Category Archives: Articles en francais

La grande Albanie : un projet américain contre le monde orthodoxe ?

L’article original a été publié sur le site de Voix de la Russie
*

Mercredi dernier, le Premier ministre albanais Sali Berisha a prôné l’octroi de la nationalité albanaise à tous les Albanais, où qu’ils résident. Cette déclaration a été faite lors d’une visite de la ville de Vlora où l’indépendance de l’Etat Albanais a été prononcée, il y a juste 100 ans. A l’époque l’Albanie venait tout juste de se libérer du joug ottoman.

Cette déclaration fait suite a une autre déclaration, commune cette fois, que Sali Berisha avait fait avec son homologue  Kosovar Hashim Thaçi il y a quelques semaines, promettant l’union detous les Albanais. L’endroit était, il faut le dire bien choisi, puisque l’immense majorité des habitants du Kosovo y est aujourd’hui d’origine albanaise, ce qui n’a pas toujours été le cas. Lors de la guerre des Balkans en 1913, les serbes constituent encore la majorité de la population. En 1941, le Kosovo est rattaché à la Grande Albanie (déjà) sous protectorat fasciste italien. Après la guerre, lemaréchal Tito interdira l’immigration albanaise car la Yougoslavie ne pouvait selon lui être forte qu’avec une Serbie la plus faible possible.En 1974, c’est du reste lui qui attribue au Kosovo le statut deprovince autonome, statut qui sera supprimé par Slobodan Milosevic en 1989, alors que les Serbes ne représentent déjà plus que 15 % de la population.

Lorsqu’en 2008 le Kosovo se déclare indépendant, prés  d’une décennie après l’intervention militaire occidentale, peu de commentateurs mettent le doigt sur l’Albanité dominante de ce nouveau petit état. L’heure est au contraire à la fête pour ce peuple soi disant oppressé et qui accède enfin à la liberté. Au sein de la plupart des pays Occidentaux et de l’Union Européenne, la reconnaissance est instantanée, sans que ne se pose la question du traitement de la minorité serbe et de l’avenir qui lui était réservé, malgré le terrible précédent de 2004, lorsque les chrétiens avaient été victimes de pogroms, les églises brulées, et les droits  humains les plus élémentaires bafoués. Il est vrai que l’Europe, pardon l’UE, avait à cette époque d’autres priorités : l’organisation essentielle d’une gaypride a Belgrade.

Il aura donc fallu seulement quatre ans pour que la farce de l’indépendance du Kosovo apparaisse enfin publiquement. Seulement quatre ans pour que le Premier ministre albanais donne raison aux nationalistes serbes qui ont eux toujours affirmé affronter non pas les Kosovars (les habitants de la région du Kosovo étant des serbes) mais bel et bien des Shqiptars, dans un nouvel épisode du conflit ancestral qui oppose depuis prés de 6 siècles dans les Balkans les Slaves orthodoxes aux fils de convertis de l’empire Ottoman. Le soutien occidental à la création du Kosovo et l’acharnement contre la Serbie peuvent sembler complètements inexplicables. Pourtant de 1991 à 2008, une seule et même logique a animé les stratèges américains: la destruction de la Serbie, afin que celle-ci soit la plus faible possible a l’avenir, au moment historique inévitable ou elle allait de nouveau se tourner vers la Russie. Bien sûr, il fallait dans le même temps une Russie également affaiblie au maximum. Si de 1991 à 2000 une guerre militaire et médiatique a été menée contre la Serbie de Milosevic en vue de son anéantissement, dans le même temps, c’est une guerre économique et morale qui était menée contre la Russie d’Eltsine. La croisade contre le monde communiste s’est transformée en croisade contre le monde orthodoxe, et contre son centre névralgique et politique le plus souverain : la Russie. Le théoricien du containment russe en Eurasie, Zbigniew Brezinski, affirmait lui-même en 2007 que: « Le principal ennemi de l’Amérique était désormais l’église orthodoxe russe».  
La création de la grande Albanie peut sans doute être vue dans ce sens historique et géostratégique. Elle est une nouvelle allumette jetée, une
allumette qui pourrait créer une étincelle et déclencher un nouvel incendie dans le brasier balkanique. Cet incendie aurait pour conséquence d’affaiblir un peu plus l’Europe, mais aussi de déstabiliser un peu plus le monde orthodoxe (Macédoine, Grèce, Monténégro, Serbie…)
et de freiner son rapprochement avec la Russie. Par ricochet, c’est donc l’influence russe en Europe de l’Est qui serait remise en cause, et
donc son rapprochement avec l’Europe de l’Ouest. 
Ce faisant, l’Amérique aurait atteint une nouvelle fois son objectif essentiel: éviter un rapprochement continental et européen entre les mondes catholiques et orthodoxes.

