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Lettre de Vladimir Poutine à la presse Americaine.

130912-putin-640p.photoblog600Article original en anglais ici et en russe la.

Moscou

Les récents événements autour de la Syrie m’ont incité à parler directement au peuple américain et à ses dirigeants politiques. Il est important d’agir ainsi à une époque où la communication entre nos sociétés est déficiente.

Nos relations sont passées par plusieurs étapes. Nous nous confrontions pendant la guerre froide. Mais nous avion été alliés pour nous défendre ensemble contre les nazis. L’organisation universelle des Nations Unies a alors été fondée pour éviter qu’une telle dévastation surgisse à nouveau.

Les fondateurs de l’ONU  comprirent que les décisions sur la guerre et la paix devaient être prises par consensus uniquement et le veto des membres permanents du Conseil de Sécurité fut introduit avec l’accord des Américains dans la Charte des Nations Unies. Cette grande sagesse a permis de stabiliser les relations internationales pendant des dizaines d’années.

Personne ne souhaite que les Nations Unies subissent le destin de la SDN qui s’effondra faute d’un réel soutien. C’est possible si des pays influents court-circuitent les Nations Unie et entreprennent des actions militaires sans l’autorisation du Conseil de Sécurité.

La frappe éventuelle des Etats-Unis contre la Syrie, malgré la forte opposition de nombreux pays et de personnalités politiques et religieuses de premier plan, y compris le Pape, aura pour résultat d’accroitre le nombre de victimes innocentes et une escalade qui peut étendre le conflit bien au-delà des frontières syriennes. Une telle frappe augmenterait la violence et déchainerait une nouvelle vague de terrorisme. Cela peut détruire les efforts multilatéraux pour résoudre le problème nucléaire iranien et le conflit israëlo-palestinien et déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Cela pourrait déséquilibrer le système entier du droit et de l’ordre international.

On n’assiste pas en Syrie à une bataille pour ou contre la démocratie mais à une guerre civile entre le gouvernement et l’opposition dans un pays multi-religieux. Il y a peu de militants de la démocratie en Syrie. Mais il y a pléthore de combattants d’Al Qaida et d’extrémistes de tout poil combattant le gouvernement. Le département d’Etat américain lui-même a désigné le Front Al Nusra et l’Etat islamique en Irak et au Levant comme des organisations terroristes. La guerre civile, alimentée par les armes étrangères livrées à l’opposition, est une des plus sanglantes au monde.

Les mercenaires des pays arabes qui combattent là et les centaines de djihadistes qui viennent des pays occidentaux, et même de Russie, sont une vraie préoccupation pour nous. Ne risquent-ils pas de revenir dans nos pays avec l’expérience acquise en Syrie ? Après tout, des extrémistes sont bien partis au Mali après avoir combattue en Lybie. C’est une menace pour nous tous.

Dès le début, la Russie a poussé au dialogue pacifique pour permettre aux Syriens d’établir un plan de compromis pour leur propre avenir. Nous ne sommes pas en train de protéger le gouvernement syrien mais le droit international. Nous avons besoin d’utiliser le Conseil de Sécurité des Nations Unies et nous croyons que préserver la loi et l’ordre dans notre actuel monde complexe et turbulent est un des rares moyens d’empêcher les relations internationales de tomber dans le chaos. La loi est la loi et nous devons la suivre, qu’elle nous plaise ou non. Selon la loi internationale en vigueur, la force n’est autorisée qu’en cas d’auto-défense ou par décision du Conseil de Sécurité. Toute autre chose n’est pas autorisée par la Charte des Nations Unies et constituerait un acte d’agression.

Personne ne doute qu’on ait utilisé des gaz empoisonnés en Syrie. Mais on a toutes les raisons de croire qu’ils n’ont pas été utilisés par l’Armée syrienne mais par les forces de l’opposition, pour provoquer l’intervention de leurs puissants parrains étrangers, qui seraient du même côté que les fondamentalistes. Les sources selon lesquelles des djihadistes prépareraient une autre attaque, cette fois contre Israël, ne peuvent être ignorées.

