Opération Z en Ukraine : Jour 190.

Il y a maintenant 6 mois que l’opération Z a commencé et on commence à avoir un tableau plus clair et complet de ce qui s’est passé, de ce qui se passe et de ce qu’il pourrait se passer.

Sur le plan économique.

La situation semble, du moins pour l’instant, parfaitement sous contrôle, ce qui semble plus que surprendre nombre de gens avec qui je communique mais aussi les grands médias français.

Clairement sur le plan intérieur, rien n’a vraiment changé dans la vie des russes hormis une forte inflation sur les derniers mois, mais ce n’est pas propre à la Russie, tandis que le pays connaîtrait même une petite déflation depuis cet été (-0.35% en Juillet et -0.39% en juillet).
L’inflation en Russie sur un an n’est pas plus élevée que dans certains pays européens, comme par exemple les pays Balte.

Le rouble lui ne baisse plus comme on peut le voir ci dessous.
L’effondrement du rouble a eu lieu du 25/02 au 09/03 et ensuite il n’a fait que se renforcer.
Depuis mi-mai il s’est clairement stabilisé à autour de 60 roubles pour 1 euro.
Le rouble ne s’effondre pas et un rouble fort comme actuellement est même peut être devenu un problème pour l’économie russe, les autorités annoncent souhaiter le faire baisser à autour de 1 euro pour 70/80 roubles.

Du coté des réserves internationales de changes, elles s’élevaient à 580,6 milliards de dollars au 12 août 2022, contre 629,4 milliards de dollars le 25/02/2022 soit une baisse de 48,8 milliards de dollars ‘seulement’ en 6 mois de guerre.

Quand au taux directeur de la banque centrale, il était de 9,5% avant le 25/2, il a été monte d’un coup a 20% le 28/02 et ce jusqu’à début avril, et la banque centrale l’a ensuite fait baisser pour atteindre 8% le 25/07, son taux actuel.

Le taux de chômage est lui reste étonnamment bas pour l’instant, oscillant à entre 4 et 5%, mais cela s’explique.
Les grandes entreprises étrangères qui ont cesse leurs activités en Russie ont continué à payer les salaires de leurs dizaines de milliers d’employés, et nombreuses sont celles qui ont vendu leur business, sauvant ainsi le chaîne de sous traitance, et donc les emplois indirects.
Cependant, on constate une hausse du travail partiel et des statuts de’auto-employés qui sans doute maquillent un peu le tableau, le chômage devrait cependant et vraisemblablement augmenter en Russie cet automne et hiver.

Sur ce volet la : la victoire russe est quasi totale.
L’uppercut occidental a échoué.

Les raisons ? J’en vois trois principales :
– Les mesures politiques et économiques des élites russes qu ont démontré leur supériorité totale sur les élites occidentales, et surtout européennes.
– Le soutien politique de l’Asie, Chine et Inde surtout, qui ont largement soutenu la Russie par de massifs achats d’énergie.
– Une résilience de l’économie russe qui s’est montrée plus solide que prévu, déjouant tous les pronostics.
– La force exceptionnelle et profonde du peuple russe qui n’a “pas” paniquée et soutient clairement ses elites politiques.

Sur le plan militaire.

La carte ci dessous montre la situation au sol, les territoires en rouge sont les territoires sous contrôle de la Russie et de ses alliés.

La Russie et ses alliés contrôlent environ 18% du territoire ukrainien soit 99.600 kilomètres  carrés.
– 100% de la République populaire de Lougansk (26.682 km² sur 26.682 km²)
– 95,6% de l’Oblast de Kherson (24.513 sur 25.642 km²)
– 75,5% de l’Oblast de Zaporozhye (20.441 km² sur 27.049 km²)
– 60,3 % de la République populaire de Donetsk (15.996 km² sur 26.508 km²)
– 34,2% de l’Oblast de Kharkov (10.775 km² sur 31.436 km²)
– 5,21% de l’Oblast de Mykolaev (1.247 km² sur 23.938 km²)

Si l’on compare avec la carte du 26/02 soit dans la semaine ayant suivi l’invasion, on constate que la zone de front était bien plus étendue, sur prés de 2.500 kilométrés, s’étalant au sud du pays dans le Donbass, dans la zone de Kharkov te aussi dans le nord du pays, jusqu’à Kiev.

Cette situation rapidement obtenue a fait imaginer à certains spécialistes que les forces russes et alliés allaient ceinturer l’Est de l’Ukraine et que la mâchoire russe allait à terme se refermer sur l’Ukraine comme illustré ci-dessous

Pourtant ce scénario ne s’est pas réalisé et comme on dit en russe “что-то пошло не так”…

Il est en fait plausible que les autorités russes aient imaginé une multitude de scénarios potentiels et sans doute envisagé possible un effondrement plus rapide :
– soit du pouvoir politique.
– soit du dispositif militaire ukrainien.
entraînant un effondrement /dislocation de la chaîne militaire ukrainienne.

Ce scénario ne s’est pas réalisé : les autorités ukrainiennes n’ont eu que le choix d’une stratégie absolument terrible pour le pays, mais conforme au plan de leur sponsor principal : les Etats-unis.

Quel est ce plan?

