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Poutine, Medvedev : prophètes en leur pays

En 2012, les Russes devront élire un président. Dans un article précédent publié dans Atlantico, Cécile Vaissié contestait le caractère démocratique de cette élection. Blogueur spécialisé dans la région, Alexandre Latsa lui répond. Selon lui, “Les électeurs russes sont libres et les résultats électoraux conformes a la volonté populaire”.

Alors que la Russie se prépare aux prochaines échéances électorales, qu’en est-il de la situation politique ? Tout d’abord il faut revenir en arrière pour bien comprendre la situation. Un an après l’élection de Vladimir Poutine en mars 2000, alors que le pays sort d’une décennie de chaos et d’une crise économique terrible qui a détruit l’économie et ruiné le peuple, un parti de gouvernement est créé, Russie-Unie. Ce parti est destiné à structurer l’action politique du nouveau pouvoir russe, avec un objectif simple : reconstruire la Russie pour en faire un état souverain. Le préambule du manifeste de Russie Unie l’explique en ces mots : « Russie Unie est le parti du succès de la Russie, le parti du redressement de tout le pays ».

Tout au long de la dernière décennie, le parti va globalement susciter l’adhésion de la majorité des électeurs russes. Pourquoi ? Le système politique instauré s’est accompagnée d’un réel décollage économique qui se traduit par la baisse de la pauvreté, par l’apparition d’une classe moyenne russe ou encore par des hausses régulières et indexées des pensions et retraites. Pour les Russes qui n’ont jamais été aussi riches qu’aujourd’hui, la corrélation est facile à faire. Les chiffres ne mentent pas, Russie Unie à obtenu 40 % aux législatives de 2003 et 64 % aux élections de 2007. Le candidat de Russie Unie a la présidentielle a lui obtenu 52 % en 2000 et 70 % en 2004 et 2008.

Une maturation politique difficile et tardive

Pour la majorité des Russes, la stabilité et l’ordre priment sur l’idéologie, surtout après le terrible désordre des années 1990. Ce n’est d’ailleurs qu’en 2009 que Russie Unie, parti centriste, a défini sa ligne politique. Un programme a été défini par les trois clubs de pensée du parti : social-conservateur, libéral-conservateur et étatique-patriotique. L’idéologie officielle du parti (le conservatisme russe) a été pour la première fois indiquée. Pourquoi seulement maintenant ? Car jusqu’à récemment, il fallait lutter pour conserver l’État.

C’est aussi pour cette raison que les partis dit libéraux ou d’opposition sont très ouvertement décriés car ouvertement assimilés au chaos des années 1990 et à l’immixtion étrangère, n’étant pas considérés comme ayant participé à la reconstruction nationale. Leur poids électoral n’a cessé de baisser: 12 % aux élections législatives de 1993, 7 % aux élections législatives de 1995 et 1999, 4 % en 2003 et 2 % en 2006 (à comparer au 1,5 % du candidat libéral à l’élection présidentielle du 2 mars 2008).

En outre, le permanent soutien affiché de pays étrangers à cette soi disant opposition libérale (dont le peuple russe ne veut clairement pas) a considérablement parasité et ralenti la maturation de la scène politique russe. Au sein des partis de gouvernements, le spectre politique est aujourd’hui très large mais le débat n’est pas public et surtout il est loin des influences extérieures. La naissance des partis Juste Cause (libéral de droite et qui englobe un des partis d’opposition libérale) et Russie juste (parti de gauche tendance socialiste) sont sans doute des indicateurs d’un embryon d’élargissement de la vie politique russe, et de sa transformation vers un bipartisme ou un tripartisme.

Les résultats électoraux conforme à la volonté du peuple russe

Comparer les intentions de vote avant les élections et le résultat de ces élections est intéressant. En 2008, deux mois avant les élections prés de 80% des électeurs déclaraient souhaiter voter pour Dimitri Medvedev, celui-ci obtenant au final 72%. Même scénario lors de la précédente présidentielle de 2004 ou Vladimir Poutine était crédité de69,3% des voix avant les élections, il a finalement obtenu 71%.

Bien-sûr on assiste à des polissages électoraux dans certaines régions, (principalement dans certaines parties du Caucase) mais cela ne représente qu’un pourcentage infime du corps électoral russe. Les électeurs sont donc libres et les résultats électoraux conformes a la volonté populaire. Contrairement à ce que l’on peut souvent lire ça et la, les faits sont têtus, l’adhésion au tandem dirigeant reste très élevée en Russie, récemment interrogé (juillet dernier) 69% des électeurs indiquaient souhaiter voter aux prochaines élections de l’automne 2011 pour Russie Unie.

Vers l’Eurasie

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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La semaine dernière, j’ai écrit une tribune dans laquelle je soutenais que l’Europe de l’ouest aurait intérêt à sortir du giron atlantiste pour construire une alliance économique et politique avec le bloc euro-oriental en création autour de l’alliance douanière Russie/Biélorussie/Kazakhstan. Il me semble que pour une union européenne endettée, en panne d’élargissement, et très dépendante sur le plan énergétique, cette orientation pourrait apporter de nouveaux marchés à l’exportation, la sécurité énergétique, un potentiel de croissance économique important et aussi une vision politique nouvelle. Suite a la publication de ce texte, un de mes lecteurs, David, m’a envoyé le commentaire suivant : “j’ai du mal à saisir ce que ton union eurasienne pourrait faire avec l’UE (…) Tu vois l’Europe aller jusqu’au Kazakhstan”?

La question de David est fondamentale, à mon avis. La première réponse que j’ai envie de lui faire est la suivante: L’Europe n’est pas que l’UE, dont la dernière vague d’élargissement date de 2004, et sachant qu’aucune autre vague d’élargissement n’est à ce jour sérieusement envisagée.  L’espace européen compte 51 états, et l’UE n’en est qu’à  27 membres. L’UE n’est à mon avis en rien une finalité, mais une étape dans la construction d’une grande Europe continentale, allant de Lisbonne a Vladivostok, une Europe par nature eurasiatique puisqu’étalée géographiquement en Europe et en Asie.
Les discussions sur les limites de l’élargissement de l’UE ont amené à des contradictions: La Russie ne serait pas européenne peut on souvent lire, alors que généralement pour les mêmes commentateurs, l’Ukraine, la Biélorussie ou la Turquie devraient à contrario  intégrer l’Europe. Il faudrait en effet expliquer en quoi la Russie ne serait pas européenne, si l’Ukraine, la Biélorussie ou encore la Turquie le sont. Aujourd’hui, ni l’UE à 27 en état de quasi banqueroute, ni la Russie seule n’ont cependant la force et les moyens de pouvoir faire face aux géants que sont l’Amérique sur le déclin, ou les deux grands de demain, l’Inde et surtout la Chine, quasi-assurée de devenir la première puissance mondiale au milieu de ce siècle. La Russie comme les états européens de l’ouest sont donc aujourd’hui et chacun de leur côté engagés dans une politique de création d’alliances afin de renforcer leurs positions régionales, et leur influence globale. 

