «libéraux-démocrates». Présidé par Alexeï Mitrofanov, ce comité fut pendant toute cette période un laboratoire d’idées militaristes et expansionnistes, mais aussi l’un des canaux privilégiés de contact avec les milieux d’extrême-droite étrangers. … à la conquête de l’Eurasie L’apogée de la géopolitique a lieu en 1997-1998, lorsque les tensions montent autour du conflit du Kosovo. Cette période voit la publication d’un ouvrage sur les « Fondements de la géopolitique»[1] par Alexandre Douguine, un intellectuel «néo-eurasiste» et adepte de la «révolution conservatrice», allié au début des années 1990 à Alain de Benoist, puis au «national-bolcheviste» Edouard Limonov dont il fut l’idéologue-en-chef pendant des années. Sous la forme d’un manuel universitaire, Douguine présente le plan de la conquête par la Russie et ses «alliés» d’une bonne partie du continent eurasiatique. L’ouvrage est publié avec le soutien (largement fictif) de l’état-major général de l’armée russe et consacre son auteur comme «expert» politiste. Les idées de Douguine sont reprises par Guennadi Ziouganov, le leader communiste, dans son ouvrage La géopolitique de la victoire, tiré à 100 000 exemplaires. La même année paraît la traduction russe de l’ouvrage de Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, un projet de «stabilisation» de l’espace eurasiatique destiné à servir les «intérêts nationaux» des Etats-Unis. Cette mode paraît désormais passée: le Comité de géopolitique n’existe plus à la Douma élue fin 1999, et la nouvelle politique étrangère de Vladimir Poutine paraît dominée par un discours de coopération internationale. Cependant, la géopolitique est désormais consacrée comme discipline universitaire, faisant partie du cursus standard de sciences politiques. De nombreux experts issus des grandes «boîtes à idées» de l’époque soviétique (comme l’Institut des Etats-Unis et du Canada de l’Académie des sciences) ont trouvé refuge dans le corps enseignant de cette matière. Même les experts, de plus en plus nombreux, favorables à une politique de coopération avec l’Europe occidentale, sont souvent obligés de se conformer au vocabulaire de la géopolitique. Comme la culturologie, la géopolitique essaie de trouver un nouveau langage pour appréhender un monde dont les vieilles certitudes ont disparu. Le système soviétique avait façonné une armée de producteurs de discours les nouvelles disciplines (la culturologie pour les simples soldats et la géopolitique pour les tireurs d’élite) leur permettent de se trouver une place dans les nouvelles réalités en conservant leur prestige social, tout en paraissant pratiquer des disciplines reconnues internationalement.
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Boris Prangov

Borislav Prangov est né le 26 avril, 1968 à Stara Zagora en Bulgarie, depuis 2001 vit et crée à Paris et depuis 2008 vit et crée en Ariège, Occitania. Artiste non confirmé et non diplômé Sa « candidature a été écartée » en 2008, pour une demande d’adhésion au CNFAP (Conseil National Français des Arts Plastiques) par le Comité National de l’AIAP auprès de l’UNESCO. Néanmoins l’artiste peint toujours, pour notre plus grand bonheur! Pour accéder à son site c’est ici

Toute agression fera l’objet d’une riposte digne de ce nom!

Nous sommes sûrs que toute agression contre nos citoyens fera l’objet d’une riposte digne de ce nom! “

“И мы уверены: любой агрессии против наших граждан будет дан достойный отпор! “

“We can thus be sure that any aggression against our people will be met with an adequate response!”

Dmitri Anatolievitch Medvdevev (09/05/2009)

Я помню! Я горжусь / Je suis fier, je me souviens !

DISSONANCE soutient l’action “Ruban de St Georges” pour ce 9 mai 2009 !

Nous célébrons de nouveau ensemble cette fête sacrée et chère à chacun de nous. C’est le peuple qui en a fait un événement vénéré aussi sincèrement et aussi profondément, et je suis convaincu que le sentiment de fierté et d’appartenance commune à ce grand exploit vivra toujours dans l’âme de notre peuple“. Dmitri Anatolievitch Medvedev
 
**** Action “Rubans de Saint Georges 2009 – Je me souviens, je suis fier !
L’action “Rubans de Saint Georges 2009” aura lieu dans toute l’Europe, du 7 au 9 mai. Cette célébration est apparue en 2005, pour l’anniversaire des 60 ans de la victoire et prend plus d’ampleur à chaque année.

