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Aout 2011, record de naissances depuis 1991

Le mois d’aout 2011 a vu 173.200 naissances. Les données ne sont pas encore sur Rosstat, mais l’information a ete donnée par la ministre Tatyana Golikova, la ministre de la santé.Ce chiffre de 173:200 naissances est un record mensuel absolu depuis la fin de l’URSS en 1991.
A titre comparatif, la moyenne pour l’année 2010 (année qui a vu le plus de naissances depuis 1991) est de 149.130 naissances / mois.
Sources : Ria Novosti en anglais.

Rostov la douce

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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Des lecteurs m’ont demandé à quoi ressemblent les villages et les petites villes russes. J’ai donc décidé de passer beaucoup de temps à explorer la Russie des petites villes pendant les prochains mois. Celles de l’Anneau d’or peut être, mais surtout des villes beaucoup moins touristiques et plus éloignées de la capitale, comme par exempleBlagovechtchensk en Extrême-Orient ou je me rendrais bientôt. Ces voyages donneront lieu à des tribunes et bien sûr à des reportages photographiques sur la Russie d’aujourd’hui, qui seront transférés sur mon site. (J’ai du reste déjà commencé à le faire.)

 

Récemment, je suis allé visiter Rostov Velikii, dans l’oblast de Iaroslavl. C’est à environ 200 kilomètres au nord est de Moscou. Cette toute petite ville (moins de 35.000 habitants) n’est pas la plus caractéristique des petites villes russes car elle est un lieu touristique célèbre et on y voit  donc à longueur d’année une quantité de touristes, étrangers bien sûr mais surtout russes.

Le transport en Marshutka depuis Moscou (ces micro-autobus qui sillonnent la capitale ou relient les villes entre elles) est une solution économique et vraiment déroutante, comme parfaitement illustrée ici. La route (Iaroslavskoe Chossee puis la route M8) qui va de Moscou à Iaroslavl en passant par Rostov est de relativement bonne qualité, bien que très chargée. Cela démontre bien que le problème des routes de Russie n’est peut être plus un problème si récurrent. Les quelques 200 kms en Marshutka rappellent cependant à quel point si les routes ne sont donc pas toutes mauvaises, les mentalités au volant en Russie laissent parfois à désirer. La douzaine de passagers pourtant tous russes n’a du reste pas supporté les accélérations, les embardées et les multiples coups de volant de notre chauffeur (qui conduisait en tongs). Un des passagers, Nikolaï, qui partait en week-end chez lui à Iaroslavl a en effet simplement régurgité son diner du soir sur sa voisine, qu’il ne connaissait du reste pas encore. Ne me demandez pas comment, mais sitôt l’information transmise au chauffeur, celui-ci a pilé, arrêtant l’autobus sur la bande d’arrêt d’urgence de la route afin de nettoyer tout ça, ce qu’il réussit à faire en un temps record, et d’une façon que je n’arrive toujours pas à m’expliquer. L’arrivée à Rostov 3 heures et demi plus tard, dans la nuit, marque tout de suite une rupture avec la bruyante capitale. On voit dans la nuit que la ville est déserte, peu illuminée et calme.

“Qu’y a-t-il à voir à Rostov?” vont me demander beaucoup de lecteurs pas ou peu familiarisés avec les quelques petites villes touristiques russes autour de Moscou, dont celles de l’anneau d’or. Tout d’abord la ville est située au bord d’un lac qui porte le nom de lac noir. Il est très profond et très sombre à cause du tapis de boue de plusieurs mètres qui tapisse le fond. A cause de ce caprice de la géologie, il est théoriquement formellement interdit de s’y baigner. La ville est l’une des plus anciennes de Russie, puisqu’elle est déjà citée dans de vieux textes russes datant du 9ème siècle. Avant même l’arrivée des premières tribus slaves, la région de Rostov, autour du lac, était occupée par un peuple Finno-ougrien, les Mériens. Cet héritage Finno-ougrien se retrouve notamment dans les incroyables motifs colorés (voir ici et la) autour des fenêtres des maisons en bois. Des types de motifs que l’on retrouve aussi dans le grand nord russe enCarélie ou l’héritage Finno-ougrien est encore plus marqué.

Rostov Velikii est aujourd’hui un centre touristique mais également un important lieu de pèlerinage. La ville est enroulée autour d’un magnifique Kremlin central qui date de la fin du 17ème siècle et comprend 5 églises et 2 cathédrales dont la cathédrale de l’assomption avec son  beffroi et ses 13 immenses cloches. Le Kremlin vaut vraiment la visite, tant pour la beauté des églises que pour l’incroyable atmosphère qui y règne. Pouvoir se poser un moment dans un petit café orthodoxe ou des sœurs servent du Kvas et des pirojkis  maison est un moment inoubliable. Le monastère Spaso-Yakovlevsky est la seconde merveille à voir à Rostov. Le monastère est situé un peu à l’extérieur de la ville et accessible à pied ou en bateau. Le plus agréable est de le rejoindre en taxi-bateau, dont un certain nombre sont parqués au bord du lac et attendent les clients. Pour 3 ou 4 euros il est possible de se faire déposer devant le monastère après une ballade autour de l’ile centrale du lac. Le monastère a été fondé au 14ème siècle, c’est aussi l’endroit ou sont célébrés les mariages de cette petite ville. La ferveur et la simplicité des croyants qui viennent prier et se recueillir est très émouvante, surtout pour un français dont le pays est aujourd’hui reloativement dénué de toute spiritualité. Les fidèles orthodoxes se signent à genoux devant le tombeau de Dimitri de Rostov.
Un week-end à Rostov, si proche de Moscou, c’est une impression de sortir du temps, accentuée par de petits détails. Par exemple croiser au bord du lac une famille de gitans tout droit sortis d’un film de Kusturica, le fils à vélo et le père à cheval, pendant que la mère attache tranquillement sa sympathique chèvre devant l’embarcadère! On passe le temps à observer les gens qui marchent le long du lac, tantôt des locaux, tantôt des touristes en groupes suivant leurs guides. Quand la nuit tombe Rostov prend une autre dimension, les maisons en bois sont peu éclairées et le côté petite ville russe d’autrefois se fait encore plus sentir. Je ne m’explique pas pourquoi la ville est littéralement occupée par des milliers de corbeaux noirs dont la présence n’est pourtant pas dérangeante. “Vous avez bien fait de venir l’été” m’a dit la dame qui tenait l’hôtel ou je me suis arrêté, “l’hiver après 16 heures il n’y a plus personne dans les rues”. Il faut signaler que le manoir Pleshanov, à Rostov Velikii, peut servir de point de ralliement. Le restaurant bar est ouvert 7 jours/7, 24 heures/24, tout comme l’ensemble sauna/piscine du manoir. La gastronomie des restaurants de la ville mériterait une tribune à elle seule, avec surtout le menu du restaurant du dit manoir qui fait 63 pages comme dans certains restaurants de province en France. On y trouve un grand nombre de plats traditionnels russes, mais aussi toutes sortes de fondues ou encore de la cuisine européenne et asiatique. La cuisine proposée est l’une des meilleures, sinon la meilleure que j’ai pu goûter en Russie.

