



Pour la sociologue française Françoise Picq, le mouvement d’émancipation des femmes en Europe trouve son origine dans la lutte des classes, et dans une volonté de contrecarrer l’influence du féminisme petit bourgeois sur les femmes du peuple. Pour cette raison sans doute, le concept d’une journée de la femme est né en 1910 à Copenhague, lors de la deuxième conférence de l’Internationale socialiste des femmes. L’idée d’une telle journée est adoptée, sur une proposition de Clara Zetkin, représentante du Parti socialiste Allemand.
Cette idée s’inscrivait alors dans une perspective socialiste, internationaliste et révolutionnaire. En Russie, dès 1913, les femmes russes ont commencé à célébrer leur première Journée internationale de l’ouvrière et ce en organisant par exemple des rassemblements clandestins. C’est seulement quatre ans plus tard, le 8 mars 1917 (selon le calendrier Julien qui n’était pas encore en vigueur) que commence en Russie la contestation sociale à laquelle les femmes participeront activement. A Saint-Pétersbourg (Petrograd à l’époque) elles manifesteront aux cris de: “du pain, de la chaleur“, traduisant leur souhait de voir leurs maris revenir du front mais aussi leur contestation face à la misère et à la hausse du prix du pain. Ces émeutes de la faim sont une étape importante de la révolution bolchevique et contribueront à l’écroulement du régime impérial russe, en moins d’une semaine.
Dès 1919, le statut de la femme soviétique sera matérialisé dans un “Code de la famille“ qui prône l’émancipation des femmes par le “travail et la maternité“ et qui garantit un grand nombre de droits nouveaux, notamment pour les femmes, comme l’accès aux soins et au marché du travail, ainsi que des aides à l’éducation et à la garde des enfants. Plus tard, en 1921, Lénine déclare que le 8 mars sera la “Journée internationale des femmes”. Lénine rappelle à cette occasion que l’égalité homme/femme est une condition nécessaire à l’avènement d’une société nouvelle. En Russie, l’avortement avait été légalisé en 1917, et les femmes ont eu le droit de vote en 1918. A titre de comparaison, les femmes françaises n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944, le droit à l’avortement en 1975 et ce n’est qu’en 1982 que la journée de la femme sera officiellement décrétée dans l’hexagone.
A l’époque de l’URSS, les femmes seront régulièrement mentionnées et mises en valeur par la propagande d’état. Elles seront d’ailleurs appelées à lutter contre le fascisme durant le second conflit mondial, confirmant leur rôle de citoyennes à l’égal des hommes, puisqu’elles sont aptes à défendre le pays en prenant les armes. Durant ce conflit meurtrier près de 800.000 femmes ont fait partie des troupes combattantes (médecins, infirmières, pilotes d’avion de bombardement ou snipers au front) et beaucoup d’entre elles ont été faites héroïnes de l’Union Soviétique. Pendant cette période, la phraséologie de l’idéologie communiste mythifie le rôle de la femme. Elle est associée à toutes les facettes de la société en marche. Elle est mise en valeur par des textes, des images, par des films ou des monuments qui la montrent tour à tour ouvrière, paysanne, mère ou héroïne.
A la fin de l’URSS, en 1991, l’Institut allemand de la jeunesse coordonne une enquête sociologique sur la condition de la femme notamment en Russie. Il en ressort que en 1991, les femmes “représentaient 53 % de la population active et prédominaient parmi les spécialistes ayant une instruction secondaire ou supérieure”. Egalement, il ressort de cette étude qu’une “majorité écrasante de femmes russes s’est orientée vers une combinaison de leurs rôles familial et professionnel, mais que seule une infime minorité d’entre elles a pensé à une véritable carrière professionnelle”. Ce cumul des rôles est l’une des manifestations de la place qu’à la femme comme pilier de la société en Russie. L’effondrement de l’URSS et l’anarchie qui s’installera entraineront un renouveau provisoire du féminisme politique et revendicatif en Russie. Aux élections législatives de 1993, un mouvement politique des femmes de Russie obtiendra même 8% des voix, mais le phénomène ne durera pas car l’émancipation des femmes est il est vrai déjà totale et dès la fin du chaos libéral des années 90, l’état est revenu à sa conception de la femme en tant que mère, pilier de la famille et de la société. C’est tout le sens des mesures prises par le pouvoir russe dans les années 2000, pour relancer une natalité en chute libre.
