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Printemps arabe: l’échec de la démocratie en Orient?

197058194L’armée égyptienne est finalement intervenue pour déposer le président Mohamed Morsi, pourtant premier président démocratiquement élu du pays. Le printemps arabe, né en Tunisie fin 2010, a atteint l’Egypte dès le début 2011 et a abouti au départ du président Moubarak qui dirigeait l’Egypte depuis trente ans.

Les revendications d’une grande partie de la jeunesse égyptienne qui a mené cette révolution dite du Nil ou du Papyrus sur la place centrale du Caire (la place Tahrir) ont abouti à des élections libres qui ont vu une déferlante islamique.

En effet, aux premières élections législatives de l’après Moubarak, qui a vu une participation de 55%, les frères musulmans ont obtenu 44.6 % des voix, concurrencés seulement par les plus radicaux qu’eux, les salafistes, qui ont obtenu 22,5% des voix, le premier parti pseudo libéral  obtenant seulement 7,8% des voix. A l’élection présidentielle de 2012, la scission du pays en deux (Islamo-conservateurs contre réformistes) était palpable et l’élection s’est résumée à un duel politique entre un homme de l’époque Moubarak et le candidat des frères musulmans, le scientifique Mohamed Morsi, qui a notamment étudié aux Etats-Unis. Celui-ci remportera l’élection avec 51,73 % des voix (la participation s’élevant à seulement 45%) et sera investi en juin 2012. Continue reading

Edward Snowden, révélateur de la médiocrité européenne

h_50891814.jpg.1000x297x1Edouard Snowden aura eu une semaine plus qu’incertaine mais aussi pleine de rebondissements. Après s’être vu refusé l’asile par la majorité des 21 pays après desquels il avait fait la demande, avoir passé déjà près de 15 jours dans la zone de transit de l’aéroport international de Sheremetievo, s’être fait demandé en mariage par la ravissante espionne russe Anna sur Twitter, l’ex-agent américain a réussi à déclencher une crise politique majeure entre l’Occident et l’Amérique Latine.

Une crise déclenchée par la décision de divers pays européens (France, Espagne, Portugal et Italie) de fermer la semaine dernière leurs espaces aériens à l’avion du président Evo Morales, soupçonnant la présence à bord de l’ex-consultant américain, Edward Snowden. Continue reading

Monopoly des bases militaires, vers un ordre nouveau?

arton18956-9f8b9La semaine dernière, une info plus que surprenante est apparue dans le mainstream médiatique russe, affirmant que la Russie avait retiré son personnel militaire de la base Syrienne de Tartous, et que les bateaux de la flotte russe de Méditerranée se ravitaillaient désormais au Liban. De plus, d’après une rumeur, la Russie aurait  pris la décision de fermer son ambassade en Syrie. Ces mesures d’urgence auraient été prises, selon les sources citées par notamment le journal russe Vedomosti (créé en 1999 suite à une initiative conjointe du Financial Times, du Wall Street Journal) afin de ne pas mettre en danger le personnel russe de la base navale de Tartous alors que la Syrie ferait face à une intensification de la guerre civile. L’information aurait été confirmée par l’hebdomadaire russe VPK, spécialisé dans la défense, dont la source aurait affirmé que cette décision était due à la “La brusque escalade du conflit en Syrie et à la recherche de ports plus sûrs”. Continue reading

Assad envers et contre tout

« Tout désespoir en politique est une sottise absolue » disait Charles Maurras. Bashar El-Assad, homme cultivé au demeurant, doit certainement être entièrement d’accord avec cette assertion s’il a la chance d’avoir déjà lu Maurras. Début 2011, celui-ci a sans doute dû regarder avec beaucoup d’attention, comme tous les chefs d’Etats de la région, les manifestations pacifiques qui ont commencé à fleurir dans le pays. Peu à peu, le mouvement de contestation au gouvernement Assad prend cependant une tournure militaire.

Courant 2012, la guerre est totale en Syrie, l’afflux de mercenaires étrangers apporte un appui considérable à une opposition syrienne qui sera rapidement débordée par ces encombrants soutiens. Mi-2012, l’offensive rebelle est portée au cœur de Damas alors que plusieurs milliers de combattants tentent de prendre d’assaut la capitale, coordonnant leur action militaire avec des actions terroristes de grande ampleur, notamment l’attentat du 18 juillet 2012 au siège de la sécurité nationale, qui portera sans aucun doute un grand coup psychologique aux autorités syriennes. L’offensive militaire s’est accompagnée d’une offensive médiatique de grande ampleur à travers la planète, annonçant à coup de « spécialistes » et « analystes » la chute imminente du régime syrien.

