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La situation démographique de fevrier 2012 en Russie

Les chiffres démographiques russes pour la période de janvier / février 2012
sont disponibles. 

Il y a eu 294.300 naissances en janvier et février 2012 VS 266.547 naissances pour les deux premiers mois de 2011. 
Le nombre de décès est lui légèrement inférieur, 324.200 décès en janvier/février 2012, contre 325.550 décès en janvier/février 2011.

La population a donc baissé de 29.900 habitants sur les deux premiers mois de 2012, contre une baisse de 59.003 habitants pour les deux premiers mois de 2011.

De bon augure pour 2012?

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Je rajoute le commentaire d’Anatoly Karlin a ce sujet :

Sur les deux premiers mois de 2012 en comparaison aux premiers mois de 2011, la mortalité a baissé  de 0.4%. Sur la même période la natalité a augmenté de  10.4%, et ce bien que le nombre de femmes en âge de procréer ait commencé à diminuer cette année..  

Bien sur 2 mois sont trop courts pour une projection fiable mais si la tendance se maintient sans événements imprévisibles extérieurs (force majeure type canicule) alors on peut penser que l’espérance de vie augmentera cette année a 71 ans (contre 70 ans en 2011, ce qui équivalait déjà au record atteint sous l’union soviétique).

Le taux de fertilité lui “pourrait” flirter avec les 1,75 – 1,80 enfants / femme, contre 1.60 en 2011 (a comparer avec 1,91 a la fin de l’URSS et 1,19 en 2000).

Election présidentielle: Petite analyse des votes russes à l’étranger

Русскую версию можно прочитать здесь
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Ci et là sur le net ont circulé beaucoup d’informations et d’interprétations plus ou moins exactes sur les votes en Russie et à l’étranger. Une corrélation intéressante a également été faite entre le prix au mètre carré des logements, quartier par quartier (dans l’agglomération de Moscou), et les votes pour les candidats Prokhorov et Poutine. Plus le prix du mètre carré augmente et plus le vote pour Michael Prokhorov est important, comme on peut le voir sur ce schéma. Pourtant bien loin de ce qui a été écrit, Prokhorov n’est pas le “candidat des riches de Moscou ” car finalement même lorsque le mètre carré dépasse les 6 ou 7.000 euros, c’est Vladimir Poutine qui est en tête, avec une avance de 8 à 12%. Si le milliardaire Prokhorov n’a obtenu que 8% à l’échelle fédérale (ce qui est déjà beaucoup pour une première campagne politique), il en va autrement à l’étranger. Michael Prokhorov a visiblement beaucoup plus séduit les russes de l’étranger, fussent-ils pauvres, que les russes de Russie, fussent-ils riches. Dans nombre de pays il est même en tête devant Vladimir Poutine.

Pourtant, les votes des russes de l’étranger ne sont absolument pas homogènes, et pour répondre à la curiosité de certains lecteurs à propos de ces votes hors de Russi e, voila quelques informations intéressantes qui sont un bon sujet de réflexion.

Au sein des pays de l’union Européenne, Vladimir Poutine est en tête devant Michael Prokhorov en Hongrie (49.9%, contre 27.9%), en Pologne(48.5% contre 30.2%), en Italie (48.3% contre 32.1%), en Finlande (44.0% contre 36.2%), en Espagne (40.8% contre 37.0%) et en Suède (37.0% contre 36.5%). Michael Prokhorov s’impose par contre en France (41.2% contre 31.3%), En république Tchèque (43.4% contre 36.0%), En Australie (43.5% contre 33.1%), au Canada (43.8% contre 36.2%), En Suisse (44.8% contre 32.0%), et en Hollande (46.4% contre 27.8%). Dans le monde orthodoxe Vladimir Poutine l’emporte largement, obtenant 84,1% en Grèce, 81,6% en Macédoine, 69% en Roumanie, 68% en Serbie et 56,8% à Chypre.

Au Japon, Vladimir Poutine s’impose de justesse avec 38.2% contre 36.2% pour Michael Prokhorov. Idem en Israël ou Vladimir Poutine obtient 48.1%, contre 38.8% pour son adversaire. Par contre en Amérique Michael Prokhorov obtient 52.4%, contre “seulement” 30.0% pour son adversaire. A noter que dans le bureau de vote de Palo Alto, 69,33% des russes ont voté pour Michael Prokhorov et 16,21% pour Vladimir Poutine (!). Même schéma en Angleterre (58.0% contre 28.1%). En Turquie par contre Vladimir Poutine obtient 63.3% contre 21,75% pour Michael Prokhorov.

Autre cas intéressant : Le vote dans les pays de l’union douanière. Vladimir Poutine obtient 77.5% au Kazakhstan, et 66.4% en Biélorussie. Dans ces pays, Michael Prokhorov obtient respectivement 7, 94% et 15,16%. Vladimir Poutine 76.1% en Ukraine, Michael Prokhorov 8,89%. A noter que dans ces trois pays le score du candidat communiste Guennadi Ziouganov est respectivement de 8,18%, 11,8% et 8%. Etonnant aussi, les scores de Poutine sont les plus bas en Biélorussie alors qu’ils sont très hauts (à un niveau identique) en Ukraine et au Kazakhstan.Dans les BRICS, Vladimir Poutine est en tête avec 40,7% en Chine, 45,1% au Brésil et 46,2% en Inde et 43.1% en Afrique du sud. Dans ces pays Michael Prokhorov est chaque fois second avec respectivement 34.3%, 28.4%, 24.5% et 28,81%. Seconde surprise, les russes qui habitent dans les BRICS n’ont donc pas plébiscité Vladimir Poutine, et ont relativement fortement voté pour Michael Prokhorov.

