Category Archives: Articles en francais

5 mythes Poutiniens sur Atlantico

Le site d’information Atlantico a publié un de mes articles sur les mythes qui entourent la gouvernance Poutine. l’article s’intitule : Cinq clichés sur le “Tsar” Poutine enfin démontés.
***

Aors que les élections présidentielles russes ont lieu ce dimanche, beaucoup de commentaires négatifs ont accompagné la décision de l’actuel premier ministre de faire un troisième mandat. Pour beaucoup d’observateurs étrangers, la personnalité deVladimir Poutine  est attachée à nombre de stéréotypes et de préjugés négatifs, souvent en corrélation avec ceux répandus sur la Russie  d’aujourd’hui. Pourtant il convient d’observer la séquence historique russe récente en prenant un peu de distance et un peu de hauteur, et en s’abstenant d’adhérer trop simplement aux mythes qui entourent “la Russie de Poutine”. Voyons quelques chiffres et quelques réalités.

1er cliché : La Russie de Poutine serait un pays pauvre dans lequel la vie ne s’est améliorée que pour les riches et les oligarques.

Sous le gouvernement Poutine, les chiffres montrent que la pauvreté a nettement reculé. Le taux de russes vivant sous le seuil de pauvreté, est passé de 35 à 23%  de 2000 à 2004 et il était tombé à 12,8% fin 2011. Pour mémoire: il est à noter qu’en France, en 2007, 13,7%  de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Pendant la décennie Poutine  (2000 a 2008) le pourcentage de la population vivant sous le seuil de pauvreté a baissé de 53,8%, le nombre de suicides de 30%, le nombre d’homicides de 39% et le taux de chômage de 68%, celui si s’établissant à 6,3% fin 2011. Sur la même période la surface d’habitation par habitant a augmenté de 15%, l’indice de production industrielle des produits manufacturés de 62.9%. Enfin la production agricole a elle augmenté de 231.5%. Dans l’opposition politique russe, personne ne conteste ces chiffres.

2e cliché : La Russie de Poutine ne se serait redressée que grâce aux matières premières.

En 1998 la dette publique a atteint 66% du PIB et le pays s’est retrouvé en défaut de paiement. La Russie a alors réalisé des coupes très importantes dans les dépenses publiques, et profité du rebond des marchés gaziers et pétroliers. Mais d’importantes réformes structurelles ont alors été menées comme le nouveau barème fiscal ou la promulgation de codes juridiques nouveaux comme les codes civil et douanier. À peine un an après la cessation de paiement du pays, la croissance est repartie à la hausse avec un taux moyen d’environ 7% pendant une décennie, jusqu’à la crise de 2008. De toute évidence, les réformes introduites à la suite de la crise de 1998 sont à l’origine de cette croissance, bien avant la montée en flèche du prix du pétrole. En outre la part  du secteur pétrolier et gazier dans l’économie devrait reculer de 22-24% à environ 17% dans les 10 ans à venir.


3e cliché : La Russie de Poutine serait un régime basé sur la corruption.

Après la chute de l’URSS, la Russie a connu une décennie de total effondrement politique, économique et social. Lors de cette période, des hommes d’affaires peu scrupuleux ont alors réellement pris le pouvoir et ont pillé les ressources du pays, ce sont les fameux oligarques qui se sont enrichis lors de privatisations en dehors de tout cadre légal. Lors de la reprise en main des affaires par Vladimir Poutine, sa première tache a été de reconstruire l’autorité de l’état, reconstruire un cadre légal et gérer une guerre enTchétchénie . Il est d’ailleurs curieux que la presse occidentale, qui fustigeait ces oligarques enrichis dans les années 90, s’est mise très curieusement à fustiger Vladimir Poutine, au moment ou celui-ci a commencé à les mettre au pas. Toujours est-il que cette reprise en main de l’état est à ce jour bien avancée et que la corruption (fléau historique et culturel russe) est déjà fortement endiguée par rapport a la décennie précédente. Elle concerne surtout maintenant la sphère publique, on peut donc dire qu’elle a été « civilisée ». L’état a entamé dans ce domaine une lutte qui sera longue et difficile.