Le symbole de ce ruban, qui symbolise le courage et la victoire, date en fait du 19ième siècle, lorsqu’il fut créé par Alexandre I comme une récompense au sein de l’armée pour le “courage intrépide“. Depuis lors ce ruban orange et noir à pris le nom de “ruban de Saint Georges“.
À la veille de la célébration du Jour de la Victoire les citoyens le mettent partout ou c’est possible, soit sur le revers des vêtements, sur leur sac à main ou encore l’antenne de voiture …
Le ruban témoigne du souvenir de l’héroïque passé, et du respect rendu à ceux qui sont tombés sur le champ de bataille durant la seconde guerre mondiale.
Depuis 2005, plus de 45 millions de rubans ont été distribués dans le monde entier. Parmi les pays étrangers les plus actifs on peut citer la Grèce (ou ont été distribués plus de 20.000 rubans), l’Ouzbékistan, l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, la République de Moldavie (Transnistrie), l’Islande, le Royaume-Uni, États-Unis, Chine, le Vietnam, l’Afghanistan et le Mexique.

En 2008, les rubans de Saint Georges ont été distribués dans plus de 30 pays à travers le monde.

Акция “Георгиевская ленточка-2009 – Я помню! Я горжусь!”

Акция “Георгиевская ленточка-2009” пройдет во всех странах Европы с 7 по 9 мая. “Георгиевская ленточка” появившаяся в 2005 году, в год 60-летия Победы, с каждым годом становится все масштабнее. Георгиевские цвета – символ доблести и Победы, восходят к началу XIX века, когда в 1807 году был был учреждён Знак Отличия Военного ордена Св. Георгия манифестом императора Александра I как награда нижних воинских чинов за «неустрашимую храбрость». Эта награда носилась на черно-оранжевой ленте, с тех пор называемой “георгиевской”. В канун празднования дня Победы и дни проведения акции каждый участник надевал себе на лацкан одежды, руку, сумку или антенну автомобиля «Георгиевскую ленточку» в знак памяти о героическом прошлом, выражая уважение к ветеранам, отдавая дань памяти павшим на поле боя, благодарность людям, отдавшим всё для фронта в годы Второй мировой войны. За четыре года проведения акции было распространено более 45 миллионов ленточек по всему миру. В числе стран ближнего и дальнего зарубежья, ставших наиболее активными участниками, – Греция, где было распространено более 20 тысяч ленточек, Украина, Узбекистан, Эстония, Латвия, Франция, Италия, Германия, Бельгия, Молдавия (Приднестровье), Исландия, Великобритания, США, Китай, Вьетнам, Афганистан, Мексика. Георгиевские ленточки в 2008 году распространялись в более чем 30 странах мира.

Notre fédération est eurasienne, notre emblème l’aigle à deux têtes

Reconnaître les aspirations communes du genre humain, ce n’est pas nier les cultures. La Fédération de Russie doit contester cette philosophie politique. Et nous sommes légitimes à proposer une cohabitation des identités.

Notre fédération est eurasienne.
Notre emblème est l’aigle à deux têtes. Depuis des siècles, nous sommes à la fois Européens et Asiatiques, Russes et Tatars, chrétiens et musulmans.
Nous sommes aujourd’hui majoritairement des Russes orthodoxes, mais aux temps médiévaux nous étions des Asiatiques convertis.
Ceci n’est pas une réponse dilatoire, mais une réalité indiscutée qui a formé notre identité.

Lorsque les Tatars et les Caucasiens nous défendirent, leurs chefs furent annoblis. Ils n’étaient pas traités comme des colonisés, mais étaient les égaux des aristocrates russes. Ils avaient même des serfs russes. Les Anglo-Saxons n’ont jamais été capables de concevoir cela. Vous imaginez des Lords indiens avec des domestiques anglais ?

Sources

Poutine, Kasparov et la crise ?