Un week-end ensoleillé à Rostov suffit pour décompresser totalement de Moscou. Pour les touristes étrangers, la ville est facilement accessible depuis la capitale. (A ceux qui ne veulent pas conduire ni se faire de frayeurs, je conseille le train plutôt que la marschutka). C’est un bon endroit pour respirer l’ambiance d’un petit morceau de Russie hors du temps.

Collaboration avec l’IRIS

Chers lecteurs je suis très heureux de vous annoncer la publication ce mercredi 14 septembre de ma toute première contribution à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). 

Fruit d’une initiative privée, l’IRIS a été créé en 1991. L’IRIS est progressivement parvenu à s’imposer comme un acteur incontournable de la recherche française traitant des questions stratégiques et internationales. L’origine de la création de l’IRIS relève de la volonté de satisfaire trois objectifs principaux :
– Contribuer à la recherche et au débat sur les questions internationales et stratégiques, en offrant une lecture différente et originale des enjeux nationaux et internationaux ;
– Créer un centre d’expertise réellement indépendant ;
– Créer un lieu de dialogue et de réflexion entre tous ceux qui composent la communauté stratégique, spécialistes venus d’horizons professionnels et philosophiques différents: responsables politiques, hauts fonctionnaires, industriels, militaires, experts et universitaires.

L’IRIS en 2010 a été classé à la 25ème place dans la catégorie des meilleurs instituts spécialisés sur les questions internationales et de sécurité par l’Université de Pennsylvanie, dans son classement du « Global Go-To Think Tank 2010 ». 

Mon premier article intitulé “Russie, la solution est dans la croissance” traite des aspects économiques de la situation démographique en Russie et est consultable ici.
Il a été publié au sein de l’Observatoire stratégique et économique de l’espace post-soviétique dirigé par Philippe Migault.

Le 21ème siècle, siècle de l’Arctique?

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L’article original a été publié sur Ria Novosti.
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Très prochainement aura lieu à Arkhangelsk, dans le grand nord russe, la deuxièmeédition du forum international “Arctique, territoire de dialogue”, organisé par la Société géographique de Russie. Pour la majorité arctique rime avec pôle nord c’est à dire une zone glaciale, peuplée d’ours blancs et de manchots, avec une faible présence humaine. 
Pour  d’autres, plus initiés (dont sans doute bon nombre de lecteurs de Ria Novosti) l’Arctique est au contraire  un formidable théâtre  d’opérations, avec un potentiel minier important. C’est également une zone de rivalités entre grandes puissances, préfigurant la bataille pour l’énergie que connaîtra sans doute ce siècle. Cette tension autour du pôle nord n’est pas totalement nouvelle. Durant la guerre froide, soviétiques et américains considéraient l’Arctique comme passage le plus court pour observer l’autre mais aussi comme passerelle géographique en cas d’interventions militaires. Pour Jean Claude Besida, l’Arctique est devenu à ce moment là une “interface géopolitique entre puissances”. 

Après la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide, les pays riverains de l’Arctique (Russie, Canada, Norvège, Danemark, Etats-Unis) ont constitué trois organisations de coopération régionale destinées à promouvoir la collaboration entre les états ayant des intérêts dans  la zone: Le conseil des états de la mer Baltique en 1992, La Coopération de Barents en 1993 et enfin Le Conseil de l’Arctique en 1996. Auparavant, en 1982, la convention des nations unies sur le droit de la mer avait été signée à Montego Bay, mais elle n’est entrée en vigueur qu’en 1994. Ce timide réchauffement des relations s’est accompagné d’un réchauffement climatique aux conséquences majeures pour la planète.La fonte des glaces devrait en effet s’accélérer durant ce siècle, puisque depuis 1979 la superficie de glace en Arctique a diminué de 20%, et qu’elle devrait encore diminuer de 50% d’ici 2100. Cette fonte des glaces ouvre des perspectives économiques et stratégiques majeures, via le développement de routes commerciales maritimes bien plus courtes, plus rentables et plus sûres, entre l’Occident et l’Asie. 

Deux variantes principales existent, la route du nord qui longe les côtes de la Sibérie et la route du nord ouest qui passe à travers le grand nord Canadien. En outre, on estime qu’un quart des réserves mondiales non encore découvertes de pétrole et de gaz se situent en Arctique. La région est également très riche en minerais divers (nickel, fer, phosphates, cuivre, cobalt, charbon, or, étain, tungstène, uranium ou argent). Enfin L’Arctique comprend également les plus vastes réserves d’eau douce de la planète. Le retour de la Russie dans le concert des puissances internationales a considérablement changé la donne dans la région Arctique. En effet, si les relations entre la Russie et les puissances du nord se sont timidement et diplomatiquement réchauffées, il reste que tous les Etats concernés ainsi que les états au statut d’observateur comme la France sont membres de l’OTAN, sauf la Russie.

Avec leur statut de futurs propriétaires des routes commerciales, Russie et Canada ont décidé d’affirmer activement leur souveraineté sur la région. Lors d’une mémorable expédition en 2007, la Russie a planté son drapeau au fond de l’océan Arctique en utilisant des bathyscaphes. A l’époque, la presse anglaise avait comparé cette expédition aux premiers pas de l’homme sur la lune en 1969 en termes de témérité et de performance technologique. Mais au delà de la prouesse technique, l’expédition a montré l’importance que les autorités russes accordent à cette zone. Si l’Arctique ne représente que 1,5% de sa population, la région compte déjà pour 11% de son PIB et 22% de ses exportations. Enfin, 75% des habitants de l’Arctique sont russes.

