La démographie russe de 1991 à 2012

L’article original a été publié sur  Ria-Novosti 

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 En décembre 2010 j’ai publié une tribune intitulée La démographie russe, objet de tous les fantasmes. Dans cette tribune, je rappelais comment l’effondrement politique, économique et institutionnel qui a suivi la disparition de l’URSS avait contribué au déclenchement d’un désastre sanitaire et démographique en Russie. De 1991 à 1999, en conséquence de l’effondrement de l’économie russe, l’état sanitaire de la population s’est considérablement détérioré et l’espérance de vie s’est écroulée.

Année     Naissances         Décès           Solde
1991     1.794.626            1.690.657       +103.969
1992     1.587.644            1.807.441       -219.797
1993     1.378.983            2.129.339       -750.356
1994     1.408.159            2.301.366        -893.207
1995     1.363.806            2.203.811        -840.005
1996     1.304.638            2.082.249        -777.611
1997     1.259.943            2.015.779        -755.836
1998     1.283.292            1.988.744        -705.452
1999    1.214.689            2.144.316        -929.627


Entre 2000 et 2005, la natalité a connu une reprise notable, sans doute grâce à  l’amélioration des conditions économiques globales, mais la mortalité a encore augmenté,  entraînant ainsi durant ces 6 années une incroyable chute de population de 5.363.668 habitants, soit 893.944 par an en moyenne. En janvier 2006, la population russe n’était plus que de 142,2 millions d’habitants, contre 148,3 millions en 1990.




Année    Naissances        Décès             Solde
2000      1.266.800       2.225.332        -958.532
2001      1.311.604        2.254.856       -943.252
2002      1.397.000        2.332.300       -935.300
2003      1.483.200        2.370.300       -887.100
2004      1.502.477        2.295.402       -792.925
2005     1.457.376         2.303.935        -846.559


En 2005 l’État russe a lancé un new-deal démographique confié à Dimitri Medvedev, alors vice-premier ministre en charge des projets nationaux et prioritaires. Destiné à relancer la natalité et faire baisser la mortalité, ce plan social a eu des effets complémentaires à la hausse continue du niveau de vie, de 2005 à 2009. La remise en état du système sanitaire du pays et les aides financières aux familles ont eu des résultats spectaculaires. Finalement, en l’espace de 12 ans, de 1999 à 2011, la mortalité a fortement baissé et le nombre annuel de naissances a
augmenté de plus de 40%.


Année        Naissances        Décès            Solde
2005         1.457.376            2.303.935       -846.559
2006         1.479.637            2.166.703       -687.066
2007         1.610.100            2.080.400      -470.300
2008        1.717.500             2.081.000       -363.500
2009        1.764.000            2.010.500       -246.500
2010        1.789.600             2.031.000     -241.400
2011        1.793.828             1.925.036       -131.208

En tenant compte des soldes migratoires, légèrement positifs, en 2009, pour la première fois depuis 1991, la population russe a augmenté de près de 50.000 habitants. En 2010 elle a légèrement baissé (environ 50.000 personnes) mais en 2011, la popilation a finalement augmenté de 160.000 habitants. L’année 2011 est également celle qui a vu le plus de naissances depuis 1991, avec 1.793.828 naissances, et pour la première fois depuis 1992 il y a eu moins de 2 millions de décès dans le pays. Cette année 2011 présente enfin une particularité intéressante puisque les chiffres du deuxième semestre (naissances contre décès) sont nettement meilleurs que ceux du premier semestre. Sur les 6 derniers mois de l’année, le solde naturel (hors immigration) est positif: il y a eu 951.249 naissances et 943.617 décès, soit un solde positif de 7.632. Le mois d’août 2011 a même vu un record de naissances (173.166) et la moyenne des 5 autres mois du semestre est supérieure à 150.000.

Si cette tendance se confirme l’année prochaine, le nombre de naissances en Russie pourrait flirter avec les 1,8 millions et le nombre de décès devrait lui continuer à diminuer, passant sous la barre des 1,9 millions. Le solde naturel négatif pour l’année 2012 pourrait ainsi être inférieur à 100.000. Le solde migratoire, pour sa part, devrait être encore une fois positif, étant donné les besoins de main d’œuvre de l’économie russe et la population russe devrait donc de nouveau augmenter en 2012. Pour les lecteurs qui s’intéressentaux liens entre économie et démographie: Une étude plus détaillée à été publiée en France par l’IRIS (Observatoire du monde post-soviétique) en septembre 2011, sous le titre: déclin démographique russe, la solution sera dans la croissance.