Lu sur le moscow times du jeudi 23 avril 2009 concernant les distributions de nourriture par les églises de Moscou aux laissés pour compte de la crise :
I’ve been coming here to get a meal for the past six months, since I lost my job and documents,” said Albert Isanchugin, a 42-year-old ethnic Tartar waiting patiently in line on a recent Wednesday afternoon.
Isanchugin used to make fireplaces, but when the crisis swept over the country six months ago, his employer disappeared with all his documents and his salary. He said he has not been able to find new work because of his lack of documents and the scarcity of jobs during the crisis. He said he didn’t even have enough money for a train ticket to return home to his wife and four children in Orenburg, a Urals city about 1,450 kilometers southeast of Moscow.
Moscow police have refused to help him, he said. In desperation, he recently walked into the office of national ombudsman Vladimir Lukin to ask for help. “I went to Lukin’s office. They told me he was away,” Isanchugin said. “But I just saw him entering the office!
My son will have his birthday soon. I’m very ashamed I can’t buy him a present. I can’t even buy cigarettes,” he said.

Isanchugin said he would never return to Moscow if he managed to make his way home. “Pick out anyone from this crowd — every other person has a story similar to mine,” he said.

A man standing beside him dolefully nodded his head in silent agreement.

Some people in line spoke of how politicians had once helped them but said they couldn’t rely on them any more. “Kasparov’s people used to pay us to rally, 500 rubles per demonstration, but even they are not inviting us anymore,” said one man standing in line who refused to give his name, referring to chess champion turned opposition leader Garry Kasparov.

Isanchugin said things would be different if Prime Minister Vladimir Putin were still president because President Dmitry Medvedev is “too feeble.”

Alain de Benoist en 14 points

Alain de Benoist est un des plus grands intellectuels Francais, également co-fondateur du GRECE (le principal vecteur du courant Nouvelle Droite). Observateur lucide et éclairé, celui ci a accepté de répondre aux questions de Alexandre Latsa, pour DISSONANCE.


1) Alain de Benoist bonjour, et merci d’accepter de répondre aux questions de DISSONANCE, pourriez vous synthétiser votre parcours très varié au sein de la scène intellectuelle et philosophique Francaise ? 
On ne résume pas en quelques lignes un itinéraire intellectuel d’un demi-siècle. Je suis écrivain, journaliste, philosophe aussi. J’ai beaucoup publié, en France comme à l’étranger. Je dirige également deux revues que j’ai créées, l’une (Nouvelle Ecole) en 1968, l’autre (Krisis) en 1988. Mes domaines de prédilection sont l’histoire des idées et la philosophie politique. Je n’appartiens à aucun parti ou mouvement politique, et ne souhaite appartenir à aucun. Dans l’époque de transition qui constitue notre actuel horizon, j’essaie de tenir le mieux possible le rôle que tout intellectuel digne de ce nom devrait s’assigner : mieux comprendre et faire comprendre le monde où nous vivons. 


2) Quelle est votre vision de la scène politique francaise actuelle, Thierry Meyssan disait récemment dans une interview que “Sarkosy n’était ni de droite, ni de gauche mais voulait faire comme les Yankees“. Pensez vous que l’avenir politique des sociales démocraties Européennes soit sur le modèle Américain à savoir “deux candidats élus par des primaires (illusion de démocratie) et qui au global défendent les mêmes idées” ? 
Que les candidats qui se présentent aux élections soient ou non désignés d’abord dans des « primaires » est à mon avis un détail complètement sans intérêt. La scène politique française actuelle, comme la plupart des scènes politiques occidentales, est une scène pré-codée. Cela signifie que seuls ont la possibilité d’accéder au pouvoir ceux dont on sait par avance qu’ils n’ont nullement l’intention de changer (ou de tenter de changer) les fondements d’une société aujourd’hui dominée de part en part par l’idéologie de la marchandise. De ce point de vue, il n’y a plus aujourd’hui d’alternative. L’alternative a été remplacée par l’alternance, avec pour conséquence une déception permanente des masses populaires, une crise généralisée de la représentation et un fossé qui ne cesse de se creuser entre le peuple et la Nouvelle Classe politico-médiatique.



