Texte de ma conférence au Cercle Aristote pour la présentation d’#UnPrintempsRusse

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Chers amis, Chers collègues, Chers compatriotes, merci à l’Institut pour la démocratie et la coopération et au Cercle Aristote de me donner l’occasion de m’exprimer aujourd’hui.

 N’attendez pas de moi un quelconque discours académique ni de périphrases alambiquées, mais l’opinion d’un simple chef d’entreprise francais qui a choisi de vivre et de penser certes encore en Français, mais pas en France.

Je dois bien avouer que lorsque j’ai appris que le thème de notre discussion serait de savoir comment empêcher la France de disparaître je me suis d’abord et bien évidemment comme chacun ici posé la question de savoir comment nous en étions arrivé là.

L’histoire actuelle de la France vire au tragique, elle nous montre comment une nation qui a 1.500 ans d’histoire, une nation qui a longtemps été une des principales puissances économique, militaire, politique et culturelle peut en quelques décennies au plus et sans même une guerre, se retrouver au mieux au bord de la sortie de l’histoire et au pire au bord de sa disparition pure et simple.

Cette involution historique qui frappe notre pays n’est pas le fruit du hasard. Elle est une démonstration historique que les nations sont des organismes fragiles et que leur capacité à perdurer, exister en bonne santé et même survivre repose avant tout sur la bonne santé des organes qui les composent et en premier lieu du principal d’entre eux : l’Etat.

Un Etat qui lorsque n’exécute plus sa mission principale qui est d’assurer la gestion pérenne du territoire (que ce soit sur le plan économique, sécuritaire ou moral) mais aussi de garantir l’unité nationale, on voit alors ce même territoire être frappé par des dynamiques de décompositions qu’elles soient territoriales, humaines, religieuses ou ethniques.

On pourrait citer en exemple récent la destruction organisée de l’Etat francais au sein du processus d’intégration Européen (comme disait le Général de Gaulle : mais qui est le vrai fédérateur derrière tout ça ?) dont l’une des conséquences les plus catastrophiques pour l’avenir de notre nation aura été la perte de toute souveraineté territoriale par la suppression de nos frontières nationales et par le transfert de notre souveraineté politique a des décisionnaires supranationaux.

La suppression de nos frontières aura sans aucun doute comme principale conséquence de plonger la France dans une trajectoire historique dont elle se serait sans doute bien passée : sa Libanisation désormais inévitable et qui menace notre pays dans un avenir proche de connaitre des conflits intérieurs dont on mesure mal aujourd’hui l’intensité potentielle.

Ce moment historique d’effondrement de l’Etat, et la spirale des effondrements intérieurs qui en découlent, les russes les ont vécus au sein de la période moderne bien avant nous.

L’Union Soviétique, cette Union Européenne du siècle dernier avait également fini par s’effondrer, détruite de l’intérieur par des évolutions démographiques imprévues (une leçon pour l’UE sans frontières) et de l’extérieur par une course aux armements qui l’a ruinée. Son effondrement entraina la Russie dans un moment historique que les russes n’ont pas oublié et on les comprend bien. L’Etat cessa de fonctionner et d’assurer la gestion du territoire, laissant ce meme territoire et donc la population aux mains du plus terrible des fascismes, celui des mafias qu’elles soient financières, politiques ou ethno-religieuses que l’on pense à l’élite corrompue et oligarchique qui émergea de ce moment de non droit ou aux mafias religieuses qui, il est vrai aidées de l’extérieur, tentèrent de tout simplement soustraire certains territoires du sud du pays à l’autorité politique de Moscou.

Les russes au cours des années 90 ont sans doute pensé que s’en était tout simplement fini de l’existence de leur pays. Ce pays sans Etat s’est ainsi retrouvé pris dans une situation internationale voyant une hyperpuissance régnante au sein d’un monde unipolaire qui il faut bien l’avouer semblait parti pour durer toujours.

Charles Maurras disait que « Tout désespoir en politique est une sottise absolue ». Le moins qu’on puisse dire est que l’expérience russe confirme ses propos. Alors que tout semblait perdu l’Histoire avec un grand H repris le dessus. La volonté de l’organisme russe de survivre entraina que cet organisme se dota par un sursaut national d’une nouvelle tête, d’un nouvel Etat. Ce sursaut national historique vit la prise de pouvoir d’une nouvelle élite politique, une élite politique avec une vision stratégique claire, définie et sur la longue durée historique.

Le déploiement d’une Politique avec un grand P inversa en moins de deux décennies toutes les prévisions catastrophistes que ce soit sur le plan économique, militaire, politique mais aussi et peut être surtout moral et démographique.