II a été résumé parfaitement durant l’été par le sénateur Richard Hayden Black en ces termes ;
Les États-Unis et l’OTAN s’en foutent du nombre d’Ukrainiens qui meurent. Que ce soit des civils, des femmes, des enfants, des soldats. On s’en fout. C’est devenu un grand match de football. Vous savez, nous avons notre équipe. Ils ont leur équipe,. Nous voulons obtenir le plus gros score. Et, vous savez, nous ne nous soucions pas du nombre de nos joueurs. estropié sur le terrain de jeu, tant que nous gagnons.
(…)
La Russie n’a pas planifié l’invasion à l’avance. Cela se voit au nombre de soldats impliqués dans l’attaque. L’Ukraine en avait 250 000 et la Russie a attaqué avec seulement 160 000. Poutine a été contraint d’attaquer pour empêcher l’Ukraine d’attaquer le Donbass. La Russie essaie de ne pas infliger de dommages aux Ukrainiens civils, parce que. les considère frères-Slaves.

(…)
Contrairement aux chars américains au Vietnam, les Russes se sont arrêtés devant des foules pacifiques dans les premiers jours de l’invasion. Nous les écraserions dans une telle situation.
Incroyablement, la Russie n’attaque pas le cœur civil de l’Ukraine, ne s’en prend pas aux civils ou aux infrastructure.On voit que Poutine en quelque sorte espère la paix. Mais aujourd’hui l’Ukraine ne peut pas prendre de décision concernant la paix. La décision de paix ne peut être prise qu’à Washington, mais tant que nous voulons continuer cette guerre, par proxy interposé; nous nous battrons jusqu’à la mort du dernier Ukrainien“.

*

En choisissant de sacrifier des dizaines de milliers de soldats ukrainiens et ce à n’importe quel coût, il devenait évident que la stratégie russe devait elle aussi s’adapter a cette nouvelle réalité et que dès lors, tenir un immense front de plus de 2.500 kilomètres avec aussi peu d’hommes n’était plus réaliste.

Les autorités russes ont donc décidé de concentrer le front dans le Donbass et au sud du pays, sécurisant ainsi le nord de la Crimée et préparant la potentielle route du sud, vers Odessa et la Transnistrie, en faisant renaître le gouvernement de Tauride.

Un changement de stratégie s’accompagnant d’un autre changement fondamental ; désormais l’armée russe ne cherche plus la reddition des soldats ukrainiens, ces derniers n’ont pas voulu déposer les armes, ils sont écrasés, via le feu d’artillerie terrible que la Russie inflige aux combattants pro-ukrainiens, la Russie tirant autour de 50 000 obus / jour.

Il faut se rappeler que la Russie est intervenu en Ukraine avec entre 170 / 190 000 soldats, avec l’appui d’environ 30 / 35 000 combattants de LDNR tandis que les forces armées ukrainiennes comptaient 700.000 personnes au debut de l’été 2022.

Attaquer et faire la guerre à 1 contre 3 ou 4, une premiere sans doute dans l’histoire militaire globale.

Qu pourrait t-il se passer ?

  • Sur le plan économique, ls derniers paquets de sanctions entrent peu à peu en vigueur et il est impossible aujourd’hui de savoir leur impact réel sur la courte, moyenne et longue durée mais malheureusement certain que la Russie devra affronter des moments difficiles dans un avenir proche (horizon 2023 / 2024) et beaucoup reposera sur la bonne et subtile articulation entre :
    – Les décisions des élites et donc leur aptitude à gérer / manager la situation de crise sur le plan économique / financier.
    – La résilience de la population russe.
    – La vitesse et la dynamique de réussite de l’opération militaire, permettant d’imposer à la communauté occidentale un nouvel “Etat de fait”.
  • Sur le plan militaire, au moment ou cet article est publié, on sait que la fameuse et annoncée contre offensive militaire ukrainienne dans le sud (Kherson), plus symbolique que stratégique, a visiblement échoué.
    La Russie et ses alliés vont sans doute continuer leur guerre d’attrition afin de continuer, au fur et à mesure des semaines et des mois qui viennent, à user et détruire l’armée Ukrainienne, humainement, moralement et bien d’un point de vue logistique. Sans nul doute l’hiver qui arrive, jouera en faveur de la Russie qui a la plus forte capacité logistique et dont les chaines opérationnelles sont bien moins usées que les ukrainiennes.

    On peut se demander à quel moment le niveau visiblement très élevé de pertes militaires entraînera un effondrement inévitable du dispositif militaire ukrainien, et peut-être que ce moment est plus proche qu’il n’y parait.
    Sans doute la prise du Donbass sera achevée entre décembre 2022 et mars 2023. Et ensuite ?
    La seule question qui’il faut se poser est de savoir à quoi ressemblera la victoire russe et jusqu’où la Russie ira dans sa politique permettant la réunification des territoires qui se sentent appartenir à “l’espace humanitaire, culturel et linguistique commun du monde russe“.

    Le president Poutine vient, après 6 mois d’opération Z, de reclarifier les choses :
    « Notre tâche, notre mission, la mission de nos soldats, la milice du Donbass, est d’arrêter cette guerre, de protéger les gens. Et, bien sûr, pour protéger la Russie elle-même, en éliminant “l’enclave anti-russe” qui s’est crée sur le territoire de l’Ukraine ».

2 thoughts on “Opération Z en Ukraine : Jour 190.

  1. Neal

    Merci pour l’analyse ..

    Comment ca se passe pour les ètrangers francais actuellement en Russie en général ?

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