3) Vous avez une bonne connaissance politique, je voudrais soulever le point des extrêmes dans notre pays : on a souvent l’impression que le FN n’était qu’une bouée (pour une grande majorité d’électeurs frustrés) qui faisait tout le temps “le grand écart” (absence de programme économique claire, prises de positions géopolitiques contradictoires, incapacités de bien gérer des mairies etc etc..) mais maintenu soudé et en position de force par son président, Jean Marie Le Pen. Alors que de nouvelles lignes politiques se dessinent à l’intérieur de même de cette mouvance nationale (Soral qui joue sur un souverainisme beu blanc rouge et sur l’anti-sionisme, ou les identitaires bien au contraire anti jacobins et régio-européens) … Comment envisagez vous l’après Le Pen ?
L’extrême gauche également semble en reformation, après l’effondrement du PC et la non percée des LCR, PT et LO et la naissance du NRA sponsorisé par Drucker … On dirait que cette mouvance est totalement incapable d’emprunter le boulevard qui pourtant s’offre à elle (précarisation sociale, la crise financière etc etc). Est ce que ces deux “non évenements” ne seraient pas liés et finalement une “preuve” de l’absence totale d’opposition au “système” (les partis libéraux de l’établissement) ? 

Le Front national a obtenu certains succès dans le passé grâce à l’addition de deux électorats assez différents : un électorat populaire, principalement ouvrier, et un électorat provenant des couches moyennes et inférieurs des classes moyennes et de la petite-bourgeoisie. Ce deuxième électorat l’a abandonné lors de l’élection présidentielle de 2007 pour se rallier à Nicolas Sarkozy. Il est aujourd’hui déçu, mais cela ne le pousse pas à revenir au FN. Ce dernier, de son côté, n’a jamais tiré la leçon de son succès auprès des classes populaires. Les ouvriers sont remarquablement absents de ses instances dirigeantes. L’usure du parti, sa banalisation dans le paysage politique, l’âge de son chef, ses divisions incessantes, expliquent sa stagnation actuelle. L’après-Le Pen a toutes chances de voir le FN se couper définitivement en deux, avant d’être de plus en plus marginalisé.

L’extrême gauche bénéficie, dans un contexte de crise sociale aggravée, de l’espace que lui ont ouvert le ralliement du parti socialiste à la société de marché et la social-démocratisation du PC, qui n’est plus aujourd’hui qu’un fantôme. Même dans ce contexte, pourtant, elle ne marque pas autant de points qu’elle le devrait. La raison principale en est que le peuple ne se reconnaît pas dans ses prises de position. La gauche radicale, en particulier, se garde bien de reprocher au patronat de faire des immigrés un armée de réserve du capital, permettant de peser à la baisse sur les salaires des autochtones. C’est la raison pour laquelle Olivier Besancenot, pour ne citer que lui, connaît un succès médiatique qui ne se vérifie pas dans les urnes. Le pouvoir place utilise par ailleurs Besancenot et ses amis pour diviser la gauche, de la même façon que François Mitterrand avait utilisé le Front national pour diviser la droite. On en revient donc toujours au même constat : le peuple ne dispose aujourd’hui d’aucun parti dans lequel il puisse se reconnaître. 
 
4) Nous parlions de la gauche et de la droite radicale, qui empruntent souvent à la réthorique anti-européenne ou souverainiste. Ce mot à t’il un sens à l’heure de la mondialisation ? La France a t’elle une chance de survivre (démographiquement, culturellement, économiquement) sans l’Europe ? Quelle est l’avenir des nations Européenne d’après vous ? 
Les souverainistes sont des gens très sympathiques, dont je partage certaines positions (vis-à-vis des Etats-Unis d’Amérique ou de la bureaucratie bruxelloise, par exemple), mais ils n’ont pas encore saisi que nous avons changé d’époque. L’Etat-nation, qui avait été la forme politique privilégiée à l’époque de la modernité, est entré désormais dans une crise irréversible. Il est aujourd’hui dépassé par le haut (par la montée des emprises planétaires) comme par le bas (par l’émergence des réseaux et de communautés, le localisme, les exigences quotidiennes des citoyens). L’avenir n’est plus aux Etats nationaux, mais aux grands ensembles continentaux, aux creusets de culture et de civilisation, seuls capables de réguler la mondialisation et de constituer des pôles actifs dans un monde multipolaire. 
 
