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Ou vont les touristes russes?

L’article original a été publie sur Ria Novosti.
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Le mois d’août est bien entamé et Moscou désertée par le gros de ses habitants. Paris au mois d’août, Moscou au mois d’août, il y a quelque chose d’agréable dans ce vide relatif d’une grande ville en plein été. La température cette année n’est pas caniculaire comme l’année dernière, Moscou n’est pas noyée dans la fumée des tourbières, et il y a de la place partout, même si les travaux sur l’anneau périphérique  (le Koltso) sont une vraie catastrophe pour la circulation. A Moscou, le métro est relativement vide et les cafés aussi et franchement ça fait du bien, un peu moins de cohue. Pour une grande partie des moscovites le mois d’août est un mois hors du temps. Nombreux sont ceux qui quittent la ville et partent à la Dacha.

Ces petites maisons de campagne, au confort parfois sommaire, permettent de sortir du monde moderne et revenir à une relation plus saine et directe avec la nature. La pêche, le repos, et la préparation des shashliks (brochettes) sont généralement les occupations principales du Dachnik lambda.

Mais les Russes sont également de plus en plus nombreux à partir en vacances à l’étranger. Bien que le pays soit immense, proposant des théâtres de tourisme très variés, de plus en plus de russes ont, dès la chute du mur, et à la mesure de leurs moyens, profité de la possibilité d’aller enfin voir le monde extérieur, ce qui était quasiment mission impossible à  l’époque de  l’URSS. Dès les années 2000 le flux de touristes russes vers les pays étrangers n’a cessé de se développer. Les destinations prisées par les russes sont, ce n’est pas une surprise les pays chauds, en bord de mer. Des endroits ou on trouve ce qui fait cruellement défaut en Russie, hormis dans le sud du pays: de la chaleur et de la lumière.

En 2010, le nombre de touristes russes ayant voyagé à l’étranger pendant les 9 premiers mois de l’année avait augmenté de 34 % par rapport a 2009, pour atteindre près de 9,79 millions de personnes. Bien sur l’année 2009 était une année de crise, et 2010 une année de sortie de crise. Il est intéressant de regarder ou vont ces touristes russes. La Turquie a été le pays le plus visité par les Russes avec plus de 2,16 millions de touristes, soit une hausse de 26% en 2010 par rapport à 2009.
L’Egypte se classe en deuxième position avec plus de 1,5 million de touristes. Dans ces deux pays, les russes représentent respectivement 7,6 et 13,6% des touristes étrangers qui visitent le pays. En 3ème position on trouve la Chine qui en 2010 a vu un peu plus de 1 million de touristes russes visiter le pays, ces derniers ne représentant que 2% du total des touristes étrangers en Chine. Les pays occidentaux les plus visités par les Russes sont la France, les Etats Unis et l’Allemagne. Mais de nouvelles destinations deviennent à la mode chez les Russes de la classe moyenne.

La Russie occupe par exemple aujourd’hui le deuxième rang, après les États-Unis, dans le tourisme entrant en Israël. En 2010 plus de 550.000 touristes russes ont visité Israël, une augmentation de 37% par rapport à 2009 et de près de 55% par rapport à 2008. L’abolition des visas pour les touristes russes en Israël a sans doute été l’un des facteurs déclenchants de cet essor touristique. LeMexique est aussi l’un des bénéficiaires de cette hausse du tourisme des Russes puisqu’en 2010 plus de 27.000 Russes ont visité le Mexique, soit une hausse de 134% en glissement annuel. En janvier-avril 2011, le nombre de touristes russes y a déjà atteint plus de 14.000 personnes, les chiffres de 2010 seront sans doute dépassés cette année.

Le Vietnam également joue la carte russe puisque selon les statistiques de l’Administration nationale du tourisme,  au cours de ces cinq dernières années, le nombre de visiteurs venus de Russie a augmenté de 20% à 30% par an, et en 2010, le Vietnam a accueilli près de 100.000 Russes.
Pour l’été 2011 les choses semblent cependant avoir sensiblement changé, en partie à cause du contexte international. Selon un récent sondage du Centre d’étude de l’opinion publique russe (VTsIOM), 56% des Russes resteront à la maison et 19% partiront à la campagne pendant les vacances.

