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Depardieu est devenu russe: pas si fous ces Gaulois!

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  Le 3 janvier 2013 est apparu un texte assez surprenant sur le site du Kremlin, annonçant que le président Poutine attribuait la nationalité russe à l’acteur français Gérard Depardieu. Ce décret présidentiel vient après une polémique entre l’acteur et les autorités françaises suite à l’adoption d’un projet de loi pour taxer à hauteur de 75% les très hauts revenus dans l’Hexagone. L’acteur avait alors fermement critiqué ce projet de loi, avant de choisir d’émigrer en Belgique, puis de rendre son passeport pour avoir vu son acte qualifié de “minable” par le premier ministre français Jean Marc Ayrault. L’affaire a rebondi lorsque les autorités russes ont invité l’acteur à s’installer dans le pays, en lui promettant que le régime d’imposition de 13% ne serait pas modifié. Dernier rebondissement de cette affaire donc : l’attribution souveraine par le président de la nationalité russe à l’acteur. Celui-ci a ensuite écrit  une incroyable lettre d’amour au peuple russe et à son président, affirmant également: “qu’en Russie il faisait bon vivre”. Le 5 janvier au soir, l’acteur russe a doncreçu son nouveau passeport à Sochi et dès le lendemain il s’est vu proposer un poste de ministre de la culture d’une région du centre de la Russie européenne, qu’il a humblement refusé.

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Les enfants, enjeu politique de Moscou à Paris?

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Les journées passent et se ressemblent finalement entre la Russie et la France. Dimanche dernier était un jour de manifestations dans les deux pays, et dans les deux pays l’opposition à manifesté avec une idée en tête : la défense des enfants. Bien sur tout le monde à entendu parler de cette manifestation en France contre le mariage pour tous, qui a réuni près de 340.000 personnes selon les chiffres officiels, 800.000 à un millionselon les organisateurs mais 2,5 million selon les chiffres du secrétaire national de l’UMP Charles Beigbeder. Cette dernière estimation ne semble pas très crédible (elle a provoqué des commentaires amusants) mais les écarts de chiffres ne sont pas supérieurs, bien au contraire, aux écarts d’estimations qui ressortent régulièrement après les manifestations en Russie.

 

Quoi qu’il en soit, les nombreux blogueurs présents ont pu donner une idée plus juste de l’affluence réelle. On peut cependant regretter l’absence de drones pour cette manifestation, comme il y en avait en Russie en novembre 2011, ce qui permettait d’avoir une vision plus claire du nombre de manifestants. Un chiffre qui varie donc de 340.000 à 800.000 manifestants contre le mariage pour tous, à comparer aux 60.000 à 150.000 personnes qui ont défilé en faveur du mariage pour tous.

Curieusement, pour le mainstream médiatique français, alors que 80.000 manifestants sur 143 millions d’habitants (0,05%) en novembre 2011 en Russie symbolisaient le début de la fin d’un régime (on voit un an après la justesse de ces prévisions), 800.000 manifestants sur une population française de 60 millions d’habitants (1,5% de la population) ne symbolisaient rien ou presque rien dimanche dernier.

 

Cette opposition au mariage homosexuel et à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels à même donné lieu à une manifestation d’une partie de la communauté française de Russie puisqu’une bonne cinquantaine de français expatriés à Moscou se sont retrouvés pour marquer leur désaccord avec le projet de loi.

Synthèse démographique russe de l’année 2012

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Alors que les enfants et les droits d’adoption sont au cœur de l’actualité, la situation démographique russe est curieusement comme passée de mode dans le monde des médias.

Pourtant les derniers développements démographiques russes sont extrêmement intéressants. Les lecteurs qui suivent mes chroniques sur RIA Novosti savent que la démographie a été l’un des principaux points de  l’entreprise de dénigrement de la Russie. Beaucoup d’analystes ont en effet pris le train de l’information en marche, train qui affirmait à tort que la Russie ne se relèverait sans doute pas du terrible choc démographique qu’elle a connu au lendemain de l’effondrement de l’URSS. Un peu d’histoire s’impose donc.

De 1991 à 1999, en conséquence de l’effondrement de l’économie russe, l’état sanitaire de la population s’est considérablement détérioré et l’espérance de vie s’est écroulée ainsi que la natalité. En 1989 la Russie a connu 2.160.559 naissances et 1.583.743 décès et la population a augmenté de  576.816 habitants. 1991 a été la dernière année qui a vu une hausse naturelle de population (naissances – décès) avec 1.794.626 naissances et 1.690.657 décès soit une hausse de population de 103.969 habitants. A partir de cette année 1991, la Russie est entrée dans le cycle démographique infernal de la croix russe, c’est-à-dire une faible natalité et une forte mortalité. Le nombre de naissances est tombé à 1.214.689 en 1999 contre 2.144.316 décès, soit une perte nette de population de 929.627 habitants. Le nombre de naissances remontera ensuite, n’atteignant de nouveau le niveau de 1991 (plus de 1,7 millions de naissances) qu’à partir de 2011. Quand aux nombre de décès, il restera très élevé et supérieur à deux millions également jusqu’à cette année 2011, qui verra 1.925.036 décès. Continue reading

De Rospatriotism, des Cosaques et de l’interdiction de MTV

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Le 5 décembre dernier, je tentais de tracer les grands traits du modèle de société que la Russie allait vraisemblablement tenter de développer, en accentuant la tendance en cours: transformer un pays sans idéologie en héraut mondial du conservatisme. Je citais quatre piliers qui devraient vraisemblablement être les piliers de la Russie de demain: Patriotisme, Eurasisme, Etat et Religion. 
 