5) Nous assistons aujourd’hui dans le monde à une sorte de renaissance de grands espaces en Asie (Chine, Inde), dans le monde musulman (Turquie, union panafricaine ..), en Eurasie (Russie ..), en Amerique du sud (Brésil, Vénézuela ..). Le corrollaire de cette renaissance est l’affaiblissement de l’empire Américain. Comment imaginez vous la suite des évenements (dans la prochaine décennie ?). Pensez vous comme certains qu’il y ait un risque de fuite en avant (guerres déclenchées) ou au contraire que nous ne soyions qu’au début d’un processus quasi inévitable : le monde multipolaire (chaotique ou pas ?). 
La grande question est en effet de savoir aujourd’hui si nous nous dirigeons vers un monde unipolaire, qui serait dominé par l’hyperpuissance américaine, ou vers un monde multipolaire, un pluri-versum, articulé, comme je viens de le dire, autour de quelques grands blocs de civilisation. Je crois pour ma part que nous nous dirigeons, fort heureusement, vers un monde multipolaire où les pays émergents, comme l’Inde, la Chine et le Brésil, joueront un rôle de plus en plus important. Un tel monde sera nécessairement instable, car aucun ordre général des choses – aucun « Nomos de la Terre » – ne reste jamais figé. Les lois de la géopolitique déterminent très bien les lignes de fracture et les enjeux. Le grand affrontement est celui qui oppose, structurellement pourrait-on dire, la puissance des Mers (les Etats-Unis) et la puissance de la Terre (le continent eurasiatique). Dans une telle perspective, la Russie joue un rôle tout particulier, car elle correspond à ce que les géopoliticiens appellent le Heartland, c’est-à-dire le cœur même du continent eurasiatique.
 
6) Paradoxalement à cette renaissance des espaces, l’europe semble incapable d’unité politique, tant les dissensions semblent fortes entre ce que Alexandre Douguine décrivait dans ce blog comme une opposition entre la “vieille Europe” (continentale ?) et la “nouvelle Europe” (atlantiste ?). Comment l’expliquez vous ?
L’impuissance de l’Union européenne ne s’explique pas seulement par l’opposition que vous décrivez, même si celle-ci est bien réelle. Partisan de la construction européenne, je n’en constate pas moins que l’Europe, depuis le début, s’est bâtie en dépit du bon sens. Elle a donné d’emblée la priorité au commerce et à la finance au lieu de la donner à la politique et à la culture. Elle s’est édifiée sans légitimité démocratique – sans que les peuples soient consultés – et à partir du haut (la Commission de Bruxelles, qui s’est autoproclamée omnicompétente) au lieu de se bâtir à partir du bas, dans le respect du principe de subsidiarité (ou de compétence suffisante). Au lieu de chercher à approfondir ses structures politiques, elle a préféré s’élargir hâtivement et inconsidérément à des pays qui n’étaient soucieux que de bénéficier des largesses monétaires de l’Union et de se placer sous le parapluie américain en adhérant à l’OTAN. Enfin, elle n’a jamais clairement posé la question de ses finalités. S’agit-il de faire de l’Europe un grand marché aux frontières floues, appelé à s’intégrer dans une vaste zone de libre-échange euratlantique, ou au contraire de bâtir une Europe-puissance véritablement autonome, dont les frontières seraient strictement déterminées par la géopolitique ? Il est évident que ces deux finalités sont totalement opposées. 
 
7) Des voix se font entendre (mouvances d’extrême gauche, divers intellectuels Gaullistes ..) pour que la France intègre l’organisation de la coopération de Shanghai. Vous qui avez vivement critiqué le retour de la France dans le commandement armé de l’OTAN, quelle est votre opinion à ce sujet ? 
Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur ce point. L’OTAN était une organisation défensive créée dans le contexte de la guerre froide. N’ayant plus de raison d’être après l’effondrement du système soviétique, elle aurait du disparaître en même temps que le Pacte de Varsovie. Au lieu de cela, cette organisation totalement contrôlée par les Etats-Unis s’est redéployée comme une sorte de club occidental américanocentré, ayant vocation à intervenir n’importe où dans le monde. Dans un pareil contexte, la décision de la France de réintégrer les structures intégrées de l’OTAN, d’où le général de Gaulle l’avait fait sortir en 1966, est plus qu’une faute : c’est à la fois une trahison ou un crime. De ce fait, en tout cas, sa participation à l’Organisation de la coopération de Shanghai n’est plus rien qu’une hypothèse d’école. La question, en outre, est de savoir si le groupe de Shanghai a une vocation purement régionale ou plus vaste. Mon souhait serait plutôt de voir se constituer, dans un premier temps tout au moins, une organisation européenne de la défense digne de ce nom et qui serait entièrement indépendante de l’OTAN. Mais pour l’instant, ce ne peut être qu’un vœu pieux. 
 