Quel modèle de société pour la Russie de demain?

L’article original a été publié sur RIA-Novosti
*

Ma dernière tribune a entraîné une salve de questions et de réflexions intéressantes, notamment sur ma page Facebook. Beaucoup de lecteurs m’ont demandé en quoi pourrait consister lacharpente idéologique d’un éventuel nouveau modèle de société russe. Je crois qu’un certain nombre d’évolutions et d’indices permettent d’imaginer les lignes directrices de cette reconstruction.

Les années 1990 ont vu la sortie chaotique du système soviétique vers un désordre libéral, qui s’est accompagné d’un sursaut des identités locales faisant apparaître le danger du séparatisme au cœur d’une fédération privée d’état et donc la nécessité d’une autorité supérieure pour canaliser les flux identitaires. Ce risque séparatiste, encouragé de l’extérieur, a malgré tout émergé, notamment dans le Caucase ou il a abouti à des guerres, que l’état russe a cependant fini par éteindre sans négocier.
La reconstruction de l’Etat des années 2000 s’est accompagnée d’un reset total du bagage historique récent de la nouvelle Russie, d’une  réaffirmation totale du rôle de l’Etat, celui-ci replaçant la religion ou les religions au cœur du système pour re-moraliser la société. L’équation russe semblait jusque la assez lisible: le redressement du pays et l’amélioration du cadre de vie suffisaient pour le maintien au
pouvoir d’un parti de la majorité qui a reconstruit l’état et assuré la stabilité en Russie.

 

En 2011 des contestations sont apparues qui bien qu’ultra minoritaires (100.000 personnes sur 143 millions d’habitants soit moins de 0,07% de la population) ont mis en relief non pas l’émergence d’un sentiment anti-Poutine, mais bien une rupture sociologique profond  entre d’un côté des membres d’une classe urbaine occidentalisée et de l’autre les habitants de la Russie profonde qui traversent une transformation identitaire importante qui se poursuit.
Natalia Zubarevich explique ces déséquilibres sociologiques par la coexistence de quatre Russies différentes: une première Russie est celle des grandes villes (jusqu’à 30% de la population de la fédération selon que l’on prenne en compte les villes millionnaires ou de plus de 500.000 habitants), une seconde Russie est celle des plus petites villes et des villes industrielles (environ 20% de la population), une troisième Russie est la Russie périphérique, celle des campagnes, villages et toutes petites villes (prés de 40% de la population) et il y a enfin une quatrième Russie qui est celle des républiques ethniques du Caucase et de la Sibérie du sud mais qui ne comprend pas de villes industrielles (environ 10% de la population).

L’analyste Jean Robert Raviot décrit la situation en définissant trois Russies. D’abord, la plus médiatisée car occidentalisée, celle des “Moscobourgeois”. Ensuite la Russie provinciale et périurbaine, très majoritaire et plus conservatrice, et enfin  la Russie des périphéries non russes contrôlées par des ethnocraties alliées au Kremlin.
Il n’est pas difficile de comprendre qu’une population aussi disparate, tant sur le plan sociologique, qu’économique ou culturel vivait “sereinement” sous l’autorité soviétique mais que le modèle européen ne lui est pas transposable, ni sur le plan politique (transfert de la souveraineté de l’état), identitaire (le modèle de l’état nation ne lui sied pas  puisque la Russie comprend en son sein des nations et des républiques) ou encore moral (imagine-t-on des défilés “gaypride” au cœur du Caucase musulman russe?) que religieux, les russes ethniques assimilant l’orthodoxie  à leur identité nationale.