L’Asie est également partagée, en Indonésie Vladimir Poutine obtient 41.3%, et Michael Prokhorov 39.4%. En Malaisie 35.2% contre 32.6%. En Corée du sud 40.66% contre 34,28%. En Thaïlande Michael Prokhorov s’impose avec 39.7% contre 38.3% pour Vladimir Poutine. Idem à Singapour ou le jeune milliardaire caracole en tête avec 48.8%.

Dans le monde arabe Vladimir Poutine est en tête avec par exemple 69,1% en Algérie et 75,38% au Yémen. A Bahreïn le président Poutine obtient 54,29% (Michael Prokhorov atteint tout de même 22,86%). Aux Émirats arabes unis, Vladimir Poutine obtient 47.67%, contre 35,76% pour Michael Prokhorov. Enfin au Qatar Vladimir Poutine obtient 59,7 contre 22,39% pour Michael Prokhorov. A noter qu’en Syrie Vladimir Poutine obtient 81,05%, en Irak 52,69%, en Libye 71,93% et en Jordanie 75,47%. Dans les pays arabes considérés comme des alliés de la Russie les scores de Vladimir Poutine sont élevés. A contrario dans les pays considérés comme des alliés des Etats-Unis les scores du président sont plus bas, y a-t-il un lien de cause à effet?

Les russes d’Afrique ont eux largement voté pour Vladimir Poutine: 52,65% en Angola, 62,32% au Bénin, 62,07% au Burundi, 79,55% au Gabon, 86,52% au Congo ou 73,91% au Tchad.

En Amérique du sud les scores sont plus équilibrés, au Chili Vladimir Poutine obtient 50% (contre 23,37% pour Prokhorov), en Uruguay 51,25% (contre 20%), au Venezuela 51,09% (contre 23,62%), au Brésil 45,05% (contre 28,39%).

Quelques éléments de réflexions: Les plus hauts scores de Michael Prokhorov sont dans les pays suivants: en Angleterre 57,98%, aux Seychelles 52,69%, aux USA 52,41%, à Singapour 48,75%, au Monténégro 47,35%, en Hollande avec 46,35%, en Suisse avec 44,80%, à Monaco avec 44,32% ou encore au Canada avec 43,77%. Constatation intéressante, ces
votes sont élevés dans les pays du monde où le vote pour le parti libéral d’opposition Iabloko avait été élevé lors des élections législatives de décembre 2011.

Enfin le candidat de la gauche patriote Serguey Mironov a obtenu 10,13% en Islande et 11,67% au Cap-Vert, 11,48% au Costa Rica, 9,09% au Népal et 11,54% au Paraguay.
A contrario les scores les plus élevés de Vladimir Poutine sont dans des régions du monde soit plus pauvres, soit plus frontalières avec la Russie. Par exemple au Tadjikistan 92,58%, en Guinée Bissau 91,57%, en Abkhazie 91,08%, en Kirghizie 90,74%, en Ossétie du sud 90,39%, en Lettonie 89,05%, en Arménie 87,18%, ou de façon très surprenante au Congo avec 86,52%.

es plus hauts scores du candidat du parti communiste Guennadi Ziouganov ont été obtenus en Angola (20,61%), au Bangladesh (20%), A Brunei (19,75%) et en Irak (19,71%).
Les plus hauts scores du candidat du parti libéral-démocrate Vladimir Jirinovski ont été obtenus au Guatemala (11,86%), à Djibouti (10,41%), en Corée du nord (14,86%), en Tanzanie (12%) et au Ruanda (10.87%).

Enfin le candidat de la gauche patriote Serguey Mironov a obtenu 10,13% en Islande et 11,67% au Cap-Vert, 11,48% au Costa Rica, 9,09% au Népal et 11,54% au Paraguay.

Nul doute que ces votes des expatriés russes donneront lieu à de nombreuses analyses et réflexions d’experts.
Sources : SublimeOblivion, le blog de Kireev, Ria-Novosti.

Réflexions sur une opposition désunie

L’article original a été publié sur  Ria-Novosti
 
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Beaucoup de lecteurs francophones m’ont demandé, via Facebook, des précisions sur les liens entre les manifestations de rue des trois derniers mois, et celles qui ont suivi l’élection présidentielle. Deux questions reviennent souvent: “pour qui ont voté ces gens qui manifestent dans la rue” et “qui représente réellement l’opposition russe”.
 
Ces questions se posent d’autant plus que ces manifestations de l’opposition ont été réellement inattendues et qu’il a été très difficile d’y trouver une ligne politique dominante. On y a vu un très grand nombre de leaders politiques de diverses tendances, et une grande quantité de revendications différentes.
 
A la question “qui représente réellement l’opposition russe”, je pourrais répondre qu’il y a à la Douma (parlement russe) 226 députés de Russie Unie, 92 députés communistes, 64 de Russie Juste, et 56 du Parti libéral-démocrate de Russie. Mais bien sur, les questions portaient sur cette opposition qui manifeste dans la rue.  Enfin Jean m’a demandé “ce qu’il en était des arrestations lors du meeting d’opposition de lundi soir, le lendemain de l’élection”.
 

Assistait-on à un tour de vis du pouvoir russe, et à un viol total de la liberté de manifester que de pacifiques manifestants réclamaient, comme dans toutes les démocraties digne de ce nom?
 
Les gros titres de la presse Française, qui dénonçait une répression musclée du pouvoir pouvaient en effet le laisser penser.
 
Revenons sur ces trois mois de manifestations.
 