Pourtant, le régime trouvera les ressources pour repousser cet assaut et relativement rétablir l’ordre dans la capitale. A la fin 2012, le mainstream nous a de nouveau expliqué que courant 2013, les autorités syriennes devraient vraisemblablement avoir perdu le contrôle d’une bonne moitié du pays, sans doute l’Est et le Nord, et concentrer stratégiquement leurs positions sur la défense de Damas et de la bande côtière et alaouite. Pourtant, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé.

A la sortie de l’hiver, l’armée arabe syrienne est repartie à l’offensive et les victoires clefs de Qousseir et Homs ont permis à l’Etat de réaffirmer son autorité sur le centre du pays. En février 2013, les rebelles relancent une offensive sur les quartiers de l’Est et du Nord est de la capitale, offensive qui échouera de nouveau puisqu’après 18 mois de combat, les forces gouvernementales ont réussi à repousser le front dans les faubourgs de la capitale. Enfin, la grande offensive rebelle sur la cote de cet été 2013 a elle été totalement repoussée.

Apres 18 mois de combat, c’est désormais l’Armée Syrienne qui est a l’offensive sur les zones clefs des rebelles, notamment au Nord et a l’Est du pays, sur l’axe Alep – Deir Ez-Zor. Cette totale inversion de la situation militaire justifie peut être les récentes manipulations de grande ampleur visant à déclencher des frappes militaires turco-occidentale contre la Syrie, comme expliquéici. Sur le front diplomatique, la situation s’est semble-t-il également considérablement modifiée depuis le début du printemps islamiste syrien. Les principaux sponsors de la rébellion font face à des situations intérieures modifiées et instables, que l’on pense à l’Arabie Saoudite, à la Turquie ou au gouvernement Morsi et au coup que vient de recevoir la confrérie des frères musulmans, très active dans le soutien à l’opposition syrienne.

Alors que le destin semblait aller contre les volontés impériales occidentales, les puissances occidentales ont donc décidé de passer à la vitesse supérieure et contribuer à l’aggravement du conflit syrien en « punissant » le pouvoir syrien et affaiblir ses forces armées.

L’axe Washington-Londres-Paris-Ankara-Riyad se disait même prêt a intervenir à n’importe quel prix et sans accord préalable de l’ONU et donc hors du cadre juridique international. Peu nombreux (et sans doute également à Damas) étaient ceux qui, au début du mois de septembre, imaginaient que la Syrie échapperait a une campagne de bombardements sur le modèle des frappes contre la Yougoslavie de 1999.

Pourtant, ces frappes imminentes au début du mois n’ont pas encore eu lieu et il y a plusieurs raisons à cela. Lors du dernier sommet du G20, le président français s’est, comme le président américain, retrouvé isolé face notamment a une UE qui faisant front diplomatique avec la Russie, la Chine et les pays émergents, refuse une action militaire irréfléchie et illégale. Ces pays prônant une solution politique au conflit, tout comme le prône la Russie depuis le début des troubles en Syrie.

En outre, et c’est sans doute le plus important, les opinions publiques tant américaines que françaises sont extrêmement hostiles à toute intervention militaire de leur pays malgré prés de trois ans d’intense propagande contre le gouvernement syrien. Mais l’absence de bombardements sur la Syrie en ce début septembre tient sans doute aussi et surtout du fait de Moscou.

La Russie vient de sortir (avec le talent dont elle a le secret) une carte maitresse de sa diplomatie en appelant la Syrie à placer ses arsenaux chimiques sous contrôle international. L’Etat syrien a bien évidemment accepté la proposition russe, confirmant le solide Tandem Moscou-Damas pour la résolution de cette crise et se disant même prêt à signer et rejoindre la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. La Syrie reste aujourd’hui l’un des rares pays au monde à ne pas avoir adhéré à ce traité, contrairement a ce que prétendent certains ministres français qui visiblement connaissent mal leurs dossiers.

En 24 heures, la situation mondiale sur la Syrie s’est totalement inversée. Selon Xavier Moreau, avec cette proposition, les Russes ont trois objectifs distincts. Le premier est de reprendre l’initiative dans ce conflit, en faisant une proposition que les Etats-Unis seront obligés de considérer, le deuxième est de remettre les Nations Unies au cœur de la résolution du conflit et le troisième est de permettre aux Etats-Unis et à la France de ne pas perdre la face, dans le cas où les deux pays renoncent à leur frappe « punitive ».