En outre les Russes sont cette année prêts à dépenser 17.102 roubles (424 euros) pour leurs vacances d’été soit sensiblement plus que en 2010 (16.207 roubles soit 400 euros). Selon le Service fédéral russe des statistiques (Rosstat), le salaire moyen en Russie s’est chiffré à quelque 548 euros en mars dernier.

L’instabilité née des révolutions du printemps arabe est un facteur inquiétant, tant pour les touristes russes que pour les états d’accueil comme l’Egypte, la Tunisie ou la Syrie, qui voient disparaitre une manne financière importante. Mais le malheur de certaines destinations soleil fait le bonheur des autres, puisque Chypre et la Grèce par exemple semblent bénéficier en 2011 d’un afflux de touristes russes qui allaient sans doute précédemment de l’autre côté de la méditerranée. Le Cyprus Mail du 3 mai dernier expliquait que le tourisme russe vers Chypre était en plein essor. Avec 146.000 touristes en 2007, 181.000 en 2008, 149.000 en 2009 (effet de la crise) et 224.000 en 2010. Pour l’année 2011, ce sont près de 300.000 touristes russes qui devraient visiter l’ile, un record absolu.

Mais si les flux de touristes russes vers l’étranger sont en hausse, la Russie semble avoir du mal à s’imposer comme une destination attractive pour les touristes étrangers. L’Allemagne se classe la première en 2010 pour le nombre de touristes ayant visité la Russie, avec plus de 306.000 entrées, suivie des États-Unis (145000), à égalité avec la Grande-Bretagne. La Finlande occupe la quatrième place avec 110.000 touristes. Au total, en 2010, seulement 4,5 millions de touristes ont visité la Russie. De plus, le nombre de touristes issus des pays occidentaux est en net recul, en moyenne de 10 à 15% pour l’année 2011. Pourquoi? Nombre de touristes pointent du doigt les difficultés de la procédure d’obtention des visas ou l’absence d’infrastructures adaptées. Le prix des séjours en Russie hors tour-opérateurs est souvent un problème car il est vrai que dans certaines villes du pays les tarifs des hôtels sont excessivement élevés.

Pour résoudre ce problème, les autorités russes ont développé un ambitieux projet de transformation de la Russie en une destination touristique majeure. Dès cette année, 62,5 millions d’euros du budget seront alloués au développement du tourisme dans six régions du pays. Et dans les sept prochaines années, plus de 7,5 milliards d’euros seront dépensés pour l’infrastructure touristique. L’objectif est que d’ici la fin de cette période, jusqu’à 25 millions de touristes étrangers visitent la Russie et que le marché du tourisme en Russie se développe jusqu’à générer des rentrées de 15 milliards de dollars par an en 2018. Les autorités de la ville de Moscou, de leur côté, ont présenté un programme qui vise à faire passer le nombre des touristes étrangers dans la capitale russe à près de 10 millions de personnes d’ici 2020.

Sans aucun doute, l’amélioration et la modernisation des infrastructures est une priorité pour que le tourisme puisse se développer en Russie. Un défaut de communication de la partie russe semble également responsable du faible attrait que le pays procure, alors que la Russie regorge de villes et villages pittoresques, et d’espaces immenses où la nature  est encore intacte.

En dehors des plans nationaux pour développer le tourisme en Russie, il y a des initiatives régionales comme c’est le cas en Carélie, où il est prévu de faire augmenter d’ici à 2015 de 50% le nombre de touristes étrangers qui visitent la région. Cette hausse du tourisme se fera en partie par le renforcement de l’intégration européenne, puisque les spécialistes russes du tourisme local ont élaboré un grand projet qui prévoit de créer un nouvel itinéraire international – l’Anneau scandinave – reliant les pays scandinaves au nord européen de la Russie.

Moscou – Pékin

Le réseau ferroviaire Eurasiatique poursuit son développement. 
Le 15 août, Russian Railways (chemins de fer de Russie) a inauguré un nouvel itinéraire international reliant Moscou à Pékin. Le lancement d’un train touristique sur cette ligne constitue une étape importante pour le développement du tourisme ferroviaire international. Les trains touristiques se distinguent des trains grandes lignes par le fait que le voyageur n’est pas réduit à réaliser un trajet d’un point à un autre: le processus de voyage lui-même constitue un élément central du programme touristique.
Des touristes de 20 pays, provenant de presque tous les continents (Amérique latine, Asie, Australie et Europe) voyageront à bord du train Moscou -Pékin, qui a pris le départ le 15 août 2011 et arrivera en gare de Pékin le 29 août. 
Le train Moscou – Pékin comporte 21 wagons.
Les rames sont constituées des types de wagons suivants :
– voitures-couchettes (pouvant accueillir trois ou quatre passagers).
– voitures-lits (pouvant accueillir un ou deux passagers).
– voitures luxe (pouvant accueillir un ou deux passagers).
 

