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L’effondrement de l’empire du Mal

 A l’occasion du 20ieme anniversaire de la chute de l’URSS, Fabrice Fassio m’a transmis ce texte interessant intitulé ‘ L’effondrement de  l’empire du Mal’:
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En 1990, Boris Eltsine proclamait l’indépendance de la Russie qui, dorénavant, ne ferait plus partie de l’Union soviétique. A la surprise générale, se fracturait un pays que le président Ronald Reagan avait, quelques années auparavant, surnommé « l’empire du Mal ». Cet événement majeur de l’histoire contemporaine a fait couler beaucoup d’encre mais, vingt ans plus tard, il n’a toujours pas été compris. Comprendre un phénomène d’une telle ampleur et d’une telle complexité exige une approche théorique de la société communiste. Cette théorie existe et a été élaborée dans les années 1970-1980 par le sociologue et logicien russe : Alexandre Zinoviev. Dans cet article, je vous propose un bref aperçu de l’analyse zinovievienne de la crise du communisme réel.

Communisme et capitalisme
Selon le sociologue russe, la société communiste (1) est née et s’est développée en Russie durant les décennies postérieures à la Révolution d’Octobre et s’est ensuite étendue à d’autres pays de la planète. Elle diffère profondément de la société capitaliste (2) qui s’est formée, il y a deux cents à deux cent cinquante ans, en Europe occidentale et dans une partie de l’ Amérique du Nord, peuplée de colons européens. Les rapports (relations) spécifiques de la société capitaliste sont des rapports professionnels, régissant l’organisation du travail, et des rapports marchands, ayant le profit pour objectif. Ces relations ne deviennent dominantes que lorsqu’un certain nombre de conditions sont remplies : la propriété privée des moyens de production, des travailleurs vendant leur force de travail à un employeur, des capitaux prêts à être investis dans une affaire lucrative etc. Une fois ces conditions remplies, ces rapports étendent peu à peu leur emprise à l’ensemble du corps social, reléguant à l’arrière-plan des relations d’une autre nature.

A l’instar du capitalisme, note Alexandre Zinoviev, le communisme est un système, c’est-à-dire une manière de faire vivre les hommes ensemble, de génération en génération. Selon le philosophe russe, les rapports spécifiques du communisme réel sont des rapports sociaux structurant les grandes collectivités humaines (3) : la division des hommes en chefs et subordonnés, la hiérarchie des chefs, le commandement et la subordination, le pouvoir du groupe sur l’individu etc. Ces relations sociales existent dans tous les ensembles humains, y compris dans les pays occidentaux, mais ne deviennent dominantes que lorsqu’un certain nombre de conditions sont remplies : la nationalisation des moyens de production, une gestion centralisée de la vie de l’ensemble social, une économie et une culture complexes etc. Dans les années 70, élaborant sa théorie sociologique de la société communiste, le philosophe russe avait établi l’inéluctabilité de l’existence de crises au sein des systèmes sociaux. Ce dernier point est absolument essentiel pour le sujet qui nous intéresse.

Le concept de crise
Les sociétés sont des organismes vivants composés d’un grand nombre d’individus et d’associations d’individus, or tous les organismes vivants traversent des situations critiques et sont sujets à des maladies. Dans le domaine des grandes sociétés humaines , ces situations critiques diffèrent en fonction des rapports fondamentaux qui régissent l’organisme social. C’est la raison pour laquelle la crise de la société capitaliste est de nature économique, alors que celle de la société communiste est de nature sociale et se manifeste par une profonde désorganisation des différentes sphères de l’organisme. Selon le philosophe russe, afin de comprendre l’essence de la crise du communisme, il est important d’établir une distinction entre deux facteurs : les causes et les conditions de la crise. Dans ses ouvrages consacrés à ce thème (4), le philosophe explique que les causes les plus profondes de la crise d’une société communiste résident dans une accumulation de dérogations à la norme, engendrées par les tendances mêmes qui génèrent le fonctionnement normal de cette société. Quant aux conditions de la crise, elles consistent en un ensemble de facteurs tels que l’existence d’autres pays, une politique gouvernementale, une catastrophe naturelle etc. Ces conditions favorisent l’action des mécanismes d’une crise, accélèrent ou bien, au contraire, bloquent l’éclatement d’une crise. C’est ainsi que la politique de la nouvelle équipe mise en place à Moscou en 1985 joua un rôle essentiel dans le déclenchement de la crise qui mûrissait depuis des années au sein de la société soviétique. Je reviendrai plus tard sur ce point. A la différence des conditions qui peuvent changer ou disparaître avec le temps, les causes d’une situation critique sont les compagnons de route de l’organisme social durant toute son existence. Si des sociétés communistes se développent dans le futur, elles seront sujettes à des mécanismes générateurs de crises, semblables à ceux qui ont provoqué une situation critique au sein de la société soviétique à la fin de l’ère Brejnev.
La théorie zinovievienne constitue un puissant éclairage en direction de l’avenir.

Les causes
Dans ce chapitre, je propose au lecteur un exemple destiné à illustrer ce que je viens de dire. Selon les règles juridiques de la société communiste, tout individu adulte capable de travailler doit être rattaché à une cellule reconnue par l’Etat (une usine, une exploitation agricole, un bureau etc.) ; en échange du travail fourni, notre homme reçoit de la cellule un salaire et bénéficie d’un certain nombre d’avantages. Telle est la norme. En revanche, un individu qui parvient à survivre sans travailler dans une organisation reconnue par l’Etat est une dérogation à la norme. Dans une société communiste parfaite (idéale, abstraite), où n’existerait aucune dérogation à la norme, (5) tous les citoyens en âge de travailler seraient rattachés à une cellule et n’obtiendraient des revenus et des avantages qu’en échange de leur travail. Dans la réalité de la vie quotidienne, l’idéal de rattachement de la totalité des citoyens à une cellule agit comme une tendance dominante : la majorité des citoyens gagnent effectivement leur vie en travaillant dans des organisations reconnues par l’Etat. Toutefois, au travers de nombreux canaux, la société offre la possibilité à des individus de survivre sans être rattachés à une cellule. A l’époque de Léonid Brejnev, le nombre de ces individus, officiellement dénommés « parasites », s’était notoirement accru, engendrant une forte tendance à échapper au travail obligatoire. D’une façon plus générale, Alexandre Zinoviev note que, à la fin de l’époque brejnévienne, ce phénomène d’accumulation des dérogations à la norme s’était renforcé dans plusieurs domaines de la vie soviétique : le pouvoir de l’idéologie officielle (le marxisme-léninisme) sur les esprits s’était affaibli, des mafias s’étaient constituées au niveau de la direction des républiques et de l’Etat central, le contrôle des instances planificatrices sur les entreprises de production de biens et de services avait diminué, manipulations comptables et fraudes avaient augmenté dans le secteur économique etc.
En résumé, les innombrables petits ruisseaux constitués par les dérogations à la norme se sont joints pour former un fleuve puissant : celui de la tendance à la crise.

Une première condition
Parmi les conditions majeures qui se sont « superposées » aux mécanismes internes générateurs de la crise, il convient de citer la guerre froide et la perestroïka gorbatchévienne. Arrêtons-nous un peu sur cette période que les historiens ont nommée : la guerre froide, et qui s’est étendue de 1945 jusqu’au début des années 90. Durant toutes ces années, l’Union soviétique, sortie victorieuse d’une terrible guerre qui s’est déroulée en grande partie sur son sol, va vivre au rythme d’une tension caractérisée par l’existence de deux blocs antagonistes. Cette tension entre les deux grandes puissances se manifeste dans de nombreux domaines : la sphère de l’économie, celle de l’idéologie, le monde des services secrets, les guerres locales, la constitution de zones d’influence etc. A ce propos, Alexandre Zinoviev explique que les points forts et les points faibles des deux systèmes ont joué des rôles différents à des moments différents. Durant les années 1950-1960, l’Union soviétique développe une prodigieuse puissance militaire et fait preuve d’un impressionnant activisme au niveau international, favorisant la diffusion du communisme dans les moindres recoins de la planète. Cette capacité qu’ont les dirigeants d’une société communiste de concentrer toutes les ressources du pays vers un but précis est justement l’un des points forts du communisme et cette première période de la guerre froide est plutôt favorable à l’URSS et à ses alliés. Cependant, dans les années 1970-1980, l’Occident commence à dévoiler ses propres atouts, en particulier sa supériorité dans les domaines économique et technologique. Durant ces années, la situation change aussi sur le plan idéologique. Arrêtons-nous sur ce dernier point de façon à comprendre comment s’est opérée la « fusion » entre causes et conditions de la crise.
Dans les années 70-80, le modèle soviétique fait l’objet d’une très forte attaque de la part des médias occidentaux ; soviétologues, sociologues, politiciens et journalistes imposent peu à peu l’idée selon laquelle communisme et capitalisme représentent une division du monde en deux parties : un immense Goulag (un empire du Mal) d’un côté, et une démocratie parée de toutes les vertus, de l’autre. L’idéologie occidentale ne se contente pas d’exercer son action sur les esprits des Occidentaux mais pénètre à l’Est par les canaux les plus divers. Jeans, musique rock, appareils sophistiqués accessibles à tous et films fabriqués aux Etats-Unis offrent une image séduisante de l’Ouest et font partie du processus d’occidentalisation au même titre que l’extrême valorisation de la démocratie parlementaire et du capitalisme, pudiquement rebaptisé : libéralisme. Vers la fin de l’ère brejnévienne, note Alexandre Zinoviev, l’idéologie occidentale exerçait une action corrosive sur les différentes couches de la société soviétique en général, et sur les couches supérieures en particulier. Causes et conditions de la crise idéologique se sont donc entremêlées en un inextricable écheveau : si l’influence occidentale pénétrait si facilement les esprits des citoyens du bloc de l’Est, c’est bien parce que l’idéologie soviétique avait perdu une partie de sa puissance, laissant en quelque sorte la place vacante. Des phénomènes tels que la rupture avec la Chine communiste ou la naissance de l’eurocommunisme contribuent aussi à affaiblir l’Union soviétique. A l’époque où Mikhaïl Gorbatchev et son équipe accèdent aux plus hautes instances du pouvoir soviétique, il est clair aux yeux de beaucoup que le plateau de la balance commence à pencher très nettement du côté occidental.

