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Vladivostok, une ville au bout du monde

Cet article à été publié originalement sur Ria Novosti 
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Vladivostok, une ville au bout du monde
La Russie a bien changé, depuis le chaos des années 1990, mais il est difficile de trouver des traces de ce changement dans les médias des pays occidentaux. On y trouve le plus souvent des reportages catastrophistes et des commentaires méfiants ou simplement hostiles à la Russie en général et à son système politique en particulier.
Dans un éditorial de juin 2009, les fondateurs du journal français Le courrier de Russie ont résumé ce déficit d’image à leur manière: “Quand nous nous rendons en France,  même en ignorant les questions stupides sur le temps qu’il fait à Moscou ou le rationnement dans les magasins, nous constatons que nous faisons figure de zombies et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Pas un journal, pas une chronique, pas un magazine, pas une émission de télévision en France qui ne parle de la Russie sans souligner atteintes aux droits de l’homme, misère de la population ou argent trop facile et viols, meurtres et pillages en tous genres“.
 
Plus récemment, le premier ministre russe Vladimir Poutine a affirmé que: “De nombreux clichés ont été hérités du passé, de la guerre froide. Ces clichés, tels des mouches, planent au-dessus de l’Europe et du monde entier, ils bourdonnent aux oreilles et effraient les gens. Pourtant, la réalité est autre“.
C’est dire si le problème d’objectivité concernant la Russie est devenu préoccupant. On constate que les méfiances héritées de la guerre froide et de la débâcle économique des années 1990 ont fait naître un certain nombre de clichés que tout le monde connaît, comme par exemple l’alcoolisme, la misère, la mafia, la corruption ou encore la prostitution. On ne peut que constater aussi que les reportages sur la Russie ont souvent tendance à noircir le tableau de toutes les manières possibles. Pourtant, les choses ont vraiment énormément changé et la Russie d’aujourd’hui n’a absolument plus rien à voir avec la Russie des années 1990. Bien sûr personne ne peut affirmer que la corruption, la prostitution ou l’alcoolisme n’existent plus, ou que le pays ne rencontre plus de problèmes sociaux et économiques. Mais ils sont réellement en voie de se résorber. Et ces dernières années ont été marquées par une amélioration significative de la situation générale, que l’on pense à la hausse du niveau de vie, à l’émergence d’une solide classe moyenne, à la baisse de la pauvreté ou encore aux énormes progrès réalisés dans le domaine de la santé ou de la démographie.
Autre exemple qui traduit ce défaut d’objectivité, pendant les incendies de forêt qui ont frappé la Russie l’été dernier, certains  reporters ou journalistes occidentaux ont transformé les reportages sur cette catastrophe climatique en critique de ce qu’ils appellent “le système Poutine”, comme si le premier ministre portait sur ses épaules la responsabilité de tous les évènements tragiques qui surviennent dans le pays. 
Il y a aussi cette légende selon laquelle Moscou aurait drainé tous les bénéfices de la croissance économique de la dernière décennie, pendant que les autres villes de Russie seraient restées dans la misère et la désorganisation.
 
J’ai ramené des images bien différentes de mon voyage en Extrême-Orient le mois dernier, voyage qui m’a mené à Vladivostok. Avec son port militaire et son statut de ville fermée pendant la période soviétique, cette ville a longtemps gardé un certain mystère, qui fascinait probablement les journalistes étrangers en quête de réalité dissimulée. Aujourd’hui, à 8 heures de vol de Moscou, la ville est atteignable en low cost russe, en Boeing-777 neuf, pour moins de 150 euros. Bien que située à 9.300 km en train de Moscou et bien plus proche des grandes capitales asiatiques, Vladivostok est totalement russe. La surprise est grande d’arriver dans une ville relativement moderne, toute en montées et descentes comme San Francisco, et où il est possible de trouver autant des magasins de vins français que des caves à cigares, ou encore de déguster des huitres de l’Extrême-Orient qui sont par ailleurs délicieuses. La différence avec la capitale est assez facile à ressentir, Vladivostok est une ville douce, comme l’est le rythme de la région, en phase avec une nature incroyable, et bien loin de l’ambiance fiévreuse de la capitale. L’activité économique intense est cependant constatable à travers les nombreux chantiers liés à la préparation du sommet de l’APEC en 2012. A cette occasion les infrastructures de la ville, mais également du Kraï vont être totalement modernisées, que ce soit les routes, les hôpitaux, l’aéroport, les hôtels ou encore les ponts. C’est d’ailleurs une société française qui se charge d’un projet unique: la construction du plus long pont à câbles du monde, pour relier la ville à une île, sur laquelle sera construit un campus universitaire moderne.
 
Lorsque j’ai déménagé en Russie, mes amis étaient sceptiques quand à mon choix. Je précise que mes amis d’enfance ont pour la plupart grandi au bord de l’océan Atlantique, dans une ville ou les seules activités disponibles étaient les sports de mer, surf en tête. Il est vrai que la Russie ne leur apparaissait pas comme l’endroit idéal pour sa pratique. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’il était pourtant possible de surfer dans l’Extrême-Orient russe, que des Russes surfaient régulièrement sur place et que l’un des plus grand surfer du monde, Tom Curren, avait récemment fait un voyage sur place, domptant les vagues à Vladivostok, Nakhodka et Ioujno-Sakhalinsk. Je repense à la phrase du premier ministre russe Vladimir Poutine à la suite du choix de la Russie pour organiser la Coupe du monde de football 2018: “Venez pour la Coupe proprement dite et regardez la Russie, promenez-vous dans les villes, parlez avec les gens et ressentez le pays“.
Effectivement, la seule façon de ressentir la Russie est de s’y rendre, hors des sentiers battus, et de découvrir les incroyables atouts dont le pays dispose, même les plus inattendus.

