La Russie face à la crise systémique ..

Le LEAP dont je ne partage pas du tout toutes les analyses a dans son dernier numéro tenu à souligner que la Russie était de loin le pays le mieux préparé pour affronter les prochaines années, je me permets de retranscrire le texte car les exemplaires sont payants ..
La Russie : Mieux préparée que les autres grands acteurs globaux pour affronter les années à venir
Cela peut paraître paradoxal ; notamment si on se contente de lire les médias occidentaux, pourtant ce pays a connu sa grande période de transition vers le monde qui succèdera à celui construit après 1945 … dès 1989. Avec une probable domination du pouvoir russe par Vladimir Poutine pour l’essentiel de la décennie à venir (comme Président ou comme Premier Ministre), la Russie est a priori assurée d’une période durable de stabilité du pouvoir central, ce qui est loin d’être le cas pour les autres grands acteurs globaux.Les revenus du gaz et du pétrole (qui ne connaîtront plus de repli significatif durable par rapport aux prix moyen de l’année 2009) lui permettent de planifier son développement stratégique interne et externe. Trois exemples illustrent le fait que nous voyons dès aujourd’hui une Russie qui est en train de reprendre la maîtrise de son environnement direct : 
* L’ouverture fin Décembre 2009 du Sapsan, premier train à grande vitesse russe entre Moscou et Saint Petersbourg, ouvre ainsi ce qui va être une décennie de forte modernisation des infrastructures de transport, y compris sous formes d’oléoducs et gazoducs.
* Les projets de pipelines visant à « contourner » la Russie, à l’image de Nabucco (1), sont en train de faire long feu puisque, sans le soutien actif politique et financier américain (2), ils dérivent lentement mais sûrement vers de simples logiques économiques qui vont conduire à y réintégrer la Russie ou à abandonner le projet.
* Et l’ouverture en décembre 2009 du premier terminal pétrolier russe, à Kozmino sur la côte pacifique (seuls deux terminaux sur la Baltique et la mer Noire existaient jusqu’à présent), va permettre au pays de s’impliquer pleinement dans la croissance asiatique des années à venir (3).
C’est d’ailleurs le grand enjeu de cette décennie charnière pour le Kremlin : être en mesure de profiter du dynamisme de l’Asie sans se faire bousculer par les Asiatiques (et notamment les Chinois de plus en plus présents en Sibérie) et assurer une forte relation stratégique avec l’Union européenne tout en tenant les prétentions européennes sur l’avenir de la Russie à distance (4). Français et Allemands ont un rôle-clé à jouer dans la relation UE-Russie des prochaines années : tout équilibre européen sera impossible sans une étroite coordination de ces trois partenaires, surtout à un moment où le « cousin d’Amérique » est en train de plier définitivement bagages (5). Français et Allemands ensemble occupent la plus grande part de l’imaginaire russe en terme d’ « Occident » et ils possèdent donc une force d’attraction et de partenariat sans équivalent du point de vue de Moscou. Mais cela n’est vrai qu’à la condition expresse que cet intérêt européen soit bien celui de l’UE et non pas un faux-nez de Washington ou d’ailleurs.
Le refus marquant de la France, l’Allemagne et la Russie (6) d’être entrainées dans la guerre et le mensonge historique de l’invasion de l’Irak en 2002/2003, donne un bon exemple du type de partenariats structurants au niveau mondial qu’Européens et Russes peuvent orchestrer s’ils trouvent des finalités communes. Il en existe une que la Russie met sur la table de négociations potentielles depuis le Sommet du G20 de Londres, c’est le remplacement du Dollar comme devise internationale de référence. C’est l’intérêt objectif de l’Euroland que d’entreprendre une telle démarche afin de faire cesser le chaos monétaire mondial actuel. Si la France et l’Allemagne avaient actuellement des dirigeants possédant une réelle vision stratégique et un sens de l’Histoire comme pouvaient en posséder des De Gaulle et Adenauer, ou Mitterrand et Kohl, nul doute que le tandem franco-allemand aurait déjà poussé l’UE à saisir cette occasion d’en débattre avec Moscou et que ce tandem (représentant officieux de l’UE) serait l’invité spécial du prochain Sommet BRIC.
Source : Global Anticipation Bulletin N°42 du 15 février 2010
(1)  Ce projet censé contourner la Russie n’a toujours pas de fournisseurs clairement engagés et est en train de voir ses partenaires se joindre également au projet russe South Stream (soutenu par l’Italie) … qu’il était pourtant censé concurrencer. De l’Autriche à la Slovénie, en passant par le géant énergétique français EDF, la Russie accumule ainsi les partenaires au détriment du projet Nabucco que soutient officiellement l’UE. Ce dernier est un « projet otanesque » de pipeline officiellement lancé en 2002 avec le soutien de Bruxelles et de Washington. Sources : F Bordonaro, 11/01/2010 ; Rzd Partner, 11/11/2009 ; Reuters, 03/12/2009

(2) Et les Etats-Unis n’ont désormais plus ni les moyens financiers ni la puissance diplomatique pour le faire.