8) A l’heure de la crise financière, tout le monde s’accorde à dire que “peut être” que la globalisation libérale à “échoué”, et que le modèle Occidental pour l’humanité n’est peut être pas le “meilleur”. D’après vous “d’ou” viendront les nouveaux modèles civilisationnels, philosophiques et économiques ? 
La crise financière mondiale déclenchée aux Etats-Unis à l’automne 2008 a sans doute ouvert les yeux d’un certain nombre. Mais cette crise, qui est loin d’être terminée, ne suffira probablement pas à faire émerger un système alternatif. Les nouveaux modèles apparaîtront lorsque le système actuel sera véritablement à bout de souffle, sans que l’on puisse savoir quelles formes spécifiques ils revêtiront. Même si les choses peuvent aller assez vite, il y a encore beaucoup à faire pour « décoloniser » les esprits, tant nos contemporains ont pris l’habitude de vivre dans le système de la marchandise, gouverné par la dialectique de l’avoir. Toute la modernité a été portée par l’idéologie du progrès, les réserves naturelles ayant été considérées comme à la fois gratuites et inépuisables, alors qu’elles n’étaient ni l’un l’autre. La vérité est qu’une croissance matérielle infinie est impossible dans un monde fini. Lorsqu’on s’en apercevra pleinement, on commencera peut-être à sortir de l’obsession économique et de cette idéologie utilitariste qui a été l’un des principaux corollaires de l’universalisme occidental (lequel, comme tout universalisme, n’est jamais qu’un paravent de l’ethnocentrisme). 
 
9) Vous êtes très présent sur la scène géopolitique et notamment auprès du mouvement Eurasien de Alexandre DOUGUINE dont le programme politique généralement peu connu est détaillé sur ce blog. Celui ci est assez élogieux à votre égard. Pouvez nous nous en parler ? Qu’est ce que vous pensez que l’Eurasisme puisse apporter à l’Europe et à la France ? 
J’éprouve de l’amitié et de l’admiration pour Alexandre Douguine, pour sa culture, son courage, sa capacité de travail, l’ampleur de son œuvre et la grande continuité de ses efforts. On lui doit d’avoir actualisé la pensée des premiers Eurasistes et d’avoir montré l’actualité de cette pensée aujourd’hui. Il a su aussi mettre en rapport, pour en faire une synthèse suggestive, des acquis idéologiques parfois différents. Il a donné à la géopolitique une dimension spirituelle qui lui manquait. Je suis son travail avec beaucoup d’attention. Quant à l’eurasisme, il peut apporter beaucoup, non seulement à l’Europe et à la France, mais aussi aux habitants des autres continents, si l’on considère qu’au-delà de la seule Eurasie géographique, il permet d’envisager un nouveau « Nomos de la terre » ordonné à l’idée de diversité, d’autonomie des peuples, de démocratie participative et de primat des valeurs non marchandes. 
 