La présence Francaise en Russie

L’institut Italien Eurasia-Riviesta m’a interviewé sur la présence Française en Russie, l’interview est consultable en Italien ici, mais je retranscris le texte en Français ci dessous.
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Tout d’abord je tiens à préciser que les relations entre la Russie et la France sont relativement anciennes. La France a toujours été, et demeure, l’un des principaux partenaires européens de la Russie. Tout au long de leur histoire vieille de plusieurs siècles, les relations franco-russes ont déterminé pour une bonne part le climat en Europe et dans le monde. Cette histoire remonte au milieu du XIe siècle, quand la fille de Yaroslav le Sage, Anne de Kiev, était devenue reine de France en épousant Henri 1er. A la mort de ce dernier, c’est elle qui assura la régence et dirigea le pays. Les premières relations diplomatiques entre la Russie et la France furent établies en 1717, lorsque le premier ambassadeur russe en France remit ses lettres de créance, signées par Pierre le Grand. Le point culminant du rapprochement entre la Russie et la France fut l’alliance militaro-politique bilatérale qui se constitua à la fin du XIXe siècle. Le symbole de ces liens d’amitié est le pont Alexandre III sur la Seine, à Paris, dont la première pierre fut posée en 1896 par l’empereur Nicolas II et l’impératrice Alexandra Fiodorovna. Avec l’instauration, le 28 octobre 1924, des relations diplomatiques entre l’URSS et la France débute l’histoire moderne de ces relations. Dans les années 90 a débuté une nouvelle étape des relations franco-russes. Les changements radicaux intervenus à cette époque sur la scène mondiale et le développement d’une nouvelle Russie ont déterminé l’essor d’un dialogue politique actif entre Moscou et Paris. Ce dialogue reposait alors, comme aujourd’hui, sur une grande convergence des positions de nos pays concernant la formation d’un nouvel ordre mondial multipolaire, les problèmes de la sécurité européenne, le règlement des conflits régionaux, le contrôle des armements.
Le document fondateur des relations entre la Russie et la France a été l’Accord du 7 février 1992 (entré en vigueur le 1er avril 1993). Il entérine l’aspiration des deux parties à développer de nouvelles relations de concorde, reposant sur la confiance, la solidarité et la coopération. La base juridique contractuelle des relations franco-russes s’est considérablement enrichie depuis : plusieurs dizaines d’accords ont été signés dans les différents domaines de la coopération bilatérale. Les relations politiques franco-russes deviennent de plus en plus denses.

Quels sont les secteurs considérés stratégiques pour les relations économiques et commerciales entre la France et la Russie ?

Le commerce russo-français s’intensifie sans trêve: ainsi sur la période 2001-2009 le chiffre d’échanges commerciaux entre les deux parties a été multiplié par cinq pour atteindre 17,128 milliards de dollars en 2009. La France est actuellement le sixième investisseur étranger en Russie et le cinquième fournisseur de la Russie. La présence française s’est non seulement maintenue mais renforcée en 2009 malgré la crise, puis en 2010 au cours de l’année croisée France-Russie. La tendance actuelle est non seulement à la confirmation de la présence française, mais aussi à de nouvelles implantations et dans de nouveaux secteurs. Les secteurs prisés par la France sont traditionnellement l’énergie (notamment l’extraction et la transformation du pétrole et du gaz), la gestion des réseaux urbains, la restauration et le commerce de détail, le bâtiment, les transports, l’aéronautique et espace, la construction automobile, l’industrie pharmaceutique, l’agriculture, l’industrie agroalimentaire, les machines et biens d’équipement ou encore les communications.

 

L’année croisée Franco-Russe aura vu une forte embellie des échanges économiques, puisque si les investissements français en Russie atteignent maintenant plus de 3 milliards d’euros, les investissements Russes en France eux se montent à 2 milliards d’euros. On peut citer quelques exemples de cette coopération croisée : il y a le domaine de la coopération énergétique avec le contrat signé entre GDF Suez et Gazprom sur l’entrée du groupe français dans le projet du gazoduc Nord Stream, le domaine des transports avec l’entrée d’Alstom au capital du premier constructeur de trains russe Transmashholding, à hauteur de 25% ou encore le domaine de la construction Automobile avec le partenariat Renault-Aftovaz.  La construction n’est pas en reste, le groupe immobilier russe Hermitage devrait construire deux tours jumelles de plus de 300 mètres à La Défense tandis que Danone et le russe Unimilk s’associent pour créer le numéro un de la filière laitière en Russie : Danone investit 1,3 milliard d’euros pour acquérir 57% du capital de la nouvelle entreprise commune. Mais il y a aussi la conception du Sukhoï Superjet-100, la construction de navires méthaniers, la réalisation de vastes infrastructures (comme la portion d’autoroute reliant Moscou à Saint-Pétersbourg ou le pont géant à Vladivotok) par la société Vinci. Egalement le renforcement de l’alliance Air France-Aeroflot pour contrer l’allemande Lufthansa très présent en Russie. Ces nouveaux marchés ne doivent cependant pas faire oublier la position traditionnellement dominante de sociétés françaises sur le marché Russe, par exemple dans le domaine de l’alimentaire, avec Auchan. Enfin l’année 2010 marque le début d’une nouvelle coopération très prometteuse dans le domaine spatial avec le premier lancement d’un lanceur Soyouz du Centre spatial guyanais.
L’objectif pour la France est clair : rattraper l’Allemagne, premier partenaire économique de la Russie. Paris, ces dernières années, est devenue le cinquième investisseur dans le pays, devançant déjà l’Italie et les Etats-Unis. En Russie en 2009 : il est recensé 500 sociétés françaises, alors que dans le même temps près de 4.000 sociétés Allemandes sont présentes. Enfin sur les 120 000 entreprises françaises présentes à l’international, moins de 6.000 travaillent avec la Russie.

 

Quels sont les problèmes rencontrés par les opérateurs français pour entrer dans le système économique et commercial russe ?
La méconnaissance du marché Russe est le principal frein aux investissements. De nombreux investisseurs Français ont une vision noire et négative  de la Russie, vision hélas favorisée par les analyses presque toujours pessimistes et fausses de la presse nationale écrite. Si vous lisez pendant un an les analyses et articles des grands quotidiens Français sur la Russie, il est vrai que cela ne donne pas envie d’investir. Pourtant si l’investissement en Russie est « risqué » (comme dans tous les pays en développement), il peut rapporter gros. Et même si la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur, ou Coface classe la Russie dans le 4e groupe, sur les 5, des pays les plus risqués, l’augmentation de la présence française en Russie est justifié : les
sociétés francaises gagnent beaucoup d’argent sur ce grand marché.

 

Bien sur la Russie à des mœurs et des traditions très particulières, comme le disait une analyse du sénat Français de 2005 : « la russie est le plus tordu des pays émergents, mais en Russie, tout est difficile, rien n’est impossible ». Les points négatifs de la Russie sont pourtant connus, il y a la corruption, qui existe malheureusement encore, même si des progrès considérables ont été faits ces dernieres années. Même si la Russie n’est plus le pays ou l’on se fait racketter par des hommes en armes comme cela pouvait être le cas dans les années 90, la corruption s’est adaptée et un droit d’entrée peut se matérialiser rapidement, lors de la participation à des appels d’offres par exemple. Le scandale qui frappe Daimler en est l’exemple le plus récent,  la société étant accusés d’avoir versé des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin à des agences gouvernementales russes pour remporter des contrats. La bureaucratie est également souvent un cauchemar pour les entreprises étrangères en Russie, la complexité administrative s’ajoutant à un système fiscal difficilement compréhensible. Enfin, les « défaillances » du système judiciaire Russe sont également une des inquiétudes principales. Mais je le répète, les choses changent vite, et dans le bon sens, il y a donc toutes les raisons d’être optimistes.

