Le point démographique de juin 2012 en Russie

L’article original a ete publié sur le site de RIA-Novosti
*
Le thème de la crise démographique russe est en train de passer de mode. Curieusement en effet on trouve beaucoup moins d’articles sur la crise démographique russe. Il y a encore un an ou deux pourtant, nombre d’experts prévoyaient un effondrement total de la population russe, le pays étant menacé par une crise démographique sans précédent. La Russie lisait-on, était en outre une société » trop fermée et conservatrice, pour accepter une réelle politique migratoire» et l’inertie des phénomènes démographiques était soit disant tel telle «qu’elle ne pourrait espérer renverser l’évolution». Bien souvent, ces prévisions démographiques étaient totalement irrationnelles et émotionnelles, et basée sur des données ne prenant absolument pas en compte ni la structure sociologique de la population, ni les changements démographiques brutaux, eux-mêmes
liés à de brutaux changements sociopolitiques.


Il est vrai que le pays a traversé une crise démographique sans précédent. 1991 fut la dernière année ou le solde positif naturel (hors immigration) fut positif avec 1.794.626 naissances et 1.690.657 décès, soit une hausse de population de 103.969 habitants. Ensuite, la population commença à diminuer, malgré les énormes flux entrées/sorties qui accompagnèrent la recomposition géopolitique et humaine postsoviétique. Si l’on ne tient compte que des baisses annuelles naturelles de population (naissances – décès), la fédération de Russie a perdu 11.236.989 habitants sur la période 1991 — 2005. Bien sur, à cause des grands flux d’immigrations (le retour de millions de russes des républiques soviétiques et la forte immigration de populations issues de la CEI) la baisse a été atténuée et la population de la fédération de Russie a diminué de « seulement » 5.280.000 sur la même période.


De 1991 à 2005, la baisse naturelle de population a été de 11.236.989 habitants soit une baisse annuelle moyenne de 802.642 personnes.
De 2005 à 2009, la baisse naturelle de population (naissance-décès) a été de 2.614.811 habitants soit une baisse annuelle moyenne de 522.960
habitants.De 2009 à 2011, la baisse naturelle s’est élevée à 619.687 habitants soit une baisse annuelle moyenne de 206.429 habitants.


Dès 2003, les autorités russes ont estimé que le problème démographique était l’un des principaux problèmes de la Russie. A partir de 2005, la baisse naturelle de la population a commencé à ralentir, d’abord grâce à l’amélioration de la situation économique, mais également parce que les nombreux enfants nés dans les années 80 sont désormais en âge de se reproduire à leur tour. En 2005 l’Etat a aussi lancé un programme national «santé» confié à Dimitri Medvedev, alors vice-Premier ministre en charge des projets nationaux prioritaires. Destiné à relancer la natalité et faire baisser la mortalité, ce new-deal démographique a eu de bons résultats.


Quelques chiffres pour bien comprendre les très fortes variations de ces dernières années:
- Entre 1999 et 2011, le nombre de naissances est passé de 1.214.689 à 1.796.629 et le nombre de décès de 2.365.826 en 2003 à 1.925.720 en
2011.
- Le taux de fécondité, qui était de 2,02 enfants par femme en 1989 est tombé a 1,15 enfants par femme en 1999, pour remonter à 1,61 enfants
/ femme en 2011.
- De 1991 à 2005, soit sur 14 ans il y a eu officiellement 34.978.220 avortements, soit une moyenne annuelle de 2,5 millions d’avortements
(sources ici et la).


De 2005 à 2011, soit sur 7 ans, le nombre d’avortements a été de 9.590.573 soit une moyenne annuelle de 1,370 millions. Néanmoins la diminution du nombre d’avortements est entamée, puisqu’il y a eu 1.675.693 avortements en 2005, contre 989.375 en 2011. Curieusement, ce
véritable génocide est passé sous silence par la très grande majorité des commentateurs.
Enfin, grâce à une immigration contrôlée et plus ou moins stabilisée à 250.000/300.000 entrées annuelles, la population a légèrement augmenté en 2009 (+30.000), stagné en 2010, et augmenté en 2011 (+190.000), pour s’établir à 143 millions d’habitants le 01 janvier 2012.