C’est inquiétant que l’intervention militaire dans les conflits intérieurs des pays étrangers soit devenue une banalité pour les Etats-Unis. Est-ce l’intérêt à long terme de l’Amérique ? J’en doute. Des millions de personnes dans le monde voient de moins en moins l’Amérique comme un modèle de démocratie mais comme un Etat qui ne croit que dans la force brute, fabriquant des coalitions sous le slogan « vous êtes avec nous ou contre nous ».

Mais la force a montré qu’elle est vaine et inefficace. L’Afghanistan est laissé à lui-même et personne ne sait ce qui va se passer lors du retrait des forces internationales. La Lybie est divisée entre ses tribus et ses clans. En Iraq, la guerre civile continue avec des douzaines de morts chaque jour. Aux Etats-Unis, beaucoup établissent une analogie entre l’Iraq et la Syrie et se demandent pourquoi leur gouvernement voudrait répéter les erreurs du passé.

Quels que soient les objectifs et la sophistication des armes, on n’évitera pas les victimes civiles, y compris les vieillards et les enfants, que les frappes sont censées protéger.

Le monde réagit en se posant la question : si vous ne pouvez pas compter sur le droit international, il faut trouver d’autres moyens d’assurer sa propre sécurité. Ainsi, de plus en plus de pays cherchent à acquérir des armes de destruction massive. C’est logique : si vous avez la bombe atomique, personne ne vous attaquera. Il nous reste à faire des discours sur la nécessité de la non-prolifération quand en réalité, elle est grignotée.

Nous devons donc arrêter d’utiliser le langage de la force et revenir sur le chemin du règlement des problèmes de façon civilisée, diplomatique et politique.

Une nouvelle chance d’éviter l’action militaire est apparue ces derniers jours. Les Etats-Unis, la Russie et tous les membres de la communauté internationale doivent profiter de la volonté du gouvernement syrien de placer son arsenal chimique sous contrôle international à des fins de destruction subséquentes.

Jugeant des déclarations faites par le président Obama, les Etats-Unis voient cela comme une alternative à l’action militaire.

Je salue l’intérêt que montre le président à continuer le dialogue avec la Russie sur la Syrie. Nous devons travailler ensemble à maintenir cet espoir comme nous en sommes convenus au G8 de Lough Erne en Irlande du Nord en juin, et orienter la discussion à nouveau vers les négociations.

Si nous pouvons éviter la force contre la Syrie, cela va améliorer l’atmosphère des affaires internationales et renforcer la confiance mutuelle. Cela sera notre succès commun et ouvrira la porte à la coopération sur d’autres questions difficiles.

Mon travail et mes relations personnelles avec le président Obama est marqué par une confiance de plus en plus grande. J’apprécie. J’ai étudié scrupuleusement son discours à la nation de mardi. Et je suis en désaccord avec son insistance sur l’exception américaine, affirmant que la politique des Etats Unis est ce « qui fait l’Amérique différente. C’est ce qui fait de nous une exception ». C’est extrêmement dangereux d’encourager les gens à se considérer eux-mêmes comme exceptionnels, quelque soient les motifs. Il y a de grands et de petits pays, des riches et des pauvres, certains avec de longues traditions démocratiques et certains cherchant leur voie vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent aussi.

Nous sommes tous différents mais lorsque nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux.

(International Herald Tribune du 13 septembre 2013, traduit de l’anglais par Yvan Blot)

Navalny a obtenu plus que prévu?

Les médias français nous assènent que Navalny aurait obtenu plus que prévu, car celui ci était soi disant donné a entre 12 et 14% dans les sondages et aurait obtenu deux fois plus au final …

Vraiment? 🙂

En fait non!

Les sondages se basent sur des “sondés” en incluant des “contre tous” ou “je ne vote pas”, il est donc sans doute difficile d’obtenir des estimations de scores concrets de candidats en tenant compte des candidats…

Par contre on peut estimer le niveau réel de voix des candidats qui sont “surs” de leurs choix et en enlevant les abstentionnistes ou ceux décidés a voter blanc…

Super-Job a fait ce sondage sur 1.600 moscovites sur d’aller voter et de leur choix en Juillet2013 qui donnait déjà Navalny a … 26% et Sobianine a 62%… Cela confirme que les électeurs de Navalny se sont plus motivés et déplacés que les autres (son score étant reste stable par rapport a cette prévision) pendant que les électeurs de Sobianine eux ne se sont pas assez déplacés, sans doute car ils étaient trop certains de la victoire de leur candidat.