 

Après l’effondrement de l’Union Soviétique, l’extension vers l’est de l’union européenne semblait inévitable. Cette extension, accompagnée d’un élargissement de l’OTAN, s’est faite dans un esprit de confrontation avec le monde post soviétique. Mais la renaissance de la Russie ces dernières années et le choc financier de 2008 ont lourdement modifié la situation. La crise financière terrible que connaît l’union européenne est sans doute la garantie la plus absolue que l’UE ne s’agrandira plus, laissant certains états européens sur le seuil de la porte, Ukraine en tête. Andrei Fediachine le rappelait il y a quelques jours: “En cette période de crise, peu de puissances européennes veulent penser à une éventuelle adhésion à l’UE d’un autre pays pauvre de la périphérie orientale (…l’Ukraine…) Qui plus est l’extension à un pays de près de 46 millions d’habitants qui connaît constamment une crise politique et économique”. 

 

Quand à la Russie, membre à part de la famille européenne, il serait bien naïf de penser que sa reconstruction ne se fasse pas via une consolidation maximale des relations avec les états de son étranger proche, c’est-à-dire dans l’espace post soviétique, et dans une logique eurasiatique.
Alors que l’Europe de l’ouest sert actuellement de tête de pont à l’Amérique, qui lui impose un réel bouclier de Damoclès avec le bouclier anti-missile, il est grand temps d’envisager une collaboration entre l’Europe et l’espace post soviétique et de s’intéresser à ce qui se passe à l’est, autour de cette nouvelle union douanière animée par la Russie. La semaine dernière a d’ailleurs été riche en événements de très grande importance. La récente condamnation de l’égérie de la révolution orange à sept ans de prison a sans doute contribué à éloigner un peu plus l’Ukraine de l’union européenne et la rapprocher un peu plus de l’union douanière animée par la Russie.
Pendant que le président russe se trouvait la semaine dernière en Ukraine, l’union européenne annulait une rencontre avec le président ukrainien alors même que les discussions concernant la création d’unezone de libre échange avec l’Ukraine étaient en cours. Au même moment les 11 états de la CEI (l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Moldavie, l’Ouzbékistan, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan et donc l’Ukraine) ont signé un accord sur la création d’une zone de libre échange.
Le même jour le Premier ministre Mykola Azarov a affirmé que l’Ukraine réfléchissait désormais a une adhésion à l’Union douanière Russie-Bélarus-Kazakhstan, ne jugeant pas contradictoire la potentielle appartenance a ces deux zones de libre échange.
Plus à l’est, c’est de Moscou qu’est venu la plus forte onde de choc puisque le premier ministre Vladimir Poutine a annoncé la plausible constitution d’une union eurasienne a l’horizon 2015. Le premier ministre a du reste rappelé que la coopération dans le cadre de la Communauté économique eurasiatique (CEEA) était la priorité absolue pour la Russie. Ce projet d’union eurasienne s’appuie sur l’Union douanière en vigueur avec la Biélorussie et le Kazakhstan, et a laquelle peuvent adhérer tous les Etats membres de la Communauté économique euro-asiatique. Le Kirghizstan (union douanière) etl’Arménie (union eurasienne) ont du reste déjà affirmé leur soutien à ces projets d’intégration eurasiatique.
L’organisation en cours, au centre du continent eurasiatique n’est pas qu’économique ou politique, mais également militaire, avec la création en 2001 d’une structure de collaboration militaire eurasiatique: l’organisation de la coopération de Shanghai. Cette organisation comprend 6 membres permanents que sont la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. L’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan sont des membres observateurs, tandis que le Sri Lanka et la Biélorussie ont le statut de partenaires. L’OCS rassemble donc aujourd’hui 2,7 milliards d’habitants.
Cette année, c’est l’Afghanistan qui a demandé le statut d’observateur tandis que la Turquie (seconde puissance militaire de l’OTAN) à demandé elle à adhérercomplètement a l’organisation. Des états arabes comme la Syrie ont l’année dernière également manifesté leur intérêt envers la structure. On peut aujourd’hui légitimement se demander quand est ce que des états européens choisiront d’adhérer à l’OCS, pour compléter cette intégration continentale.

Cette évolution globale traduit le glissement inéluctable vers un monde multipolaire qui ne sera plus sous domination occidentale. Pour les européens de l’ouest, il est temps de regarder vers l’est et leur continent.

Le nouveau pôle eurasiatique, qui s’organise autour de la Russie, est probablement le plus prometteur.

Exit Polls Elections législatives en Russie (02/12/2011)

Estimation officielle des résultats selon sondages, il ne s’agit que d’estimations, et les résultats peuvent changer ..

En parenthèse les précédents résultats lors des élections législatives de 2007..  

* ЕР (Russie Unie) ->48,5% (64%) / -15%
* КПРФ (Parti communiste) -> 19,8% (11,5%) / +8%
* СР (Russie Juste)-> 12.8% (7,8%) / +5%
* ЛДПР (LDPR) -> 11,4% (8,2%) / +3%
* Яблоко (Iabloko) -> 4,2% (2,6%) / +2%
* ПД (Pravoe Delo)-> 1,1%

Le point démographique de septembre 2011

Les chiffres de la démographie russe pour la période de janvier à septembre 2011 sont disponibles et ils sont assez encourageants. 

Tout d’abord le mois de septembre 2011 a vu 158.052 naissances contre 150.999 pour septembre 2010, soit 7.053 naissances de plus.

La mortalité est elle aussi en baisse avec 153.898 décès en septembre 2011 contre 159.549 en septembre 2010 soit 5.651 décès en moins.

Ce mois ci donc, il y a 1.402 naissances de plus que de décès, soit de nouveau un excédent démographique comme le mois précédent.


Maintenant la situation pour les 9 premiers mois de l’année.
Il y a eu 1.329.018 naissances sur 9 mois en 2011 contre 1.337.652 naissances sur les 9 premiers mois de 2010, soit 8.634 naissances de moins, mais ce gap de naissance entre les deux années s’est considérablement réduit avec la forte natalité de août et septembre 2011. 
La mortalité est aussi fortement en baisse, avec 1.453.718 décès contre 1.544.508 sur la même période l’année dernière, soit 90.790 décès en moins.