Que se passe t-il en 2012?
Les chiffres des 6 premiers mois de l’année sont disponibles et confirment clairement la tendance en cours. Le premier semestre 2012 à vu 905.739 naissances contre 842.579 naissances pour le premier semestre 2011 (+7.5%), et 962.666 décès contre 981.399 décès pour le premier semestre de 2011 (-1.9%).La baisse naturelle de population pour le premier semestre 2012 est donc de 56.927 habitants, contre une baisse de 138.820 habitants pour le premier semestre 2011.Il est intéressant de regarder les statistiques démographiques des 12 derniers mois, soit la période allant de juillet 2011 à juin 2012. Sur cette période il y a eu 1.856.988 naissances et 1.906.303 décès, soit une baisse naturelle de population de 49.315 personnes.


Comme je le prévoyais en décembre dernier, 2012 devait donc voir plus d’1,8 millions de naissances et moins d’1,9 millions de décès, et ainsi une baisse de population probablement autour de 50 ou 60.000 habitants, contre une baisse de 130.000 habitants en 2011, de 240.000 en 2010 et de 290.000 en 2009.


Le taux de fécondité devrait donc avoisiner pour 2012 les 1,7 ou 1,75 enfants par femme et l’espérance de vie d’un bébé qui nait cette année est désormais de 70 ans soit au niveau de pays de l’Union Européenne (Roumanie ou Pays Baltes…).
La baisse de la mortalité et des avortements, la vraisemblable hausse des naissances (ou du moins leur stabilisation), couplée à un solde migratoire qui reste stable et positif, font que la population ne devrait vraisemblablement plus baisser mais même sensiblement augmenter
d’ici 2020. On peut donc parfaitement imaginer que la population russe atteigne 145 ou 146 millions d’habitants en 2020, ce qui correspond à la
version haute des pronostics démographiques publiés par Rosstat.

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Démographie, Ria Novosti 7 Comments

7 Responses to Le point démographique de juin 2012 en Russie

  1. Trazin

    Oui mais vous oubliez une chose… Les classes creuses.
    La population qui fait des enfants actuellement en Russie est celle née environ entre 1970 et 1990. Des années où le nombre d’enfants par femme était nettement supérieur à 2. Que se passera t’il quand les générations nées en 1990-2010 pour lesquels le nombre d’enfants par femme était en moyenne de 1.5 (et je suis gentil) seront en age de procréer? et bien pour tenir le rythme actuel il leur faudra faire environ 2.5 enfants par femme. Ce qui compte tenu la lenteur des processus sociologiques est irréaliste. Il faut donc s’attendre à une chute du nombre de naissances non pas maintenant et brutale (si pas de facteurs éconmiques et sociaux comme dans les années 1990) mais progresive avec un point culminant vers la fin de la décennie 2020. Il on le temps de voir venir et stimuler la natalité. C’est comme un écho à la décennie 1990-2000. La croix russe (chute natalité hausse mortalité et les deux courbes se croisent) est un cas rare voir unique dans l’histoire démographique. Les conséquences sont encore à venir et il ne s’agit pas d’une mode car on ne crée pas une tendance démographique sur une années avec un chiffre mais sur une période longue. Les chiffres que vous nous citez montrent juste que l’hémorragie est en train de s’arreter (encore que 1.6 — 1.7 cela ne permet pas un renouvellement on est loin de l’Angleterre, La France, l’Irelande, La Suède…). Dans ces conditions l’accroissement de la population se fait par le viellissement de la population sans renouvellement de la jeunesse (2.1 non atteint).
    Pour conclure non la baisse de la population russe à venir n’est pas un fantasme. La population russe devrait se retrouver à un niveau de 120-130 millions d’ici 20 ans. Et ce avec une proportion de personnes agées en hausse (rattrapage de l’occident en matière de mortalité à prévoir). Et donc un pays qui sera dans la situation des autres pays européens. Une démographie moyenne qui pourrait se maintenir si les 2.1 sont atteint (se qui est possible à long terme). Le sénario haut de Rosstat n’est pas en train de se réaliser. Sauf recours à l’immigration.