4e cliché : La Russie de Poutine serait un pays ou les candidats pro-occidentaux ne peuvent agir politiquement, car le Kremlin les en empêche.

Les partis libéraux ont toujours pu librement participer aux élections et exister politiquement en Russie mais leur influence politique n’a cessé de baisser (12 % aux élections législatives de 1993, 7 % aux élections législatives de 1995 et 1999, 4 % en 2003, 2 % en 2006, 3% en 2011). Les élections législatives de 2011 ont confirmé cette tendance et ont montré que contrairement à ce que le mainstream médiatique occidental laisse penser, les courants politiques émergents sont en Russie des courants de gauche (parti communiste et gauche patriotique) ou nationalistes qui demandent les uns et les autres plus d’état, plus d’autorité et moins de libéralisme économique . Les partis libéraux ne séduisant, eux, qu’une minorité de la classe moyenne supérieure.

5e cliché : La Russie de Poutine serait un pays ou les élections sont truquées.

Les élections ont été truquées sous Eltsine. L’élection présidentielle de 1996 aurait du être remportée par le candidat du parti communiste Guennady Ziouganov et non pas parBoris Eltsine comme cela a été le cas. La Russie est un pays immense et on peut bien imaginer que les années de chaos de 1991 à 2000 ont été propices à bien des irrégularités électorales. L’aspect géographique et administratif du pays laisse aussi beaucoup de marge à des erreurs, ou des fraudes. Ce qui est certain, c’est que les élections sont de mieux en mieux organisées et de plus en plus surveillées. On peut donc en déduire que le niveau de fraude est de plus en plus « faible ». Les dernières élections législatives russes ont à ce titre sans doute été les plus justes de l’histoire russe contrairement à ce que beaucoup de journalistes ont affirmé. Pour s’en assurer il suffit de comparer les résultats finaux avec les très nombreuses estimations et sondages pré-électoraux. La grande majorité des observateurs étrangers a du reste reconnu le bon déroulement du scrutin. Bien sur les images d’une centaine de vidéos ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux, laissant penser à des fraudes massives. Pourtant la grande majorité des observateurs sérieux pensent que le niveau des fraudes a étéinférieur à 5% et que la plupart de ces fraudes ont eu lieu pour des raisons structurelles et systémiques, bien plus que politiques.

 

Un Français prend fait et cause pour Poutine :)

Le FIGARO en la personne de Pierre Avril a publié un article le 27 février dernier intitule: “Un Français prend fait et cause pour Poutine”.
Je remercie Pierre Avril de m’avoir consacré un article 🙂 et incite mes lecteurs a posters des commentaires intelligents sous l’article. Je souhaiterais a ce titre également rétablir quelques vérités suite aux nombreux mails que j’ai reçu,
J’ai bien rencontré Pierre Avril courant février, et nous avons échangé, celui-ci m’a donc prévenu qu’il ferait un article sur les français de Russie qui soutiennent Poutine, ce qui est mon cas.
Il est écrit dans l’article “Vingt ans plus tôt, en 1995, c’est pour la Serbie qu’il avait pris fait et cause”.
Mes lecteurs le savent, j’ai 34 ans (non 35) et par conséquent il y a 20 ans je ne pouvais etre en Serbie car:
– Il y a 20 ans ce n’était pas en 1995 mais en 1992
– En 1995 la Serbie n’existait pas.
– En 1992 j’avais donc 14 ans et en 1995 18 ans. Il y a 20 ans j’avais 14 ans ce qui rend difficilement plausible mon engagement pour les serbes.
Bien sur mon engagement en Serbie date d’après la guerre contre la Serbie de 1999, lors de ma 22ieme année.
Je conseille aux lecteurs de lire cet article que le Figaro a consacré aux Français de Russie ici
Ils peuvent également écouter ma dernière interview a la voix de la Russie pour avoir mon opinion sur le mainstream médiatique français 🙂

La russophobie: le syndrome éternel des médias occidentaux

Mots clés: interview, Société
Igor Yazon
1.03.2012, 20:37
L’un de ces jours, la chaîne de télévision Euronews a diffusé un reportage sur l’action « le cercle blanc ». Les gens se sont rassemblées sur le trottoir de l’anneau des Jardins au centre de Moscou en se tenant par la main. 