La Russie a aussi la frontière arctique la plus longue. Par conséquent une militarisation de l’Arctique est en cours. Elle est alimentée par les cinq nations qui ont des revendications sur la région: États-Unis, Canada, Russie, Danemark et Norvège. Plus récemment, la Grande-Bretagne, la Finlande et la Suède ont également rejoint le débat sur  l’Arctique. Symbole de cette démonstration dissuasive occidentale, les manœuvres militaires Nanook qui ont lieu dans le cadre de l’OTAN tous les étés. Chaque année le nombre de participants et la quantité de matériel impliqué sont en hausse. Cet été par exemple, 100 militaires étrangers se sont entrainés avec plus d’un millier de soldats canadiens. En 2008, les entrainements étaient basés sur le scénario d’un état envahissant l’Arctique. Il est légitime de se demander à quel état les organisateurs pensaient, sachant encore une fois que le seul état Arctique non membre de l’Otan et n’ayant donc pas participé à ces manœuvres est la Russie.

Flotterait-il un parfum de nouvelle guerre fraîche entre russes d’un coté, et américano-canadiens de l’autre? La Norvège vient d’annoncer un projet visant à établir un commandement arctique interarmées, une force de réaction arctique et un renforcement de la base aérienne de Thulé pour la partager avec ses alliés de l’OTAN.
Le Canada, pour sa part,  a récemment décidé de développer les effectifs et le matériel de ses brigades arctiques. Quand à la Russie, elle revendique clairement sa souveraineté sur une bonne partie de la dorsale sous marine Lomonossov. Certains officiels affirmaient déjà en 2008, tel le général Vladimir Chamane, que “le pays devait être prêt à faire la guerre en arctique si nécessaire”. Cette année a vu la création de deux nouvelles brigades arctiques pour contribuer à la protection des intérêts nationaux russes dans la région. Mais par ailleurs, la Russie affirme vouloir faire de l’Arctique un territoire de dialogue et écarte par avance tout risque de conflit dans cette zone du monde. Récemment, l’influent premier ministre Vladimir Poutine a rappelé que: “La sécurité et les intérêts géopolitiques de la Russie sont liés à l’Arctique”. Enfin en dehors des Etats Unis, riverains de l’Arctique via l’Alaska, d’autres pays plus lointains ont manifesté récemment des visées sur l’Arctique: La Chine ou encore l’Iran.

Routes commerciales du futur, exploitation des richesses minières, l’Arctique va sans doute faire l’objet de tractations compliquées et de nouveaux rapports de force entre puissances. Pour les européens, le filtre Otan et nord-américain ne semble pas le plus conforme à leurs intérêts. En effet un équilibre en Arctique n’est pas concevable sans la Russie. En outre, à l’heure ou le moyen orient multiplie les signes d’instabilité, et alors que le besoin en énergie va augmenter durant le siècle, le rapprochement avec la Russie semble plus que jamais utile. C’est ce qu’a laissé entendre l’ambassadeur français pour l’Arctique Michel Rocard: “La Russie est une puissance arctique disposant de nombreux atouts (expérience, matériel…) pour assurer le développement de la route commerciale arctique”.
Russes et européens ont sans doute l’occasion de faire ensemble de l’Arctique un territoire de paix et de dialogue, et d’utiliser ces richesses ensemble, afin de renforcer leurs positions dans le monde.

Les Russes votent, Poutine doit-il s’en faire ?

medvedev_poutineDimanche 4 décembre, les Russes votent pour élire les députés à la Douma d’Etat, la chambre basse du Parlement. Ce sera la troisième élection législative de “l’ère Poutine”. Depuis la Constitution de 1993, l’Assemblée russe est composée de 450 députés élus pour un mandat de quatre ans. 225 députés sont élus au suffrage universel direct et 225 sont élus au suffrage proportionnel. La Douma actuelle est présidée par Boris Gryzlov, membre de Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, alors que la précédente Douma était présidée par un éminent membre du parti communiste russe, la plus importante force d’opposition du pays. Le scrutin se tiendra dans 95 000 bureaux de vote à travers tout le pays, mais également dans 145 pays pour les millions de ressortissants russes vivant à l’étranger. Quelque 650 observateurs internationaux sont accrédités pour surveiller l’élection. Continue reading

Révoltes arabes: diplomatie 2.0?

L’article original a été publie sur Ria Novosti.
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Alors que les évènements en Libye ont visiblement définitivement basculé avec la chute du leader libyen Mouammar Kadhafi, tous les regards sont désormais braqués sur la Syrie de Bachar el-Assad. Durant les sept premiers mois de l’année 2011, face au printemps, puis à l’été arabe, la diplomatie russe a souvent semblé hésitante alors que de
nombreux observateurs s’attendaient  à des positions tranchées, dans la continuité d’une certaine ligne diplomatique bien éprouvée.