La journée de la femme en Russie, le 8 mars n’a donc rien d’une journée de revendications, c’est au contraire une fête. L’atmosphère de la journée est toute en fleurs et charme, les hommes offrant des bouquets et des cadeaux aux représentantes de la gent féminine. Illustration de l’ambiance: les femmes qui travaillent au ministère de la défense (elles sont près de 40.000) ont cette année organisé un concours de beauté à l’occasion de cette journée, histoire de rappeler qu’elles sont avant tout des femmes. Car comme l’a dit le premier ministre russe l’année dernière à l’occasion de la journée de la femme: “nous estimerons toujours dans la femme ce qui fait qu’elle est unique: sa douceur, son élégance et son charme“.
Le 17 févier 2011, le Monde publiait un article de Marie Jégo intitulé “il est temps de se tirer” et qui sous entendait que le tout Moscou se demandait à quand une révolution de Jasmin en Russie. L’initiateur de ces propos serait d’après madame Jégo l’intellectuel Igor Iourgens, l’une des éminences libérales du cercle Medvedev, dans une interview donnée à Bloomberg. Celui ci affirmait que si Poutine “osait” se représenter, il risquerait de déclencher une révolution et de terminer comme Moubarak, car les gens “en auraient marre de voir la même tête“. Ces propos font corps avec ceux de l’opposant malheureux Boris Nemtsov, qui récemment dans une interview donné à Vincent Jauvert qui affirmait lui que “Poutine finirait comme Ben-Ali“.
Ce ne sont pas les caractéristiques de la Russie d’aujourd’hui. L’amélioration de la situation en Russie sur la dernière décennie laisse objectivement peu de place à une révolution de ce type. La Russie est maintenant la 9ème économie mondiale et elle est au 6ième rang mondial pour le PIB à parité de pouvoir d’achat. La croissance économique est soutenue, l’endettement public est très faible, les réserves de change sont importantes, le rouble est stable et le niveau de vie de la population augmente régulièrement. Le pays se réindustrialise progressivement et retrouve son statut de grande puissance. Manifestement, les conditions ne sont pas du tout réunies pour une quelconque révolution sociale.
Оригинальная статья была опубликована в РИА Новости
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Я говорю не о пенсионерах, которые в первую очередь думают о комфортной жизни в странах солнечных и дешевых, жарких и недорогих, вроде Марокко, а о молодых выпускниках, для которых эмиграция целесообразна экономически, профессионально.Финансовый кризис 2008 года глубоко изменил ситуацию. Англия и Ирландия потеряли свою привлекательность, США находятся в экономическом и социальном кризисе, и все больше французов отваживаются отправиться в менее традиционные регионы, но с реальными экономическими возможностями, например, в Бразилию, Китай или же в Россию. Это знак веры в будущее страны, а французские компании, входящие в сводный биржевой индекс CAC 40, одна за другой открывают свои представительства в России. Тем не менее, даже если французское присутствие в России растет, оно остается относительно слабым по сравнению с другими европейскими странами, например, Германией. Судить об этом можно по числу компаний, представленных в России: около 600 французских и 6.000 немецких. Есть логика в этом сильном экономическом притяжении, которое выражается в цифрах иммиграции, и которое наглядно демонстрирует растущее влияние России, являющейся также единственной европейской страной группы БРИК в евразийском регионе.
Россия действительно является второй страной после Соединенных Штатов по количеству прибывающих иностранцев. В 2010 году в России насчитывалось 12 миллионов иностранцев при населении в 142 миллиона человек. Хотя гастарбайтеры из Центральной Азии (дешевая рабочая сила) представляют собой основную часть этих мигрантов, но согласно AEB (Ассоциация Европейского Бизнеса) около 500.000 выходцев из ЕС проживают или работают в России, по меньшей мере, время от времени.Теперь все меньше вновь приезжающих из Западной Европы для работы в компаниях, но все больше тех, кто приезжает в Россию индивидуально на короткий период, будь то стажировка или же студенческий обмен. Некоторые предпочитают остаться, чтобы найти работу, даже начать новую жизнь. С профессиональной точки зрения, высокие темпы роста и динамизм внутреннего рынка России являются золотой жилой для иностранных фирм, и это экономическое здоровье страны позволяет работающим более легко найти возможности для применения своих способностей, чем во многих странах Западной Европы.