Lorsqu’au lendemain des élections législatives de décembre dernier des images de fraude se mettent à tourner en boucle sur les médias, une frange de la société civile mais également des représentants de partis politiques minoritaires décident d’appeler à la contestation des résultats des élections en demandant la démission du président de la commission électorale, l’annulation du scrutin et la tenue d’élections honnêtes.
 
Rapidement sur internet se mettent en place via les réseaux sociaux une galaxie de sites et de pages Facebook appelant à aller manifester. Ce Buzz ayant bien fonctionné, une première manifestation a alors lieu sur la place des marais le 10 décembre 2011, réunissant probablement 35 à 40.000 personnes. Cette manifestation rassemblait côte à côte des membres de la jeunesse dorée moscovite, ainsi que des dizaines de sous-groupuscules politiques non candidats à la représentation nationale: tant des nationalistes radicaux, des antifascistes, ainsi que des partis politiques libéraux mais également des communistes.
 
Un second meeting unitaire a eu lieu le 24 décembre sur l’avenue Sakharov, rassemblant 40 à 50.000 personnes, avec de nouveau cette hétéroclite et improbable coalition de mouvements politiques ou issus de la société civile, et de personnalités d’opposition ou issues du show-business. Fait intéressant que la presse n’a pas beaucoup relevé, ces deux manifestations se sontdéroulées sans incidents notables, si ce n’est à la fin du second meeting, quand des radicaux d’extrême droite ont tenté de monter sur la tribune de force. 
 
Enfin le 4 février un troisième  meeting unitaire, de nouveau sur la place des marais, rassemblait encore une fois entre 40 et 50.000 personnes.
 
Qui étaient ces gens qui ont bravé le froid pour aller manifester dans la bonne humeur? Les études sociologiques et les sondages réalisés depuis ont montré que le gros des manifestants était issu principalement de la classe moyenne-supérieure
moscovite, mécontente des résultats des élections et qui souhaitait faire entendre sa voix. Le problème de cette classe sociale éduquée, parfois occidentalisée, qui s’est enrichie pendant les 10 dernières années, c’est qu’elle ne s’est pas constituée en parti politique pour faire entendre sa voix, et qu’elle n’a pas de leader à qui faire
confiance.
 
Bien sur ces manifestations ont réuni de nombreux groupes politiques, des associations et des leaders historiques de l’opposition, que l’on pense à Boris Nemtsov, Gregory Iavlinskii ou Garry Kasparov. Pour eux il s’agissait de tenter de profiter des événements pour relancer leur popularité et s’imposer comme leaders de cette foule mécontente. Aucun d’eux ne s’est imposé, mais de nouvelles figures sont apparues, que l’on pense par exemple Michael Prokhorov, au blogueur nationaliste-libéral Alexey Navalny ou encore à l’extrémiste de gauche Serguey Udaltsov. Bien que faisant partie de tendances opposées sur l’échiquier politique, leur “anti-poutinisme” primaire leur a permis de faire temporairement alliance.
 
C’est probablement là que le bât blesse. Les membres de la  classe “moyenne-supérieure-moscovite” qui ont  manifesté depuis trois mois ont en général un niveau élevé d’aventures d’extrême droite ou d’extrême gauche, ni de réhabiliter des loosers d’une autre époque politique.
 
C’est sans doute pour cela que le gros des manifestants a sans doute préféré s’abstenir de participer aux élections présidentielles, ou a majoritairement choisi de soutenir Michael Prokhorov, jugé le candidat le plus moderne et le plus fiable à leurs yeux. Les résultats de la présidentielle ont montré que ce dernier, tenant d’une ligne politique plutôt libérale et pro-européenne a sans aucun  problème pu séduire une classe moyenne supérieure “européanisée” tout autant qu’un électorat qui souhaitait un vote anti-système constructif. Sans nul doute, c’est lui qui est le grand gagnant de la vague de contestation des trois derniers mois, vague de contestation qui se veut avant tout légaliste et politique.
 
Il conviendra de voir ce que Michael Prokhorov va maintenant faire, lui qui devrait dans les prochaines semaines créer un nouveau parti politique de droite sur l’échiquier russe.
 
Maintenant qu’en est-il des arrestations lors des dernières manifestations et pourquoi ont-elles rassemblé moins de manifestants? Contrairement a ce qu’a pu titrer une partie de la presse française, ce n’est pas la pseudo-répression
qui a fait faiblir la mobilisation mais bel et bien le fait que la grande majorité des manifestants de décembre 2011 ne se reconnaît  pas dans les leaders émergents extrémistes. Lors de l’avant dernière manifestation place Pouchkine lundi 5 mars, Michael Prokhorov a du reste été hué par les quelques milliers de manifestants présents. Lundi dernier, il n’est pas venu à la manifestation d’opposition sur l’avenue Arbat.
 
Ainsi, nulle surprise que ces manifestations n’aient pu rassembler respectivement que 10 et 8.000 manifestants.
 
Nulle surprise non plus que dans les deux cas, les manifestations aient tourné a l’affrontement avec les forces de l’ordre, leurs organisateurs ayant décidé de choisir la confrontation avec la police en refusant de quitter les lieux en fin de manifestation ou encore en choisissant délibérément de laisser des groupes nationalistes ou de radicaux d’extrême gauche marcher vers le kremlin.
 
Comme l’a parfaitement résumé l’analyste Xavier Moreau, à ce rythme, ces manifestations d’opposition pourraient devenir une attraction touristique originale pour le samedi après-midi à Moscou et la conclusion de tout cela pourrait tenir dans les deux mots que le nouveau président russe a adressés à ces mêmes groupuscules d’opposition le 7 mars dernier: “soyez sérieux”.