Le train comporte deux wagons restaurants, un wagon bar, un wagon salle à manger, et un wagon spécial équipé de cabines de douche. Le wagon équipé des douches est destiné aux passagers voyageant dans les voitures-couchettes et les voitures-lits. Les passagers voitures luxe ont la possibilité de prendre une douche à l’intérieur de leur compartiment.


Le trajet du train Moscou – Pékin prévoit des escales et des programmes touristiques dans les villes de Kazan, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, Oulan-Oude, Oulan-Bator et Erlian. L’itinéraire d’excursions prévoit un voyage sur le lac Baïkal. Au cours du voyage, les voyageurs se verront proposer de goûter des plats de la cuisine nationale, et déguster des produits gastronomiques.  En outre, les participants du périple pourront prendre part à divers programmes de divertissement et soirées musicales, visionner des films et s’essayer à l’apprentissage de la langue russe.
Le service est assuré en sept langues.
Parallèlement, on lancera un train touristique dans le sens contraire, entre Pékin et Moscou, dont le premier voyage s’étendra entre le 20 août et le 4 septembre.

Source : la lettre d’information de la RZD

Affaire Breivik, la piste russe?

L’article original a été publie sur Ria Novosti

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L’Europe n’a décidément pas de chance. Alors qu’elle est en pleine crise politique, démographique, morale et monétaire, voila que la foudre de la haine s’abat sur un petit pays scandinave considéré comme un émirat du nord: la Norvège. Ce pays de 4,7 millions d’habitants compte aujourd’hui parmi les plus riches du monde, avec une politique sociale très développée. La Norvège est classé première pour l’indice de développement humain et est membre fondateur de l’Otan. Sa prospérité est en grande partie due aux matières premières, et le pays ne fait pas partie de la zone euro, mais il fait partie de l’espace Schengen. Comment a-t-on pu en arriver au drame du 22 juillet dans ce pays?

 

La Scandinavie n’est pas étrangère aux actions violentes. En septembre 2008 en Finlande par exemple, un déséquilibré avait ouvert le feu dans son lycée, sur le modèle de ces serial-killers américains, qui confondent réalité et jeux vidéo. Mais cette fois le profil du tueur norvégien étonne. Il se dit chrétien protestant, néoconservateur, franc-maçon et il a décidé de passer à la lutte armée contre le nouveau multiculturalisme européen. Tout aussi étonnant, le calme dont il fait preuve jusqu’à présent tout du moins, alors qu’il risque au minimum 21 ans de prison, et qu’une accusation de crime contre l’humanité pourrait être retenue contre lui.

 

Breivik, qui avait entamé il y a déjà plusieurs années une désocialisation destinée à lui laisser le temps de passer à l’acte et se préparer à devenir un martyr, ne semble pas avoir été victime d’un excès de jeux vidéos, mais au contraire d’une profonde révolte contre la société, qu’il a exprimée en semant la mort autour de lui. La haine de
Breivik ne s’est pas retournée contre les immigrés mais contre le principal parti de gauche du pays, jugé à ses yeux responsable de la politique migratoire qui aurait défiguré sa Norvège en lui imposant un modèle de civilisation multiculturel. C’est une chose que beaucoup de gens ignorent : La Norvège est l’un des pays les plus généreux et les plus ouverts de l’union européenne, et l’un de ceux qui a accueilli  le plus d’étrangers, qui représentent près de 12% de la population, avec un taux proche de 30% dans la capitale Oslo.

 

La radio “Voix de la Russie” m’a demandé mon opinion sur les probabilités d’une telle explosion en Russie et aussi ce que je pensais de ces sites internet extrémistes qui
prennent ouvertement la défense de Breivik, tant sur la plateforme Livejournal que sur Vkontatke, le Facebook russe. N’a-t-on pas en effet Poutine et la démocratie dirigiste russe? Celui-ci n’a-t-il pas clairement dit dans son manifeste que le mouvement de templiers libérateurs qui devaient sauver l’Europe devait s’apparenter à la structure de jeunesse russe Nashi?