 
Bien au contraire, la Russie a eu une position attentiste et prudente, dans laquelle il n’a pas été facile de discerner une quelconque ligne directrice. L’affaire libyenne a même provoqué un début de confusion dans la diplomatie russe: en effet, le premier ministre russe en mars dernier avait assimilé l’opération militaire occidentale en Libye a une croisade alors que  le président avait déclaré dès le lendemain que le terme de croisade était inadapté et inacceptable. Nombre de spécialistes et  bservateurs, à ce moment là, ont imaginé que c’était le début des hostilités entre les deux hommes en vue de l’élection présidentielle russe de 2012, mais également l’apparition  au grand jour de deux courants d’idées qui pourraient s’affronter, au cœur du pouvoir russe. Le jour suivant, le porte-parole du Kremlin avait affirmé que les propos du président Medvedev n’étaient  pas destinés au premier ministre mais qu’il s’agissait d’une réponse à une déclaration du guide libyen qui avait aussi accusé les occidentaux de mener une croisade contre son pays.
Pour autant, l’absence d’utilisation du droit de veto par la Russie, au moment de la résolution  1973 de l’ONU est un fait concret, qui a été interprété comme un replacement diplomatique de la Russie. Aujourd’hui,  alors que la Syrie, considérée comme proche de Moscou, est face à une situation chaotique, et que certains leaders politiques ont déjà affirmé que le pays est le suivant sur la liste, que pourrait-il se passer ? Quelle pourrait être la position de la Russie en cas de vote d’une résolution de l’ONU contre le régime syrien ? Plus globalement quelles conclusions peut-on tirer des prises de position diplomatiques russes récentes à propos des évènements  dans le monde arabe?
Tout d’abord il faut écarter ce mythe selon lequel il y aurait une liste d’Etats autoritaires destinés à subir des révolutions démocratiques inévitables, certaines de renverser les pouvoirs en place. Le mécanisme des révolutions organisées (révolutions de couleurs) qui ont eu lieu en Eurasie, puis plus récemment en Tunisie ou en Egypte par exemple, n’a pas réussi partout. Un certain nombre d’états politiquement et économiquement solides n’ont pas succombé aux manifestations de masse et aux désordres organisés, que l’on pense à la Russie, à la Biélorussie, à l’Iran,  au Venezuela ou encore à la Chine. Par ailleurs, il faut remarquer que les révolutions qui ont eu lieu en Tunisie et en Egypte  ont rapidement débouché sur des problèmes économiques importants et n’ont pas encore livré de résultats clairs en matière de gains démocratiques. Mais les évènements en Libye ou en Syrie n’ont plus rien à voir avec ces mécanismes de tentatives de révoltes non violentes. Il s’agit de rebellions organisées, militarisées (par plusieurs puissances occidentales dans le cas de la Libye), et  basées sur des oppositions tribales, ethniques, ou  religieuses. La diversité des situations a faitque la Russie n’est pas le seul Etat à faire preuve de prudence face aux évènements qui secouent le monde arabe.
La Russie avait voté la résolution 1970 de l’ONU (embargo sur les armes).  Elle était opposée au vote de la résolution 1973, mais s’est abstenue plutôt que de faire veto. En agissant ainsi, la Russie ne s’est pas du tout isolée comme l’a très bien noté note l’analyste Eugene Ivanov. Au contraire, elle a rejoint un  groupe d’abstentionnistes, composé de la Chine, de l’Allemagne, du Brésil mais également de l’Inde.  Une ligne BRIC élargie à l’Allemagne, moteur de l’Europe. Cette coïncidence entre les positions de la Russie et de l’Allemagne est un fait nouveau et intéressant,  surtout au moment ou la France s’alignait sur les positions anglo-saxonnes et guerroyait aux cotés de l’Angleterre, puis de l’Otan.
Bien sur la personnalité du guide Libyen, indéfendable sur la scène internationale a surement incité les états qui étaient opposés à l’intervention militaire, comme la Russie ou la Chine, à ne pas prendre position plus fermement. Pour la Russie, la perte financière potentielle sur les contrats engagés avec le gouvernement Kadhafi n’a
visiblement pas justifié de froisser une partie de la communauté internationale avec laquelle la Russie est en négociations sur des sujets très sensibles, comme l’entrée dans l’OMC ou le bouclier anti-missiles en Europe. En outre les représentants de l’opposition libyenne viennent d’affirmer qu’ils envisageaient de coopérer avec les pays industrialisés, y compris la Russie et la Chine, au nom de la renaissance et du redressement de la Libye.
La Syrie est sans doute un autre cas de figure. Pendant le mois d’août, la Russie et la Chine se sont opposées au vote de la résolution proposée par le conseil des droits de l’homme. Mieux la Russie est à l’origine d’une nouvelle résolution, soutenue par le groupe BRIC, ce qui montre qu’elle entend ne pas être écartée du dossier Syrien.

Aujourd’hui la ligne officielle russe est celle du soutien au pouvoir Syrien. Ce soutien de la Russie à  la Syrie est interprété de diverses manières. Fidélité à un allié de longue date, ou désir d’éviter une déstabilisation de la région, Liban et Israël compris.

Pour autant, en Libye comme en Syrie, la Russie a envoyé ses représentants discuter des le début avec l’opposition. Toujours pendant  le mois d’août le président russe a fermement incité le leader Syrien à réformer le système politique du pays, emboitant ainsi le pas à la Turquie (un allié de longue date de la Syrie et de la Russie) mais aussi à ligue arabe, qui a également fermement condamné la répression excessive des manifestations. Cet alignement sur les prises de position de la ligue arabe montre que Moscou est sorti du dogmatisme postsoviétique de défense systématique des leaders historiques, en étant prête à collaborer avec une certaine ligne médiane et modérée,
représentée par la  ligue arabe.
Traduction de cette récente politique pragmatique développée par les autorités russes dans la région: La turbine de la centrale nucléaire de Bouchehr (construite par la Russie) en Iran a été testée avec succès mardi 23 août. Dans le même temps ou presque, Téhéran  a affirmé  soutenir l’initiative russe de relance des négociations entre l’Iran et les grandes puissances du groupe 5+1 sur le programme nucléaire controversé de Téhéran, négociations pourtant dans  l’impasse depuis de nombreux
mois.

20 ans deja

L’article original a été publie sur Ria Novosti
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La Russie vient la semaine dernière de célébrer un anniversaire peu banal. En effet, le vendredi 19 août 2011 était le 20ème anniversaire du putsch de Moscou. Cet évènement anodin pour beaucoup de Français, surtout pour les jeunes, a pourtant eu une importance capitale. Non seulement l’échec du putsch a scellé le destin de l’URSS mais il a aussi également accéléré  l’apparition de la nouvelle Russie.
L’URSS connaissait depuis 1985 et l’élection du président Gorbatchev des réformes assez radicales, qui devaient transformer l’Union soviétique. Ces réformes, plus connues sous le nom de Perestroïka, ne suscitaient pas l’adhésion d’une aile dure et conservatrice au sein de la société et notamment au sein du puissant parti communiste. En outre, les agitations nationalistes dans diverses républiques soviétiques faisaient craindre à cette même aile conservatrice des velléités d’indépendance dans ces républiques, qui auraient fatalement porté atteinte à
l’intégrité territoriale et politique de l’Union Soviétique.

Le 19 août 1991, ils décidèrent donc de démettre de force le président Gorbatchev en organisant un putsch militaire, notamment pour empêcher la signature d’un traité qui annonçait à leurs yeux la fin imminente de l’URSS. Le putsch était coordonné notamment par le responsable du KGB Vladimir Krioutchkov, le ministre des Affaires intérieures (MVD) Boris Pougo et le ministre de la Défense Dimitri Iazov. Ce fameux 19 août, des blindés envahissent la capitale russe et Guennadi Ianaïev est nommé président par intérim. Le soir même, le président français François
Mitterrand donne une interview
dans laquelle il reconnait un peu rapidement et à mi-mots la réussite du coup d’état et le nouveau pouvoir Soviétique. Mais en Russie Boris Eltsine (alors président du soviet suprême, l’équivalent du parlement de
l’URSS) devint, un peu malgré lui, le symbole de la résistance à ce Putsch.