Le ralentissement du décroissement de la population se poursuit donc puisque la population russe a baissé de 124.700 personnes sur les 9 premiers mois de 2011, alors que la baisse de population pour les 9 premiers mois de 2010 était de 206.856 personnes.

Les prévisions globales: le  mois dernier je prévoyais que cette année devrait voir à peu près 1.750.000 naissances et 1.950.000 décès, soit une baisse de population de 200.000 habitants.
On peut imaginer un scénario légèrement plus optimiste “si” la tendance se poursuit, avec prés de 1.8 millions de naissances et 1.93 millions de décès.

L’Arctique, théâtre stratégique?

 
Ce post très court pour signaler a mes lecteurs ma contribution au Cahier “L’Arctique, théâtre stratégique”de la revue Défense Nationale
 
Revue défense nationale est une revue mensuelle française créée en 1939, traitant des grandes questions militaires, politiques, sociales, économiques et scientifiques sous l’angle de la stratégie et de la défense. Elle est traditionnellement dirigée par des officiers généraux : son directeur est depuis 2008 le général d’armée aérienne Bernard Norlain, et son rédacteur en chef est le contre-amiral Jean Dufourcq depuis 2009.
 
Je tiens la revue a disposition de ceux qui souhaiteraient la lire, me la demander par mail. L’article est ci-dessous :
L’âge de L’arctique
En 2007, Arthur Chilingarov, un explorateur polaire russe a participé à une expédition au cœur de l’arctique, baptisée Arktika 2007. L’homme n’était  pas inconnu en Russie: Explorateur  polaire, élu à la douma comme député pour la région du grand nord russe Nénétsie sous l’étiquette Russie-Unie, il est également le représentant spécial du président de la fédération de Russie pour la coopération internationale en Arctique et en Antarctique. Cette expédition Arktika a été une affirmation on ne peut plus claire des revendications territoriales russes dans la région. Arthur Chilingarov et 5 explorateurs russes, amenés sur place par un brise glace nucléaire, sont descendus en bathyscaphe à près de 4.200 mètres de profondeur, pour déposer sur le fond une capsule de titane contenant drapeau de la fédération de Russie. Une fois l’opération réussie[1], Arthur Chilingarov  a affirmé : “L’arctique est russe. Nous sommes heureux d’avoir planté le drapeau russe au fond d’un océan où aucun homme n’avait jamais été. Je me moque de ce qu’on en dit à l’étranger. Si cela déplait à  certains, ils peuvent essayer de plonger aussi et de planter quelque chose“. La presse anglaise avait comparé cette expédition au premiers pas sur la lune en 1969[2] en termes de témérité et de performance technologique.  Mais l’expédition russe n’était pas uniquement une performance technique. Elle a montré l’importance que les autorités russes accordent à cette zone, et elle préfigure, entre pays riverains, des négociations qui seront peut-être difficiles. Si l’arctique ne représente que 1,5% de la population de la Russie, la région compte déjà pour 11% de son PIB et 22% de ses exportations. En outre, le pays s’apprête à investir[3] d’ici 2039 plus de 310 milliards de dollars dans des projets d’exploration de son plateau continental.Bien que les russes affirment vouloir faire de l’arctiqueun territoire de dialogue[4] et écartent par avance tout risque de conflit[5] dans cette zone du monde, l’influent premier ministre Vladimir Poutine a néanmoins récemment rappelé[6] que: “La sécurité et les intérêts géopolitiques de la Russie sont liés à l’Arctique”. Pour certains, l’importance de l’arctique pour la Russie dans le siècle à venir sera tel qu’il entraînera une modification de la vision géopolitique du pays, qui pourrait passer du statut de puissance eurasiatique à celui de puissance arctique[7]. En perspective, il y a les intérêts des états dans les nouvelles routes maritimes du nord ouvertes par le réchauffement climatique, et surtout  leurs intérêts dans le domaine minier et off-shore de la région.

 

Quel cadre légal pour l’arctique?
Après la fin de la guerre froide, les pays riverains de l’Arctique (Russie, Canada, Norvège, Danemark, Etats-Unis) ont constitué trois organisations de coopération régionale : 
1/ Le Conseil des Etats de la mer Baltique (1992), qui réunit les pays riverains de la mer Baltique et favorise les coopérationsinter-arctique en rapprochant ses membres de la Russie notamment.
2/ La Coopération de Barents, (1993) afin de favoriser les contacts entre les individus de la région de Barents, ainsi que de promouvoir le
développement économique de la région. Le Conseil euro-arctique de la mer de Barents réunit les ministres des Affaires étrangères des six pays membres et de la Commission européenne, la France y a également le statut d’observateur.
3/ Le Conseil de l’Arctique (1996) qui réunit les huit états arctiques,  6 représentants des populations autochtones arctiques, et également un grand nombre de membres observateurs dont la Finlande, la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Pologne.
En 1982, la convention des nations unies sur le droit de la mer a été signée à Montego Bay, et elle est entrée en vigueur  en 1994. Certains pays comme la Turquie ou le Venezuela, qui ont des problèmes aigus avec des archipels voisins ne l’ont pas signée, mais tous les pays riverains de l’arctique l’ont signée et ratifiée, à l’exception notable des Etats Unis qui l’ont signée mais pas encore ratifiée.  Cette convention précise les statuts des diverses zones maritimes, définissant les “eaux territoriales”, les “mers territoriales” (12 milles marins à partir des côtes soit 22 kms), les “zones économiques exclusives (ZEE) ” qui s’étendent sur 200 milles marins (360 km), les détroits de navigation libre et enfin le “plateau continental“, sur lequel les états peuvent prétendre étendre leur souveraineté  à certaines conditions. Au-delà, les fonds marins sont considérés comme “patrimoine commun de l’humanité”. Une commission existe ayant pour mission d’examiner les données présentées par les états côtiers en ce qui concerne la limite  extérieure du plateau continental lorsque celui-ci s’étend au-delà des 200milles nautiques. Cette commission peut donner des avis mais elle ne peut pas  trancher les litiges. A cette fin la commission a créé un tribunal international du droit de la mer. La Russie, le Canada et le Danemark ont déjà lancé des dossiers  pour affirmer que certains secteurs de l’Arctique devraient appartenir à leur zone économique exclusive,  mettant au grand jour des litiges probables concernant la souveraineté dans la région[8].
En 2008[9], lors de la réunion d’Ilulissat les pays riverains de l’Arctique (Russie, Canada, Norvège, Danemark, Etats-Unis) ont confirmé le maintien des accords sur les droits de propriété de leurs membres sur le plateau continental au-delà de la zone de 200 milles marins. En 2012[10]la Russie envisage de déposer à l’Onu une demande d’extension des frontières de son plateau continental dans l’Arctique afin de rattacher à sa zone économique exclusive de 200 milles une surface de 1,2 millions de kilomètres carrés qui parait être riche en hydrocarbures. Cette revendication est basée sur l’existence de 2 dorsales sous marines (dorsale Mendeleïev et dorsale Lomonossov). La prise en compte de la dorsale Lomonossov pourrait aussi procurer des avantages territoriaux  au Canada et au Danemark.

