10 ans déjà, par Pierre Henri Bunel

Comme je le mentionnait dans mon article de hier (reprenant une nouvelle de l’agence NOVOpress), les Francais ont pris la parole (indirectement) au meeting du 24 mars 2009 à Belgrade. En l’espèce Mila Aleckovic Nikolic à lu la déclaration de Pierre Henri Bunel, patriote Francais qui a défendu la Serbie jusqu’au bout, écopant de 5 ans de prison pour “trahison”.


Voila ci dessous le discours de PHB à Belgrade traduit en Francais, la version Serbe étant ici

Dix ans déjà !

Il y a dix ans commençait une opération d’agression de l’Otan contre un peuple fier et libre, le peuple Serbe. Ce drame intervenait avec la complicité d’une partie des opinions publiques abusées par la propagande de l’Otan et de ses satellites.

Pour avoir pris part à une action qui visait à empêcher une telle forfaiture, c’est de l’intérieur d’une prison française que j’ai suivi tous les épisodes de cet événement qui frappera d’opprobre ses coupables pour une longue période de l’histoire.
J’ai ressenti devant ce crime annoncé un double sentiment de honte et de fierté.

D’abord la honte : celle de voir mon pays s’engager volontairement dans cette trahison. Une trahison envers lui-même d’abord parce que les raisons invoquées ne reposaient sur rien, parce que participer à cette infamie ne pouvait pas servir le peuple français et enfin, et c’est peut-être le plus grave de l’affaire, parce que nos dirigeants trahissaient ainsi une amitié traditionnelle fondée sur l’héritage de l’histoire.

En bombardant Belgrade comme l’avaient fait les nazi pendant la seconde guerre mondiale, les « alliés » ne pouvaient que ternir fortement leur image pour les temps à venir.

Mais j’ai aussi ressenti un sentiment de fierté.

J’avais appris à connaître le Peuple Serbe pendant mon déploiement en Bosnie-Herzégovine. Certes, la situation des Serbes de Bosnie-Herzégovine était difficile, mais ils ont toujours fait montre de loyauté à leur parole dans tout ce que les forces d’occupation leur demandaient.

Il ne s’agissait pas de basse « collaboration » mais de respect de la parole donnée, entérinée par la signature du diktat de Dayton. Ils sont les seuls à avoir fait preuve de tant de courage et de loyauté en cette période qui était déjà fort peu glorieuse pour les complices de l’Otan.

Et dans ma prison parisienne, je ne pouvais que ressentir un sentiment d’amitié envers les Serbes injustement frappés pour avoir voulu défendre leur existence, leur culture et leur liberté. Pour avoir défendu leurs droits les plus élémentaires, en somme. J’ai été fier de voir ces patriotes se masser sur les ponts sous les bombardements pour servir de boucliers humains à leur patrie bien aimée.

Au cours de ma détention, j’ai reçu de nombreux témoignages de sympathie venant des Serbes de France mais aussi de Serbie. J’ai dans mon bureau une carte postale représentant des militaires serbes et français lors de la campagne des Balkans en 1918. Sur cette carte postale, il est écrit, en serbe : Srpski i francuski oficiri u I svetla skom ratu et, en français dans un cartouche « Merci mon commandant Pierre-Henri BUNEL ! La Serbie prie le Dieu pour Toi en ce mars 1999. Il s’agit de la carte n° 188 des Éditions Francophiles 1999. et porte la signature Branko Vasilijević, prof. Cette carte ne me quitte pas, d’une maison à l’autre.

Lorsque je suis enfin sorti de prison le 29 août 1999, vous aviez gagné. Les coups sauvages de vos ennemis n’avaient pas réduit votre résistance, on n’entendait plus parler ni la Secrétaire d’État des États-Unis, ni le verbeux Richard Holbrooke. Tous ces « courageux » bavards avaient laissé la place à… un négociateur finnois.

Certes, les dégâts contre la Chère Serbie avaient été énormes, mais vous n’aviez pas cédé, et vous aviez gardé votre président.

Lorsqu’en 2003, invité par les Éditions Guntenberg Galaksija et sont directeur M. Mile Bverlic, qui a bien voulu éditer en serbe mon livre « Crimes de Guerre à l’Otan », j’ai enfin pu venir rendre visite à ce pays que j’aime tant et rencontrer les héros qui avaient tenu sous les bombes assassines. J’ai aussi pu franchir l’Ibar à Kosovska Mitrovica, sous les regards haineux d’Albanais suffisants mais sous la protection des Serbes restés sur la rive nord. J’ai alors mieux compris combien mon pays d’Ariège, dans les montagnes du sud de la France, est proche de cette province du sud de la Serbie. Proche par ses montagnes, proche par ses habitants qui sont eux aussi habitués au dur travail de l’agriculture de montagne, aux hivers rudes. Les gens de mon pays ont eu eux aussi à lutter contre des envahisseurs venus du nord et le haut lieu de Montségur est pour nous autres pyrénéens comme Kosovo Poljé pour la Nation Serbe.


Mais la forfaiture a continué avec l’acceptation par des satellites de Washington de l’indépendance de la province Serbe de Kosovo i Metohija.

La France aussi a connu des périodes sombres de son histoire. Elle aussi s’est trouvée amputée de l’Alsace et de la Moselle par les hordes germaniques. De 1940 à 1945, elle aussi a été envahie. Et nous en sommes sortis.

Certes, on peut penser qu’elle est à nouveau sur une pente dangereuse. Mais, à elle comme à la Serbie, il reste un espoir. Les mêmes forces qui ont conduit à la mutilation de la Serbie et qui conduisent à la mutilation de la France, conduiront aussi à la résurrection de nos deux peuples.

Mais il faut pour cela que la jeunesse serbe et la jeunesse française ne se laissent pas aveugler par les mirages de la société de consommation.

Les peuples qui n’ont pas d’histoire n’ont pas d’avenir. En revanche, ceux qui savent conserver leurs traditions, tout en prenant dans le modernisme des éléments positifs, ceux qui savent garder la conscience de ce qu’ils sont, de ce que les ont faits leurs pères, ceux-là ont de l’avenir.

L’évolution du monde prouve que les modèles que prônent nos ennemis sont éminemment fragiles parce qu’ils reposent sur la mollesse et la paresse. Dans le monde qui se dessine, l’avenir sera à ceux qui sont durs à la tâche et rustiques dans leurs aspirations. C’est notre devoir, à nous adultes de montrer le droit chemin à nos enfants. Guidés par nos popes, mais à la force de notre énergie, il nous appartient de reprendre les rênes de nos destins.

Les Serbes sont courageux, ils l’ont montré au cours de leur histoire et au moins depuis la Bataille du Champ des Merles – Kosovo poljé – de plus, ils ne sont pas seuls même si leurs frères des combats futurs sont encore contraints au silence. La foi en Dieu, en son pays et en ses traditions est la source de l’avenir glorieux.

En ce dixième anniversaire d’un malheur qui aura une fin, je voulais vous dire à tous mon amitié et l’amour que je vous porte.

Gloire et longue vie au Peuple Serbe ! Votre ami, votre frère :

Pierre-Henri BUNEL

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