Finalement la tentative de coup d’état n’a duré que trois jours, les heurts entre manifestants et militaires ont fait trois morts, ce qui est finalement très peu. Moscou a frôlé une catastrophe. Aux yeux de la population, Boris Eltsine est devenu l’homme fort et providentiel du pays. Moins de six mois plus tard, en décembre, les Ukrainiens votent pour leur indépendance, immédiatement reconnue par la Russie. L’URSS est dissoute de facto, remplacée par la CEI et Boris
Eltsine devient le 25 décembre 1991 le premier président de la jeune et démocratique fédération de Russie, après la démission de Michael Gorbatchev. Une page de l’histoire est tournée.

La disparition de l’URSS survint en décembre 1991 alors que pourtant le 17 mars de la même année, un  référendum avait été organisé pour savoir si les peuples soviétiques voulaient maintenir l’Union en tant qu’entité. Le “oui“
s’était imposé à 76%, malgré le boycott des états baltes, de la Moldavie, la Géorgie et l’Arménie. Les scores d’adhésion les plus élevés furent atteint en Azerbaïdjan, au Kazakhstan, en Biélorussie et au Kirghizstan. Sans surprise, la Biélorussie et le Kazakhstan sont aujourd’hui déjà membres de l’union douanière avec la Russie, alors que le Kirghizstan prépare actuellement son adhésion.
Le cas de l’Ukraine est intéressant puisque si 70% des votants soutinrent le maintien de l’URSS en mars 1991, ils furent 90% à voter pour l’indépendance du pays le 1er décembre 1991. Ce total basculement des votes ne peut que faire penser au basculement électoral que le pays a connu en soutenant majoritairement un président ouest-orienté en 2005,
pour ne lui attribuer que 5% des voix 5 ans plus tard et réélire un président est-orienté. Le pays semble encore aujourd’hui toujours chercher sa voie et sa place entre l’Europe de l’ouest et la Russie et se montre du reste très frileux face au projet d’union douanière avec la Russie.

En Russie, les opinions restent partagées, à propos de ce brusque changement de régime et de système, qui s’est produit il y a 20 ans. 58% des Russes interrogés en avril dernier affirment encore regretter la disparition de l’URSS, mais ils étaient 75%  en 2000. Enfin pour 40% des Russes interrogés ces événements ont été tragiques pour le peuple et le pays et seulement 10% les interprètent comme une victoire de la démocratie, bien loin de interprétation qui est faite de ces événements à l’ouest. Alors pourquoi ces sentiments contrastés puisque la Russie a surmonté les terribles conséquences des deux dernières crises économiques qu’elle a du affronter en 1998 et 2008, que l’état est enfin reconstruit et que les grandes inquiétudes des années 90 ont disparu?

Il est évident que les Russes, malgré le redressement rapide du pays, ont une forme de nostalgie de l’empire soviétique et du statut de grande puissance qui était celui de l’URSS. Cette envie de retrouver une Russie-puissance (un peu comme on parle d’Europe puissance) existe dans le peuple comme dans ses élites. Le manifeste du parti dominant Russie-Unie dans le préambule de son manifeste se définit comme “Le parti du succès de la Russie, le parti du redressement de tout le pays contre des adversaires qui ne lui ont laissé qu’une place humiliante dans le monde contemporain“. Pour beaucoup de Russes, toutes générations confondues, les inégalités inévitablement créées par le
capitalisme libéral de type occidental sont un fait nouveau, qui n’existait pas sous l’URSS. Malgré la hausse des revenus en cours, une partie importante de la population (16%) vit encore sous le seuil de pauvreté et se sent laissée pour compte dans ce récent développement économique du pays.

Voilà sans doute le grand défi auquel fait face le pouvoir politique russe actuel: Faire en sorte que le développement
économique de la Russie bénéficie à toute la population. Il s’agit aussi d’empêcher l’émergence de foyers de contestations sociales trop importants, qui pourraient avoir des répercussions sociales et électorales. Le mieux être de toute la population est une condition indispensable pour prétendre au statut de grande puissance, statut
auquel la Russie aspire en ce début de 21ème siècle.

Bataille pour l’orient (4)

Et ailleurs dans le monde?
 
Après l’Eurasie et le monde arabe, dans quelle zone du monde peut-on s’attendre à une nouvelle révolution non violente? Le 15 février 2011 le sénateur Mc cain, candidat malheureux  à la dernière présidentielle a affirmé que « les évenements en Egypte allaient entrainer une croissance des mouvements vers la démocratie et les droits des individus et que cela devait être l’occasion pour les états comme la Russie et la Chine de réfléchir à leur modèle politique (…) Et qu’après le renversement de Moubarak, si j’étais Vladimir Poutine je me serais senti plus inquiet, assis au Kremlin avec mes amis du FSB ». Une menace non voilée qui n’a rien de surprenant lorque l’on sait les liens directs de Mc cain avec l’Iri, une des ONGs orange les plus actives. C’est en effet l’Iri qui s’est chargé de financer une grande partie des activités d’Otpor, et de l’organisation des séminaires au printemps 2002 sur les méthodes de Lobbying, de négociation et de communication. La belle Ioulia Timoshenko avait également prononcé des paroles similaires lors de la révolution Orange en Ukraine, sur la place principale à Kiev pour haranguer la foule des manifestants oranges.