10)
Pour les Français et les Européens, les grandes inquiétudes du futur sont le plausible leadership économique Chinois et l’explosion démographique des populations musulmanes, notamment à l’intérieur de l’Europe. Comment estimez vous compatible / incompatible ces deux éléments ?
La Chine est de toute évidence appelée à jouer un rôle de premier plan au XXIe siècle, mais il est encore trop tôt pour dire qu’elle exercera un véritable « leadership économique ». La Chine inscrit traditionnellement son action dans la longue durée. Son modèle n’est pas exempt de contradictions, et elle doit aussi faire face à de nombreuses difficultés intérieures (ne serait-ce que la disparité de ses régions et de ses milieux sociaux). Sur le plan géostratégique, je souhaite la voir s’associer au continent eurasiatique, mais je n’ignore pas sa tendance naturelle à l’autocentrage. Vis-à-vis des Etats-Unis, par ailleurs, elle semble aujourd’hui hésiter entre plusieurs attitudes possibles. Quant à l’explosion démographique des populations musulmanes, c’est un fait réel, mais qu’il ne faut pas non plus surévaluer. En Europe, au bout d’une ou deux générations, les immigrés adoptent les comportements démographiques locaux. A l’exception de l’Afrique noire et de la zone indo-pakistanaise, la croissance démographique se ralentit d’ailleurs un peu partout. Le vrai problème tient plutôt à la dénatalité des pays européens, qui crée un appel d’air et se traduit par un vieillissement de la population. 

11)
Vous avez longtemps été un des fers de lance du GRECE, qu’en est il aujourd’hui ? 
Le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE) est une association culturelle créée en 1969. J’ai participé régulièrement à ses activités, mais n’y ai jamais occupé de rôle dirigeant. Cette association continue aujourd’hui son travail, en liaison avec de nombreux universitaires et intellectuels européens. 
 
12) Question science fiction 🙂 : comment imaginez vous l’avenir du continent (europe et russie) en .. disons 2020 ? 
Je ne fait pas métier de prédire l’avenir, et je n’ai aucune imagination pour savoir où en seront l’Europe et la Russie en 2020. L’histoire est toujours ouverte, ce qui ne signifie d’ailleurs pas que tout est toujours possible. Bien entendu, il est toujours possible de faire des scénarios, mais la difficulté commence lorsque l’on veut leur attribuer un coefficient de probabilité. 
 
13) Le 24 mars dernier, c’était l’anniversaire des bombardements de 1999 sur la Serbie. Depuis 1 an, le Kosovo “serait” un état indépendant… Que vous inspire ces évènements et d’après vous quel est l’avenir du Kosovo ?
L’anniversaire des bombardements de 1999 sur la Serbie éveille en moi le souvenir d’une grande colère et d’une affreuse humiliation. Colère devant le déluge de contre-vérités et de mensonges diffamatoires qui ont alors déferlé dans les médias occidentaux contre le peuple serbe, humiliation d’avoir assisté au premier bombardement d’une capitale européenne par les Américains depuis la fin de la dernière guerre mondiale. L’Europe s’est à cette occasion révélée dans sa triste vérité : impuissante, quasi paralysée, n’ayant aucune conscience des enjeux globaux, objet de l’histoire des autres à défaut d’être le sujet de sa propre histoire. Quant au Kosovo, j’observe que sa proclamation d’indépendance a été soutenue par les mêmes puissances qui se sont refusées à reconnaître celle de l’Abkhazie ou de l’Ossétie du Sud : la Géorgie a eu droit au respect de son « intégrité territoriale », alors que la Serbie n’y a pas eu droit. Cela donne la pleine mesure de la logique qui prévaut aujourd’hui dans les rapports internationaux. Pour l’heure, le Kosovo me paraît être le premier Etat mafieux de l’histoire. Je doute que son avenir soit particulièrement brillant. 
 

14)
Pourriez vous conseiller 5 ouvrages clefs a lire, 5 sites / blogs a consulter ?
Je ne suis pas assez familier de l’univers des blogs pour recommander ceux qui seraient les meilleurs. Je me sens tout aussi incapables d’énumérer « cinq ouvrages-clés à lire ». Des ouvrages-clés, il y en a au moins plusieurs centaines ! Je recommanderai seulement de lire les ouvrages qui aident à comprendre le moment historique que nous vivons, et d’autre part les grands classiques de la pensée politique et géopolitique dont les enseignements peuvent encore valoir aujourd’hui, de Machiavel, Hobbes et Rousseau jusqu’à Max Weber et Carl Schmitt. Enfin, sans doute par inclinaison personnelle, je dirais que toute intelligence des choses suppose un minimum de connaissance philosophique. Heidegger, pour ne citer que lui, a joué dans ma formation un rôle qui n’a pas encore été dépassé.
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