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Le monde anglo-saxon en guerre contre l’Europe ?

imagesLes accords de Minsk ont fait ressurgir une vérité oubliée un peu trop vite : les Etats européens ont un rôle fondamental et incontournable quand il faut gérer une crise sur ce continent.

Paris et Berlin se sont en effet bien gardés d’inviter Washington et Bruxelles, c’est-à-dire l’Otan et l’UE, à ces négociations de Minsk, destinées à avancer vers un accord de paix, dans cette guerre civile qui se déroule en Ukraine.

Ironie de l’histoire: la Biélorussie, régulièrement taxée de « dernière dictature d’Europe », a accueilli une rencontre ayant permis aux puissances continentales de bloquer les velléités guerrières anglo-saxonnes.

Prises entre l’enclume des faucons ukrainiens et le marteau de leurs sponsors américains, les élites ukrainiennes, qui auraient naïvement cru à la fable de leur intégration fraternelle au sein de la communauté euro-atlantique, doivent désormais déchanter.Les rêves d’adhésion immédiate à l’Union Européenne et à l’Otan sont partis en fumée, et le pays est maintenant très proche de la faillite. Le divorce avec la Russie sur le modèle géorgien se fait au prix d’une guerre contre le monde russe et donc quasi-directement contre la Russie. Dans le même temps, les oligarques qui ont pris le pouvoir en Ukraine après les événements de la place Maïdan ont mis les nations européennes face à une situation très complexe.

Du côté de l’Europe de l’ouest, on essaie de croire à la paix en Ukraine et de rester optimistes, mais une scission apparaît de plus en plus nettement. D’une part, se profile un axe qui recherche la paix et d’autre part un groupe qui souhaite un affrontement plus direct avec Moscou. Continue reading →

Réflexions sur l’assassinat de Boris Nemtsov

imagesLa mort inattendue de Boris Nemtsov en Russie a fait couler beaucoup d’encre et causé un lourd dommage à l’image de la Russie, la grande majorité des commentateurs n’ayant pu s’empêcher de pointer la potentielle et probable responsabilité des autorités russes dans ce meurtre.

Pourtant, loin de « l’émotionnel-militant » qui a envahi nombre de rédactions, il convient de revenir sur le personnage et sa réelle stature politique en Russie, pour comprendre sa mort dans un contexte politique russe complexe, tant sur le plan intérieur qu’extérieur.

Proche du pouvoir et de la grande mouvance réformatrice qui émana de la fin de l’Union soviétique, Boris Nemtsov est issu d’une famille célèbre en Russie puisqu’il serait le petit-neveu de Yakov Sverdlov, révolutionnaire et homme politique russe qui aurait donné en 1918 l’ordre d’assassiner le tsar Nicolas II et toute la famille impériale.

Boris Nemtsov se lança en politique et bénéficia fortement des chaotiques années 90, puisqu’il fut premier gouverneur de l’Oblast de Nijni-Novgorod de 1991 à 1997 avant d’être ministre de l’Énergie sous Boris Eltsine. A l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999, il s’investit de plus en plus activement dans l’opposition libérale en Russie, une opposition libérale dont le poids politique allait systématiquement et régulièrement s’amenuiser au cours des années qui suivirent. Continue reading →

Voyage de deux Français de Russie au Donbass

A la veille de Noël 2014, deux Français de Russie, consternés par la situation au Donbass, se sont rendus sur le territoire de la république de Donetsk pour offrir des cadeaux de Noel aux enfants victimes de guerre. De retour à Moscou, DISSONANCE a recueilli les impressions de l’un d’entre eux, Nicolas Fréal.

DISSONANCE : Quelle était votre motivation ?

Nicolas Fréal : Pour commencer, l’idée première était de nous rendre dans cette zone afin de voir ce qu’il s’y passait réellement et d’échanger avec la population locale. Pour cela, nous avons voulu nous rendre utile et venir les mains pleines, et non pas en voyeurs du malheur des autres. Avec mon coéquipier Nicolas, nous avons mis nos fonds propres et récolté encore un peu d’argent auprès d’une poignée de Français – en tout environ 150 000 roubles –, afin de mettre sur pieds un chargement suffisant que nous pourrions distribuer nous-mêmes le temps d’un week-end. Tous les francais de Moscou a qui nous nous sommes ouverts de notre projet nous ont supporte financièrement et moralement, tant ils sont outres et scandalises par la tromperie colportée par la couverture médiatique occidentale des évènements en Ukraine.

