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French war on Libya: a dissonant point of view.

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Face à Poutine : les communistes et «Russie Juste», ce parti patriote de gauche qui gagne du terrain

Législatives russes : le parti Russie Unie perd des sièges à la Douma mais conserve la majorité absolue. Son leader Vladimir Poutine fait face à une opposition relativement faible, mais qui progresse malgré tout…

Comme prévu les élections législatives qui ont eu lien en Russie dimanche n’ont pas vu un grand changement dans la composition politique de l’assemblée. La participation a atteint 60% et après dépouillement de 95% des bulletins le parti Russie Unie a vu son score baisser, avec 49,67% des voix, contre 64% lors des précédentes élections législatives de 2007. Le parti peut néanmoins se vanter d’un soutien électoral relativement stable et solide puisqu’il reste et de très loin majoritaire, et ce depuis 2003.

La baisse de Russie Unie profite indirectement au parti communiste qui conforte sa position de parti principal d’opposition, avec 19,16% des voix, contre 11,5% en 2007. Mais la surprise vient plutôt de Russie Juste, un parti patriote de gauche, étatiste, dont les thématiques sociales ont séduit un électorat grandissant. Russie Juste a obtenu 13,18% des voix contre 7,8% en 2007 et ce malgré que sa disparition était évoquée il y a quelques mois encore. Enfin le parti ultranationaliste Libéral démocrate a lui obtenu 11.67% des voix, un score stable par rapport a 2007.

Ces quatre partis devraient donc seuls être représentés à la Douma. Le parti d’opposition Iabloko a lui obtenu prés de 3,2% des voix, arrivant cependant en tête dans au sein des communautés russes d’Amérique, d’Angleterre et de France. Deux autres partis ont obtenu respectivement 0,9% et 0,6%, il s’agit du parti Patriotes de Russie et du parti de droite Juste Cause.

Les communistes gagnent des sièges

Selon ces estimations, sur 450 sièges de la chambre basse du parlement, le parti au pouvoir remporterait entre 235 et 240 sièges, contre 315 précédemment. Les Communistes auront 90 sièges, contre 57 en 2007. Russie Juste aura presque doublé le nombre de représentants par rapport à la législature précédente avec 60 sièges, contre 38. Enfin le parti Libéral-démocrate devrait occuper 56 sièges au sein du nouveau parlement, contre 40 sièges précédemment.

La nouvelle répartition électorale permet de définir des tendances significatives.

Tout d’abord l’effritement de Russie-Unie a été finalement relativement faible si l’on prend en compte qu’étant au pouvoir depuis 2003, le parti est victime d’un effet d’usure du pouvoir inévitable et a dû également assumer en tant que parti de gouvernement les responsabilités de la crise financière de 2008. Mais le parti n’a plus la majorité qualifiée des 2/3 lui permettant une totale indépendance de gouvernance. Il lui faudra désormais composer avec les autres forces politiques et sans doute rentrer dans une logique de constitution d’alliance politique.

Ensuite la forte hausse des partis communistes et du parti Russie Juste traduit un réel soutien électoral a des partis étatistes dont les programmes sont à fortes dominantes sociales.

Le courant libéral (Iabloko) et de droite (Juste Cause) continue sa dégringolade, ne séduisant que les russes de l’étranger, ou une frange très urbaine de la population, le parti Iabloko obtenant par exemple prés de 13% à Saint Petersbourg.

On peut imaginer que ces résultats ne devraient pas entraîner de gros changements lors de la présidentielle de mars 2012. Celle-ci devrait sans doute voir l’élection de Vladimir Poutine, même si celui-ci pourrait se retrouver à affronter, lors d’un second tour, le candidat du parti communiste.

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La presse Francaise, les titres originaux :)

Dans la ligne directe de ma conférence a MGIMO et illustrée cette fois par l’élection de hier dimanche l’influence d’une dépêche d’une agence mondiale et généraliste sur les divers supports médiatiques en ligne..


Le nouvel observateur

Le Point

Capital.fr

Yahoo actualités

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Autres répétitions obsessionnelles… :)

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médias mensonges, les émigrants fantômes de Russie

Très récement, toute une série d’articles venait rappeler à  quel point la Russie était un pays sans avenir. Divers médias francophones, tel que le Figaro, la Tribune de Genève, Le soir, reprenant une dépêche provenant visiblement de l’AFP, ont commenté les résultats d’un sondage  qui démontrait l’émigration massive dont le pays souffrirait depuis ces dernières années. On y lit par exemple « qu’un cinquième des R usses (22%) souhaiterait émigrer de Russie » et que « selon les chiffres officiels, cités par Vedomosti, en trois ans, environ 1,2 million de personnes ont quitté la Russie ». Ces résultats « illustreraient une nouvelle vague d’émigration, et mettent à mal les mots d’ordre patriotiques et les projets ambitieux du Kremlin» écrit Europe1.

Reprenons les deux informations clefs :

- 1 Russe sur 5 souhaiterait émigrer.

- 1,25 million de Russes ont quitté le pays depuis 2008.

 

Illétrisme ou médiamensonges ?
Tout d’abord, regardons de plus près l’origine de ce chiffre de 1,25 millions de russes qui seraient partis depuis 3 ans. Le chiffre vient d’une discussion en date du 15.01.2011 retransmise à la radio Echo de Moscou entre Sergueï Stépachine (président de la cour des comptes depuis 2000) et Michael Barshevski. Je rappelle l’échange en russe ci dessous, avec sa traduction:


«М.БАРЩЕВСКИЙ: … Ты говоришь сейчас про инновации (…) мы потеряли очень много мозгов, которые сегодня могли бы нам очень полезны в инновации.
С.СТЕПАШИН: Но у меня есть цифры точные. 1 миллион 250 тысяч человек, которые работают за рубежом. Это не самые плохие наши…
М.БАРЩЕВСКИЙ: Ты имеешь в виду не водопроводчиков?
С.СТЕПАШИН: Ну, это ученые, специалисты.
М.БАРЩЕВСКИЙ: Миллион 250 тысяч?
С.СТЕПАШИН: Миллион 250
тысяч. Примерно столько ушло после 1917 года».