Il y a là une source de confusions et d’amalgames qui viennent à la fois de ces articles de presse et des déclarations de ce serial killer. Quel rapport avec le régime politique de la Russie ou avec le mouvement Nashi? Il semble évident que Breivik ne connait pas du tout la Russie. S’il avait observé l’organisation Nashi, il aurait constaté que c’est un mouvement plus patriote que nationaliste, qui se revendique comme une structure démocratique et antifasciste, bien intégrée dans la vie politique du pays. Les Nashi défendent la Russie plurielle et l’état, comme en témoigne leur attitude lors de la marche russe ou ils déploient des drapeaux de chaque province du pays. Ou encore l’organisation de milices antifascistes pour prévenir les agressions contre les  immigrés lors des journées à risques. Leur site est clair à ce sujet, avec de nombreuses photos qui ne laissent aucun doute sur l’orientation réelle du mouvement. Ils ont du reste violemment démenti les accusations à leur égard suite aux citations de Breivik.

 

Quand à Vladimir Poutine, il a inlassablement défendu la Russie multiethnique depuis son élection en affirmant que “La Russie est un État multiethnique, et c’est précisément ce qui fait sa force. Ceux qui torpillent ces fondements de l’État, quoi qu’ils en disent, déstabilisent, sans conteste, le pays”.  On est donc bien loin des
fantasmes de Breivik. Visiblement, l’abus d’une certaine presse mal informée et qui désinforme (par incompétence ou de façon involontaire) nuit gravement à la santé et Breivik en est la première victime. On peut du reste se demander pourquoi il n’y a que si peu d’articles consacrés aux autres références du Norvégien, que ce soit Winston Churchill, ou encore Nicolas Sarkozy, jugé par Breivik “pas mauvais” dans sa lutte contre l’islamisation de la France.

 

 Peut-on alors imaginer qu’un fou ouvre le feu dans la rue en visant des innocents en Russie  pour mêmes raisons que Breivik? Il me semble qu’il y a des différences fondamentales entres les nations européennes, dont la population vieillissante se crispe face à une immigration souvent massive et récente, bouleversant les modes de vies, et la Russie, qui est un pays “multiculturel de souche“. Bien sûr il est très facile de créer des pages Facebook et d’envoyer des commentaires anonymes pour donner l’illusion d’une masse active, comme cela avait été le cas en décembre 2010 lors des émeutes à Moscou. Bien sûr il y aura toujours une minorité de radicaux pour se réjouir d’un acte de violence contre un système qu’ils jugent coupable de tous les maux. Mais le problème est surtout que personne ne peut empêcher un fou de procéder à un acte criminel de cet ordre, comme c’est le cas très régulièrement aux Etats-Unis. Aucun pays n’est donc à l’abri, à l’heure d’internet et alors qu’il est possible de se procurer des armes à peu près partout dans le monde.

 

Je ne crois pas que l’affaire Breivik ait un rapport quelconque avec la Russie. Par contre elle est sans doute le signe d’un dérèglement au sein d’une Europe en totale mutation et qui fait face à une modification profonde de son environnement et de son identité. Comme l’a précisé récemment le Directeur de l’Institut des pays de la CEI, Konstantin Zatouline: “l’Europe perd son identité et sa culture”. Plus significatif peut être, des députés et sénateurs européens Italiens et Roumains ont déjà dédouané en quelque sorte certaines idées du soit disant templier Breivik. Sans une reprise économique solide et surtout la mise en place d’une politique migratoire digne de ce nom l’union européenne se prépare visiblement des périodes de forte instabilité.

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Le point demographique de mi-2011

Les chiffres de la situation démographique en Russie pour les 6 premiers mois de 2011 sont disponibles.
La natalité est en baisse, il y avait eu 868.836  naissance sur les 6 premiers mois de 2010, contre 842.579 sur les 6 premiers mois de 2011. Il y a donc 26.257 naissances de moins sur 6 mois.
L’année 2011 devrait voir un peu plus de 1,7 millions de naissances comme c’est le cas depuis 2008, la seconde partie de l’année étant plus fertile que la première. L’année 2011 devrait voir sensiblement le même nombre de naissances qu’en 2008.