 

L’Arctique: Heartland du nord ?
Au cours du siècle dernier, les pères de la géopolitique moderne, opérationnelle, et active comme Halford John Mackinder ou Nicholas Spykman, ont défini des concepts clefs, qui facilitent la compréhension des évènements géopolitiques actuels. Ils   pensaient que le monde était composé d’une île mondiale ou Heartland (Europe-Asir-Afrique), d’îles périphériques, (l’Amérique, l’Australie) et enfin du reste du monde : l’océan mondial.Mackinder estimait donc que pour dominer le monde, il fallait contrôler le heartland, cette plaine s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale, et qui offre des débouchés sur la Méditerranée, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et la Chine.Nicholas Spykman pensait pour sa part que la zone déterminante n’était pas localisée au cœur du continent eurasiatique (Heartland) mais plutôt sur la périphérie de cette zone centrale, sur l’anneau de terres côtières, qu’il définit comme le Rimland. Il  pensait donc que les États-Unis devaient contrôler les États de ce Rimland afin de s’imposer comme puissance dominante à l’échelle planétaire.
Mackinder et Spykman ont adapté au 20ème siècle des théories plus anciennes.  Alfred Thayer Mahan avait déjà démontré l’importance d’une flotte militaire massive pour les Etats-Unis, afin que ceux-ci deviennent la puissance maritime dominante, ce qui sera le cas durant le 20ème siècle. Plus loin encore dans le passé, au 17èmesiècle, le grand navigateur anglais Sir Walter Raleigh avait affirmé : Qui tient la mer tient le  commerce du monde; qui tient le commerce tient la richesse; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même. Ces théories géopolitiques anglo-saxonnes destinées à construire une domination militaire et commerciale  permettent de comprendre comment une  opposition fondamentale a pu apparaître entre les puissances maritimes (Angleterre,  Etats Unis) et les puissances continentales (Allemagne, Russie). Pour Harold Mackinder le monde devait être évalué via une cartographie polaire, permettant clairement d’identifier le coeur de cette île monde qu’il avait définie : Il s’agit de la zone comprenant la Russie d’aujourd’hui,  l’Ukraine, la Biélorussie, le Caucase et le Kazkhstan, ainsi que les débouchés sur les mers du nord, caspienne et noire. Soit un bloc contenant les zones énergétiques du continent eurasien, mais aussi les routes énergétiques les reliant entre elles, ainsi que les débouchés sur les mers de la région. Comme nous pouvons le constater de façon évidente, la frontière nord du Heartland est l’arctique russe le long du territoire allant de la pointe nord de la Norvège au détroit de Béring. Avec la vision « polaire » de Mackinder, on comprend les enjeux stratégiques dans cette région et les raisons qui ont fait que durant la guerre froide, l’arctique est rapidement apparu comme la route la plus courte pour  une confrontation entre les deux  grandes puissances du moment: l’Amérique et l’Union Soviétique.Pour Jean Claude Besida[11], l’arctique est devenu à ce moment une interface géopolitique entre puissances. En 2011, cette affirmation semble plus que jamais  d‘actualité.
L’arctique terre de conflits?
Pour Krauss Clifford, journaliste et membre du think tank, Council on Foreign Relations les différends territoriaux concernent les États du monde entier, mais c’est bien en Arctique que les experts s’attendent à voir le plus de conflits (Krauss Clifford, The New York Times, oct. 2005). 
Si le passage par l’arctique était la route la plus directe pour attaquer l’autre pendant la guerre froide, les évolutions climatiques en cours  (réchauffement de la planète et fonte des glaces liées) devraient rapidement permettre l’apparition  d’un intérêt nouveau pour cette zone : Des routes commerciales maritimes bien plus courtes,  plus rentables mais aussi bien plus sûres par l’absence de piraterie, entre l’Asie et l’occident . En effet l’arctique a perdu 20% de superficie de glace depuis 1979, d’ici a 2100 ce taux devrait atteindre 50%[12]. Deux routes retiennent l’attention aujourd’hui:- La Route Maritime Nord (rmn) qui longe la Russie par le nord et permet de passer de l’Atlantique au Pacifique en longeant les côtes de la Sibérie. Cette route de 13.000 kms est considérée aujourd’hui “comme la voie de communication unique et la plus accessible qui relie Mourmansk à Vladivostok et les gisements naturels du Grand-Nord russe, de Sibérie et de l’Extrême-Orient entre eux[13]”.
Le passage du Nord-Ouest qui relie l’océan Atlantique à l’océan Pacifique en passant entre les îles arctiques à travers le grand Nord  Canadien. L’état canadien défend la théorie selon laquelle ce passage est situé dans les eaux intérieures du pays, s’opposant ainsi aux positions américaines et francaises qui affirment que ce  passage devrait avoir un statut de détroit international.
A titre de comparaison, le trajet maritime Rotterdam-Tokyo, serait long de 14.100 km par le passage du Nord-Est russe, de 15.900 km par le passage du Nord-Ouest canadien, contre 21.100 km par le canal de Suez, et de 23.300 km par le canal de Panama. Evidemment ces  positions russes et canadiennes sont rejetées par d’autres états qui souhaitent que ces routes maritimes soient qualifiées de détroits internationaux.  De toute manière, l’ouverture de ces routes commerciales fera à nouveau de l’arctique  un bassin stratégiquement important, cœur des routes commerciales entre le monde Occidental et l’Asie.
Bien sur, la guerre froide est terminée, et le risque d’affrontement militaire direct s’est éloigné. Pourtant le renouveau russe enclenché depuis 1999 et l’élection de Vladimir Poutine, à modifié les rapports internationaux dans l’hémisphère nord.  La Russie est en mesure de faire entendre sa voix, et de ne pas négocier en position de faiblesse.  Dans l’arctique, il n’y a pas que les perspectives de nouvelles routes maritimes. Il y a aussi les ressources minières off-shore. On estime qu’un quart des réserves mondiales non encore découvertes de pétrole et de gaz se situent en Arctique. En 2010 la Section sibérienne de l’Académie des sciences russe (ASR)[14] a estimé que les réserves off-shore de l’arctique devrait atteindre 90 milliards de tonnes de pétrole et 250.000 milliards de mètres cubes de gaz. A comparer avec celles de l’Océan Pacifique (10 milliards de tonnes de pétrole et environ 25.000 milliards de mètres cubes de gaz), de l’océan Atlantique (35 milliards de tonnes de pétrole et 65.000 milliards de mètres cubes de gaz), et de l’océan Indien (40 milliards de tonnes de pétrole et 70.000 milliards de mètres cubes de gaz). L’arctique est également très riche en minerais divers (nickel, fer, phosphates, cuivre, cobalt,  charbon, or, étain, tungstène, uranium ou argent). Enfin la région comprend également les plus vastes réserves en eau douce de la planète[15] ( Groenland).Les dernières années ont donc vu une réelle escalade militaire dans l’Arctique. En fait cinq nations ont des revendications sur la région —États-Unis, Canada, Russie, Danemark et Norvège— et ces pays sont tous, hormis la Russie, membres de l’OTAN. La Grande-Bretagne, la Finlande et la Suède ont également rejoint le conflit de l’Arctique, quand à la Norvège elle a annoncé des plans visant à établir un Commandement Arctique inter-armées, une force de réaction arctique et un renforcement de la base aérienne de Thulé (Groenland) pour la partager avec ses alliés de l’OTAN. Durant la guerre froide déjà, les Etats-Unis avaient développé un réseau de bases aériennes, qui ont été depuis modernisées et transformées pour être partie intégrante du réseau radar lié au projet de système de défense antimissile. Aujourd’hui le Canada et les États-Unis travaillent ensemble pour mieux surveiller et contrôler l’espace aérien nordique dans le cadre du NORAD.
L’état canadien a en outre régulièrement ré-affirmé son engagement à faire de l’Arctique un territoire dont il assurera un contrôle plus efficace, via une présence militaire accrue, et l’affirmation de sa souveraineté sur une portion importante du plateau continental arctique[16]. Des  manœuvres militaires massives ont lieu, dans le cadre de l’Otan, et sont plus importantes chaque année, que l’on pense par exemple aux manœuvres Nanook. Les manœuvres impliquent de plus en plus de pays, dans le cadre de manœuvres conjointes avec l’Otan. Nanook 2011[17] a vu par exemple la participation de 100 participants de pays étrangers, en plus des 1.100 militaires canadiens[18]. “Le Nord, c’est à nous. On veut démontrer à nos partenaires internationaux (…) que nous sommes présents. C’est notre but, a confié le capitaine de corvette Luc Tremblay, à Radio-Canada juste après l’opération[19]. Le  pays a également récemment décidé d’augmenter les effectifs de ses brigades arctiques.
Pendant que des scientifiques canadiens et danois tentent de faire valoir que la fameuse dorsale Lomonosov est une continuité de l’île   canadienne d’Ellesmere ou encore du Groenland danois, la Russie revendique elle la souveraineté sur cette dorsale.  En 2008 des hauts responsables militaires russes avaient déjà affirmé que le pays devait être prêt à faire la guerre en arctique si nécessaire[20]. Le lieutenant-général Vladimir Shamanov qui dirigeait le secteur de l’entraînement de l’armée russe avait affirmé que Après la contestation des intérêts russes dans l’Arctique de la part d’autres pays, nous avons immédiatement lancé une révision de nos programmes d’entraînement militaire en raison de conflits potentiels dans l’Arctique. La Russie a ainsi révisé ses programmes militaires vers le nord. Si en 2010 elle n’envisageait pas la création de brigades arctiques[21],