 

En  Russie si les  pratiques ne sont pas toujours compréhensibles pour les étranger, les acteurs Français font également souvent preuve d’une relative méconnaissance du système (à l’arrivée) voir de difficultés à modifier leur mentalité afin de pouvoir percer sur le marché Russe. Enfin la présence Française est encore sans doute trop concentrée sur la zone Européenne de la Russie, Moscou, Saint Saint-Pétersbourg ou Nijni-Novgorod. L’extension ailleurs en Russie est relativement lente, même si la encore les implantations en régions sont souvent facteur de réussite, que ce soit dans le sud (Bonduelle et Daucy près de Krasnodar) ou à Kalouga (PSA Peugeot Citroën). Une usine Danone fonctionne depuis plus de dix ans à Togliatti, Schneider Electric envisage d’en construire une au Tatarstan, et Lafarge a décidé de s’implanter à Krasnodar et dans les régions de Kalouga et de Sverdlovsk. Derrière l’Oural la présence française n’est relativement marquée que dans les régions d’Ekaterinbourg et de Novossibirsk, dans cette dernière ville sont présentes une 30aine de sociétés Francaises.

 

Considérez-vous suffisantes les actions du gouvernement français visant à faciliter les échanges entre la Russie et la France ?
Les efforts sont évidemment insuffisants. Ces insuffisances sont à l’échelle d’une certaine méfiance à l’égard de la Russie, voir une réelle Russophobie qui parasite les relations franco-russes. Si cela n’est pas un fait nouveau, les choses se sont relativement aggravées depuis l’élection du président Sarkozy en 2008. Celui-ci s’est entouré de conseillers et ministres issus du même moule de pensée Atlantiste que lui, c’est-à-dire des gens dogmatiquement Anti-Russes et pro Américains. En 2009, la France a réintégré l’OTAN et depuis lors tente de concilier l’inconciliable, en faisant le grand écart permanent entre les intérêts Européens, Russes et Américains et les siens. Cela lorsqu’elle ne suit pas à la trace la realpolitique Allemande, pragmatique et elle porteuse de réussite et de nouveauté.
Les contradictions entre l’adhésion aux thèses atlantistes les plus virulentes à l’égard de la Russie (mis en avant par une minorité Atlantiste) et le nécessaire pragmatisme économique et géopolitique européen ont porté un coup à la signature de l’un de plus gros contrats de l’année franco-russe: la vente à la Russie de navires de guerre français. Cette négociation annoncée conjointement par Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine le 1er mars 2010, à Paris, concerne l’acquisition de quatre Bâtiments de Projection et de Commandement (BPC) par la marine russe. Depuis les négociations butent sur deux points principaux : les transferts de technologie et le lieu de fabrication. Pour ce qui concerne les transferts technologiques, les Russes sont bien sûr intéressés, notamment par les dispositifs de calcul de conduites des opérations aériennes et cela très certainement dans l’idée de développer ultérieurement des porte-avions, la flotte russe envisageant en effet de se doter de 5 à 6 groupes aéronavals d’ici 2060. Pierre Legros, du groupe d’armement naval français DCNS a récemment affirmé (lors du salon Euronaval-2010) que “aux termes du contrat de livraison de porte-hélicoptères (Mistral) en Russie, dont la signature est prévue avant la fin de l’année, deux premiers navires doivent être construits en France. Par la suite, la Russie pourra construire elle-même deux ou quatre autres navires sous licence française”. La tergiversation aura donc duré toute l’année, si il est plausible désormais que la vente soit signée, elle démontre bien les luttes existants entre pro et anti, ou pour simplifier entre réseaux Atlantistes et Gaullistes. Or une ligne Anti Russe est aujourd’hui absolument suicidaire tant d’un point de vue politique que géopolitique, mais aussi économique lorsque l’on sait que le coût d’un navire devrait osciller entre 400 et 500 millions d’euros. Je tiens à rajouter que la défiance systématique à l’égard de la Russie dont dont preuve les médias francais, principalement de la presse écrite, me semble venir de la même mouvance Atlantiste, et que les conséquences premières sont un frein considérable aux investissements français en Russie et donc une perte d’argent, pour les Russes, mais également pour les français.

 

Par conséquent, la vente des MISTRAL est doublement importante, tant pour la France qui ainsi affirmerait son indépendance vis-à-vis de l’OTAN, que pour la Russie, qui en acquérant du matériel militaire d’un pays de l’OTAN ferait « sauter » un peu plus un verrou psychologique qui paralyse nombre de décideurs français à s’investir et à investir en Russie. C’est tout ce que l’on peut souhaiter à l’année franco-Russe, espèrer qu’elle déclenche un « reset » à l’égard de la Russie, bien loin de tous préjugés et qu’ainsi soit fait honneur à l’amitié Franco-Russe, garante de la paix entre nos deux peuples.

 

Sources :
-Ria Novosti
-France.mid.ru
-Le site de l’Assemblée nationale
-Le site de l’ambassade de France en Russie
-Realpolitik.tV

Rio Grande

Cet article à été publié originalement sur Ria Novosti 
 
Rio Grande
 

Depuis que je réside en Russie, il m’est souvent arrivé, lors de discussions avec mes amis russes, d’aborder le sujet du niveau de vie et aussi de la pauvreté. Bien sûr ce sujet est essentiel: tout le monde souhaite bien et en général mieux vivre qu’avant.

La mondialisation, grâce à la télévision et internet a permis à toute la planète de contempler et de souhaiter le niveau de vie jugé idéal: le niveau de vie occidental. Récemment dans la rubrique “Opinions des lecteurs” d’un journal russe, il était demandé à des étudiants quelle question ils souhaiteraient poser au président Medvedev. Une jolie étudiante, âgée de 23 ans avec des grands yeux d’écureuil posait la question suivante: “Dimitri Anatolievitch, quand allons-nous enfin bien vivre?”.

En Russie, le salaire moyen est d’approximativement 500 euros par mois en 2009 et de 1.000 euros par mois à Moscou. Ces chiffres sont assez déconcertants pour qui connaît le coût de la vie dans ce pays. Cependant, je dis souvent à mes amis que ces salaires moyens sont pourtant déjà bien supérieurs à ceux d’Etats de l’Union Européenne tels que la Roumanie (350 euros) ou la Bulgarie (150 euros).

La Russie, sur le papier, se situerait pour l’instant sous le niveau estonien (700 euros) ou polonais (875 euros). Evidemment, la Roumanie et l’Estonie, ce n’est pas la France. Il est vrai que le salaire moyen en France s’élève à 1.800 euros. En plus me rétorquent-ils le coût de l’immobilier en Russie (qui est un réel problème national) dépasse les niveaux de prix français! Bien sûr, ils semblent avoir raison d’un point de vue purement mathématique.