L’un de ces jours, la chaîne de télévision Euronews a diffusé un reportage sur l’action « le cercle blanc ». Les gens se sont rassemblées sur le trottoir de l’anneau des Jardins au centre de Moscou en se tenant par la main. C’était presque 10km des gens, surtout jeunes, avec des écharpes et des rubans blancs accrochés aux vêtements. « La couleur blanche » c’est le symbole de l’opposition symbolisant les exigences d’organiser les élections justes en Russie le 4 mars. Les journalistes étrangers ont montré ces gens, ils les ont interviewés. Cependant, ils n’ont prêté aucune attention à ce que de l’autre côté du trottoir à cinq mètres de la « chaîne blanche » il y avait une autre chaîne humaine, sur le vêtement de ces gens il y avait des étiquettes avec les mots de soutien de Vladimir Poutine. Personne d’entre eux n’a été remarqué par les journalistes. Est-ce qu’il faut supposer quelle idée auront les sectateurs d’Euronews qui ont vu ce reportage de Moscou dans d’autres pays. C’est de cette attitude préconçue des médias occidentaux envers la réalité russe que notre correspondant Igor Yazon a parlé avec le blogueur et le journaliste français Alexandre Latsa. 
Cela ne fait pas longtemps qu’Alexandre est à Moscou et il nous a demandé de donner l’adresse de son site Internet. « Je voudrais que plus de gens dans le monde entier sachent la vérité sur la Russie », a-t-il expliqué sa demande. Voila l’adresse de son site : www.alexandrelatsa.ru
Источник: Голос России.

Russie : La révolution orange et ses arrières-plans

 Le texte ci dessous est une analyse de Romain Bessonet, du Cercle Aristote.
La  Russie vient de connaître plus de 3 mois d’agitation politique sur fond d’élection présidentielle. L’observateur attentif (ce qui n’est pas le cas de la presse française) y aura vu les prémices de révolution orange. La date est d’ores et déjà fixée : le 5 mars 2012, au lendemain de l’élection. En effet, l’opposition libérale l’a déja annoncée par la voix de ses ténors : Navalny, Nemtsov, Kasparov et autres : Le résultat du scrutin sera illégitime, même si les élections sont propres et honnêtes. Le fameux coup d’État annoncé par Boris Berezovsky en 2007 est en marche.

Le moment ne pouvait pas être mieux choisi : 

– Usure classique du pouvoir, après douze ans de règne de Vladimir Poutine ;
– Apparition d’une classe moyenne issue du secteur marchand qui en a marre d’être dirigée par l’élite issue des corps militarisés et qui est soutenue par les “péquenauds de province, dépendants de l’État et qui ne comprennent rien à l’économie privée (Ksenya Sobtchak)” ;
– Corruption et inefficacité dans l’appareil d’État qui met du temps à être corrigée ;
– Stratégie offensive de Washington contre le régime russe, qu’illustre la nomination d’un ambassadeur de choc à Moscou : Michael Mac Faul.