Безымянный

Quelques réflexions sur les résultats de l’élection municipale anticipée de Moscou

637275831625-869503863727.pngMoscou a donc voté et les résultats sont sans doute mi figue mi raisin, tant pour le Kremlin que pour l’équipe de campagne d’Alexeï Navalny.

Les résultats définitifs sont désormais connus, le maire actuel a remporté l’élection au premier tour avec 51,37% des voix, l’opposant blogueur Alexeï Navalny a lui récolté 27.24%, le candidat communiste 10,69%, le candidat de l’opposition libérale Iabloko 3,51% des voix, le candidat du parti nationaliste LDPR 2,86% et enfin le candidat du parti Russie Juste 2,79%.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ce scrutin.

Tout d’abord la très faible participation (32%) qui a fortement avantagé le candidat Navalny dont les électeurs, plus militants et motivés, se sont fortement mobilisés. Malgré l’enjeu et une excellente campagne de terrain, ce dernier n’a pour autant réussi à mobiliser que 630.000 électeurs, bien loin du réservoir de 868.000 voix que le Candidat Prokhorov avait obtenu à Moscou lors de l’élection présidentielle de 2012. Ce Ghetto quantitatif / électoral de l’opposition dite libérale reste stable a Moscou depuis 1999 si l’on pense par exemple aux 510.0000 voix de Serguey Kirienko (ex-Premier ministre) ou les quelques 500.000 voix d’Alexandre Lebedev en 2003.

Le pouvoir central peut lui savourer une nouvelle victoire au premier tour d’un de ses candidats mais cette fois il s’en est fallu de peu qu’un second tour ne soit nécessaire. Le maire élu aura donc peu mobilisé et obtenu dans la capitale 1.193.178 voix, à comparer aux 1.994.300 voix obtenu par Vladimir Poutine à l’élection présidentielle de 2012. Continue reading

Quelques réflexions sur l’élection municipale anticipée de Moscou

193631258Le 8 septembre aura lieu l’élection municipale à Moscou. Il s’agit d’une élection de première importance pour la Russie tant sur le plan intérieur que pour l’image de la Russie à l’étranger.

Moscou, capitale politique et économique du pays, est entrée dans la difficile période de transition qui a suivi la période soviétique en étant gouvernée de 1992 à 2010 par le célèbre Iouri Loujkov, figure politique de la période Eltsinienne. Nommé par Boris Eltsine en 1992 suite à la démission du maire de l’époque dont il était l’adjoint, Iouri Loujkov sera élu en 1996 (95 % des suffrages) et réélu en 1999 (69,9 % des suffrages). A cette époque, beaucoup pensent que Iouri Loujkov, très proche du premier ministre de l’époque Evgueny Primakov, pourrait remplacer le président Eltsine, ce qui n’arrivera finalement pas. En 2003, il est encore réélu à la tête de Moscou avec 75 % des suffrages et il s’éloigne totalement de la vie politique fédérale pour se concentrer sur son royaume qu’est devenu la capitale Moscovite.

En 2004, le président russe Vladimir Poutine avait supprimé les élections aux postes de gouverneurs de région et les élections à la mairie de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour accentuer le contrôle de l’état, et donc la sécurité nationale. Pendant cette période le pays était visé par de nombreuses attaques terroristes que l’on pense par exemple aux deux avions détruits par des commandos suicides (à Toula et Rostov), aux attentats dans les stations de métro de Kashirskoe Shossee et Rijskaya à Moscou, aux attaques en Ingouchie, au terrible attentat de Beslan ou encore aux prises d’otages de Mineralnye Vody ou à l’assassinat du président Tchétchène, Kadyrov père. Continue reading

La demographie russe, de janvier à juillet 2013

478487148Dans la foulée de 2012, 2013 sera visiblement une bonne année démographique pour la Russe.

Le mois de juillet 2013 a vu 181.907 naissances contre 170.949 pour juillet 2012 soit une hausse de 6,4%, et 158.721 décès contre 157.662 décès pour juillet 2012 soit une hausse de 0,7%. Pour ce seul mois la hausse naturelle de population atteint donc 23,186 personnes!