cela n’est plus le cas cette année. Le ministère de l’intérieur ayant décidé récemment la création de deux brigades[22] pour contribuer à la protection des interêts nationaux russes dans l’arctique.

 

Quel avenir pour l’arctique?
D’après  des sources Opep, l’off-shore russe en arctique représente la 3e et dernière étape d’extraction énergétique, avant le basculement aux techniques d’extractions avancées[23].  Bien que l’accès à ces ressources soit difficile, la fonte des glaces facilite progressivement l’accès aux gisements. Un think tank occidental renommé et de tendance atlantiste, le North Institute[24] a d’ailleurs en 2008 fait des prévisions jugées à risques, comme celles d’une alliance continentale Russie/Chine et une prise de contrôle de ces réserves du nord par ces états via la constitution d’un corridor énergétique eurasiatique. On retrouve dans ces inquiétudes la rhétorique des maitres à penser de la géopolitique anglo-saxonne, relativement obsédés par une possible mise à l’écart des Etats-unis en arctique ou  dans la maitrise des affaires du monde.
En dehors des Etats Unis, riverains de l’arctique via l’Alaska, d’autres pays ont manifesté récemment des visées sur l’Arctique : La Chine[25] ou encore l’Iran[26]. Routes commerciales du futur, exploitation des richesses minières, l’Arctique va faire l’objet de négociations intenses pour départager les états riverains. La France a donc toutes les raisons de s’investir dans ce dossier via l’union européenne et via ses relations bilatérales avec la Russie, qui est le pays clef pour l’équilibre mais surtout le développement de la région.
L’ambassadeur Français pour l’arctique Michel Rocard a ainsi récemment rappelé que s’il fallait respecter la souveraineté Canadienne dans le nord[27], le pays n’était probablement pas assez solide financièrement pour développer des infrastructures nécessaires au développement de cette route commerciale. En outre toujours d’après l’ancien ministre ” Le chemin de l’est le long de la Sibérie est (…) moins risqué et plus direct, même s’il est un peu plus long. La Russie est une “force arctique” avec de nombreux brise-glaces, dont quatre récents à propulsion nucléaire (…) Il y a aussi une différence concernant la base portuaire, a-t-il poursuivi: au Canada, Resolute Bay doit avoir 280 habitants, Iqaluit six mille, tandis qu’en Russie, Mourmansk en a 300.000 et Arkhanguelsk 350.000.
En outre, alors que le moyen orient est entré dans une  période d’instabilité dont personne ne peut évaluer les conséquences, l’arctique apparait de plus en plus comme un lieu de négociations Nord-Nord, et la Russie apparaît de plus en plus clairement comme une alternative stable et sure pour l’approvisionnement énergétique de l’union européenne et de la France, dont les besoins énergétiques vont être couvert au milieu du siècle à près de 70% par des  importations. Comme prévu par Oran Young[28] il y a déjà 20 ans, nous rentrerons peut être alors au cours du 21ème siècle dans l’âge de l’arctique.
 