Pendant que la Russie empêche une guerre et tente de défendre le droit international, l’Etat syrien peut lui continuer de mener sa mission de rétablissement de l’ordre constitutionnel et de lutte contre le terrorisme sur son territoire. Une mission qui apparaît de moins en mois illégitime aux yeux du monde alors que se multiplient les témoignages dénonçant une situation trop longtemps occultée par le mainstream sur le terrain. A ce titre, les témoignages récents du journaliste récemment libéré Domenico Quirico ou de l’enseignant Pierre Piccinin sont riches en informations issues du terrain et confirment bien que l’opposition démocratique syrienne n’existe sans doute désormais plus que sur les plateaux de France 24, mais que sur le terrain, ce sont les groupes terroristes et mafieux qui font la loi dans les quelques zones qui ne sont pas sous contrôle de l’armée syrienne. Enfin, ces témoignages confirment ce que la diplomatie française semble (volontairement ?) ne pas vouloir entendre : ce n’est pas l’Etat syrien qui a utilisé les armes chimiques le 21 août dernier.

Guerre en Syrie, immixtions et désinformation

Unrest in HomsLa guerre en Syrie s’accompagne d’une guerre de l’information impitoyable destinée non seulement à justifier l’offensive du dispositif international contre la Syrie mais aussi à masquer tant bien que mal les immixtions étrangères croissantes dans ce conflit.

On parle beaucoup de l’intervention du Hezbollah, du soutien russo-iranien à l’Etat syrien, du soutien des monarchies du golfe à l’opposition djihadiste syrienne ou du rôle de la Turquie, mais on oublie que la guerre concerne aussi directement l’état d’Israël, qui espère qu’une chute d’Assad permettra l’affaiblissement voir la disparition du Hezbollah. Depuis le début de cette année 2013, l’Etat Hébreu était ainsi déjà intervenu militairement au moins trois fois en Syrie. En janvier tout d’abord, pour détruire un convoi d’armes destinées au Hezbollah puis par deux fois en mai contre un centre de recherches scientifiques, un dépôt de munitions et une unité de la défense anti-aérienne. Continue reading

Russie-Amérique: la fin du Reset?

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Crédit photo: rtbf.be

Les relations entre Russie et Etats-Unis n’en finissent pas de se dégrader, cette dégradation semble s’être accélérée ces dernières semaines. Il y a tout d’abord et évidemment le conflit Syrien qui semble de plus en plus se transformer en une guerre indirecte Russie/Amérique.

L’illusion d’une “nouvelle entente” Russo-américaine n’aura donc pas duré. Le dernier sommet du G8 aura été marqué par la fracture Syrienne opposant très clairement la Russie aux autres puissances du groupe, Amérique, Royaume-Uni et France en tête. Le président russe Vladimir Poutine a clairement rappelé durant toute la conférence que “Ce n’est pas le peuple syrien, mais des commandos bien entraînés et armés, y compris de l’étranger (…) par des organisations terroristes, qui combattent contre Assad“. Continue reading

Témoigner à La Haye. Entretien avec Yves Bataille

YB_TPI_2013.jpg.1000x297x1Yves Bataille bonjour, pourriez vous vous présenter aux lecteurs de La Voix de la Russie qui ne vous connaissent pas ?

Je suis un citoyen français ayant décidé en 1993 de m’installer en Serbie pour mener la lutte d’indépendance nationale et continentale à partir de l’Est de l’Europe. Le fait que ma femme soit serbe n’est pas la cause de mon engagement du côté des Serbes mais en est plutôt une conséquence. Je précise cela parce que cette affirmation revient souvent chez des gens qui ne me connaissent pas. J’ai vécu une partie de la guerre yougoslave comme les bombardements de l’OTAN en 1999, vu de près certains évènements de Bosnie et du Kosovo. Je puis donc témoigner de ces faits en connaissance de cause et les mettre en perspective pour leur donner un sens. Ainsi, la guerre yougoslave n’a été ni une guerre ethnique ni une guerre religieuse comme on le prétend, mais la première phase des « guerres humanitaires » du monde unipolaire consécutif à la fin de l’Union Soviétique et leur « laboratoire ».

Comment avez-vous été contacté par la défense de Radovan Karadžić, comment vous connaissaient-ils et que pensaient-ils que vous puissiez apporter au dossier ?

Le cercle qui défend Radovan Karadžićà Belgrade et à Banja Luka me connaissait. Cela date de la guerre en Bosnie. Quand Radovan Karadzic a été déporté à La Haye j’ai dit que j’étais prêt à témoigner en sa faveur s’il le désirait et quand son avocat, maître Robertson, me l’a demandé, j’ai aussitôt accepté. Une semaine après la chute de l’enclave de Srebrenica, je me trouvais en effet dans le bureau de Karadžić à Pale, à ce moment-là capitale de la Republika Srpska, près de Sarajevo. Ce jour-là, Karadžić a reçu devant moi un fax en provenance de l’enclave musulmane indiquant que l’évacuation des populations civiles s’était déroulée correctement. Portant en-tête et tampon des Nations Unies, la télécopie était signée des trois parties alors en présence, le représentant musulman de la ville, le négociateur serbe et un responsable de l’ONU. Quand je suis allé à Paris quelques jours plus tard, j’ai publié ce document dans un hebdomadaire national avec un commentaire au moment-même où commençait le tohu-bohu médiatique sur le « massacre de Srebrenica ». Ce document devait être porté au dossier de la défense et servir de base à mon témoignage. Continue reading

