Est ce que les russes sont, ou plutôt se sentent européens ?

L’institut LEVADA est une scission historique du VTsIOM. Il s’agit d’une des principales agences de sondages russes, avec une présence dans 46 régions de Russie, et qui embauche près de 3.000 sondeurs.

C’est un centre dont les experts participent régulièrement à des conférences et des tables rondes, comme pour la Fondation Mission libérale, la Carnegie Moscow Center ou la Fondation Gorbatchev et sont régulièrement publiés dans les médias russes et étrangers.

Un sondage publié aujourd’hui montre une tendance lourde, de fond, qui s’est initiée selon moi au cours de la seconde decennie du siècle et qui devrait, sans doute s’accélérer dans les années a venir.

Une tendance qui ne surprendra pas les lecteurs de DISSONANCE.

La Russie est t-elle européenne ?

29% des russes sondés en février 2021 jugent que la Russie est un pays Européen contre 52% en septembre 2008.
64% des russes sondés pensent que la Russie n’est “pas” un pays européen, il n’étaient que 36% à le penser en févier 2008.

Intéressant, cette rupture d’association culturello-civilisationelle concerne plus les “jeunes” que les “baby-boomers russes et la vieille génération.
Seuls 23% des 18/24 ans et 26% des 25-39 ans sondés jugent la Russie européenne, contre 33% des > 55 ans.

Vous sentez vous européens ?

Sans trop de surprises, seuls 27% des russes sondés en février 2021 se sentent européens contre 35% en 35% en septembre 2008.
70% des russes sondés ne se sentent pas européens, contre seulement 52% en septembre 2008.

Seuls 23% des 18-39 ans se sentent européens contre 31% des >55 ans.

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Qu’en conclure ?

  • Tout d’abord que les jeunes, soit la génération Poutine ne se reconnait plus / peu / et de moins en moins dans l’Europe qu’elle connait, celle d’aujourd’hui, que ce soit celle qu’elle visite, voit en vacances, au sein de laquelle elle étudie ou encore qu’on lui montre à la télévision.
    Les critiques de Poutine, les manifestations contre la Corruption etc. ne sont pas portées par un regard vers l’Ouest et laissent vraisemblablement de moins en moins, de marge de manœuvre à une ingérence occidentaliste pilotée pour transformer la Russie en dernier wagon à l’est d’une UE élargie et OTAN-compatible.
  • Ensuite, l’Europe, par son absence d’identité propre sur le plan civilisationnel, culturel ou politique mais surtout sa fusion avec ce que les russes se représentent comme l’Occident, fait que peu à peu, elle n’apparait plus comme un destin historique.
    Au sein de la jeunesse ou de l’opposition libérale, on sent que dernièrement, la voie européenne / occidentale n’est pas / plus le modèle vers lequel les Key Opinion Leaders de ces groupes tendent.
    Le scandale recent du Manifeste de Bogomolov est une illustration parmi d’autres de cette tendance, de même que la fin de Navalny sans aucune manifestation ni contestation.
  • On ne peut que se rapeller des paroles prophétiques de Vladislav Sourkov, interrogé en 2018 et qui disait ceci :
    « Nous vivons l’achèvement du voyage épique de la Russie vers l’ouest, le terme de ses nombreuses tentatives infructueuses d’être incorporée dans la civilisation occidentale, de s’apparenter avec la “bonne famille” des peuples européens ». 
    Désormais, Moscou assume sa «solitude géopolitique».

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L’enquête de LEVADA a été menée du 18 au 24 février 2021 sur un échantillon représentatif de la population urbaine et rurale de 1.601 personnes âgées de 18 ans, dans 137 localités et 50 sujets de la Fédération de Russie.

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