Interview sur Hoenheim.com

Stéphane Bouhris, auteur du blog Hoenheim.com, et conseiller municipal de l’UMP du Bas-Rhin m’a récemment interviewé sur les élections présidentielles en Russie.
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Question 1: Vladimir Poutine gagne les élections haut la main. Pourtant vu de
France, les médias ont un temps laissé entendre que le scrutin serait plus serré. 45 % d’avance sépare Poutine de son opposant communiste. Vu de Russie, cela surprend-t-il l’observateur que vous êtes ?

Non il n’y a aucune surprise et il était évident que Vladimir Poutine allait largement l’emporter.

Finalement, le dérangement créé par les « manifestations » a incité la majorité silencieuse à se déplacer pour aller voter et soutenir Vladimir Poutine. Il faut bien comprendre que les manifestations, qui ont ommencé par être des manifestations pour des élections honnêtes, ont été récupérées politiquement pour devenir des manifestations anti-Poutine. Or ce n’est pas l’opinion de la majorité du peuple russe et ca ne constitue pas un
programme politique. La crainte d’une déstabilisation (extérieure ou intérieure) a finalement été totalement rejetée par la majorité des électeurs. Fondamentalement il faut bien comprendre que la décennie Poutine à permis le redressement du pays et que les russes en sont conscients. L’absence totale d’opposants « crédibles » est évidemment
aussi un avantage pour Vladimir Poutine et est une particularité russe: c’était le cas sous la décennie Eltsine (1990-1999), et c’est donc aussi le cas sous la décennie Poutine (2000-2012). Cette absence d’opposant crédible explique pourquoi Vladimir Poutine a obtenu 45% de plus que son premier concurrent, le communiste Guennadi Ziouganov.

Question 2:
La plupart des médias français évoquent des fraudes et présentent le régime russe comme peu démocratique et corrompue. Quel est votre analyse ?

Paradoxalement les dernières échéances électorales russes ont sans doute été les plus justes de la jeune histoire russe. Il est évident que des fraudes ont eu lieu, et ce pour des raisons systémiques (taille du pays…), mais le niveau de fraudes a été sans aucun doute inférieur a 5% lors des dernières élections législatives et présidentielles. Les observateurs de la CEI, de l’Organisation de Shanghai
ou encore des observateurs indépendants ont déclaré que le scrutin s’était déroulé normalement et que l’élection était « conforme », proposant même d’instaurer le système de surveillance souhaité par Vladimir Poutine (96.000 bureaux de vite filmés par 91.000 webcaméras) pour les élections au parlement européen.
Quand a la corruption, il faut remettre les choses dans une perspective historique. Dans les années 90 la corruption était systématique et généralisée. Lors de la reprise en main des affaires par Vladimir Poutine en 2000, sa première tache a été de reconstruire l’autorité de l’état et de reconstruire un cadre légal. Cette reprise en main de l’état est à ce jour bien avancée et la corruption (fléau historique et culturel russe) est déjà fortement
endiguée par rapport a la décennie précédente. Elle concerne surtout maintenant la sphère publique, on peut donc dire qu’elle a été « civilisée ». L’état a entamé dans ce domaine une lutte qui sera de toute façon très longue et difficile.

Question 3: Pour Vladimir Poutine, comme pour le général de Gaulle, le politique doit primer sur l’économique. La Russie est redevenue une grande puissance pétrolière et se modernise. Peut-on légitimer aujourd’hui l’image de Poutine comme un de Gaulle russe ?

C’est mon opinion et ca semble se confirmer au vu des derniers événements, puisque Vladimir Poutine vient d’annoncer qu’il se plaçait au dessus des partis et également qu’il était déjà prêt a accueillir des hommes d’autres partis et tendances (comme le milliardaire Michael Prokhorov) dans son ministère. On peut imaginer que cela se rapproche de l’idée du « gouvernement d’union nationale » que le Général de Gaulle défendait. Récemment le Figaro a publié un article sur les français qui soutiennent Poutine et justement présentaient leur vision de Vladimir Poutine comme un de Gaulle russe. Les deux hommes ont en effet il est vrai nombre de points communs et d’objectifs pour le redressement de leurs pays : souveraineté politique et militaire, indépendance, développement national, retour des valeurs et le fait de souhaiter se placer au dessus des partis.
Question 4:

Pour certains, l’idée d’un axe Paris, Berlin, Moscou reste un « idéal » pour conforter l’Européanité continentale. Mais qu’en est-il vu de Moscou ?

Oui je suis assez d’accord avec cette analyse. A l’ouest de l’Europe l’axe Paris-Berlin-Moscou est la solution par défaut pour la majorité des élites politiques européennes en manque d’idées. Je pense que ca va donc dans le bon sens, même si c’est surtout par la force des choses plus que par conviction. La France et je m’en réjouis est d’ailleurs en avance sur ce projet d’union euro-russe. Par exemple Jean-Pierre Thomas,
chargé de la mission auprès du président de la République Nicolas Sarkozy, devrait prochainement fournir un rapport plaisant la création d’une « zone de libre échange euro-russe ». Il s’agit potentiellement d’un immense bouleversement géopolitique qu’il faudra activement soutenir.
De Moscou l’axe Moscou-Berlin-Paris est
considéré comme une réalité civilisationnelle et culturelle. A ce titre les autorités russes n’ont cessé de rappeler l’appartenance de la Russie a la civilisation européenne.  Il y a une volonté de la rapprocher la Russie de l’Europe, au sens civilisationnel et politique même si les politiques russes jugent une partie de l’élite politique européenne très (trop) pro-américaine, avec par exemple ce projet de bouclier anti-missiles aux frontières russes. Les russes attendent sans doute des européens qu’ils s’émancipent de la tutelle américaine.
v

Question 5:
Les analystes et journalistes français semblent systématiquement passer à côté de la réalité du peuple russe. Comment le pouvoir russe prend-t-il cela ?