Mon propos n’est pas de porter un jugement sur les méthodes ou les manières de l’élite politique russe, mais plutôt d’observer les résultats obtenus par ces méthodes et ils sont sidérants. Ils ont été rendus possibles par le retour d’un Etat qui s’est remis à maîtriser et administrer son territoire. Permettez-moi de vous citer l’excellent Alexandre Prokhanov qui a résumé ce moment russe en ces termes : « L’État, cette grande substance secrète de l’histoire russe qui en 1991 bascula dans le gouffre et fut réduite en cendres, s’est relevé, lentement, sûrement, de plus en plus rapidement, inébranlable et invincible dans son mouvement ascendant. Car en lui agit le destin. Et cet État a choisi Poutine pour conduire le processus historique en Russie. Ce n’est pas lui qui construit l’État, c’est l’État qui le construit. »

Cette résurrection de la puissance étatique à l’intérieur du pays ne pouvait pas avoir de conséquence en dehors des frontières russes.

En refaisant de la Russie un pôle puissance étalé à l’est de l’Europe et au nord de l’Asie, Moscou a en moins de 20 ans replacé l’Eurasie au centre du grand Jeu et contribuer à accélérer la multipolarisation du monde et son corollaire principal : sa désoccidentalisation. Une désoccidentalisation qui devrait s’accélérer pour des raisons économiques, politiques mais aussi démographiques. Une désoccidentalisation qui devrait inciter nos compatriotes à comprendre que le centre de gravité du monde est en train de se déplacer. Il y a déjà un moment qu’il n’est plus au centre de l’atlantique Nord parce que la Russie et la Chine pèsent de plus en plus lourd, dans ce basculement de la Pax-America vers la Pax-Eurasiatica.

La France pourrait saisir cette incroyable opportunité historique pour devenir le maillon Ouest de l’incroyable architecture qui voit le jour en Eurasie (le plus vaste projet de l’histoire) et qui s’articule notamment autour des projets de routes de la soie sur le plan économique ou encore de l’organisation de Shanghai sur le plan militaire. Cette révolution ne serait pas la première.

La dernière fois que notre pays a esquissé un pas géostratégique majeur, notre Vladimir Poutine national, Charles de Gaulle, l’avait déjà fait vers Moscou et Pékin tout en atténuant le niveau de dépendance envers le monde anglo-saxon et l’OTAN. Près d’un demi-siècle plus tard, alors que l’émergence de Moscou et Pékin n’est plus discutable, notre pays est lui pourtant, grâce à ses brillantes élites issues de cette révolution de couleur qu’a été mai68, coincé dans une trajectoire atlantiste et néo-conservatrice qui va finir par nous fâcher avec le monde musulman alors que la communauté musulmane en France est de plus en plus importante sur le plan numérique. Cette dynamique risquée pourrait accélérer l’import de la guerre sur notre territoire pour le plus grand plaisir des cercles OTANien qui trouveront sans doute matière a mener en France une opération sécuritaire, comme le prophétisait déjà le sage Attali au début des années 2000.

Nous sommes pourtant nombreux je pense à souhaiter que la France échappe a ce funeste projet qui est le piège du chaos et du conflit de civilisations. Pour Paris aujourd’hui il reste une chance de s’en sortir et cette Chance s’appelle Moscou. Malgré leurs différences et leurs querelles actuelles, malgré le bruit de fond antirusse qu’on entend dans de nombreux médias, la France et la Russie sont cependant similaires sur de nombreux points. Le nécessaire sursaut francais pour empêcher notre pays de plonger vers le chaos pourrait s’inspirer du sursaut russe qui s’est produit sous nos yeux et qui a en moins de 20 ans transformé l’hiver russe en printemps russe.

Je ne pense pas que cela soit possible, à titre personnel, sans une rupture totale avec les structures de gouvernance actuelle issus du monde de mai 68 ni sans l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle élite, pragmatique mais surtout qui se destine à sauver notre pays, et ce à n’importe quel prix, fut ce-t-il de sortir provisoirement du champ démocratique tel que nous le concevons aujourd’hui.

En termes plus clairs et pour les initiés, permettre l’instauration d’une démocratie souveraine et d’une authentique verticale du pouvoir afin de sauver la France.

Il faudrait cependant pour cela que ne rejaillisse cette substance visant à reconstruire notre processus historique national, une substance néo-Gaullienne qui pourrait viser à briser définitivement les élites atlantistes qui ont détruit la souveraineté de notre pays et l’amènent vers la guerre. Les détruire et les renvoyer là où ils devraient être : à savoir dans les poubelles de l’histoire.

Un peu finalement comme le clan Poutine a su briser, quand il le fallait, les velléités d’oligarques apatrides qui comptaient détruire la Russie après l’avoir pillé, pour assouvir des plans de carrière et autres fortunes personnelles.

Comment empêcher la France de disparaître ?

« Vaste projet » disait le général, mais il faut je crois se poser avant tout certaines questions et la première est savoir si les veaux que nous sommes, comme disait De Gaulle, souhaitons vraiment être sauvés et poursuivre le destin historique de notre pays ?

Tout en réalité ne dépend que de nous et il faut la encore nous rappeler les mots du General :

« Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard, source d’ardeurs nouvelles, après que j’aurai disparu. »

A titre personnel, je ne laisserais pas la France disparaître sans combattre !

Je vous remercie de votre attention.

 

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, ITV Alexandre Latsa, Un Printemps russe, Vidéos, Без рубрики Leave a comment

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