Par conséquent le nouveau modèle russe doit pour maintenir équilibre et harmonie dans la Fédération de Russie s’éloigner du modèle libéral démocrate, laïque et libertaire de l’Union Européenne, pour évoluer vers un modèle religieux, traditionnel et avec un état fort, nécessaire pour affirmer son autorité face aux inerties territoriales et identitaires qui découlent tant de la taille du pays que de la variété de population qui y réside. Cela explique pourquoi ces derniers mois ont vu en Russie un regain d’influence des idées “patriotes étatistes” au détriment des idées “étatistes libérales” et le mouvement devrait sans doute s’accentuer.

Récemment une agence patriotique d’état dépendante du Kremlin a été créée. Elle est  destinée à  “renforcer les fondations morale et spirituelles de la Russie d’aujourd’hui” en promouvant le patriotisme comme ossature de la société russe. Des signes qui confirment cette évolution ont commencé à apparaître. Par exemple la création d’une commission historique à Volgograd sur les questions d’éducation patriotique et d’idéologie, la création d’un nouveau jour férié en Sibérie pour célébrer la victoire sur le temps des troubles ou encore cette proposition du ministère de l’éducation de Rostov sur le Don de revenir à des costumes impériaux pour certaines cérémonies.

Pour l’analyste Alexandre Rhar, lors de la dernière réunion du club de Valdaï, Vladimir Poutine a utilisé une rhétorique très conservatrice et montré “qu’il préparait la Russie à autre chose” et notamment au fait qu’elle n’appartient pas à l’Ouest, comme c’était plus ou moins admis jusqu’à récemment. Cette rhétorique patriotique et eurasiatique n’est pas le monopole de Vladimir Poutine et du parti Russie Unie. Le principal parti d’opposition en Russie, le parti communiste, a lui aussi cette année totalement réorienté sa ligne politique. Ce changement s’est fait en deux étapes. D’abord lors de la campagne présidentielle par un discours plus nationaliste et surtout religieux,
que certains de ses cadres ont déploré, mais qui avait sans doute pour objectif de ne pas se dissocier d’un  électorat qui y est de plus en plus sensible. Ensuite tout récemment, Guennadi Ziouganov, le leader du Parti Communiste, vient de réaffirmer la dimension eurasiatique de la Russie et d’opter pour une alliance avec la Chine pour faire face à l’hégémonie occidentale sous domination américaine.

Patriotisme, Eurasisme, Etat et Religion sont ils les quatre nouveaux piliers de la Russie d’aujourd’hui et surtout de demain?

Obama 2.0 : vers la fin de l’Amérique telle que nous la connaissons ?

L’article original a été publie sur Voix de la Russie

*

Alors que les élections américaines viennent d’avoir lieu et que le président Obama a finalement été plus confortablement réélu que les sondages ne pouvaient le laisser penser, il convient de se demander ce qui va maintenant se passer. Certes l’élection d’Obama était malgré tout prévisible surtout après les propos radicaux tenus par son concurrent républicain : Romney le va t-en guerre. Mais le président Obama a obtenu le score le plus bas des présidents démocrates depuis 1992. Pire il est le seul président de l’histoire américaine á obtenir moins de voix pour son second mandat que pour le premier.Bien sûr Obama n’a pas un bon bilan. Entre 2008 et 2012, a cause de la crise financière mondiale, l’Amérique a perdu 5 millions d’emploi.

Dans son livre Obama face au pouvoir, le journaliste Guillaume Debré révèle quelques chiffres incroyables du mandat Obama. Au cours sa première année à la Maison-Blanche le président a dépensé trois mille cinq cents cinquante-deux milliards de dollars, soit 25.362 dollars par contribuable et 11.290 dollars par américain. Une dépense record dans l’histoire américaine pour une unique année de mandat. En 4 ans, il a augmenté la dette américaine de près de 60 %, soit 4,8 milliards de dollars par jour, soit 3 millions de dollars par minute.