[11] Besida Jean-Claude, “Géopolitique de l’Arctique”, mémoire présenté sous la direction de Mr Yves Lacost.
[12]www.nasa.gov/vision/earth/environement/ice_sheets.
[13] Yakolev M. / Peresypkine V., “La Russie ouvre une voie maritime en Arctique”, revue Morskoï Sbornik, sept 2005.
[15] Godard Alain et André Marie-Françoise, Les milieux polaires : Armand Colin, 1999
[23]http://www.quindiblog.eu/photos/uncategorized/2008/06/30/eia_2005.jpg

les 20 ans du CUF

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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Lundi dernier, j’étais à Moscou dans un des quartiers que je préfère. Je sortais juste du métro Trubnaya et j’allais traverser la place du même nom quand j’ai eu la surprise de recevoir un appel téléphonique de Marek Halter. Une vraie surprise, j’ai d’abord cru à un canular: Je ne le connaissais pas et je ne savais pas qu’il avait mon numéro de portable, ou que quelqu’un le lui avait transmis. Il  souhaitait juste me rappeler que le collège universitaire de France en Russie fêtait ses 20 ans le lendemain, et qu’il était important qu’un maximum de gens en soient informés parce que cet évènement est un symbole important du dialogue franco-russe.

Beaucoup de lecteurs savent qui est Marek Halter. Cet intellectuel et homme public français est très connu en France. En tant que romancier,  il s’est distingué en publiant de nombreux ouvrages qui mettent en scène l’histoire du peuple juif.  Par contre, peu de gens savent que la relation de Marek Halter avec la Russie est très ancienne. Pendant la deuxième guerre mondiale, il a du fuir la Pologne en compagnie de ses parents, pour se réfugier à Moscou puis à Kokand, une petite ville de la république socialiste soviétique d’Ouzbékistan. En 1945, alors que Marek Halter avait 9 ans, il aura le “privilège” de participer au 9 mai à Moscou et d’offrir des fleurs à Joseph Staline.
La relation de Marek Halter avec la Russie ne s’est pas arrêtée là. En 1991, c’est-à-dire juste après l’effondrement de l’URSS, il a créé deux collèges universitaires francophones en Russie, l’un à Moscou, et l’autre à Saint-Pétersbourg. De quoi s’agissait-il, à l’époque?  “Marek Halter a eu l’idée qu’on pourrait incarner la Perestroïka et le changement  d’humeur en URSS par une invitation systématique de chercheurs, de professeurs, d’écrivains, d’artistes, pour que les Russes entendent de nouvelles voix auxquelles ils n’étaient pas habitués” rappelle l’historien Marc Ferro. Le Collège Universitaire Français de Moscou est un établissement public et gratuit, soutenu en France par le Ministère des Affaires Étrangères et Européennes, le Ministère de l’éducation Nationale, le Ministère de l’enseignement Supérieur et de la Recherche et des universités françaises partenaires. Il délivre une formation et un diplôme en deux ans dans différentes disciplines comme le droit, l’histoire, la sociologie, la littérature ou encore la philosophie. Le site internet du CUF, comme on l’appelle à Moscou, apprend au lecteur que “l’établissement a été fondé en 1991 à l’initiative de l’académicien et prix Nobel russe Andrei Sakharov et de l’écrivain et homme public français Marek Halter (…) mais aussi qu’il a été conçu pour être un espace d’ouverture, d’excellence et d’échange”.
Aujourd’hui l’établissement fonctionne grâce à une coopération fructueuse entre la faculté Lomonossov de Moscou (MGU) et dix établissements français  d’enseignement supérieur parmi lesquels Assas  et la Sorbonne. Le C.U.F. comprend deux sections: une  francophone et une russophone. Le diplôme francophone est reconnu par les universités partenaires en France. Le Collège Universitaire Français est aujourd’hui dirigé par Guillaume Garetta. D’après lui: “Le Collège est un enfant de la Perestroïka car il reflète exactement ce que Mikhaïl Gorbatchev a voulu faire: ouverture à l’Ouest, fin de la censure, échanges académiques et intellectuels. C’est un projet qui s’inscrivait parfaitement dans un projet politique plus large”.
Les  3, 4 et 5 octobre dernier, le CUF à donc fêté ses 20 ans dans la joie et la bonne humeur, sous le haut patronage de Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République Française et de Monsieur Dmitri Medvedev, président de la Fédération de Russie. Parmi bien d’autres, ont assisté aux cérémonies: Mikhaïl Gorbatchev, Victor Sadovnitchi, recteur de l’Université d’Etat de Moscou, Jean de Gliniasty, ambassadeur de France en Russie,  Marek Halter bien évidemment, mais aussi nombre d’étudiants du dit Collège.
Le courrier de Russie a publié des témoignages d’anciens élèves du CUF. On peut  y lire que pour certains, l’établissement a été une porte d’entrée vers la France, via la langue française. Tout autant que le haut niveau d’éducation et la possibilité de bénéficier de diplômes reconnus, c’est sans doute en grande partie par ces échanges humains, surtout entre jeunes étudiants, que les peuples français et russes apprendront à mieux se connaître, et à mieux se comprendre. Depuis longtemps, les échanges universitaires ont été une des pierres de voûte de l’Europe en construction. Nul doute que des réalisations comme le collège universitaire français de Russie font partie des outils permettant à nos peuples de mieux se comprendre, et à la France de se faire connaitre en Russie comme un acteur incontournable dans les réalités européennes. Cette collaboration franco russe au sein du CUF  montre toute son importance, maintenant que des projets industriels de grande dimension associent en Russie des entreprises françaises et des entreprises russes. Cette collaboration est une nécessité pour faire face à la mondialisation incontrôlée et chaotique que connait notre planète. Elle est aussi une contribution à la création d’une grande Europe pacifique de l’Atlantique au Pacifique. Comme le  rappelait  déjà Marek Halter pendant l’année croisée franco-russe: “Il n’y aura pas d’Europe en tant que puissance politique et économique dans le monde face à ces nouveaux géants que sont l’Inde, la Chine, le Brésil, l’Amérique ; sans la Russie. Donc, l’Europe a besoin de la Russie, et la Russie a besoin de l’Europe”.

Perm ville de culture

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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Pour beaucoup de Français et pour beaucoup d’européens de l’ouest, la Russie reste un pays méconnu, voire inquiétant et dont beaucoup doutent de la capacité à devenir “moderne, européen et stable”, sur le modèle imaginé par les démocraties occidentales. La crise économique dans les pays occidentaux à secoué ceux qui avaient ces préjugés, et les perspectives économiques paraissent aujourd’hui plus attrayantes en Russie que dans nombre de pays d’Europe de l’ouest.