Pendant que les experts et journalistes français continuent de dénoncer la Russie sur des sujets comme les droits de l’homme, les sociétés françaises en Russie sont de plus en plus nombreuses et les échanges russo-français continuent d’augmenter. En 2011, ils ont progresse de 25,2% pour se chiffrer à 28,1 milliards de dollars. Les exportations russes vers la France ont cru de 19,6% à 14,8 milliard de dollars et les importations se sont envolées à 32,2%, à
13,3 milliards de dollars.
Les analystes et journalistes français ont malheureusement trop souvent une vision erronée et négative des événements qui surviennent dans la Russie d’aujourd’hui. Globalement ils appliquent une grille de pensée franco-française, beaucoup trop idéologique et pas assez pragmatique. De ce fait lorsqu’on lit la presse française il faut être méfiant car le ton est généralement loin des réalités, mais partisan et souvent hostile au pouvoir actuel russe. Mais comme on dit : « les chiens aboient, la caravane passe ».

Trouver la personne (par Ilya Komov)

Aujourd’hui j’ai eu le grand privilège d’être reçu dans l’atelier du peintre russe Ilya Komov. Ilya Komov est un artiste peintre contemporain, né à Moscou en 1965 et qui a  terminé l’école artistique de Moscou (1982) ainsi que l’Institut Académique d’État des Beaux-Arts à Moscou (1989). 
 
Ilya travaille actuellement sur un projet intitulé “trouver la personne“. Le but du projet est de réunir les personnalités les plus positives et les plus marquantes de France et de Russie et qui définissent la perspective de l’époque, pour les rassembler en une série unique de peintures.
 
Il s’agit de dégager l’essence interne, spirituelle de chaque personnage ainsi que leur parenté d’âme (…)  Le projet réunit les portraits d’artistes, de politiques, d’écrivains des deux pays. Mais ce sont seulement des personnages qui, de l’avis subjectif de l’auteur, sont de vrais leaders de l’époque qu’ils soient actifs de nos jours ou qu’ils aient exercé une  influence dans le passé.
 
La série comprend déjà les portraits de Michel Galabru, Jean-Laurent Cochet, Julie Ferrier, Brigitte Auber, Arnaud Denis, et donc désormais d’Alexandre 🙂 ..
 
On a fait deux sessions, puis j’ai meme été exposé en galerie sur Moscou 🙂
 

Poutine jusqu’en 2018

L’article original a été publié sur  Ria-Novosti 
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Le 04 mars 2012, le peuple russe a voté et n’en déplaise à certains, il a  voté massivement pour que Vladimir Poutine dirige la Russie jusqu’à
2018. Après le dépouillement de 99,3% des bulletins, Vladimir Poutine arrive en tête du scrutin avec 63,6% des suffrages, suivi par Guennady
Ziouganov (17,19%) et Mikaël Prokhorov (7,98%). Vladimir Jirinovski obtient 6.22% et Serguey Mironov 3,85%. Le taux de participation s’est établi à 65%.

Le résultat de cette élection est simplement une confirmation de ce que tous les analystes lucides et sincères avaient prévu, à savoir un Vladimir Poutine obtenant entre 50 et 65% au premier tour. En effet, tous les instituts de sondages le donnaient gagnant au 1ier tour. Ce vote est aussi un événement géopolitique d’une portée qui échappe encore sans doute à la très grande majorité des commentateurs. L’élection de Vladimir Poutine pour un troisième mandat, qui est incompréhensible à travers le prisme médiatique français, s’inscrit pourtant dans une séquence historique russe parfaitement cohérente.

En mars 2000 lorsque Vladimir Poutine est élu avec un peu plus de 50% des voix, le pays est ravagé par une décennie postsoviétique “eltsinienne”, et il sort d’une crise économique majeure. Propulsée par le système Eltsine, l’élection de Vladimir Poutine par la population russe se fait principalement par défaut. Inconnu, ce dernier apparaît cependant très rapidement comme un homme à poigne et son style sec et autoritaire est perçu positivement par la population russe. Vladimir Poutine apparaît dès le début des années 2000 comme une sorte de sauveur, qui restaure l’ordre public. Sa seconde élection en 2004 avec près de 70% des voix au premier tour sera un plébiscite. Le deuxième mandat de Vladimir Poutine sera une période de redressement économique incontestable pour la Russie.

Lorsqu’il cède la place à Dimitri Medvedev en 2008, l’autorité de l’état a été totalement  établie, et un parti de gouvernement a été créé. En pleine embellie économique, Dimitri Medvedev est élu président en mars 2008 avec 72% des voix. Malheureusement, la crise financière mondiale frappe la Russie, ainsi qu’une nouvelle guerre dans le Caucase. La présidence Medvedev souffre en 2009 des conséquences sociales de la crise et des difficultés à moderniser le pays aussi rapidement que souhaité. La pression internationale se fait également plus forte et durant la dernière année de son mandat, la diplomatie russe est malmenée en Libye ou en Europe (bouclier antimissile) et finalement la politique extérieure de Medvedev est critiquée en Russie.

Après les élections parlementaires de décembre dernier, de grosses manifestations d’opposition ont lieu dans les grandes villes du pays, faisant penser à certains commentateurs étrangers que la Russie commençait à se révolter contre le “système Poutine”. D’autres, au contraire, ont vu  dans ces manifestations un embryon de déstabilisation orchestrée de l’extérieur, sur le modèle des révolutions de couleurs. De nombreux indices ont pu laisser penser que ce dernier scénario était plausible.

