Soros, Maïdan et les Gilets Jaunes

Les #GiletsJaunes sont-ils le premier mouvement à utiliser les méthodes des révolutions colorées mondialistes pour rejeter ce même mondialisme Read more

Движение «Жёлтые жилеты», свидетельство французского раскола

В то время как Франция переживает невиданную на протяжении более полувека волну исторических протестов, анализ этого движения вызвал множество реакций, часть из которых ― ошибочна, поскольку основывается на том, что это движение вовсе не стихийное, а поддерживается из-за рубежа. Чтобы оценить события осени и декабря 2018 года во Франции, необходимо понять причины происходящего, а они сложны для понимания, Read more

Interview pour Al Jazeera sur Vladimir Poutine

Est-ce que l'Europe a raison de se méfier de Vladimir Poutine ? pic.twitter.com/q2e4lP5iPG — AJ+ français (@ajplusfrancais) 30 novembre Read more

Automne 2018 ~ Réflexions sur les Gilets Jaunes

Automne 2018 ~ Réflexions sur les Gilets Jaunes Habiter hors de France permet de prendre de la distance. Habiter hors de France, et en Russie, permet de mieux comprendre ce qui se passe et surtout ce qui devrait se passer en Read more

Le 4 novembre jour de défilés à Moscou

Le 4 novembre a eu lieu en Russie la journée de l’unité du peuple. Des marches nationalistes ont eu lieu dans toute les grandes villes de Russie. A Moscou initialement unitaire, la marche c’est finalement scindée en deux, l’une tolérée par les autorités et l’autre non.

La «marche officielle» a eu lieu sur les quais Taras Chevtchenko à Moscou et a regroupé près de 1.500 nationalistes à l’appel de Russki Obraz et de l‘alliance populaire Russe. Le mot d’ordre de la marche était : «Pour une Russie russe!». Les organisateurs revendiquent entre autre «la liberté de réunion, de rassemblement et de processions à l’exception des manifestations qui portent atteinte à l’Etat, à la morale, à l’institution de la famille et à l’Eglise russe, ainsi que la modification de la loi sur l’autodéfense afin de permettre le port d’arme et le durcissement de la législation sur l’immigration».
La «marche interdite» organisée par les mouvements nationalistes radicaux comme le Dpni (Mouvement contre l’immigration illégale) ou l’Union slave se sont donné rendez-vous sur le quai de la station de métro Arbatskaïa. Néammoins les militants se sont rapidement heurtés au déploiement policier massif et près de 800 personnes ont été interpellées. Il faut rappeller que le DPNI entretien des liens anbigus avec la marche du désaccord (l’alliance des opposants au Kremlin) et autres mouvances Orangistes.

**

Dans le centre ville, devant le Kremlin, le mouvement de jeunesse NASHI et «Syle Russe» ont de leur côté rassemblés près de 10.000 militants de 15 régions de Russie. Les militants ont déployés une «couverture de la paix», brodée de tissus de diverses régions de Russie et affirmé que le patriotisme et l’unité nationale était la réponse aux «nationalismes agressifs» qui s’exprimaient dans les rues de Moscou. Ils ont également réaffirmés leur soutien à la politique du président Dmitri Medvedev.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Fêtes en Russie Leave a comment

Entretien avec " Yves Bataille "

Yves Bataille est une des figures marquantes de la mouvance Pan-européenne et Eurasienne. Géopolitologue, spécialiste des Balkans et notamment de la Serbie. Pour lire quelques articles de Yves Bataille :

L’Ukraine sur le grand échiquier (2004)
France : le syndrome Serbe ? (2005)
La Chine et la prochaine guerre (2006)
La guerre commence au Kosovo (2008)
Yves Bataille a accepté de répondre a quelques questions pour DISSONANCE. L’interview a en outre été publiée sur AGORAVOX !
Yves BATAILLE, bonjour, pouvez vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?
Mon profil: Fils de magistrat et petit-fils d’officier ayant traîné le sabre du Tonkin à la Cilicie et de Madagascar à la Guyane en passant par le Sénégal et le Bénin, je tiens peut-être de ce dernier l’attrait des grands espaces. Descendants d ‘ artisans catalans qui sous Louis XIV construisirent les défenses de Vauban sur la frontière espagnole au temps du rattachement du Roussillon à la France, les Bataille ont aussi un lien avec les Cardi de Sansonnetti, noblesse corse ralliée à la France avant même que la Corse ne devienne française. Par la famille de mon père, magistrat en Algérie puis en « Métropole », je suis un descendant du Général Mouton Duvernay, député royaliste de la Haute Loire rallié à Napoléon pendant les « Cent Jours » et fusillé sous Louis XVIII, et du Général La Fayette qui fut à l’origine de la création des Etats-Unis. Je suis un Français qui a passé sa prime enfance en Grande Kabylie et a fréquenté un temps le Collège de Jésuites de Notre-Dame d’Afrique d’ Alger. Un Français du dehors donc — ce qui explique le nationalisme — qui a toujours gardé le lien avec la Mère Patrie même lorsque celle-ci le décevait profondément. Nationaliste du Limes et internationaliste radical à la fois, j’ai épousé une serbe et la Cause serbe au début de la guerre contre la République fédérale de Yougoslavie, une guerre vue de très près. J’ai fait serment sur son lit de mort à Paris au Colonel Tranié, fils du général Tranié héros du Front de Salonique, de me battre toujours du côté des Serbes attaqués par Moloch. Formé aux Universités françaises à l’Histoire, à la Géopolitique et à la Communication, je me définis comme un nationaliste-révolutionnaire de profession, partisan d’une France libre dans une Europe indépendante intégrant la Russie et d’un Franc-Canada (Québec et Acadie) lui aussi libre et indépendant. Je suis en définitive un « nationaliste sans frontières » entretenant des relations de combat avec tous ceux qui, dans l’espace européen et américain poursuivent le même but. Dans ce cadre j’ai eu la chance de rencontrer Philippe Rossillon, compagnon secret du Général de Gaulle, qui fut l’organisateur de l’Opération « Vive le Québec libre! », de m’entretenir dans les Balkans avec les héros serbes Radovan Karadzic et Vojislav Seselj, de trinquer en Transnistie avec le président Igor Smirnov, de partager le pain dans le Caucase avec le général Vardan Balayan, libérateur du Haut-Karabakh. Mon objectif, avec tous ceux qui vont dans la même direction, est clair, c’est la libération nationale et sociale des peuples et des nations de la domination états-unienne et l’unification géopolitique du Grand continent eurasiatique, autrement dit de la Grande Europe de l’Atlantique au Pacifique. Il faudra faire aussi la jonction avec la « Presqu’Amérique »… Vous m’avez posé une question et j’y ai répondu.

Vous êtes un expert de la Serbie, après l’intervalle «démembrement de la Yougoslavie» (1990-1996), l’intervalle «démembrement de la Serbie» (1999-2008), quelle est selon vous la prochaine «étape»?
Il existe des plans pour poursuivre le morcellement de la Serbie jusqu’à l’absurde. Dans le chef lieu du Sandjak de Novi Pazar que les Serbes appellent « Raska » (la Rascie) où Serbes et Musulmans sont en nombre égal, les Etats-Unis ont installé un « centre culturel américain » qui rappelle celui qu’ils avaient créé au Kossovo en 1998. Or Novi Pazar n’a pas besoin de centre culturel américain. Il n’y en a pas à Belgrade. Donc ce centre culturel, comme hier à Pristina, est là pour autre chose. En Rascie les Américains poursuivent leur jeu qui consiste à pousser les Musulmans contre les Orthodoxes en soutenant une revendication séparatiste de rattachement territorial à la Bosnie.
En Vojvodine la matrice de toutes les « révolutions de couleur », National Endowment for Democracy (NED) alimente un mouvement autonomiste. Dans ce grenier à blé du nord où les Serbes sont majoritaires (65% de Serbes, 14% de Hongrois, 3% de Slovaques et d’autres ethnies en petite quantité) les Américains appuient les minorités et spéculent sur la tendance de certains Serbes à se croire « supérieurs » à leurs frères du Sud n’ayant pas vécu jadis sous la coupe de l’Empire Austro-Hongrois. Ce mouvement peut être comparé au mouvement de la « Padanie » dans le nord de l’Italie. En excitant des tendances centrifuges les Américains visent à réduire encore la Serbie et à la ramener à la dimension de l’ancien Pachalik de Belgrade.

Pensez vous que l’arrestation de Radovan Karadzic, et sans doute demain de Ratko Mladic, ait un effet bénéfique pour la Serbie ? (limite de la casse au Kossovo ou intégration plus rapide dans l’UE?) . Quelle est la probabilité que la Serbie intègre l’UE d’après vous ?
Les représentants de Bruxelles et de Washington qui prétendent dire ce qui est bon pour la Serbie et lui imposer leur loi sont très arrogants. Non seulement ils l’ont bombardée sans raison mais encore ils prétendent lui donner des ordres et lui faire la morale. En 1999 ils disaient que cette guerre était une « guerre du droit » et présentaient les bombardements comme des « bombardements humanitaires ». L’ opinion en Europe a lâchement laissé faire ça. Pourtant la Serbie n’appartient ni aux Etats-Unis d’Amérique ni à l’Union Européenne et il revient aux Serbes de défendre les intérêts de la Serbie et non à leurs agresseurs. Ces arrogants continuent les menaces et les pressions au nom de la démocratie et des droits de l’homme pour contraindre toujours plus un pouvoir pourtant installé par eux. C’est ainsi que même l’équipe pro-occidentale au pouvoir à Belgrade refuse le vol du Kossovo. La période dite de « transition démocratique », qui a commencé en 2000 avec le renversement de Slobodan Milosevic, a été une période d’intensif pillage économique. Avec les privatisations à outrance l’Occident a fait main basse sur tout ce qui avait quelque valeur (grandes entreprises, sidérurgie, matières premières, systèmes de télécommunications). Aidé dans cette mise à sac par les ultralibéraux des partis fabriqués dans les ambassades occidentales comme le G17Plus.Dans l’esprit du peuple serbe les Etats-Unis et l’Union Européenne, c’est la même chose, c’est « l’Ouest » (Zapad). Cet Occident historiquement coupable de la Chute de Constantinople et qui veut imposer aujourd’hui « l’intégration euro-atlantique ». Cet Occident et ses nouvelles Croisades. Car la « diplomatie coercitive » de Madeleine Albright, le « devoir d’ingérence » de Bernard Kouchner, les embargos commerciaux de l’Union Européenne, les crimes des séparatistes, les mercenaires étrangers, les sanglants bombardements de l’OTAN sont encore en mémoire. Par tradition depuis la geste épique du haut moyen âge les Serbes sont le peuple qui a la mémoire la plus longue. Le Tribunal de La Haye, le TPIY, est assimilé à une Nouvelle Inquisition chargée de continuer la guerre par d’ autres moyens. Les Serbes pensent que cela ne s’arrêtera jamais, à moins que la Russie… Le dit tribunal n’a condamné que des Serbes, plusieurs chefs serbes sont mort dans la prison de Scheveningen et le passage à La Haye de Bosniaques musulmans et d’ Albanais du Kossovo s’est révélé n’être que du cinéma. Qu’il s’agisse du terroriste albanais Ramuz Haradinaj ou de son collègue bosniaque Naser Oric, ces individus n’ ont fait que de la figuration pour que l’on puisse donner le change avant de les relaxer. Haradinaj a fait tuer tous ses témoins et en conséquence le tribunal a estimé qu’il ne pouvait plus le juger. Le TPIY n’a rien d’une juridicion indépendante comme il a essayé de le faire croire. C’est un tribunal de circonstance, financé en ses débuts par George Soros et des sociétés commerciales, un pseudo tribunal qui a fait et continue de faire un procès politique de rituel anglo-saxon à des Serbes qui n’ont commis qu’un seul « crime », celui de résister à Moloch.

Vous m’avez posé la question sur Radovan Karadzic. Je l’ai rencontré en Bosnie. Il m’a reçu à Pale en 1995 et m’a même donné une médaille. J’ai pu parler longuement avec lui. C’est un personnage intègre, un pur. Il n’a jamais voulu le pouvoir pour le pouvoir comme la plupart des politiciens mais le pouvoir pour défendre son peuple agressé et menacé. Avoir osé défendre les siens et avoir résisté à ceux qui ont détruit la Yougoslavie et attaqué la Serbie, c’est ce que « nos démocraties » lui reprochent. Radovan Karadzic a été et demeure l’objet d’une diabolisation à l’anglo-saxonne, comme le général Mladic qui n’a fait que son devoir d’officier qui était de défendre son territoire et son peuple contre l’ agression étrangère. En se faisant livrer Karadzic par des traîtres et des kollabos, le Sanhédrin de La Haye n’a non seulement pas entammé sa popularité mais encore il en a fait une icône. La partie vaillante du peuple serbe pense qu’ il faudra l’arracher des griffes de l’Ogre. Je salue au passage les militants du Mouvement Populaire 1389 qui manifestent chaque jour à Belgrade depuis l’annonce de son arrestation, des manifestations quotidiennes complètement passées sous silence par la presse occidentale.

Il est évident que l’arrestation et la livraison de Radovan Karadzic à La Haye ne changeront rien aux convictions des Serbes à son égard et que cela n’aura non plus pas d’ effet sur l’adhésion à l’Union européenne. Cette adhésion, c’est Bruxelles qui la veut et de moins en moins de Serbes y sont favorables, d’autant plus que ceux que la Serbie profonde voit comme un club de malhonnêtes — pour ne pas dire de bandits — ont le culôt d’émettre sans cesse des exigences insupportables. Pour imposer par la force leur mission EULEX après l’octroi illégal de l’indépendance à la minorité albanaise du Kossovo, Bruxelles s’est appuyée sur un document falsifié auquel il manquait les dix lignes les plus importantes de la résolution 1244, celles qui stipulent que le Kossovo autonome est et restera partie intégrante de la Serbie. Par cette mission l’Union Européenne entend succéder à la MINUK des Nations Unies qui est pour les Serbes un moindre mal car la mission de l’ ONU repose sur la résolution 1244 non expurgée. EULEX vise à fournir les cadres administratifs qui manquent à la Mafia albanaise. Mon avis est que la Serbie doit attendre qu’une autre Europe reposant sur d’autres valeurs et une autre politique se dessine et que la Russie devienne de plus en plus active. Cela n’empêche pas de continuer la Résistance, bien au contraire. Le dynamitage des deux barrages de la ligne de démarcation et les manifestations de Kosovska Mitrovica après la proclamation d’indépendance ont impressionné l’occupant et c’est ce qu’il fallait faire.

L’unilatéralisme totalitaire décrété en 1991 par l’Amérique semble être arrivé à son terme (perte générale d’influence de l’empire, renaissance de grands espaces tels que l’Asie, l’Orient, l’Eurasie, l’Amérique latine ..), pensez vous que l’on doive s’en réjouir ?

L’unilatéralisme états-unien a été stimulé par l’implosion de l’Union Soviétique. Au début des années 1990 les Américains ont cru qu’ils pouvaient tout se permettre et que le monde leur appartenait. En 2003, dans Le Grand Echiquier, Zbigniew Brzezinski a établi le progamme: établir un cordon sanitaire autour de la Russie, la couper en trois morceaux et empêcher que ne se crée un bloc géopolique européen contrebalançant la puissance états-unienne. Les deux pays utilisés pour éviter ce cauchemar étaient la Pologne et l’Ukraine. Spéculant sur un abaissement irréversible de la Russie, les Américains se sont lancés dans les opérations de conquête que l’on sait, attaque de l’Irak en 1991 et 2003, démantèlement de la Yougoslavie et tentatives de prise de contrôle politique des anciennes républiques de l’Union Soviétique. Ils combattaient des musulmans au Proche Orient tout en en soutenant d’autres dans les Balkans et le Caucase. Leur but était d’encercler la Russie et d’ essayer de faire oublier leur soutien à Israël. Le 11 septembre 2001 et la « guerre à la terreur » contre l’épouvantail Ben Laden devaient faciliter la projection militaire en Afghanistan et en Irak. Mais les expéditions militaires ont provoqué des réactions et stimulé des résistances. La croisade des démocraties derrière la bannière étoilée s’est avérée être un fiasco. Des alliés ont jetté l’éponde en Irak, la guerre en Afghanistan s’est enlisée et la politique du « nation building » en Bosnie et au Kossovo a été un fiasco. Mieux, elle a permis à la Russie de damer le pion aux Américain en Géorgie et de rendre la monnaie de la pièce du Kossovo en reconnaissant l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. La conséquence c’est que « l’ordre juridique international » sur lequel prétendaient se fonder les démocraties occidentales a été ruiné par ces mêmes démocraties. C’est tout à fait moral puisqu’elles l’interprétaient à leur façon. Le monde retourne donc à une affirmation bainvillienne des nations et des sphères d’influence.

Avec la dépréciation du dollar, l’implosion de la bulle financière, les syncopes d’une place boursière aussi emblématiques que Wall Sreet, se profile la fin du rêve de Projet pour le Nouveau Siècle Américain, le fameux « PNAC » des « néocons » . La perte de confiance chez les alliés va de pair avec l’affirmation de nouvelles puissances émergeantes comme le Brésil, l’Inde, la Chine qui ont leur mot à dire. En Amérique latine, chasse gardée de l’oncle Sam, Washington a une épine dans le pied au Venezuela, plantée par la « révolution bolivarienne » d’un Chavez qui parle au nom de tout le Cône sud et y provoque la contagion. Riche de son pétrole, Chavez peut défier le maître yankee et les peuples l’Amérique latine applaudissent.

La crise du capitalisme financier et de l’économie virtuelle détruit le mythe du progrès et de l’invincibilité de l’Occident américain au moins autant sinon plus que les échecs militaires en Irak et en Afghanistan. « L’empire est au bord de sa fin » explique Emmanuel Todd. Il n’est pas le seul. Aux Etats-Unis les analystes Charles Kupchan, Thomas Fingar, Jim Lobe, Michael Lind et maints autres commentateurs pensent que c’est le début de la fin. Le modèle américaniste est discrédité, l’économie est en récession, le moral est atteint. Un certain Andrew Bacevich a sorti un bestseller intitulé « The limits of Power. The End of American Exceptionalism » L’influence des Etats-Unis est en baisse. L’Amérique n’est plus l’avenir de l’Humanité. On le savait mais maintenant de plus en plus de learders d’opinion le disent. Bref ce « colosse aux pieds d’argile », malgré ses 761 bases militaires à travers le monde et un budget défense dépassant ceux de tous les autres pays réunis semble devoir s’écrouler.

Donc peu importe qui gagne les présidentielles. En s’excitant sur cette mascarade comme si c’était l’acte fondateur du futur la presse française montre où est sa Mecque. Que ce soit le Démocrate Obama ou le Républicain MacCain, cela n’a aucune importance et ne change rien à la suite des évènements. C’est le système global — « global » ce mot maniaque des think tank états-uniens — qui est brutalement remis en cause. Comme les tours de Manhattan la Nouvelle Carthage arrogante et belliciste est sur le point de s’écrouler. Que l’on ne compte pas sur la communication ou le marketing des sociétés de relations publiques pour inverser la tendance, un monde multipolaire est en train de surgir. Que l’on pense à tous les changements que cet ordre nouveau et l’affirmation d’un pôle géopolitique eurasiatique vont entraîner.

Comment situez vous l’Europe dans cette logique de grands espaces et quelle devrait être son rôle au sein d’un monde multipolaire ?

Les têtes officielles de l’ Europe, comme José Manuel Barroso ou Javier Solana, sont des agents américains. Venant souvent de la gauche, ils ont été lavés et reçyclés par les services compétents pour devenir les petits toutous aboyants de l’oncle Sam. Avec la crise, l’Europe de Bruxelles apparaît comme ce qu’elle est, un géant économique et un nain politique ligoté aux Etats-Unis. Depuis 1945 cette Europe, qui s’est élargie et est devenue l’Union Européenne, a été volontairement maintenue dans un état de dépendance politique et militaire que dénonçait il y a quarante deux ans déjà le Général de Gaulle. Ne voulant pas subir la loi des Anglo-Saxons ce conservateur révolutionnaire avait sorti la France du commandement militaire intégré de l’OTAN et démantelé les bases américaines. Les atlantistes prétendent que c’est le passé mais la sortie de l’OTAN et le démantèlement des bases militaires US sont au contraire l’avenir de l’Europe. Nos amis serbes pourront ainsi assister au démontage des bases américaines des entités fantoches, à la fin de Camp Bondsteel et de tous les Camp Monteith et autres Able Sentry. L’industrie d’armements européenne y gagnera. Les Etats européens qui auront le moins collaboré y gagneront. Le zèle des marionnettes de l’Amérique, de ces entités qui ont donné des boulevards à Clinton et à Bush sera sanctionné. Les juges d’aujourd’hui seront les accusés de demain. Pour avoir une idée de ce que sera cette Europe il faut lire les écrits de Jean Thiriart en les replaçant dans le contexte de notre temps.

La Russie semble sortir d’une longue hibernation et se préparer a être un acteur de premier plan. Pensez vous que ce pays a les moyens de surmonter les défis en cours ? (démographie, santé, provocations militaires occidentales, immigration chinoise très forte en Sibérie…) ? Comment jugez vous globalement la nouvelle administration Russe depuis 1999 ?

Il y a une grande différence avec la période Eltsine. Un pouvoir fort apte à la décision, une économie qui se porte mieux, une armée qui se reconstruit. Au dedans le tandem Poutine-Medvedev fonctionne bien et a gagné en popularité, au dehors la Russie est non seulement crainte et respectée mais encore elle est devenue un espoir pour tous ceux qui ne supportent plus l’hégémonie des Etats-Unis. La Russie est perçue comme la puissance susceptible de briser le monopole de Washington. Idéologiquement critiquable, le libéralisme étatique russe est un moyen pour développer une économie viable. La solution à terme étant un nouveau socialisme national de champ continental.