En septembre 2008, la dette de l’État fédéral américain atteignait la somme de 10.025 milliards de dollars américain soit environ 72 % du produit intérieur brut. Fin 2011 elle représentait 86 % du PIB et le 1ier novembre 2012, la dette atteignait 16.199 milliards de dollars et devrait atteindre les 100 % du PIB fin 2012. L’endettement du pays a atteint 1.717 milliards d’euros, soit 67 000 euros par personne ayant un emploi. La dette publique est aujourd’hui supérieure au PIB annuel de pays. Pire d’après notre journaliste l’endettement du pays devrait augmenter de plus de 250 % en dix ans et aggraver une dette qu’il faudra bien payer un jour, et qui repose sur épaules des jeunes américains.

Depuis l’élection du président Obama, une vingtaine d’états demandent officiellement de faire sécession et de quitter les Etats-Unis d’Amérique, parmi eux bien évidemment en majorité les états conservateurs et chrétiens de la Bible-belt (les anciens états sécessionnistes) qui ont du reste majoritairement voté pour Mitt Romney a cette élection. De la même façon que les zones rurales sont plus conservatrices que les zones urbaines, ces différences sont identiques au sein des états : les centres urbains et les zones industrialisées votent majoritairement démocrate, pendant que les zones rurales sont elles plus conservatrices.

A cette scission sociologique se greffe une scission ethnique: si le taux de participation a été de plus de 58 % (soit le taux le plus élevé depuis 1968) Obama a bénéficié d’une participation active et militante de l’Amérique des minorités. En 2008, Obama avait bénéficié du vote de 43 % des blancs, 95 % des blacks, 67 % des hispaniques et 62 % des asiatiques. En 2012 ces scores sont respectivement de 37 % des blancs, 90 % des blacks, 69 % des hispaniques et 73 % des asiatiques. Au sein du vote des minorités donc, Obama remporte donc une éclatante et écrasante victoire.

Une évolution d’autant plus inquiétante pour les républicains que la rapide évolution démographique fait que des 2020, les minorités  deviendront majoritaires chez les moins de 20 ans. Sans surprises, Obama a récolté 60 % des moins des 18-29 ans et 60 % des Américains avec les revenus les plus modestes. Sans une forte involution du discours républicain, on imagine mal dès lors comment ceux-ci pourraient penser reprendre le pouvoir. Leur faudra t-il aussi jouer la carte d’un candidat issu d’une minorité afin de tenter de séduire un électorat en pleine mutation socioculturelle ? Ce faisant, ne risqueraient t-ils pas de se couper de leur frange droite et conservatrice et d’ainsi se condamner à ne plus jamais être élu ?

Il convient de se poser la question de l’adéquation d’un tel système (voir ici et la) pour la France, alors même que ce modèle multiculturel (a l’américaine) semble commencer à toucher ses limites en amérique. Les excellents scores de François Hollande aux présidentielles dans les quartiers à forte densité de français d’origine immigrée récente (65,32 % en Seine-Saint-Denis, 72,07 % à Clichy-sous-Bois, 72,62 % à
Garges-lès-Gonesse, 89,04 % au Val Fourré à Mantes-la-Jolie…) ou le fait que par exemple 93 % des musulmans français (en grande partie des français d’origine étrangère récente) aient voté pour le candidat socialiste sont sans doute un très lourd avertissement pour nombre de politiciens français.

Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l’Europe ?

Syrian rebels near Aleppo

 

Les récentes images de combattants islamistes de la soi-disant opposition Syrienne unifiée utilisant des missiles sol-air ou des fusils M16 a laissé beaucoup de commentateurs dans des interrogations. Mais comment la démocratique Amérique pourrait-elle bien soutenir des combattants islamistes proches des mouvances les plus radicales et même d’Al Qu’Aïda ? Ce n’est pas un malheureux hasard logistique mais bel et bien une politique délibérée de soutenir l’Islamisme radical partout ou cela peut porter préjudice aux adversaires de l’Amérique, et donc favoriser indirectement l’avancée géostratégique américaine. Continue reading

Le point démographique de octobre 2012

Les chiffres de la démographie russe pour la période de Janvier a Octobre 2012 sont disponibles et ils sont plus que surprenants.   Octobre 2012 a vu 177.661 naissances contre 153.789, soit 23.78 naissances de plus (+15,5%), c’est un record mensuel absolu depuis 1991, mieux que aout 2011 !  