La mortalité est également en baisse, 1.010.988 décès ont eu lien sur les 6 premiers mois de 2010 contre 981.399 en 2011. Il y a donc eu 29.589 décès de moins en 6 mois.

L’année 2012 devrait voir mois de 2 millions de décès, pour la première fois depuis 1993 ce qui est une excellente nouvelle. A noter la baisse du nombre de décès par accidents de la route, par la tuberculose a cause des maladies cardio-vasculaires. Enfin la mortalité infantile est en baisse  notable, en 2005, onze enfants sur 1.000 mouraient en Russie avant l’âge d’un an, contre seulement 3,5 morts sur 1.000 naissances en Europe. Au premier semestre de 2011, le taux de mortalité infantile était de 7,1/1000.

Le nombre de mariages est en hausse, de 463.263 pour les 6 premiers mois de 2010 contre 473.263 pour les 6 premiers mois de 2011, soit 10.018 mariages de plus.

Le nombre de divorces est lui en hausse sur les 6 premiers mois de 2011 (320.302) par rapport a 2010 (310.467), soit 9.835 de plus.

Bilan de cette  moitie d’année 2011, la dépopulation de la Russie continue a ralentir, de janvier a juin 2010 la Russie avait perdu 142.152 habitants, contre138.220 cette année. La hausse du nombre de mariages est supérieure a la hausse du nombre de divorces, ce qui est encourageant.
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Deux indices semblent confirmer l’amélioration de la situation générale.
Le premier concerne le sida, en septembre 2009 j’expliquais que le problème du Sida allait etre contenu et que le nombre de contaminés allait baisser. Il semble que l’année 2011 marque le début de cette baisse. Depuis 1987 et le premier cas de sida recencé en Russie, chaque année voyait entre 55.000 et 56.000 nouveaux
cas, et une hausse constante. En 2009 58.527 infectés ont été dépistés, contre 58.633 en 2010.
Sur les 6 premiers mois de 2011 23.000 cas ont été recensés, ce qui semble traduire le début d’un ralentissement de l’épidémie.
Je rappelle que officiellement 612.600 personnes sont porteuses du virus du sida au 1 juin 2011 en  Russie.
Autre bonne nouvelle, le nombre de décès par cancer a baissé de 1,1% sur les 6 premiers mois de 2011 ce qui n’était pas arrivé depuis 1999.

Vers un terrible mois d’août 2011?

L’article original a été publie sur Ria Novosti

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Aujourd’hui c’est le 3 août. Une date qui rime généralement en France avec été, chaleur, RTT et vacances. Pour les russes le mois d’août rime aussi avec vacances et détente. Soit à l’étranger, j’y reviendrai, soit à la datcha  pour être loin de toute l’agitation des villes et surtout proche de la nature. La Russie cette année n’est pas épargnée par la chaleur et la fin de ce mois de juillet a apporté des températures exceptionnelles dans sa partie européenne : Il a fait par exemple 33° à Arkhangelsk dans le grand nord russe, 35° à Moscou et  plus de 40° dans le sud, vers la Mer Noire. Ces températures élevées ont entraîné des départs d’incendies, comme c’est malheureusement le cas chaque année. Le pays devrait néanmoins cette année échapper à la situation catastrophique de l’année dernière. Malgré tout le mois d’août est attendu avec méfiance par les russes. Ce n’est pas à cause des prévisions météorologiques qui sont plutôt rassurantes, car il va faire moins chaud et même pleuvoir ce qui devrait permettre de calmer les incendies en cours. Ce n’est pas non plus à cause des élections qui vont avoir lieu à l’automne et dont les résultats ne devraient pas apporter de  changements inquiétants. C’est parce qu’il y a souvent eu des évènements graves en août. Comme une malédiction, ce huitième mois de l’année a souvent été en Russie le moment ou des bouleversements imprévus se produisent ou annoncent des catastrophes ou des changements majeurs.


En août 1914 la Russie entre dans le premier conflit mondial. C’est en août 1939 que le pacte Molotov-Ribentrop sera signé, on sait ce qu’il advint, ce pacte de non agression aboutira à l’agression allemande contre l’URSS.  En août 1968 les troupes soviétiques rentrent dans Prague. En août 1961 débutera la construction du mur de Berlin.