Pourtant d’autres indicateurs économiques sont plus flatteurs pour la Russie. Prenons par exemple la pauvreté. Celle-ci a reculé de moitié en dix ans, la part des Russes vivant sous le seuil de pauvreté ayant diminué de 29 à 15% de la population entre 2000 et 2009.
En France, le taux de pauvreté, qui était de 6,2% de la population en 2001 à la veille du passage à l’euro atteint aujourd’hui 13,7%. La moitié des Français en 2009 vit avec moins de 1.500 euros par mois, ce qui en France n’est vraiment pas beaucoup. Autre indicateur, le chômage. Celui-ci touche aujourd’hui 7% de la population active en Russie, alors qu’il avoisine 12% en France et presque 25% pour les moins de 24 ans.

Enfin, peut-on réellement comparer les niveaux de vie?

Il n’est pas du tout évident que 500 euros à Omsk confèrent moins de pouvoir d’achat que 1.500 euros à Bordeaux. Autre exemple, est-on plus riche à Paris qu’à Moscou avec, disons, 1.000 euros? Assurément non. En 2009, selon la Banque mondiale, la Russie se classait même devant la France pour le pouvoir d’achat par devise nationale.

Mais ces statistiques ne veulent pas tout dire. En France, par exemple, elles sont maquillées par des concepts comme la précarité, le temps partiel ou le surendettement qui explosent depuis quelques années et sont très significatifs du mal-être général. Alors bien sûr la France, via son généreux système d’aide sociale, ne laisse pas sans assistance financière les gens sans ressources ou les chômeurs. C’est encore vrai aujourd’hui mais le débat sur le coût d’un tel système (déficitaire de 23 milliards d’euros en 2010) est désormais lancé et il est plausible que la crise économique signe la fin de l’Etat providence (“Etat providence ” désigne la forme prise par l’intervention de l’État dans la vie économique et sociale-ndlr.) à la française.

Que se passera-t-il alors que l’Etat ne “peut pas” donner du travail à tous ces gens? Les Russes savent-t-ils que le niveau d’endettement de l’Etat français est tel que chaque nouveau né doit déjà 25.000 euros? En Russie a contrario, il est encore fréquent que les revenus réels soient plus élevés que les salaires, de nombreux Russes cumulant une seconde activité en parallèle à leur travail principal.

Cela est, malgré tout, possible dans une économie suffisamment souple et suffisamment dynamique, comme l’est la Russie. Une économie sans dettes mais avec des réserves financières massives. Les prévisions de croissance en Russie pour les deux ou trois prochaines années sont les plus élevées d’Europe et feraient rêver n’importe quel gouvernement de la zone Euro. Il semble donc que la Russie soit sur une phase ascendante, pendant que de nombreux pays européens, comme la France, soient dans une phase plutôt descendante.


Imaginons que durant les dix prochaines années, la situation perdure, que les niveaux de ” salaires ” continuent à augmenter en Russie et la pauvreté à diminuer, tandis que le phénomène inverse se passe en France.
Dès lors mes amis russes dans 10 ans tiendront t-ils le même discours?

Pour ma part, il me semble que l’évaluation du niveau de vie n’est pas définissable seulement par des indicateurs économiques linéaires. Cette sensation que l’avenir sera meilleur que le passé fait qu’il est devenu possible pour les Russes de ne plus regretter le passé, mais également de ne plus craindre l’avenir.
A l’inverse, les Français qui ont connu l’insouciance des “Trente Glorieuses” (cette période d’embellie économique allant de 1945 au choc pétrolier de 1973) ne cessent d’en parler comme d’un âge d’or, révolu.
La dégradation de la situation économique, sociale et identitaire a fait que les Français aujourd’hui ne sont plus sereins face à l’avenir.

Samedi soir, en allant dîner dans un restaurant de mon quartier, Rio Grande, je me suis plongé dans ces réflexions en observant les clients. Sur des morceaux de rock russe des années 1970 repris par un duo talentueux, les habitués dansaient, indépendamment de leur âge et de leurs origines sociales, pourtant très variées.

Je précise que j’habite dans un quartier excentré, un “spalniy rayon” classique au bout d’une ligne de métro. Finalement les gens avaient l’air relativement heureux et insouciant et j’en suis arrivé à la conclusion que le sentiment global de sécurité et de confiance est un indicateur fondamental du réel niveau de vie. Selon cet indicateur-là, les Russes en 2010 sont sans aucun doute parmi les premiers au classement européen.

Ces clichés, tels des mouches bourdonnent aux oreilles et effraient les gens

“De nombreux clichés ont été hérités du passé, de la guerre froide. Ces clichés, tels des mouches, planent au-dessus de l’Europe et du monde entier, ils bourdonnent aux oreilles et effraient les gens. Pourtant, la réalité est autre.”
” Venez, vous verrez comment nous préparons le Championnat du monde, venez pour la Coupe proprement dite et regardez la Russie, promenez-vous dans les villes, parlez avec les gens, et ressentez le pays”. 

Source

Un Francais en Russie –> Jacques Von Polier

Cette Année Franco-Russe s’achève et j’ai décidé de poursuivre les entretiens avec des Français de Russie. Certains de mes lecteurs connaissent peut être au moins de nom la marque de montres Soviétiques RAKETA. Ci dessus, vous aurez reconnu la belle Natalia Vodianova dont j’avais déjà parlé sur mon blog, dans un article intitulé “divine Natalia” et qui est impératrice RAKETA.
Depuis 2 ans, le Français Jacques von Polier, est à la tête de l’usine Raketa localisée à Petrovorets. Ce dernier à accepté de répondre à mes questions : interview dissonante !

Jacques von Polier bonjour, pour mes lecteurs qui ne vous connaissent pas, pourriez vous vous présenter ? Vous êtes Français si j’ai bien compris.. Quels sont vos liens avec la Russie ?
Merci de vous intéresser à notre ancienne usine de montres russes. En ce qui me concerne, je suis en Russie depuis 15 ans. Je suis arrivé comme étudiant, et je suis resté depuis dans ce merveilleux pays. De plus j’ai des racines russes qui me sont d’autant plus chères depuis que je vis ici. Depuis 2009 je suis le Directeur Exécutif du groupe Raketa, et plus particulièrement j’occupe le poste de Directeur Créatif. Je suis donc en charge du design des montres et de tout le développement créatif et artistique qui accompagnent ce genre de projet.