Paradoxalement, c’est ce risque de révolution de couleur qui a unifié l’opinion publique et grandement contribué au score très élevé de Vladimir Poutine. L’analyste Jean-Robert Raviot, a parfaitement défini ce phénomène en définissant 3 Russies. D’abord, la plus médiatisée car occidentalisée, celle des “Moscobourgeois”, ces bourgeois métropolitains baptisés “classe moyenne” par les commentateurs. Ensuite la Russie
provinciale et périurbaine, très majoritaire, patriote et fragilisée par la crise, socle de la majorité favorable à Vladimir Poutine et enfin la Russie des périphéries non-russes contrôlées par des ethnocraties alliées au Kremlin et dans lesquelles les votes sont assez homogènes, en faveur du pouvoir central. En effet, Moscou et Saint-Pétersbourg sont les seules villes dans lesquelles les résultats, pris isolément, auraient pu déboucher sur un deuxième tour entre Poutine et Prokhorov. Mais si cette Russie riche, urbanisée et européanisée des grandes villes a moins voté Poutine que le reste du pays, elle reste très minoritaire. A l’inverse, la Russie des petites et moyennes villes, voire des campagnes, est beaucoup plus conservatrice et populaire. En votant massivement pour Vladimir Poutine, elle a montré son inquiétude face à de possibles bouleversements. Depuis le début des années 2000, la Russie poursuit son redressement, et les désordres de la première décennie qui a suivi la disparition de l’URSS ont profondément marqué les esprits. Le peuple russe a donc fait bloc derrière Vladimir Poutine, refusant toute ingérence extérieure et souhaitant que la politique entamée il y a maintenant 12 ans soit poursuivie.

Le score stable de Guennadi Ziouganov, le candidat du parti communiste, indique que le parti a fait le plein et que 4 ou 5% de ses électeurs de décembre dernier (le parti communiste avait atteint 19% aux législatives en bénéficiant de son statut de principal concurrent a Poutine et du vote anti-Poutine) se sont cette fois reporté sur Michael Prokhorov. Ce dernier a sans doute canalisé la majorité des votes des manifestants contestataires des derniers mois. Il recueille en effet 20% à Moscou et 15,5% à Saint-Pétersbourg. Le faible score de Vladimir Jirinovski est sans doute à mettre en rapport avec le score élevé de Vladimir Poutine, beaucoup d’électeurs LDPR ayant sans doute voté Poutine au premier tour. Сe faible score du LDPR semble annoncer le déclin de ce parti que l’on imagine mal survivre sans son charismatique leader. Enfin l’échec cuisant du candidat Mironov (3,46%) alors que son parti avait obtenu un score très élevé aux législatives, montre que fondamentalement les électeurs russes refusent tout candidat trop social-démocrate.

Bien sur de nombreux commentateurs étrangers écriront dans les jours qui viennent (pour nier ce soutien populaire qu’ils ne peuvent visiblement ni admettre ni comprendre) que les élections ont été truquées et que de nombreuses fraudes en faveur de Vladimir Poutine ont été recensées. Pourtant, comme lors des législatives, la grande majorité de ces accusations de fraude vont s’avérer infondées, le nombre de cas de fraudes réelles ne devant pas dépasser environ 300, contre 437 formelles lors des législatives de décembre dernier, pourtant si critiquées.

Les observateurs de la CEI, de l’Organisation de Shanghai ou encore des observateurs indépendants ont pourtant déclaré que le scrutin s’était déroulé normalement et que l’élection était conforme, proposant même d’instaurer le système de surveillance voulu par Vladimir Poutine (96.000 bureaux de vote filmés par 91.000 webcaméras) pour les élections au parlement européen. A ce titre, si Michael Prokhorov est arrivé en tête en France et en Angleterre, les russes d’Allemagne et d’Espagne ont eux majoritairement voté pour Vladimir Poutine. Ce alors qu’en Allemagne Russie-Unie avait obtenu un mauvais score en Allemagne aux législatives, se retrouvant derrière le parti libéral Iabloko.

Que va-t-il se passer désormais? L’opposition a annoncé qu’elle allait continuer à manifester, comme elle l’a fait déjà lundi dernier, au lendemain des résultats. Mais la manifestation n’a rassemblé que 10.000 personnes, et le climat semble déjà avoir changé. Michael Prokhorov, tout comme Boris Nemtsov ont été copieusement sifflés pendant cette manifestation, et Alexey Navalny et Serguey Udaltsov (respectivement nationaliste/libéral et d’extrême gauche, mais alliés contre Poutine) ont été au contraire ovationnés. En fin de manifestation, en refusant de quitter les lieux et en appelant à occuper la place, ce sont eux qui ont provoqué l’interpellation des 300 ou 400 irréductibles qui les accompagnaient, pour le plus grand plaisir des caméras étrangères. Plus tard c’est un groupe d’une centaine d’ultranationalistes qui a tenté de marcher sur le Kremlin, avant que la police ne les interpelle également. On peut donc se demander si l’opposition légale ne s’est pas cristallisée autour de Michael Prokhorov et si finalement la frange la plus radicale et non  politique de cette opposition si disparate, ne va pas chercher à créer des troubles, en refusant de reconnaître une élection que personne dans le monde ne conteste déjà plus.