Quand à G.W.Bush il avait affirmé en 2005 la volonté des Etats Unis d’exporter la démocratie dans les endroits les plus retirés du monde lors du sommet de Bratislava en 2005. A la fin de l’année 2010, Freedom House à établi un rapport sur l’état du monde et défini 4 pays cibles prioritaires dans lesquels la situation politique devait changer : la Russie, la Chine, l’Iran et l’Egypte.
Rien de surprenant à ce que les 3 pays restants soient visés à court ou moyen terme par des mouvements révolutionnaires non spontanés. La bataille pour l’influence en orient peut en outre se traduire comme une volonté américaine de ne pas laisser ses principaux adversaires chinois et russes gagner de l’influence dans cette partie du monde. Lors des manifestations de contestations en Syrie, des affiches et slogans hostiles à la Russie –et à la Chine- sont apparus. Cela n’est pas sans rappeler les émeutes en Iran en 2009, durant lesquelles des slogans très hostiles à la Russie cette fois avaient été scandés, des groupes Facebook avaientmême été créés pour dénoncer la Russie, comme le groupe « we hate Russia ».
Les violences (militaires et diplomatiques) entamées contre la Libye et la Syrie peuvent en outre être considérés comme des attaques indirectes de la Russie, tant ces deux états sont considérés comme des régimes non hostiles, voire amis de la Russie.
Pour Artachec Geyamian, président du parti arménien Unité-Nationale, ces évènements sont tout sauf anodins, ils représentent au contraire le premier pas vers une totale
réorganisation du monde et des frontières, sous le contrôle des etats-unis. Leur but est d’encourager tous les séparatismes et d’allumer des foyers de révolutions partout, afin de préparer la dislocation des grands ensembles, notamment de la Russie, via les séparatismes dans le caucase et en asie centrale, qui deviendront ensuite des modèles pour les différents peuples de russie. Le président russe Dmitri Medvedev avait justement au début de l’année lors d’un déplacement dans le Caucase russe rappelé que
« la situation dans le monde arabe secoué par des révoltes populaires risque d’aboutir à la désintégration de certains Etats » mais aussi que « Un scénario similaire a également été préparé pour la Russie mais ce scénario n’a aucune chance de réussir ».
Doit-on rapprocher ces propos du projet géopolitique de remodelage du moyen orient exprimé en 2003 par le président Bush lors d’une conférence dans les locaux de l’AEI ? Le projet s’appelle « grand moyen orient » et vise un vaste ensemble d’états (28 au total) dans le but de transformer le paysage politique et économique de cet ensemble et cela afin d’y favoriser l’implantation de la démocratie et la liberté.Bien sur ce grand jeu Amérique/Russie/Chine n’a pas commencé au moyen orient. Les révolutions de couleurs en Eurasie, qui ont échoué puisque tous les régimes qui en sont nés sont tombés hormis la géorgie. De plus on peut dire que le « front »
s’est plus ou moins stabilisé entre la Russie, l’UE, l’Otan et l’Amérique sur la façade ouest de l’Eurasie. La Chine et la Russie, par des contacts bilatéraux ont également plus ou moins trouvé des accords sur le point sensible des frontières pendant que leur coopération économique atteint des sommets. Il reste cependant un point de conflit éventuel entre ces 3 pays en Asie centrale. La présence américaine dans le trou noir afghan, l’influence grandissante de la Chine dans la région et la volonté de Moscou de ne pas s’en faire déloger laissent penser que le risque est relativement grand de voir des secousses oranges déstabiliser  certains pays, comme cela a été le cas au Kirghizistan en 2005 avec la révolution des Tulipes.
 
Et maintenant ?
 
On peut se demander pourquoi le régime égyptien a été abandonné, alors qu’il était loyal et fidèle à Washington. Quel aurait été l’intérêt de l’Amérique à sacrifier ce pion en quelque sorte? Une réponse est apportée par Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R), et ancien du renseignement.
Pour lui les « conférences organisées sous l’égide d’ONG américaines, comme Freedom House, l’International Republican Institute ou Canvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont créé un contexte favorable aux révolutions. Le processus était le même que celui qui a précédé le  démantèlement de l’URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie ».
D’autre part « De telles contestations populaires ou étudiantes dans les pays arabes se produisent régulièrement, mais elles sont à chaque fois réprimées par l’armée et la police. Pour la première fois, l’armée s’est désolidarisée de la police, en refusant de réprimer les soulèvements en Tunisie comme en Égypte, et les mouvements ont été observés par la presse internationale. Mais surtout, dans la semaine précédant les événements, les plus hauts représentants des armées de Tunisie comme d’Égypte se sont rendus à Washington, qui assure l’essentiel du financement de l’armée, pour obtenir le feu vert des États-Unis à un renversement des dirigeants. Ils ne supportaient plus la prédation des clans au pouvoir. »« Il n’y a pas de renouvellement d’élites, la nouvelle équipe au Caire comprend le chef d’état-major de l’armée ainsi que l’ancien chef du service des renseignements, et s’est immédiatement engagée à respecter les accords internationaux signés, notamment les accords de Camp David auxquels est hostile une large partie de la population. « Quand au nouveau gouvenement de Tunis, il comprend en majorité des collaborateurs de l’ex-président Ben Ali. (…) Ces révolutions sont donc un renouvellement des classes dirigeantes qui ont, avec l’accord de Washington, organisé des coups d’État en douceur, en profitant d’une vague de contestation
populaire qu’elles ont intelligemment exploitée.
Ainsi, leur arrivée aux affaires bénéficie en apparence d’une grande légitimité et donne le sentiment d’une rupture profonde avec le régime précédent. La situation est en réalité bien différente ».
« Washington encourage et appuie les armées d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu’elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c’est-à-dire qu’elles n’occupent pas le pouvoir – sauf cas de force majeure – mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l’islamisme, qu’elles contribuent à la stabilité régionale et qu’elles ne manifestent pas d’hostilité réelle à l’égard d’Israël. »
*
Le basculement de l’armée est en effet dans tous les états la condition sine qua non de l’effondrement du politique pouvoir. Cela a été le cas en Serbie, ou l’armée n’a pas empêché les manifestants de prendre l’assaut le parlement, mais également en Egypte. Bien sur dans tous les états, les conditions étaient réunies pour  une explosion.  Les groupes cités de jeunes activites ont principalement eu le rôle d’allumer le brasier puis de l’attiser. Il faudra désormais l’éteindre alors qu’en Egypte, l’armée peine à refaire
revenir l’ordre et en début de ce mois d’aout 2011 tente de déloger les derniers manifestants de la place Tahir. Le facteur islamiste et la position des frères musulmans forment une équation complexe. Une aggravation de la situation économique du pays leur serait sans doute électoralement favorable, à la veille d’élections législatives qui devraient être reportées à la fin de l’année. Les Frères Musulmans viennent il y a quelques jours de procéder à une démonstration de force via une manifestation monstre aux côtés des Salafistes, sous les slogans comme « il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu » ou « l’Égypte est islamique ». Des incidents ont du reste éclaté, l’armée accusant des “acteurs étrangers” de fomenter des troubles en manipulant les manifestants. Le mouvement du 6 Avril a rejeté ces accusations, tout comme le parti Liberté et justice
créé par les Frères musulmans. Néanmoins on voit mal comment le pays pourrait échapper à plus ou moins long terme à une prise de pouvoir des frères musulmans, sans recourir à une solution à la Turque c’est-à-dire avec une armée prédominante.
C’est dans cette logique qu’il faut éxaminer les autres évenements au proche orient, comme première étape d’un remodelage géographique, politique et sans doute  structurel, qui s’accompagnera sans doute d’une pluie de subventions occidentales. Cela afin de brider les vélléités islamistes radicales, mais surtout pour permettre à l’équilibre géopolitique précaire de la région de ne pas vaciller.Le procès de Moubarak devrait permettre à l’Egypte de tourner la page d’une époque, mais l’avenir est bien
incertain, et le pays est désormais sous le regard de tous ses voisins arabes qui le tiennent pour modèle.