On peut espérer que les perspectives démographiques s’améliorent. Les mesures natalistes prises par Vladimir Poutine vont dans le bon sens. Elles devraient être renforcées. L’immigration chinoise en Sibérie correspond à un flux de main d’oeuvre difficile à éviter. Il faut le contrôler. Les Occidentaux qui font mine de s’inquiéter d’un « péril jaune » en Sibérie feraient bien de balayer devant leur porte, eux qui se sont montrés incapables de résoudre la question de l’immigration chez eux. La crise systémique où nous sommes peut faciliter la résolution de ce problème et tarir les flux migratoires, ne serait-ce que si les « pays d’accueil » deviennent moins attractifs pour des raisons économiques.

L’agressivité de l’OTAN qui depuis la fin de l’Union Soviétique cherche à encercler la Russie de la Baltique aux « Balkans d’Eurasie » en passant par les rives de la Mer Noire, aura été finalement « un mal qui entraine un bien ». Elle aura fait prendre conscience au Kremlin de la nécessité de se doter de moyens de défense à la hauteur des nouveaux défis et de nouer de nouvelles alliances. Les associations comme l’Organisation de Coopération de Shangaï (OCS) ou Brésil Russie Inde Chine (BRIC) s’inscrivent dans cette perspective. Il était temps de contre-attaquer à ce niveau car la Russie a perdu du temps et des opportunités en particulier dans les Balkans avec la Serbie trahie sous Eltsine et mal soutenue sous Poutine jusqu’à l’affaire récente du Kossovo. Le Kossovo semble avoir été l’ électrochoc d’une Russie restée trop longtemps passive et qui commettait l’erreur de se cantonner à la diplomatie. Les Occidentaux ont longtemps pris cela pour de la faiblesse jusqu’au réveil estival de l’ « Ours Russe » en Géorgie. Une réaction liée à l’affaire du Kossovo. « Quand je dis « Kossovo » je pense « Caucase » » déclarait Poutine le 31 janvier 2006.

La grand bouleversement du prochain siècle sera probablement double : leadership mondial, économique asiatique (Chinois ?) et explosion démographique du monde musulman. Comment estimez vous compatible / incompatible ces deux éléments ?

La Chine est un monde et se considère comme le centre de la planète. Cela a toujours été ainsi et c’est la signification du terme « Empire du Milieu ». A Pékin j’ai demandé à des dirigeants chinois des instances suprêmes du Parti et de l’Etat ce qu’ils voulaient. La réponse a été claire. Nous voulons, m’ont-ils répondu, dépasser le Japon et devenir la puissance prépondérante en Asie. Ils veulent récupérer Taïwan. Ils m’ont dit aussi souhaiter une Europe plus forte et moins dépendante des Etats-Unis. Ils ont une certaine fascination pour l’Allemagne qui travaille fort et est disciplinée. Les Français sont sympathiques mais peu efficaces. Les Arabes ne sont jamais à l’heure (…). Les Anglo-américains sont les continuateurs des Guerres de l’Opium. On peut s’entendre avec les Russes. L’Organisation de Coopération de Shangaï est une sécurité pour les deux. Voilà, en résumé, comment ils voient le monde.

On a beaucoup glausé sur le nombre de Chinois, prétendu qu’ils allaient se répandre dans l’univers. La Chine n’est pas un long fleuve tranquille. Sa population d’un milliard trois cent millions d’hommes à ce que l’on dit — personne n’a vérifié mais ce qui est sûr c’est qu’ils sont nombreux… — lui pose de gros problèmes. Démographes et prévisionnistes estiment que le nombre de Chinois devrait chuter aux alentours de 2030. Ses 53 ethnies – il n’y a pas que le groupe majoritaire Han , la superficie des régions séparatistes ethniques et religieuses convoitées comme le Tibet, le Xinkiang et la Mandchourie, le fait que la majorité des Chinois soient concentrés dans la partie est du pays, tout cela nécessite le maintien d’une direction politique forte, une augmentation quantitative et qualitative du budget de la Défense et une industrialisation qui ne soit pas limitée aux seules régions côtières du Pacifique. Avec tous ces problèmes, dont un développement trop rapide et polluant n’est pas l’un des moindres, la Chine a d’autres chats à fouetter que de se lancer dans une aventure extérieure. La question la plus importante pour elle étant maintenant d’avoir accès aux énormes sources d’énergie nécessaires à son développement. Ces dernières se trouvent au Proche Orient et en Afrique.

Pour ce qui est de l’expansion démographique du monde musulman, elle est là aussi d’abord un problème pour ce monde musulman qui est, par ailleurs, loin d’être homogène. Les musulmans se tournent tous vers La Mecque pour prier et se soumettent aux règles du Coran, mais ces musulmans sont très différents. Il faut tenir compte des oppositions entre Sunnites et Schiites, ne pas confondre l’Islam avec l’intégrisme wahabbite qui vient d’Arabie Séoudite, savoir que les Arabes, qui contrôlent les principaux lieux saints de l’Islam, sont minoritaires dans l’Oumma. La majorité est faite d’autres ethnies, d’Indonésiens, de Pakistanais, de Malais, de Perses, de Turcs. Même s’ils se tournent vers La Mecque les musulmans de Russie ont aussi leurs particularités et l’on trouve chez beaucoup de musulmans une compréhension et une sympathie envers un monde orthodoxe qui n’est pas sans points de ressemblance avec l’Islam. Donc il ne faut pas se faire d’ennemis dans le monde musulman sous prétexte que certains s’y comportent mal. La direction russe l’a compris, qui a fait entrer la Fédération dans l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), collabore avec les musulmans du dedans et tend la main aux musulmans du dehors, entretenant de bonnes relations avec les pays les plus importants de l’Islam, la Turquie, l’ Iran, l’ Indonésie, le Pakistan et même l’ Arabie Séoudite.

La France (aux commandes de l’UE), et son tandem Sarkozy-Fillon, semble jouer sur un rapprochement très fort et avec la Russie et avec l’Amérique. Jugez vous cette double orientation crédible, et quel est d’après vous son sens profond ?

« Sarközy l’Américain », comme il s’est qualifié avant son élection, incarne une France amnésique, déboussolée, affaiblie par le capitalisme financier, la démocratie libérale, l’ingérence étrangère et une immigration colonisation de peuplement porteuse de conflits. A la fiche des ministres le gouvernement Sarközy-Fillon n’est pas le gouvernement de la France mais un gouvernement de l’étranger. Comme Iouchtchenko en Ukraine, Sarközy a été élu avec l’aide des Américains. La sous secrétaire d’Etat US, Karen Huyghes, l’a publiquement reconnu il y a un an avant d’être licenciée, comme l’anglais Gordon Brown et le turc Erdogan, Sarközy a fait partie d’un « programme ». On sait que sa campagne électorale a été élaborée par Boston Consulting Group, les sondages favorables étaient distillés dans la presse par OpinionWay et les résultats du ministère de l’intérieur, avant publication officielle, étaient filtrés par Level 3 Communications, une société basée à Denver, Colorado. Il faut se souvenir de ce qu’avait dit la Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice au début 2003 après le refus du précédent gouvernement Chirac-de Villepin de participer à la guerre américaine contre l’Irak: « Nous allons punir la France, ignorer l’Allemagne et pardonner à la Russie ». Le pardon à la Russie était hypocrite. Dans cette période de l’après 11 septembre 2001 les Etats-Unis faisaient semblant de croire à la participation de la Russie à la « guerre à la terreur ». Et avaient besoin de Moscou pour alimenter via la Russie leur corps expéditionnaire à Kaboul. En revanche ils en voulaient vivement à la France jusqu’à faire vider les bouteilles de vin français dans les canivaux et à rebaptiser leurs French fries « Freedom fries ». C’était l’époque où l’on évoquait la possibilité d’un axe Paris-Berlin-Moscou, un axe que Washington voulait à tout prix empêcher de voir naître pour les raisons décrites par Zbigniew Brzezinski.

Toujours est-il que Sarközy, aussi mauvais soit-il, est autant conduit par la France qu’il la conduit. Malgré ses allégeances atlantistes, malgré l’influence négative des lobbies, Sarközy dispose d’un véhicule soumis à une réalité géographique, à une constante historique et à des pesanteurs sociologiques, qui s’appelle la Nation française. Superficiel mais doué pour la communication, l’individu est opportuniste et peut très bien, s’il le juge conforme à son intérêt, changer de discours politique. On l’a vu dans l’affaire géorgienne où, à l’opposé de l’activisme forcené d’un Kouchner (aussi russophobe qu’il est serbophobe et sans doute aussi francophobe) en faveur de Saakachvili, le président de la France, président en exercice de l’Union Européenne, a arrondi les angles avec la Russie au grand dam de la Grande Bretagne, de la Pologne et des Pays Baltes. Sans doute les considérations énergétiques jouent-elles un rôle dans ce comportement mais elles n’expliquent pas tout. Malgré son penchant américaniste, Sarközy se rend bien compte, lui aussi, du déclin états-unien, il connait l’impopularité de Washington dans le monde et, sur un plan psychologique, c’est quelqu’un qui est impressionné par la force. Or aujourd’hui la force déclinante ce sont les Etats-Unis et la force montante, encore plus visible depuis la contre-attaque russe en Géorgie, c’est la Russie. L’Europe est entre les deux, géographiquement plus proche de la Russie que des Etats-Unis, et la France n’a pas fini de subir l’héritage des idées-force gaulliennes. Sarközy, malgré sa fascination pour Bush, n’a pas été très bien traîté par la presse anglo-saxonne qui le caricaturise en petit Napoléon à talonnettes et se moque de lui. En revanche il a été correctement accueilli par les dirigeants et la presse russes. Tout cela explique la déclaration de Sarközy au World Policy Center de l’IFRI à Evian début octobre en présence de Dmitri Medvedev, à savoir la désignation publique de la Géorgie de Saakachvili comme l’agresseur.

Le Pentagone semble vouloir aspirer l’Ukraine dans l’OTAN (après l’échec géorgien) et installer sa flotte dans la mer noire. Ajouté aux remous politiques en cours et aux échéances électorales proches en Ukraine, peut on imaginer un «conflit» dans ce pays et une scission en deux ou trois entités, à la manière yougoslave ?

L’ Ukraine me fait penser au Liban et à la Yougoslavie à la veille de leurs guerres civiles. On présentait ces deux derniers pays comme des modèles de cohabitation et de fraternité entre ethnies et religions et puis on sait ce qui s’est passé. On ne peut donc pas exclure un morcellement de l’Ukraine à la faveur d’une crise plus grave que les autres. Mais l’intérêt de la Russie n’est pas de faire éclater ce pays mais de voir accéder au pouvoir une direction politique qui ne soit pas hostile, c’est-à-dire qui ne fasse pas adhérer l’Ukraine à l’OTAN. Car plus que pour la Géorgie une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN serait un casus belli pour la Russie et pour s’en convaincre il suffit de regarder une carte. La Mer Noire deviendrait un lac de l’OTAN.

L’Ukraine dans l’OTAN, ce serait le départ obligatoire de la Flotte russe de Crimée. A ce moment là nous aurions les mouvements suivants: sécession immédiate de la Crimée majoritairement russe et qui a manifesté massivement contre l’OTAN ces derniers mois. Sécession de l’Est de l’Ukraine, des régions de Karkhov et dе Donetsk. Sécession de la côte autour du port d’Odessa. La jonction serait établie avec le Pridnestrovie, cette bande de territoire « russophone » appartenant aux « conflits gelés », qui longe le Dniestr sur 400 kilomètres et qui, sous le nom connu de Transnistrie, trace la frontière avec les pays roumains. Kiev pourrait se trouver dans la situation de Belgrade avec un territoire réduit et des entités qui lui échappent. On peut même imaginer que la région de Lvov (Lviv) se tourne vers la Pologne. Ce serait tout le plan des Brzezinski qui volerait en éclat. Ce plan soutenu par Soros et les fondations pour la « révolution orange » ne visait pas simplement à installer un pouvoir antirusse à Kiev, il visait aussi à souder l’Ukraine à la Pologne pour en faire un puissant cheval de Troie occidental contre la Russie. Et contrebalancer le « couple franco-allemand » jugé peu sûr et en permanence suspecté de loucher sur la Russie.

Pourriez vous conseiller aux lecteurs cinq ouvrages clefs à lire, cinq sites / blogs a consulter ?

Les livres que j’apporterais sur une île déserte?
Le Fil de l’Epée de Charles de Gaulle, le Traité de Sociologie Générale de Vilfredo Pareto, Le Viol des Foules par la Propagande Politique de Serge Tchakotine, les Réflexions sur la Violence de Georges Sorel et Les Conséquences Politiques de la Paix de Jacques Bainville.
Pour les sites français, je consulte fréquemment :
dedefensa
réseau voltaire
zebrastationpolaire
toutsaufsarkozy
Dissonance

Avez-vous quelque chose à ajouter?

Oui, j’observe de près les affaires serbes et je voudrais déplorer le fait que les Patriotes serbes aient raté à plusieurs reprises cette année le coche de l’Histoire. J’avais déjà remarqué les profondes carences du Mouvement nationaliste serbe, qui peuvent se résumer en deux points: 1°) Le Mouvement nationaliste serbe souffre de l’absence d’une pensée révolutionnaire et d’une direction révolutionnaire. D’une direction capable de faire l’analyse concrète d’une situation concrète et d’en tirer tous les enseignements.
2°) Egaré dans les stériles jeux parlementaires et les manifestations métapolitiques, le Mouvement nationaliste s’est montré incapable de tirer parti de situations qui pouvaient permettre de chasser du pouvoir l’oligarchie pro-occidentale de Tadic et de lui substituer un Gouvernement national populaire.

Il y a d’abord eu les élections présidentielles perdues de très peu par la direction du Srpska Radikalna Stranka, le Parti radical (SRS) le 3 février, direction qui ne devait pas en contester le résulat comme elle l’ aurait dû. Mieux, le candidat Tomislav Nikolic félicitait son « adversaire » à 21 h 00, sur la base des évaluations d’une ONG américaine spécialisée dans les « exit polls », les sondages sortie des urnes. Pour le second tour, des individus du Parti démocratique avaient distribué aux abstentionnistes des billets de 50 euros et un bulletin de vote au nom de Tadic. Les ambassadeurs occidentaux ne s’étaient pas gênés non plus pour s’inviter dans la campagne électorale et menacer.

Le vote était intervenu quinze jours avant la proclamation de l’indépendance du Kossovo le 18 février. A partir de ce moment-là un puissant mouvement patriotique de masse conduit par la jeunesse déferla dans les rues, les ambassades occidentales furent prises pour cible et la principale, l’ambassade des Etats-Unis, attaquée deux fois, était finalement incendiée. Je dois dire que ce fut une énorme erreur de la part des jeunes dirigeants nationalistes d’arrêter net les manifestations après l’incendie emblématique de l’ambassade US et des McDo.

Il fallait au contraire lancer un mouvement sans retour, non seulement intensifier les manifestations mais encore lancer comme aurait dit Sorel la « vague dévastatrice », créer les conditions de l’ insurrection nationale, détruire les concessions occidentales, décréter la grève générale, occuper physiquement les centres vitaux du pays, les ministères, le parlement, les mairies sans oublier les radios et les télévisions qui insultaient les Patriotes, les traitant de « hooligans ». A ce moment-là le pouvoir était vacant, il était à prendre. Mais, effrayés par l’audace des plus décidés, les dirigeants du Mouvement nationaliste laissèrent filer le mouvement . Quant à la direction radicale, complètement absente des manifestations de rues, elle devait se montrer au-dessous de tout, n’organisant rien et commettant la faute de participer à la manifestation de récupération « patriotique « de Vojislav Kostunica devant le parlement. Ce 21 février Tadic était parti se réfugier en Roumanie. La direction radicale avait tourné le dos au mouvement populaire et noyé le Parti radical dans un Front conservateur. Politicien de type Quatrième République, le premier ministre Kostunica allait provoquer la dissolution du parlement et appeler à des élections législatives anticipées.

Aux législatives du 11 mai, le Parti radical devait essuyer un demi échec en ne réussissant pas à capitaliser sur son nom le puissant mouvement de protestation de masse qui s’était déversé dans la rue. Cet échec était dû à la pusillanimité de ses dirigeants et à leur fourvoiement dans le camp conservateur qui avait repris et même dépassé leur réthorique patriotique. Toutefois malgré cet échec, le Parti radical pouvait encore accéder au pouvoir et prendre la tête d’un nouveau gouvernement à majorité SRS (radicaux) avec la coalition DSS-NS (« populistes ») et celle du SPS (socialistes).

Malgré ces erreurs et ces fautes il y avait en effet toujours danger pour le Parti démocratique de Boris Tadic car sa « Coalition pour l’Europe » n’avait pas réussi à obtenir la majorité. Dans les jours qui suivirent les législatives certains leaders pro-américains prirent peur et menacèrent de faire descendre leurs troupes dans la rue. Certains songeaient à un coup d’Etat. Sur ordre des Occidentaux, les Etats-Unis et la Grande Bretagne en tête, le pouvoir et les oligarques serbes (ils existent) comme Miroslav Mišković élaborèrent toutefois une stratégie plus sournoise, celle d’ acheter le Parti socialiste et ses satellites et de leur proposer des postes dans un gouvernement dominé par le Parti de Tadic. Cette manoeuvre de corruption entraîna de longues tractations qui durèrent deux mois et qui indiquent les difficultés, les hésitations et les pressions.

Hésitant, le chef du Parti socialiste, Ivica Dacic, avait commencé par se rendre à Moscou le 16 mai où un émissaire du Kremlin, le chef du Parti Russie Juste, Serguei Mironov, l’avait assuré qu’en cas de formation d’un Bloc patriotique SRS-DSS-SPS ,la Russie soutiendrait à fond la formation de ce nouveau gouvernement. Mais les Occidentaux tenaient à tout prix à faire capoter cette possibilité. Pour cela ils poussèrent les deux maillons faibles de la coalition du SPS, Markovic Palma, un ancien troisième couteau d’Arkan, à peine alphabétisé et ayant du mal à se déplacer à cause de son embonpoint, à qui l’ambassadeur de Grande Bretagne promit d’implanter dans son fief de Jagodina, une petite ville du centre de la Serbie, rien moins que « l’Eurodisneyland des Balkans »! Le grotesque président d’ Unité de la Serbie (JS), formation infrapolitique à 1%, fut même invité en à Eurodisneyland-France pour lui mettre l’eau à la bouche. La contrepartie était qu’il se répande en déclarations péremptoires pour exclure toute alliance avec les Radicaux et empêcher un gouvernement « patriotique », ce qu’il fit, mettant Ivica Dacic dans une situation délicate. L’ambassadeur de Grande Bretagne devait pousser le zèle jusqu’à se déplacer à Jagodina où « Palma », flatté de tant d’honneurs, le reçut en grande pompe. L’autre maillon faible de la coalition du SPS n’était autre que Jovan Krkobabic, le filiforme et narcissique chef du Parti des retraités (PUPS) qui avait du apporter 2% au maximum à la coalition SPS. Ces deux sous partis totalisaient 7 députés, ce qui avec le ralliement de quelques députés des « minorités », suffisait à faire pencher la majorité parlementaire vers le Parti démocratique.

Mais l’opération « sauvetage de la démocratie » comportait un second volet concernant tout particulièrement le Parti socialiste. D’abord les Américano-occidentaux firent savoir à Dacic que toute participation à un gouvernement d’Unité patriotique entraînerait de lourdes sanctions contre les dirigeants du Parti et qu’ils avaient tout à y perdre. Après la menace du bâton, ces ambassadeurs intimement liés aux services de renseignements de leurs pays respectifs, l’américain Cameron Manter, précédemment en poste à Mossoul, et le britannique Stephen Wordsworth, ex chargé d’affaires à Moscou, mirent la carotte sur la table: réhabilitation du Parti socialiste par la « communauté internationale », réintroduction du Parti dans l’Internationale Socialiste (IS), parrainage auprès de Tadic pour obtenir des ministères importants dans le gouvernement à former, dotation de postes de direction dans de grandes entreprises, enfin une somme d’ argent était attribuée à tous les députés et à tous les membres de la direction du Parti. Chacun d’eux devait toucher, selon Mihailo Markovic, un ex numéro deux du Parti passé à la scission du Mouvement Socialiste à cause de cela, la somme de 50.000 euros. Le 23 mai, Ivica Dacic rencontrait à Athènes le chef de l’Internatinale socialiste, George Papandreou, membre de Bilderberg, qui confirmait la « proposition amicale » des Anglo-Saxons.

Mais durant toute cette période, Tomislav Nikolic avait aussi tout fait pour dégouter les socialistes de former un gouvernement d’Union Patriotique avec les Radicaux et les « Populistes » (DSS-NS). Ce comportement devait permettre aux Socialistes (qui n’avaient que 7,9% des voix mais constituaient l’incontournable groupe charnière) de hisser la barre très haut pour obtenir le maximum d’un Tadic aux abois. Pis encore, la Mairie de Belgrade, puisqu’il y avait eu aussi des municipales, devait normalement revenir au numéro deux du Parti radical arrivé en tête et majoritaire avec ses « alliés ». Un accord avait été signé entre Alexandre Vucic et ses partenaires populistes et socialistes. Eh bien non seulement l’accord ne devait pas avoir de suite mais encore Vucic et la direction radicale ne réagissaient pas au maintien de l’ancien maire à son poste, la direction radicale ne tentait même pas d’ occuper la mairie, laissant cette dernière encore une fois au parti de Tadic.