La Russie de Vladimir Poutine, n’est ni un modèle, ni un paradis. C’est un État en pleine réforme, convalescent après 70 ans de communisme totalitaire et centralisé et 10 ans de libéralisme et de déliquescence de l’État russe. Les problèmes à résoudre y sont immense (corruption, alcoolisme, retards dans les infrastructures) et relèvent plus de la baguette magique que de la politique pour y apporter des solutions à court terme.Je comprends que les recettes du redressement russe fassent peur en occident. En effet, comment est-il possible de faire passer la dette extérieure du pays de 110% à 20 % du PIB en 10 ans, avoir des taux de croissance entre 5 et 7 % par an, renouer avec une croissance des naissances, le tout  avec une politique étatiste, protectionniste et une promotion du patriotisme au plus haut niveau de l’État?
En attendant, le plan de la révolution orange avance :
– agitation avant les élections pour promouvoir l’idée qu’il y aura des falsifications ;
– monter de toutes pièces des falsifications (car si elles n’existent pas il faudra les inventer) ;
– préparer l’organisation des manifestations et piquets dans Moscou (les tentes sont entrain d’être préparées).Face à cela, l’équipe de Vladimir
Poutine a monté des contre-offensives assez efficace :
– mobiliser des populations ouvrières et paysannes de province, qui sont la base populaire de Vladimir poutine dans des manifestations et des
réunions publiques ;

– redonner une colonne vertébrale idéologique à l’action de Vladimir Poutine (c’est le sens des 07 longs articles qu’il a fait paraître dans la presse sur la question nationale, l’économie, la politique de sécurité, la politique étrangère, la politique sociale)
– prendre l’opposition à son propre jeu : vous craignez des falsifications, d’accord alors nous accédons à toutes vos demandes (vidéo surveillance sur internet de tous les bureaux de vote, urnes transparentes, nombre illimité d’observateurs, stricte égalité de temps de parole sur les chaînes de télévisions fédérales)
– réformer le système politique pour donner plus de représentativité (libéralisation des modalités d’enregistrement des partis politiques ; retour de l’élection des gouverneurs au suffrage universel ; abaissement du seuil de représentativité à la Douma)
– montrer le vrai visage des contestataires :  Le 10 janvier 2012, le nouvel ambassadeur des USA Mac Faul a invité à l’ambassade, en présence du 17eme adjoint à la secrétaire d’Etat des USA (William J. Burns) les chefs de l’opposition “hors système” : Evgueniya tchirikova (connue pour son combat “écologiste” contre la contruction de l’autoroute Moscou – Saint Petresbourg) ; Boris Nemtsov (ancien 1er vice premier ministre sous Eltsine) ; Lev Ponomarev (fondateur de l’association mémorial) ; et de l’opposition “dans le systeme” : Oksana Dmitrieva (cheffe de la fraction “russie Juste” à la Douma) ; Serguei Mitrokhine chef du parti “Yabloko”.Le 10 mars 2011, lors de sa visite à moscou, Jo Bayden avait rencontré :
Lyoudmila Alexeeva (comité Helsinki)Evgueniya TchirikovaLeonid Gozman (Parti juste cause)Grigori Yavlinski (Parti yabloko)Oksana Dmitrieva (parti “russie Juste” )Nina Ostanina (parti communiste)Boris NemtsovVladimir RyjkovGary Kasparov.
On sait donc pour qui roulent tous ces gens …

A cette occasion, Jo Bayden avait annoncé la couleur : “La Russie est fatiguée de Poutine. Et cette fatigue va s’amplifier et conduira sans
aucun doute à des événements analogues à ceux que connait le monde arabe actuellement” (http://www.km.ru/news/baiden-shantazhiroval-putina).

Les Etats-unis avait penser tenir avec Medvedev leur Gorbatchev du XXI eme siècle, qui allait concéder la destruction de l’État russe contre une réputation en or à l’ouest, et ainsi terminer le travail commencé en 1991. Or, la candidature de Poutine à un nouveau mandat présidentiel contrecarre ces plans. Il faut penser que ce n’est pas un hasard si la nommination de Mc Faul comme ambassadeur a eût lieu quelques semaines après l’annonce par Poutine de sa candidature comme Président de la Fédération de Russie.