Octobre 2012 a par contre vu 167.471 décès contre 156.447 en octobre 2011, soit 11.024 décès en plus (+7%). Avec notamment plus 10% de morts dans les transports et la notamment la route, c’est sans doute l’effet statistique malheureux de 10 mois avec une hausse du nombre de voitures achetées en Russie de plus de 13% sur l’annee 2012.  

Octobre 2011 avait vu une baisse de population  de 2.658 habitants, octobre 2012 voit une hausse de population de 10.1910 habitants.

*   Sur les 10 premiers mois de l’année:

– Il y a eu 1.586.925 naissances, contre 1.482.807 sur les 10 premiers mois de 2011, soit 104.108 naissances en plus (+7%).
– Il y a eu 1.586.135décès contre 1.610.165 en 2011, soit 24.030 décès en moins (-1,5%).  

Les lecteurs peuvent sabler le champagne car avec 1.586.925 naissances et 1.586.135 décès sur les 10 premiers mois de 2012 la population russe a naturellement augmenté de 790 habitants. 

Désormais il semble certain que la baisse de population de devrait pas dépasser les 20.000 habitants cette année.

Dialogue Russie – Occident: un problème de morale?

L’article original a été publié sur le site de RIA-Novosti
*

Lorsqu’en 2010 Paris et Berlin s’efforçaient de tirer Moscou vers l’Ouest, l’espoir de l’Occident tout entier, exprimé par la majorité des analystes et commentateurs politiques, était que la Russie se défasse enfin de sa dimension eurasiatique pour rejoindre la famille occidentale.L’épisode malencontreux d’août 2008 en Géorgie était plus ou moins digéré, la crise devait réunir la riche Russie et l’Europe endettée, et surtout la présidence de Dimitri Medvedev était vue par beaucoup à l’Ouest comme un symbole d’ouverture et de  libéralisation, dans une Russie qui tournait sans doute et enfin la page Poutine.

Fin 2012 la situation est toute autre. Certes les relations avec la France semblent toujours au beau fixe et ce malgré le changement de majorité présidentielle, une bonne surprise. Contre toute attente, c’est l’Allemagne qui ne se présente plus comme le partenaire idéal qu’elle a été pour la Russie pendant de nombreuses années. Un refroidissement inattendu puisque qu’une motion votée au Bundestag appelle le gouvernement allemand à exprimer clairement ses critiques, liées au retour de Vladimir Poutine au Kremlin mais aussi à l’affaire Pussy Riot. L’affaire aurait pu en rester là si un député conservateur, Andreas Schockenhoff, envoyé spécial de la chancelière pour la Russie n’avait pas dénoncé “  l’intimidation et la répression de la société civile“ et affirmé que: “ la  Russie a choisi la mauvaise voie“. Des déclarations qui ont entraîné la colère des Russes et une légère tension diplomatique.
Lors de la dernière visite d’Angela Merkel en Russie mi novembre, le ton était froid mais cordial, la coopération économique et stratégique restant visiblement primordiale, pour Berlin tout comme pour Moscou. Mais l’Allemagne n’est pas le pire point de discorde entre la Russie l’Occident. Le groupe ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) a récemment tenu son congrès en Irlande. Les congressistes, après avoir reçu les membres du parti d’opposition russe Iabloko (3,43% des voix en Russie), ont appelé au vote d’une résolution de condamnation de la Russie par le parlement européen et le conseil de l’Europe. Ne s’arrêtant pas là, ils ont simplement menacé la Russie d’être exclue du Conseil de l’Europe, rien que ça. Une tactique similaire à celle d’août 2008, comme vient de le révéler Wikileaks. Est-ce l’effet Syrie, comme c’était l’effet Géorgie en 2008? Ou bien serait-ce l’effet gaz de schiste comme le pense Alexandre Adler qui imagine sans doute un peu rapidement une Europe libérée de la dépendance énergétique russe et de la tyrannie de la société Gazprom qui est de plus en plus dans le collimateur des organismes européens?