Sociologie des votes Poutine et Jirinovski a Moscou

Comparatif des votes (a Moscou) pour Vladimir Poutine et Vladimir Jirinovski aux élections présidentielles du 4 mars dernier. Plus c’est vert fonce, plus le vote pour Jirinovski est élevé 🙂
Comparer avec la seconde carte et le vote Poutine, plus c’est orange foncé et plus le vote pour Poutine est élevé.
Comme on peut le voir, la répartition est très similaire. Cela explique en grande partie (a mon humble avis) que de nombreux électeurs du LDPR ont voté pour Poutine au premier tour, lui donnant ces 5 ou 6% supplémentaires. Il est plus simple alors de replacer dans le contexte mes prévisions électorales et les résultats finaux. Sans ce report pour éviter un 2d tour, Poutine aurait sans doute obtenu non pas 62 mais 55% et Jirinovski non pas 6 mais 12%.

Les minorités Tcherkesses

L’article original a été publié sur  Ria-Novosti 
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Dans une précédente tribune  j’ai décrit le “grand jeu Anglo-américaine au 19°siècle”, cette confrontation qui a eu lieu en Asie centrale mais également dans le Caucase au fur et à mesure que la Russie agrandissait son territoire dans ces deux zones clefs. L’Angleterre avait bien compris l’importance et la menace pour elle des récentes conquêtes russes aux dépens de l’empire Ottoman dans la région du Caucase. Ces avancées de la Russie lui ouvraient en effet l’accès à la mer noire et à la méditerranée, aux détroits, et à une position géostratégique renforcée dans toute la zone. En 1859, l’armée russe bat les Tchétchènes et les Ingouches (pendant la bataille contre Imam Shamil). Puis en 1864, les russes battent les Adyguéens, ce peuple  du nord-ouest du Caucase, qui vit dans les régions de l’Adyguée et de la Karatchaiévo-Tcherkessie.


Puissance mondiale dominante à cette époque, l’Angleterre a donc tenté de déstabiliser la Russie de diverses manières, notamment par des livraisons d’armes dans le Caucase ou par la création de comités Tchétchènes et Tcherkesses lors du congrès de Paris, après la guerre de Crimée. On peut citer aussi l’intervention de David Urquhart, mi-homme d’affaires mi-espion, qui, dans les années 1830, encourage les Tcherkesses à créer leur propre État. Ce Lawrence du Caucase publiera même une “Déclaration d’indépendance des peuples circassiens”, autre nom des Tcherkesses, et leur fournira un drapeau national.

Le but était déjà clair: créer et soutenir un front caucasien pour repousser et éloigner l’empire russe (puissance continentale) des mers et du Caucase. De nombreux responsables des républiques musulmanes de Russie, principalement dans le Caucase et en Asie centrale, tenteront alors d’organiser la bataille vers leur indépendance avec le soutien de l’occident. À cette occasion, les souffrances de certains peuples du Caucase ont eu un certain écho en France, préfigurant le soutien que le “mouvement prométhéen” allait recevoir en Occident afin de constituer des pôles de lutte contre le pouvoir central russe. Après ces événements, beaucoup de caucasiens se sont dispersés à l’étranger et certains membres de ces diasporas se sont sédentarisés en Europe (France ou Pologne), d’autres en Turquie et certains autres enfin dans les pays arabes. On sait ce qu’il est advenu du mouvement prométhéen, il est tombé dans les oubliettes de l’histoire.

Mais ces diasporas se superposèrent aux déjà nombreuses diasporas caucasiennes (dont des Tcherkesses), descendants des esclaves affranchis qui formèrent dans le passé les milices de certains califes musulmans et de l’Empire ottoman. A ce jour, plusieurs milliers de Tcherkesses vivent en Égypte, 100.000 en Syrie et plus de 70.000 en Jordanie. Enfin en Turquie on compte entre 4 et 5 millions de Tcherkesses. Récemment, le printemps arabe a fait resurgir la question Tcherkesse et a dévoilé l’existence d’une carte des minorités Circassiennes dans la zone. En Libye les Tcherkesses ont par exemple été au cœur de la guerre et du nouveau “grand jeu” qui se déroule entre la Russie et l’Amérique dans le monde arabo-musulman. Les quelques 10.000 Tcherkesses de Libye ont été en effet courtisés par Muammar Kadhafi pendant le conflit Libyen. Celui-ci avait envoyé des émissaires à Amman pour négocier avec le Conseil tribal Tcherkesse de Jordanie afin de convaincre les frères de Misrata de le rejoindre. Un groupe de Tcherkesses- Circassiens résidant dans la République Caucasienne Russe de Kabardino- Balkarie a alors envoyé un message de soutien à l’ambassadeur de Libye à Moscou, en l’assurant de son soutien au colonel Mouammar Kadhafi et lui proposant
même une aide militaire. Au même moment, des “Tcherkesses de Californie” dénonçaient le  soit disant massacre des Tcherkesses de Misrata en comparant  au passage Mouammar Kadhafi à Staline, dans un élan rhétorique des plus atlantistes.

Mais c’est sans doute en Syrie que la carte Tcherkesse prend toute son ampleur puisque le pays compte aujourd’hui près de 100.000 Tcherkesses. En raison de leur statut de minorité les Circassiens Syriens ont toujours été plutôt proches des différents pouvoirs qui se sont succédés: d’abord les Ottomans, puis les Français et aujourd’hui les Baasistes. Comme pour beaucoup de minorités, la pérennité du gouvernement  de Bachar-El-Hassad est synonyme de leur survie.