Donc il y a eu d’abord la trahison des dirigeants socialistes qui ont été, répétons-le, vulgairement achetés, le Parti socialiste collaborant avec ceux qui avaient livré et tué son fondateur Slobodan Milosevic à La Haye, et il y a eu ensuite le comportement inexplicable des dirigeants radicaux Nikolic et Vucic. Dès ce moment-là toutefois certains murmuraient que les Radicaux ne voulaient pas prendre le pouvoir et que leurs chefs avaient été eux aussi achetés pour ne rien faire et continuer de se vautrer dans une confortable et tranquille opposition.

Le soir du 29 juillet j’étais à deux mètres de la tribune lorsque le Parti radical poussé par la rue a organisé avec dix jours de retard une grande manifestation de protestation (30.000 participants) contre l’arrestation de Radovan Karadzic. Encore une fois le Parti radical devait opter pour le Front conservateur, invitant à la tribune des politiciens patriotards qui n’avaient rien à y faire. Fixée à 19h00 Place de la République la réunion devait être longue, pénible (trop d’orateurs) et quand vint le tour du dernier, Nikolic, ce fut le bouquet. Cétait tard, 11 heures du soir, et le discours du numéro un par intérim du Parti fut interrompu en plein milieu par des explosions répétées et une ondulation dangereuse de foule. C’était la police qui, sous prétexte de la présence de perturbateurs à 400 mètres de là, attaquait le meeting autorisé, gazant des centaines, des milliers de participants, matraquant à tour de bras (un membre du Parti devait d’ailleurs mourir dans ces violences). Eh bien non seulement le service d’ordre du Parti radical, qui avait pour mission de protéger d’abord les journalistes, se montrait ce soir-là incapable de protéger ses propres partisans et sympathisants mais encore Nikolic et sa suite abandonnaient la tribune et s’enfuyaient comme des rats au lieu de faire front à la tête des partisans comme l’aurait fait Seselj.

Dans la nuit, alors que, gazé, je prenais la tangente par des rues adjacentes avec l’ami Radenko pour échapper aux violences policières, tout ce que j’avais pensé sur la conduite de la direction du Parti radical ces derniers mois me revenait à l’esprit. Ce laisser-aller, cette pusillanimité, cette mollesse, et même cette complaisance envers l’ennemi, cette absence dans la rue aux moments décisifs devaient prendre tout leur sens quand on voyait en septembre Nikolic et Vucic faire scission du Parti radical pour créer un nouveau parti parlementaire de « centre droit » (sic) avec l ‘agrément du Parti démocratique et des ambassades des Etats-Unis et de Grande Bretagne! Habitués aux honneurs et aux blablabla du parlement, ces politiciens en complet veston ont fini par se vautrer définitivement dans la fange de la politique politicienne. Ils ont pris le chemin opposé du fondateur et chef du Parti radical, Vojislav Seselj, en prison à La Haye depuis février 2003, le chemin du déshonneur et de la trahison. Il y avait un DSS machine à faire perdre les Patriotes. Maintenant il y en a deux.

Je l’avais dit en juin dans un entretien à l’hebdomadaire Pečat, la Serbie a besoin, parallèlement au Parti radical (et pas contre lui) d’un Mouvement nationaliste révolutionnaire conséquent, d’un mouvement qui ne dissolve pas dans les jeux politiciens et parlementaires les aspirations de libération nationale et sociale du peuple. Dans cette interview, j’avais aussi critiqué les carences de la plupart des chefs de groupes nationalistes hors Parti radical, qui se sont montrés incapables de faire monter la pâte et de donner naissance à une structure nationale révolutionnaire extraparlementaire, consciente et organisée. Sauf exception, ces mouvements ont confondu manifestations politiques et processions religieuses se perdant à l’Eglise et substitué aux nécessités concrètes des luttes actuelles les nostalgies et le folkore du passé. La meilleure chose qu’auraient à faire maintenant ces dirigeants s’ils en avaient la capacité, ce serait de lire Lénine, Gramci, Sorel, Blanqui et d’adapter leur enseignement à la situation d’aujourd’hui. Il devraient aussi jetter un oeil sur le Catéchisme Révolutionnaire de Netchaïev qui, plus qu’un programme, indique la mentalité nécessaire à l’action. Après l’ interview qui a été très commentée, j’ai rédigé un petit texte intitulé « Nécessité d’un Mouvement nationaliste révolutionnaire en Serbie » (NDLR : texte reproduit ci après) , que j’ai gardé sous le coude en attendant que les choses se décantent. Il contenait la critique objective de ce qui n’allait pas et la trame de ce qu’il faut faire.

Је voudrais maintenant insister sur l’importance de la Question serbe et du lien Serbie-Russie. Le démantèlement de la Yougoslavie, et à l’intérieur de cette Yougoslavie la réduction territoriale de la Serbie par les Etats-Unis et leurs complices, ont servi de modèle pour s’en prendre à la Russie. Dans l’esprit des Occidentaux la fin de l’Union Soviétique n’était qu’une première phase consistant à détacher la périphérie (Ukraine, Caucase, Pays baltes, Moldavie, Républiques d’Asie centrale) du centre russe. La seconde phase devait être le découpage de la Fédération de Russie en trois morceaux et la réduction de la Russie à la Moscovie. A Moscou toutefois avec Vladimir Poutine une nouvelle équipe a succédé à l’équipe de faillite Gorbachev-Eltsine et a enrayé ce mouvement de déclin en reconstruisant un cadre et une force. Plus petite et plus exposée, par sa « résistance de retard », la Serbie a permis à la Russie de prendre conscience de ce qui l’attendait si elle ne réagissait pas. A partir du début des années 1990 la Serbie a rendu un service immense à la Russie en fixant l’OTAN dans les Balkans, en dévoilant les plans séparatistes de Washington et de Bruxelles – le nouveau Drang nach Osten, la Conquête de l’Eurasie – et en démasquant l’action subversive des Organisations Non Gouvernementales (ONG). L’aide diplomatique russe aux Serbes a été tardive et insuffisante. Avoir laissé le champ libre à l’OTAN dans les Balkans n’a pas pour autant dissuadé le pacte atlantique de continuer à encercler la Russie. On l’a vu avec l’adhésion des pays baltes à l’OTAN, avec l’installation d’un pouvoit hostile en Ukraine et, cet été, avec l’agression de Saakachvili en Géorgie. Il faut bien se dire que les Occidentaux guidés par les Etats-Unis ne connaissent qu’un seul langage, celui de la force. Mais l’Occident est loin d’être un bloc homogène. Si les Russes savent tirer parti de l’affaiblissement américain et des clivages européens, ils pourront non pas reconstruire leur sphère d’influence comme on disait au XIXème siècle mais établir au delà des anciennes limites de l’Union Soviétique des relations étroites avec les pays européens aspirant à l’indépendance, des relations fondées sur le respect mutuel, l’entente et la coopération.

Mais allons plus loin et parlons de la Révolution Européenne. Dans une seconde phase il faudra songer à donner consistance à cet Axe Paris-Berlin-Moscou déjà évoqué. Avant d’en arriver là, il apparaît absolument nécessaire que se constitue avec la Russie une Centrale internationale destinée à populariser dans les cercles influents l’idée d’un Bloc Géopolitique paneuropéen et à impulser dans tous les pays un mouvement d’avant-garde pour la libération nationale et l’unification de l’Europe. Il est évident que je ne parle pas ici de la petite Europe institutionnelle de l’Atlantique à la Mer Noire, qui n’est qu’une colonie américaine, mais de cette Grande Europe dont le coeur se trouve, au propre comme au figuré, en Russie et qui s’étend géographiquement de l’Atlantique au Pacifique, ou pour reprendre la formule de Jean Thiriart, de Vladivostok à Reykjavik. Dans cette attente, dans toute l’Europe résistante, nos camarades et amis suivent avec le plus grand intérêt le développement des forces qui ont déjà à leur actif le fait d’avoir fourni un cadre géopolitique conceptuel à la direction de la Russie. Ces forces doivent aller plus loin et mettre sur pied avec d’autres les structures d’un nouveau Komintern adapté aux défis des temps actuels.

Merci Yves Bataille d’avoir accepté de répondre aux questions d’Alexandre Latsa.

*

Nécessité d’un Mouvement nationaliste révolutionnaire en Serbie

En février et mars la Serbie était dans la rue. Elle manifestait sa colère du vol du Kossovo. Les manifestations se succédaient et prenaient une ampleur inégalée avec pour point culminant la manifestation géante devant le parlement. Cette journée du 21 février ce n’était pas tant le nombre extraordinaire de participants qui comptait que l’attaque de la cible symbolique de l’ambassade des Etats-Unis et des McDonald’s par de jeunes manifestants. Le drapeau états-unien était arraché et remplacé par un drapeau russe. L’ambassade brûlait à la grande joie non seulement des patriotes serbes mais encore des militants antiglobalistes du monde entier.

Trois mois après c’était comme s’il ne s’était rien passé. Les politiciens reprenaient leurs vieilles habitudes, les MacDonald ‘s réparés rouvraient et les ambassadeurs occidentaux menaçaient et dictaient le « bon choix », intervenant directement dans la composition du nouveau gouvernement.

En convoquant des élections pour le 11 mai Kostunica avait encore une fois servi la soupe aux ennemis de la Serbie, leur permettant de récupérer dans des élections faussées ce qu’ils avaient perdu dans la rue. Malgré une surenchère patriotarde, les politiciens du DSS et de Nouvelle Serbie ne parvenaient pas à canaliser par les urnes la colère du peuple et en tirer parti électoralement.

Avec un peu moins de 12% des voix la coalition du premier ministre Kostunica ne recueillait pas le fruit de son discours nationaliste. La surenchère verbale sur le Kossovo ne se traduisait pas en votes. Le Parti radical serbe (SRS) de son côté, payait son absence dans les manifestations de rue, la pusillanimité et le légalisme de sa direction. Principal parti de Serbie il se voyait écarté une fois encore de toute responsabilité nationale par les truquages politiciens et les ingérences étrangères. Seule la coalition formée par le Parti socialiste, le Parti des retraités et Jedintsvo, le groupe régional d’un ex second couteau d’Arkan spécialisé dans les machines à sous, avec un résultat plus que modeste (7,9%), devait tirer son épingle du jeu en se vendant à la « coalition pro-occidentale de tadic, le président démocrate élu de justesse en février.

La politique, un affrontement de moyens autant que d’idées !

L’erreur de la direction radicale, qui devait se faire voler aussi la mairie de Belgrade (1), est de ne pas avoir compris qu’une situation de détresse imposait des mesures radicales et non des discours électoraux. Le Parti radical sait faire une campagne électorale mais c’est tout ce qu’il sait faire. En dehors de la période des élections il est absent du paysage politique, se contentant de discourir au parlement, d’y faire parfois de l’obstruction et de cogérer des municipalités de province. Le Parti radical n’a ni mouvement social ni appareil culturel ni front de jeunesse. Il ne contrôle aucun média important. Distribuée de la main à la main sa presse est absente des kiosques (2). En face, disposant de moins beaucoup moins d’adhérents, le Parti démocratique et ses satellites bénéficient non seulement de l’appui politique et financier des puissances occidentales mais encore de celui de la quasi totalité des agences de publicité et de la presse écrite et audio-visuelle. La diffusion des images est entièrement sous le contrôle de télévisions américaines comme B92 (qui a commencé à émettre à partir d’un avion militaire états-unien) ou Fox, la télé des « néocons ». Enfin la radio la plus puissante n’est autre que Radio Slobodna Evropa — Radio Free Europe, qui martèle quotidiennement sa propagande atlantiste depuis Prague. Fondée par la CIA et reprise par le Congrès et la Fondation Soros, Radio Free Europe est un héritage de la guerre froide. Le dispositif ennemi est renforcé par une myriade d’Organisations non gouvernementales (Ong) qui promeuvent un projet politique placé sous le signe de la démocratie libérale, du capitalisme sauvage et de la société du spectacle (tout cela au nom de la « modernité »). La Fondation Soros n’est pas la seule à travailler la « société civile » et à y multiplier les activités ciblées, des centaines d’autres Ong conduisent une foule d’activités allant des conférences sur les droits de l’homme à la tenue de concerts de rock anglo-saxon. La jeunesse est conviée avec des moyens puissants à l’imitation débile de l’Occident. Des dizaines de sites internet montés avec l’appui d’officines occidentales relaient cette guerre culturelle en privilégiant les scories audio-visuelles de l’Ouest et en développant une synergie sur la toile. Une culture d’importation cherche à s’imposer au détriment de la culture populaire et du folklore vivant dénigrés comme « archaïque ». A la marge, directement payé par l’ambassade des Etats-Unis, le Parti libéral démocrate Ldp de Cedomir Jovanovic puise dans ce milieu frelaté son réservoir d’activistes. Quand il manque des votes aux démocrates il apporte un complément. Quand il faut mener une action médiatisée il remplace l’ex Otpor. On l’a vu juste après les législatives quand, inquiet du résultat, le « parti américain » a songé à organiser des manifestations contre un hypothétique gouvernement d’Unité Patriotique. Mais le Système n’a finalement pas eu besoin de cela, il a tout simplement acheté les « socialistes » (3). Et à cause de cela le mensonge du CeSID, cet organisme ad hoc financé par les fondations Rockefeller et Soros, qui avait annoncé aux agences de presse du monde sur la base de sondages sortie des urnes (« exit polls ») la fausse victoire de la « Coalition Serbe pour l’Europe » (du Parti démocratique), ce mensonge lancé à peine les bureaux de vote fermés devait devenir deux mois après une vérité.

Face à un tel dispositif le Camp patriotique (tous groupes confondus…) ne fait pas le poids et il devient clair que ses dirigeants ne savent pas quelle conduite tenir pour modifier les rapports de force. On peut même se demander, si vautrés dans une opposition confortable, certains souhaitent même modifier ces rapports. Il n’est pas étonnant alors que ce soit toujours le « parti américain » qui l’emporte.

Devant l’effondrement du crédit politicien et la débâcle organisée du camp patriotique officiel, s’impose désormais en Serbie la formation d’un Mouvement national et social révolutionnaire en dehors et au dessus des partis. Il faut structurer autrement les groupes apparus au début de l’année, les unifier et reprendre à la base et dans l’action le mouvementextraparlementaire du début 2008.

Enfin, et la question est liée, les Patriotes se revendiquent de l’amitié russe et on a beaucoup entendu parler de cette amitié et du soutien russe. Cette amitié existe mais le soutien étatique russe tel qu’il devrait être n’existe pas. Des Russes aident bien la Serbie mais à titre individuel et ponctuel. Quand les Américains livrent des armes et forment l’ « Armée du Kosova » la Russie envoie quoi? De l’ aide humanitaire et des danseuses. Par sa menace de veto à l’ONU sur le Kossovo la Russie ne fait rien d’autre que défendre son rang sur la scène internationale et elle ne défend en Serbie que ses intérêts commerciaux comme elle le fait ailleurs. Mais où sont donc les ONG russes? Où se trouve la presse soutenue par la Russie? Où sont les programmes radio spécifiques russes en langue serbe? La Voix de la Russie est comparable à la Voix de l’Amérique mais il n’y a rien de semblable à Radio Free Europe. La venue d’amis, l’envoi de groupes folkloriques et le séjour de sympathiques Cosaques ne sont pas susceptibles de contrer l’énorme dispositif de propagande et d’action ennemi. Il faudra donc là-aussi autre chose.

Yves Bataille

(1) La pusillanimité de la direction radicale fut flagrante.Après la signature du protocole d’accord avec les socialistes et les « populistes » (DSS-NS) et devant le refus du maire DS battu de céder la place il fallait occuper physiquement la mairie. Au lieu de cela on a organisé un happening (« performance » » !?) On a agité un papier en disant que ce n’était pas « démocratique ». On a porté l’affaire devant la «justice ». Belle plaisanterie…

(2) Le quotidien Pravda, qui accorde une grande place à Madonna et à ses imitations n’est pas un organe radical.RadioFocus donne la parole aux auditeurs du « camp patriotique » mais coupe quand l’auditeur devient « radical ».

(3) Dès le début la direction radicale aurait dû descendre dans la rue et organiser des manifestations contreTadic. Faire au moins le même type de manifestations que l’ « opposition démocratique » du temps de Milosevic. Au lieu de cela elle a laissé l’initiative à l’ennemi, qui a eu le temps de se ressaisir et de mettre en place un dispositif de sauvetage, de voler l’élection, d’ acheter le parti socialiste et d’ instaurer un Etat policier aux ordres de Washington et de Bruxelles.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Entretiens Leave a comment

Stop a l’American SHOW !

Ce 2 novembre au soir, 20.000 militants de l’organisation NASHI ont convergés à Moscou devant l’ambassade Américaine afin d’exhorter le monde a réfléchir sur les conséquences de la politique américaine.
Ce «bilan d’Haloween» en plein fête des morts était destiné a dénoncer les centaines de milliers de vies innocentes emportées par les grands «shows US» : des guerres aux tensions internationales, en passant par la crise financière. Les militants ont donc fété cette fête des morts en amenant des «citrouilles» contenants des bougies représentants chaque victime innocente de la politique cynique Américaine, politique censée démontrer au monde la grandeur de l’amérique.

Pendant trop d’années en effet, le monde a vécu dans la crainte de la stratégie de tension orchestré par l’Amérique.

Il est temps de se poser les questions suivantes à exhorté le commissaire Marina Zademidkova : «combien d’autres vies, nous sommes prêt à payer pour l’american show ? Combien de guerres pour que la Maison Blanche soit enfin tranquille ? Lors de la semaine de tension en Ossétie du sud, la popularité de McCain a augmenté de 10%. Ces 10% ont couté 2.000 vies ossètes, comment peut on tolérer cela ? Nous sommes ici pour demander si le «show américain» va encore continuer avec son lot de sacrifices ! Va t’on en permanence vivre dans la crainte d’une nouvelle guerre ou d’une nouvelle crise mondiale.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Guerre en Ossétie (2008), Nashis Leave a comment

Vision Eurasiennes : le monde multipolaire

Les théories géopolitiques Eurasiennes en images.

Le modèle du monde unipolaire sous domination Américanocentrée (pole OTAN) : - Le filtre «Amérique — Pacifique — Atlantique» (qui équivaut au monde Occidental sous contrôle de l’OTAN). - Le filtre Euraso — Russe» appellé trou noir. (démembrement de l’URSS, anarchie de 1990) - Le filtre 1/3 monde.

La reconquête «Eurasiatique» sous initiative Russe, vers un monde multipolaire : — Récupération de la zone d’influence continentale (asie centrale, inde et chine).

- Repousser l’influence «Otano-américaine» via le pacifique (japon libéré) et atlantique (europe de l’ouest). — Prise directe d’influence vers le «coeur» de l’empire (amérique centrale / vénézuela ?)
Enfin ci dessous : la vision Eurasienne du futur, au coeur du monde multipolaire :
Le monde multipolaire est divisé en 4 grandes zones d’influence, 4 grands coeurs essentiels que sont : — La zone anglo-américaine — La zone euro-africaine — La zone Pan-Eurasienne — La zone far est-pacifique
Ces 4 zones sont divisables en 10 espaces essentiels : Zone anglo Saxonne : - Amérique du nord (monde anglo saxon comprenant l’australie et l’angleterre) - Amérique centrale - Amérique du sud Zone Euro-Islamique : - Grande Europe (de Reykavik a Bucharest, en comprenant les états Baltes) - Monde Transaharien (afrique noire et continentale) - Monde Arabo-Islamique (mahreb et proche orient) Zone Pan-Eurasienne : - Monde Continental Islamique (Turquie, Iran, Caucause, Pakistan) - Monde Eurasien (Russie, Ukraine et BiéloRussie + Kazakstan et Mongolie) - Inde - Chine Zone far est — pacifique : - Japon - Monde pacifique ( de l’asie du sud est à l’indonésie Pour plus d’informations : http://evrazia.info/ http://evrazia.org/ http://www.rossia3.ru/
**
En complément : lire l’ITV de Alexandre DOUGUINE accordée à DISSONANCE en avril 2009 ! et sa synthèse du programme Eurasien, ci dessous :
Le dialogue culturel eurasien – base de l’histoire humaine. Le continent eurasien est le berceau de la culture et de la civilisation humaines. Le continent eurasien a donné naissance à différentes formes sociales, spirituelles et politiques qui constituent la base de l’histoire humaine. L’Eurasie est bipolaire : elle est formée de l’Europe et de l’Asie, de l’Ouest et de l’Est. L’histoire humaine est faite du dialogue qui s’est instauré dans le cours des siècles, de l’énergie dialectique et de l’échange des valeurs et de la technologie entre ces deux pôles pendant plus de mille ans.
L’Est et l’Ouest se complètent mutuellement. L’Eurasie a été traversée d’Ouest en Est et vice-versa par de nombreuses nations et civilisations. Les ancêtres de l’Europe moderne traversaient les déserts asiatiques à l’époque où la Chine, l’Inde et la Perse fleurissaient grâce à une philosophie et une technologie avancées ainsi que dans des modes de vie élevés. 

