P. Zaroubine : Vladimir Vladimirovich, votre interview avec Tucker Carlson a déjà été visionnée un milliard de fois. Les commentaires positifs sont nombreux et variés. Mais les commentaires des dirigeants occidentaux sont prévisibles. Par exemple, le premier ministre britannique et la chancelière allemande ont qualifié l’interview de « ridicule et absurde”, je cite : « ridicule et absurde » est votre « tentative d’expliquer la raison du lancement de l’opération spéciale et de la justifier par la menace d’une attaque de l’OTAN contre la Russie. » Que pensez-vous de telles appréciations ?
V. Poutine : Tout d’abord, il est bon qu’ils regardent et écoutent ce que je dis. Si nous ne sommes pas en mesure d’avoir un dialogue direct aujourd’hui pour quelques raisons venant de leur part, nous devons être reconnaissants à M. Carlson de pouvoir le faire par son intermédiaire. Donc, le fait qu’ils regardent et écoutent est donc une bonne chose.
Mais le fait qu’ils déforment ce que j’ai dit est mauvais, et ils trichent. Pourquoi ? Parce que je n’ai dit rien de tel. Je n’ai pas dit que le début de notre opération militaire spéciale en Ukraine était lié à la menace d’une attaque de l’OTAN contre la Russie. Où cela se trouve-t-il dans mon interview ? Il y a un enregistrement, qu’on me montre le fragment concret où j’ai dit cela.
Je parlais d’autre chose, je parlais du fait que nous avons été constamment trompés sur le non-élargissement de l’OTAN vers l’Est. Soit dit en passant, c’est le secrétaire général de l’OTAN de l’époque, le représentant de la République fédérale d’Allemagne, qui l’a dit en premier lieu. C’est lui qui a dit « pas un pouce à l’est ». Ensuite, il y a eu cinq élargissements et une tromperie totale. Nous étions et sommes toujours, bien sûr, préoccupés par la possibilité que l’Ukraine soit attirée dans l’OTAN, parce que cela menace notre sécurité. C’est ce que j’ai dit.
Mais l’élément déclencheur immédiat a été le refus total des autorités ukrainiennes actuelles de mettre en œuvre les accords de Minsk et les attaques incessantes faisant de nombreuses victimes humaines contre les républiques du Donbass que nous n’avions pas reconnues durant huit ans — la République populaire Louganienne et la République populaire Donetsienne — qui se sont finalement adressées à nous avec une demande de reconnaissance, voyant la futilité de résoudre les problèmes dans le cadre des accords de Minsk. Nous les avons reconnues, puis nous avons conclu avec elles un traité d’amitié et d’assistance mutuelle bien connu et, conformément à la Charte des Nations unies, nous avons rempli nos obligations en vertu de ce traité.
Comme je l’ai dit, nous n’avons pas commencé la guerre, nous essayons seulement de l’arrêter. Dans un premier temps, nous avons essayé d’y parvenir par des moyens pacifiques — avec l’aide des accords de Minsk. Il s’est avéré par la suite que nous avons été dupés ici aussi, car l’ancien chancelier allemand et l’ancien président français ont admis et déclaré directement en public qu’ils n’avaient pas l’intention de mettre en œuvre ces accords, mais qu’ils cherchaient simplement à gagner du temps pour injecter des armes supplémentaires dans le régime ukrainien, ce qu’ils ont fait sans encombre. La seule chose que nous pouvons regretter, c’est de ne pas avoir commencé nos actions plus tôt, croyant que nous avions affaire à des gens probes.
Continue reading