 
On commence à s’en rendre compte et de plus, l’objectif primordial pour la Russie de s’ouvrir sur le monde devient de plus en plus lisible et crédible.. Pour autant, hormis Moscou et Saint-Pétersbourg qui sont devenues des villes touristiques, il reste de nombreuses villes encore peu connues en Russie, c’est le cas de Perm. Cette  ville compte un peu plus d’un million d’habitants avec l’agglomération, elle se trouve à environ 1.200 kilomètres à l’est de Moscou, juste avant la chaine de l’Oural. Beaucoup de français savent que Michel Strogoff, membre du régiment des courriers du Tsar et personnage créé par Jules Verne, est passé à Perm avant de franchir l’Oural et de poursuivre sa route vers Irkoutsk. Pour beaucoup de Français  l’Oural reste assimilé à la frontière symbolique de l’Europe, puisque cette chaîne de montagnes correspond à sa frontière géographique. On se souvient des appels du général de Gaulle qui souhaitait une Europe de l’Atlantique à l’Oural. Pourtant, en y regardant de plus près, on constate que les villes russes qui sont derrière l’Oural ne sont pas moins russes ou moins européennes que celles de la partie ouest du pays.
 
Mais revenons à Perm, ville fondée par Pierre le Grand en 1723, bien que le village de Perm soit mentionné dès le milieu du 17ème siècle. La ville est située au pied des monts Oural et elle est traversée par une rivière assez importante, la Kama. Plus loin vers le sud, la Kama rejoint la Volga qui poursuit sa route vers la mer Caspienne. Dans l’histoire russe, l’Oural n’est pas seulement la frontière géographique entre l’Europe et l’Asie. C’est  également le point de départ de l’expédition du cosaque Ermak, mandaté par les Stroganoff pour lever une armée afin de vaincre les Tatars, de l’autre côté de l’Oural. Cet évènement historique important, daté de 1575, permettra de développer plus tard la conquête de l’est, puis de la Sibérie jusqu’au Pacifique. Si Perm est relativement méconnue à l’étranger, ce n’est pas le cas en Russie. Jusqu’à très récemment, elle faisait partie de ces “villes fermées” secrètes, prestigieuses, interdites aux étrangers et même aux russes, qui devaient demander une autorisation pour y pénétrer. A l’époque de l’URSS, il y avait dans ces villes fermées soit des bases militaires, soit des usines du complexe militaro-industriel ou des écoles secrètes. A Perm, cette époque a laissé des traces, et la ville dispose d’un équipement  industriel et culturel important, supérieur à celui de ses voisines de l’Oural que sont Ekaterinbourg ou Chelyabinsk. L’économie de la ville bénéficie en outre de la richesse du sous-sol
de la zone. La compagnie pétrolière Lukoil est très présente à Perm, elle extrait et transforme l’or noir de la région. Sans doute grâce à son passé de ville fermée, de ville militaire et industrielle, Perm a conservé un système éducatif très dense. Il comprend sept universités, trois écoles militaires et également de nombreux instituts de recherche scientifique. Cette densité culturelle se retrouve également dans l’amabilité de ses habitants, que chaque visiteur de la ville ne pourra que constater. Les gens de Perm sont très ouverts,  plus calmes que les Moscovites, et tournés vers l’incroyable beauté de la nature dans l’Oural.Au bord de la Kama, les quais sont encore en cours de modernisation.

En ville, on retrouve le même mélange architectural que dans d’autres villes russes. Des bâtiments de style stalinien restaurés ou en attente de restauration, des maisons bien plus anciennes, et des immeubles ultra modernes. Sur l’autre rive, face au centre ville, les nouvelles villas au bord de l’eau témoignent bien du formidable boom économique que la ville à connu ces dernières années.

 
 
Mais on remarque aussi à Perm une particularité dans la décoration de la ville, visiblement orientée “art moderne”. Au centre, sur l’avenue Lénine, juste devant l’hôtel Oural, trône un énorme et magnifique ours en bronze, symbole de Perm. L’ours fait face à un bâtiment assez surprenant, de type stalinien mais surplombé par de drôles de personnages, rouges et sans têtes à l’extérieur du bâtiment, et dotés de têtes à l’intérieur. Il s’agit du bâtiment du ministère de la culture de la ville! Les personnages ne sont pas seulement déroutants et inattendus, ils contrastent avec l’austérité que dégage habituellement un bâtiment administratif de style soviétique traditionnel.
A Perm, le visiteur aura la  surprise de pouvoir trouver d’autres monuments inattendus, qu’il s’agisse par exemple d’une porte en bois à l’entrée de la ville ou d’une grosse pomme verte croquée devant la grande bibliothèque, en plein centre ville. 
 
 
Ces étonnants éléments d’art moderne ne sont pas là par hasard, la ville a un projet ambitieux: postuler et devenir prochainement capitale européenne de la culture.
 
En effet, en mars de cette année, une délégation de la Région de Perm présidée par Boris Milgram (vice-premier ministre de la région de Perm)
et Alexandre Protasevitch (vice-ministre de la culture de la région de Perm) a participé aux audiences publiques du programme “Capitale
européenne de la culture” organisées par la commission européenne. Pendant mon voyage à Perm, j’ai pu parler avec Alexandre Protasevitch.
C’est un esprit ouvert sur l’Europe et qui fourmille d’idées pour sa ville. C’est lui qui a soutenu la mise en place dans les rues de cette forme d’art moderne public.
 
Le spectacle est surprenant et contraste fortement avec l’image que l’on pourrait avoir d’une ville universitaire et industrielle de l’Oural. Je reviendrai à Perm, il y a mille choses à découvrir dans cette ville et dans les premiers contreforts de l’Oural, et ne serait-ce que pour repousser un peu plus les frontières de la vraie Europe. Les Permiens, comme me l’a rappelé Alexandre Protasevitch, se sentent Européens et à Perm on dit même que l’Europe va non pas de l’Atlantique à l’Oural mais de l’Oural à l’Atlantique! Alors, pourquoi ne pas faire de Perm, la “plus à l’est”, pour le moment, des capitales européennes de la culture?

Le point démographique d’août 2011

Русскую версию можно прочитать здесь


Tatyana Alekseevna Golikova, ministre de la santé.
Les chiffres de la démographie russe pour la période de janvier à août 2011 sont disponibles et ils sont assez encourageants. 
 
Tout d’abord le mois d’août 2011 a vu un record mensuel de naissances depuis 1990 avec 173.166 naissances contre 159.610 pour août 2010, soit 13.556 naissances de plus. 
La mortalité est elle en baisse également avec 162.424 décès en août 2011 contre 191.951 en août 2010, soit 29.527 décès de moins que le même mois de l’année dernière.
Ce mois ci donc, il y a 10.742 naissances de plus que de décès, soit un excédent démographique.
 