M.BARCHEVSKI: … Tu parles de l’innovation (…) on a perdu beaucoup de cerveaux qui nous auraient été très utiles dans le cadre de l’innovation.
S.STEPACHIN: J’ai des chiffres précis. 1 million 250 mille personnes qui travaillent à l’étranger. Et pas les plus mauvais…
M.BARCHEVSKI: Tu veux dire pas des plombiers?
S.STEPACHIN: Des scientifiques, des spécialistes.
M.BARCHEVSKI: 1 million 250 mille?
S.STEPACHIN: 1 million 250 mille. Voilà à peu près combien sont partis depuis 1917.


à Comprenez bien ce qui a été dit et écrit: aujourd’hui 1,250 million de russes travaillent à l’étranger. Comment en est-on arrivé  à ce que ce chiffre soit repris par la presse
comme le nombre de russes ayant soi-disant fui la Russie de Poutine et Medvedev depuis 3 ans ?Nous en sommes arrivé là via un processus de douce mais régulière transformation / interprétation des textes qu’il est intéressant d’étudier. Observons cela de plus près.


Par exemple dès le 04.02.2011 mlnews affirmait que : «selon les calculs de la cour des comptes, ces dernières années 1,250 million de personnes ont émigré de Russie («По даннымСчетнойпалатызапоследниегодыизРоссиивэмиграциюуехали 1 миллион 250 тысяччеловек»).


On passe à la vitesse supérieure dans un article du 11 février 2011 de Moskovsksi Komsomolets intitulé «courons loin du tandem» («Бегомоттандема») où il est dit: « la cour des comptes a officiellement déclaré que durant les dernières années sont partis de Russie 1,25 million de personnes. La vague d’émigration est à peine moins grande que celle de 1917. Ces données sont confirmées par le directeur du Service Fédéral des Migrations (FMS) : 300 à 350.000 Russes partent chaque année travailler à l’étranger. Combien reviennent, il n’a pas dit ».
(«Счётная палата официально сообщила: “За последние годы из России уехали 1 250 000 человек”. Волна эмиграции немного меньше, чем после 1917 года. Эти данные подтверждает директор Федеральной миграционной службы Ромодановский: “Порядка 300—350 тысяч россиян уезжают каждый год работать за рубеж”. Скольковозвращается, оннесказал»).


Deux contre-vérités.  Non seulement la traduction de la phrase de Sergueï Stépachine est fausse, mais en ce qui concerne les 350 à 400.000 émigrants / an, il ne s’agit bien sûr que d’une émigration temporaire. C’est vérifiable sur le lien en question reprenant les affirmations du directeur du FMS : «Chaque année 300.000 Russes partent de Russie, dont 40.000 pour aller résider définitivement à l’étranger. Ce chiffre était de 70.000 en gros avant la crise, mais il s’est réduit à 30.000 à cause de la crise (..)»
Каждый год из России уезжают более 300 тысяч россиян, из них около 40 тысяч — на постоянное место жительства, считает глава Федеральной миграционной службы РФ Константин Ромодановский. «До кризиса цифра была 70 тысяч человек, но потом эта цифра сократилась. (…) Из всех уезжающих россиян за границу «примерно 30-40 тысяч» покидают страну на постоянное место жительства, сказал глава ведомства ». à Donc 400.000 russes sortent de Russie chaque année pour aller travailler ou étudier à l’étranger, ou encore pour des raisons personnelles (ce qui est un processus tout à fait normal) mais seulement un faible pourcentage d’environ 10% ne revient pas.


Le 29 mai 2011 Novaya Gazetta dans un réquisitoire contre la Russie intitulé » La Russie ne plait plus» affirme que la Russie ne sera pas en état de faire face à l’année 2050″ en affirmant que le «représentant de la cour des comptes Serguei Stépachine a affirmé que depuis 2008, 1,25 million de personnes» ont émigré. (Председатель Счетной палаты Сергей Степашин еще в январе озвучил цифру — с 2008 года из страны уехало 1,25 миллиона человек экономически активного населения). 


L’article est constitué de témoignages de jeunes émigrants russes, qui expliquent pourquoi ils ont choisi de quitter la Russie et de vivre à l’étranger, aux Etats-unis, au Canada, en Israël, en Allemagne ou en Scandinavie. La liste complète de tous leurs griefs à l’égard de la Russie est un best-off du genre : peur de la police, pauvreté, petits salaires, pas de perspectives, pas de possibilité de fonder une famille, instabilité économique, xénophobie.. Bref le pays est foutu! Il est temps de se tirer (Пора Валить) comme dirait Marie Jégo du Monde!

L’hebdomadaire Newtimes du 17 au 23 mai 2011 confirme cet exode  massif: » Selon les données du représentant de la cour des comptes de Russie, Sergueï Stépachine, au cours des trois dernières années ont émigré de Russie 1,25 million de personnes».(По данным главы Счетной палаты РФ Сергея Степашина, за последние три года
из России в эмиграцию уехали 1 млн 250 тысяч человек).
 