Le CV de ce diplomate est impressionnant :
– début des années 1980 étudie en URSS
– 1985 – 1987 : est étudiant en Pologne, où il devient un des proches des leaders de “Solidarnosc”
– arrive comme “sociologue” en URSS en 1990, il se lie d’amitié avec lesleaders les plus libéraux de la dissidence (Gavril Popov, Arkady Muravev, Evgueny Sevastianov, Mikhaïl Schneider, Viktor Dmitriev) ;
– 1993-1995 : travail au centre Carnegie de Moscou

– 1996 : membre de l’équipe de “spin doctors” recrutés par Alexandre Korjakov et Anatoly Tchoubaïs pour faire réélire Eltsine face à Zyouganov – membre de l’institut Hoover (think tank néo-conservateur)
– membre du conseil des directeurs des institutions suivantes : Eurasia Foundation, Firebird Fund, Freedom House, International Forum for Democratic Studies of the National Endowment for Democracy, et International Research and Exchange Board (IREX).

Comme il le dit lui-même : “Je suis un expert de ​​la démocratie, des mouvements anti-dictatoriaux, des révolutions. Et quand je suis venu en URSS, en 1989, c’était justement l’époque d’un tel mouvement. Et alors que je vivais à Moscou en 1990-1991, je suis devenu très proche des démocrates russes. Ce fut probablement le meilleur moment de ma vie.

Tout ceci se passe sur fond d’affrontement entre USA et Russie sur la question syrienne. Question sur laquelle Moscou reste inflexible. Le but de ces mouvements de contestation en Russie est aussi de délégitimer la parole russe. En effet, une tactique répressive du pouvoir russe permettrai à Washington d’avoir l’argument suivant face à l’opinion publique mondiale : La Russie bloque à l’ONU, car elle est une dictature répressive. Son point de vue est illégitime. Donc, on peut, on doit intervenir en Syrie, malgré le véto russe.

Je pense que ce n’est pas un hasard si, actuellement pressions pour une intervention militaire en Syrie, tension en Iran (allié naturel de la Russie depuis la fin de l’URSS, notamment dans le Caucase) et mouvements de protestation en Russie se conjuguent. Il s’agit pour Washington et ses alliés de Ryad et du qatar de faire sauter les verrous qui s’opposent au modelage du moyen-orient sur un nouveau paradigme : mosquée, voile intégral et al jazeera

Ayons donc les yeux grand ouvert.

De Belgrade a Moscou?

Mais en 2001, il choisit la politique, adhère au parti libéral Iabloko
dont il se démarque quelques années plus tard pour fonder un mouvement
de jeunes, « Da ! », dans le sillage des révolutions ukrainienne et
géorgienne. (…) Dans son échange avec la journaliste du New Yorker, l’an dernier, Alexeï Navalny dévoilait un pan de sa stratégie.
«Moins
le mouvement s’identifie à une personne, plus il est multiforme et plus
il est difficile de l’acheter, de le dévier, de l’enfermer..
Ils
peuvent détruire une personne, mais s’ils essaient de faire quelque
chose systématiquement contre un grand nombre de personnes, la machine
se grippe 
». 

**
Concernant Aleksandar Maric (Belgrade 2004) – 
Aleksandar est formateur au Centre de la résistance non violente de l’ONG Otpor (Belgrade, Serbie).
« Le principe fondamental sur lequel repose toute l’organisation, c’est
qu’elle doit être dénuée de leader : c’est ce qui fait sa force. En
Serbie, la police ne comprenait pas que nous puissions nous passer de
leader ; notre structure les rendait fous
».

La Russie, BRIC européen dans un monde asiatique?

L’article original a été publié sur  Ria-Novosti 
*
Les BRICS sont un groupe de cinq pays (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) considérés comme les grandes puissances émergentes d’aujourd’hui, et les géants de demain. L’acronyme BRICS est apparu en 2011, quand l’Afrique du Sud a rejoint le groupe BRIC. Le terme BRIC était apparu en 2001 dans un rapport tendant à démontrer que l’économie  des pays de ce groupe  allait rapidement se développer et que le PIB total des BRIC devrait égaler en 2040 celui du G6 (États-Unis, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France et Italie).