Тем не менее, Россия пока не является направлением, о котором мечтают, она действительно не самая простая страна для эмиграции, даже для молодых специалистов. Трудности русского языка, суровый климат (если думать о европейской части России и, следовательно, об экономических центрах, какими являются Москва и Санкт-Петербург) и особенно многочисленные административные трудности (визы, различные запросы…) не облегчают задачу. Кроме того, полное незнание большинством, например, французов этой страны и темный образ, созданный ей нашими СМИ, перебивают всякое желание поехать туда поработать, не говоря уже о переезде.
Несмотря ни на что, я встретил в Москве многих французов, которые тоже выбрали Россию, одни недавно, другие десять и даже больше лет назад. В разговорах о жизни в России, суровом климате или трудностях русского языка, я удивлялся, часто слыша одну и ту же фразу: «Я не хочу возвращаться». Правда, что мои первые впечатления, личные, также были весьма позитивными. В России нет таких повторяющихся забастовок, которые мешают нормально жить и путешествовать. В городах магазины, бары, рестораны часто открыты 24/24, что дает важное ощущение свободы. Страна действительно мультикультурная и многоконфессиональная, но здесь, в отличие от западных обществ, этническая, религиозная и социальная напряженность ощущается очень слабо и не отравляет повседневную жизнь как, например, во Франции. В Москве можно почувствовать энергию, которая переполняет город, и жизненную силу людей на улицах, в метро, в магазинах. Есть в этом городе что-то яркое, позитивное и привлекательное.
Ощущение жизни в стране, где впечатление упадка (повсеместное во Франции) не чувствуется, очень приятно, это нужно признать. Я думаю, что это один из ключей к пониманию того притяжения, которое Россия вызывает у иностранцев. В России чувство «это возможно» по-прежнему существует, в то время как оно, кажется, исчезло во многих других странах. Россия, Far-Est XXI века, станет ли она таким же Эльдорадо для европейцев, каким были Соединенные Штаты на протяжении прошлого века? Трудно предсказать будущее, но если два десятилетия назад европейцы мигрировали с востока на запад, то сегодня не исключено, что мы присутствуем при начале обратного движения, с запада на восток, к огромным пространствам за Уралом.
Это движение должно, по моему мнению, значительно ускориться в следующем десятилетии, учитывая сильные экономические прогнозы для Евразии (Россия, Белоруссия и Казахстан, три страны нового таможенного союза) и относительно слабые для Западной Европы. Согласно данным МВФ, Россия по паритету покупательной способности ВВП находится впереди Франции и сразу после Германии. Что касается меня, как евразийского француза, это решено давно, я остаюсь жить в России!
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Lorsque j’ai décidé d’émigrer en Russie, les nombreux français de ma génération tentés par l’expatriation pensaient en général à des destinations plus classiques, comme le Canada francophone, l’Angleterre et l’Irlande, alors en plein boom économique, ou encore l’Australie et surtout les USA, parce qu’on pense toujours qu’en Amérique, tout est possible. Bien sur, la situation n’est pas encore catastrophique en France mais nous sommes nombreux à pressentir qu’il n’y aura pas d’améliorations dans les années à venir. Je fais partie d’une génération de Français dont un très grand nombre c’est vrai est parti s’installer à l’étranger. Je ne parle la pas des retraités qui pensent avant tout à leur confort de vie et à partir dans des régions ensoleillées et bon marché, chaudes et peu chères, comme le Maroc par exemple, mais des jeunes diplômés, dont l’émigration est à finalité économique, professionnelle.
La crise financière de 2008 a cependant modifié les choses en profondeur. L’Angleterre et l’Irlande ont perdu leur attractivité, les USA sont en pleine crise économique et sociale, et les Français sont de plus en plus nombreux à s’aventurer dans des régions moins habituelles, mais présentant de réelles opportunités économiques, que ce soit par exemple le Brésil, la Chine ou encore la Russie. C’est un signe de confiance dans l’avenir du pays et les sociétés françaises du CAC 40 s’installent les unes après l’autre en Russie. Pourtant, même si la présence française en Russie augmente, elle reste encore relativement faible par rapport à d’autres pays Européens comme l’Allemagne. Que l’on en juge par le nombre de sociétés présentes, en Russie: environ 600 pour la France et 6.000 pour l’Allemagne. Il y a une logique à ce fort attrait économique qui se traduit dans les chiffres d’immigration et qui démontre bien l’influence croissante de la Russie, par ailleurs seul pays européen du groupe BRIC, dans la région Eurasie. La Russie est en effet le second pays au monde accueillant le plus grand nombre d’étrangers juste après les Etats-Unis.