Une seconde condition
La politique nouvelle, mise en place par la direction soviétique à partir de 1985, est évidemment une condition majeure de la crise du communisme. Sous les vivats des dirigeants et des médias occidentaux, cette politique va plonger le pays dans la désorganisation la plus totale. Cette condition diffère de toutes les autres en ce sens qu’elle a joué le rôle d’un « détonateur » mettant le feu aux poudres et transformant la tendance à la crise en crise bien réelle. Dans ses ouvrages consacrés aux événements qui sont survenus en URSS à partir de 1985, Alexandre Zinoviev note que Mikhaïl Gorbatchev et son équipe n’avaient pas sciemment l’intention de plonger le pays dans le chaos ; bien au contraire, les velléités réformistes de la nouvelle direction étaient destinées à renforcer l’Union soviétique tout en séduisant l’Occident mais, dans une société mûre pour la crise, une « avalanche » imprévue d’événements transforma très rapidement l’équipe au pouvoir en marionnettes incapables de maîtriser un processus que ladite équipe avait pourtant enclenché. Selon le philosophe russe, la direction soviétique était donc animée des meilleures intentions du monde, mais son action a plongé des millions de citoyens du bloc de l’Est dans le chaos et ravalé la Russie au rang de puissance moyenne. Si un tel phénomène n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire de l’humanité, il n’en constitue pas moins une nouvelle preuve que les rues de l’enfer -cet autre empire du Mal- ne sont pavées que de bonnes intentions.

Un exemple de politique gorbatchévienne
Dès 1985, la nouvelle direction soviétique met en place une politique de transparence (glasnost), de liberté de création et de réhabilitation de la vérité historique. Le pouvoir gorbatchévien se donne pour but de rétablir la vérité concernant l’histoire de l’Union soviétique, de prendre ses distances avec ses prédécesseurs et de mériter les éloges des Occidentaux. Les autorités soviétiques réhabilitent des victimes du stalinisme, autorisent la publication d’œuvres interdites ainsi que l’évocation d’événements qui, hier encore, étaient passés sous silence. Le nouveau pouvoir ne ménage pas non plus ses critiques envers la direction brejnévienne, accusée de conservatisme ; des dissidents célèbres, qui avaient été contraints de s’exiler en Occident, obtiennent le droit de rentrer au pays et de s’exprimer librement. Commence alors en Union soviétique un processus d’autoflagellation et de dénigrement de toute l’histoire du pays. Le passé soviétique ne consisterait qu’en une litanie de trahisons et de crimes et le marxisme-léninisme ne mériterait que le mépris. Beaucoup de Soviétiques n’accordent plus aucune valeur aux affirmations de l’idéologie soviétique concernant le capitalisme et perçoivent en revanche les idées provenant d’Occident comme de sacro-saintes vérités. « L’avenir radieux de l’humanité » aurait donc bien été construit mais … à l’ouest du rideau de fer. En pratique, la politique de glasnost et de réhabilitation de la vérité historique amplifie la crise de confiance des Soviétiques envers le système communiste et l’idéologie officielle, apportant ainsi sa contribution à l’explosion sociale.

Les manifestations de la crise
Cette explosion sociale se manifeste, entre autres formes, par une profonde désorganisation de la vie quotidienne et par une tendance à la désintégration au niveau de la société tout entière. Déclarations anti-communistes, grèves, manifestations et mouvements de foule envahissent le devant de la scène sociale et deviennent monnaie courante. Beaucoup de contestataires ne sont plus rattachés à une quelconque cellule ; mécontents de l’ordre existant, ces protestataires défilent dans les rues et forment le fer de lance de mouvements revendicatifs. A un niveau élevé de la hiérarchie sociale, certains personnages haut placés comprennent très vite quel parti tirer de foules sensibles à la démagogie ; la décomposition de la société communiste permettra à ces individus de satisfaire leurs ambitions personnelles et nombre d’entre eux deviendront les chefs des unités territoriales issues de l’éclatement. Le phénomène de désorganisation de la vie quotidienne se double d’un processus de désintégration du bloc soviétique. Ce dernier point est particulièrement intéressant du point de vue sociologique. L’existence de grands rassemblements humains comptant des millions d’individus est caractéristique de l’époque contemporaine ; au sein de tels ensembles, existent des tendances à la désintégration du tout et à la formation de groupes autonomes. La crise de la société communiste décuple la force de ces tendances séparatistes qui ébranlent avec une extrême violence deux ensembles pluriethniques : l’Union soviétique et la Yougoslavie, ce pays des Balkans né après la première guerre mondiale. Les événements tragiques qui surviendront en Yougoslavie durant la dernière décennie du vingtième siècle trouvent leurs racines dans la crise du communisme réel : l’éclatement du pays et la désorganisation sociale raviveront d’anciennes blessures inter-ethniques que l’on croyait guéries et en susciteront de nouvelles. Le proverbe affirmant que les chevaux ne se mangent entre eux que lorsque l’avoine vient à manquer dans l’écurie, garde toute sa force lorsqu’il s’agit de groupes humains vivant au sein d’une entité soudainement en proie à une violente secousse. Au début des années 90, la crise atteint son paroxysme et frappe le cœur de l’empire du Mal : la Russie.
Boris Eltsine, haut fonctionnaire de l’Union soviétique et membre du parti communiste, proclame l’indépendance de la Russie dont il prend la tête. L’ancien membre suppléant du politburo de l’Union soviétique promet aux dirigeants occidentaux de rompre avec l’odieux passé communiste et d’adopter le système occidental. Les Soviétiques plaisantent : nous détruisons le communisme sous la direction … des communistes.

Une contre-perestroïka ?
En Union soviétique, beaucoup de gens comprennent que le pays s’enfonce dans une catastrophe qui fait le jeu des puissances occidentales. La perestroïka s’achève en katastroïka (6), comme l’avait prédit Alexandre Zinoviev, ce théoricien majeur de la société communiste que les médias occidentaux commencent à mettre à l’écart. Le philosophe a longtemps pensé qu’une contre-perestroïka, seul moyen de sortir de la crise, pourrait avoir lieu dans son pays. Quelle forme aurait donc revêtu cette contre-perestroïka ? Il est impossible de répondre à cette question sans prendre en compte la nature du communisme réel. La société communiste est une société de fonctionnaires, dominée par les rapports de commandement et de subordination. Un pays communiste sans Etat fortement développé est aussi impensable qu’une société capitaliste sans argent, sans circulation de capitaux et sans profit, or la crise de la société communiste a fortement ébranlé le pouvoir étatique. La direction du pays a perdu le contrôle de la société dirigée et, à l’intérieur même du système de direction, les règles normales de fonctionnement ont été mises à mal. Beaucoup de Soviétiques comprennent que le seul moyen de sortir de la crise est de restaurer la puissance de l’Etat.
La direction gorbatchévienne elle-même, effrayée par l’ampleur du bouleversement social, essaye de reprendre en main le système administratif soviétique composé d’un nombre gigantesque d’institutions et d’organismes. Comme Joseph Staline l’avait fait en son temps, Mikhaïl Gorbatchev tente de mettre en place un appareil de pouvoir personnel chapeautant l’appareil du Parti, d’où la volonté de renforcer les pouvoirs du « président »(7), c’est-à-dire de lui-même. Alexandre Zinoviev explique que ces manœuvres de la direction soviétique ne relèvent pas de la volonté subjective de Gorbatchev et de ses amis, mais sont l’unique façon de sortir le pays du marasme dans lequel il est plongé. Si ce super pouvoir personnel avait été mis en place, il aurait permis au « président » et à son équipe de reprendre en main l’appareil du Parti dans un premier temps, puis l’appareil d’Etat tout entier dans un deuxième temps, mais cette contre-perestroïka n’est pas menée à son terme. Mikhaïl Gorbatchev, oscillant sans cesse entre son désir de plaire aux Occidentaux et la volonté de reprendre en main le pays, finit par être évincé par Boris Eltsine qui engage définitivement la Russie sur la voie de l’occidentalisation.
L’empire du Mal éclate de toutes parts et le soir du 8 décembre 1991, date officielle de la mort de l’Union des républiques socialistes soviétiques, le président Ronald Reagan, enfin rasséréné, peut dormir paisiblement sur ses deux oreilles.