Chaque culture a son développement historique propre, différent pour chacune.
Ce que nous qualifions “d’absurde” aujourd’hui pourrait être compris comme “progressiste” demain. De la même manière qu’il peut avoir de la valeur, dès aujourd’hui, pour d’autres personnes. Ce que nous considérons comme un truisme absolu pourrait être un véritable culte pour d’autres nations. Il n’y a aucune façon d’idéaliser les événements actuels, étant donné que le monde et par conséquent ses valeurs, changent. Nous devons toujours vérifier nos jugements avec, en tête, l’Histoire du monde. L’Eurasie est un critère essentiel de notre jugement. Nous devons étudier le mode de pensée de l’Eurasie pour comprendre l’Ouest et l’Est, le progrès et la tradition, la stabilité et la flexibilité ainsi que les religions dans le passé et le futur.
La globalisation est un défi pour les nations et les civilisations du continent eurasien. Aujourd’hui, dans le processus de globalisation, le dialogue entre les civilisations est plus important que jamais auparavant. La globalisation vient de l’Ouest, mais l’influence de l’Est. Ce processus est très complexe et contradictoire et soulève des questions (parfois de plus en plus dramatiques). L’Eurasie – en tant que lieu essentiel de ce processus historique – souffre spécialement de difficultés parce qu’il a été un lieu de passage entre les grandes civilisations. Comme jamais jusqu’ici, nous devons comprendre la logique des processus historiques. Chaque jour, nos prises de décision influent sur le futur de nos enfants. Il est évident qu’aucune nation, qu’aucune religion traditionnelle, aucune classe sociale ou même aucune civilisation ne peut résoudre, seule de son côté, tous ces problèmes. Nous devons nous écouter les uns les autres : l’Europe et l’Asie, les Chrétiens et les Musulmans, les peuples blancs et les peuples noirs, les citoyens des Etats démocratiques et des nations traditionnelles. La clef de cette compréhension mutuelle correcte, qui ne tire pas de conclusions hâtives, est tolérante et respecte ceux qui ont des systèmes de valeurs différents.
Le mouvement eurasien propose un dialogue multilatéral à tous ceux qui sont concernés. Le Mouvement international eurasien est constitué dans le but de créer un dialogue entre les civilisations, les confessions, les nations et les groupes sociaux plus ou moins importants de notre continent. Le mouvement eurasien est ouvert au dialogue sur tous les sujets de Tokyo aux Açores et choisit de ne dicter à personne les réponses. Nous avons aujourd’hui davantage de questions que de réponses. Nous faisons appel à ceux qui se sentent responsables de l’Eurasie, pour son évolution historique depuis son passé jusqu’à son avenir, qui souhaitent joindre leurs efforts pour créer un futur pour les nations de notre continent. Nous sommes convaincus que notre but est de sauver le caractère unique des nations, cultures, confessions, langues, valeurs et systèmes philosophiques qui, dans leur ensemble, forment la “complexité florissante” (K. Leontiev) de notre continent. La création de l’Eurasie ne veut pas dire la perte pour chacun de son identité, qui est la valeur la plus importante de notre point de vue. Nous nous élevons fermement contre la globalisation en tant que forme idéologique, économique et politique de l’impérialisme : personne n’a le droit d’imposer sa “vérité”, son système de valeurs et son modèle sociopolitique aux grandes nations de l’Eurasie. Des notions telles que l’individu, la liberté, la vie, l’autorité, la loi, la société, la politique etc, varient grandement dans des contextes différents de culture, de langue et de civilisations. Les nations d’Eurasie doivent être libres et indépendantes. À l’Ouest et à l’Est, chaque confession et culture a sa propre vérité et nous pouvons partager ces vérités entre nous tous, mais nous ne devons jamais rien imposer.
Contre le “creuset babylonien” et la “nouvelle xénophobie”. Les avancées dans les sciences et la technologie nous ont rapprochés les uns des autres. Cependant, dans le même temps sont apparues des menaces à propos du “choc des civilisations”, de nouvelles vagues de terrorisme et des guerres meurtrières. Comment pouvons-nous sauver nos identités propres et éviter les conflits ? Nous cherchons une réponse à cette question au travers de la constitution du Mouvement International Eurasien.
L’Eurasie comme terre natale Le continent eurasien n’est pas petit et il n’est pas grand non plus. Il est suffisant. Il est moins grand que la planète tout entière mais beaucoup plus grand qu’aucune zone nationale, culturelle ou religieuse prise séparément. Nous avons pour objectif d’augmenter la richesse de toutes les nations du continent eurasien par la création du Centre eurasien.
Nous nous efforçons vers un objectif majeur, mais nous sommes suffisamment forts pour y parvenir, avec le trésor de la pensée humaine, les lignes de force de la pensée spirituelle, la propriété économique, les systèmes économiques divers, des langues uniques, etc…
L’Eurasie est un ensemble essentiel qui fut créé par nos ancêtres, il y a plusieurs milliers d’années en Europe et en Asie. L’Eurasie est notre terre natale et si nous la respectons et l’aimons, nous avons beaucoup à y gagner. L’Eurasie nous donne de la puissance, mais a besoin de notre soutien et que nous la défendions. Le Mouvement international eurasien veut être la pulsation de cette entreprise.
L’IDEE EURASIENNE
Qu’est-ce que l’eurasianisme aujourd’hui ? Qu’est-ce qui forme le concept d’Eurasie ? Les sept significations du mot “eurasianisme”. L’évolution de la notion d’eurasianisme. Les changements intervenus depuis la signification première de l’eurasianisme.
Différents termes ont perdu leur signification première au cours de leur utilisation quotidienne, s’échelonnant sur bien des années. Des notions fondamentales comme le socialisme, le capitalisme, la démocratie ont changé, profondément. En fait, elles sont devenues banales. Les termes d’”eurasianisme” et d’”Eurasie” sont entourés d’une certaine imprécision parce qu’ils sont neufs, appartenant à un nouveau langage politique et intellectuel qui est toujours en cours de création à notre époque.
L’idée eurasienne reflète un processus très actif et dynamique. Sa signification est devenue plus claire au travers de l’Histoire, mais nécessite d’être développée plus avant.
L’Eurasianisme comme combat philosophique. L’idée d’Eurasie représente une révision fondamentale de l’histoire politique, idéologique, ethnique et religieuse de l’humanité et elle offre un nouveau système de classification et de catégories qui dépassera les clichés communs. La théorie eurasienne est passée à travers deux étapes – une période de formation de l’eurasianisme classique au début du XXe siècle chez des intellectuels russes immigrés (Troubetzkoy, Qsavickiy, Alexkseev, Suvchinckiy, Iliin, Bromberg, Hara-Davan etc.), suivie par les travaux historiques de Lev Gumilev et, pour finir, la constitution du nouvel eurasianisme (deuxième moitié des années 1980 jusqu’à nos jours). 