 

DISSONANCE : Comment fait-on pour pénétrer sur ce territoire ?
N.F. : Nous nous sommes mis a la recherche de fixeurs efficaces. Un mois plus tôt, une première tentative avait avortée, et cette fois-ci, je disposais de trois contacts potentiels. Je suis parti donc en précurseur le vendredi a Rostov-sur-le-Don et j’ai fait les achats avec l’aide de cosaques que nous connaissions pour avoir participe ensemble en août 2012 a la cavalcade Moscou – Paris qui commémorait la chevauchée de l’ataman Platov en 1814. Notre projet était d’aller jusqu’à Donetsk, mais le convoi qui s’y rendait a retardé son départ et nous avons opté pour une autre filière qui a accepté de nous emmener seulement pour un jour à Snejnoïe, à une trentaine de kilomètres a l’intérieur du Donbass. On nous a fait remarquer que si Donetsk attirait les regards parce qu’elle etait sous le feu, cette ville recevait aussi beaucoup d’aide au moment des fetes, ce qui n’était pas le cas de villes plus petites ou les habitants etaient d’autant plus exposés a l’indifférence et a l’oubli. Cet argument nous a paru solide et nous avons décidé de changer de destination. Continue reading →

La démographie russe, entre mythes et réalité

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La démographie russe est un sujet fort complexe qui a donné lieu à de terribles erreurs d’appréciation (stratégiques, économiques…) et de compréhension de la réalité russe.

Loin des calculs d’experts et des idées reçues, la situation démographique de la Russie ne semble pas connaître une dynamique aussi dramatique et aussi grave que nombre d’observateurs l’ont laissé entendre.La décennie infernaleBrutalement propulsé dans l’économie de marché après la chute de l’URSS, le pays a traversé durant les années 90 une période de dérèglement politique, économique, social et moral généralisé. Un dérèglement caractérisé par un effondrement démographique sans équivalent historique, dont les conséquences démographiques étaient équivalentes à celles d’une guerre, alors que le pays était à peu près en paix.

Sur le plan sanitaire, l’explosion de la toxicomanie a provoqué une explosion du VIH et l’on a vu réapparaître de nombreuses maladies qui n’existaient plus que dans certains pays du tiers monde comme par exemple la diphtérie, le typhus, le choléra ou la tuberculose.

La conséquence de ce grand dérèglement sur la démographie du pays fut quasi-instantanée. Dès 1991 le nombre de naissances va commencer à diminuer, passant annuellement de 1.794.626 à 1.214.689 en 1999, tandis que le taux de fécondité s’effondrait de 1,89 à 1,17 enfants par femme. Dans le même temps, le nombre de décès augmentait en flèche, passant de 1.690.657 en 1991 à 2.144.316 en 1999. Cette situation donna naissance à une nouvelle terminologie démographique propre au pays: le terme de « croix russe » définissant une natalité en baisse et une mortalité en hausse. Continue reading →

Accords de Minsk: le choix de l’Eurasie ?

imagesLorsque le mur de Berlin s’est écroulé, et avec lui l’URSS, rien ne semblait pouvoir empêcher l’américanisation de l’ancien monde soviétique, c’est-à-dire la victoire de McDonald’s, de l’anglais comme langue globale et quasi-unique, et du dollar comme seule monnaie de référence.

Rien ne semblait surtout pouvoir entraver la marche en avant du capitalisme ultralibéral et de la démocratie à la mode américaine. Dans le monde unipolaire ainsi créé, la prise de contrôle par l’Otan des gigantesques territoires qui s’étendent de l’est de la Vistule et jusqu’au pacifique paraissait inévitable.