Enfin il faut noter que les prévisions démographiques russes existantes envisagent 3 scénarios démographiques (bas, moyen, haut) qui mènent en 2030 à une population comprise entre 128 et 144 millions. Dans sa version la plus optimiste, le scénario démographique prévoyait que lapopulation russe atteindrait 143 millions d’habitants seulement début 2015. Or ce seuil démographique a été déjà atteint le 01 janvier 2012. La baisse de population que la Russie devrait théoriquement connaître pendant la décennie suivante pourrait donc vraisemblablement être bien plus faible que prévu. On peut même imaginer que la population russe augmentera sensiblement d’ici à 2030.

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Suite a cet article, Thomas a créé ces graphiques via les chiffres fournis par Rosstat, permettant de constater les évolutions démographiques de façon plus visuelle.

 

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Démographie 6 Comments

6 Responses to La démographie russe de 1991 à 2012

  1. Revizor

    Très intéressant merci . Un commentaire pour apporter sans doute un peu de nuance à votre optimisme

    Les graphiques montrent bien un renversement de tendance pour la natalité qui revient (en taux) à son niveau pré-91 avec un taux comparable à ceux des pays « développés » dynamiques (entre 12 et 13 pour mille – France 12,7 et US 13)

    Avec un taux autour de 14/15 la mortalité reste en revanche plus élevée que son niveau pré 91 et très supérieure à l’Europe de l’Ouest (entre 8 et 10) ou aux US (8) par exemple. On n’observe pas l’amélioration rapide constatée sur les naissances et on a même l’impression sur la courbe que l’amélioration plafonne. Tout cela est à rapprocher sans doute de l’espérance de vie à la naissance qui, pour les hommes par exemple, reste très basse à 63 ans : 12 ans de moins qu’en Europe de l’Ouest ou qu’au US !.

    Le combat du prochain président ;-) sera sans doute celui de la chute significative de la mortalité ; ceci alors même que les problèmes sont assez largement connus : état du système de santé, alcoolisme, accidents divers dus au manque de sécurisation (routes, installations industrielles, etc…)

     
  2. Alexandre LATSA

    La mortalité baisse en réalité puisqu’elle est a 13,5 / 1000 en 2011 contre 14,2 / 1000 en 2010 et 14,3 en 2009.
    Le mouvement devrait s’accentuer en 2012.

    surtout la mortalité par vices
    http://www.sublimeoblivion.com/2011/10/24/russia-demographic-update-7/

    Pour le reste il est evident qu’il s’agit d’un probleme generationnel insoignable.

    Je predis une forte baisse de la mortalite cette anneee 2012.

    *****

    Quand a l’espérance vie, elle est de 70,3 ans pour un enfant qui nait aujourd’hui, un record historique russe, les précédents pics étant de 69 ans en 1964 et 69,9 en 1986, 1987..

     
  3. Revizor

    OK je prends note, moi aussi je suis pour une forte décroissance de la mortalité en 2012 (je ne sais pas si je peux vraiment la prédire mais en tout cas je suis tout à fait pour).

    Enfin si on commence à nous dire « pas de soucis les petits gars vous allez voir ce que vous allez voir la mortalité va baisser très significativement » – d’ailleurs je vous le prédis pour 2012, une autre question plus générale me taraude : est-ce que demain on rasera gratis ?

     
  4. Alexandre LATSA

    «moi aussi je suis pour une forte décroissance de la mortalité en 2012 «

    Il ne s’agit pas d’etre pour ou contre.

     
  5. re

    Ok bien sûr mais si on reste neutre sur quels éléments objectifs peut-on se baser pour «prédire une forte baisse de la mortalité en 2012″?

     
  6. Alexandre LATSA

    Ok bien sûr mais si on reste neutre sur quels éléments objectifs peut-on se baser pour «prédire une forte baisse de la mortalité en 2012″?

    —> Beaucoup d’elements objecifs, relisez mes differents posts sur la demographie..

     

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