Vers le nouvel eurasianisme. La théorie eurasienne classique appartient sans aucun doute au passé et peut être classé de manière correcte à l’intérieur de la structure des idéologies du XXe siècle. L’eurasianisme classique aurait pu disparaître, mais le nouvel eurasianisme lui a apporté une seconde naissance, une nouvelle signification et une nouvelle dimension. Lorsque l’idée eurasienne revint sur le devant de la scène intellectuelle, cela devint moins évident, mais depuis la réconcilliation entre anciens et modernes s’est opérée.
À travers le nouvel eurasianisme, la théorie eurasienne tout entière reçoit une nouvelle dimension. Aujourd’hui, nous ne pouvons ignorer l’époque historique du nouvel eurasianisme et nous devons tâcher de le comprendre dans son contexte moderne. Nous allons décrire les aspects variés de cette notion.
L’Eurasianisme comme tendance globale. La globalisation comme corps principal de l’histoire moderne. Dans son sens large, l’idée eurasienne, et même le concept d’Eurasie, ne correspondent pas strictement aux frontières géographiques du continent eurasien. L’idée eurasienne est une stratégie à l’échelle globale qui prend en compte l’objectivité de la globalisation et la fin des “Etats-nations”, mais en même temps, elle offre une alternative à la globalisation, alternative qui ne comporte pas de monde unipolaire ou de gouvernement global unifié. À la place, il propose plusieurs pôles globaux. L’idée eurasienne est une alternative, une version multipolaire de la globalisation, mais celle-ci est aujourd’hui le principe fondamental d’un processus mondial qui décide des vecteurs principaux de l’Histoire moderne.
Le paradigme de la globalisation — paradigme de l’Atlantisme L’Etat-nation actuel est changé en Etat global ; nous nous trouvons en face de la constitution de systèmes de gouvernement planétaires à l’intérieur d’un unique système administratif et économique. Croire que toutes les nations, classes sociales et modèles économiques peuvent commencer à coopérer tout d’un coup, sur la base de cette nouvelle logique à l’échelle de la planète, est dangereux. La globalisation est un phénomène unidimensionnel, avec un seul vecteur, qui tente d’universaliser le point de vue occidental (anglo-saxon, américain) concernant la manière de faire fonctionner l’histoire humaine. C’est (très souvent connectée avec la répression et la violence) l’unification de différentes structures sociopolitiques, ethniques, religieuses, en un seul système. C’est la tendance historique de l’Europe occidentale qui a atteint son maximum du fait de sa domination par les Etats-Unis d’Amérique.
La globalisation impose le paradigme atlantiste. La globalisation comme atlantisme tente d’échapper à cette définition. Les tenants de la globalisation argumentent le fait que, lorsqu’il n’y aura plus d’alternative à l’atlantisme, celui-ci cessera d’être l’atlantisme. Le philosophe et politicien américain Francis Fukuyama a écrit au sujet de la « fin de l’histoire » — ce qui signifie en fait la fin de l’histoire géopolitique et celle du conflit entre atlantisme et eurasianisme. Cela signifie une nouvelle architecture du système mondial, sans opposition et tournant autour d’un pôle unique — celui de l’atlantisme. Nous pouvons aussi parler ici de Nouvel Ordre Mondial. Le modèle d’opposition entre deux pôles (Est-Ouest ; Nord-Sud) se transforme en modèle centre-circonférence (Centre-Ouest — « Nord riche » d’une part et circonférence-sud). Cette variante de l’architecture mondiale est en complet désaccord avec l’eurasianisme.
La globalisation unipolaire comme alternative Aujourd’hui, le Nouvel Ordre Mondial n’est rien de plus qu’un projet, un plan ou une tendance. C’est une hypothèse très sérieuse, mais elle n’est pas fatale. Les tenants de la globalisation nient qu’il puisse exister un plan alternatif pour le futur, mais aujourd’hui, nous faisons l’expérience d’un phénomène à grande échelle – la contre globalisation (alter mondialisation) et l’idée eurasienne rassemble tous les opposants à cette globalisation unipolaire d’une manière constructive. De plus, cette alternative propose l’idée très intéressante d’une globalisation multipolaire (ou contre globalisation).
L’eurasianisme comme pluralité L’eurasianisme rejette le modèle centre-circonférence du monde. À sa place, l’idée eurasienne suggère que la planète consiste en une constellation d’espaces de vie autonomes, partiellement ouverts les uns aux autres. Ces espaces ne sont pas des Etats-nations, mais une coalition d’Etats, réorganisée en fédérations continentales ou « empires démocratiques » avec un degré important de gouvernements particuliers à chaque Etat. Chacune de ces zones est multipolaire, comportant un système compliqué de facteurs ethniques, culturels, religieux et administratifs.
Dans ce sens global, l’eurasianisme est ouvert à chacun, quel que soit son lieu de naissance, de résidence, sa nationalité ou son appartenance à une communauté. L’eurasianisme propose la possibilité de choisir un avenir différent du cliché qu’est l’atlantisme et d’un seul système de valeurs pour l’humanité tout entière. L’eurasianisme ne cherche pas seulement à retrouver le passé ou à préserver un statu quo, mais s’efforce vers un avenir, avec la conviction que la structure actuelle du monde demande un changement radical, que les Etats-nations et la société industrielle ont épuisé toutes leurs ressources. L’idée eurasienne ne conçoit pas la création d’un gouvernement mondial, sur la base des valeurs libéro-démocratiques, comme la voie unique pour l’humanité. Dans ce sens le plus primaire, l’eurasianisme du XXIe siècle est défini comme l’adhésion à une idée d’alter mondialisation, synonyme d’un monde multipolaire.
L’atlantisme n’est pas universel. L’eurasianisme rejette absolument l’universalisme de l’atlantisme et de l’américanisme. Le modèle de l’Europe occidentale et de l’Amérique a bien des aspects attirants qui peuvent être adoptés ou loués, mais — dans l’ensemble — il s’agit seulement d’un système culturel qui a le droit d’exister dans son contexte historique propre, de la même manière qu’ont le droit d’exister d’autres civilisations et systèmes culturels.
L’idée eurasienne protège non seulement les systèmes de valeurs anti-atlantistes, mais la diversité des structures de valeur. C’est une forme de « pluralité » qui propose un espace de vie pour chacun, y compris les Etats-Unis d’Amérique, et les autres civilisations, car l’eurasianisme défend également les civilisations d’Afrique, les deux continents américains et la zone pacifique.
L’idée eurasienne promeut une idée révolutionnaire globale L’idée eurasienne sur une échelle globale est un concept global révolutionnaire, que l’on utilise pour former la nouvelle plateforme d’une compréhension mutuelle et d’une coopération pour un vaste conglomérat de puissances diverses : Etats, nations, cultures et religions qui rejettent la version atlantique de la mondialisation.
Si nous analysons les déclarations et prises de parole de nombreux politiciens, philosophes et intellectuels, nous verrons que dans leur majorité, ils adhèrent (parfois sans le savoir) à l’idée eurasienne.
Si nous voulons bien penser à tous ceux qui sont en désaccord avec l’idée d’une « fin de l’histoire », nous serons dans un état d’esprit plus agréable et l’échec du concept américain d’une stratégie de sécurité pour le XXIe siècle, en relation avec la constitution d’un monde unipolaire, sera beaucoup plus réaliste.
L’eurasianisme est la somme d’obstacles naturels, artificiels, objectifs et subjectifs, sur le chemin de la mondialisation unipolaire. Elle propose une opposition constructive et positive au globalisme, au lieu d’une simple négation.
Ces combats, cependant, demeurent non-coordonnés et les tenants de l’atlantisme sont en mesure de les gérer facilement. Pourtant, si ces obstacles peuvent, d’une façon ou d’une autre, être intégrés dans une force unique, ils pourront être englobés dans une unité, avec la vraisemblance d’une réusite devenant de plus en plus sérieuse.
L’eurasianisme conçu comme l’Ancien Monde (continent) Le Nouveau Monde fait partie du deuxième Ancien Monde — dans le sens plus spécifique et plus étroit du mot eurasianisme, applicable à ce que nous appelons l’Ancien Monde. La notion d’Ancien Monde (traditionnellement associée à l’Europe), peut être considérée dans un contexte nettement plus large. C’est un super-espace aux civilisations multiples, peuplé de nations, d’Etats, de cultures, d’ethnies et de religions, liés les uns aux autres, historiquement et géographiquement, par une destinée dialectique. L’Ancien Monde est un produit organique de l’Histoire humaine.
L’Ancien Monde est souvent opposé au Nouveau Monde, le continent américain découvert par les Européens et transformé en plateforme d’une civilisation artificielle où les projets européens du modernisme furent créés. Il fut construit sur des idéologies humaines comme une civilisation purifiée du modernisme.
Les Etats-Unis d’Amérique furent la création réussie de la « société parfaite », conçue par des intellectuels d’Angleterre, d’Irlande et de France, cependant que les pays de l’Amérique centrale et du sud demeuraient les colonies de l’Ancien Monde. L’Allemagne et l’Europe de l’Est furent moins influencées par cette idée d’une « société parfaite ».
Selon les termes d’Oswald Spengler, le dualisme entre Ancien et Nouveau Mondes peut être ramené à des oppositions : culture-civilisation, organique-artificiel, historique-technique.
Le Nouveau Monde considéré comme Messie. En tant que produit de l’histoire de l’Europe occidentale tout au cours de son évolution, le Nouveau Monde a précocement réalisé sa destinée messianique, lorsque les idéaux de la démocratie libérale des Lumières furent combinés avec les idées eschatologiques des sectes protestantes radicales. Les Lumières furent appelées « théorie de la Destinée manifeste », qui devint le nouveau symbole de la croyance pour des générations d’Américains. Selon cette théorie, la civilisation américaine dépasse toutes les cultures et civilisations de l’Ancien Monde et, dans sa forme universelle actuelle, la rejoindre devient une obligation pour toutes les nations de la planète.
Avec le temps, cette théorie entra en conflit non seulement avec les cultures de l’Est et d’Asie, mais s’opposa à celles d’Europe, qui paraissaient aux Américains archaïques et remplies de préjugés et de traditions antiques.
À son tour, le Nouveau Monde se détourna de l’héritage de l’Ancien Monde. Immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, le Nouveau Monde devint le chef incontesté en Europe même, appliquant le « critère de vérité » d’autres nations. Ceci fut à la source d’une vague correspondante de domination américaine et, dans le même temps, le début d’un mouvement à la recherche d’une libération géopolitique, trans-océanique, stratégique, économique et politique du « grand frère ».
L’intégration du continent eurasien Durant le XXe siècle, l’Europe prit conscience de son identité commune et, pas à pas, commença à avancer vers l’intégration de toutes les nations qui la composent dans une Union commune, capable de garantir une souveraineté, une sécurité totale, ainsi que la liberté pour elle-même et tous ses membres.
La création de l’Union européenne devint l’événement le plus important qui favorisa le rétablissement de l’Europe dans son statut de puissance mondiale, aux côtés des Etats-Unis d’Amérique. Telle fut la réponse de l’Ancien Monde au défi excessif du Nouveau Monde.
Si nous considérons l’alliance des Etats-Unis d’Amérique et de l’Europe occidentale comme le vecteur atlantique du développement européen, l’intégration européenne sous les auspices de pays européens (France, Allemagne), on peut la qualifier d’eurasianisme européen. Cela devient de plus en plus évident si l’on prend en considération la théorie de l’Europe depuis l’Océan atlantique jusqu’à l’Oural (Charles De Gaulle), voire Vladivostok. En d’autres termes, l’intégration de l’Ancien Monde inclut le vaste territoire russe.
Ainsi, l’eurasianisme dans ce contexte peut être défini comme un projet de l’intégration stratégique, géopolitique et économique du Nord du continent eurasien, considéré comme le berceau de l’Histoire européenne et la matrice des nations européennes.
Parallèlement à la Turquie, la Russie (également ancêtre des Européens) est historiquement liée aux nations turques, mongoliennes et caucasiennes. La Russie donne à l’intégration de l’Europe une dimension eurasienne dans les deux applications symboliques et géographiques (identification de l’eurasianisme avec le continentalisme).
Durant les derniers siècles, l’idée de l’intégration européenne a été proposée par la faction révolutionnaire des élites européennes. Dans des temps plus reculés, des tentatives similaires furent entreprises par Alexandre le Grand (intégration du continent eurasien) et Gengis Khan (fondateur du plus grand empire de tous les temps).
L’Eurasie comporte trois grands espaces de vie, intégrés autour du méridien.
Les trois ceintures eurasiennes (zones des méridiens)
Le vecteur horizontal de l’intégration est suivi par un vecteur vertical.
Les plans eurasiens pour l’avenir sous-entendent la division de la planète selon quatre ceintures géographiquement verticales (les zones des méridiens) du nord au sud.
Les deux continents américains formeraient un espace commun orienté vers et contrôlé par les Etats-Unis d’Amérique, à l’intérieur de la structure de la doctrine de Monroe. C’est la zone atlantique.
En plus de la zone décrite ci-dessus, trois autres zones sont planifiées, à savoir :
    L’Eurafrique, avec en son centre, l’Union européenne;
    La zone d’Asie centrale et de la Russie;
    La zone pacifique.
À l’intérieur de ces zones, la division régionale du travail et la création d’espaces de création et de corridors de croissance prendront place. Chacune de ces ceintures (ou zones de méridiens) s’équilibre les unes avec les autres et, prises ensemble, contrebalancent la zone du méridien atlantique. Dans le futur, ces ceintures pourraient bien être la fondation sur laquelle bâtir un monde multipolaire. Le nombre de pôles sera supérieur à deux, certes, mais leur nombre sera de beaucoup inférieur au nombre actuel d’Etats-nations.
Le modèle eurasien propose que le nombre de pôles soit de quatre.
Les Grands espaces
Les zones des méridiens dans le projet eurasien consistent en plusieurs « Grands espaces » ou « empires démocratiques ». Chacun y possède une liberté relative ainsi qu’une indépendance, mais est intégré de façon stratégique dans sa zone de méridien particulière. Les Grands espaces correspondent aux frontières des civilisations et incluent plusieurs Etats-nations ou unions d’Etats.
1/ L’Union européenne et le Grand espace arabe, qui intègre le Nord de l’Afrique et la partie trans-saharienne, de même que le Moyen-Orient, forment l’Eurafrique.
2/ La zone Russie-Asie centrale est formée par trois Grands espaces qui, parfois, se chevauchent. La première est la Fédération de Russie, avec plusieurs pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) — membres de l’Union eurasienne. La seconde est le Grand espace de l’Islam continental (Turquie, Iran, Afghanistan, Pakistan). Les pays asiatiques de la CEI empiètent sur cette zone.
3/ Le troisième Grand espace est l’Hindoustan, qui est un secteur de civilisation autonome.
La zone du méridien pacifique est déterminée par un condominium de deux Grands espaces (Chine et Japon) et comprend également l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et l’Australie (quelques chercheurs l’assimilant à la zone du méridien américain). Cette région géopolitique est une véritable mosaïque et peut être différencié par de nombreux critères.
4/ La zone du méridien américain comprend les Grands espaces du Canada américain, l’Amérique du Nord et Centrale.
L’importance de la quatrième zone
La structure du monde fondée sur les zones des méridiens est acceptée par la plupart des géopoliticiens américains qui cherchent la création d’un Nouvel Ordre Mondial et une globalisation unipolaire. Cependant, la pierre d’achoppement est l’existence de l’espace méridien Russie-Asie Centrale. La présence ou l’absence de cette ceinture change radicalement le dessin géopolitique du monde.
Les « futurologues » atlantistes séparent le monde en trois zones, à savoir :
  • Un pôle américain, avec l’Union européenne dans sa périphérie immédiate (excluant l’Eurafrique)
  • Les régions d’Asie et du Pacifique dans sa périphérie lointaine.
  • La Russie et l’Asie centrale sont fractionnables, mais hors du pôle américain, et en tant que zone méridienne indépendante notre monde étant ainsi unipolaire.
Cette dernière zone du méridien contrebalance la pression américaine et donne aux zones européennes et du Pacifique la possibilité d’agir en tant que zones de civilisations autonomes. Un véritable équilibre multipolaire, la liberté et l’indépendance des ceintures des méridiens, les Grands espaces et les Etats-nations dépendent du succès de la création d’une quatrième zone. De plus, il n’est pas suffisant de représenter un seul pôle dans un modèle bipolaire du monde. Le progrès rapide des Etats-Unis d’Amérique peut seulement être contrebalancé par la synergie des trois zones méridiennes. Le projet eurasien propose ce projet des quatre zones à un niveau stratégiquement géopolitique.
L’eurasianisme comme intégration de la Russie et de l’Asie centrale : l’axe Moscou-Téhéran La quatrième zone des méridiens est donc l’intégration de la Russie et de l’Asie. Le point le plus important de ce processus est la mise en place de l’axe Moscou-Téhéran. Le processus tout entier de l’intégration dépend de l’établissement réussi d’un partenariat à moyen et long termes avec l’Iran. L’économie, l’administration militaire et la puissance politique de l’Iran et de la Russie favoriseront le processus d’intégration de la zone, la rendant irréversible et autonome. L’axe Moscou-Téhéran sera une base pour une intégration plus poussée. Moscou comme Téhéran sont toutes les deux des puissances autonomes, capables de créer leur propre modèle d’organisation stratégique dans la région.
Le plan eurasien pour l’Afghanistan et le Pakistan Le vecteur d’intégration avec l’Iran est d’une importance vitale pour la Russie qui souhaite obtenir l’accès à des ports d’eau tempérée, mais également pour la réorganisation politico-religieuse de l’Asie centrale (les pays asiatiques de la CEI, l’Afghanistan et le Pakistan). Une coopération rapprochée avec l’Iran suppose la transformation de la région afghano-pakistanaise en une confédération islamique libre, loyale aussi bien envers Moscou qu’envers Téhéran. La raison de cette nécessité est que les Etats indépendants de l’Afghanistan et du Pakistan seront une source de déstabilisation perpétuelle, menaçant les pays voisins. Le conflit géopolitique permet la possibilité d’une implantation d’une fédération nouvelle d’Asie centrale, transformant cette région compliquée en une zone de coopération et de prospérité.
L’axe Moscou-Delhi. La coopération russo-indienne est l’axe n°2 de l’intégration dans le continent eurasien et les systèmes de sécurité collective en Eurasie. Moscou jouera un rôle important, atténuant la tension entre Delhi et Islamabad (Cachemire). Le plan eurasien pour l’Inde, soutenu par Moscou, est la création d’une fédération qui rendra une image fidèle de la diversité de la société hindoue, avec ses nombreuses minorités, incluant les Sikhs et les Musulmans.
L’axe Moscou-Ankara. Le partenaire principal dans le processus de l’intégration en Asie centrale est la Turquie. L’idée eurasienne est en passe de devenir vraiment populaire là-bas, en raison des tendances occidentales qui sont entrelacées avec les tendances orientales. La Turquie reconnaît les différences de sa civilisation et de celle de l’Union européenne, ses buts et intérêts régionaux, la menace que représentent la globalisation et une possible perte supplémentaire de souveraineté.
Il est d’une importance stratégique pour la Turquie d’établir un partenariat avec la Fédération de Russie et l’Iran. La Turquie sera capable de maintenir ses traditions seulement si elle reste dans la structure d’un monde multipolaire. Certains cercles de la société turque comprennent cette situation – depuis les politiciens et les socialistes jusqu’aux élites militaires et religieuses. Ainsi, un axe Moscou-Ankara peut devenir une réalité géopolitique malgré un éloignement réciproque d’une longue durée.
Le Caucase. Le Caucase est la région la plus problématique dans l’intégration eurasienne parce que la mosaïque de cultures et d’ethnies qui le compose conduit facilement à des tensions entre les nations. C’est l’une des armes les plus importantes utilisées par ceux qui cherchent à arrêter le processus d’intégration d’un bout à l’autre du continent eurasien. La région du Caucase est peuplée de nations qui appartiennent à différents Etats et différentes zones de civilisation. Cette région pourrait être un polygone pour tester différentes méthodes de coopération entre peuples, car ce qui peut y réussir peut réussir à travers tout le continent eurasien. La solution eurasienne à cette question ne se situe pas dans la création d’Etats fondés sur les ethnies ou en attribuant une nation strictement à un Etat, mais dans le développement d’une fédération flexible, sur la base des différences ethniques et culturelles, à l’intérieur du contexte stratégique de la zone du méridien.
Le résultat de ce plan est un système de demi-axes entre Moscou et les centres du Caucase (Moscou-Bakou, Moscou-Erevan, Moscou-Tbilissi, Moscou-Mahachkala, Moscou-Grozny etc) et entre les centres du Caucase et les alliés des Russes.
Le plan eurasien pour l’Asie centrale L’Asie centrale doit progresser vers l’intégration dans un bloc uni, stratégiquement et économiquement, avec la Russie, à l’intérieur de l’Union eurasienne, le successeur de la CEI. La fonction principale de cette zone particulière est le rapprochement de la Russie avec les pays de l’Islam continental (Iran, Pakistan, Afghanistan).
Depuis les tout débuts, le secteur de l’Asie centrale a de nombreux vecteurs d’intégration. Un projet fera de la Russie le partenaire principal (similarités de cultures, d’intérêts économiques et énergétiques, un système commun de sécurité stratégique). L’alternative serait de placer l’accent sur les ressemblances ethniques et religieuses (turques, iraniennes et monde islamique).
L’intégration eurasienne des territoires post-soviétiques
L’Union eurasienne Une signification plus précise de l’eurasianisme, partiellement similaire à la définition donnée par les intellectuels eurasiens dans les années 20-30 du XXe siècle est liée au processus de l’intégration locale des territoires post-soviétiques.
Différentes formes d’intégration peuvent être relevées dans l’histoire : depuis les Huns et les empires nomades (Mongol, Turc et Indo-européen) jusqu’à l’empire de Gengis Khan et ses successeurs. Une intégration plus récente fut tentée par l’empire russe des Romanov et, plus tard, par l’URSS. Aujourd’hui, l’Union eurasienne perpétue ces traditions d’intégration au travers d’un modèle idéologique unique qui prend en considération des procédures démocratiques ; le respect des droits des nations. Elle fait attention aux traits culturels, linguistiques et ethniques de chacun des membres de l’Union. L’eurasianisme est la philosophie de l’intégration des territoires anciennement soviétiques sur une base démocratique, non-violente et volontaire, sans la domination d’aucun groupe religieux ou ethnique.
Astana, Doshanbe et Bichkek comme forces principales de l’intégration
Différentes républiques asiatiques de la CEI traitent ce processus d’intégration post-soviétique de façon diverse. L’adhésion la plus active à l’intégration vient du Kazakhstan. Le président de ce pays, Noursultan Nazarbayev est un partisan farouche de l’idée eurasienne. La Kirghizie et le Tadjikistan soutiennent de la même façon le processus d’intégration, bien que leur soutien soit moins tangible que celui du Kazakhstan.
Tachkent et Ashakbad
L’Ouzbékistan et particulièrement le Turkménistan s’opposent au processus d’intégration, essayant de s’assurer du maximum de résultats positifs de leur souveraineté récemment acquise. Cependant, très prochainement, ces deux Etats se trouveront en face d’un dilemme en raison du progrès rapide de la globalisation : perdre leur souveraineté et se fondre dans un monde global unifié, sous la domination des valeurs libérales américaines ou bien préserver leur identité culturelle et religieuse dans le contexte de l’Union eurasienne. À notre avis, une comparaison non-biaisée entre ces deux options devrait conduire à la seconde hypothèse, qui suit naturellement ces deux pays et leur Histoire.
Les Etats trans-caucasiens L’Arménie continue de graviter en direction de l’Union eurasienne et considère la Fédération de Russie comme un soutien essentiel et un conciliateur qui l’aide dans ses relations avec les pays voisins musulmans. Il est évident que Téhéran préfère établir un partenariat avec les Arméniens qui sont ethniquement proches d’elle. Ce fait nous permet de prendre en considération des demi-axes : Moscou-Erevan et Erevan-Téhéran – comme des pré-requis positifs d’une intégration.
Bakou demeure neutre, mais cette situation changera de manière radicale pour suivre le mouvement continu qui porte Ankara vers l’eurasianisme (affectant immédiatement l’Azerbaïdjan). Une analyse du système culturel de ce pays montre qu’il est plus proche de la Fédération de Russie et des républiques post-soviétiques du Caucase et de l’Asie centrale, que l’Iran religieux et même que la Turquie modérée.
La Géorgie est la question centrale de cette région. Le caractère de mosaïques de l’Etat géorgien est la cause de graves problèmes au cours de la construction d’un nouvel Etat national qui est fortement rejetée par ses minorités ethniques : Abkhazie, l’Ossétie du Sud, Adjarie etc. De plus, l’Etat géorgien n’a pas de partenaires solides dans la région et doit rechercher l’aide des Etats-Unis d’Amérique et de l’Otan pour contrebalancer l’influence russe. La Géorgie est une menace importante, capable de saboter le processus même de l’intégration eurasienne. La solution à ce problème se trouve dans la culture orthodoxe de la Géorgie, avec ses traits et traditions eurasiens.
L’Ukraine et la Biélorussie – pays slaves de la CEI
Il est suffisant d’obtenir le support du Kazakhstan et de l’Ukraine pour réussir à créer l’Union eurasienne. Le triangle géopolitique formé par Moscou, Astana et Kiev est une structure capable de garantir la stabilité de l’Union eurasienne — raison pour laquelle les négociations avec Kiev sont plus urgentes que jamais auparavant. La Russie et l’Ukraine ont beaucoup en commun : culture, langue, religion et similarités ethniques. Ces aspects doivent être soulignés parce que, depuis le début, la récente souveraineté de l’Ukraine, une russophobie et l’idée de désintégration ont été mises en avant.
Plusieurs pays de l’Union européenne peuvent influencer de façon positive le gouvernement ukrainien, intéressés qu’ils sont par l’harmonie en Europe de l’Est. La coopération de Moscou et de Kiev démontrera les attitudes paneuropéennes de ces deux pays slaves.
Les facteurs que nous venons de mentionner continuent à exister en Biélorussie, où les intentions en faveur de l’intégration sont beaucoup plus évidentes. Cependant, le statut stratégique et économique de la Biélorussie importe moins pour Moscou que celui de Kiev et d’Astana. De plus, la domination par un axe Moscou-Minsk ralentira l’intégration de l’Ukraine et du Kazakhstan, raison pour laquelle l’intégration de la Biélorussie doit avancer de manière fluide avec les autres vecteurs du processus d’intégration eurasienne.
L’eurasianisme comme « Weltanschauung » (vision du monde) La dernière définition de l’eurasianisme caractérise une « Weltanschauung » spécifique : une philosophie politique qui combine tradition, modernité ainsi que des éléments de postmodernisme. Cette philosophie a, pour première priorité, les sociétés traditionnelles ; elle reconnaît les impératifs d’une modernisation technique et sociale (sans séparation d’avec la culture traditionnelle) et s’efforce vers une adaptation de son programme idéologique à la société de l’information post-industrielle, appelée post-modernisme.
Le post-modernisme repousse formellement les positions contraires de la tradition et du modernisme, s’en affranchissant et les considérant égaux. Le post-modernisme eurasien, au contraire, promeut une alliance de la tradition et du modernisme, comme impulsion constructive, optimiste et énergique vers la création et la croissance.
La philosophie eurasienne ne nie pas les réalités découvertes par les Lumières : religion, nation, empire, culture etc. Dans le même temps, les plus grandes réussites du modernisme sont largement utilisées : avancées technologiques et économiques, garanties sociales, liberté du travail. Les extrêmes se rencontrent, se fondant dans une harmonie unifiante et une théorie originale qui inspire une pensée neuve et de nouvelles solutions pour les éternels problèmes que les peuples ont dû affronter au cours de l’histoire.
L’eurasianisme est une philosophie ouverte L’eurasianisme est une philosophie ouverte, non dogmatique, qui peut être enrichie par un contenu nouveau : des découvertes religieuses, sociologiques et ethnologiques, la géopolitique, l’économie, la géographie, la culture, la recherche politique etc. De plus, la philosophie eurasienne dans sa version française, allemande ou iranienne est déjà une réalité. Cependant, la structure principale de cette philosophie demeurera intangible.
Les principes de l’eurasianisme Les principes de base de l’eurasianisme sont les suivants :
    Le différentialisme, la pluralité des systèmes de valeurs, par opposition à la domination obligatoire et conventionnelle d’une idéologie ;
    La tradition par opposition à la suppression des cultures, des dogmes et des découvertes de la société traditionnelle ;
    Les droits des nations, par opposition à l’extrême richesse et l’hégémonie néo-coloniale du « Nord riche » ;
    Les ethnies comme valeurs et sujets d’une histoire, par opposition à la dépersonnalisation des nations, emprisonnées dans des constructions sociales artificielles ;
    La justice sociale et la solidarité humaine par opposition à l’exploitation et l’humiliation de l’homme par l’homme.
LA VISION EURASISTE
Principes de base de la plate-forme doctrinale eurasiste
« Selon 71 % des citoyens russes interrogés, la Russie appartient à une civilisation particulière – ‘eurasienne’ ou Orthodoxe – par conséquent elle ne doit pas suivre la voie occidentale de développement. Seuls 13 % considèrent que la Russie fait partie de la civilisation occidentale. »
(sondage de VCIOM, Centre Pan-russe pour l’Etude 
de l’Opinion Publique, 2-5 novembre 2001)
L’air du temps Chaque époque historique a son propre « système de coordonnées » particulier – politique, idéologique, économique et culturel. Par exemple, le XIXe siècle s’est déroulé en Russie sous le signe de la dispute entre « slavophiles » et « pro-occidentaux » [zapadniki]. Au XXe siècle, la ligne de partage était entre les « Rouges » et les « Blancs ». Le XXIe siècle sera le siècle de l’opposition entre « atlantistes » * (les partisans du « mondialisme unipolaire » **) et les « eurasistes » ***.
* Atlantisme – terme géopolitique désignant :
- du point de vue historique et géographique, le secteur occidental de la civilisation mondiale.
- du point de vue militaro-stratégique, les pays membres de l’OTAN (en premier lieu les Etats-Unis).
- du point de vue culturel, le réseau d’information unifié créé par les empires médiatiques occidentaux.
  • du point de vue social, le « système du marché », proclamé comme absolu et niant toutes les autres formesd’organisation de la vie économique.
Atlantistes : stratèges de la civilisation occidentale et leurs supporters conscients dans d’autres parties de la planète, visant à mettre le monde entier sous contrôle et à imposer les stéréotypes sociaux, économiques et culturels typiques de la civilisation occidentale à tout le reste de l’humanité. 
Les atlantistes sont les bâtisseurs du « Nouvel Ordre Mondial » – le système mondial sans précédent, bénéficiant à une absolue minorité de la population de la planète, le dénommé « milliard doré ».
** Mondialisme – le processus de construction du « Nouvel Ordre Mondial », au centre duquel se tiennent les groupes oligarchiques politico-financiers de l’Occident, est appelé mondialisation. Les victimes de ce processus sont les Etats souverains, les cultures nationales, les doctrines religieuses, les traditions économiques, les manifestations de justice sociale, l’environnement – toute diversité spirituelle, intellectuelle et matérielle sur la planète. Le terme « mondialisme » dans le lexique politique habituel signifie seulement « mondialisme unipolaire », c’est-à-dire non pas la fusion des différentes cultures, systèmes sociaux-politiques et économiques en quelque chose de nouveau (ce qui serait un « mondialisme multipolaire », un « mondialisme eurasiste ») mais plutôt l’imposition des stéréotypes occidentaux à l’humanité.
*** Eurasisme (dans son sens le plus large) – terme géopolitique de base indiquant : 
- du point de vue historique et géographique, le monde entier, à l’exclusion du secteur occidental de la civilisation mondiale. 
- du point de vue militaro-stratégique, tous les pays qui n’approuvent pas la politique expansionniste des Etats-Unis et de leurs partenaires de l’OTAN. 
- du point de vue culturel, la préservation et le développement des traditions organiques culturelles, nationales, ethniques et religieuses. 
- du point de vue social, les différentes formes de vie économique et la «société socialement juste».
L’eurasisme (dans son sens strictement historique) est un courant philosophique né dans les années 20 parmi les émigrés russes. Ses auteurs fondamentaux sont N.S. Trubetskoï, P.N. Savitsky, N.N. Alexeiev, V.G. Vernadsky, V.I. Ilyn, P.P. Suvchinski, E. Khara-Davan, Ya. Bromberg et d’autres. A partir des années 50 et 80 ce courant fut développé et approfondi par L.N. Gumiliev.
Le néo-eurasisme – il a surgi à la fin des années 80 (le fondateur étant le philosophe A.G. Dugin) et a élargi le champ du concept traditionnel de l’eurasisme, en le combinant avec de nouveaux blocs d’idées et de méthodologies – traditionalisme, géopolitique, métaphysique, « Nouvelle Droite », « Nouvelle Gauche », « Troisième Voie » en économie, théorie du « Droit des Peuples », écologie, philosophie ontologique, vecteur eschatologique, nouvelle compréhension de la mission universelle de l’histoire russe, perspective paradigmatique de l’histoire de la science, etc.
Face à l’établissement de l’ordre mondialiste atlantiste et face à la mondialisation, se tiennent les partisans du monde multipolaire : les eurasistes. Les eurasistes défendent par principe la nécessité de préserver l’existence de chaque peuple sur terre, la diversité florissante des cultures et des traditions religieuses, l’imprescriptible droit des peuples à choisir indépendamment leur voie de développement historique. Les eurasistes saluent l’ensemble des cultures et des systèmes de valeur, le dialogue ouvert entre les peuples et les civilisations, la combinaison organique entre la dévotion aux traditions et l’impulsion créatrice. 
Les eurasistes ne sont pas seulement les représentants des peuples vivant sur le continent européen. Etre eurasiste est un choix conscient, qui signifie combiner l’aspiration à la préservation des formes de vie traditionnelles avec l’aspiration au développement libre et créatif (social et individuel). De cette manière, les eurasistes sont tous des personnalités libres et créatrices qui reconnaissent les valeurs de la tradition ; parmi eux figurent aussi des représentants de cette région qui forme objectivement la base de l’atlantisme. 
Les eurasistes et les atlantistes sont opposés en tout. Ils défendent deux images du monde et de son avenir, deux images différentes, alternatives, s’excluant mutuellement. C’est l’opposition entre les eurasistes et les atlantistes qui définit la ligne historique du XXIe siècle. 
 

La vision eurasiste du monde futur
Les eurasistes défendent logiquement le principe de la multi-polarité, s’opposant au mondialisme unipolaire imposé par les atlantistes.
Comme pôles de ce nouveau monde, il n’y aura pas les Etats traditionnels, mais plusieurs nouvelles formations civilisationnelles intégrées (« grands espaces »), unies en «arcs géo-économiques» («zones géo-économiques»).
Selon le principe de la multi-polarité, l’avenir du monde est imaginé comme des relations de partenariat équitable et bienveillant entre tous les pays et tous les peuples, organisé – selon le principe de proximité en termes de géographie, de culture, de valeurs et de civilisation – en quatre arcs géo-économiques (chacun lui-même formé de plusieurs « grands espaces »).
L’arc euro-africain, comprenant trois « grands espaces » : l’Union Européenne, l’Afrique islamo-arabe et l’Afrique sub-tropicale (Noire).
L’arc Asie-Pacifique, comprenant le Japon, les pays de l’Asie du Sud-Est et l’Indochine, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
L’arc continental eurasien, comprenant quatre « grands espaces » : la Russie et les pays de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), les pays de l’islam continental, l’Inde, la Chine.
L’arc américain, comprenant trois « grands espaces » : l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud.
Grâce à cette organisation de l’espace mondial, les conflits mondiaux, les guerres sanglantes et les formes extrêmes de confrontation, menaçant l’existence même de l’humanité, deviendront bien moins probables.
La Russie et ses partenaires de l’arc continental eurasien établiront des relations harmonieuses non seulement avec les arcs voisins (euro-africain et Asie-Pacifique), mais aussi avec l’arc des antipodes – l’arc américain, qui sera aussi appelé à jouer un rôle constructif dans l’hémisphère occidental dans le contexte de la structure multipolaire.
Une telle vision de l’humanité future est à l’opposé des plans mondialistes des atlantistes, visant à créer un monde unipolaire, stéréotypé, sous le contrôle des structures oligarchiques de l’Occident, avec la perspective de créer le « gouvernement mondial ».
La vision eurasiste de l’évolution de l’Etat Les eurasistes considèrent l’Etat-Nation, sous ses traits actuels, comme une forme obsolète d’organisation des espaces et des peuples, typique de la période historique allant du XVe au XXe siècle. A la place des Etats-Nations, de nouvelles formes politiques doivent émerger, combinant l’unification stratégique des grands espaces continentaux avec le système multi-dimensionnel complexe des autonomies nationales, culturelles et économiques. Certains traits d’une telle organisation des espaces et des peuples peuvent être observés dans les anciens empires du passé (par ex. l’empire d’Alexandre le Grand, l’empire romain, etc.) et dans les plus récentes structures politiques (Union Européenne, CEI).
Les Etats contemporains font aujourd’hui face aux perspectives suivantes :
1. auto-liquidation et intégration dans un unique espace planétaire sous domination des Etats-Unis (atlantisme, mondialisation).
2. s’opposer à la mondialisation en tentant de préserver leurs propres structures administratives (souveraineté formelle) en dépit de la mondialisation.
3. entrer dans des formations supra-étatiques de taille régionale (« grands espaces ») sur la base d’une communauté historique, civilisationnelle et stratégique. Cette variante est la variante eurasiste. Du point de vue de l’analyse eurasiste, c’est la seule voie de développement capable de préserver tout ce qui est le plus valable et le plus original, et que les Etats contemporains sont appelés à sauvegarder face à la mondialisation. La simple aspiration conservatrice à préserver l’Etat à tout prix est condamnée à l’échec. L’orientation consciente des dirigeants politiques des Etats à se dissoudre dans le projet mondialiste est considéré par les eurasistes comme un renoncement à ces valeurs corrélatives dont la préservation a été le devoir des Etats historiques envers leurs sujets.
Le XXIe siècle sera l’arène de la décision fatale des élites politiques contemporaines concernant la question de ces trois perspectives possibles. Le combat pour la troisième variante de développement se trouve à la base d’une nouvelle grande coalition internationale de forces politiques, en accord avec la vision-du-monde eurasiste.
Les eurasistes considèrent la Fédération Russe et la CEI comme le noyau d’une future formation politique autonome : l’« Union Eurasienne » (« l’Eurasie-noyau ») et plus tard de l’un des quatre arcs géo-économiques mondiaux (le « bloc continental eurasien »).
En même temps, les eurasistes sont les supporters convaincus du développement d’un système multi-dimensionnnel d’autonomies *. 