Pourriez vous nous présenter la société RAKETA ? Quelle est l’histoire de cette société ?
L’« Usine de Montres de Petrodvorets – Raketa » est une Usine chargée d’Histoire. Fondée en 1721 par Pierre le Grand, elle est la plus vieille usine de Russie. À ses débuts, alors que Pierre le Grand venait de fonder Saint-Petersbourg, l’Usine taillait des pierres pour la fabrication et la décoration des monuments et palais de Saint-Petersbourg. Marqueteries de marbre, vases et objets décoratifs, sortaient de l’Usine pour décorer les palais de Saint-Petersbourg. On trouve aujourd’hui encore ces magnifiques objets dans les musées et palais du monde entier, de Versailles à Sanssouci. Rapidement l’usine a aussi taillé des pierres précieuses, des bijoux. Entre autres, la couronne de Catherine la Grande et  les étoiles des tours du Kremlin sortent de nos murs. De la taille de pierres précieuses et la fabrication de bijoux à la fabrication de montres, il n’y avait qu’un pas. Dans les années 30, l’Usine commence à produire pour l’industrie horlogère des pierres techniques, pour petit à petit s’approprier le métier de l’horlogerie. A partir de 1945, l’Usine produit ses propres montres sous la marque « Pobeda ». En 1962, en l’honneur de Youri Gagarine, la marque Raketa est créée. L’Usine dans les années 70 – au sommet de sa gloire – produit jusqu’à 5 millions de montres par an. Des montres sont produites pour l’armée, la marine, les expéditions polaires et les civils.

Comment envisagez vous l’avenir de RAKETA à court et moyen terme, quel secteur de marché visez vous ?
Les Russes sont devenus les premiers consommateurs d’accessoires de mode au Monde. Aujourd’hui leur consommation acharnée dévore les marques de luxe historiques occidentales. Mais le vent tourne. Raketa étant la dernière marque historique russe d’accessoires de mode produisant réellement en Russie, sa place dans le paysage des marques de mode des années à venir est presque naturelle.

Quels avantages voyez-vous à cette marque en terme de qualité, d’images … ?
Aucune autre marque en Russie n’a un capital Historique aussi chargé. L’Usine de Petrodvorets est une des très rares manufactures de montres à réellement produire son propre mécanisme de A à Z (même en Suisse, c’est quelque chose d’extrêmement rare), nous avons recruté les meilleur horlogers au monde, dont 3 sont suisses et travaillaient avant pour les plus grandes maisons horlogères de Suisse.
Aucune autre marque en Russie n’à une telle légitimité, une telle authenticité. Je pense que les Russes veulent cette authenticité plus que tout, à condition évidemment que la qualité soit au rendez-vous. Et Raketa a mis tout en place – entre autres grâce à nos nouveaux ingénieurs suisses  – pour qu’aucune économie ne soit faite quand il s’agit de qualité.

Ou et quand pourra t-on acheter des montres RAKETA ?
Aujourd’hui vous trouverez en vente une collection temporaire basée sur des designs et des technologies de fabrication des années 70 – 80. En Janvier, nous attendons la sortie d’une nouvelle collection qui techniquement est plus aboutie et emploie des matériaux et une technologie de fabrication moderne.
D’ici quelques semaines nous ouvrons un site commerciale www.raketa-shop.com avec un service de livraison dans le monde entier. A Moscou, vous trouvez nos montres dans les bijouteries Soho et dans certains grands Hôtels. Aussi nous sommes toujours heureux de recevoir des amateurs de montres dans nos studios de design à Moscou ou à notre Usine à Saint Saint-Pétersbourg.
En Europe, nous venons d’ouvrir un bureau de représentation à Paris, chargé de développer le réseau de distribution à l’Ouest.

Vous résidez donc en Russie, quel est votre image de ce pays et de son évolution ces dernières années ? Comment envisagez vous la Russie disons en 2020 ?

En 2020, je pense que les États-Unis demanderont à la Russie une protection militaire pour les protéger de la Chine.  L’Ukraine et la Russie se seront réunifiées.  Le« Groupe Raketa » aura racheté LVMH et la boutique Raketa du RondPoint des Champs-Elysées aura enfin obtenu l’autorisation d’ouvrir le Dimanche grâce à l’intervention personnelle du président Jean Sarkozy auprès des syndicats.

Cette année est l’année croisée Franco-Russe, or on lit que les Français sont relativement frileux (par rapport aux Allemands par exemple) à s’investir en Russie .. Quels conseils pourriez vous donner à un Français qui souhaite investir, entreprendre en Russie ?
Si vraiment certains Français veulent investir leur argent en Russie, je leur conseil d’attendre l’ouverture de Capital de Raketa, et de participer à notre fabuleuse aventure))))

Souhaitez vous rajouter quelque chose ?

Merci de votre soutien à notre Usine.
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Comme vous l’aurez compris, l’usine a fêté le 03 novembre ces 289 ans !

Mieux ? RAKETA a dernièrement organise une soirée Fight Club, nous vous ne rêvez pas, RAKETA, c’est DISSONANT !

Mistral Gagnant

Cet article à été publié originalement sur Ria Novosti

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Mistral Gagnant
Lorsque la Russie a rendu public son souhait d’acquisition de Bâtiments de Projection et de Commandement (BPC) Mistral, la France a répondu par l’affirmative. Rapidement pourtant, des voix se sont élevées, exprimant des réticences à cette transaction. Ces réticences émanaient d’Etats impliqués dans des contentieux plus ou moins importants avec la Russie (Géorgie, Etats Baltes) et qui craignaient un risque de déséquilibre de la sécurité régionale, crainte accrue par le conflit d’août 2008 dans le Caucase.

Pourtant il semble irréaliste d’imaginer que la Russie de 2010 ait des intentions agressives envers un pays européen et ces réticences ont été interprétées comme une possible crispation de Washington, embarrassé par une acquisition de matériel aussi sensible. Mais le cadre est sans doute plus large et concerne l’évolution des rapports de force sur les mers, et l’affaiblissement de la domination militaire et maritime américaine, acquise durant la guerre froide. Pour mieux cerner la situation, il convient de comprendre l’utilité des Mistral et regarder dans quel contexte global la Russie souhaite cette acquisition.

Les BPC sont des outils de projection, permettant de réaliser depuis la mer des opérations terrestres. Multi-fonctionnels, ils peuvent servir au débarquement de troupes, à la lutte contre la piraterie maritime ou encore à des actions humanitaires. Le Mistral, qui appartient à cette classe BPC, peut transporter jusqu’à 1200 hommes, 16 hélicoptères, jusqu’à 120 véhicules (dont des blindés), deux aéroglisseurs et des navettes de débarquement.

Le navire comprend en outre des canons, des batteries de missiles, des installations médicales, et un centre de commandement. La forte capacité de projection et de déplacement sur des théâtres d’opérations lointains que permet ce BPC est essentielle pour la Russie qui ne possède plus à ce jour de matériel équivalent, depuis le retrait des navires de type Rogov, au début de la décennie.