Les faits, les chiffres, sont bien loin des obsessions idéologiques


L’institut Rosstat donne des chiffres reconnus comme étant assez précis. Etudions l’émigration de Russie vers l’étranger lointain et non l’étranger proche, ou monde ex-soviétique. Et cela afin de ne pas prendre en compte  les migrations intra-CEI de ressortissants russes d’origine géorgienne, urkainienne ou moldave. En effet il semble peu plausible que les émigrants russes aient fui en masse en Azerbaidjan, Géorgie, Ukraine ou Biélorussie. Si émigration économique il y a eu (voir les exemples dans l’article cité plus haut de Novaya Gazeta), ces émigrants ont évidemment fui vers des zones riches du monde: en Occident!  Les données de 1997 à 2008 sont consultables en ligne ici et celles de 2009 et 2010 ici. J’ai synthétisé sous forme de tableau ces résultats :


 
 


Etudions ces chiffres :


- Sur 14 ans ont définitivement quitté la Russie vers l’étranger lointain(hors ex-URSS) : 629.880 personnes
- Le gros de cette émigration a eu lieu entre 1997 et 1999.
- Depuis 1999 la quantité d’émigrants de Russie baisse,ce qui traduit l’amélioration économique que le pays a connu depuis 10 ans.
- Depuis 2008 : 37.894 Russes ont émigré définitivement vers l’étranger lointain.

*

Regardons maintenant la totalité des émigrants de Russie (étranger proche et étranger lointain).
 
Depuis 2008 donc, 105.544 russes ont émigré à longue durée hors de Russie.


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Rappelez-vous ce qui est écrit plus haut, par le directeur du FMS : « Chaque année partent de Russie 300.000 Russes, dont 40.000 pour aller résider définitivement à l’étranger. Ce chiffre était de 70.000 en gros avant la crise, mais il s’est réduit à 30.000 à cause de la crise ». 30.000 donc en gros 1 /3 (entre 12 et 13.000 vers l’étranger lointain).Ensuite la Russie reste un pays avec un solde migratoire fortement positif, comme le montre le schéma ci-dessous qui compare les entrées et les départs de Russie. Depuis 2002, il part moins de 100.000 personnes / an, et depuis 2006 moins de 40.000 / an. Nous sommes donc bien loin des 400.000 / an qu’une certaine presse annonce.


Un tableau de Wikipedia permet de voir la réalité de ces flux migratoires russes.
 
Fantasmes, sondages et presse « indépendante » ?


Maintenant le sondage traduisant la soi disant nouvelle vague d’émigration, et qui mettrait à mal les mots d’ordre patriotiques et les projets ambitieux du Kremlin. 22% des Russes, soit une personne sur cinq, souhaiterait émigrer mais ils sont 73% à ne pas vouloir émigrer à l’étranger. Regardons attentivement le second tableau de ce même sondage, ils ne sont toujours que 1% en Russie  à déjà préparer leur départ en faisant leurs sacs (ca n’a pas changé depuis 2009), que 2% à avoir pris la décision d’émigrer et 6% à étudier les possibilités d’émigration. Ils sont également 69% à ne jamais penser à émigrer. Par comparaison, en 2006, 25% des jeunes britanniques souhaitaient émigrer, ce chiffre a atteint75% en décembre 2010. Mais à la même date, seulement 2% d’entre eux ont réalisé leur projet d’émigration. En clair, le pays n’a connu aucune fuite massive de cerveaux malgré de tels sondages. En 2009, 20% des Chinois diplômés souhaitaient également quitter le pays. En 2010, 30% des jeunes arabes (pays de la ligue arabe) souhaitaient également émigrer. On relève aussi que 20% des Bulgares en âge de travailler souhaitent partir à l’étranger. Ce seuil de 20 à 30% semble donc exister dans de nombreux pays, indépendamment du contexte économique local, très bon pourla Chine, ou relativement mauvais pourla Bulgarie par exemple.


Par rapport à ces chiffres, on peut surtout se demander s’il y a suffisamment de jeunes Russes diplômés ou pas, qui souhaitent acquérir une expérience professionnelle à l’étranger. La mondialisation de l’économie offre des opportunités de plus en plus nombreuses dans ce sens, et il n’y a rien de malsain dans cette tendance qui améliore les échanges économiques. Ce qui est malsain, c’est de propager dans les médias des chiffres faux, pour alimenter des prévisions catastrophistes.


Evidemment un sondage chez les lecteurs de Novaya Gazetta montre que 62% d’entre eux seraient prêts à quitter le pays, mais les lecteurs de NG sont principalement des libéraux-orientés, hostiles à la Russie d’aujourd’hui et à son pouvoir politique actuel, jugé responsable de tous les maux. Un  sondage fait dans ce lectorat n’est donc pas très représentatif de l’opinion publique russe en général. Bien sûr j’ai cité plus haut Vedemosti, un quotidien créé en 1999 suite à une initiative conjointe du Financial
Times
, du Wall Street Journal et du groupe de presse Sanoma (éditeur du Moscow Times). Pas étonnant qu’ils ne soient pas les derniers dans une certaine propagande de la Russie d’aujourd’hui. Il y a aussi cité newstimes dont la rédaction est composée de figures de la scène dites libérale et « anti-Kremlin d’aujourd’hui», comme Evguenia Albats ou encore
Valeriya Novodvorskaya. Une ex-correspondante Francaise du Figaro avait d’ailleurs pris la défense de la rédaction de ce journal, soi disant menacé par le Kremlin pour des problèmes de ligne politique. Quoi qu’il en soit en l’espèce et bien loin de toutes considérations politiques, on ne peut que constater leur totale mauvaise foi.


Quelles conclusions en tirer?


- Les chiffres montrent en Russie une baisse de l’émigration et une stabilisation de l’immigration depuis les années 2000.
- Le nombre de Russes qui ont quitté leur pays depuis 2008 est de 105.000 et non pas de 1,25 million.
- Une certaine presse dite d’opposition libérale gagnerait beaucoup à être un minimum sérieuse dans ses analyses et non à fantasmer en lançant des mensonges, repris et propagés sur la toile. La quantité ne s’impose pas sur la vérité.
- Les gros relais médiatiques francophones semblent ne pas vérifier leurs sources et on peut légitimement se poser la question de savoir s’il s’agit de mauvaise foi ou d’incompétence.  Dans les deux cas, c’est assez inquiétant et cela ne reflète pas la vérité de la Russie d’aujourd’hui.
Merci a Anatoly Karlin et Nicolas Starikov dont je me suis inspiré des analyses pour faire cette synthèse en Français.