Ce rapport de 2001 n’a pas été contredit par les faits. Les BRICS sont respectivement les neuvième, sixième, quatrième, deuxième et vingt-cinquième puissances économiques mondiales et comptent déjà pour 40% de la population mondiale. En 2015, ils assureront sans doute 61% de la croissance mondiale selon le FMI et leur part dans l’économie mondiale ne cesse d’augmenter. Ce groupe  de pays représentait 16% du PIB mondial en 2001, 27% en 2011 et d’après des estimations récentes,  ce sera près de 40% en 2025. Les BRICS pourraient à eux seuls compter par exemple pour 70% de la croissance du marché  automobile mondial pour la prochaine décennie.
Les BRICS ont contribué à plus d’un tiers de la croissance du PIB mondial dans la dernière décennie. Ce siècle devrait être celui des BRICS puisque d’après la Banque mondiale, la Chine pourrait devenir la première puissance économique de la planète en dépassant les États-Unis dès 2020. Pour Goldman Sachs, l’Inde pourrait également dépasser les Etats-Unis au milieu du siècle. Le centre de gravité du monde de 2050 serait donc en Asie, les deux premières puissances économiques mondiales étant aussi les deux pays les plus peuplés de la planète. Par comparaison, les USA représentaient 42% du PIB mondial en 1960, ce chiffre est descendu à 26% en 2012, et encore moins (19%) pour le chiffre “à parité de pouvoir d’achat”. Pour autant, les pays du groupe BRICS apparaissent comme dispersés géographiquement et très différents. Ils n’ont jamais été alliés ni sur le plan économique ni sur le plan politique dans le passé. La Russie parait tirer sa force de ses ressources énergétiques, le Brésil devient le champion agricole de la planète, la Chine est déjà l’atelier du monde et elle est devenue le premier producteur mondial d’or. De plus les organisations politiques de ces pays sont assez différentes. Ces grandes différences économiques et politiques ne doivent cependant pas faire oublier les points communs qui existent: Des taux de croissance élevés, une dynamique d’industrialisation et un important marché intérieur non saturé. De plus, à l’exception de la Russie, ce sont des pays qui ont une réserve de main d’œuvre inemployée importante.

La progression du volume des échanges intra-BRICS montre bien à la fois la complémentarité des pays du groupe et leur croissance économique. Le volume de ces échanges intra-BRICS est passé de 15 milliards à 158 milliards de dollars entre 2000 et 2008, et pourrait atteindre 1.000 milliards de dollars en 2030.

Sur le plan intérieur, à l’exception de l’Afrique du Sud qui connait des difficultés,  on assiste dans les pays du groupe BRICS à une extension rapide de la classe moyenne. On estime aujourd’hui qu’en Russie 25% des habitants peuvent être comptabilisés comme appartenant à la classe moyenne soit 35 millions de personnes contre 20% au brésil (40 millions de personnes) ou 13% en Chine (160 million de personnes) et 5% en Inde (65 million de personnes). En Asie toujours, l’Indonésie ne compte plus ses projets d’infrastructures: routes, nouvel aéroport, et surtout chemin de fer bientôt construit par les chinois. Avec sa classe moyenne comptant désormais 30 millions de personnes (sur 240 millions d’habitants), l’Indonésie talonne les BRICS et s’est même payé le luxe d’un relèvement de sa note par les agences de notation. On devrait donc à ce titre très prochainement parler des BRIICS. Dans le domaine géopolitique, la puissance économique croissante des pays du groupe BRICS renforce leur influence, et favorise la naissance d’un monde multipolaire. Bien que ce groupe de pays ne forme aucune alliance militaire, des positions communes apparaissent, sur divers problèmes internationaux. Réunis en chine en avril 2011 les BRICS ont décidé par exemple de s’orienter vers des échanges bilatéraux sans passer par le dollar américain. On peut donc parler non seulement d’une interdépendance mais aussi d’une coordination entre émergents. Réunis à Moscou en novembre 2011, les vice-ministres des affaires étrangères du groupe BRICS se sont prononcés contre l’ingérence des forces étrangères dans les affaires internes des pays du Moyen-Orient. Une position semblable était apparue au moment de l’intervention franco-anglaise en Lybie. Pendant la dernière réunion du G20 en France à Cannes enfin, les pays BRICS se sont retrouvés en position de force, avec leurs réserves de change importantes, en position de demander aux pays de l’Union Européenne et aux USA un peu plus de rigueur budgétaire. Par ailleurs, le groupe BRICS exerce déjà des pressions pour que sa représentation dans diverses instances internationales comme le FMI, soit renforcée. L’idée que le patron du FMI ne soit plus forcément un européen est dans l’air. Du côté desinvestisseurs, ces marchés émergents suscitent toujours l’intérêt. Au terme d’une étude récente effectuée par Accenture, il apparaît que pour 80% des chefs d’entreprises, interrogés dans 85 pays, la priorité en matière de croissance repose sur les économies émergentes.