Maintenant la situation depuis le début de l’année. Les huit premiers mois de l’année 2011 ont vu 1.170.966 naissances contre 1.186.653 pour les 8 premiers mois de 2010, soit 15.687 naissances en moins. 
La mortalité est fortement en baisse, avec 1.299.820 décès contre 1.384.959 sur la même période l’année dernière, soit 85.139 décès en moins.
 
Le ralentissement du décroissement de la population se poursuit donc puisque la population russe a baissé de 198.306 personnes sur les 8 premiers mois de 2010, contre une baisse de 128.854 personnes pour les 8 premiers mois de 2011.
 
Les prévisions globales: cette année devrait voir à peu près 1.750.000 naissances et 1.950.000 décès, soit une baisse de population de 200.000 habitants, contre une baisse de 240.000 en 2010 et de 290.000 en 2009.
 
Rendez vous en décembre 2011, après les législatives pour vérifier ces prévisions 🙂

Ce sera donc Vladimir

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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La grande nouvelle de la semaine est le dénouement de l’intrigue présidentielle russe, intrigue enfin résolue pendant le 12ème congrès du parti Russie Unie, qui s’est tenu les 23 et 24 septembre à Moscou. Alors que le pays se prépare à des élections législatives en décembre prochain, et à une élection présidentielle en mars 2012, le suspense était resté fort: lequel des deux supposés prétendants au trône, Dimitri Medvedev ou Vladimir Poutine, allait on voir se présenter. L’intrigue a provoqué beaucoup de suppositions. Des commentateurs avaient même  décelé une certaine tension entre les deux hommes. Dimitri Medvedev nous disait-on était de toute façon “plus libéral” et “plus moderne” et donc bien mieux disposé à l’égard de l’ouest. Influencé par un entourage plus souple, celui-ci aurait pu/du imposer sa candidature en prenant ainsi de cours Vladimir Poutine, et contraindre ce dernier soit à accepter cet affront, soit à se présenter contre son poulain, faisant ainsi exploser l’unité du tandem.


Les tensions entre les deux hommes s’étaient soit disant manifestées sur des dossiers de politique extérieure, notamment la Libye. Pour beaucoup, le clan Medvedev serait à l’origine du lâchage de Kadhafi, alors que les “Poutiniens” regrettaient de ne pouvoir s’opposer à l’ouest impérialiste. Tout cela s’est pourtant avéré faux. L’énigme est résolue, le tandem n’a pas explosé, et il n’a même pour ainsi dire jamais paru plus solide. En mai dernier, dans une précédente tribune intitulée “Vladimir ou Dimitri, j’avais expliqué que le scénario de la brouille entre les deux hommes était improbable et que les tensions concernaient sans doute plus probablement leurs entourages respectifs.
Il est en effet bien clair pour tout analyste lucide que l’amitié et la confiance politique entre les deux hommes est forte et ancienne. Beaucoup ont oublié qu’il y a 11 ans, en 2000, c’était déjà Dimitri Medvedev qui dirigeait le comité électoral de Vladimir Poutine, pour sa toute première élection présidentielle. Il est vrai que l’analyse était difficile à cause de la multiplication des rumeurs et des hypothèses. Récemment encore, des intellectuels libéraux proches de Medvedev, comme par exemple Igor Iourgens de l’institut Insor ne faisaient pas mystère de leurs opinions: Dimitri Medvedev avait déjà pris la décision de se représenter, et une ré-élection de Vladimir Poutine était “ce qui pouvait arriver de pire pour le pays”. L’opposition libérale a tenu le même discours après ce retour annoncé de Vladimir Poutine à la tête de la Russie. Ce retour ne fait pas que des heureux, même au sein de Russie Unie. C’est le cas par exemple pour Arkadi Dvorkovitch, adjoint du président Medvedev, qui a affirmé qu’il n’y avait “aucune raison de se réjouir” du retour de Poutine. Il assurait aussi récemment que Dimitri Medvedev avait déjà décidé de briguer un second mandat présidentiel, preuve que l’information n’avait pas  filtré même dans les cercles les plus proches du pouvoir, et preuve aussi que la liberté de ton au sein de Russie Unie est importante. A contrario, le ministre des finances actuel, Alexei Koudrine, réputé proche de Vladimir Poutine, à affirmé qu’il refusait de travailler dans un futur gouvernement Medvedev, reprochant à ce dernier d’être trop dépensier et de vouloir trop gonfler le budget militaire (à 3% du PIB). Celui-ci a donc été démissionné par le président Medvedev.
D’autres enfin pensaient à l’émergence organisée en sous main d’un troisième homme: Le milliardaire Michael Prokhorov, que certains ont surnommé “le golden boy”. Celui ci se présentait en effet comme un candidat à la fois anti-corruption et libéral mais sans excès. C’est un homme d’affaire talentueux à l’origine par exemple du projet industriel e-mobile. On a imaginé qu’il était un projet du Kremlin (initié par le cercle de Medvedev) destiné à ancrer un “bipartisme politique” en Russie, et ainsi tempérer le quasi monopole de Russie unie. Pourtant l’illusion n’a pas duré, Michael Prokhorov a été démis de ses fonctions de  dirigeant du parti Pravoe Delo qu’il avait créé. Il n’a cependant pas exclu de se présenter aux élections présidentielles et par la même il enlève toute possibilité à un éventuel courant libéral, de pouvoir espérer des résultats conséquents, tant cette opposition libérale de droite est divisée et politiquement  peu consistante.
Le retour de Vladimir Poutine comme président avec vraisemblablement Dimitri Medvedev comme premier ministre est un scénario qui était prévu de longue date d’après les dires de ce dernier. Au final, cet accord traduit la solidité du tandem, et rassure la grande majorité des russes, contrairement à ce que pense une majorité d’analystes étrangers. L’inversion des rôles, couplée à la création du nouveau front populaire devrait sans doute permettre à Russie Unie de garder une courte majorité aux législatives de décembre, la popularité toujours très élevée de Vladimir Poutine l’assurant sans doute de gagner la présidentielle de 2012 sans encombre. Celui-ci sera donc sans doute président de la fédération de Russie de 2012 à 2018. En 2018, il aura théoriquement régné 14 ans, soit autant que François Mitterrand en France (1981 – 1995).
Alors que la situation économique semble se dégrader en Europe et aux Etats-Unis et que le monde devient plus incertain que jamais, la possibilité pour la Russie de garder un “homme fort” aux commandes est sans doute un privilège enviable pour beaucoup de pays européens.
Cette tribune est la suite de la tribune “Vladimir ou Dimitri”.