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Liens annexes démontrant la mauvaise foi ou l’incompétence de nombre de nos journalistes:
 
 
 
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Russie, des émigrants fantômes?

L’article original a été publie sur Ria Novosti.
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Très récement, une série d’articles est venue rappeler à quel point la Russie était un pays sans avenir. Divers médias francophones, tel que le Figaro, la Tribune de GenèveLe soir, ont commenté les résultats d’un sondage qui expliquait «qu’un cinquième des Russes (22%) souhaiterait émigrer de Russie» et que «selon les chiffres officiels, cités par Vedomosti, en trois ans, environ 1,2 million de personnes ont quitté la Russie». Ces résultats «illustreraient une nouvelle vague d’émigration, et mettent à mal les mots d’ordre patriotiques et les projets ambitieux du Kremlin» écrit encore Europe1.

La naissance d’un mythe

Le chiffre de 1,25 millions de Russes qui seraient partis depuis 3 ans viendrait d’unediscussion en date du 15.01.2011 retransmise à la radio d’opposition Echo de Moscou entre Sergueï Stépachine (président de la  Cour des comptes) et Michaïl Barshevski. Je rappelle le moment clef de l’échange en russe ci-dessous, avec sa traduction en français derrière:
С.СТЕПАШИН: Но у меня есть цифры точные. 1 миллион 250 тысяч человек, которые работают за рубежом. Это не самые плохие наши…
М.БАРЩЕВСКИЙ: Ты имеешь в виду не водопроводчиков?
С.СТЕПАШИН: Ну, это ученые, специалисты.
М.БАРЩЕВСКИЙ: Миллион 250 тысяч?
С.СТЕПАШИН: Миллион 250 тысяч. Примерно столько ушло после 1917 года».

S.STEPACHIN: J’ai des chiffres précis. 1 million 250 mille personnes qui travaillent à l’étranger. Et pas les plus mauvais…

M.BARCHEVSKI: Tu veux dire pas des plombiers?
S.STEPACHIN: Des scientifiques, des spécialistes.
M.BARCHEVSKI: 1 million 250 mille?
S.STEPACHIN: 1 million 250 mille. Voilà à peu près combien sont partis depuis 1917.
1,250 million de russes travaillent donc à l’étranger. Comment en est-on arrivé  à ce que ce chiffre soit repris par la presse francophone comme le nombre de russes ayant soi-disant fui la Russie depuis 3 ans?
Dans un article du 11 février 2011 de Moskovsksi Komsomolets intitulé «courons loin du tandem» («Бегом от тандема») il est écrit: «la Cour des comptes a officiellement déclaré que durant les dernières années sont partis de Russie 1,25 million de personnes. La vague d’émigration est à peine moins grande que celle de 1917. Ces données sont confirmées par le directeur du Service Fédéral des Migrations (FMS): «300 à 350.000 Russes partent chaque année travailler à l’étranger. Combien reviennent, il ne l’a pas dit».
(«Счётная палата официально сообщила: “За последние годы из России уехали 1 250 000 человек”. Волна эмиграции немного меньше, чем после 1917 года. Эти данные подтверждает директор Федеральной миграционной службы Ромодановский: “Порядка 300—350 тысяч россиян уезжают каждый год работать за рубеж”. Сколько возвращается, он не сказал»).
En réalité une vérification sur le lien en question des affirmations du directeur du FMS permet de lire la phrase dans son ensemble et non un morceau sorti de son contexte. Voila ce qu’il y est en fait écrit: «Chaque année 300.000 Russes partent de Russie, dont 40.000 pour aller résider définitivement à l’étranger. Ce chiffre était de 70.000 en gros avant la crise, mais il s’est réduit (..) De tous les Russes qui sortent du pays, a peu près 30 à 40.000 quittent le pays pour aller résider définitivement à l’étranger».
Каждый год из России уезжают более 300 тысяч россиян, из них около 40 тысяч — на постоянное место жительства, считает глава Федеральной миграционной службы РФ Константин Ромодановский. «До кризиса цифра была 70 тысяч человек, но потом эта цифра сократилась. (…) Из всех уезжающих россиян за границу «примерно 30-40 тысяч» покидают страну на постоянное место жительства».
Le 29 mai 2011, la revue russe d’opposition Novaya Gazeta dans un réquisitoire intitulé «La Russie ne plait plus» affirme que le pays ne sera pas en état survivre jusqu’à la crise démographique de 2050 en écrivant que le «représentant de la Cour des comptes Serguei Stépachine a affirmé que depuis 2008, 1,25 million de personnes» ont émigré.
(«Председатель Счетной палаты Сергей Степашин еще в январе озвучил цифру — с 2008 года из страны уехало 1,25 миллиона человек»).
Les faits sont bien loin des obsessions idéologiques
L’institut Rosstat donne des chiffres reconnus comme étant assez précis. Regardons les flux migratoires de Russie, entrées et sorties de 1997 à 2010, ici sous forme de tableau:
Depuis 2008 donc, 105.544 russes ont émigré hors de Russie.