 

Bien sur, l’ADLE, Schockenhoff, Iabloko, les Pussy Riot et les Femen ne pèsent pas bien lourd, ni en Europe ni en Russie, mais ils existent et il faut en tenir compte. Mais ces nouvelles tensions avec l’Occident se produisent alors que le Kremlin a affirmé ses ambitions à l’Est, dans son extrême orient  bien sur mais surtout vers l’Asie, tout en affirmant sa nature et son statut de pays européen. Ce faisant, la Russie semble surtout de plus en plus réaffirmer sa dimension eurasiatique, à cheval entre l’Europe et l’Asie, position qui historiquement a toujours été celle qui lui a le plus profité. Mais il n’y a pas que ça. L’UE apparaît de plus en plus comme un partenaire de moins en moins fiable (d’où la volonté de rééquilibrage avec l’Asie) et  c’est surtout son modèle moral et politique qui semble périmé et ne constitue visiblement plus un exemple attractif pour la Russie.

 

Les récents raidissements de la Russie (du point de vue occidental) ne sont pourtant que des ajustements mineurs en vue d’un probable gros changement de cap. On peut par exemple s’offusquer des condamnations des Pussy-Riot, mais il faut ouvrir les yeux sur le fait que la grande majorité du peuple russe (80%) soutient leur condamnation, la moitié des russes pensant même que la  peine est insuffisante! Quand aux Femen, elles ont peut être trouvé de maigres soutiens en France mais sont purement et simplement interdites de séjour en Russie.

 

On peut ne pas être d’accord à l’ouest, mais les russes eux sont aujourd’hui plutôt majoritairement d’accord avec leur pouvoir politique et aussi avec leur église, car ils s’affirment de plus en plus comme un peuple authentiquement chrétien. Selon deux récents sondages, 79% des russes sondés s’affirment orthodoxes et 38% affirment qu’être orthodoxe est très important pour être considéré comme un vrai russe, contre seulement 15% en 1996. Seuls 53% des sondés pensent même que le passeport est une preuve suffisante d’appartenance à l’identité  nationale. Ce retour à la religion et aux traditions, ainsi qu’à une certaine idée non citoyenne de l’identité nationale s’accompagne d’une réaffirmation totale de l’implication de l’état dans ces changements. Il s’agit d’accompagner le retour de la société russe vers un système moral en adéquation avec ses aspirations profondes. Comme l’a parfaitement défini Fedor Loukianov: “Le modèle que Poutine voudrait rétablir revient à faire reconnaître par l’Occident que la Russie est un pays différent par sa base idéologique et morale“.

 

Il faut sans doute se demander dès maintenant si la rupture morale avec l’Occident ne serait pas déjà consommée et si dans un avenir proche, ce n’est pas la Russie qui pourrait devenir un modèle de civilisation pour une Europe de l’Ouest de nouveau en recherche de valeurs.

Les FEMEN : des agents provocateurs?

L’article original a été publié sur le site de Voix de la Russie
*
Femen Protest
Depuis quelques mois, nombre de français ont entendu parler des FEMEN,ce groupuscule féministe Ukrainien composé de jeunes et jolies jeunes femmes, et dont la méthode de combat et de revendication consiste à exposer ses seins au grand jour. Les actions des FEMEN pour l’amélioration de la condition des femmes ou la lutte contre la prostitution en Ukraine ne peuvent au demeurant qu’attirer de la sympathie. Lorsque celles-ci manifestent en petite culotte pour dénoncer le système « sexe contre diplômes » dans les universités ukrainiennes, tous les hommes de la planète les soutiennent, cela va sans dire. On peut tout autant difficilement être contre elles, lors de leur stimulante campagne appelant à « lire plus » et motivée par le slogan : « si tu ne lis pas plus, je ne couche pas avec toi » (!). E

 

nfin comment ne pas être d’accord avec elles lors de leurs manifestations contre la prostitution pendant l’euro de football en Ukraine ? Les FEMEN jouent sur leur somptueuse plastique et une symbolique très identitaire et guerrière qui, une fois n’est pas coutume, ne semble pas déranger les élites globalistes européennes.