Réflexions sur l’appel du 13 juin de Moscou

197058186Cette semaine a été riche en actualité russe et le moins qu’on puisse dire est que si la Russie a fait parler d’elle, il n’y a eu aucune surprise pour les lecteurs réguliers de RIA-Novosti. Les élites russes actuelles, que l’on est libre d’apprécier ou non, ont au moins cette habitude de généralement faire ce qu’ils disent.

La défense des croyants.

Mardi 12 juin la Douma russe (la chambre basse du parlement russe) a adopté un projet de loi visant à lourdement sanctionner les offenses aux croyants, via une amende allant jusqu’ à 500.000 roubles (12.500 euros) et un an de prison aux personnes “menant une action publique qui témoigne d’un évident manque de respect envers la société dans le but d’offenser les sentiments religieux des croyants”. La loi comprend aussi un volet qui augmente la peine de prison si l’offense est commise au sein d’un lieu de culte et enfin vise aussi la “profanation intentionnelle de littérature religieuse et d’objets de culte” ou encore le fait “d’empêcher illégalement l’activité religieuse”.

Le terme d’offense (d’outrage peut on dire) aux croyants a sans aucun doute été grandement inspiré des actions menées par quelques groupuscules qui on s’en souvient avaient l’été dernier entamé une véritable croisade contre les églises et les croyants en Russie et en Ukraine, continuant leurs activités d’agents provocateurs aujourd’hui principalement en France, en s’attaquant d’ailleurs aux croyants Chrétiens comme musulmans.

Cette défense des croyants devrait être sous peu renforcée par un autre projet de loi actuellement en cours d’élaboration qui devrait viser à neutraliser les menaces contre la sécurité nationale liées à l’activité des organisations religieuses en Russie. Le projet prévoit notamment un alourdissement des peines pour appels publics à l’activité extrémiste, incitation à la haine, organisation d’une communauté extrémiste ou encore organisation de l’activité d’une organisation extrémiste. Continue reading

Vers un monde tripolaire ?

1073201_61489806Il y a a peu près un an, j’écrivais un texte intitulé Vers un monde sans Union Européennne ?, dans lequel je prédisais que l’Europe (au sens de l’Union Européenne) ne serait plausiblement jamais, sous sa forme actuelle, un acteur majeur et viable du monde de demain. L’absence d’authentiques structures politiques et donc de souveraineté ne devrait pas en effet lui permettre de s’opposer aux nouveaux géants que sont les BRICS ou les grand blocs émergents, dont les clefs de fonctionnement politiques et stratégiques sont au contraire fondés sur la toute puissance du politique et l’affirmationde lasouveraineté.

La crise économique financière, qui a notamment mis en exergue la crise de fonctionnement de la monnaie unique (Euro) a sans doute définitivement enterré l’espoir que les fondateurs avaient en l’Europe. L’Europe, il est vrai, n’a pas su dépasser ses différences historiques, systémiques et culturelles, sans doute par manque d’un pouvoir politique centralisateur et fort. Continue reading

L’appel de Moscou d’Aymeric Chauprade, le 13 juin 2013

Le 13 juin 2013 à Moscou, Aymeric Chauprade est intervenu à la Douma d’État avec une délégation de français opposés au mariage pour tous pour appuyer les efforts de la Russie visant à résister à l’extension mondiale voulue par l’Occident des “droits” des minorités sexuelles. Voici l’appel qu’il a lancé.
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Mesdames et Messieurs les députés de la Fédération de Russie,

C’est un grand honneur que de m’exprimer devant vous aujourd’hui, l’honneur d’un Français patriote qui regarde la Russie en alliée historique.

Depuis 1989, l’Amérique tente d’accélérer son projet de domination unipolaire et de l’imposer à tous les peuples de la planète.

Avec un écrasant budget de défense, égal à la somme de tous les autres États, avec une monnaie de référence qui lui donne la main sur l’économie mondiale, avec des réseaux de recrutement des élites mondialisées, avec un pouvoir médiatique et culturel global, l’oligarchie financière américaine mène la guerre aux peuples libres sur le double théâtre de l’information et de la géopolitique. Entraînant avec elle l’Union européenne, elle dessine le visage des “Bons et des méchants”, viole nos conversations et données privées, bombarde, envahit ou détruit par la guerre civile et l’embargo les États qui lui résistent. Continue reading