Étudions maintenant l’émigration de Russie vers l’étranger lointain et non l’étranger proche, qui correspond à l’ex-monde soviétique. En effet il semble peu plausible que ces émigrants russes récents aient fui en masse la Russie de ces 3 dernières années pour aller chercher refuge en Azerbaïdjan ou en Biélorussie! Les données de 1997 à 2008 sont consultables en ligne ici et celles de 2009 et 2010 ici. J’ai synthétisé sous forme de tableau les résultats :

Depuis 1999 on peut voir que la quantité d’émigrants de Russie baisse, ce qui traduit l’amélioration économique que le pays connait depuis 10 ans.
Depuis 2008: 37.894 Russes ont émigré définitivement vers l’étranger lointain. 
Il y a aussi une méthode indirecte de vérification: La consultation des statistiques migratoires d’Eurostat, des USA, du Canada, ou de l’Australie par exemple. Là encore, ce chiffre de 1,2 millions de Russes ayant obtenu un titre de séjour à l’étranger parait fantaisiste. Il faudrait alors supposer qu’un million de Russes seraient partis sans se déclarer dans des pays qui ne tiennent pas de statistiques, cela semble peu crédible.
 
Sondages et Fantasmes
Maintenant le sondage traduisant «la soi disant nouvelle vague d’émigration, et qui mettrait à mal les mots d’ordre patriotiques et les projets ambitieux du Kremlin». Regardons attentivement le tableau de ce sondage: si 22% des sondés affirment vouloir émigrer, ils ne sont que 1% à déjà préparer leur départ en faisant leurs sacs (ca n’a pas changé depuis 2009). Ils ne sont que 2% à avoir pris la décision d’émigrer et 6% à étudier les possibilités d’émigration. Ils sont également 69% à ne jamais penser à émigrer. Par comparaison, en 2006, 25% des jeunes britanniques souhaitaient émigrer, ce chiffre a atteint 33% en décembre 2010. Mais à la même date, seulement 2% d’entre eux ont réalisé leur projet d’émigration. En clair, le pays n’a connu aucune fuite massive de cerveaux malgré de tels sondages. En 2009, 20% des Chinois diplômés souhaitaient également quitter le pays. En 2010, 30% des jeunes arabes (des pays de la Ligue arabe) souhaitaient également émigrer. On relève aussi que 20% des Bulgares en âge de travailler souhaitent partir à l’étranger. Ce seuil de 20 à 30% semble donc exister dans de nombreux pays, indépendamment du contexte économique local, bon pour la Chine, ou moins bon pour la Bulgarie par exemple. Par rapport à ces chiffres, on peut surtout se demander s’il y a suffisamment de jeunes Russes diplômés ou pas, qui souhaitent acquérir une expérience professionnelle à l’étranger. La mondialisation de l’économie offre des opportunités de plus en plus nombreuses dans ce sens, et il n’y a rien de malsain dans cette tendance qui améliore les échanges économiques. Ce qui est malsain, c’est de propager dans les médias des chiffres faux, pour alimenter des prévisions catastrophistes.
Quelles conclusions en tirer?
- Les chiffres montrent en Russie une baisse forte de l’émigration et une stabilisation de l’immigration depuis le début des années 2000.
- Le nombre de Russes qui ont définitivement quitté leur pays depuis 2008 est de 105.544 et non pas de 1,25 million.
- Une certaine presse dite d’opposition gagnerait beaucoup à être réaliste dans ses analyses et non à fantasmer en lançant des mensonges, repris et propagés sur la toile. La quantité ne s’impose pas sur la vérité. La Russie devrait par exemple vraisemblablementfaire face à la crise démographique de 2050.
- Certains gros relais médiatiques francophones semblent ne pas vérifier leurs sources et on peut légitimement se poser la question de savoir s’il s’agit de simple mauvaise foi ou d’incompétence.
Dans les deux cas, c’est assez inquiétant et cela ne reflète pas la vérité de la Russie d’aujourd’hui.
Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Désinformation, Ria Novosti 9 Comments

Le Figaro, la Corruption et Vladimir Poutine

Le 20 avril dernier, le premier ministre de la fédération de Russie, Vladimir Poutine à comme à l’accoutumée présenté aux députés le travail de son gouvernement. Une bonne synthèse de ce qui s’est dit durant cette journée est consultable sur le site de Ria Novosti.


Une autre interprétation a été donnée par le Figaro sur ce qui s’est dit durant ces 2h45 de discours, puisque selon le correspondant du Figaro: «L’appel à la continuité politique lancé par Poutine tranche apparemment avec la ligne libérale défendue par Dimitri Medvedev. Mercredi, le chef du gouvernement n’a fait aucune référence à la corruption, ce mal endémique que dénonce régulièrement le président russe«.


Pourtant un rapide tour sur le site du gouvernement permet de trouver les versions russes et anglaises du discours de Vladimir Poutine. 


Нужны эффективная поддержка предпринимательства, подавление коррупции, которая тянет нас назад и деморализует общество


Сегодня речь идёт о необходимости существенно повысить качество государственного управления, нацеленности государственного аппарата на интересы граждан, и, конечно, о борьбе с коррупцией, повышении ответственности чиновников и искоренении самих условий для противозаконного поведения и для мздоимства.


Конечно, мы должны устранять саму почву для коррупции, чистить наше законодательство, административные процедуры от разного рода лазеек и размытых мест. 

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«We must be effective in our support for businesses as we rein in corruption, which slows us down and erodes the moral fabric of society«.


We must substantially improve the quality of public administration and orient the state apparatus to the interests of the people. Needless to say, we must counter corruption, increase the responsibility of officials, and eradicate the very conditions for illegal conduct and bribery«.


«It goes without saying that we must remove the grounds for corruption by ridding our legislative and administrative procedures of loopholes and vague wording«.


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En Francais, Ria Novosti avait relayé l’information: «La corruption empêche le développement de la Russie et rend la société très pessimiste sur l’avenir.» 


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Alors, mauvaise foi ou simple erreur ? 

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Le monde et la Russie, de 2007 à 2011!