Quelle occidentalisation ?
L’effondrement de l’empire du Mal et de ses alliés provoque un gigantesque bouleversement sur le continent européen. Le destin de tous ces pays, hier intégrés dans un même bloc, va dorénavant diverger. La République démocratique allemande (RDA), par exemple, est purement et simplement annexée par l’Allemagne de l’Ouest, membre du camp occidental, qui s’empresse de restructurer l’ancienne zone socialiste en vendant les entreprises de l’Est au secteur privé. Les citoyens de l’ex-RDA auront dorénavant le droit de manifester librement dans la rue, celui de voter pour le député de leur choix ainsi que la possibilité de faire leurs achats dans d’énormes supermarchés regorgeant de marchandises, mais ils perdront le travail léger et garanti, les loyers symboliques, la gratuité des soins et de l’enseignement, la vie au sein des collectifs d’entreprise, l’insouciance du lendemain et autres avantages du socialisme réel. S’ensuivra « l’ostalgie » (8), la nostalgie du mode de vie communiste. Le cas allemand est cependant bien particulier. En effet, s’il existe une Allemagne de l’Ouest capable de verser des allocations et des aides aux chômeurs provenant de l’ancienne zone socialiste, il n’existe pas de Pologne ou d’ Union soviétique de l’Ouest. La situation de la Russie, désormais gouvernée par « des réformateurs » désireux d’effacer toute trace de socialisme, est bien différente de celle de l’ancienne République démocratique allemande.
Dans ses ouvrages consacrés à la société communiste (9), Alexandre Zinoviev explique que l’économie d’un pays socialiste est gérée par des principes autres que ceux de l’exigence de profit ou de rentabilité ; cette économie a pour mission, par exemple, de fournir du travail à l’ensemble de la population. Avant l’effondrement du pays, la quasi-totalité des entreprises appartenaient au secteur public et les instances planificatrices géraient la vie économique. Sous la direction des « réformateurs » dorénavant installés au Kremlin, s’opère un véritable bradage des entreprises publiques ; un certain nombre d’entre elles deviennent la propriété d’individus extrêmement riches (les « oligarques ») liés au pouvoir d’Etat. Le chômage fait son apparition, le niveau de vie d’une large partie de la population baisse, des firmes occidentales s’établissent dans le pays et le dollar circule librement comme monnaie d’échange. Les Soviétiques plaisantent une nouvelle fois : les communistes nous mentaient toujours, sauf lorsqu’ils affirmaient que le capitalisme … c’est encore pire. Nec plus ultra de l’occidentalisation : la démocratie parlementaire s’installe dans les murs du Kremlin, mais de quelle démocratie s’agit-il exactement ?

Quelle démocratie ?
Durant toutes ces années de la guerre froide, l’Occident a renforcé son idéologie qui, au fil du temps, est devenue une arme puissante dont l’action s’est exercée des deux côtés du rideau de fer. Ce renforcement s’est effectué en structurant l’idéologie autour de plusieurs thèmes. C’est durant cette période, par exemple, qu’est apparue l’idée selon laquelle la démocratie parlementaire est un mode de gouvernement valable pour tous les temps et pour tous les peuples.
Les années passant, cette idée a acquis la force d’un axiome. Dans ses écrits consacrés à la société occidentale (10), Alexandre Zinoviev souligne que la démocratie parlementaire est un type de pouvoir intrinsèquement lié à la structure des Etats-nations ; le philosophe ajoute que, contrairement à ce qu’affirme l’idéologie occidentale, ce type de pouvoir n’est pas transposable sous tous les cieux et à toutes les époques. Sur le continent américain, la démocratie parlementaire s’est construite en même temps que se développait une économie capitaliste et que naissait une nation nouvelle : les Etats-Unis. Lors d’un voyage sur le nouveau continent, un sociologue hors pair, Alexis de Tocqueville, avait d’ailleurs pressenti la force potentielle de cette jeune nation qui se construisait sous ses yeux. Afin d’approfondir le sujet qui nous préoccupe, répertorions d’abord quelques termes couramment associés à l’expression « démocratie parlementaire » : élections libres, séparation des pouvoirs, partis politiques, élus du peuple, régimes présidentiel ou parlementaire. Arrêtons-nous ensuite sur le cas des principaux partis politiques présents sur la scène d’un pays occidental contemporain. Ces partis sont le produit d’une longue histoire et représentent des couches et des catégories sociales bien précises ; ils ont évolué avec le temps et ont acquis aujourd’hui une grande expérience de la relation avec le pouvoir d’Etat auquel ils fournissent des cadres. A l’heure actuelle, ces partis politiques sont devenus des éléments majeurs de la structure du pouvoir d’un pays occidental. Qu’y a-t-il de tout cela dans la Russie issue de la fragmentation de l’empire du Mal ?
Une multitude de partis ont certes poussé comme champignons après la pluie durant la période gorbatchévienne, mais ils ne reposaient sur aucune base historique et ne représentaient aucune couche sociale. La Russie n’a pas de tradition dans ce domaine que les Occidentaux nomment : la vie politique. Le parti communiste de l’Union soviétique n’était pas un parti politique au sens occidental du terme, mais l’axe central d’un pouvoir d’Etat fortement hiérarchisé dont la fonction était de gérer la société tout entière. A ce propos, Alexandre Zinoviev souligne que l’Etat a joué un rôle essentiel dans l’histoire de la Russie, dès le début de l’existence de ce pays, et que le communisme représente en quelque sorte le couronnement de la tendance russe à l’étatisme. A l’évidence, n’existe dans l’actuelle Russie qu’une caricature de démocratie parlementaire, élément d’une occidentalisation imposée par les vainqueurs de la guerre froide.

Un lièvre avec des cornes
Alexandre Zinoviev utilise (11) l’expression : « un lièvre avec des cornes », afin de qualifier la Russie issue de l’éclatement de l’empire du Mal. Cette Russie nouvelle serait un hybride social de même qu’un lièvre avec des cornes serait, s’il existait, un hybride biologique. Que cela signifie-t-il ? Selon le philosophe russe, la société qui s’est formée dans les années postérieures à l’effondrement de l’Union soviétique n’est pas l’aboutissement d’une évolution sociale naturelle, mais résulte pour une large part d’une occidentalisation forcée du pays consécutive à la défaite de la Russie pendant la guerre froide. Cette société nouvelle est constituée d’un assemblage d’éléments disparates, en particulier : l’occidentalisation, la résurrection du passé ainsi que l’existence de tendances au communisme. Ces facteurs divers engendrent des situations qui semblent paradoxales à l’observateur de la Russie actuelle. Illustrons ce qui vient d’être dit par un exemple.
A l’évidence, la constitution d’un large secteur économique privé en Russie est un pas en direction de l’occidentalisation du pays. A l’opposé de cette tendance, la volonté du Kremlin de reprendre en main de grandes entreprises russes appartenant au secteur énergétique est très clairement la manifestation d’un retour à une politique économique de type soviétique. Dans le domaine idéologique et religieux, la situation paraît elle aussi très complexe. En accordant leur soutien au christianisme orthodoxe, les autorités russes manifestent leur intention « d’enterrer » définitivement le marxisme-léninisme, mais aussi leur volonté de promouvoir le nationalisme russe et de ressusciter des éléments du passé tsariste dont fait partie l’orthodoxie. Au sujet de cette dernière, Alexandre Zinoviev note que la « renaissance » de la religion en Russie est une opération organisée par le pouvoir ainsi que par la hiérarchie ecclésiastique et qu’elle ne repose sur aucune assise populaire. En résumé, plusieurs facteurs hétéroclites de différentes origines forment à l’heure actuelle l’ossature de cet étrange animal qu’est un lièvre avec des cornes. Le philosophe explique enfin qu’il est difficile de prédire la durée de vie de cet organisme social hybride dont la qualité principale, aux yeux des dirigeants occidentaux, est de constituer un rempart protégeant la Russie d’un retour à la norme communiste.
L’empire du Mal s’est donc effondré à la suite d’une profonde crise intérieure et d’un coup de poing donné par l’Ouest qui vivait depuis 1945 sous la menace d’un conflit dangereux pour sa survie. Utilisant très adroitement la situation critique que traversait l’Union soviétique dans les années 80, les Occidentaux ont déclenché une attaque contre le communisme.
Affaiblir le système social d’un pays signifie affaiblir ce pays lui-même. Cette attaque a été couronnée d’un succès inespéré : l’empire du Mal en proie à une violente crise interne s’est effondré à la façon d’un château de cartes. Les conséquences de cet écroulement furent nombreuses et diverses. Arrêtons-nous un instant sur ce dernier point. En modifiant en profondeur les rapports entre les principaux acteurs de notre planète, l’écroulement du bloc de l’Est mit fin à une époque née au sortir de la seconde guerre mondiale. La guerre froide s’éteignit d’elle-même sans se transformer en un terrible conflit armé qui aurait ensanglanté une grande partie de l’humanité. La chute de l’empire du Mal eut aussi pour effet d’ouvrir grande la voie à l’épanouissement d’une période nouvelle caractérisée par la domination, à l’échelle mondiale, d’un autre empire que le président Ronald Reagan, j’en suis convaincu, n’aurait pas hésité une seule seconde à surnommer … l’empire du Bien. (12)