     
  2. Alexandre LATSA

    Je n’oublie rien, Merci )

    Par contre ce que vous dites ne prend pas en compte nombre de phénomènes comme la multiplication des enfants tardifs, le recul de l’age moyen des enfants, la baisse des avortements, le retour de russes de l’étranger ou encore l’immigration forte vers la Russie, et surtout la forte baisse de la mortalité, donc ce qui guette est plus un vieillissement qu’une baisse..
    Les prévisions de Rosstat prennent du reste en compte l’immigration.

    Donc ma prévision est que quand le nombre de naissances va recommencer a baisser (ça aurait au passage du être le cas cette année), la mortalité baissera fortement aussi. Admettons qu’on est un gap de 100 ou 150 000 entre les deux, l’immigration devrait le combler et la pop devrait continuer a augmenter annuellement, de 50 ou 100 000?

    Par conséquent je vois très mal une pop de 120 millions d’ici 20 ans )))) Pour cela il faudrait que la pop baisse de 1 million chaque année ! C’est du grand n’importe quoi, relisez mes prévisions de 2008 je ne m’étais pas trompé…

     
  3. Trazin

    «Россия на мой взгляд, является европейской страной и что России является жизненно важной для создания независимой Европы.
    Я считаю себе европейцев, поддерживаю создания проекта Париж- Берлин — Москва.»

    «Я решил открыть мой блог, чтобы показать другой взгляд на Россию. Я очень поражаюсь, когда сравниваю мою жизнь в настоящей России с тем о чем могу читать в французских СМИ.»

    Sur ces points je suis à 100% d’accord avec vous.

    Cordialement,

    CN

     
  4. Trazin

    Il est possible de maintenir 140 million avec l’immigration oui. Je ne dis pas le contraire… Pour la mortanilité je ne dis pas le contraire (je parle de rattrapage). Mais dans ce cas tant que les 2.1 ne sont pas atteints la population s’accroit mais ne se renouvelle pas elle viellit. Pour l’enfant tardif les pays occidentaux connaissent cette situation pourtant la natalité ne s’accroit pas.

    Mais je pense que vous sous estimez le phénomène de classe creuse qui n’est pas encore visible malheureusement. Ses conséquences sont défficilement évaluables mais il est certains qu’il est difficile pour une génération à 1 200 000 de faire autant d’enfants qu’une génération à 2 000 000 (celles qui actuellement procréent). je pense que Rosstat sous estime ce facteur.

    Pour résoudre un problème il faut déjà le reconnaitre. 1.7 en 2012 ne fait pas table rase de 20 ans sous 1.5.

    Cordialement

     
  5. Anonymous

    «C’est comme un écho à la décennie 1990-2000. La croix russe (chute natalité hausse mortalité et les deux courbes se croisent) est un cas rare voir unique dans l’histoire démographique.»

    Excusez-moi mais je crois bien que vous semblez absolument rien connaître à la démographie. Parce que des cas comme la Russie (mortalité d’un pays du tiers-monde et natalité des pays développées d’Asie.) sont bien plus nombreux que vous le pensez, c’est le cas de la Serbie, Lettonie, Bulgarie, Lituanie, Roumanie, Moldavie, Croatie et sans oublier l’Allemagne ou la population diminue depuis 1972 !!!!
    Et dans une moindre mesure l’Ukraine et la Biélorussie (quoique tout comme en Russie la crise démographique est en train s’atténuer dans ces 2 derniers mais à un rythme plus lent.)

    Sinon, Alexandre ou peut-on consulter le registre d’accroissement du nombre d’enfants par femme ? En France la plupart des articles sont douteux, quand ils mentionnent les familles nombreuses en Russie je lis soit 2%, 3%, 7 % etc…
    Je regrette mais il n’y a pas grand-chose en ce qui concerne leurs accroissements (même si c’est un fait indiscutable.)

     
  6. Alexandre LATSA

    c’est le cas de la Serbie, Lettonie, Bulgarie, Lituanie, Roumanie, Moldavie, Croatie et sans oublier l’Allemagne ou la population diminue depuis 1972 !!!!

    Non.

    Les pays que vous citez ont vu cette évolution très récemment, pas le cas de la Russie.

    L’Allemagne a une très faible mortalité, donc rien a voir.
    La pop allemande en 1972 était de 72 millions, elle est de 81 million aujourd’hui ! On ne peut pas appeler ça une baisse :) ))

    Je pense que c’est VOUS qui dites n’importe quoi ))

     

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