En 2007 la société russe E-generator.ru a développé un système de scores des médias étrangers en Russie, permettant l’instauration d’un indice de la russophobie dans la presse étrangère. Le premier média français, Le Monde, arrivait en 4ème position derrière la presse Anglo-saxonne. On peut penser que depuis 2007, les choses n’ont pas beaucoup changé.

Le 17 févier 2011, le Monde publiait un article de Marie Jégo intitulé «il est temps de se tirer» et qui sous entendait que le tout Moscou se demandait à quand une révolution de Jasmin en Russie. L’initiateur de ces propos serait d’après madame Jégo l’intellectuel Igor Iourgens, l’une des éminences libérales du cercle Medvedev, dans une interview donnée à Bloomberg. Celui ci affirmait que si Poutine «osait» se représenter, il risquerait de déclencher une révolution et de terminer comme Moubarak, car les gens «en auraient marre de voir la même tête«. Ces propos font corps avec ceux de l’opposant malheureux Boris Nemtsov, qui récemment dans une interview donné à Vincent Jauvert qui affirmait lui que «Poutine finirait comme Ben-Ali«.


Marie Jégo cite pour donner raison à Igor Iourgens un fait divers qui serait arrivé à Moscou le 31 janvier, lors de la soirée de commémoration à Boris Eltsine au théâtre Bolchoi, et ou une moitié des officiels présents n’auraient pas applaudi Vladimir Poutine. Marie Jégo en fait ne fait que citer Loudmilla Telen, la rédactrice du site Radio liberté et qui retranscrit l’évènement de cette façon:»Впрочем, едва различимые помехи начинают портить эту картину, продолжает газета, напоминая о мероприятии по случаю юбилея Бориса Ельцина в Большом театре. «Акт первый: Наина Ельцина, вдова Бориса Ельцина, входит в зал. Весь зал встает и долго аплодирует.  Акт второй: громкоговоритель объявляет: «Владимир Владимирович Путин!» Национальный лидер появляется в сопровождении двух дам — своей супруги Людмилы и первой леди Светланы Медведевой. В зале тишина. Потом половина зала встает и аплодирует, вторая половина не шелохнется«. 
L’idée, bien claire serait de faire croire au lecteur que Poutine n’aurait plus le succès d’avant, et que la colère gronderait, qui plus est au milieu d’officiels et d’invités triés sur le volet.

L’obsession Anti-Poutine de ces journalistes occidentaux et de ces libéraux à un miroir spectral inversé qui est l’adulation de Khodorkovski. Bien sur certaines personnes, en Russie n’apprécient pas Poutine (et c’est leur droit) mais de qui s’agit t-il ? Des amis, alliés et collègues de Michael Khodorkovski ? Des gens de l’entourage de Egor Gaidar ? La réhabilitation de Khodorkovski n’est souhaitée que par une hyper-classe d’affairistes et de libéraux obsessionnels, qui sont tout sauf des démocrates au sens ou les médias voudraient nous les présenter. Non, ce sont des gens qui, comme Nemtsov, Kasparov, les représentants des grands médias libéraux et d’opposition, ou certaines grandes familles Moscovites ne doivent leur richesse et leur puissance qu’à l’immense anarchie des années 90. Sans cette période ou tout chacal pouvait devenir un lion, beaucoup d’entre eux aujourd’hui ne seraient rien, ni personne. Bien sur certains ont su rebondir en se faisant sponsoriser par l’ouest pour faire croire (mais à qui hormis aux étrangers qui connaissent mal, ou peu la situation) qu’ils étaient eux de vrais démocrates. Ils répètent que leur mise à l’écart du système et des affaires par le pouvoir actuel prouverait le côté non démocratique de ce dernier. Ce sont ces gens la qui n’ont pas applaudi Poutine car ils ne lui ont pas pardonné rétabli «l’ordre» et de les avoir marginalisés, comprenez les avoir empêché de s’enrichir à outrance. Leur contestation de Poutine est officiellement fondée sur le non respect des droits de l’homme et autres sornettes pour étudiantes en lettre lectrices du Monde, mais en réalité, leur incapacité à satisfaire leur soif de pouvoir et leur avidité financière est la cause de leurs non applaudissements. Ces gens qui ont détruit la démocratie Russe en 1993-1996 sont ceux que la presse (par exemple le Monde) nous présente comme des résistants démocrates. 


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Mais l’article comprenait une seconde thématique sans lien avec la précédente, nous expliquant que de toute façon, les Russes ne souhaiteraient qu’émigrer, puisque toute révolution est impossible, à cause de «la démographie». Belle sornette encore une fois, puisque la population Ukrainienne, Serbe ou Géorgienne n’est pas plus jeune et qu’elle a «elle» bien fait une révolution, même si celle ci a été organisée de l’extérieur. 
Mieux encore, Valia, étudiante à l’institut polygraphique de Moscou, citée par Marie Jégo, affirme que désormais, face à la la corruption, la farce des élections, la captation des richesses par un tout petit cercle. Une seule issue possible : la fuite !». Valia ira poursuivre ses études à Londres et elle envisage d’y rester, car en Russie elle ne se voit «aucun avenir». Beaucoup de jeunes écrit Marie Jégo veulent faire la même chose. «Dernièrement, j’étais attablé avec mes anciens camarades du conservatoire, des gens fins et cultivés, en un mot, la crème de la société. Eh bien, tous vont quitter la Russie», écrit un blogueur présenté du nom de Andrei Lochtchak. Les candidats à l’émigration, temporaire ou définitive, auraient d’ailleurs créé une plateforme Internet destinée à l’émigration peuvent y trouver moult informations pratiques. Depuis l’année 2000, 1,2 million de Russes auraient quitté le pays écrit encore notre journaliste.
Pourtant, les chiffres sont (comme pour la démographie) à prendre sur leur durée afin d’étudier la tendance et donc l’évolution. Et là encore la réalité donne tort à l’analyse de la journaliste.  Le graphique suivant à été synthétisé par Anatoly Karlin et démontre bien que l’évolution de l’émigration (en gris foncé) est en baisse constante depuis 1990.
Les données sont vérifiables ici.
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Le climat des affaires en Russie ?