(3) L’ouverture de ce terminal en Décembre 2009 marque en effet une étape majeure dans la diversification des débouchés pétroliers de la Russie et la clé de voute d’un des plus grands projets d’infrastructures de la Russie contemporaine (près de 20 Milliards € au total). Source : Reuters, 27/12/2009

(4) Un éminent membre de l’Académie des Sciences de Russie a résumé admirablement ce dilemme à notre équipe en disant : « Au XXI° siècle, soit nous gèrerons efficacement notre relation avec Bruxelles, soit nous tomberons sous l’influence de Pékin ». Derrière les déclarations parfois très provocatrices du Kremlin, il y a en effet la conviction profonde que c’est à l’Ouest qu’un partenariat solide peut se nouer. Aux Européens, et à ces deux partenaires privilégiés que sont les Français et les Allemands, de s’y atteler honnêtement.

(5) Pour ceux qui doutent encore de cette évolution, il faut lire l’article très intéressant de Judy Dempsey dans le New York Times du 08/02/2010 qui décrit la manière discrète dont le gouvernement allemand, pourtant atlantiste, organise, malgré les protestations de Washington, la suppression définitive des 200 dernières armes nucléaires américaines sur le sol de la RFA.

(6) C’est d’ailleurs un bon exemple de ce que pourrait donner, de manière très constructive, une participation européenne à un  sommet BRIC.
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La phrase “Cela peut paraître paradoxal ; notamment si on se contente de lire les médias occidentaux ” est révélatrice de la propagande sournoise distillée sur la “mauvaise santé Russe”. Pourtant, l’économie Russe, malmenée par la crise comme tous les autres états a passé le “choc” des 18 derniers mois en limitant la casse. La dévaluation a été contrôlée, les colossales réserves de change habilement utilisées pour soutenir l’économie et la stabilité politique (essentielle) a été maintenue. Je rappelle que les réserves de change du pays ont en effet baissées de 568 milliards de dollar en aout 2008 à 384 milliards en avril 2009. Depuis elles sont remontées et s’établissent à 437 milliards de dollars (janvier 2010).

La Russie, seul Européen des BRIC devrait en effet faire partie des 6 économies dirigeantes de la planète, selon les analyses de PricewaterhouseCoopers LLP. D’après eux, le E7 (Chine, Inde, Brésil, Russie,  Mexique, Indonésie et Turquie) devrait remplacer le G7 et en 2030, la Russie être une des 6 premières puissances économieques mondiales.

Les prévisions économiques indiquées ci dessous par un panel d’experts sont également rassurantes, la Russie devant être le pays avec la croissance économique la plus forte d’Europe cette année 2010. Des chiffres économiques liés à une bonne gestion économique …

Indicator Average Median Min / Max
GDP, % 3.3 3.3 -1 / 7
Inflation, % 8.3 8.5 5.5 / 11
Industrial Production, % 4.1 4.7 -3 / 8.2
Fixed capital investment, % 5.3 4.2 -4 / 20
Retail goods sales, % 4.2 4 0.5 / 10
Nominal wages, & 8.5 9.3 1.2 / 16.6
Real household incomes, % 3.4 3.1 1 / 8.4
Exports, $Bln 358 353 290 / 413
Imports, $Bln 230 226 184 / 270
Current account balance, $Bln 56 61 16 / 103
Capital inflows / outflows, $Bln 10 16.5 -60 / 60
Direct foreign investment, $Bln 39 45.5 6 / 70
Central Bank refinancing rate 7.9 8 6.5 / 9
Lending rate to nonfinancial sector 12 12.3 10 / 13.6
Increase in lending volume to nonfinancial sector, % 11.4 10 6 / 18
Increase in consumer lending volume, % 9.5 7.6 2 / 18
Average Urals crude price, $ / barrel 72.1 73.4 60 / 90
Ruble / dollar rate at the end of 2010 28.4 28.5 26.2 / 33
Unemployment, % 7.7 7.6 7 / 9
Participants: Alfa Bank, Bank of Moscow, BDO Unicon, Center for Macroeconomic Analysis and Short-Term Forecasting, Citibank, Higher School of Economics’ Development Center, HSBC, ING, Merrill Lynch, Otkritie, Renaissance Capital, Sberbank Macroeconomic Forecasting Center, Troika Dialog, Trust National Bank, UralSib
— Vedemosti

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