Fabrice Fassio
Manille, septembre 2010
NOTES
(1) socialisme réel, société de type soviétique
(2) société occidentiste, occidentaliste (selon le terminologie d’A.Zinoviev)
(3) afin de désigner ces rapports, le philosophe utilise les termes : collectifs, communaux ou communautaires.
(4) je pense en particulier à : Perestroïka et contre-perestroïka (en français), la Katastroïka (en français), La caida del imperio del mal (en espagnol), Il superpotere in URSS (en italien).
(5) dans son étude de la société communiste, Alexandre Zinoviev utilise les procédés logiques du passage de l’abstrait au concret, que Karl Marx avait déjà utilisés dans Le Capital .
(6) néologisme conçu par A.Zinoviev à partir des mots : perestroïka (reconstruction) et katastroph (catastrophe)
(7) en mars 1990, Mikhaïl Gorbatchev est devenu président de l’Union soviétique.
(8) terme formé à partir des mots allemands : « ost »(l’est) et « nostalgie » (la nostalgie)
(9) je pense en particulier à : Le communisme comme réalité, Perestroïka et contre-perestroïka.
(10) l’Occidentisme (en français), La supra-société globale et la Russie (en français). Je n’ai pas pris connaissance de La fourmilière globale (en russe).
(11) Postsoviétisme (en russe), Un lièvre avec des cornes (en russe)
(12) dans cet article, j’ai adopté la façon relativement récente d’écrire avec une seule majuscule : Union soviétique, Union des républiques socialistes soviétiques.

Réponse au Réseau Voltaire

Le réseau Voltaire a cet été lancé une campagne de communication assez offensive contre le président Russe, Dimitri Medvedev, affirmant que le tandem au pouvoir était en conflit pour la prise de pouvoir des prochaines présidentielles Russes qui auront lieu en 2012.  J’ai déjà écrit à ce sujet en juillet dernier ici, je reviens sur ces accusations et tente de démontrer à quel point elles sont à mon sens relativement infondées. 

 

23/07/21010 – A lire la :
Le président français Nicolas Sarkozy a annoncé, le 23 juillet 2010, aux ouvriers des chantiers navals franco-coréens STX de Saint-Nazaire qu’ils construiront deux navires de classe Mistral pour la Russie (…) Selon le président français, le principe du contrat a été décidé par son homologue russe, Dmitry Medvedev, mais les « détails » sont en cours de négociations. En d’autres termes, le contrat n’est pas encore signé. A Moscou, cette annonce a provoqué la fureur de Vladimir Poutine. Le Premier ministre avait tenté de s’immiscer dans la transaction et avait désigné son adjoint Igor Sechin pour la « négocier ». En fait, sa mission était de faire échouer la transaction imaginée par les présidents russe et français (…) Selon une source moscovite proche du dossier, M. Medvedev aurait convenu avec M. Sarkozy d’importantes commissions et rétro-commissions (de l’ordre de 8 % du montant total de la vente). M.Medvedev pourrait ainsi financer sa prochaine campagne électorale contre « son ami de trente ans » et désormais rival M. Poutine, tandis que M. Sarkozy pourrait financer sa réélection“.

L’affaire des frégates à été initiée et développée par Vladimir Poutine, pour des raisons bien “autres” que celle de pseudos rétro commissions (qui sont d’ailleurs quasi systématiques et d’usage lors de tout achat de matériel militaire à cette échelle) : permettre aux Russes de briser le “verrou” d’acquisition de technologies “made in nato” mais également et surtout d’entamer la lente acquisition de technologies étrangères  en vue de se constituer une flotte de porte-avions vers la moitié du siècle. Il n’y a donc sur ce dossier “aucune” tension entre les deux hommes, qui avancent de concert pour que ce “deal” est lieu, deal qui est de très bon augure, puisqu’il dessert l’OTAN plus que la Russie et ressoude un couple Franco-Russe essentiel, ainsi l’Europe va provisoirement de l’Atlantique au pacifique. Je rajoute que l’acquisition de matériel militaire à des pays étrangers, voir de l’otan n’est pas une “nouveauté”, la Russie à déjà par exemple acquis des drones Israéliens, à fait publiquement “part” de l’approfondissement des relations militaires avec la France et devrait acheter du matériel militaire à l’étranger, par exemple aux états-unis.

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27/07/2010 – A lire la : 
A la Douma, certains partisans de Vladimir Poutine militent pour la destitution du président Dmitry Medevedev. Entre autres motifs, ils évoquent sa responsabilité dans certains aspects de cette affaire. Étrangement, en violation de la Constitution, il n’a pas retiré la nationalité russe à un des agents Etats-Uniens lors de l’échange d’espions effectué le 9 juillet”.

L’échange d’espions était en fait une provocation déstabilisante du côté Américain, puisqu’elle a été initiée une semaine après la visite constructive du président Russe en juin 2010. Elle était visiblement destinée à “brouiller” un embryon de relation stabilisée, qui gênait visiblement certains stratèges US. Il est très curieux que l’on parle encore beaucoup des soi disant “agents Russes” aux États Unis alors que plus personne ne parle des “agents” pro Américains en Russie, notamment le fait que le président Russe à libéré 19 personnes en Russie soupçonnées d’espionnage. De plus le non retrait de nationalité n’a aucun sens, des milliers de Russes recherchés par l’état Russe et en fuite à l’étranger ne se sont pas fait retirer leur nationalité. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que la constitution Russe dans son article 6 paragraphe 3 ne permet pas de déchoir de sa nationalité Russe un citoyen Russe (Гражданин Российской Федерации не может быть лишен своего гражданства или права изменить его). En outre il à également décoré personnellement les “espions”.
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28/07/2010 : A lire la :
Happée par le conflit qui fait rage entre son président et son Premier ministre, la Russie est en train de laisser passer une chance historique de se déployer au Proche-Orient. Les élites russes n’ont pas su élaborer de stratégie dans cette région lorsqu’elles en avaient la possibilité et ne sont plus en mesure de la définir aujourd’hui. Pour Thierry Meyssan, Moscou est paralysé (…) La Russie est paralysée par un conflit au sommet. C’est en réalité, semble t-il, ce qui se passe : le tandem Medvedev-Poutine s’est lentement dégradé et la relation entre les deux hommes a tourné brutalement à la guerre fratricide“. 
(…)
 En définitive, ce sont les atermoiements à propos du nucléaire iranien qui surprennent le plus. Il est vrai que les marchands iraniens n’ont cessé de contester les factures de la construction de la centrale nucléaire de Busher
(…)
Mais le Kremlin n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Dmitry Medvedev discute avec les Occidentaux et les assure du soutien russe pour voter des sanctions au Conseil de sécurité. Tandis que Vladimir Poutine assure aux Iraniens que la Russie ne les laissera pas sans défense s’ils jouent le jeu de la transparence. Sur place, les responsables se demandent si les deux dirigeants se sont répartis les rôles selon les interlocuteurs et font ainsi monter les enchères. Ou si la Russie est paralysée par un conflit au sommet. C’est en réalité, semble t-il, ce qui se passe : le tandem Medvedev-Poutine s’est lentement dégradé et la relation entre les deux hommes a tourné brutalement à la guerre fratricide
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Quelques erreurs d’interprétations il me semble, au contraire, la décision de “bloquer” la vente de S-300 à couplée à celle de vendre des missiles Iakhont à la Syrie témoigne au contraire de la position très équilibrée de la Russie au proche/moyen orient. La Russie n’est pas du tout paralysée, et le “doute” entretenu volontairement par Moscou dans la “vente” des S-300 était volontaire. En outre, je doute que des transferts de technologie n’aient pas déjà eu lieu, à un moment ou un autre, vu la longue présence de la Russie en Iran et on peut même envisager que peut être que le système similaire que l’IRAN affirme être en train de développer est « d’inspiration » Russe. Après tout une agence Iranienne a affirmé il y a quelques mois que : « l’Iran disposait de quatre missiles destinés à doter les systèmes de DCA S-300, dont deux lui ont été vendus par la Biélorussie et deux par un vendeur resté inconnu ». Intox ou réalité ?  
 Enfin Comme le souligne le très brillant analyste Dmitri Babitch les propos d’Ahmadinejad déclarant que son homologue russe Dmitri Medvedev “était devenu le messager des plans des ennemis de l’Iran”, en participant, soi-disant, à la campagne visant à ‘’ intimider ‘’État perse dans l’intérêt de l’Etat juif” datent de juin 2010, et précèdent donc largement l’interruption du contrat avec la Russie pour l’approvisionnement en S-300.
Qui doit être accusé de la rupture des relations après cela?