Le 03 février dernier le figaro sous la plume de Pierre Avril publiait un article intitulé: «le climat des affaires s’assombrit«. Réquisitoire contre la Russie, l’article explique que officiellement, si les investisseurs étrangers sont les bienvenus en Russie, l’état fixerait les règles du jeu en empêchant de faire des affaires en Russie. L’exemple pris par Pierre Avril est l’exemple pétrolier, en se basant sur des révélations de Wikileaks. Autre exemple, le rachat de la banque de Moscou, qui devrait être rachetée par VTB et non par la banque Italienne Unicrédit.
Je ne sais pas pourquoi la presse Française ne peut pas s’empêcher d’être négative sur la Russie et je ne souhaite pas trop m’étendre, mais enfin soyons sérieux, comment peut on juger le climat des affaires sur le secteur énergétique dont on sait parfaitement qu’il est ultra sensible et tout autant politisé qu’étatisé ? En outre, le domaine énergétique et les relations Anglo-Russes sont à mon sens vraiment le contre-exemple le plus parfait, le plus abouti et surtout le moins représentatif de la réelle atmosphère du milieu des affaires en Russie.
Soyons sérieux, le même jour nous apprenions que le forum international des investissements organisés par la banque Troïka Dialogue rassemblait 2.400 personnes contre 1.600 l’année dernière, en 2009, dont une majorité d’étrangers. Avec 4% de croissance en 2010, plausiblement 5 ou 6% en 2011, un taux de chômage retombé au niveau d’avant crise, un déficit budgétaire < 3% en 2011, la Russie a il me semble au contraire tout pour attirer les investissements étrangers.
D’ailleurs, écoutons l’opinion de Emmanuel Quidet (que j’ai déjà cité sur ce blog) à ce sujet. Président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe et partenaire d’Ernst & Young en Russie, ce dernier à donné une interview a realpolitik.tv et vous verrez que son opinion est bien différente:
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La leçon des attentats ?

Le correspondant du  Figaro à Moscou, Pierre Avril, que j’ai cité dans ma dernière tribune sur Ria Novosti a repris sur son blog le sujet dans un post intitulé «la leçon des attentats«. 
Bien sur je n’ai rien contre Pierre Avril, dont les articles sont selon moi un baromètre de la température qui règne au Figaro sur la Russie.
Je déplore juste que ses articles aient souvent un ton trop négatif sur la Russie.
Je suis néanmoins très heureux d’apprendre que Pierre Avril pense que: «la presse francaise est loin d’être exempte de tous reproches (personnellement je ne partage pas les commentaires du Nouvel Obs et de Vincent Jauvert que je juge outranciers et pense que ma consœur de France Inter devrait se montrer plus prudente s’agissant des attentats de 1999)» ou alors que » la majorité des journaux russes se sont montrés bien plus sévères que les journaux français«.
La presse Russe, cela fait bien longtemps que je dis qu’elle est assez libre, au moins autant que la presse francaise, et non comme nombre de journalistes nous le répètent aux ordres du Kremlin ;)
Pierre Avril termine son post en se posant la question suivante : «Pourquoi faudrait-il être soupçonné de soutenir les terroristes à partir du moment où l’on critique les pouvoirs ? Étrange amalgame«. 


Je n’ai jamais soupçonné quiconque de soutenir les terroristes, sous prétexte de critique envers le pouvoir, et du reste ce n’est pas écrit dans ma tribune. Je ne me spécialise pas dans la critique facile et l’obsession Kremlinophobe, comme nombre de journalistes francais, même si c’est vendeur chez les lecteurs francais.
La presse Française nous a bien longtemps présenté les parents des terroristes Caucasiens comme des combattants pour la liberté, et en ce sens elle porte une «lourde» responsabilité morale et éthique à l’égard de la Russie.
Néanmoins je me demande la chose suivante, pourquoi Pierre Avril n’a t-il pas expliqué sa phrase que je citais dans ma tribune a savoir: » C’est un président en proie à une quasi-guerre civile dans son propre pays qui s’est présenté mercredi soir au forum de Davos..

«A la base, c’est quand même la question que je soulevais dans mon texte :)
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Des critiques malgré les bombes

Cet article a été publié originalement sur Ria Novosti
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Ainsi l’abominable s’est encore produit. Vers 14h30 lundi dernier, un kamikaze a fait exploser sa bombe dans le hall d’arrivée de l’aéroport international de Domodedovo. L’attentat, qui survient après la visite du président Russe au Proche-Orient et à la veille du sommet mondial de Davos, visait clairement tant à fragiliser le pouvoir russe qu’à inquiéter la communauté internationale, notamment en ciblant des étrangers. Le bilan est lourd, 35 personnes sont mortes et 180 blessées. La Russie apprend-on aurait pu en outre plus mal terminer l’année 2010 puisque le kamikaze de l’aéroport serait lié à une cellule terroriste, en cours d’identification et de démantèlement, qui avait planifié un attentat sur la place rouge le 31 décembre au soir.