En août 1991, un coup d’état éclate, fomenté contre Boris Eltsine, coup d’état qui échouera, et accélérera l’effondrement de l’URSS. Août 1996 va voir la fin de la première guerre de Tchétchénie, qui est un désastre pour la jeune fédération de Russie. Seulement deux ans plus tard, en août 1998, la plus grave crise économique de son histoire récente frappe la Russie. La monnaie est dévaluée, les investisseurs étrangers quittent le pays et les banques et marchés financiers s’effondrent, ruinant des dizaines de milliers d’épargnants.


Un an plus tard, en août 1999, Vladimir Poutine est nommé premier ministre par le président Eltsine, tremplin vers sa prise de pouvoir. Le même mois voit l’invasion du Daguestan par des séparatistes Tchétchènes, cet événement amènera au déclenchement de la deuxième guerre de Tchétchénie. La Russie entre dans le second millénaire de façon chaotique puisque le mois d’aout 2000 verra le pays frappé par un grand nombre d’évènements tragiques. Il  y aura d’abord l’attentat place Pouchkine le 8 août 2000, puis le 12 août 2000 la tragédie du Koursk, ce sous marin qui a coulé avec ses 118 membres d’équipage. Enfin le 27 août un grand incendie ravage la tour de la télévision d’Ostankino, l’un des symboles de Moscou. L’année suivante, 2001,  déroge à la règle puisque le mois d’août sera relativement calme. En août 2002, des températures élevées et une forte canicule entraînent de très graves incendies, sans doute les pires de l’histoire moderne après ceux de 2010.

 

En août 2004, deux femmes-kamikazes portant des ceintures d’explosifs se font exploser à bord de deux avions de ligne russes. Le 1ier septembre de la même année, des terroristes envahissent la paisible ville de Beslan en Ossétie et prennent en otage des enfants dans une école. Leur libération sera chaotique, près de 344 personnes perdront la vie dont 186 enfants. En août 2005 le premier cas de grippe aviaire est diagnostiqué en Russie. Août 2006 et 2007 seront très calmes et offriront un répit aux russes. En août 2008, la guerre de Géorgie éclate, elle durera 5 jours et verra les soldats russes repousser les troupes géorgiennes hors de l’Ossétie du Sud. Le cessez le feu sera signé le 16 août. En août 2009, une explosion survient à la centrale hydroélectrique de Saïano-Chouchensk (Rushydro). Malgré l’intervention de près de deux mille sauveteurs, 75 personnes perdent la vie. L’accident serait un attentat revendiqué par des Tchétchènes qui disent avoir posé une bombe dans la salle des machines, mais cela n’a jamais pu être confirmé. Enfin l’été 2010 voit le pays être frappé par des incendies d’une ampleur incroyable, les pires depuis 1.000 ans diront certains officiels russes. Plus d’un million d’hectares brûleront, 3.000 maisons seront détruites et 62 personnes perdront la vie dans ces incendies. Les conséquences économiques seront énormes, puisque la canicule de l’été 2010 et les incendies ont finalement coûté un point de croissance à l’économie du pays.
Alors que nous réserve août 2011? Bien sur le pays reste menacé par le terrorisme et récemment le leader terroriste Doku Oumarov a de nouveau menacé la Russie d’une année de sang et de larmes.  Très récemment (à la fin du mois de juillet), les autorités russes ont annoncé avoir déjoué un attentat qui aurait du visé des infrastructures (en août ?) en Russie. Depuis le début de la saison des incendies, en cet été 2011, 1 million d’hectares ont déjà brûlé, soit autant que pendant tout l’été dernier. Malgré tout et même si les incendies devraient être très étendus cette année, beaucoup de précautions nouvelles ont été prises pour que les vies humaines soient préservées et les habitations protégées. Quand aux Moscovites, ils devraient échapper cette année à l’épreuve des incendies de tourbières, qui avaient rendu l’air brûlant du mois d’aout 2010 vraiment irrespirable dans toute la ville.
Pour autant, nous souhaitons tous un mois d’août 2011 et plus largement un été calme. Les conséquences de la crise financière de 2008 sont en train de s’estomper, il y a de l’optimisme dans l’air. De plus, la Russie a besoin de sérénité pour aborder les échéances électorales qui arrivent.