En une décennie, cet “agenda idyllique” a été totalement bouleversé par des événements historiques complètement imprévus. Il y a eu le 11 septembre 2001 et les efforts de guerre qui en ont découlé pour les occidentaux. Les interventions militaires dans le monde musulman n’ont pas eu le succès attendu, elles ont coûté très cher, et ont finalement semé le chaos dans la région. Sur le plan économique, l’essor implacable de la Chine a largement dépassé toutes les prévisions, et le modèle économique et financier “capitalatlantiste” a montré ses limites en provoquant la crise de 2008, appelée “great recession” par les anglo-saxons.Pourtant, la politique américaine à l’égard de l’Europe et de l’Eurasie n’a pas changé. L’extension de l’Otan vers l’Est s’est poursuivie, se superposant à l’extension de l’Union européenne. En conséquence, nombre de commentateurs voient désormais Bruxelles comme un simple sas d’entrée destiné à pré-intégrer des Etats au sein de la communauté euro-atlantique et de l’Alliance militaire sous domination américaine. Continue reading →

Les médias occidentaux: marionnettes ou agents inconscients de l’expansion américaine ?

imagesEn mars et mai 2014 j’ai été invité à m’exprimer (très brièvement) sur la chaine française LCI, à propos de l’évolution de la situation en Ukraine.

J’ai dit, à l’encontre de tout le mainstream médiatique ambiant de l’époque, que la Russie n’avait aucun intérêt à une partition de l’Ukraine, et les européens non plus. J’ai aussi affirmé que les évènements en cours avaient leur source hors d’Europe et plus précisément en Amérique.

Il est vrai que quelques semaines auparavant, la presse russe avait révélé un enregistrement bien embarrassant, repris par le Huffington Post. La secrétaire d’état adjointe (américaine) chargée de l’Europe, Victoria Nuland, et l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine, Geoffrey Pyatt, discutaient de la situation chaotique qui s’installait en Ukraine, et madame Nuland a prononcé une phrase pas très diplomatique: Que l’UE aille se faire foutre. Cette phrase résume parfaitement la façon dont Washington manage sa relation avec son allié européen: L’UE n’a pas à donner son avis sur les affaires européennes.Dès le début de cette crise en Ukraine, les rares commentateurs qui ont accusé Washington de déstabiliser la région se sont fait traiter d’agents russes. On entend bien que le journaliste français de LCI qui m’interroge me présente tout naturellement comme: Le point de vue russe, pour ne pas dire la voix de Moscou, rien que ça! Pourtant je ne représente ni la Russie ni la France, je fais seulement partie des millions d’Européens qui s’inquiètent de voir l’Union Européenne transformée en protectorat américain. Je fais aussi partie de ceux qui, dans de nombreux pays, souhaitent un monde multipolaire. Continue reading →

Interview pour Novorossia Vision

Безымянный
Bonjour Alexandre, tout d’abord même s’il devient futile de vous présenter, qui êtes-vous ?

Bonjour, je suis français, blogueur et réside en Russie depuis 7 ans. J’écris principalement sur la Russie et tente d’analyser les relations Russie-Occident et Russie-Europe ainsi que le rôle du 4ème pouvoir (les médias) sur ces relations. J’écris aussi sur la démographie russe et les mythes sur la Russie.

 

Vous vivez en Russie depuis de longues années, vous avez une grande expérience des médias, vous avez un blog réputé en France et en Russie,Dissonance et vous aviez une tribune libre dans l’agence Ria Novosti, vous avez écrit pour La Voix de la Russie et vous écrivez pour Sputnik. De Moscou, quelle est votre vision de la gestion médiatique en France de la crise ukrainienne ?

Les médias français sont restés fidèles à eux-mêmes, noyés sous leur idéologie d’un côté et leur fainéantise de l’autre, fainéantise à chercher des informations ou même simplement réfléchir de façon plus globale.

Le scénario ukrainien nous a été présenté de façon unique et dogmatique et on voit bien que le scénario que les medias ont colporté est celui qui nous a déjà été servi lors des révolutions de couleurs en Ukraine en 2005 ou en Géorgie et Serbie en 2003 et 2000. Un scénario qui voudrait nous faire croire qu’une jeunesse héroïque et éprise de liberté au sein de ces pays souhaiterait s’émanciper de la tutelle de Moscou pour rejoindre le monde libre et juste occidental. Qui peut encore croire à ces âneries ?