Depuis le début 2013, soit sur les 7 premiers mois de l’année, il y a eu :

– 1.085.081 naissances contre 1.076.688 pour la même période en 2012 soit une hausse de 0,8%.
– 1.114.747 décès contre 1.120.328 décès pour la même période en 2012, soit une baisse de 0,5%.

La baisse naturelle de population sur les 7 premiers mois de 2013 est donc de 29.666 habitants, contre une baisse de 43.640 habitants pour la même période en 2012. Continue reading

Reflexions sur RFI et les journalistes francais…

Aujourd’hui RFI m’a invité a un débat. L’idée était visiblement de me faire intervenir au téléphone. RFI fait semblant de savoir que je n’accepte pas les débats par téléphone, pas par lâcheté ou couardise bien evidemment mais simplement car je ne fais pas confiance aux méRdias nationaux et en leur aptitude a refaire les débats en coupant des morceaux de phrase ou leur faire dire ce qu’ils veulent et pas ce que vous avez dit.

Mes lecteurs se souviennent peut être de ce grand moment d’amour entre moi même et une journaliste française qui a prétendu me dire ce que “moi y en a devoir faire, dire et penser” … Pour ceux ne l’ayant pas lu je vous incite a le faire 🙂

1/ Ci dessous le premier échange de ce jour avec RFI:

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Syrie : de la guerre médiatique à la guerre militaire ?

assad---la-guerre-en-syrie-vise-laxe-de-resistance-contre-israel-_trt-francais-4588La Syrie semble plus proche que jamais d’une agression militaire de la part de la coalition Occidentale et de l’Otan, dont le trio belliqueux Paris/Londres/Ankara s’apprête visiblement à violer toutes les règles du droit international et même à passer outre le Conseil de sécurité de l’ONU.

Le monde a déjà en 1999 connu une intervention de ce type sur un petit pays européen. Comme pour la Syrie, la Serbie avait été victime d’une guerre médiatique et informationnelle à l’époque sans précédent. Mais depuis 14 ans, le mainstream médiatique a considérablement renforcé non seulement son monopole informationnel, que contrebalance aujourd’hui uniquement par Internet le courage de certains blogueurs/analystes trop souvent bénévoles.

Alors que l’ONU enquête au sol, le mainstream ressasse de façon ininterrompue les affirmations de quelques leaders occidentaux (Amérique, Angleterre, France, Allemagne et Turquie) dont les diplomaties se sont visiblement concordées pour affirmer que non seulement l’Etat Syrien est coupable (et ce avant les résultats de l’enquête de l’ONU) mais qu’il faut intervenir militairement, sans aval du conseil de l’ONU. Continue reading

La Serbie à la croisée des chemins?

9273762-drapeau-de-la-serbie-sur-fond-blanc-grosAprès l’euphorie de très courte durée qui a accompagné, en 2000, la révolution de couleur ayant provoqué le départ, l’emprisonnement et l’élimination du président Milosevic, la Serbie s’est retrouvée totalement coupée en deux, sur le plan politique. Les résultats des élections qui ont marqué la décennie qui a suivi traduisaient bien cette coupure entre deux visions de la Serbie, celle du bloc patriotique, et celle de la normalisation avec l’Union Européenne.

Les thèses du bloc patriotique se sont heurtées aux pressions des occidentaux. En même temps toutes les tentatives de conserver de bonnes relations avec l’UE tout en maintenant la souveraineté territoriale serbe sur le Kosovo ont échoué. Ceci a abouti à ce que le pays élise par défaut et par dépit en septembre 2012 un président d’union nationale, issu du bloc patriotique de l’ancien système, dont le parti avait également remporté les élections législatives de mai 2012.

Cette nouvelle direction politique serbe pourtant issue du bloc patriotique fait, curieusement, la promotion de l’entrée de la Serbie dans l’Union européenne. Elle a permis que soit adopté le 26 avril dernier un accord en vue d’une normalisation des relations de la Serbie avec le Kosovo, sous l’égide de l’UE. Le texte, qui unifie notamment les institutions serbes du Kosovo avec les institutions albanaises du Kosovo ôte donc toute souveraineté de Belgrade sur les premières et a été soutenu par une très large majorité de la chambre des députés serbe, puisque sur 203 députés présents, 173 se sont prononcés pour, 24 contre et six se sont abstenus. Continue reading