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18/09/2010 – A lire la :
Les amis du président Dmitry Medvedev devraient constituer une association parlementaire trans-partis le 25 septembre prochain. Ce groupe, nommé Go Russia (….) devrait être présidé par Gennady Gudkov, un ancien officier du KGB reconverti dans les affaires et devenu un député très influent. Des commentateurs voient dans cette initiative l’embryon d’un futur parti medvedevien en vue d’un second mandat présidentiel (…) visant prioritairement à priver le Premier ministre Vladimir Poutine de son principal moyen de pression face à son rival. Si le président Medvedev décidait de limoger le Premier ministre, la Douma (Parlement) pourrait le destituer à la majorité des deux-tiers jusqu’ici détenue par les amis de M. Poutine. Il n’est donc pas utile pour le moment que Go Russia réunisse de nombreux députés, il suffit qu’il affaiblisse légèrement les Poutiniens pour que les relations au sommet de l’Etat s’adoucissent“.
Des commentateurs voient dans cette initiative l’embryon d’un futur parti Medvedevien en vue d’un second mandat présidentiel“. 

Il faudrait nous préciser quels commentateurs … Il est curieux que l’article ne mentionne pas que le même jour un sosie de cette association “Go Russia” (dont l’idée directrice avait déjà été soulevée par Poutine lors de ses précédents mandats) a été créé au sein de Russie Unie, le “sosie” de Russie Juste. Si la première association est représentée par l’aile libérale de Russie Juste (et d’ex “libéraux” qui ont plus ou moins rejoint la coalition centrale de gouvernance du Kremlin), la seconde a été crée par Boris Gryzlov et est soutenue par Medvedev. Bien sur Medvedev pourrait “théoriquement” (et légalement en tant que président) congédier son premier ministre (conformément à la constitution) .. Mais dans quels interet alors même que il est plausible que ce soit lui qui soit le prochain président, comme des commentateurs réellement sérieux (ceux la) et proches du pouvoir l’envisagent déjà ?
En outre, il est difficile d’imaginer Russie Juste ‘utilisé’ par Medvedev, le parti ayant obtenu  moins de 12% aux élections de octobre et décidé de fusionner a court terme avec le parti communiste. Par contre Russie Unie va désormais utiliser les termes “Go Russia” et “Russie en avant”, Россия, вперед en Russe qui était par ailleurs le nom d’un parti politique “libéral-conservateur” créé en 1994 par Boris Grigoryevich Fyodorov, à l’époque ou il était “ministre des finances.
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 21/08/2010 – A lire la :
Dans le contexte de guerre des chefs qui fait rage à Moscou, plusieurs décisions manifestent un avantage du Premier ministre Vladimir Poutine sur son « ami de trente ans » et désormais rival, le président Dmitry Medvedev“.

“Guerre des chefs” ?
“Plusieurs décisions manifestent un avantage du premier ministre sur son ami de 30 ans et désormais rival”
Quelle guerre ? Quelles décisions ? 

En outre Dimitri Medvedev ayant 45 ans, je doute qu’il fréquente Vladimir Poutine depuis 30  ans soit depuis ses 15 ans ))
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23/09/2010 – A lire la :
Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a reçu le 19 août 2010 Sergei Kiriyenko, directeur général de la société publique Rosatom (…) L’objet de l’entretien était de montrer au Etats-Unis, à Israël, au Canada, et à l’Union européenne, qu’il avait personnellement ordonné la livraison définitive de la centrale de Bushehr à l’Iran malgré leur opposition et celle du président Medvedev“.

Peut t-on “une seconde” imaginer que le président Russe s’oppose à cette décision mais qu’elle soit prise par Vladimir Poutine ? Que veut dire l’opposition qui est faite dans cet article entre “Poutine et l’Iran d’un côté” et ” les États-Unis, Israël, le Canada et l’Union européenne” de l’autre côté ? 
On a pu lire ça ou là des analyses alarmistes imaginant que la Russie pourrait soutenir l’Iran par anti-américanisme, et même devenir une espèce de porte parole du monde musulman anti-sioniste, mais les choses doivent être observées avec moins de manichéisme. Aujourd’hui la Russie pense d’abord à ses intérêts, comme tout pays souverain. Son intérêt dans la région est une « realpolitique », pragmatique et équilibrée et qui a pour but de consolider sa position politique et économique. Malgré ce refus de livraison des missiles à l’Iran, la relation entre les deux pays devrait rester relativement stable, la Russie continuant de soutenir diplomatiquement l’Iran. Du reste, lorsque les manifestations de 2009 contre le pouvoir ont eu lieu en Iran (le réseau Voltaire ayant d’ailleurs à ce moment habilement parlé de tentative de révolution de couleur), les meetings de l’opposition ont vu de très violents slogans anti Russes clamés par cette opposition libérale, ce qui en dit très long. 
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28/09/2010 – A lire la : 
Le président Dmitry Medvedev a débuté une purge au sein de l’appareil régional de la Fédération de Russie pour éliminer les poutiniens. Première victime, le maire de la capitale, Iouri Loujkov, qui avait osé critiquer le président dans un article paru début septembre et avait appelé de ses voeux la réélection de Vladimir Poutine.  (..) De nombreuses personnalités du monde de la culture lui ont apporté leur soutien. Mardi 28 septembre 2010, il a été démis de ses fonctions par décret présidentiel au seul motif « d’avoir perdu la confiance » de M. Medvedev.  Personnalité haute en couleur, M. Loujkov a transformé en 14 ans la capitale de la Fédération de Russie, jadis une agglomération terne et dépressive, en une des villes les plus dynamiques et prospères de la planète.  En sa qualité de maire de Moscou, Iouri Loujkov était un allié indispensable de M. Poutine pour éviter son propre limogeage et son éventuelle arrestation.Poursuivant la purge, le président Medvedev devrait maintenant démettre les gouverneurs régionaux Boris Gromov (Moscou), Dmitry Zelenin (Tver), Leonid Polezhayev (Omsk) et Viktor Kress (Tomsk), avant de s’en prendre directement au Premier ministre Vladimir Poutine et à son gouvernement“.

Aucune « purge » n’a commencé, il ne s’agit que de fantasme. La modernisation de l’état Russe, thème Poutinien,  passe par la démission des dinausores, en place depuis 1,2 ou 3 décennies. Le mouvement a commencé cette année avec le président du Tatarstan, puis du Bachokorstan, et enfin de l’inoxydables Loujkov. Le but est de renouveller les têtes et de remplacer l’ancienne génération par une nouvelle génération.
Loujkov n’est en aucun cas un « allié » de Poutine mais a supplié ce dernier de le laisser en place en 2000. Il est de notoriété publique en Russie que Loujkov ne passait pas l’année, et que celui-ci allait être « remplacé » rapidement. Personne n’a soutenu spécialement Loujkov si ce n’est Iosif Kobzon, ou Loukachenko, pardonnez du peu :). 
En outre 66% des citoyens soutiennent cette décision du président Russe de “congédier” Iouri Loujkov. Enfin personne n’a dit que Moscou a été mal tenu sous les mandats Loujkov, ni le président Russe, ni le premier ministre, mais il est évident et c’est inconstestable que la capitale était tenue par un clan relativement familial, et que la corruption dans certains domaines comme la construction était vraiment excessive. D’ailleurs en ce mois d’octobre, près de 25% des décrets municipaux de construction ont été annulés.
Je rajoute que la nomination du “très Poutinien” Sobyanine comme maire de Moscou  par le président Medvedev démontre bien au contraire la totale unité du tandem au pouvoir et casse l’argument d’une “purge” des Poutiniens.