Durant la guerre froide, l’URSS ainsi que les régimes non alignés rechignaient à l’acquisition de porte-avions et porte-aéronefs, guidés par un non interventionnisme et un anti-impérialisme dogmatique, lorsque ce n’était pas pour des contraintes matérielles. Dès la fin de la guerre froide, le monde a connu une décennie de domination militaire américaine totale, acquise justement par cette capacité de déplacement et projection de forces militaires à l’autre bout de la planète. 20 ans plus tard, l’émergence de puissances régionales contribue à entraîner la planète vers un multilatéralisme qui fait que désormais de nombreux pays ont  des ambitions de présence sur les océans du globe.

Hormis les traditionnelles flottes Occidentales, la Russie, la Chine, le Brésil, la Corée du sud, la Turquie ou le Japon souhaitent se doter de porte-avions ou porte-hélicoptères, ce qui devrait permettre à tous ces Etats une réelle capacité d’intervention à l’autre bout du monde au milieu du siècle. La Russie via l’amiral Vladimir Vysotsky avait montré  son intérêt pour les BPC français lors du salon Euronaval de 2008, expliquant que la Russie se préparait à construire une flotte de porte-avions, prévue pour être opérationnelle vers 2060.

Le barrage des réticences diplomatiques contourné, et les “resets” entre la Russie, l’Amérique, et l’OTAN confirmés, l’année franco-russe tombait à point. Vladimir Poutine, en confirmant dès le milieu de l’année, lors d’une visite à Paris, que Moscou ne fournirait pas de missiles S-300 à l’Iran après le vote de sanctions par l’ONU, avait en outre réglé cette épineuse question.  Les différends entre les parties au contrat portaient sur deux points : les technologies afférentes, et le lieu de fabrication. La France souhaitait une vente sans technologie de pointe et qu’au moins deux bateaux soient fabriqués en France. La Russie, elle, conditionnait l’achat aux technologies liées et souhaitait acheter un seul navire, et faire construire les trois autres en Russie.

Si l’on semble plutôt se diriger vers la formule française pour la fabrication, le premier bateau devrait être livré avec la technologie de pointe liée, et notamment les dispositifs de calcul de conduite des opérations aériennes, essentiels pour le développement ultérieur des porte-avions. Récemment, Vera Chistova, vice-ministre de la Défense pour les moyens économiques et financiers, a confirmé que les dépenses pour l’achat ont été pré-intégrées aux budgets russes des trois prochaines années.

Côté français, Le directeur de la DCNS (fabricant militaire du Mistral) Pierre Legros, a lui indiqué que ces navires disposeraient des mêmes équipements que ceux de la marine française et que les seules différences seraient un pont d’envol renforcé pour accueillir les hélicoptères russes et une coque plus résistante pour pouvoir naviguer dans des eaux glacées. Quand au PDG de l’association des chantiers où devrait être fabriqué le Mistral, il a affirmé que le premier navire pourrait être construit fin 2013 et le deuxième en 2015. Les chantiers navals russes devant être en mesure de construire seuls les autres bâtiments dès l’année 2016.

Il est donc plausible, et souhaitable, que l’année franco-russe se termine par un accord commercial et politique majeur.  Pour le président français l’enjeu est de taille, sur un plan financier, le prix d’un bateau avoisinant les 500 millions d’euros, mais également sur un plan politique, afin de prouver que la ré-intégration de l’OTAN en 2009 n’a pas ôté toute souveraineté à la France. Du côté russe, l’acquisition est importante d’un point de vue militaire, mais aussi sur le plan géopolitique, la Russie se donnant ainsi pleinement les moyens d’atteindre l’objectif de la politique entamée en mars 2000 : rester une puissance de premier plan.

Amitié France-Russie un passé, un présent, un avenir

Chers lecteurs : le cercle Aristote organise un congrès le vendredi 03 décembre, de 10:00 à 19:30, au 63 bis rue de Varenne 75007 Paris.
Le congrès aura lieu dans les locaux de “l’Institut de la Démocratie et la Coopération“.

Interventions :
–10H00 – 10H30 : Introduction générale (Pierre-Yves ROUGEYRON, président du cercle)
–10H30 – 11H30 : Valérie HALLEREAU l’oeuvre d’Alexandre I. SOLJENITSYNE en FRANCE.
–11H30 – 12H30 : Viatcheslav AVIOUTSKIY La diarchie au sommet du pouvoir russe

PAUSE DEJEUNER

–13H30 – 14H30 : Xavier MOREAU Histoire et géopolitique franco-russe.
–14H30 – 15H30 : Marc ROUSSET L’axe PARIS-BERLIN-MOSCOU
–15H30 – 16H30 : Ekaterina NAROTCHNITSKAYA L’actualité de l’alliance Franco-Russe.
–16H30 – 17H30 : Romain BESSONNET La russophobie dans les médias français
–17H30 – 18H30 : David MASCREE Politiques et perceptions franco-russes
–18H30 – 19H00 : Conclusion générale (John Laughland, directeur des études de l’IDC)

9 intervenants de qualité, 9 raisons de vous y rendre !

Brève histoire de l’oligarchie en Russie

Xavier Moreau, de Realpolitik.tv a récemment publié sur ce site un éditorial consacré à l’oligarchie en Russie. L’article est clair et concis, je me permets de le publier avec l’autorisation de l’auteur.

Le mot oligarque symbolise à lui tout seul l’histoire de la Russie de ces vingt dernières années et nous le trouvons utilisé pour désigner tout et n’importe quoi. Ce terme qui, au milieu des années 90, était synonyme de puissance et était ouvertement revendiqué est aujourd’hui récusé par les grandes fortunes de Russie, tant il est lié aux pires heures de l’ère Eltsine.

L’oligarchie a fortement évolué tout au long de la période. Certains oligarques sont tombés dans l’oubli, d’autres ont fui ou sont en prison. Les plus pragmatiques se sont adaptés en renonçant à toute prétention politique, ce qui rend d’autant le terme inadéquat pour les désigner aujourd’hui. C’est Boris Berëzovski, l’éminence grise du Président Eltsine, qui popularise pour la première fois le terme en 1996, lors d’un entretien donné au “Financial Times”. Il qualifie ainsi lui-même les sept banquiers qui ont réuni leurs moyens afin de permettre à Boris Eltsine d’être réélu Président. La misère et l’anarchie dans lesquelles était plongée la Russie, rendait un deuxième mandat peu probable pour ce piètre gestionnaire. Ces sept banquiers prétendaient contrôler plus de 50% de l’économie russe. On les surnomma “semibankirschina”. Ce terme était l’adaptation contemporaine de celui de « Sémiboyarschina », les sept boyards qui trahirent le Tsar et livrèrent Moscou aux envahisseurs polonais en 1610. En 1996, il s’agit pour ces banquiers de sauver les actifs industriels, malhonnêtement privatisés pendant les premières années de l’ère Eltsine, d’un possible retour des communistes au pouvoir.