Enfin il est à noter que les BRICS sont tous éloignés, à des degrés divers, du modèle d’état nation homogène traditionnel tel qu’on le connaît en Europe de l’ouest par exemple. La Russie comprend plus de 100 peuples et nationalités, l’Afrique du sud a 11 langues officielles, la Chine reconnaît 56 nationalités différentes et l’Inde reconnaît 23 langues. La culture brésilienne, lusophone, parait plus homogène, mais la population provient de multiples immigrations, d’Europe, d’Afrique et du moyen orient. Enfin 3 des BRIC (Inde, Chine, Russie) ont une forte
composante musulmane de souche. Cet aspect pluriculturel et multiconfessionnel des BRICS ne parait pas gêner leur croissance économique.

Et si ce modèle partagé par les BRICS était le modèle d’avenir des nouveaux regroupements civilisationnels?

Poutine de 2010 a 2012

Décidément, après le candidat Ziouganovski, désormais on apprend du Figaro qu’il n’y avait pas de neige a Moscou il y a 15 jours (soit le 07 février 2012), et qu’on circulait en costume sans vestes… 
Problème évident puisque comme prouve ci dessous la photo date de… Juin 2010
*

Articles liés: 

Censure occidentale?
Mainstream médiatique et 04 février
La presse française et les titres orignaux
Mediasmensonges, les émigrants fantômes
“Le Figaro” et Vladimir Poutine
“Le Monde” et la Russie
Le climat des affaires en Russie
Des critiques malgré les bombes
La leçon des attentats

La démographie russe de 1991 à 2012

L’article original a été publié sur  Ria-Novosti 

*

 En décembre 2010 j’ai publié une tribune intitulée La démographie russe, objet de tous les fantasmes. Dans cette tribune, je rappelais comment l’effondrement politique, économique et institutionnel qui a suivi la disparition de l’URSS avait contribué au déclenchement d’un désastre sanitaire et démographique en Russie. De 1991 à 1999, en conséquence de l’effondrement de l’économie russe, l’état sanitaire de la population s’est considérablement détérioré et l’espérance de vie s’est écroulée.

Année     Naissances         Décès           Solde
1991     1.794.626            1.690.657       +103.969
1992     1.587.644            1.807.441       -219.797
1993     1.378.983            2.129.339       -750.356
1994     1.408.159            2.301.366        -893.207
1995     1.363.806            2.203.811        -840.005
1996     1.304.638            2.082.249        -777.611
1997     1.259.943            2.015.779        -755.836
1998     1.283.292            1.988.744        -705.452
1999    1.214.689            2.144.316        -929.627

Entre 2000 et 2005, la natalité a connu une reprise notable, sans doute grâce à  l’amélioration des conditions économiques globales, mais la mortalité a encore augmenté,  entraînant ainsi durant ces 6 années une incroyable chute de population de 5.363.668 habitants, soit 893.944 par an en moyenne. En janvier 2006, la population russe n’était plus que de 142,2 millions d’habitants, contre 148,3 millions en 1990.