Bataille pour l’orient (3)

La révolution internet, depuis l’étranger.
 
La révolution s’est propagée en grande partie via le net les réseaux sociaux nous l’avons vu. Dès 2008 lors de la première grève géante organisée en Egypte, facebook et les blogs avaient été utilisés en masse pour animer la contestation et informer les manifestants des lieux de rendez vous ou des dernières nouvelles des évenements. Une idée émerge alors dans la tête des activistes pour faire disparaitre la peur chez leurs concitoyens: faire signer à un million d’Egyptiens une pétition en faveur de réformes démocratiques. Cette pétition sera organisée via un site sécurisé, hébergé aux Etats-Unis, sur lequel les signataires doivent laisser leurs coordonnées personnelles, y
compris leur numéro de carte d’identité, de téléphone et leur adresse e-mail. Bref, une méthode idéale pour constituer une base de données.
Comme le dira plus tard Sherif Mansour de Freedom House «L’idée était de montrer à un million de personnes qu’elles pouvaient s’engager en politique sans risque».
Le 6 juin 2010, un évenement va précipiter l’activité internet. Un blogueur du nom Khaled Said entre dans un café internet à Alexandrie, afin de mettre en ligne
une vidéo dénonçant la corruption. Il est arrêté par la police et torturé.

Cette arrestation est utilisée par le mouvement du 6 avril et une page facebook «Nous sommes tous des Khaled Said» est créée. Pour des raisons de sécurité la page a
au moins trois administrateurs, restés anonymes jusqu’à la révolution: un journaliste cairote de 25 ans, une activiste qui vit à Washington et un responsable marketing de Google basé à Dubai, le désormais célèbre Wael Ghonim. Curieuse alliance coordonnée depuis les Etat-unis  via des ONGs (freedom house) ou via des relais au sein des corporations internet (Facebook et Google).
L’affaire de la fausse blogueuse syrienne enlevée à Damas est un exemple de tentative d’immixtion étrangère dans les activités du pays. Son prétendu rapt par la police avait mobilisé de nombreux blogueurs et une page Facebook qui a atteint 15.000 membres en quelques jours. Mais très rapidement des blogueurs se mettent en tête de vérifier
les informations. Ils remontent  vers les groupes de discussion sur Yahoo ou Amina est passée, et également vers les registres de propriétaires des états américains où elle est supposée avoir vécu, les adresses IP, pour finalement aboutir à une adresse… En Géorgie, aux États-Unis, appartenant  à Thomas MacMaster et Britta Froelicher.
Le couple niera avant de finalement avouer, en disant qu’ils ont agi  pour des motifs humanitaires. Thomas est en fait un activiste américain tourné vers la politique au Moyen-Orient, tandis que son épouse, Britta, consacre une thèse à l’économie de… la Syrie. Ils se trouvaient d’ailleurs visible ;ent temporairement dans un pays voisin, la
Turquie, “en vacances’, quand les cyber-enquêteurs les ont contactés.
*
Le 16 mai dernier, au Caire, dans une Egypte libérée de son dictateur, le mouvement du 6 avril organisait une première réunion avec des Serbes d’Otpor, pour parler du Soudan, où un mouvement de jeunes démarre, sur le modèle des autres. Comme Otpor dans le passé, le mouvement du 6 avril en Egypte a du reste décidé de ne pas devenir un parti qui présente des candidats aux élections. Comme les Serbes, les Egyptiens forment aujourd’hui d’autres révolutionnaires en herbe. Ils sont en contact avec de
jeunes Algériens, Syriens, Yéménites, Marocains, Libyens, Iraniens etc…L’avant-garde égyptienne a passé le relais. Pour beaucoup, si la révolte est partie de Tunisie, c’est l’Egypte qui l’a mené à son terme le plus rapidement. Il est facile en regardant la signalétique des groupes qui se créent dans d’autres pays arabes pour y  déceler
l’influence Orange, Serbo-Egyptienne.
 
 
C’est le cas au Maroc
 
 
Ou en Tunisie
 
L’Arabie Saoudite n’a pas non plus été épargnée. Comme on peut le voir ci-dessous, l’appel à manifester utilise également une signalétique bien reconnaissable.
 
 
 
L’agitation internet qui a frappé le royaume  saoudien a été relayée par les réseaux sociaux comme Facebook mais les messages émanaient de l’étranger, principalement d’autres pays arabes, comme l’ont confirmé le directeur du centre d’études légales et stratégiques pour le Moyen-Orient, Anwar Eshki ou encore un défenseur des droits de l’homme : Fouad al-Farhan. En outre les conditions de vie de la jeunesse en Arabie Saoudite ne sont pas aussi mauvaises que dans d’autres pays arabes, le pays est plus riche et le chômage à moins de 10%. Cela explique en grande partie l’échec du mouvement. La mobilisation était plus difficile, et de plus, les autorités ont également rapidement réagi en payant des blogueurs professionnels pour organiser une contre-agitation et une contre propagande massive. L’Arabie  saoudite fait donc partie pour le moment, d’un groupe de pays qui n’ont pas été déstabilisés par ces agitations organisées, avec la Russie, la Biélorussie, la Chine, l’Iran ou la Moldavie.

Bataille pour l’orient (2)

Le mouvement du 06 avril en Egypte, un Otpor Arabe?
 
La signalétique  du mouvement du 06 avril ne laisse planer aucun doute quand à l’influence exercée par Otpor et par les mouvements de jeunesse actifs lors des révolutions de couleurs en Eurasie. La présentation de l’association elle même ne laisse pas planer de doutes. Le site internet permet également  d’y retrouver les icônes de la révolution Otpor notamment le poing levé :
 
 Un poing levé créé originalement par Otpor et repris par les mouvements affiliés orangistes, que ce soit Kmara en Géorgie ou Oborona en Russie.

Deux câbles Wikileaksde novembre 2008 et janvier 2010 (08CAIRO2371 et 10CAIRO99) mentionnent ces liens qui se sont établis entre l’ambassade américaine du Caire et divers activistes Egyptiens. La blogueuse Israa Abdel Fattah est mentionnée comme faisant partie d’un groupe d’activistes ayant participé à un programme de formation organisé à Washington par Freedom House. 
 