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 29/09/2010 – A lire la : 
L’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) a conduit son exercice militaire annuel, du 9 au 25 septembre 2010, au Kazakhstan (..) L’exercice a permis de démontrer le niveau croissant et bien réel de coordination entre les forces russes et chinoises, mais aussi l’actuelle désorganisation des armées russes. Celles- ci sont en effet beaucoup trop longues à déplacer, comme on l’avait déjà constaté lors du coup d’Etat au Kirghizistan. Moscou avait alors renoncé à intervenir militairement simplement parce qu’il ne le pouvait pas. L’Organisation de Coopération de Shanghai gagne chaque année en  crédibilité, bien que la cohabitation explosive au sein du pouvoir russe fasse naître le doute quant aux capacités militaires et à la volonté politique russe sur le long terme“.

Il n’a jamais été question que les troupes Russes se déplacent au Kirghizstan. Cette option impérialiste n’a jamais été envisagée, même lorsque les ressortissants Russes ont été un peu menacés, au plus fort des émeutes ce qui est parfaitement cohérent, la Russie dispose d’une base militaire au Kirghizstan qui est un état “indépendant”.  
Cette contre révolution de couleur naturelle a été observé avec attention par la Russie, et ne venait que confirmer un mouvement de fond qui s’est traduit par le renversement de tous les gouvernements colorés ou affiliés, sponsorisés par des réseaux Américains actifs et qui visaient à déstabiliser les régimes jugés trop pro Russes dans son étranger proche. 
Le nouveau gouvernement Intérimaire du Kirghizstan sous l’égide de Rosa Otounbaïev à globalement bien géré la situation, et la transition actuelle se passe en  très bonne intelligence avec la Russie, qui aide le Kirghizstan économiquement et diplomatiquement. La Russie doit développer cette nouvelle doctrine de Soft-Power en vue d’établir des partenariats  bilatéraux poussés avec les pays proches d’Asie centrale.

Emmanuel quidet, un francais en Russie

Emmanuel QUIDET, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe et partenaire d’Ernst & Young en Russie à donné une interview a rbth.ru

Extraits :

Les Français, sous l’influence des médias, vous expliquent : « En Russie il n’y a que la mafia, qui fait tuer à tous les coins de rue… Il fait froid… La pauvreté est absolument immense… ». Donc on me demande effectivement ce que je fais là. Et encore l’année dernière on m’a demandé si j’avais des gardes de corps. Et quand j’ai répondu que je n’en avais pas, on m’a dit que je devais bien avoir au moins un chauffeur. Quand j’ai dis que je n’en ai pas non plus, on s’est mis à douter de ma bonne foi. Les français ne réalisent pas combien la Russie a changé“. 

Malgré les embouteillages la vie est très agréable a Moscou. La pollution? Non, a Moscou il y a beaucoup de vent. Il souffle tout le temps – et l`air bouge! En plus Moscou est une ville très verte. Ses parcs sont absolument immenses et vous en avez partout… Des que vous sortez de MKAD (l`équivalent du Périphérique parisien) – vous êtes tout de suite dans la campagne. C`est surprenant: il n`y a pas ce contraste en France avec ses banlieux. La campagne se trouve la-bas a 120 kilomètres de Paris… On me dit en France: « Tu vis bien en Russie parce que tu es un étranger riche ». Faux! Moi, je me considère comme un nouveau pauvre par rapport aux nouveaux Russes. La Russie ce n`est pas l`Afrique. Les Français sont habitués de comparer tout avec l`Afrique. Disons, les expatries français vivent bien en Afrique parce qu`ils ont de l`argent. En Russie ce n`est pas le cas. C`est le pays tout a fait normal. Les Français vivent parmi les Russes comme les Américains vivent parmi les Français a Paris. L`attitude envers les étrangers a Moscou a beaucoup change vers 1996. Si d`abord les filles russes nous considéraient comme un butin, après le 1996 les expatries ne les intéressaient plus. L`économie russe est repartie après le 1996, et les Russes ont commence a avoir beaucoup d`argent“…

Maintenant c`est Paris qui est la capitale la plus chère du monde. Et Moscou parmi les villes les plus chères occupe la 17 ou la 18-ème place… A Moscou il y a tout. Y compris – les restaurants aux prix raisonnables. Et la richesse culturelle est importante. J`adore le Conservatoire de Moscou. Le public y est fantastique: du sept a 77 ans!


La suite ici 

De l’Europe et la Russie, de Libération à Dissonance

L’Europe à besoin de la Russie au niveau énergétique car la Russie dispose des réserves de gaz et de pétrole dont l’Europe à besoin (…) L’Europe a besoin du fabuleux potentiel que représente la Russie, tant le potentiel humain avec ses 140 millions d’habitants, que pour l’acheminement de ses matières premières que pour ses technologies ou son capital humain, qu’elle pourrait utiliser afin de combler le dépeuplement à l’est de l’Oural“. 

Alexandre Latsa, sur Dissonance, mars 2009

http://alexandrelatsa.blogspot.com/2009/10/lavenir-de-leurope-cest-la-russie_03.html

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La Fédération a les matières premières dont l’Union manque et l’Union, la technologie dont la Russie a besoin. Entre elles, il n’y a pas de compétition mais une complémentarité dont l’organisation devrait et pourrait être fondée sur des règles commerciales et un droit des affaires qui marqueraient un pas dans l’établissement d’un état de droit en Russie“.

Bernard Guetta, Libération, septembre 2010
http://www.liberation.fr/monde/01012291587-la-russie-demande-sa-main-a-l-europe

Achats de voix aux élections ?

L’agence de ré-information du territoire ZEROpa vient de passer cette nouvelle :

En Russie, cette dictature dirigé par le dictatorial Dimitri Poutinov, on achète les voix aux élections … Un de nos journalistes à pu entrer en contact avec un Russe d’origine Caucasienne qui a affirmé que l’oligarque Dassov, candidat du parti au pouvoir pour sa ville a acheté des voix, dépensant jusqu’à 100.000 Euros !”

Vous voulez en savoir plus ? La suite ici

Enfumage médiatique, itv pour le journal EUROPA

Le journal EUROPA qui se définit comme est un magazine à vocation européenne, ayant pour but de favoriser l’échange d’information entre les jeunes d’Europe. Théotime Roudin a eu l’amabilité de m’interroger dans leur dernier numéro, que je vous incite à lire non pas pour mon interview mais car il est plein de surprises. N’hésitez pas à diffuser autour de vous, et même à vous y abonner!

Pouvez-vous rappeler brièvement qq chiffres (foyers, victimes, hectares, délogés…) concernant les incendies qui ont ravagé la Russie cet été ?
Tout d’abord les incendies terribles qui ont frappé la Russie sont la conséquence d’une intense sécheresse qui a duré de fin juin à aout 2010. Le bilan est assez dramatique puisque 29 000 foyers d’incendies naturels se sont déclenchés, d’une superficie totale de 927 500 ha, causant la mort de 55 personnes, et détruisant près de 2 700 maisons1. Pendant cette canicule, des feux de tourbières autour de Moscou ont noyé la capitale dans une atmosphère de fumée assez irrespirable, qui a entrainé une sur-mortalité importante dans cette ville cet été, surtout chez les personnes âgées, de l’ordre de 60%, soit une dizaine de milliers de personnes. Au jour d’aujourd’hui des incendies mineurs continuent de brûler dans l’Altaï, à la frontière avec le Kazakhstan mais également dans l’ile de Sakhaline, sur la côte pacifique.

Comment peut-on relativiser le nombre de victimes et les forêts détruites ?
Il n’est pas question de relativiser mais d’étudier calmement les faits, voir ce qui s’est réellement passé en prenant en compte les réalités du terrain, et l’environnement.
Tout d’abord la Russie est un pays immense, très étendu, grand comme 31 fois la France et 2 fois les Etats-Unis. Le nombre de pompiers y est deux fois inférieur à celui de la France (22.000 contre 55.000) et ceux-ci ne sont pas vraiment rôdés à lutter contre des incendies de cette ampleur. La moitié du territoire russe est boisée (8 millions de km²) et de nombreuses parties de ces forêts sauvages sont des zones relativement vides, souvent pas alimentés en eau courante avec des maisons étant en bois. Il est assez facile de comprendre que les feux se soient dès lors propagés rapidement mais également que l’État ne pouvait que « peu » faire techniquement pour arrêter ces incendies. Néanmoins si l’on regarde les chiffres de plus près, on s’aperçoit que finalement les 975 000 ha qui ont brûlés ne représentent « que » 0,05% du territoire russe. On oublie vite (merci les médias) que l’incendie de Cedar (USA) en 2003 avait détruit 4 847 maisons. Je donne cette comparaison avec un pays comme l’Amérique qui est préparé et équipé à répondre aux incendies.

