Le Kremlin contre le sida

Avec la démographie et l’Islam, le sida serait le 3ème point faible de la Russie. Il suffit de taper “sida en russie” pour comprendre à quel point la situation y serait catastrophique voir jugée irréversible. J’ai dans ce blog  traité depuis un an de la démographie en Russie et montré chiffres à l’appui que l’image qu’en donnait la presse Occidentale était totalement erronée. 
Je me pencherais prochainement sur la “menace musulmane” pour montrer que ce fantasme était complètement faux et pour le coup fondé sur la crainte d’un effondrement démographique qui lui également n’existe tout simplement pas.
Pour l’instant, penchons nous sur le “sida en Russie”. Cet article est une traduction updatée et améliorée de l’article : ” myth of russia aid’s apocalypse“, trouvé sur sublimeoblivion.
De nombreux analystes (appelons cela des Russophobes) ont d’une manière un peu déraisonnable décrit l’inévitable explosion de la mortalité en Russie due au sida. En 2002 par exemple, Vadim Pokrovki prédisait dans le NY Times que le nombre de personnes infectés serait de plus de 1,5 millions de personnes en 2009 alors que dans ce même article les “spécialistes étrangers” prédisaient eux que ce nombre pourrait atteindre … 7 millions de personnes !

Nous sommes aujourd’hui fin 2009 et le nombre de personnes contaminées par le virus du sida est officiellement d’un peu moins de 500.000 personnes, dont plus des 2/3 par injection de stupéfiants source et source). Chaque année, 35.000 à 40.000 personnes seraient contaminées, bien loin des 80.000 de la sombre année 2001.  En d’autres termes la situation démographique, l’effondrement économique et géopolitique de la Russie était soit disant imminente et inévitable, mais elle n’est finalement pas arrivée. Plus précisément, la carte ci dessous montre les répartitions des infections sur le territoire Russe fin décembre 2007.

Le premier cas de VIH a été découvert en 1987, la maladie est restée relativement en sommeil pendant la première décennie. Puis dans les années 90, l‘explosion du sida a correspondu avec l’effondrement économique et moral du pays. L’explosion en 1996 traduit néanmoins déjà que le principal vecteur d’infection est bel et bien l’utilisation d’instruments non stérilisés pour l’injection de drogues par voie intraveineuse (83% des cas enregistrés). L’épidémie à ce stade était concentrée parmi les jeunes hommes. Ces dernières années, la situation a changé puisque la maladie frappe désormais plus les femmes. En 2007,  34% des infections sont imputables aux rapports hétérosexuels dont 63% des femmes, dont la part des nouveaux cas est en augmentation, notamment via les “prostituées, régulières ou occasionnelles.

Le gouvernement a considérablement augmenté son budget d’aide à la protection contre le sida. De 33 millions de dollars en 2005, à 254 millions en 2006 et à 445 millions en 2007 et à 1200 millions d’euros pour la période 2008-2010. En 2008, 82% des écoles offraient une éducation VIH / SIDA rendant caduque la “méconnaissance” de la société Russe sur le sujet. L’UNAID relevait en 2009 les progrès de la Russie dans la lutte contre le SIDA notant l’accès à la prévention (le budget concerné à la prévention doublant en 2008 et 2009) mais également l’accès universel au soin. En outre, en 2007, 93% des personnes infectées recevaient des traitements anti-viraux dont 87% des femmes enceintes, 39% des “travailleurs sexuels”, 17% des homosexuels pratiquants et 24% des utilisateurs de drogues par intraveineuses.

En 2007 donc, 83% des infections étaient dus à l’injection de drogues par intraveineuses, 6% des personnes infectées étaient les “travailleurs sexuels” et 5% les prisonniers. Ces chiffres ne devraient que peu changer puisque un sondage fait en 2007 montre que 7% des moins de 15 ans ont déjà eu des relations sexuelles, et que 15% des 15-49 ans ont eu au moins deux partenaires l’année précédente. Idem, dans ce même sondage, 92% des “travailleurs sexuels”, 60% des mâles homosexuels et seulement 37% des utilisateurs de drogues par intraveineuses ont utilisé un préservatif lors de leur dernière relation sexuelle.

Chaque année, depuis la découverte du premier cas de sida en 1987 en Russie, entre 20 et 25 millions de personnes sont testées, ce qui est un des taux les plus élevés au monde de “contrôle” de la population. La hausse du nombre de personnes contaminées a augmenté rapidement et atteint vers 2002 un plateau, pour lentement depuis, décliner, aidé par la généralisation de l’aide aux soins. Le graphique ci-dessous qui met en parallèle le nombre de décès et de nouveaux cas de SIDA est en ce sens plutôt rassurant.

Plus symbolique, le lien entre femmes enceintes testées et infectées, schématisé ci-dessous et qui démontre bien ce plateau en 2002 atteint et la baisse qui a suivie depuis et se prolonge actuellement à l’orée 2010. Il est également possible d’observer sur ce schéma la baisse de la natalité des années 90 (post effondrement soviétique) et la hausse de la natalité des années 2000.
Evidemment, ces résultat ne signifient pas que la situation est réglée (loin de la).  La hausse sensible du nombre de personnes potentiellement contaminées en 2009 par rapport à 2008 est la pour nous le rappeler mais cette hausse devrait être nuancée par le fait qu’elle traduit une augmentation de contamination chez les catégories à risques, notamment les toxicomanes.

Par conséquent, il est aujourd’hui possible d’affirmer que l’épidémie semble sous contrôle et ne créera pas l’effondrement démographique que l’on pouvait craindre il y a 2 ans.  Tout comme pour la démographie et la reprise de la natalité, les mesures énergiques du gouvernement y sont « sans doute » pour beaucoup.

Enfin, 3 centres de recherche Russe unissent leurs efforts en vue de créer un vaccin pour les années 2020.

Sources annexes :

          Rapport de lutte contre le sida en Russie (université libre de Londres)
          Rapport 2008 du gouvernement Russe sur la question

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