Après s’être enrichis en détournant les fonds publics, grâce à la complicité d’hommes politiques haut-placés, ces hommes d’affaires se sont ensuite emparés pour des sommes ridicules, de pans entiers du patrimoine industriel russe, notamment dans le secteur des ressources

naturelles. En ces temps troubles, pour assurer la sécurité physique du produit de leur prédation, ils s’associèrent avec les mafias qui avaient éclos un peu partout en Russie.

Ces mafias constituaient également des entités économiques disposant de liquidités considérable à un moment où celles-ci faisaient justement défaut, et où tout était à vendre. Le plus célèbre de ces mafieux fut Anatoli Bykov, qui prit part à la guerre de l’aluminium.

Boris Abramovitch Berëzovski, homme d’affaires russo-israélien, est le plus connu de ces oligarques. Sa fortune trouve son origine dans la vente frauduleuse des voitures produites par la société d’Etat AvtoVaz, plus connue en Europe sous le nom de LADA. Il parvient ensuite à se rapprocher de la “famille” Eltsine. Il s’empare alors d’actifs pétroliers et industriels, puis de la gestion de la compagnie Aéroflot, qu’il amène au bord de la faillite.
L’éditeur de la version russe du magazine “Forbes”, le russo-américain Paul Klebnikov, lui consacre un ouvrage très critique, « le parrain du Kremlin ». Sa liberté de parole lui vaut d’être assassiné le 9 juillet 2004 à Moscou. Le soutien ouvert de Paul Klebnikov à la politique de restauration de l’Etat de Vladimir Poutine explique que son assassinat a eu très peu d’écho en France, contrairement à celui d’Anna Politovskaïa deux ans après.

Vladimir Alexandrovitch Goussinski, est également un homme d’affaires russo-israélien. Sa fortune provient de la banque qu’il fonde en 1989, et de son alliance avec le maire de Moscou, Youri Loujkov. Il fonde le premier groupe de médias privé et regroupe ses activités au sein de «Média Most». Il livre à Boris Berëzovski un combat à mort au début des années 90, puis se réconcilie avec lui en 1996, afin de soutenir la candidature d’Eltsine. Il est un membre éminent du congrès juif mondial, et fonde avec Mikhaïl Friedman, le congrès juif russe. La crise de 1998 l’affaiblit durablement.

Vladimir Olegovitch Potanine, dont le poste au ministère du commerce extérieur, lui permet de s’enrichir considérablement et de créer son groupe financier, INTERROS, et sa banque, ONEXIM est un autre oligarque fameux. En 1995, il est le concepteur du système de prêts contre actions, qui permet aux banquiers d’acquérir à peu de frais des pans entiers de l’industrie russe. Pour quelques centaines de millions de dollars prêtés à l’Etat russe à la limite de la banqueroute, les oligarques s’emparent alors d’actifs qui en valent plusieurs milliards. Vladimir Potanine, grâce à ce système, s’empare de Norilsk Nickel.

Mikhaïl Borisovitch Khodorkowski débute sa carrière comme membre influent du Komsomol de Moscou (organisation de jeunesse soviétique où étaient recrutées les futurs cadres du parti communiste). C’est grâce aux fonds de cette organisation et à ses liens avec le parti communiste, qu’il fonde sa banque, la MENATEP. Il s’empare ensuite des actifs de la compagnie Yukos grâce au système prêts contre actions.  La privatisation de Yukos est émaillée de nombreux assassinats et se fait au mépris le plus absolu du droit des actionnaires minoritaires, notamment étrangers. Le maire de Neftyougansk, où se trouve le plus gros actif de Yukos, et qui avait entrepris une grève de la faim pour obtenir le paiement des taxes dues à sa ville au bord de la ruine, est assassiné le 26 juin 1998, jour de l’anniversaire de Khodorkowski. Le chef de la sûreté de Yukos, Alexeï Pitchouguine, est toujours en prison pour ce crime. Ceux qui s’apitoient sur le sort de l’oligarque en pensant qu’il paie très cher des opérations financières feraient bien de s’informer sur les crimes de sang de l’ère Khodorkowski. Khodorkowski se lie avec les milieux d’affaires états-uniens et dépense sans compter auprès des agences de communication pour se construire une image positive, abusant les très complaisants médias occidentaux.

Mikhaïl Maratovitch Friedman reste encore aujourd’hui l’un des plus puissants hommes d’affaires russe. Avec son associé Piotr Aven, ministre du commerce extérieur au début des années 90, il fonde le groupe consortium “Alfa”, dont les fleurons sont la banque “Alfa” et la compagnie pétrolière “TNK”.

Vladimir Victorovitch Vinagradov privatise à son profit la banque d’état “Inkombank” en 1993. Il disparaît de la scène politico-économique après la banqueroute de sa banque, lors de la crise de 1998.

Alexander Pavlovitch Smolenski, condamné à l’époque soviétique pour divers trafics refait lui surface en créant la banque “Stolichny”. La privatisation à son profit de la banque d’état AGROPROM, lui permet de fonder “SBS AGRO”, première banque privée et deuxième banque de Russie. En 1998, la banque est emportée par la crise et ruine plusieurs millions de petits épargnants. Il perd alors toute influence politique, même s’il conserve sa fortune.

Ces sept banquiers ne sont pas les seuls hommes riches et influents de l’ère Eltsine, mais ce sont eux les “faiseurs de rois”. Ils ont construit leur fortune sur le triptyque “Tchénovnik” (responsable politique), mafieux, homme d’affaires. On trouve également dans les provinces russes, des oligarques locaux très puissants, ayant construit leur pouvoir sur la même base.

La crise de 1998 entraîne la disparition de deux des sept banquiers, Vinogradov et Smolenski. Une nouvelle génération apparaît alors sur les ruines de la Russie d’après la crise. Ils ont fait leur fortune dans les années 90 et sont alors au sommet de leur puissance. Ils sont plus jeunes que la première génération, mais ils lui sont très liés.

Les plus célèbres sont Mikhaïl Prokhorov, partenaire de Vladimir Potanine au sein de Norilsk Nickel, Roman Abramovitch lié à Boris Berëzovski, et Oleg Déripaska, homme-lige des frères Mikhaïl et Lev Tchernoï au sein de Russki Alumini. C’est également à cette époque que les hommes d’affaires commencent à prendre leur distance avec les mafieux qui les ont protégés.