Ce programme, nommé « New Generation », a été financé par le département d’état et l’ USAID. Il avait pour but de former des « réformateurs politiques et sociaux ». Le compte rendu de la visite est consultable sur le site de Freedom house ici et la. (Ce programme est  à mettre en parallèle avec les activités de l’ambassade américaine Américaine envers les leaders des minorités des banlieues françaises, dont j’ai déjà traité).
En janvier 2010 ces soutiens de la diplomatie américaine à une opposition Egyptienne alors en formation pour organiser un coup d’état démocratique étaient publiquement dévoilés sous l’appellation Pomed, qui ne se cantonne pas à l’Egypte mais concerne tout le moyen orient.  Suite à cela, des arrestations préventives ont eu lien en Egypte, comme le précise un câble de janvier 2010 «  le groupe comprenait des blogueurs, des journalistes et des activistes de l’oppositon, par exemple  El-ghad, le parti du front démocratique, Kifaya et le 6 avril. » (..) Parmi les détenus se trouvait un français (…) Certains des détenus venaient d’effectuer à Washington un training « new generation » (cité plus haut) et un autre devrait participer au projet sur la démocratie au moyen orient (Pomed). »
Pourtant en mars 2010, certains leaders du mouvement du 06 avril ont été de nouveau reçus (ici et la) pour subir un entraînement dans le domaine des mobilisations civiques, de la  réflexion stratégique et dans l’utilisation des nouveaux médias, mais aussi pour professionnaliser la société civile en matière d’information et amener les politiques et le public à dénoncer la situation des libertés via internet.

 

 
Il faut noter qu’à ce moment précis (début 2010), les mouvements d’opposition, “6 avril”, Kifaya, Frères Musulmans, Parti socialiste, s’étaient déjà mis d’accord pour lancer une action avant les élections présidentielles égyptiennes de 2011, un plan que l’ambassadeur qualifiait alors d’irréaliste, révèle également le câble Wikileaks.
 
L’Egypte, le projet moyen orient et l’alliance Orange-Verte ?
 
 
L’Egypte est l’une des pièces maitresses du moyen orient. Dans la region les Etats-Unis disposent de deux alliés de poids que sont Israel et l’Arabie Saoudite. Mais le pays clef est évidemment l’Egypte, pays le plus peuplé et épicentre du monde arabe.
Que l’Egypte bascule dans un sens ou un autre et toute la région en sera affectée. Voila sans doute la raison qui pousse la diplomatie américaine à jouer autant la
carte du pouvoir officiel (Moubarak) que la préparation de son éventuelle succession.
Le lien avec les islamistes « radicaux » que sont les frères musulmans est trouble. Cette confrérie créée en 1928 et interdite depuis 1954 en Egypte revient au cœur de la scène politique Egyptienne depuis la chute de Moubarak, via un parti politique : « le Parti de la liberté de la justice ». Ils ont créé une chaine de télévision appelée Egypt 25, clin d’oeil au mouvement du 25 janvier qui a fait tomber l’ancien président Hosni Moubarak. Ils sont sans doute aujourd’hui la force principale dans la rue  (sur le plan numérique) et ils représenteront peut être après les élections le plus gros bloc  parlementaire. 
Quel est donc le lien entre des blogueurs progressistes et une conférie radicale Islamique prônant le Jihad? Dès le début de la révolution en Egypte, dès l’apparition des
premiers Flasmobs, qui semblent spontanés (comme le disait Ivan marovic, l’un des cadres d’otpor, les révolutions semblent spontanées à la télévision, mais elles le sont très rarement),  les fascicules de révolution non violente ramenés de Belgrade ont été très largement distribués dans le cercle des frères musulmans que Mohamed Adel (qui a bénéficié de la formation Otpor à Belgrade) a fréquenté quelques temps.
 
Sans surprise,  lors de la première grande manifestation unitaire organisée le 25 janvier, une curieuse coalition se met en place, réunissant tant le mouvement du 6 avril que
les frères musulmans ou encore un mouvement du nom de Kefiya qui fait la charnière entre les deux.  Cette structure créée en 2004 est une sorte de cache sexe des frères musulmans, dont elle bénéficie du soutien tacite. Se revendiquant plutôt non religieuse, Kefiya s’affirme très anti américaine et anti sioniste, pro-Palestinienne et critique du président Moubarak.  Le terme Kefiya signifie « ça suffit ! », « stop ! », voire « il y en a marre ! », une réthorique du reste assez similaire au « gotov je » (il est fini) de Otpor enSerbie , ou au « Pora » (il est temps) des groupes de jeunesses ayant mené la révolution de couleur en Ukraine.
Kifaya a dès sa création été soutenu par l’organisation International Center for Non-Violent Conflict. Kifaya est un mouvement à grande échelle ayant également pris position sur la Palestine et l’interventionnisme des États-Unis dans la région. Pour certains spécialistes  du renseignement Français, comme Eric Denécé, (directeur du Centre français de recherche sur le renseignement et ancien du renseignement) l’absence de slogans ou de prises de position contre Israel lors des manifestations montre bien leur très solide encadrement.Enfin, une quatrième structure est présente, le comité de soutien à Mohamed El Baradei,

cet ex-directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Lorsque celui-ci rentre au pays pour faire campagne au début de l’année 2011 les jeunes activistes du 6 avril organisent son accueil à l’aéroport. «Il y avait 5 000 personnes, ce qui n’était jamais arrivé», dit Bassem Fathi, très impliqué dans l’opération. Vous souvenez vous de
Basem Fathy ? Cité dans le premier article, il est un des membres influents de l’académie du changement, basée au Qatar, et qui à servi d’interface entre Otpor et le mouvement du 6 avril. Désormais le groupe  à une cause politique.
Il faut noter que Mohamed El Baradei est au comité de direction de l’International Crisis Group, créé en 1995 comme organisation non-gouvernementale internationale sur l’initiative d’un groupe de personnalités transatlantiques célèbres désespérées par l’incapacité de la communauté internationale à anticiper et répondre efficacement aux tragédies survenues en Somalie, au Rwanda et en BosnieL’un des principaux conseillers de cette organisation qui appartient à la nébuleuse des ONGs orange, n’est autre que Zbigniew Brezinski, l’un des grands théoriciens de la géopolitique américaine moderne.