Année    Naissances        Décès             Solde
2000      1.266.800       2.225.332        -958.532
2001      1.311.604        2.254.856       -943.252
2002      1.397.000        2.332.300       -935.300
2003      1.483.200        2.370.300       -887.100
2004      1.502.477        2.295.402       -792.925
2005     1.457.376         2.303.935        -846.559

En 2005 l’État russe a lancé un new-deal démographique confié à Dimitri Medvedev, alors vice-premier ministre en charge des projets nationaux et prioritaires. Destiné à relancer la natalité et faire baisser la mortalité, ce plan social a eu des effets complémentaires à la hausse continue du niveau de vie, de 2005 à 2009. La remise en état du système sanitaire du pays et les aides financières aux familles ont eu des résultats spectaculaires. Finalement, en l’espace de 12 ans, de 1999 à 2011, la mortalité a fortement baissé et le nombre annuel de naissances a
augmenté de plus de 40%.

Année        Naissances        Décès            Solde
2005         1.457.376            2.303.935       -846.559
2006         1.479.637            2.166.703       -687.066
2007         1.610.100            2.080.400      -470.300
2008        1.717.500             2.081.000       -363.500
2009        1.764.000            2.010.500       -246.500
2010        1.789.600             2.031.000     -241.400
2011        1.793.828             1.925.036       -131.208

En tenant compte des soldes migratoires, légèrement positifs, en 2009, pour la première fois depuis 1991, la population russe a augmenté de près de 50.000 habitants. En 2010 elle a légèrement baissé (environ 50.000 personnes) mais en 2011, la popilation a finalement augmenté de 160.000 habitants. L’année 2011 est également celle qui a vu le plus de naissances depuis 1991, avec 1.793.828 naissances, et pour la première fois depuis 1992 il y a eu moins de 2 millions de décès dans le pays. Cette année 2011 présente enfin une particularité intéressante puisque les chiffres du deuxième semestre (naissances contre décès) sont nettement meilleurs que ceux du premier semestre. Sur les 6 derniers mois de l’année, le solde naturel (hors immigration) est positif: il y a eu 951.249 naissances et 943.617 décès, soit un solde positif de 7.632. Le mois d’août 2011 a même vu un record de naissances (173.166) et la moyenne des 5 autres mois du semestre est supérieure à 150.000.

Si cette tendance se confirme l’année prochaine, le nombre de naissances en Russie pourrait flirter avec les 1,8 millions et le nombre de décès devrait lui continuer à diminuer, passant sous la barre des 1,9 millions. Le solde naturel négatif pour l’année 2012 pourrait ainsi être inférieur à 100.000. Le solde migratoire, pour sa part, devrait être encore une fois positif, étant donné les besoins de main d’œuvre de l’économie russe et la population russe devrait donc de nouveau augmenter en 2012. Pour les lecteurs qui s’intéressentaux liens entre économie et démographie: Une étude plus détaillée à été publiée en France par l’IRIS (Observatoire du monde post-soviétique) en septembre 2011, sous le titre: déclin démographique russe, la solution sera dans la croissance.

Enfin il faut noter que les prévisions démographiques russes existantes envisagent 3 scénarios démographiques (bas, moyen, haut) qui mènent en 2030 à une population comprise entre 128 et 144 millions. Dans sa version la plus optimiste, le scénario démographique prévoyait que lapopulation russe atteindrait 143 millions d’habitants seulement début 2015. Or ce seuil démographique a été déjà atteint le 01 janvier 2012. La baisse de population que la Russie devrait théoriquement connaître pendant la décennie suivante pourrait donc vraisemblablement être bien plus faible que prévu. On peut même imaginer que la population russe augmentera sensiblement d’ici à 2030.

****
Suite a cet article, Thomas a créé ces graphiques via les chiffres fournis par Rosstat, permettant de constater les évolutions démographiques de façon plus visuelle.