Au début des années 2000, les oligarques se trouvent, comme en 1996,face au risque de retour au pouvoir des communistes. Même avec un contrôle quasi complet de la presse russe, les oligarques ont besoin d’un candidat crédible pour défendre leurs intérêts. Ils jettent leur dévolu sur un homme, dont la loyauté pour le Président Eltsine, leur laisse supposer qu’ils le manipuleront aussi facilement que le Président sortant. Porté par sa victoire en Tchétchénie, Vladimir Poutine est ainsi élu Président le 26 mars 2000. Mais pour les oligarques, c’est le début de la fin.

Après l’élection de Vladimir Poutine à la présidence en mars 2000, la grande question qui anime la presse occidentale est de savoir si le nouveau Président sera une marionnette entre les mains des oligarques. Etonnamment, plus Vladimir Poutine fera rentrer les oligarques dans le rang, plus il se sera la cible des attaques de cette presse, qui quelques mois auparavant, dénonçait leur emprise sur la Russie.
Le premier à faire les frais du changement de pouvoir est Vladimir Goussinski, dont les médias avaient attaqué Vladimir Poutine durant les élections. Il s’enfuit en Espagne, puis en Israël en juillet 2000. Le holding « Média-Most », criblé de dettes est démantelé et finit entre les mains du monopole gazier public, Gazprom. Ce même mois de juillet 2000, le Président Poutine convoque les oligarques pour leur annoncer les nouvelles règles auxquelles ils doivent se soumettre, s’ils ne veulent pas avoir à rendre compte de leurs multiples prédations. Ces règles sont au nombre de quatre :

  • Payer les impôts.
  • Arrêter l’évasion fiscale.
  • Réinvestir les profits des sociétés en Russie.
  • Enfin et surtout, ne plus faire de politique.

La plupart des oligarques sentent le vent tourner et se soumettent aux nouvelles règles. Deux des sept banquiers tentent pourtant de s’opposer à la volonté du nouveau Président. Le premier est Boris Berëzovski, l’ancienne éminence grise d’Eltsine, qui n’admet pas son déclassement. Mais Vladimir Poutine dirige désormais la Russie d’une main de fer. Il purge rapidement l’administration présidentielle, et sait qu’il peut compter sur le soutien des structures de forces. En 2001 Berëzovski est contraint de fuir à Londres. Il complote depuis la capitale anglaise et devient un ennemi juré du Kremlin. Il finance toutes les formes d’opposition à Vladimir Poutine, en Russie comme à l’étranger. Il soutient la prise de pouvoir de Mikhaïl Saakhachvili en Géorgie en 2003, puis la révolution orange en Ukraine en 2004. Il soutient le terroriste tchétchène Akhmed Zakaïev, réfugié également à Londres. Il promet régulièrement de grandes révélations sur Vladimir Poutine, sans que rien de concluant ne soit jamais publié. Il bénéficie en outre de la protection des services secrets anglais.

Le deuxième oligarque à ne pas accepter la nouvelle donne est Mikhaïl Khodorkowski. Les médias occidentaux, alimentés par les agences de communication américaines ont, à tort, attribué l’arrestation de l’oligarque à de prétendues ambitions politiques, et ont tâché d’en faire un nouveau Soljenitsyne. Khodorkowski tombe pour des motifs moins glorieux. A partir de 2003, Il se met à financer toutes les oppositions possibles à la Douma, des communistes jusqu’aux libéraux. Il espère ainsi former un groupe parlementaire lequel lui permettrait de bloquer la réforme fiscale qu’a entreprise Vladimir Poutine. Entre 2003 et 2004, la taxation des bénéfices des compagnies pétrolières russes est effectivement passée de 5% à 30% en moyenne. L’oligarque a également l’intention de faire entrer massivement des compagnies américaines dans l’actionnariat de Youkos, que ce soit Chevron ou Exxon. Enfin, il veut s’affranchir du monopole du transport des hydrocarbures de « Transneft » et construire avec les Chinois, un pipeline qui relierait directement ses forages à la Chine. Il est peu vraisemblable que Khodorkowski ait eu une ambition politique personnelle, il était trop intelligent pour ne pas savoir qu’il représentait tout ce que le peuple russe haïssait. La condamnation de Khodorkowski et de ses associés, extrêmement populaire auprès des Russes, marque réellement la fin du système oligarchique en Russie. Il semble en outre que Vladimir Poutine considère personnellement, que Khodorkowski doive payer pour les crimes de sang trop nombreux qui ont entouré la privatisation de Youkos, notamment celle du maire de Youganskneft, le jour de l’anniversaire de l’oligarque. C’est dans ce sens que Vladimir Poutine a comparé dernièrement la situation de Khodorkowski à celle d’Al Capone, ce mafieux américain, condamné non pas pour ses crimes de sang, improuvables, mais pour fraude fiscale.

L’exemple de Khodorkowski porte ses fruits, les conglomérats de matières premières paient désormais leurs taxes. Le Kremlin en profite pour remettre la main sur plusieurs actifs industriels. Ceux de Youkos passent sous le contrôle de la compagnie publique Gazprom en 2004. En 2005, Sibneft, la compagnie de Berëzovski puis d’Abramovitch est également rachetée par Gazprom et devient Gazpromneft.

Des sept banquiers de 1996, il n’en reste que deux. L’un des deux, Vladimir Potanine, a annoncé en février 2010, qu’il léguera sa fortune de plus de $5 milliards, à des œuvres de bienfaisance. Le second est Mikhaïl Friedman, dont on annonce la chute depuis plusieurs années sans qu’elle se soit produite pour l’instant. La jeune génération des Déripaska, Abrahmovitch ou Prokhorov a abandonné la politique au profit des affaires, des stations de ski et des clubs de football. De plus, la crise de 2008 a affaibli durement Déripaska, qui ne doit la préservation de son empire qu’au prêt de $4,5  milliards que lui accorde le gouvernement russe au travers de la VnechEconomBank.

Comme un signe des temps, Dimitri Medvedev et Vladimir Poutine ont annoncé le lancement d’une vague de privatisations, mais cette fois, elles rapporteront plus de $40 milliards à l’état russe, et permettront à des sociétés étrangères d’entrer dans le capital et la gestion de ces sociétés. Le temps des oligarques est désormais révolu, aucun homme d’affaire russe, si riche soit-il, n’a plus les moyens de faire élire le Président de la Fédération de Russie. Contrairement aux affirmations romanesques de Pierre Avril dans le Figaro, ceux qu’il appelle les « nouveaux oligarques » sont en fait des hommes d’affaires, qui sont certes très proches du gouvernement et en ont profité pour accroître leur fortune, mais n’influent pas sur les décisions politiques. Ce défi que Vladimir Poutine a réussi à relever, vaincre les oligarchies dont certaines l’avaient mené au pouvoir, est exactement le même qui se pose aujourd’hui à Viktor Ianoukovitch en Ukraine et… à Barack Obama aux Etats-Unis.

Xavier Moreau