Vous avez constaté un acharnement « russophobe » des médias occidentaux, et notamment français, dans le traitement de ces incendies. Pourquoi est-ce que le traitement des médias européens est si orienté ou éloigné de la réalité?
La presse s’est déchaînée contre le pouvoir russe, lui attribuant toutes les responsabilités dans les dommages collatéraux de ces incendies et même dans leurs déclenchements (!). Mais enfin lorsque chaque année en Amérique brûle 3 fois ce qui a brûlé en Russie cet été 2010, on n’entend aucun journaliste marteler que la responsabilité est celle du pouvoir démocrate ou républicain en place. J’étudie intensément le traitement médiatique Français de la Russie, pays dans lequel je vis, et travaille, c’est incroyable. Il y a une volonté parfaitement claire de discréditer ce pays, de le faire passer pour une dictature, une sorte de tiers-monde noir, rouge et brun, dans lequel il n’y aurait aucune liberté et qui ne partagerait pas les valeurs « paneuropéennes » . La majorité des étrangers, généralement européens, que je rencontre sont sidérés du fossé entre ce qu’ils lisent sur la Russie dans leurs médias nationaux, et la vie réelle.
Le problème est pour l’instant politique, voire même géopolitique. La Russie est la puissance émergente qui inquiète l’Occident américano-centré, car elle n’est pas sous contrôle de l’OTAN. C’est une puissance nucléaire, politique, et qui à une vision du monde qui ne « cadre » pas avec le projet unipolaire que certains espèrent pour le monde de demain. C’est une puissance souveraine, et l’affirmation de cette souveraineté est la grosse raison du matraquage médiatique dont elle est victime dans la presse occidentale.

C’est notable que les journalistes (pas uniquement français) ne font pas toujours leur boulot (cf.l’article caniculaire du Figaro avec une photo des grévistes mexicains). Mais n’y a-t-il pas aussi une manipulation des médias russes ?
Les télés russes sont effectivement relativement contrôlés par l’état, mais pas beaucoup plus qu’en France, voire moins. Je veux dire par là qu‘il y a des médias « d’opposition stricte » au pouvoir et surtout que le « ton » employé en général dans les médias en Russie est autrement plus libre et rentre-dedans. Quant à la presse écrite elle est très variée et une réelle presse d’opposition existe. Soyons sérieux, tout autant que le pouvoir russe a une emprise relativement forte sur les médias, en France de façon très subversive on a totalement anesthésié la liberté d’expression. Et il n’y a qu’à voir la façon dont les médias français parlent de la Russie pour bien se rendre compte du niveau de totale désinformation, voire de propagande. Par contre lorsque la presse Russe parle de la France, c’est « relativement » objectif.

On a pu voir des photos du Premier ministre Poutine aux commandes d’un Canadair. Est-ce qu’il n’y a pas une manipulation de l’opinion publique ? (russe et internationale)?
Et De Gaulle en uniforme qui regarde un essai nucléaire ?! Non je ne crois vraiment pas, Vladimir Poutine a depuis son élection toujours été sur le terrain et s’est toujours comporté en homme d’action. C’est un homme de terrain et un grand sportif, et qui a toujours été au contact de la population et des événements difficiles. Effectivement il s’est donné cette image d’être là dans un avion de chasse, là dans un Canadair…C’est son style, il n’y a rien de très « manipulant » là- dessous puisqu’il est réellement comme cela, sur le terrain et cela depuis mars 2000. Il faut bien comprendre également que cela plait beaucoup aux Russes.

Est-ce que les hausses des côtes de popularité de Medvedev et Poutine en sont la conséquence ?
Les côtes des deux hommes sont relativement toujours élevées et très stables, elles ont légèrement fléchies pendant les incendies mais c’est normal après de tels événements, et au sortir d’une crise financière mondiale durant laquelle la Russie comme tous les pays du monde a été touchée. Globalement les Russes font confiance au pouvoir central.

Un programme de reconstruction est mis en place pour les personnes qui ont perdu leur logement. Combien de personnes pourra-t-il toucher ?
La reconstruction des maisons détruites est prise en charge par l’État, dans de relativement bonnes conditions. L’équivalent de 135 millions d’euros ont été débloqués pour aider les victimes des incendies. En gros 50 000 euros7 par maison ce qui est assez conséquent car les reconstructions se font selon des standards bien supérieurs à l’état des maisons détruites. En outre, chaque famille de victimes à touché une « aide » supplémentaire de 1 million de roubles, soit près de 25 000 euros. Pour ce qui se demande si les reconstructions ont vraiment lieu, il est possible de suivre en direct, via des webcams l’évolution des travaux.

Propos recueillis par Théotime Roudin

Démographie en Russie, aout 2010

Les résultats démographiques de Aout sont en ligne http://www.gks.ru/free_doc/2010/demo/edn08-10.htm.
La mortalité en hausse de 27,4% comparé à aout 2009. Le taux de mortalité mensuel observé est sans équivalent depuis janvier 2008, la mortalité étant plus élevé en général en hiver qu’en été, c’est dire.
La natalité est néanmoins aussi en hausse, de 5,2% ce qui est une bonne nouvelle.

Pour la période de janvier à aout 2010, les naissances sont donc en hausse de 1,9% mais les décès également en hausse de 2,8%.
Pourquoi ?

Bien sur la mortalité inhabituelle due à la canicule qui a frappé la Russie a beaucoup joué, rien qu’à Moscou par exemple, il y a eu 68,6% de décès supplémentaires qu’en aout 2009. Cette hausse est de 24,7% dans la région de Moscou. La hausse est de 71,1% à Lipetsk, de 68,7% à Voronej, de 75,2% à Volvograd, de 67,5% à Samara ou encore de 78,8% à Samara (!).

La surmortalité malheureusement exceptionnelle de “aout 2010” (41.000 décès de plus qu’en aout 2009) a fait que il y a 32.000 décès de plus que de naissances. Cette mortalité exceptionnelle prive la Russie d’une hausse de population pour ce mois d’aout 2010.

Ce mauvais été (juillet et surtout aout) fait que il pourrait y avoir plus de 1.800.000 naissances cette année, mais la mortalité pourrait finalement dépasser 2 millions de personnes. A noter que cela semble confirmé par le fait que sur la période Janvier à juillet 2010, il y a 50.000 entrées de moins que sur la période de janv à juillet 2009. La conséquence de tout cela : la population pourrait stagner cette année, voir très peu augmenter (comme en 2009) et ne pas augmenter de 80.000 ou 100.000 personnes, comme cela était prévisible de façon cohérente avant ces évènements tragiques.

Les commentaires dissonants de Victor Balabine

Le courrier de Russie à récemment publié un article intéressant, en citant des extraits de la correspondance de Viktor de Balabine (correspondance dont l’intégralité de l’oeuvre peut être lue la). Je vous incite à lire ces lettres extraordinaires et l’analyse des Français faite par Victor de Balabine.

Mai 1842. Lorsque Victor de Balabine prend son poste de secrétaire d’ambassade à Paris, les relations franco-russes sont des plus médiocres. Le champion de l’autocratie qu’est Nicolas Ier goûte fort peu la politique libérale du Roi des Français. De son côté, la France ne pardonne pas à la Russie la répression du soulèvement de Pologne. De part et d’autre, les ambassadeurs ont été rappelés, et les deux puissances ne sont plus représentées que par des chargés d’affaires. Pour autant, ces relations orageuses entre les gouvernements n’empêchent pas certains Russes, aristocrates fortunés pour la plupart, de voyager et de séjourner en France. Les lettres de Balabine à sa famille, écrites en français, sont un témoignage passionnant sur cette petite communauté.