 

C’est il y a un an que le mouvement a commencé à prendre de l’ampleur et à surtout activement se mêler de politique internationale. Les jeunes féministes se sont revendiquées de l’heritage de la révolution orange en Ukraine, ce coup d’état démocratique destiné à vassaliser durablement l’Ukraine dans l’alliance occidentale. Fin 2011, elles ont aussi manifesté  en soutien de la révolution du Lotus en Egypte, contre Moubarak, et pour l’émancipation des femmes Egyptiennes. Nul ne peut douter que le bilan des courses, ne doit sans doute pas être à la hauteur de leurs espérances, mais leur croisade anti-Moubarak et pour l’émancipation des femmes s’est depuis transformé en une croisade contre la Shariah et l’islamisme, ainsi que contre la Burka. Curieusement, les provocations des FEMEN en Turquie et en Tunisie n’ont pas abouti a quoi que ce soit. Le fait de se déshabiller devant une mosquée n’a pas visiblement eu en Turquie l’effet escompté.

Continue reading

La demographie en Russie de Janvier a Septembre 2012

Les chiffres de la démographie russe pour la période de Janvier a Septembre 2012 sont disponibles et ils sont assez encourageants.

 
Septembre 2012 a vu 155.869 naissances contre 158.052 en septembre 2011, soit une baisse des naissances de 1,4% (2.183 naissances en moins) et 144.390 décès contre 153.898 décès en septembre 2011, soit une diminution du nombre de décès de 6.2% (9.508 décès en moins).
Septembre 2011 avait vu une hausse de population mensuelle de 4.154 habitants, pour septembre 2012 la hausse de population est de 11.479 habitants.
 
Sur les 9 premiers mois de l’année:
– Il y a eu 1.409.264 naissances, contre 1.329.018 en 2011, soit 80.246 naissances en plus (+6%).
– Il y a eu 1.418.664 décès contre 1.453.718 en 2011, soit 35.054 décès en moins (-2,4%).
 
Les 9 premiers mois de l’année 2012 ont vu une baisse naturelle de population de 9.400 habitants, contre une baisse de 124.700 sur les 9 premiers mois de 2011 (!).
 
2012 sera sans aucun doute l’année record depuis la chute de l’URSS et devrait vraisemblablement voir plus de 1.8 millions de naissances (entre 1.825 et 1.850 millions?) et vraisemblablement moins de 1,9 millions de décès (1.975 millions?), et une baisse de population cette année se situant entre 25.000 et 50.000 habitants. 
 
De bon augure en attendant 2013?
 

Modernisation de l’économie russe : impacts de l’adhésion de la Russie à l’OMC

Catherine Poujol et Taline Ter Minassian
codirectrices de l’OBSERVATOIRE DES ETATS POSTSOVIETIQUES
En partenariat avec le Cercle Kondratieff
ont l’honneur de vous inviter au
” Petit-déjeuner de l’Observatoire”

qui se tiendra le mercredi 28 novembre 2012
dans la salle des plaques de l’INALCO,
2, rue de Lille, 75007, Paris – De 8h30 à 10h 30
 Invités d’honneur

Jean-Luc Truel, Vice-président du Cercle Kondratieff,
Michel Morand, Administrateur du Cercle Kondratieff,
  
Discutant: David Teurtrie, chercheur à l’INALCO

La guerre totale contre la corruption a-t-elle commencé?

L’article original a été publié sur le site deRIA-Novosti
 
*

La semaine dernière un événement est venu secouer la scène politique russe. Le ministre de la Défense, Anatoly Serdioukov a été remercié par Vladimir Poutine.

Anatoly Serdioukov est un civil,  né dans le sud de la Russie. Il est passé par la case Saint-Pétersbourg, il a commencé sa carrière dans la finance, via le service des impôts de Saint Petersburg, puis le ministère des finances en 2004, alors qu’Alexeï Koudrine était ministre. En 2007, à la fin du second mandat Poutine,  il est nommé ministre de la défense.

Il va alors travailler avec acharnement à la réduction des dépenses, et pendant sa première année à ce poste, il diminuera de près d’un tiers l’effectif des officiers supérieurs de l’administration militaire centrale. En octobre 2008 enfin, sous la présidence Medvedev, c’est lui qui proposera le projet de réforme de l’armée russe destiné à réduire les effectifs, à modifier les chaînes de commandement et aussi à professionnaliser l’armée russe.

Au total, dans ce projet, ce sont plus de 700 milliards de dollars que l’État russe prévoit de dépenser jusqu’à 2020 pour rénover les forces armées.