* Autonomie (ancien grec : auto-gouvernement) – forme d’organisation naturelle d’un groupe de gens, unis par un signe organique quelconque (national, religieux, professionnel, familial, etc.). Un trait distinctif de l’autonomie est la plus grande liberté dans les domaines ne concernant pas l’intérêt stratégique des formations politiques de dimension continentale.
Autonomie s’oppose à souveraineté – un trait de l’organisation des peuples et des espaces, typique des Etats-Nations dans leur forme actuelle. Dans le cas de la souveraineté, nous avons affaire au droit prioritaire à l’organisation libre et indépendante du territoire ; l’autonomie suppose l’indépendance dans les questions d’organisation de la vie collective des peuples et des régions, non liées à l’organisation du territoire..
Le principe de l’autonomie multi-dimensionnelle est vu comme la structure organisatrice optimale de la vie des peuples, des groupes ethniques et socio-culturels, dans la Fédération Russe comme dans l’Union Européenne, dans l’« arc continental eurasien » comme dans tous les autres « grands espaces » et « arcs géo-économiques » (« zones »).
Toutes les terres (territoires) des nouvelles formations politico-stratégiques (« grands espaces ») doivent être sous l’autorité directe d’un centre de gouvernement stratégique. De la compétence de l’autonomie doivent relever les questions liées aux aspects non-territoriaux du gouvernement des collectivités. 

Le principe eurasiste de la division des pouvoirs Le principe eurasiste d’autorité politique suppose deux niveaux différents de gouvernement : local et stratégique.
Au niveau local, le gouvernement est exercé à travers les autonomies – bien sûr composées d’associations de différentes sortes (depuis les peuples de plusieurs millions d’individus jusqu’aux petites collectivités composées de quelques travailleurs). Ce gouvernement agit selon une liberté absolue et n’est pas dirigé par une instance supérieure. Le modèle pour une sorte donnée d’autonomie est choisi librement, provenant de la tradition, de l’inclination, de l’expression démocratique directe de la volonté des collectivités organiques – sociétés, groupes, organisations religieuses.
Sous l’autorité des autonomies se trouvent :
  • les questions civiles et administratives.
  • le domaine social.
  • l’éducation et les services médicaux.
  • tous les domaines d’activité économique.
C’est-à-dire tout ce qui se trouve en dehors des branches stratégiques et des questions concernant la sécurité et l’intégrité territoriale des « grands espaces ».
Le niveau de liberté des citoyens, grâce à l’organisation de la société selon le principe eurasiste de l’autonomie, est d’une hauteur jamais atteinte auparavant. L’homme obtient des possibilités d’auto-réalisation et de développement créatif jamais vues auparavant dans l’histoire de l’humanité.
Les questions de sécurité stratégique, les activités internationales en-dehors du cadre de l’espace continental, les questions économiques au niveau supérieur, le contrôle des ressources stratégiques
et des communications – se trouvent sous l’autorité du centre stratégique unique *. 

* Centre stratégique unique – Définition conventionnelle pour tous les cas où le contrôle est délégué au gouvernement régional stratégique des « grands espaces ». C’est une structure hiérarchique rigide, combinant les éléments des services militaires, juridiques et administratifs.
la planification géopolitique et du gouvernement des « grands espaces » Les domaines de compétence des niveaux de pouvoir stratégique et local sont strictement délimitées. Toute tentative d’introduire l’autonomie dans les questions se trouvant sous la compétence du centre stratégique unique doivent être brisées. L’inverse est vrai aussi.
De cette manière, les principes eurasistes de gouvernement combinent organiquement le droit traditionnel et religieux, les traditions nationales et locales, prennent en compte toutes les richesses des régimes socio-politiques qui se sont formés tout au long de l’histoire, et offrent par conséquent une solide garantie de stabilité, de sécurité et d’inviolabilité territoriale
La vision eurasiste de l’économie Les atlantistes visent à imposer à tous les peuples du monde un modèle unique de construction économique, érigeant l’expérience de développement économique de la partie occidentale de la civilisation mondiale aux XIX-XXe siècles au statut d’une règle.
Au contraire, les eurasistes sont convaincus que les régime économiques dérivent des traits historiques et culturels du développement des peuples et des sociétés, par conséquent dans le domaine économique ils se conforment à la diversité, à la pluralité des régimes, à la recherche créative, au libre développement.
Seuls les domaines stratégiques à grande échelle, liés à la nécessité d’assurer la sécurité générale (le complexe militaro-industriel, les transports, les ressources, l’énergie, les communications) doivent être soumis à un contrôle rigide. Tous les autres secteurs économiques doivent se développer librement et organiquement selon les conditions et les traditions des autonomies concrètes où l’activité économique prend naturellement place.
L’eurasisme arrive à la conclusion que dans le domaine économique il n’y a pas de vérité ultime : les recettes du libéralisme * et du marxisme ** ne peuvent être appliquées que partiellement, dépendant des conditions concrètes. En pratique, ce qui est nécessaire est de combiner de diverses manières l’approche du libre-échangisme avec le contrôle des domaines stratégiques, et d’opérer la redistribution des profits selon les objectifs nationaux et sociaux de la société dans son ensemble. De cette façon, l’eurasisme se conforme au modèle de la « troisième voie » *** en économie.
* Libéralisme – doctrine économique soutenant que seule la liberté totale du marché et la privatisation de tous les instruments économiques créent les conditions optimales pour la croissance économique. Le libéralisme est la doctrine économique dogmatique des atlantistes et des mondialistes.
** Marxisme — doctrine économique soutenant que seuls le plein contrôle du processus économique par quelque instance sociale, la logique de la planification générale obligatoire, et la distribution égale des surplus entre tous les membres société (collectivisme) peut poser les fondations économiques d’un monde juste. Le marxisme rejette le marché et la propriété privée.
*** Economie de la « troisième voie » – ensemble de théories économiques, combinant l’approche du marché avec une certaine part d’économie régulée sur la base de tels ou tels critères et principes supra-économiques. 

L’économie de l’eurasisme doit être construite sur les principes suivants :
  • subordination de l’économie à certaines valeurs spirituelles civilisationnelles plus élevées. 

  • principe de l’intégration macro-économique et division du travail à l’échelle des « grands espaces » (« union douanière »). 

  • création d’un unique système financier, de transports, d’énergie, de production et d’information à l’intérieur de l’espace eurasien.
  • frontières économiques différenciées avec les « grands espaces » et les « zones géo-économiques » voisins.
  • contrôle stratégique par le centre des branches formant le système et liberté maximale parallèle pour l’activité économique au niveau du moyen et petit commerce.
  • combinaison organique des formes d’autorité (structure du marché) avec les traditions sociales, nationales et culturelles des régions (absence d’une règle économique uniforme dans les moyennes et grandes entreprises).
La vision eurasiste de la finance Le centre stratégique unique de l’Union Eurasienne doit également considérer comme d’importance stratégique la question du contrôle de la circulation monétaire. Aucun moyen de paiement ne doit prétendre au rôle de devise de réserve mondiale. Il est nécessaire de créer une véritable devise de réserve eurasienne, ayant cours légal sur les territoires appartenant à l’Union Eurasienne. Aucune autre devise ne doit être utilisée comme devise de réserve dans l’Union Eurasienne.
D’autre part, il faut encourager de toutes les manières la création de moyens locaux de paiement et d’échange, ayant cours légal à l’intérieur d’une ou plusieurs autonomies voisines. Cette mesure empêche l’accumulation du capital à des fins spéculatives et fournit un stimulant à sa circulation. En outre, cela accroît le volume d’investissement dans le secteur réel de l’économie. Par conséquent, les fonds seront investis avant tout là où ils peuvent être employés de manière productive.
Dans le projet eurasiste, le domaine financier est vu comme un instrument de production réelle et d’échange, dirigé vers l’aspect qualitatif du développement économique. A la différence du projet atlantiste (mondialiste), la sphère financière ne doit avoir aucune sorte d’autonomie (financialisme *). 

* Financialisme – système économique de la société capitaliste dans sa phase post-industrielle, résultat logique du développement illimité des principes libéraux en économie. Son trait distinctif est la subordination du secteur réel de l’économie aux opérations virtuelles (marchés boursiers, marchés des titres financiers, investissements de portefeuilles, opérations sur des dettes internationales, futures transactions, prévision spéculative des tendances financières, etc.). Le financialisme joue sur les politiques monétaristes, séparant le domaine monétaire (devises de réserve mondiale, monnaie électronique) de la production.
La vision régionale du monde multi-polaire suppose différents niveaux de devises
- devise géo-économique (argent et valeur papier, ayant cours légal à l’intérieur d’une zone géo-économique déterminée, en tant qu’instrument de relations financières entre les centres stratégiques d’un ensemble de « grands espaces »). 
- devise du « grand espace » (argent et valeur papier, ayant cours légal à l’intérieur d’un « grand espace » déterminé – particulièrement à l’intérieur de l’Union Eurasienne — en tant qu’instrument de relations financières entre les autonomies). 
- devise (les différentes formes d’échange) au niveau des autonomies.
Les institutions d’émission et de crédit financier – banques régionales, banques des « grands espaces », banques (et leurs équivalents) des autonomies – doivent être organisée en accord avec ce schéma. 

L’attitude eurasiste envers la religion Dans la foi en l’héritage spirituel des prophètes, dans la grande valeur de la vie religieuse, l’eurasisme voit une marque de renouveau authentique et de développement social harmonieux.
Les atlantistes refusent par principe de voir autre chose que l’éphémère, le temporaire, le présent. Pour eux il n’y a essentiellement ni passé ni avenir.
La philosophie de l’eurasisme, au contraire, combine la foi profonde et sincère dans le passé avec une attitude ouverte envers l’avenir. Les eurasistes saluent la fidélité aux sources aussi bien que la libre recherche créatrice.
Le développement spirituel est pour les eurasistes la principale priorité de la vie, dont l’absence ne peut trouver de compensation dans des biens économiques ou sociaux.
Selon l’opinion des eurasistes, chaque tradition religieuse ou système de foi local, même le plus insignifiant, est le patrimoine de toute l’humanité. Les religions traditionnelles des peuples, reliées aux divers héritages spirituels et culturels, méritent la plus extrême attention et le plus grand intérêt.
Les structures représentatives des religions traditionnelles doivent bénéficier du soutien des centres stratégiques. Les groupes schismatiques, les associations religieuses extrémistes, les sectes totalitaires, les prêcheurs de doctrines et d’enseignements non-traditionnels, et toutes les autres forces orientées vers la destruction doivent être activement combattues.
La vision eurasiste de la question nationale Les eurasistes considèrent que tous les peuples du monde – depuis ceux ayant fondé de grandes civilisations jusqu’aux plus petits ayant soigneusement préservé leurs traditions – forment une richesse inestimable. L’assimilation par l’influence externe, la perte de la langue ou du mode de vie traditionnel, l’extinction physique de n’importe lequel des peuples de la Terre est une perte irréparable pour toute l’humanité.
La profusion des peuples, des cultures, des traditions, est appelée « diversité florissante » par les eurasistes – un signe du développement sain et harmonieux de la civilisation humaine.
Les Grand-Russiens, à cet égard, représentent un cas unique de fusion de trois composants ethniques (slave, turc, et finno-ougrien) en un peuple, avec une tradition originale et une riche culture. Le fait même de l’émergence des Grand-Russiens à partir de la synthèse de trois groupes ethniques contient un potentiel d’intégration d’une valeur exceptionnelle. Pour cette raison même, la Russie est devenue plus que jamais le cœur de l’union de nombreux peuples et cultures différents en un seul tissu civilisationnel. Les eurasistes pensent que la Russie est destinée à jouer encore le même rôle au XXIe siècle.
Les eurasistes ne sont pas isolationnistes, dans la mesure même où ils ne sont pas des partisans de l’assimilation à tout prix. La vie et le destin des peuples est un processus organique qui ne tolère aucune interférence artificielle. Les questions interethniques et internationales doivent être résolues selon leur logique interne. Chaque peuple de la Terre doit avoir la liberté de faire indépendamment ses propres choix historiques. Personne n’a le droit de forcer un peuple à perdre son caractère unique dans un « melting-pot » mondial », comme les atlantistes le souhaitent.
Pour les eurasistes, les droits des peuples ne sont pas moins importants que les droits de l’homme. 

L’Eurasie comme planète L’eurasisme est une vision du monde, un projet géopolitique, une théorie économique, un mouvement spirituel, un noyau pour consolider un large spectre de forces politiques. L’eurasisme est libre de tout dogmatisme, de toute soumission aveugle aux autorités et aux idéologies du passé. L’eurasisme est la plate-forme idéale des habitants du monde nouveau, pour lesquels les disputes, les guerres, les conflits et les mythes du passé n’ont qu’un intérêt historique. L’eurasisme en tant que principe est la nouvelle vision du monde pour les nouvelles générations du nouveau millénaire. L’eurasisme tire son inspiration de diverses doctrines philosophiques, politiques et spirituelles, qui jusqu’à présent semblaient réciproquement irréconciliables et incompatibles.
En même temps, l’eurasisme possède un ensemble précis d’idées fondatrices, desquelles on ne peut dévier dans aucune circonstance. L’un des principaux principes de l’eurasisme est l’opposition conséquente, active et en tous lieux au projet mondialiste unipolaire. Cette opposition (différente de la simple négation ou du simple conservatisme) a un caractère créatif. Nous comprenons le caractère inévitable de certains processus historiques : notre but est d’en être conscients, d’y prendre part, et de les conduire dans la direction qui correspond à nos idéaux.
On pourrait dire que l’eurasisme est la philosophie de la mondialisation multipolaire, appelant à l’union de toutes les sociétés et de tous les peuples de la Terre pour construire un monde original et authentique, dont chaque composante proviendra organiquement des traditions historiques et des cultures locales.
Historiquement, les premières théories eurasistes ont fait leur apparition parmi les penseurs russes au début du XXe siècle. Mais ces idées étaient en accord avec la recherche spirituelle et philosophique de tous les peuples de la Terre – du moins, de ceux qui comprenaient la nature limitée et inadéquate des dogmes banals à l’échec et à l’impasse desquels étaient liés les clichés intellectuels, [de ceux qui comprenaient] la nécessité de s’évader des cadres habituels pour aller vers de nouveaux horizons. Aujourd’hui nous pouvons attribuer à l’eurasisme une signification nouvelle et globale ; nous pouvons comprendre que notre héritage eusasiste n’est pas l’œuvre de la seule Ecole russe, le plus souvent désignée par ce nom, mais aussi celle de l’immense source culturelle et intellectuelle de tous les peuples de la Terre n’appartenant pas strictement au cadre étroit de ce qui jusqu’à une date récente (au XXe siècle) était considéré comme l’orthodoxie immuable (libéralisme, marxisme et nationalisme).
Dans son sens le plus élevé et le plus large, l’eurasisme acquiert une signification nouvelle et extraordinaire. A présent il n’est plus seulement la forme de l’idée nationale de la nouvelle Russie post-communiste (ainsi qu’il était considéré par les pères fondateurs du mouvement et par les néo-eurasistes contemporains durant la première phase), mais plutôt un vaste programme d’importance planétaire, dépassant de loin les frontières de la Russie et même du continent eurasien. Tout comme le concept d’« américanisme » peut aujourd’hui être appliqué à des régions géographiques se trouvant au-delà des limites du continent américain, l’« eurasisme » signifie un choix civilisationnel, culturel, philosophique, stratégique particulier, qui peut être fait par n’importe quel représentant de l’espèce humaine, quel que soit l’endroit de la planète où il vit, ou la culture nationale et spirituelle à laquelle il appartient.
Pour donner un contenu réel à cette signification de l’eurasisme, il y a encore beaucoup à faire. Et dans la mesure où de nouvelles strates culturelles, nationales, philosophiques et religieuses rejoindront notre projet, la même signification globale de l’eurasisme sera élargie, enrichie, changée dans ses traits … Cependant une telle évolution du sens de la plate-forme eurasiste ne doit pas simplement rester une question théorique – de nombreux aspects ne pourront trouver leur expression et leur accomplissement que par la pratique politique concrète. 

Dans la synthèse eurasiste, il ne peut y avoir de pensée sans action, ni d’action sans pensée.
Le champ de la bataille spirituelle pour le sens et pour l’issue de l’Histoire est le monde entier. Le choix d’un camp dépend de chacun personnellement. Le temps décidera du reste. Cependant, tôt ou tard, par de grandes réalisations et au prix de combats dramatiques, l’heure de l’Eurasie viendra.
LA VISION EURASISTE
Structure du Mouvement
La structure du international eurasien La structure du Mouvement international eurasien est déterminée par des objectifs généraux et les conditions historiques actuelles qui sont sans précédent. Le principal objectif stratégique du mouvement est la coordination de tous les pouvoirs eurasiens dans un front sociopolitique uni. Cela signifie coordination, consolidation, et intégration de tous les mouvements, les organisations sociopolitiques, les institutions, les fonds etc, pour qu’ils adhèrent aux objectifs d’un monde multipolaire et à la “complexité florissante”, par opposition à la globalisation unipolaire et à l’expansion de l’atlantisme.
Ces pouvoirs eurasiens (dans la signification la plus large du terme) varient grandement – depuis les organisations internationales puissantes (par exemple l’ONU qui devrait s’effacer en raison de l’hégémonie américaine), les institutions gouvernementales, les partis politiques aussi bien que les petits groupements de personnes qui sont unies par des critères communs, politiques, culturels, nationaux, religieux et professionnels.
En raison d’une diversité de sujets aussi grande, la structure du mouvement doit être flexible et complètement différente de ce qui fait l’expérience d’un parti politique, d’un mouvement, d’un centre de recherche, d’une institution gouvernementale ou d’un consortium économique.
La fondation d’un monde unipolaire est une tâche sans précédent et à laquelle l’humanité n’a jamais encore été confrontée. Ce nouveau combat international (système de communications global, nouvelles technologies, transports, structures sociales et économiques etc) exige une direction dans toutes les sphères, y compris les aspects organisationnels.
L’efficacité de nos actions repose sur une structure flexible et adaptée du mouvement. Par exemple, la démocratie ouverte et l’activité internationale sont corrélatives de la mise en oeuvre de projets pour le développement eurasien, les organisations religieuses retrouvent les structures politiques (sur la base de la coopération et du dialogue), les centres de coopération (dirigés par des corporations transnationales eurasiennes) doivent collaborer avec les structures militaires, etc.