Même dans ce moment difficile, la Russie n’a encore eu droit qu’à beaucoup de critiques et peu de soutien.Mention spéciale à la presse française qui s’est encore distinguée. Pour Hélène Blanc sur France-info par exemple, il faut se montrer particulièrement prudent car nous dit-elle en citant la série d’attentats qui avait fait 293 morts en Russie en 1999 : «ces attentats n’étaient pas du tout l’œuvre des Tchétchènes auxquels on les a attribués mais l’œuvre du FSB». Pour Anne Nivat: «Poutine comme Medvedev exploitent l’obsession sécuritaire pour gagner des votes et ils se sont fait élire grâce à leur rhétorique sur la Tchétchénie». Pour le correspondant du Figaro en Russie, Pierre Avril: «le pays serait en proie à une quasi guerre civile». Enfin pour Vincent Jauvert, l’attentat démontrerait «la faillite du système Poutine». Cette affirmation nous a déjà été martelé cet été, lorsque les incendies qui ont frappé la Russie avaient soit disant démontré une faillite d’un hypothétique système Poutine. En outre, ce dernier ajoute: «corrompus et incompétents, les services de sécurité n’ont pas repéré le kamikaze».
Pourtant, bien loin des bureaux des rédactions des quartiers huppés de Moscou ou Paris, sur le terrain, les résultats de la Russie en matière de lutte anti-terrorisme sont assez éloquents. Pour la seule année 2010, dans le Caucase du nord, 301 terroristes ont été abattus et 468 arrêtés, 4.500 raids ont été réalisés, ainsi que 50 opérations antiterroristes d’envergure. 66 attentats ont été déjoués, même si 500 actes terroristes (dont 92 explosions et attentats) ont coûté la vie à plus de 600 personnes. En Russie pour la seule année 2010, plus de 360 policiers russes sont  morts dans l’exercice de leurs fonctions.


Bien sur, le Caucase musulman, Tchétchénie en tête, à longtemps été présenté par les médias occidentaux comme une région du monde occupée par la tyrannique Russie, mais aspirant à l’indépendance et à la liberté. Le terrorisme dans le Caucase serait une sorte de réaction désespérée de peuples opprimés. Les Français, ayant la nostalgie du village Gaulois assiégé par la puissante Rome, et désinformés sur la réalité du terrain, ne pouvaient que se laisser séduire, du moins pour une grande partie d’entre eux. Pourtant, il n’en est rien. Le but des terroristes n’est pas de libérer des peuples opprimés mais de les asservir. Les terroristes du Caucase sont liés à une nébuleuse islamiste sous forte influence étrangère, Wahhabite, reliée elle à une idéologie révolutionnaire et destructrice, qui vise à l’établissement d’un émirat Islamique dans tout la région. Ce noyau Wahhabite a probablement ses racines dans la première guerre de Tchétchénie, lorsque de très nombreux supplétifs étrangers (Arabes, Afghans…) ont rejoint les rangs Tchétchènes, pensant transformer la guerre d’indépendance en un conflit religieux et amener la guerre sainte dans la région. On sait ce qu’il advint, les nationalistes Tchétchènes, s’ils ont perdu la guerre sur  le terrain contre l’armée fédérale, ont au final obtenu pour la Tchétchénie une autonomie très importante, politique et religieuse, mais au sein de la fédération. Les tensions entre caucasiens et étrangers ont même explosé au grand jour, les premiers ne reconnaissant que difficilement les méthodes des seconds et leur radicalité intransigeante, bien loin du soufisme du Caucase, qui s’est quand même un tant soi peu accommodé des traditions locales. Ramzan Kadyrov proclamait d’ailleurs récemment et symboliquement, la défaite du Wahhabisme en Tchétchénie.


La séparation du Caucase et de la Russie comme le souhaitent et les Islamistes Wahhabites et certains intellectuels étrangers ne représenterait en rien une solution. Il semble évident que la conséquence première d’une telle décision serait de livrer la région à des conflits internes avec la probabilité qu’elle ne devienne rapidement un foyer régional de terrorisme. Il faut aussi rappeler que ces régions du sud de la Russie sont pour la plupart russes depuis plus longtemps que Nice n’est définitivement devenue Française. Enfin, de très nombreux Caucasiens musulmans se sentent russes et citoyens à part entière de la fédération, dont ils représentent une des facettes de l’identité multiculturelle.


Il serait appréciable que les commentateurs étrangers concentrent leurs attaques et leur énergie sur les criminels et non sur l’Etat russe. A ce que je sache, de Madrid à Londres ou Moscou, les victimes sont les victimes d’un seul et même terrorisme. Je ne crois pas que lorsque des événements similaires ont frappé d’autres démocraties européennes, comme l’Espagne ou l’Angleterre, en 2004 et 2005, avoir lu de la part de commentateurs russes que les attentats signifiaient un échec des gouvernements de ces pays ou que les services de sécurité n’auraient pas bien fait leur travail. Cela pour la simple et bonne raison qu’il est quasiment impossible d’empêcher tous les attentats terroristes. Les Espagnols, les Israéliens, les Turcs ou les Indiens, dont les pays sont souvent visés par le terrorisme ont depuis longtemps compris la nécessité de mesures de sécurité drastiques pour prévenir au maximum ces attentats, avec plus ou moins de succès. Ces mesures même si elles entravent certaines libertés individuelles sont sans doute essentielles pour que la vie puisse suivre un cours paisible malgré la menace.


Les esprits sont préparés si de nouveaux attentats surviennent, en Russie et peut-être encore dans la capitale, ce qui semble malheureusement inévitable. Le but des terroristes est toujours d’effrayer la population et déstabiliser la société. Mais aucun cas nous ne devons nous citoyens russes et étrangers nous laisser déstabiliser. Bien au contraire, c’est la coordination d’un état volontaire et décidé, et d’une population soudée et attentive qui est le meilleur rempart contre le terrorisme. La Russie a la capacité de surmonter ces épreuves. Comme l’a parfaitement résumé Alexeï Pimanov, le présentateur du programme Chelovek i Zakon (Homme et loi) dans l’émission récente consacrée à ces évènements: «Ceux qui ont spontanément et bénévolement proposé leur aide suite à cet attentat, qui ont transporté gratuitement de l’aéroport au métro des passagers, ceux qui ont donné leur sang ou aidé les secours dans les premiers difficiles moments, ces gens la représentent la vraie Russie».
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