Politique et erotisme

L’article original a été publie sur Ria Novosti.
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Alors que la Russie se prépare à des élections législatives en décembre prochain, puis à une élection présidentielle en mars 2012, la question qui hante les commentateurs et observateurs politiques est toujours sans réponse : Qui sera candidat à la présidentielle, Dimitri Medvedev ou Vladimir Poutine? Le suspense est plus fort que jamais. Ci et là des personnalités russes ont parfois déjà exprimé leur préférence pour l’un ou l’autre des candidats, sans que toutefois n’émerge de ligne de fracture vraiment visible dans l’opinion, hormis pour quelques analystes soit zélés, soit extra-lucides. Pour autant, certains commentateurs ont déjà appelé à ce que les deux hommes forts du régime s’affrontent, ce qui serait la preuve d’une réelle pluralité de la scène politique russe.

Lors d’une interview donnée récemment au journal français le courrier de Russie, Maxime Mishenko, député de Russie Unie, rappelait lui l’importance des élections législatives qui: « définissent les présidentielles  et c’est une des spécificités russes. Si le parti au pouvoir remportait ces élections, alors les élections présidentielles vont être très calmes (…) Bien sûr, les deux leaders Medvedev et Poutine vont se mettre d’accord au préalable sur la personne qui va poser sa candidature: ils ont une force politique commune qu’ils doivent mettre au service des ces élections ». Officiellement donc, et cela avait été confirmé par le président Medvedev, Russie Unie devrait présenter un candidat pour le prochain mandat de président qui , c’est une première, durera 6 ans (2012 – 2018) contre 4 auparavant. Les deux hommes forts du régime n’ont en effet pas exclu leur participation à l’élection présidentielle et ils ont jusqu’à présent toujours affirmé que la décision serait prise conjointement, et ce dans le but de proposer un seul candidat de Russie Unie à la présidence.