Tous les aspects de l’activité du mouvement présentent un système diversifié de relations : l’économie liée avec la politique, la technologie avec l’écologie, les systèmes d’information avec la culture, les questions militaires avec les questions religieuses, la structure du potentiel stratégique avec les progrès industriels et l’organisation administrative, enfin les avancées intellectuelles avec les mécanismes qui créent les élites. Une approche aussi complexe, qui amalgame différentes sphères de l’activité humaine, est l’aspect central unique du Mouvement international eurasien en tant que forme innovante de l’existence d’une société.
Les structures atlantistes modernes, les fondations “charitables, les centres de recherche et les mass-média à l’échelle mondiale, représentent des instruments tangibles du système idéologique opposé à l’eurasianisme et ont un objectif : la création d’un monde unipolaire, dirigé par les Etats-Unis et les pays “milliardaires en or”. Nous faisons actuellement l’expérience non seulement de modes généraux de développement, d’un “processus spontané”, ou “théorie sans pratique”, mais également d’un mécanisme puissant et efficace pour la réalisation de tout objectif posé par les adeptes de l’atlantisme (globalisation).
L’atlantisme n’est pas seulement théorie pure : il inclut l’OTAN, le potentiel économique de la plupart des pays développés (Etats-Unis d’Amérique), une information de masse globale et contrôlée, un réseau de centres de recherche à travers le monde (support idéologique), d’innombrables agents d’influence (représentés dans les organisations internationales, les partis politiques, les religions etc.). Tous ces éléments sont les instruments qui sont appelés à établir et renforcer le monde unipolaire.
L’eurasianisme doit développer une structure, centralisée et efficace (de façon idéologique et organisationnelle) afin d’unir les adversaires de la globalisation. Celle-ci a dépassé les frontières des Etats-Unis et du monde occidental : aujourd’hui, nous pouvons parler d’une “internationale atlantiste”. La mission historique de l’eurasianisme repose dans la création d’une base commune pour le combat et la tentative d’établir une nouvelle version de l’avenir (multipolaire). Nous devons mettre en place une structure équivalente, l’eurasianisme international, avec l’objectif à long terme de coordonner l’activité multipolaire.
Le Mouvement eurasien et le projet d’une ceinture continentale eurasienne. Le Mouvement international eurasien considère que la Fédération de Russie est le lieu de lancement et la base principale de ses activités. La raison en est que, pendant des siècles, la Russie a recherché une alternative au mode occidental de développement social (le conflit entre les églises catholiques et protestantes et l’église orthodoxe russe ; l’opposition du Moyen-Age jusqu’à la fin du XIXe siècle, suivie par la confrontation entre deux systèmes socioéconomiques globalisants au cours du XXe siècle). Pendant toute son histoire, la Russie a tenté de réaliser ses idéaux éthiques alternatifs (parfois avec des conséquences tragiques).
L’histoire russe n’est pas arrivée à sa fin et le peuple russe demeure dévoué à sa mission historique, raison pour laquelle la Russie est destinée à devenir le conducteur mondial d’une nouvelle alternative mondiale (eurasianisme), alternative de la version occidentale de l’avenir du monde : la globalisation unipolaire. L’eurasianisme propose un plan pour une nouvelle organisation sociopolitique de tous les peuples de la terre. Le développement de l’organisation sociopolitique peut commencer en même temps à l’échelle de la planète, partout la globalisation peut se trouver repoussée. Toute expérience d’une telle opposition est vitale pour la politique russe et le processus eurasien dans le monde entier. De plus, l’expérience des réformes eurasiennes dans la Fédération de Russie pourrait être très importante pour les adeptes de la multipolarité à travers le monde.
Dans le domaine politique, le Mouvement international eurasien doit soutenir la création de quatre zones géo-économiques. La quatrième zone géo-économique est la ceinture continentale eurasienne (les trois autres étant l’Amérique, l’Eurafrique et le Pacifique). La géo-économie atlantiste propose seulement trois zones et appelle l’Eurasie le « trou noir », territoire possédé en partie par les trois autres zones. Ainsi, l’intégration de ce territoire est le stage le plus important de la mise en place de la géoéconomie eurasienne et le pré-requis géopolitique. C’est pourquoi, si les trois zones primitives (Amérique, Eurafrique et Pacifique) doivent se transformer selon les règles eurasiennes, la ceinture continentale eurasienne doit être créée.
La ceinture continentale eurasienne propose une intégration stratégique rapide sur le plan économique comme sur le plan stratégique pour chacun de ces quatre Grands espaces du globe. Tout d’abord, la consolidation politique et économique de chacun de ces espaces, qui consiste aujourd’hui en un ou plusieurs Etats-nations. Les frontières de la Chine et de l’Inde atteignent les limites de ces Grands espaces, mais pour la Russie et les pays de la CEI, ainsi que pour les pays musulmans continentaux (Iran, Pakistan, Afghanistan et probablement la Turquie, l’Irak et la Syrie), l’intégration est un processus compliqué. La fondation de ces Grands espaces est un objectif primordial pour le mouvement eurasien. L’intégration des Grands espaces pourra se faire en même temps que la construction de la ceinture continentale eurasienne. Le succès dans une direction entraînera le progrès dans un autre domaine.
L’activité conjointe (économique, stratégique, politique et diplomatique) avec les pays du continent eurasien est très active aujourd’hui, raison pour laquelle nous serons en mesure d’annoncer très prochainement le projet d’une ceinture continentale eurasienne d’un système unifié, géo-économique et stratégique pour la sécurité collective du continent. De plus, tous les participants sont des adhérents depuis longtemps acquis au monde multipolaire. Dans le passé, ils formaient le cadre du “camp socialiste” ou appartenaient à des pays du Tiers-monde (mouvement des non-alignés). Ils soutiennent aujourd’hui leur propre avenir, différent du concept de globalisation unipolaire. L’objectif principal du Mouvement international eurasien est de promouvoir ce processus ; de lui donner corps ; et de donner de la force à la fondation des institutions nécessaires, stratégiques et diplomatiques, des structures, fonds et corporations ; de promouvoir la coopération, en prenant en compte les facteurs historiques, religieux et ethniques.
Le modèle eurasien d’intégration politique dans les Grands espaces offre une occasion de résoudre des conflits et de coopérer sur la base d’une compréhension et d’une harmonie. L’utilisation réussie du modèle eurasien résoudra aussi bien les conflits ethniques, que tout autre conflit dans la Fédération de Russie (spécialement dans le Caucase) et se montrera d’une grande valeur pour les pays de la CEI (Karabak, Kirghizie, Tadjikistan). L’utilisation intensive du modèle russe et des pays de la CEI conduira à la création rapide de l’Union eurasienne, des Grands espaces et de la ceinture continentale eurasienne.
La ceinture américaine La domination indiscutable du Grand espace de l’Amérique du Nord (Etas-Unis d’Amérique et Canada) doit commencer par le processus d’intégration de l’Amérique latine (deux Grands espaces : l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale), pour préserver les aspects spécifiques, historiques, économiques et politiques de la civilisation latine, différents de ceux de type anglo-saxon. Ceci laisse présumer d’une indépendance plus grande de cette civilisation dans les pays latino-américains par rapport au “leader” de cette zone du méridien : les Etats-Unis. Cette théorie de l’intégration eurasienne pour les civilisations proches et les espaces culturels est capable de garantir aux nations d’Amérique latine un développement complet, qui mettra en avant leur statut géopolitique et des solutions harmonieuses pour les questions ethniques, sociales, technologiques, écologiques, démographiques et économiques.
En ce qui concerne la ceinture géo-économique américaine, les eurasianistes soutiennent les points suivants :
  • La limitation des intérêts américains, qu’ils soient stratégiques, politiques ou économiques, à l’intérieur des frontières de la zone du méridien américain (nos alliés dans ce contexte sont les conservateurs américains – adeptes de l’isolationisme et de l’expansionisme, limités par la doctrine Monroe.
  • L’autonomie maximum des mouvements démocratiques, écologiques et culturels au niveau national.
  • L’intégration des pays latins dans les Grands espaces des pays d’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud, qui renforceront leur autonomie culturelle.
Aujourd’hui, l’influence des Etats-Unis est la tendance globale la plus négative car elle apporte l’atlantisme à toutes les nations du monde. Cette option peut être acceptée si Washington renonce à promouvoir une globalisation unipolaire et à agir comme le gendarme mondial. Cependant, cette situation changera dès que l’Amérique rejettera son plan d’une hégémonie mondiale et acceptera de n’être qu’une super-puissance régionale, à l’intérieur des limites de la zone du méridien américain. Nous ne pouvons pas non plus exclure qu’après avoir éliminé la répression culturelle, cette nation reconsidèrera objectivement les valeurs de la civilisation américaine et pourra éventuellement adopter ce qu’ils considèrent comme positif ailleurs. Ainsi, les Etats-Unis pourront multiplier le nombre de leurs “satellites”, sans aucune pression. L’objectif eurasien pour la zone du méridien est de rechercher les adeptes de la théorie eurasienne à l’intérieur des Etats-Unis et de l’Amérique latine.
La ceinture eurafricaine L’Union européenne est en train de devenir rapidement la force économique principale du Grand espace eurafricain et elle projette la promotion de son statut stratégique et géopolitique dans un avenir à moyen et long termes (Eurocorps, Plan de sécurité commune en Europe). Se développe actuellement pour l’intégration en Europe, l’expression d’une logique eurasienne (sauf chez les régionalistes qui souhaitent la promotion d’orientations démocratiques et traditionnelles).
Le projet eurasien pour l’Union européenne est un saut qualitatif vers l’idée de Grand espace eurafricain. Les étapes de l’intégration européenne sont les véritables signes de l’eurasianisme : le rejet des Etats-nations, un système commun pour l’économie et la monnaie et, pas après pas, l’indépendance de l’Union européenne par rapport au contrôle américain.
L’Asie présente une volonté stratégique d’un monde multipolaire mais, parallèlement elle ne dispose que de ressources en matières premières limités. L’Europe possède un système géo-économique intégré ; cependant, jusqu’à un temps récent, il n’y a pas eu de déclarations ni de prise de position claire de l’UE sur l’importance qu’elle accorde au monde multipolaire. Le Mouvement international eurasien est évidement intéressé par le développement de l’intégration d’une Europe unie, en même temps qu’il souhaite préserver les principes de la multipolarité organique de l’Europe. Les nations européennes doivent se tourner vers la tradition et renouveller l’extraordinaire culture de l’Europe.
L’eurasianisme soutient le renforcement du statut stratégique régional, économique et politique de l’Union européenne et croit qu’il peut devenir le meneur géopolitique de la ceinture eurafricaine. Ce processus a deux vecteurs :
    Les relations entre Europe et Maghreb
    Les relations entre Europe et Afrique sub-saharienne
L’indépendance du choix dans la résolution des questions euro-arabes et euro-américaines donnera à l’Union européenne l’occasion de devenir un partenaire puissant dans le monde multipolaire.
La fondation de la zone du méridien eurafricain éliminera la dépendance en matière de ressources mais si l’Europe tente de devenir la puissance principale dans le Sud, cela entraînera un choc contre la pression et l’hégémonie des Etats-Unis. Empêcher l’Union européenne de parvenir jusqu’au Sud, est un impératif pour le contrôle américain de l’Europe. Le projet eurasien a pour but la désintégration de la structure de puissance trans-atlantique et promeut une coopération forte et avantageuse avec l’Afrique.
Le deuxième Grand espace est le monde arabe, depuis l’Afrique du Nord musulmane jusqu’au Maghreb et au Moyen Orient. C’est une région très complexe qui est contenue dans les frontières historiques de l’Empire ottoman. Ces territoires doivent être intégrés dans une structure géopolitique qui établira les relations économiques et politiques avec l’Europe et l’Afrique saharienne. Le fait que ces territoires sont sous domination des traditions islamiques peut constituer un facteur supplémentaire d’intégration. Néanmoins, il y a des formes de radicalisme islamique (qui se disent universelles) et qui s’opposent aux principes de base de l’eurasianisme. Elles proposent d’une part une multiplicité interne et d’autre part un système d’autonomies intérieures (la complexité florissante de l’Eurasie). Ainsi, les principaux alliés de l’Eurasie dans le monde arabe, qui adhèrent à l’Islam et, en même temps respectent les traditions locales, sont des soufis tarikats, des chiites et d’autres groupes ethno-religieux qui promeuvent une diversité spirituelle et culturelle.
Un autre danger réside dans les tentatives des islamistes intégristes de s’étendre dans des régions non arabo-islamistes, depuis la Turquie jusqu’au Kazakhstan et les Philippines. Ceci est typique des régimes orientés vers l’atlantisme (par exemple, l’Arabie séoudite). Cette tendance doit être vigoureusement combattue.
Un but essentiel de l’eurasianisme est l’intégration stratégique de l’Afrique saharienne et sa transformation en un Grand espace indépendant – les frontières de pratiquement tous les pays africains ont été héritées des temps coloniaux. Elles ne s’adaptent pas aux spécificités historiques, ethniques, culturelles ou économiques des nations africaines. Le système fragmentaire et artificiel des Etats est la cause de difficultés ethniques et crypto-colonialistes. Le type psychologique du peuple africain est plus adapté aux idées de l’eurasianisme, parce que l’idée européenne est ouverte à un sens d’intégration complète et organique d’un peuple, d’une histoire, d’une société et de la nature. La libération africaine de son héritage post-colonial n’est possible qu’au travers de l’intégration au sein d’une seule civilisation stratégique, amicale pour le monde arabe et orientée vers une Europe unie, qui deviendrait le meneur de la zone du méridien eurafricain. Une attention spéciale doit être donnée à l’influence d’Israël qui joue le rôle particulier d’agent atlantiste dans cette région. Nous devons trouver un nouveau modèle pour arrêter le conflit israélo-arabe et proposer une formule positive pour leur participation à la construction de la zone du méridien eurafricain.
La ceinture pacifique Le meneur stratégique, politique et économique de la ceinture pacifique est assurément le Japon, civilisation unique représentée par un petit groupe d’îles et un exemple extraordinaire de concentration d’un Grand espace dans une très petite région géographique. Le Japon possède un potentiel énorme d’expansion, un ordre social très strict et une énergie interne inégalée. Le potentiel japonais, artificiellement limité par les Etats-Unis d’Amérique et utilisé uniquement dans la sphère économique, doit être libéré et utilisé pour la réorganisation de la zone pacifique tout entière.
Le Japon (tout comme l’Europe dans la zone du méridien eurafricain) est le “leader” objectif du Pacifique. L’indépendance par rapport au contrôle américain dans les sphères géopolitiques, politiques et militaires est la condition nécessaire à la mise en place d’une multipolitarité réelle. Le Japon, comme l’Europe, appartient actuellement à la sphère d’influence atlantique, mais il a un potentiel interne énergétique qui lui vient de la psychologie nationale pour pouvoir être le cadre de la zone du méridien pacifique. Ce pays a besoin du soutien fort de l’Eurasie dans les sphères économiques et stratégiques – tout renforcement de ce pays augmentant automatiquement le potentiel général de l’eurasianisme.
Les autres Grands espaces potentiels de la ceinture pacifique sont la Malaisie, l’Atlantique et quelques pays de la péninsule indochinoise. Ils représentent un système complexe de progrès technologique (en raison de leur inclusion dans le système du monde capitaliste), avec des éléments variés d’une société traditionnelle.
Il est très important pour les élites politiques de cette région de prendre en considération la situation présente, comme étant un ”eurasianisme potentiel”, parce que la philosophie eurasienne est fondée sur l’adhérence organique à la tradition, combinée avec une avance technologique et un développement social. L’Australie et la Nouvelle Zélande doivent être intégrées dans le contexte civilisationnel et géoéconomique d’une Grande Asie et se sentir libérées de l’héritage colonialiste du XXe siècle. L’eurasianisme australien est la création d’un nouveau modèle de relations entre les Anglo-saxons d’Europe et le nombre toujours croissant d’émigrants venus d’Asie (Chine, Vietnam, Malaisie etc).
Vers l’Union eurasienne au travers du processus eurasien (expérience politique et structures de coordination) La transition du modèle de l’Etat-nation au modèle des Grands espaces doit se poursuivre à différents niveaux sur la base d’une intégration multidimensionnelle. Ces niveaux sont :
  • économique,
  • géopolitique
  • stratégique
  • politique
  • culturel,
  • informationnel,
  • linguistique.
Chacun de ces niveaux propose son propre modèle d’action politique pour le Mouvement International Eurasien.
Une attention spéciale doit être prêtée au processus de la transformation des pays de la CEI dans l’Union eurasienne. La CEI est un exemple de groupe asymétrique d’Etats-nations, où l’un des pays (la Fédération de Russie) possède des droits de souveraineté partielle sur le plan géopolitique, tandis que les autres n’ont pas de droits semblables. Le Grand espace qui doit être créé sur la base de ce groupe d’Etats-nations dans l’Union eurasienne sera une structure organisationelle politique avec une économie centralisée et des systèmes d’administration stratégique.
La création de l’Union eurasienne est l’objectif central du Mouvement International Eurasien, qui mettra en place, contrôlera et coordinera le processus eurasien pour parvenir à cet objectif. Le processus eurasien est l’évolution multidimentionnelle des institutions gouvernementales, économiques, politiques, industrielles et culturelles de chacun des Etats membres de la CEI, en une nouvelle formation politique et stratégique, l’Union eurasienne.
La création de cette union est d’une extrême importance, et pas seulement comme déclaration d’intention. Le cadre légal de l’Union doit être précédée par un processus prolongé et fondamental d’intégration. Avant que nous n’annoncions la mise en place d’une nouvelle puissance internationale, nous devons établir un système international flexible qui soutiendra le processus tout entier. Pour cela, nous utiliserons l’expérience de l’Union européenne.
La base du système administratif doit être internationale, ce qui est obligatoire pour pouvoir coordonner l’intégration. Cette intégration doit être dirigée par le Mouvement international eurasien et ses bureaux de représentation dans la CEI. Nous pouvons, de manière provisoire, l’appeler “Quartier Général du processus eurasien”. Toute activité doit être coordonnée en liaison avec des institutions gouvernementales : Président, Administration présidentielle, Parlement, Gouvernement, la Communauté économique eurasienne, l’Accord public pour la Sécurité collective, etc.
Le but principal de ce QG est l’élaboration et la réalisation des projets d’intégration qui ne seront pas nécessairement considérés comme des initiatives officielles du gouvernement. Les initiatives peuvent être prises par une organisation sociale (telle que le Mouvement eurasien etc.) qui promeut de manière large ses programmes et est responsable devant tous les gouvernements étatiques et leurs services.
L’Union eurasienne n’est pas seulement une association comprenant différents Etats qui serait suivie par la dissolution des administrations nationales ; il n’est pas non plus une version élargie de la Fédération de Russie avec ses institutions gouvernementales, administratives et politiques. Il nécessite un système complètement neuf sur le plan administratif, l’évolution des anciennes structures et la création de nouvelles entités, raison pour laquelle les gouvernements de la CEI sont incapables de formuler les objectifs de l’intégration eurasienne.
La structure du Mouvement international eurasien inclut un système de fonds, de consortium, et de centres de recherches experts sur le plan stratégique et géopolitique, des banques et des systèmes d’actions, des entreprises de presse, des institutions scientifiques et d’éducation, qui sont les meilleurs vecteurs d’une accélération du progrès de l’intégration eurasienne. Le Mouvement international eurasien, essentiel pour la coordination de l’intégration doit différer qualitativement des partis politiques, des organisations sociales, des commissions intergouvernementales ou des communautés économiques les plus simples. Les éléments existants de l’administration politique peuvent coopérer avec le Mouvement, mais ne peuvent le remplacer. Les nouveaux défis demandent de nouveaux moyens, parce que le processus d’intégration exigera la transformation des éléments existants de l’Etat-nation et de la société.
Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Eurasisme 1 Comment

Propagande a la francaise ….

Marie Jégo, correspondante de l’immonde en Russie s’est encore fendue d’un article EXTRAORDINAIRE le 24 octobre dernier ou et alors que je suis résidant a Moscou j’y apprends que : «Ces derniers jours, les grands supermarchés de Moscou affichent des rayonnages vides. Les clients se ruent sur les pâtes, l’huile, le sucre et le thé, pour constituer des stocks avant l’arrivée… de la crise, de la dévaluation du rouble, ou de l’inflation, personne ne sait trop bien «… Diantre !

Je pense prochainement convoquer tous les correspondants locaux de «canards» francais pour déjà m’assurer qu’ils résident bien à Moscou et ensuite avec leurs best-off d’articles leur demander de me «montrer» OU a Moscou les rayonnages seraient vides car j’ai beau jongler entre le Auchan de Bjela Datcha, mon Billa et mon Sedmoi Kontinent, et le Perekriostok de fin de ligne je ne «vois pas» d’échelonnage vide .. SIC … Alors propagande ou propagande ?

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Désinformation, Medias Leave a comment

BRIC uber Alles !

MOSCOU, 20 octobre — RIA Novosti. Les économies émergentes du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) restent la locomotive de la croissance mondiale, a déclaré lundi le premier ministre russe Vladimir Poutine lors d’une réunion du Conseil pour les investissements étrangers.

«Les pays du BRIC — le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine — sont la locomotive de l’économie mondiale«, a-t-il indiqué. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance de la Chine atteindra 9,3% en 2009, 6,9% pour l’Inde, 5,5% pour la Russie et 3,5% pour le Brésil.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, BRICS, Economie Leave a comment

Eurasie et pipelines : Moscou remporte une importante victoire

Source : Eurasia Info

*

Après que l’Iran ait déclaré son opposition, sur des « bases écologiques », à la construction de pipelines sous la Caspienne et qu’elle bloquerait toute délimitation des fonds marins le permettant ainsi que la décision de Bakou de ne pas soutenir le projet NABUCCO de pipeline favorisé par l’Ouest, Moscou peut se prévaloir de sa première victoire politique importante après la guerre de Georgie.