Le 31 janvier 2012 trois officiels de la communauté Tcherkesse de Syrie ont rencontré le dirigeant de la république Tcherkesse de Russie, Arsen Kanokov, qui a affirmé son soutien aux trois invités en affirmant que la position russe en Syrie était juste et destinée à éviter que la
Syrie ne se transforme en un nouvel Irak ou une nouvelle Libye. Depuis le mois de décembre 2011, ce sont près de 200 Syro-Tcherkesses qui ont demandé directement de l’aide au président russe Dimitri Medvedev mais également aux gouverneurs d’Adyguée, de Kabardino-Balkarie et de Karatchaï-Cherkessie. Beaucoup de Tcherkesses de Syrie souhaitent en effet être protégés, ou au mieux rapatriés dans le Caucase russe, comme près d’un millier d’entre eux l’ont déjà demandé. Bien sur, si le gouvernement russe acceptait de les accueillir, il s’agirait d’une reconnaissance tacite du fait que la Syrie de Bachar El Assad n’est plus capable d’assurer leur sécurité, ni sans doute celle des autres habitants de Syrie.

Ce rapatriement potentiel de Tcherkesses de Syrie ne serait le premier du genre. En 1998 et 1999, des Tcherkesses du Kosovo, ayant refusé de rallier aveuglément les nouvelles autorités Albano -musulmanes du Kosovo, ont choisi de quitter leur patrie d’adoption et de rentrer dans leur pays d’origine, la Russie. Les Tcherkesses du Kosovo ont en effet toujours vécu en bonne intelligence avec les serbes malgré leur religion musulmane, mais ils ont toujours été considérés par les albanais comme “des russes”.

Cet accueil de Tcherkesses de Syrie pourrait avoir une autre conséquence très importante pour le Caucase : Faciliter une réconciliation historique interne à la Fédération de Russie, qui n’a jamais reconnu le génocide  Tcherkesse (qui a eu lieu pendant les guerres du Caucase de 1763-1864) malgré les demandes rédigées dans ce sens par les parlements d’Adyguée et de Kabardino-Balkarie dans les années 90. Lorsque la candidature russe pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi l’a emporté, les Tcherkesses en ont profité pour se faire entendre et un congrès du peuple Tcherkesse a même eu lieu à Tcherkessk. En 2010 la colère des Tcherkesses s’était traduite par des émeutes en Karatchaevo-Tcherkessie, suite à des meurtres de militants politiques Adygues. En 2011 le parlement Géorgien a reconnu le génocide Tcherkesse de 1763-1864, mettant ainsi de l’huile sur le feu, dans ses relations avec la Russie. Ce geste inamical de Tbilissi a été considéré avant tout comme une mesure de rétorsion suite à la reconnaissance par Moscou des ex-provinces géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud.

A l’occasion des événements dramatiques de Syrie, le problème des caucasiens qui vivent dans divers pays du moyen orient est revenu à la surface. La Russie peut-elle accorder un “droit au retour” aux Tcherkesses qui le demanderaient? Ce serait sûrement positif pour la démographie de la Russie. En attendant, la Russie doit faire comprendre aux occidentaux sa position sur les événements en cours dans le monde Arabo-musulman, veiller autant que possible sur les diasporas caucasiennes menacées, sans oublier qu’il y a aussi, dans le Caucase, à Sotchi, les jeux olympiques d’hiver à organiser en 2014. La diplomatie russe a du pain sur la planche.

Sociologie des votes Poutine et Prokhorov

Ci dessous le vote pour les deux candidats, plus il est élevé (prix en dollar du mètre carré sur la ligne horizontale), plus le score de Poutine est bas (en bleu)…
Source

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Ci dessous le vote pour le candidat Poutine est élevé dans les quartiers périphériques et notamment les quartiers périphériques de l’est et du sud-est de la ville, plus pauvres.

Ci dessous et a l’inverse le vote pour le candidat Prokhorov est plus élevé vers le centre ville et dans le sud ouest, une zone relativement riche et prospère.

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Ci dessous un vote a l’échelle mondiale. En vert les pays ou les russes ont élu Prokhorov lors des élections présidentielles. Comme on peut le voir la France, le Canada, l’Amérique, l’Angleterre, le Japon, le Danemark ou l’Australie… A l’inverse les russes d’Ukraine, d’Asie centrale, du Congo ou encore des pays Baltes ont élu Poutine avec plus de 75% des voix…

A lire en complément cet excellent article en anglais de Anatoly Karlin!

La démographie russe: janvier 2012

Les chiffres démographiques russes pour le mois de janvier 2012 sont disponibles. Il est né 143.790 russes en janvier 2012, pendant que 165.630 sont morts. La population a donc baisse de 21.840 habitants pour ce seul mois de janvier 2012.
 
Comparons les naissances/décès des mois de janvier sur les dernières années.
  Mois            Naissances          Décès                  Solde
01.2006           109.422              209.058               -99.636
01.2007           125.368               190.699                -68.331
01.2008           141.262              200.476                -59.214
01.2009           137.503               185.479                -47.976
01.2010           132.371                176.316                -43.945
01.2011            132.954               170.508                -37.554
01.2012           143.790                165.630                -21.840

Les mois de janvier et février sont traditionnellement les mois durant lesquels la mortalité est la plus élevée, a cause du froid et de l’hiver bien entendu. Pourtant ce mois de janvier 2012 voit encore un record de naissances et un nombre minimal de décès. 
 

La décroissance naturelle de la population a diminué de 50% depuis 2010. La mortalité est de toute évidence en forte baisse. L’excellent Anatoly Karlin a publié ce graphique en Anglais (version russe) expliquant que la mortalité pour raisons extérieures est en forte baisse, atteignant le niveau de la fin des années 80, lors de la période anti-alcool sous Gorbatchev.
C’est de très bon augure pour 2012.