Quoi qu’il en soit, malgré les affirmations pessimistes de nombre de commentateurs sur l’effritement du soutien populaire à Russie unie et au tandem Medvedev – Poutine, en cet été 2012 les dirigeants russes actuels ont raison de croire en leur victoire commune aux prochaines élections législatives de cette fin d’année. Le centre de sondages Wciom a en effet récemment interrogé 1600 personnes dans près de 138 communes afin d’évaluer les intentions de vote. Qu’en ressort t-il ? Que le parti Russie Unie devrait recueillir 58% des voix (contre 64% aux législatives de 2007), le parti Communiste (KPRF) est crédité de 14 ,7% (contre 11,7% aux législatives de 2007) et le parti nationaliste libéral-démocrate (LDPR) de 9,8% (contre 8,14% aux législatives de 2007). Le parti de centre gauche Russie Juste est lui crédité de 7,3% (contre 7,74% aux législatives de 2007) et enfin l’opposition libérale est-elle créditée de 2,8% (contre 1,59% aux législatives de 2007). A noter un nouveau venu dans la politique russe, le parti Cause Juste de l’oligarque Michael Prokhorov, que l’on peut qualifier de national-libéral, et crédité cependant de seulement 4,1% des voix, alors que ce parti récent a été considéré comme un potentiel futur contrepoids à Russie Unie.
Ces deux échéances électorales sont très importantes car elles devraient permettre de choisir les leaders qui dirigeront la Russie jusqu’à quasiment 2020. Si Vladimir Poutine, âgé de 59 ans en 2012 n’était pas candidat, il semble peu probable qu’il puisse revenir à ce poste après 2018, alors qu’il est évident que la carrière de Dimitri Medvedev, seulement âgé de 47 ans en 2012, est par contre loin d’être terminée quoi qu’il arrive. Celui-ci avait du reste récemment affirmé qu’il se voyait bien un jour diriger un parti politique. Etait-ce une boutade, suite à l’affirmation de la direction du parti dominant (Russie unie) qui a dit préférer une candidature de Vladimir Poutine en 2012? Ou alors un énième message destiné à brouiller les cartes ? Dimitri Medvedev est cependant pour l’instant le seul des deux candidats à avoir déclaré qu’il fallait s’attendre à ce qu’il se représente en 2012. En 2007, Vladimir Poutine alors président avait attendu le mois de décembre pour désigner son successeur et candidat à la présidentielle de mars 2008, Dimitri Medvedev. Par conséquent tout est encore possible, mais le choix de Russie Unie est visiblement de garder la décision secrète le plus longtemps  possible, pour des raisons tactiques évidentes. Cette méthode empêche pour le moment les autres partis politiques de développer des arguments contre Russie Unie. Le premier ministre Vladimir Poutine, jouissant d’une côte de popularité intacte dans le pays, aurait sans doute toutes les chances d’être élu, quel que soit son adversaire. Il semble donc que la clef du résultat de l’élection de 2012 dépende en très grande partie de lui, ce qui n’est pas une surprise pour les lecteurs de Ria Novosti.
L’humour s’est introduit dans la campagne électorale en cours. Vladimir Poutine  bénéficie d’un nouveau soutien de poids, puisque récemment une ligue de jeunes filles s’est constituée pour encourager  l’homme fort de la Russie. Dans un clip déjà visionné 1,5 millions de fois, une russe du nom de Diana explique qu’elle est prête à tout déchirer pour Poutine, y compris ses vêtements. Ces derniers jours des actions de ces jeunes filles ont eu lieu à  Moscou, pour le plus grand plaisir des moscovites. Place Pouskinskaia tout d’abord, quelques dizaines de militantes se sont rassemblées, mais également dans le sud ouest de la ville et elles ont organisé des nettoyages gratuits de voitures pour monter leur soutien au premier ministre mais également à l’industrie automobile russe. Contrairement aux affirmations de certains, qui ont vu dans ces actions  un témoignage du culte de la personnalité qui se créé autour de Poutine, ou encore comparé ces jeunes filles a la variante russe des amazones de Kadhafi, le premier ministre n’est pas le seul concerné par ces témoignages affectueux des jeunes russes. Au début du mois des activistes féminines avaient déjà organisé une action “embrasse le président Medvedev” et s’étaient rassemblées sur la place rouge pour embrasser une effigie du président Medvedev. Cette action avait lieu pendant la journée du baiser en Russie.
Ces manifestations politico-érotiques  de groupes féminins ne sont pas du reste propres à la Russie. En  Ukraine le mouvement nationaliste et traditionaliste Femen organise  souvent des actions coup de poing  de protestation en petite tenue (voir ici ou la). Les militantes de Femen ont du reste publiquement affirmé leur soutien aux activistes féminines moscovites en organisant une manifestation de soutien en Ukraine, seins à l’air. Elles ont aussi décidé de fonder un parti politique féminin en 2012. Et si ces jeunes femmes Slaves préparaient une révolution dans la manière de faire de la politique?

La phrase du jour par Vlad Sobell

Lu sur ROPV

I would, therefore, give the following advice to Western democracies that want ultimate power fall into the hands of Medvedev (or, eventually, someone other than Putin): 
First, stop censoring the Russian regime and please note that it is supported by vast majority of the electorate. 
Second, focus on your own problems – namely, the moral decay and systemic flaws of your economies.

Russia’s governance will normalize more quickly if the West stops interfering in its domestic affairs. This is the only realistic way forward.

Le Latsa d’or

Le courrier de Russie à récemment publié une interview très intéressante de Anne Belvèze, je laisse mes lecteurs la consulter sur le site du journal en question, néanmoins je me permettrais d’en reproduire ici une partie à mon sens fondamentale.
Anne Belvèze: Elles (NDLR les femmes russes) ont sur le dos une forte pression familiale, c’est vrai. Plus vous montez dans la hiérarchie, moins il y a de femmes : 35% – alors qu’elles sont brillantes ! C’est une perte colossale pour l’entreprise. 
Les enfants ne sont pas des boulets, au contraire : c’est un bonheur, une motivation ! Et là, pour le coup, je sais de quoi je parle : les enfants sont là, ils nous portent, on a un rôle modèle à donner, surtout aux garçons.

Mazars, désormais, est devenue une vraie usine à bébés : on a un taux de natalité incroyable. Car on a pris certaines mesures : travail à distance, aménagement des horaires, congésmaternité… et plus ça va, plus les mères reviennent tôt de congé maternité.

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Voila sans aucun doute un exemple à suivre pour nombre d’employeurs.
Bravo Anne Belvèze,voila une femme française qui mérite définitivement le Latsa d’or 2011 ! 🙂