Les Russes à Paris… À ces mots, un Français d’aujourd’hui imagine volontiers l’irruption d’invités bruyants et incontrôlables, capables de bouleverser en un instant le bel ordonnancement de la vie parisienne, mais aussi, en dépensant des fortunes sur un coup de tête, de faire le bonheur des commerçants locaux… Ces représentations ne sont pas nouvelles, et Balabine s’amuse ainsi en septembre 1842 de l’effarement que suscite l’arrivée de ses compatriotes : « Il pleut, dépleut, et repleut sans discontinuer ; gris, froid, humide, crotté : voilà actuellement Paris ; rhume, toux, catarrhe, voilà ses habitudes. Et quelle est la cause de cette bise précoce, sinon l’invasion des Russes ! A tout moment, clac, clac, et l’on voit s’arrêter devant l’hôtel deux ou trois berlines pyramidales, écrasées sous le poids des vaches et des malles, noires ou jaunes, et dans ces arches patriarcales, des familles entières, enfants, nourrices, bonnes et le diable et son train… »
Pour la plupart, ces arrivants sont des familles de la haute aristocratie venues passer l’hiver à Paris. Ils trouvent généralement à se loger sur la rive droite, vers la rue de la Paix, la rue de Rivoli ou le boulevard des Italiens. Quoique depuis 1834 le séjour à l’Etranger des sujets du Tsar soit limité à cinq années, il semble que certains aient été autorisés à rester plus longtemps, comme ce vieux viveur de Toufiakine, qui meurt en 1845, « et que le peuple même connaissait à cause de sa petite tête penchée et de ses jockeys rouges à Longchamp ». Avec lui disparaît une antique lignée de princes qui, d’après Dolgoroukov, « pendant toute la durée de la longue existence de leur famille, s’en sont tenus rigoureusement au principe de ne point mettre au monde de gens d’esprit »… 

Grandes dames et renégats

Balabine note la place enviée de plusieurs dames de la noblesse russe – les Galitzine, Narichkine, Choiseul, Wittgenstein, ou Davidoff. Plusieurs d’entre elles font partie des reines de beauté de la ville, et ce n’est que justice pour le jeune diplomate russe pour qui ses compatriotes soutiennent sans rougir la comparaison avec les Parisiennes : « Les Françaises, dans leur accoutrement de promenade, à la fois simple et élégant, ont sur elles un avantage marqué ; mais en revanche, le soir dans un salon et au bal, les nôtres l’emportent par leurs toilettes d’abord, toujours fraîches et de bon goût, ensuite par un certain bel air, une certaine tenue un peu raide peut-être, mais qui leur donne un je ne sais quoi de distingué et de grande dame ; enfin il y a souvent entre elles et le sexe indigène, à quelques exceptions près toutefois, la différence qu’il y a entre moi et le duc de Richelieu auprès duquel, sans me vanter, j’ai l’air d’un duc et pair. »

Très imbu de sa caste, Balabine ne mentionne pas les Russes d’autres catégories sociales, par exemple les marchands qu’il a pu à l’occasion côtoyer de par ses fonctions. De même il ne parle pas des exilés politiques, des Bakounine, Herzen, Dolgoroukov, Tchitchakov ou Golovine. S’il a certainement dû rendre compte de leurs activités dans ses dépêches officielles, il eût été peu prudent de le faire dans une correspondance privée. En revanche, il est amené à évoquer d’autres proscrits, ces Russes convertis au catholicisme et désormais personæ non gratæ au pays de l’orthodoxie. Balabine, fort hostile à la foi romaine, ne cache pas sa réprobation à l’égard de tels itinéraires spirituels. Quelques grandes dames ont lancé le mouvement, comme la comtesse Rostopchine. Plusieurs jeunes gens suivent cet exemple à l’époque de l’arrivée de Victor à Paris : le bruit court que son prédécesseur à l’Ambassade, Ivan Gagarine, dont il a repris l’appartement, veut se faire jésuite ! Plus tard, le propre frère de Balabine aura le même parcours. Le jeune attaché d’ambassade doit reconnaître, un peu à son corps défendant, l’excellent accueil que lui fait Madame Swetchine, sans doute la Russe la plus influente de Paris avec la princesse de Liéven. Les deux tiennent des salons en vue, où, par goût autant que par devoir, Balabine est amené à se rendre souvent.

Journée d’un diplomate

Un diplomate est en effet tenu par sa charge à de nombreuses obligations mondaines. Victor s’y plie avec une belle énergie. Qu’on en juge par son emploi du temps en 1845 : « Le lundi l’on va au grand Opéra ou chez le duc de Galliéra, chez Rothschild où l’on est certain de trouver de la bonne musique, puis chez Mme Alexis de Saint-Priest, chez Mme d’Aramon ; le mardi aux Italiens ou chez M. Guizot, chez le comte Molé, la duchesse de Poix, la marquise de la Grange ; le mercredi, entre autres chez Mmes Narichkine, de Chastenay ; le jeudi aux Italiens et chez le prince de Ligne… » et ainsi de suite jusqu’au dimanche. À peine trouve t- il le temps de piquer une tête dans la Seine, le matin, avant de commencer son travail à la chancellerie ! Heureusement, l’été est un peu plus calme entre deux sessions parlementaires.

Au cours de ses années parisiennes, Balabine a été partout, à la Cour comme aux séances de l’Assemblée, dans les prisons et asiles aussi bien que dans les églises et salons de peinture. Ses lettres font la part belle aux spectacles auxquels il a assisté, aux artistes qu’il a admirés ou qui l’ont déçu. Il a écouté les cours de Blanqui et les prêches de Ravignan, parlé politique avec Guizot, Thiers et Molé, littérature avec Dumas, Hugo, Mérimée et Sainte-Beuve, musique avec Berlioz… 

De toutes ces rencontres il a fait des portraits, drôles, méchants, brillants. 

– De Salvandy, futur ministre de l’Instruction publique : « ne pas s’extasier sur la beauté de Salvandy est déjà différer d’opinions avec lui, car évidemment il s’admire ». 

– De l’épouse d’Alfred de Vigny : « Imprégnée du souvenir des poétiques inspirations de cet élégant poète, mon imagination s’apprêtait à voir apparaître une femme dont la beauté pure et esthétique réaliserait, sous une forme saisissable, les rêves de son jeune mari. Quelle erreur ! une masse informe, grande, grasse et rouge, tenant le juste milieu entre la bonne et la cuisinière anglaise. » 
– Ou encore de Balzac, venu faire viser son passeport pour Saint-Pétersbourg. « Faites entrer, dis-je au garçon de bureau. Aussitôt m’apparaît un petit homme gros, gras, figure de panetier, tournure de savetier, envergure de tonnelier, allure de bonnetier, mise de cabaretier, et voilà. Il n’a pas le sou donc il va en Russie ; il va en Russie, donc il n’a pas le sou. »

Custine à l’inverse

En fin diplomate, Balabine s’efforce d’orienter l’opinion publique française dans un sens plus favorable à sa patrie. Il parvient à convaincre le publiciste Paul de Julvécourt de gommer quelques passages insultants de son roman Les Russes à Paris. Certes, il ne peut rien contre le succès de Custine en 1843. Il reconnaît d’ailleurs que l’ouvrage se lit avec intérêt, tout inexact et excessif qu’il soit. Et de remarquer : « Si j’avais du temps et de l’espace, je m’amuserais à montrer comment l’on pourrait s’y prendre pour traiter, à la manière du marquis de Custine, la France et les Français. 

* S’agirait-il des douanes : vous arrivez, votre enfant a un ABC (édition de Bruxelles) entre ses mains, confisqué, voilà pour la libre circulation de la pensée ; 

* Avec vous quelques cigares dans votre poche, confisqués, du thé, confisqué ; des dentelles, des soieries, etc.., confisqué, voilà pour la liberté du commerce. 

* Le régime de nos prisons russes est cruel ! Et le Mont-Saint-Michel avec ses détenus dont le National nous donne tous les jours le bulletin de santé ? et dans ce bulletin que lisons-nous ? Jacques s’est pendu, Pierre s’est étranglé, Jasmin est devenu fou… »

S’il s’efforce de corriger les idées reçues concernant les Russes, Balabine n’est en effet pas exempt de préjugés à l’égard des Français, qu’il n’apprécie guère. Il est moins virulent que le comte Rostopchine qui, lors de son séjour à Paris, pouvait affirmer péremptoirement : « Le Français est créé pour danser beaucoup, rire souvent, se moquer toujours et ne penser jamais ». Mais chez lui aussi on retrouve les accusations habituelles de légèreté, d’ignorance (« hors de sa sphère, le Français ne connaît rien »), d’égocentrisme et de friponnerie, les remarques classiques sur la « nature essentiellement maniable et malléable des Français ». 

Peut-être l’homme intelligent n’est-il pas celui qui n’a pas de préjugés – qui n’en a pas ? –, mais celui qui reste spirituel lorsqu’il est injuste, et c’est bien le cas de Victor de Balabine tout au long de ses lettres. 

Nicolas Ier l’appréciait à sa juste valeur, d’autant qu’il partageait tout à fait ses préventions à l’égard des Français : en 1848, Balabine, qui se trouvait en Russie, fut chargé de porter à ses compatriotes de France l’ordre de quitter un pays en proie à la Révolution. Lors de son audience de congé, l’Empereur, lui frappant sur l’épaule, lui aurait dit ces mots qui ont dû lui aller droit au cœur : « Prends bien garde au moins de ne pas te faire écharper par ces Parisiens : toutes leurs peaux ensemble ne valent pas la tienne »…