En 2010, il était estimé que la Russie comptait 12 millions d’étrangers sur une population de 142 millions d’habitants. Bien sur les gaustarbeiters d’Asie centrale (main d’œuvre à faible coût) représentent le gros de ces migrants, mais selon l’AEB (l’Association of European Business) près de 500.000 ressortissants de l’Union Européenne vivent ou travaillent en Russie, tout du moins occasionnellement.
Désormais les nouveaux arrivants d’Europe de l’ouest sont de moins en moins nombreux à arriver mutés au sein d’une société, mais plus nombreux à venir en Russie individuellement pour une courte période, que ce soit un stage ou un échange étudiant. Certains choisissent de rester pour chercher du travail, voire commencer une nouvelle vie. D’un point de vue professionnel, la forte croissance et le dynamisme du marché intérieur de la Russie sont une mine d’or pour les entreprises étrangères et cette bonne santé économique permet de trouver des débouchés en tant que salarié bien plus facilement que dans nombre de pays d’Europe de l’ouest.
Pour autant la Russie n’est pas encore la destination qui fait rêver et elle n’est vraiment pas non plus le pays le plus simple dans lequel émigrer, même pour les jeunes spécialistes. Les difficultés de la langue russe, la dureté du climat (si l’on pense à la Russie Européenne et donc aux pôles économiques que sont Moscou et aussi Saint-Pétersbourg) ou surtout les nombreuses difficultés administratives (visas, démarches diverses..) n’ont il est vrai rien pour faciliter la tâche. En outre, la grande méconnaissance qu’ont encore la majorité des Français par exemple de ce pays et le tableau noir qu’en font nos médias coupent toute envie d’y aller pour travailler, ne parlons pas de s’y installer.Malgré tout à Moscou, j’ai rencontré de nombreux français qui ont eux aussi choisi la Russie, certains depuis peu, et d’autres depuis 10 ans voire plus. Dans des discussions sur la vie en Russie, sur la dureté du climat, ou sur les difficultés de la langue russe, j’ai été étonné d’entendre souvent la même phrase: “Je ne souhaite pas repartir”. C’est vrai que mes premières impressions, à titre personnel, ont aussi été assez rapidement plutôt positives. En Russie, il n’y a pas ces grèves à répétition qui empêchent de vivre normalement et de se déplacer.
Dans les villes, les magasins, les bars, les restaurants sont souvent ouverts 24/24, ce qui confère une sensation de liberté importante. Le pays est réellement multiculturel et multiconfessionnel mais contrairement aux sociétés occidentales, les tensions ethniques, religieuses et sociales se ressentent très faiblement, et n’empoisonnent pas la vie de tous les jours, comme par exemple en France. On peut ressentir à Moscou l’énergie qui se dégage de la ville et la vitalité des gens, dans les rues, dans le métro, dans les magasins. Il y a dans cette ville quelque chose de vibrant, de positif et d’attachant.
La sensation d’être dans un pays ou l’impression de déclin (omniprésente en France) ne se fait pas sentir, est fort plaisante, il faut bien l’avouer. Je pense que c’est une des clefs pour comprendre l’attrait que la Russie procure sur les étrangers. En Russie, cette sensation de “c’est possible” existe encore, alors qu’elle semble avoir disparu dans bien d’autres pays. La Russie, Far-Est du 21ème siècle, saura-t-elle être l’eldorado des Européens, comme les Etats-Unis l’ont été au cours du siècle précédent? Il est difficile de prévoir l’avenir, néanmoins il y a deux décennies, si les Européens migraient d’est en ouest, aujourd’hui il n’est pas impossible que nous assistions au début d’un mouvement inverse, d’ouest vers l’est, vers les immenses espaces par delà l’Oural.
Ce mouvement devrait selon moi sensiblement s’accélérer dans la prochaine décennie, au vu des prévisions économiques solides en Eurasie (Russie, Biélorussie et Kazakhstan, les 3 pays de la nouvelle union douanière) et relativement faibles en Europe de l’ouest. Déjà la Russie se classe devant la France et juste derrière l’Allemagne selon le FMI, dans le classement des pays selon leur PIB à parité de pouvoir d’achat.