La signification de ces actions c’est que le gouvernement russe aura maintenant le contrôle entier et incontesté sur les pipelines entre le bassin de la Caspienne et l’Ouest passant à travers le territoire russe et pourra perturber, soit directement soit via ses proxys comme le PKK, les seuls corridors comme celui de Bakou-Tbilisi-Ceyhan qui contourne la Fédération de Russie. Bien sûr cela ne veut pas dire que Moscou ait effectivement rétabli son contrôle sur les états de cette région – tous ont d’autres intérêts en dehors du pétrole et du gaz – mais cela veut dire que la Russie a gagné une victoire importante et que l’Ouest, qui trop souvent ces dernières années s’est concentré exclusivement sur le pétrole et le gaz, a souffert d’une importante défaite.
Hier, Mehti Safar, le vice ministre des affaires étrangères d’Iran, a dit aux journalistes que Téhéran s’oppose à la construction de tout pipeline sous la mer dans la Caspienne parce que « cela peut endommager le système écologique sous marin ». Il a noté que les pays exportateurs peuvent transporter leur gaz soit via la Fédération de Russie soit via l’Iran. Compte tenu de l’existence de telles possibilités, le diplomate iranien a dit : « pourquoi endommager » le délicat éco système de la Caspienne ? Mais en faisant cette déclaration, Téhéran soulignait sa volonté de détruire toute chance de réalisation du pipeline de gaz NABUCCO à court terme, projet auquel sont favorables les Etats Unis et certains pays d’Europe de l’Ouest.
Et parce que Washington s’oppose à la livraison d’hydrocarbures du Bassin de la Caspienne via l’Iran, l’action de Téhéran rend maintenant possible le choix des pays exportateurs de pétrole et de gaz du transport à travers la Fédération de Russie, un but géopolitique de longue date de Moscou.
Les changements géoéconomiques et géopolitiques dans le Caucase, résultant des actions russes en Georgie (réponse à la guerre contre le peuple d’Ossétie du Sud déclenchée par le président georgien Saakashvili soutenu par Washington ndlt), ont paru encore plus évidents lors de la brève visite du Vice Président US Dick Cheney dans la capitale d’Azerbaïdjan. Selon ce qui a été rapporté dans les médias russes, cela ne s’est pas très bien passé à la fois sur le plan protocolaire et dans sous l’angle d’une perspective positive. D’abord, ni le Président Ilham Aliyaev, ni le Premier Ministre Artut Rasi-zade, n’ont accueilli Cheney à l’aéroport. A la place, c’est le Vice premier et le ministre des Affaires étrangères qui l’ont accueilli. Après cela, il n’a pas été immédiatement reçu par le Président mais, en attendant, a rencontré des responsables de BP –Azerbaïdjan et de l’ambassade américaine. Puis, selon les dires de responsables du bureau du Président d’Azerbaïdjan au journal de Moscou Kommersant, Cheney a été suffisamment déçu de sa conversation avec le Président Aliyev que « résultat, il a même refusé de participer au dîner protocolaire organisé en son honneur » par le dirigeant d’Azerbaïdjan.
D’une part, Aliyev a fait comprendre qu’il n’était pas prêt à donner son aval à un démarrage du projet du NABUCCO tant que Bakou n’avait pas complété ses négociations avec le Russe Gazprom, ou à faire effectivement autre chose pour « soutenir Washington et (par conséquent) se confronter à Moscou » étant donné ce qui s’était passé en Georgie . Et d’autre part, immédiatement après la rencontre Aliyev Cheney, le Président russe Dmitri Medvedev a téléphoné au Président d’Azerbaïdjan. Ce qui a été l’occasion pour Medvedev , selon ce qu’ont révélé au journal des sources au Kremlin, d’expliquer les politiques de la Russie et de discuter des possibilités pour les présidents de Russie et d’Azerbaïdjan de se rencontrer dans un futur proche.
Bien sûr, tout ceci reflète à un certain niveau la continuité de l’engagement du Président Aliyev dans ce que lui et son gouvernement appelle « une politique étrangère équilibrée », qui cherche à naviguer entre Moscou et l’Ouest en évitant d’offenser quiconque, et en essayant de développer des liens forts avec les deux.
D’un autre côté, la façon dont les médias ont couvert la visite du Vice Président Cheney suggère que, si la politique de Bakou reste équilibrée, la balance n’est plus la même et que les règles du jeu ont changé depuis la guerre de Georgie et la reconnaissance par Moscou de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkazie.
Effectivement, en rapportant cette visite, l’un des journaux de Bakou a utilisé comme titre de sa Une des mots qui montrent à quel point les choses ont changé ce dernier mois.
Ce n’est pas par hasard, a fait remarquer le journal, que juste après le départ du Vice Président américain du bureau d’Aliyev, le Président russe a appelé.
Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Energie, Eurasisme Leave a comment

Le discours d’Evian

(source photo : kremlin.ru)

Le dernier président Russe, Vladimir Poutine avait déjà en 2007 lors du discours de munich fait un discours que l’on qualifia de pierre angulaire de refonte du nouvel ordre international.

Dimitri Medevedev vient ce jour de prouver que la Russie est bien le pays le plus constructif quand à la nouvelle architecture des relations internationales. Son discours magistral fera date, ayant même été qualifié par le président suisse de : «30 merveilleuses minutes» !

Les grandes lignes ci dessous du «discours d’Evian» prononcé lors de la «World Policy Conference» organisée par l‘Institut français des relations internationales (Ifri).

*

«Je m’arrêterai tout d’abord sur les causes de l’accumulation du potentiel conflictuel. Je pense qu’il faut remonter aux événements d’il y a sept ans. A cette époque, les Etats-Unis cherchant à consacrer leur domination mondiale, une chance historique a été ratée, celle de désidéologiser la vie internationale et de construire un ordre mondial véritablement démocratique«.

«Après le renversement du régime des talibans en Afghanistan, les Etats-Unis se sont lancés dans une série de démarches unilatérales qui n’ont été concertées ni avec l’ONU ni avec les partenaires de Washington, notemment la dénonciation du traité ABM et l’intervention en Irak. L’unilatéralisme américain a «renforcé la tendance à la division», qui s’est traduite par la proclamation unilatérale de l’indépendance du Kosovo et le retour pratique à la politique de dissuasion«.

«Les Alliés n’en finissent pas de rapprocher leurs infrastructures militaires de nos frontières, et ils creusent de nouveaux clivages en Europe. Il est tout à fait naturel que nous considérions ces démarches comme dirigées contre nous«.

«Quand les décisions sont prises de cette façon, sans consultations, y compris avec ses propres partenaires de l’OTAN et de l’UE, sans consultations à l’intérieur de l’Europe, on a l’impression que demain de nouveaux boucliers antimissiles suivront«.

«L’unilatéralisme exclue toute garantie«.

«Il n’est pas possible d’ignorer le fait que ni la diplomatie multilatérale, ni les mécanismes régionaux, ni l’architecture européenne de sécurité n’ont fonctionné pour prévenir l’agression géorgienne. Le «NATO-centrisme» a prouvé son incapacité. Il faut en tirer les conclusions».

«L’Europe atlantique a besoin «d’un ordre du jour positif«.

«Les événements dans le Caucase ont montré la fragilité de l’architecture européenne de sécurité et confirmé la justesse de l’idée d’un nouveau traité de sécurité européenne«.

«Quand la crise caucasienne est imposée à la Russie, à l’Europe et au monde entier, nous sommes parvenus à agir de manière déterminée et concertée, avec une nette conscience de notre responsabilité à l’égard de l’avenir européen».

«Il faut accélérer la réparation du système de sécurité européen pour éviter sa dégradation ultérieure et l’aggravation de la crise dans le domaine de la sécurité et du contrôle des armements».

«De la nécessité de réglementer les institutions, nationales et internationales, de régulation, de niveler le décalage sérieux entre le montant des outils financiers émis et le rendement réel des programmes d’investissements, et de consolider le système de gestion des risques«.

«Chacun des acteurs du marché doit assumer sa part de responsabilité dès le début. Il ne faut pas se faire d’illusion sur l’accroissement sans fin du coût des actifs. Cela n’a jamais lieu car cela contredit la nature même de l’économie«.

« Il faut convoquer un sommet international sur la crise financière mondiale, et mettre en place un espace économique commun entre l’Union européenne et la Russie … Il est également important d’introduire dans le débat sur les moyens d’assainir le système financier international la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud«.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Poutine Leave a comment

Le gouvernement français me fait penser à un rat qui monterait sur un navire en train de couler

Rencontre avec le politologue le moins conformiste de la communauté française
Petit-fils de l’écrivain Paul Nizan («J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie », Aden Arabie) et fils du grand reporter Olivier Todd, Emmanuel Todd est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED). Ennemi farouche du « libre-échange » et partisan d’un « protectionnisme européen raisonnable », le politologue explique au Courrier de Russie qui est responsable du conflit géorgien et pourquoi la France devrait reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud.
Le Courrier de Russie : A qui faut-il imputer la faute dans la crise géorgienne ? Aux Russes, aux Géorgiens ou aux Ossètes ? Emmanuel Todd : Je propose d’observer le problème de la crise géorgienne d’une façon plus large, dans le cadre des enjeux géopolitiques internationaux. Il faut se rappeler qu’après la chute de l’URSS et le repli stratégique de la Russie, les Etats-Unis sont devenus l’unique superpuissance mondiale. Ils ont adopté, à partir de 1996-97 un comportement agressif vis-à-vis d’autres pays du monde. On en a vu les manifestations dans l’invasion de l’Irak, dans la campagne anti-iranienne de l’administration américaine ou encore dans l’attaque menée par Israël, pays satellite des Etats-Unis, au sud-Liban. La crise géorgienne n’est qu’une étape supplémentaire dans cette séquence agressive du système américain.
LCDR : Pourquoi une telle hostilité ? E.T. : Les Etats-Unis se comportent de façon agressive parce qu’ils sentent leur puissance s’affaiblir. Le monde américain subit une crise économique, sociale et culturelle grave. L’effondrement financier actuel n’en est qu’une nouvelle preuve. Entre-temps, nous observons d’autres pays du monde regagner leur puissance. On assiste à une montée spectaculaire de l’Inde et de la Chine. On voit également le rétablissement de la Russie qui retrouve son équilibre économique et enregistre des taux de croissance élevés. Le monde change à grande vitesse, mais tous ne s’en rendent pas compte. On trouve encore beaucoup de gens inconscients du déclin industriel des Etats-Unis et de la fragilité de leur système. Ce fut justement le cas des Géorgiens qui se sont lancés dans la conquête de l’Ossétie se croyant soutenus par le camp « occidental » mais se sont retrouvés victimes de l’impuissance matérielle de leur allié américain. Mikhaïl Saakachvili a sous-éstimé la nouvelle capacité d’action de la Russie. Celle-ci ne souhaite pas voir l’OTAN s’installer à toutes ses frontières et n’hésite plus pas à utiliser son armée pour faire entendre son « non ».
LCDR : Croyez-vous que les Etats-Unis aient incité la Géorgie à attaquer l’Ossétie ? E.T. : On ne sait pas exactement comment la décision a été prise et, probablement ne le saura-t-on jamais. Mais la vraie question, c’est comment la Géorgie a-t-elle pu s’imaginer qu’elle allait faire plier la Russie ? Comment Saakachvili a-t-il pu envoyer ses troupes en Ossétie, alors que la partie la mieux équipée de l’armée géorgienne était en train de soutenir les Américains en Irak ?
LCDR : Pourtant, la Géorgie a été écrasée par l’armée russe et les Etats-Unis, à supposer qu’ils ont effectivement joué un rôle dans le conflit, auraient dû prévoir ce scénario… E.T. : Il faut se rappeler que l’on ne connaît toujours pas l’issue de la crise. Elle semble avoir conduit les Polonais à finalement accepter l’installation du système anti-missile américain sur leur territoire. Elle pourrait pousser les gouvernements européens à affaiblir leurs liens avec la Russie et se rapprocher encore plus des Etats-Unis. Qui sait si les stratèges américains n’ont pas espéré entraîner la Russie elle-même dans une séquence agressive, la conduisant à adopter une posture revancharde et conquérante nuisible à son statut international. L’administration américaine aurait pu sacrifier le pion géorgien pour améliorer sa situation sur la scène internationale. Les Américains jouent au poker, vous savez. Les Russes jouent aux échecs. Ils ont pris le pion géorgien, montré que l’Amérique ne les impressionnait plus, mais ils ont fait du maintien de relations paisibles et utiles avec l’Europe de l’Ouest leur priorité.
LCDR : Comment expliquer la réaction de l’Europe au conflit géorgien ? E.T. : Les gouvernements européens sont pris dans un dilemme entre les intérêts de leurs peuples et ceux de leurs élites. Ce n’est pas un grand secret : les oligarchies occidentales sympathisent avec les Américains et soutiennent leur politique. Les peuples européens non. L’intérêt géopolitique de la France en tant que puissance moyenne et européenne serait une entente cordiale et stratégique avec la Russie.
LCDR : Pourtant, dans la société occidentale, on parle plus souvent de la me-nace russe… E.T. : La Russie n’est pas une menace pour l’Europe de l’Ouest. Je dis consciemment « Europe de l’Ouest » parce que les Russes sont des Européens. La Russie a terriblement souffert de la deuxième guerre mondiale et ne cherchera pas, j’en suis convaincu, à déclencher de nouveaux conflits. La Russie a par ailleurs constaté, du temps de l’URSS, que l’Empire était une entreprise peu rentable. Son déclin démographique interdit de toute façon un fantasme expansionniste. La menace militaire russe est un mythe. La mise au pas de la minuscule Géorgie ne démontre pas que l’armée russe est toute-puissante. Elle démontre simplement que, dans le Caucase, la puissance militaire américaine n’existe pas.
LCDR : Mais outre la sécurité militaire, il existe la sécurité énergétique… E.T. : Il ne faut pas oublier que la Russie et l’Europe de l’Ouest se retrouvent en état d’interdépendance. L’Europe a toujours besoin du gaz russe, mais la Russie a besoin des biens d’équipement européens, de technologies et de savoir-faire. Et ce n’est pas par hasard que les producteurs d’automobiles européens s’implantent en Russie et y travaillent avec beaucoup de succès.
LCDR : Si la France est intéressée à maintenir ses liens avec la Russie, pourquoi la presse occidentale adopte-t-elle une attitude aussi critique à son égard, notamment dans la couverture du conflit géorgien ? E.T. : Les journalistes européens se montrent souvent hostiles à l’égard de la Russie au nom d’une sorte de maximalisme libéral. Peu conscients de ce qu’ils vivent eux-mêmes dans des systèmes certes forts libéraux, mais de plus en plus inégalitaires, oligarchiques même, ils se croient obligés d’exiger, hors de chez eux, des démocraties parfaites, tout de suite, indépendamment du contexte économique ou social de transition. Avouons le aussi, les journalistes européens sont rarement compétents en géopolitique. Il sont souvent très naïfs. On pourrait aussi citer comme explication le peu d’efforts du Kremlin visant à séduire la presse occidentale. Habitués à l’attitude beaucoup plus séductrice de leurs propres hommes politiques, les journalistes européens et américains ne peuvent qu’être déçus par ce manque de ménagements. Pourtant, je peux vous assurer qu’en France, dans la communauté des experts, on trouve beaucoup de personnes qualifiées qui apprécient à sa juste valeur le rôle de la Russie dans le rétablissement de l’équilibre mondial.
LCDR : On trouve beaucoup d’adeptes de l’idée selon laquelle la Russie porte toujours l’héritage de l’Empire du Mal qu’elle représentait encore il y a une trentaine d’années… E.T. : Quant à moi, je considère que la Russie a joué un rôle plutôt positif dans l’histoire universelle. J’appartiens à la génération qui se rappelle encore que l’issue de la deuxième guerre mondiale s’est jouée à Stalingrad et que c’est aux Russes que nous devons notre liberté. L’histoire de la Russie démontre que sa vision du monde est spontanément égalitaire et multipolaire. A l’inverse des Etats-Unis qui se trouvent aujourd’hui dans un rapport asymétrique d’exploitation du monde. La France aurait dû s’en rendre compte et se rapprocher des puissances émergentes plutôt que de suivre l’Amérique dans une sorte de crispation « occidentaliste ». Le gouvernement français me fait penser à un rat qui monterait sur un navire en train de couler.
LCDR : Les Russes, ont-ils eu raison de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ? E.T. : Bien évidemment.
LCDR : Pourtant, juridiquement, ce sont deux provinces géorgiennes… E.T. : Dans le cas de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, nous assistions à une non coïncidence devenue dramatique entre l’état des faits réels et l’état juridique. Les populations de ces deux pays ne souhaitent pas être géorgiennes. Au stade actuel, la seule solution de paix à long terme est l’acceptation de la réa-lité. Sinon, le gouvernement géorgien va continuer d’envisager des solutions violentes, de domination ou même de nettoyage ethnique. Or l’intérêt réel des Géorgiens c’est la paix, le développement économique et une relation stable et positive avec la Russie dont ils ont tant besoin. En reconnaissant l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, les Européens de l’Ouest libéreraient les Géorgiens eux-mêmes du fardeau de leur histoire et de leur rancune.
LCDR : La France devrait-elle reconnaître l’indépendance de ces deux états ? E.T. : C’est mon souhait le plus cher. Si je deviens président de la République, ce sera l’une de mes premières décisions.
Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Emmanuel Todd, France Leave a comment

Pour Serguei Lavrov !

Depuis la tentative de déstabilisation du Caucase par le pantin de Washington (porté au pouvoir par une révolution Orange), tentative avortée car gérée de façon magistrale par le trio « Medvedev-Poutine-Lavrov », pas une journée ne passe sans que le troisième ne fasse des déclarations qui si l’on les lit attentivement sont de loin les plus constructives qu’un homme d’état est proposée pour la sécurité et l’harmonie de la zone Euro-Russe, mais aussi du monde, depuis le Général de Gaulle.
 
Serguey Ivanovitch Lavrov (biographie ici), premier secrétaire, conseiller puis conseiller en chef de la Représentation permanente de l’URSS auprès de l’ONU de 1982 a 1988, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l’ONU de 1994 a 2004 a ensuite été nommé en 2004 par Vladimir Poutine ministre des affaires étrangères Russes, position qu’il a occupée avec beaucoup de brillance et de courage lors des récents conflits mondiaux (Irak, Kosovo, Ossétie ..).
A la fin du mois de septembre 2008, Sergei Lavrov a mis en garde, contre la «privatisation» de la coalition anti-terrorisme et affirmé que : « la coalition anti-terrorisme née dans les ruines des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, fait face maintenant à une crise, puisqu’elle manque d’arrangements collectifs ou d’égalité entre ses membres dans la décision de stratégies et de tactiques opérationnelles, dans l’analyse conjointe et aussi dans la coordination ».
« Les mécanismes conduisant à un monde unipolaire ont commencé à être utilisés, cela signifie que toutes les décisions sont à prendre dans un seul centre tandis que le reste du monde doit les suivre » a indiqué M. Lavrov.
Selon lui, la guerre irakienne déclenchée sous le prétexte infondé de la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes nucléaires a violé le droit international. « Quels sont les prix acceptables pour autant de morts parmi les civils dans les opérations contre le terrorisme en Afghanistan? Qui décide les critères sur la proportionnalité de l’usage de la force? Pourqoi les forces internationales ne veulent pas s’engager dans la lutte contre la prolifération de la drogue qui cause des souffrances croissantes dans les pays d’Asie centrale et d’Europe ? », a demandé le ministre russe.
Quant aux derniers développements de la situation au Caucase et des relations entre la Russie et l’Occident, M. Lavrov a réaffirmé que tous les pays ont des partenaires avec lesquels ils partagent les relations amicales traditionnelles, l’histoire et la géographie. Il a qualifié de «nuisibles» les tentatives de changer artificiellement ces relations au profit de la géopolitique.
M. Lavrov a déclaré que Moscou continuerait à travailler ensemble avec tous les pays voisins,
- En premier lieu les membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI).
- L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS)
- Le groupe BRIC ( Brésil, Russie, Inde et Chine)
- L’Union européenne
- L’Organisation des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean)
- L’Organisation de la conférence islamique
- Ligue arabe
-
Les organisations régionales en Amérique latine, a-t-il noté.  
Déclarant que les capacites de defense et de securite Europeene n’ont pas passé le test de l’epreuve en Géorgie, Sergei Lavrov a réitéré la proposition du président Dmitri Medvedev de juillet dernier concernant un : « nouveau traité sur la sécurité européenne proposant d’organiser pour cette occasion un sommet pan-européen. Il permettrait notamment de renforcer la paix et la stabilite entre états membres, proscrirait le recours a la force et défendrait le reglement pacifique des conflits, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la non ingerence dans les affaires nationales. Ce traité devant en outre permettre une meilleure integration de tous les etats au sein du vaste ‘espace euro-atlantique. Ce traite a rajoute Mr Lavrov pouvant etre compare a un « Helsinki 2 », en reference au traite d’Helsinki de 1975 entre les Etats Unis, le Canada et l’Europe ayant evolue vers l’actuelle OSCE, principale structure continentale de prevention des conflits ».
Cette initiative Euro-Atlantique a vivement été condamnée (le jour même) par Washington mais Sergueï Lavrov a qualifié « d’inconsistantes » les allégations selon lesquelles, avec son initiative de sécurité euro-atlantique, la Russie chercherait à créer une alternative à l’OTAN
 
«Nous n’avons rien proposé de tel. Nous sommes réalistes et nous comprenons que l’OTAN est une réalité. La Russie n’a aucune intention de régler le sort de l’OTAN, ne serait-ce pour la seule raison que c’est une tâche par trop ingrate«, a noté M. Lavrov. Selon lui, «ce sort est réglé en Afghanistan, et nous verrons comment l’OTAN viendra à bout de sa mission qui ne sera couronnée de succès que si l’action de la communauté internationale à l’intérieur de l’Afghanistan s’appuie sur une analyse et des solutions conjointes et (…) et ne nuit pas à la contribution que de nombreux pays pourraient apporter à la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue«.
Peu de temps après, celui-ci en réaction a la crise financiere internationale a estimé que le : « L’enjeu prioritaire le plus urgent est de moderniser et de démocratiser le système financier. Le second est de remédier aux dérives économiques, et d’y remédier en privilégiant l’émergence d’une économie socialement orientée. Ce sont justement ces thèmes qui seront soulevés prochainement dans les discussions internationales ».
« Le ministre allemand des Finances l’a notamment mentionné, en appelant à reconnaître l’existence d’un système financier multipolaire. Et le président Sarkozy a rappelé la nécessité de mettre en place un capitalisme régulé », a indiqué M. Lavrov.
« L’ordre du jour financier international doit être traité de manière collective. Il convient que tous les pays reviennent vers une économie socialement orientée. C’est le modèle qui est apparu en son temps en Europe et qui constituait d’ailleurs pour beaucoup une réponse à la politique sociale de l’Union soviétique. Les congés payés, les retraites, la limitation du temps de travail, la médecine et l’enseignement gratuits — tout cela a incité l’Europe à mettre en place son modèle socio-économique », a-t-il poursuivi.
Selon lui, « les États-Unis doivent participer aux débats non plus en tant que pays déterminant l’ordre du jour et les conclusions auxquelles il faut arriver, mais sur un pied d’égalité, aussi puissant soient-ils ».
*
Il faudrait sans doute conseiller à nos Kouchner et autres Barroso et Solana d’écouter Serguei Lavrov et de prendre des leçons de gestion des afffaires étrangères au lieu de recevoir leurs seules idées par fax directement du Pantagone, comme ce fut le cas pour l’affaire du Kosovo au moment de la présidence Slovène.
Posted on by Alexandre Latsa in Armée Russe, Articles en francais, Russie / Europe Leave a comment