La réalité est toute autre : ces pays qui avaient tous la même particularité d’avoir des pouvoirs faibles ont subis des coups d’Etats organisés de l’extérieur visant à renverser leurs pouvoirs politiques (élus malgré tout démocratiquement comme en Ukraine) afin d’y instaurer une nouvelle élite aux ordres et de permettre le réalignement géopolitique de ces états, au sein de l’axe Americano-centré.

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La politique américaine en Ukraine va-t-elle entraîner une nouvelle guerre froide ?

imagesAu cœur du glacial hiver russe de l‘année 1990, le très républicain et très texan secrétaire d’état américain James Baker a fait à Moscou une bien étonnante promesse.

Présent au Kremlin, il a juré la main sur le cœur pendant une discussion avec Mikhaïl Gorbatchev, que l’Alliance militaire occidentale ne s’étendrait pas vers l’est si Moscou acceptait que l’Allemagne réunifiée intègre l’Otan.

Plus largement, cela voulait dire que les occidentaux ne chercheraient pas à profiter de la dissolution du pacte de Varsovie, et du retrait des troupes soviétiques d’Europe centrale. Ceci fut confirmé par le ministre des affaires étrangères allemand qui s’adressait à son homologue soviétique, Edouard Chevardnadze.

Plus tard c’est Bill Clinton lui-même qui raconta dans un ouvrage qu’il avait écrit qu’en 1997, Boris Eltsine lui avait demandé de limiter une éventuelle extension de l’OTAN aux anciens membres du pacte de Varsovie mais d’en exclure les états de l’ex-Union Soviétique, comme les pays Baltes et l’Ukraine.

Alors que la nouvelle Russie était promise à l’effondrement, le sursaut russe avant le chaos s’est traduit par l’élection d’un inconnu: Vladimir Poutine. Pendant les 15 années suivantes, (de 2000 à nos jours) il s’est attaché à rétablir non seulement l’ordre et la stabilité intérieure mais aussi à préserver autant que possible la complexe relation qui existe entre Moscou et ses marches depuis l’effondrement de l’Union Soviétique. Continue reading →

La Russie de leurs rêves

L’un de mes lecteurs (Luc Brunet) m’a envoyé ce texte intitulé : “La Russie de leurs rêves.”

La presse occidentale se plait à décrier une Russie devenue folle sous l’impulsion de Vladimir Poutine, se mettant en travers des projets US ou occidentaux comme cela fut le cas en Syrie et plus tard en Ukraine. Il a été annoncé que la Russie serait « isolée », et elle a depuis été exclue du G8. Des sanctions ont été prises contre des personnes proches du pouvoir politique et économique russe, ainsi que contre des banques et sociétés russes. En moins de deux ans, la Russie a cessé d’être un pays ami, et est devenu l’ennemi suprême.

La Crimée est bien sur mise en avant, mais en fait les relations ont commencé à se détériorer bien avant cette crise, et si l’on regarde bien, dès que la politique de Poutine visant à une restauration de la puissance économique et politique russe a commencé à porter ses fruits.

Mais qu’aurait donc dû faire la Russie pour rester parmi les amis de l’Ouest, et surtout continuer à plaire aux stratégistes et néo-conservateurs US? Ce papier essaye de répondre a cette question, non pas en imaginant une pure fiction, mais en se basant sur de multiples déclarations et documents publiés par les divers think-tanks néo-conservateurs. Il s’inspire également de l’histoire récente d’un pays apparemment tellement apprécié par ces mêmes néo-conservateurs : l’Ukraine

Mais démarrons l’histoire à son début ! A la suite de près de 10 années sous la direction de Boris Yeltsine, très apprécié par les élites occidentales pour sa docilité et son penchant pour la bouteille, un nouveau venu, inconnu des occidentaux, prend les rênes de la Russie. Pas Poutine, mais un fonctionnaire poussiéreux, également un peu ou même très alcoolique… Et voilà ce que devint la Russie sous son autorité ! Continue reading →