Le discours annuel du président de la fédération de Russie en date du 12 décembre a confirmé la piste Eurasiatique puisqu’en plus de l’avancée de l’union eurasiatique, Vladimir Poutine a confirmé l’orientation de la Russie vers la zone Asie-pacifique durant ce siècle en affirmant: “Au 21ième siècle le vecteur de développement de la Russie devra être le développement de l’Est du pays, de la Sibérie et de l’extrême orient qui représentent un énorme potentiel”.  Un cap à l’est que les lecteurs de RIA-Novosti avaient pu entrevoir dès le mois d’octobre 2011.


La fin du monde, non, mais la fin du monde unipolaire, oui

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La fin du monde n’a finalement pas (encore?) eu lieu et on peut dire que l’année 2012 ne s’est pas seulement écoulée sous le signe du pouvoir, mais aussi sous le signe de la confirmation et de l’accélération des grandes tendances économiques et politiques qui se manifestent depuis le début de ce siècle.
Le début du déclin américain, le déclassement de l’Europe, la montée en puissance d’une Chine qui devrait accéder au statut de première puissance du globe.

 

Il y a aussi et surtout l’émergence de puissances régionales qui, fédérées, sont susceptibles d’être les moteurs de l’économie de demain. Symbole de ce grand rééquilibrage, la visite en cette fin d’année du président russe en Inde, les deux pays ayant reconnu le droit au nucléaire civil pour l’Iran. On peut aussi mentionner la visite du président Brésilien en Russie, le Brésil qui appuie désormais la position russe en Syrie, confortant l’apparition d’une nouvelle diplomatie des BRIC qui va sans doute faire entendre sa voix de plus en plus souvent dans le futur. Il y a donc les BRICS bien sur mais aussi les “Onze prochains” (N-11) que sont Bangladesh, Egypte, Iran, Nigeria, Pakistan, Philippines, Vietnam, Mexique, Indonésie, Turquie et Corée du Sud, les quatre derniers étant connus sous l’acronyme MIST.

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La Syrie, la Russie et la France

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La Russie, qui est le principal obstacle pour une intervention efficace afin d’arrêter les combats et les meurtres, est en train de perdre“.

Ces propos absolument stupéfiants sont ceux tenus par Bernard Kouchner, l’ancien ministre des Affaires Etrangères françaises, dans une interview sur Europe 1 le 13 décembre dernier. Celui-ci rajoutera dans l’interview qu’il aurait: “préféré une intervention militaire” et que “les français sont avec les anglais le moteur politique pour le départ du dictateur Assad“.
Cette déclaration intervient alors qu’une fois de plus le mainstream médiatique a complètement occulté la réalité pour tenter de faire porter à la Russie une responsabilité qui n’est pas la sienne. Les grands médias se sont en effet jetés sur une annonce qui n’en était pas une pour affirmer que la Russie “lâchait Bashar“, “abandonnait Bashar“, “envisageait la défaite de Bashar“, “perdait confiance“, “envisageait une victoire de l’opposition” quand elle ne faisait pas simplement “marche arrière“. Les médias se basaient sur une déclaration faite par le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov aurait reconnu la “possibilité d’une victoire de l’opposition syrienne”. Malheureusement la seconde partie de la phrase a été oubliée (volontairement sans doute) par les correspondants du mainstream médiatique et cette seconde partie était: “… Si elle est soutenue de l’extérieur”, ce qui on en conviendra change le sens de la phrase.

Ce n’est pas la première fois que la Russie est prise à partie dans cette guerre médiatique contre la Syrie et c’est la seconde fois que Michael Bogdanov est pris à partie par des medias. En aout dernier, un journal Algérien avait en effet affirmé que celui-ci émettait des doutes sur l’avenir du président Assad, ce qui avait été démenti de la même façon: le vice ministre n’avait donné aucune interview. Un mois plus tôt, c’est l’ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov qui s’était vu attribuer une phrase totalement sortie de son contexte et qui avait été démentie tant par le ministère syrien de l’information que par l’ambassadeur lui même.
Il n’a pas fallu 24 heures pour que le Ministère des affaires étrangères russe clarifie la situation et rappelle de nouveau les journalistes à la réalité et aux faits: “nous voudrions noter que monsieur Bogdanov n’a fait dernièrement aucune déclaration officielle ni donné d’interviews spéciales aux journalistes“. Pas de chance donc pour les journalistes français, qui se sont une énième fois totalement trompés : la Russie ne compte pas infléchir sa position sur la Syrie. La position de la Russie reste ferme en plus elle vient de recevoir le soutien du Brésil, qui consolide un regroupement diplomatique Russie/Chine (BRIC) opposé a une intervention militaire, et qui cette fois ne devrait vraisemblablement pas laisser se répéter le scenario Libyen.
Il est difficile d’imaginer les futurs développements en Syrie. La pression sur le régime Syrien n’a jamais été aussi forte, pendant que le front intérieur s’est inexorablement déplacé vers le centre politique du pays, tout en tournant de plus en plus à l’affrontement anarchique entre communautés. Pourtant, si la montée en puissance des groupes Islamistes radicaux et des mercenaires Djihadistes étrangers est évidente au sein de l’opposition, le recours croissant au terrorisme prouve sans nul doute leur impuissance face à l’armée syrienne qui a remporté tous les affrontements urbains d’Alep à Damas.
On peut quand même se demander ce qui pourrait se passer si ces affiliés d’Al-Qaïda venaient à bénéficier d’un affaiblissement majeur, voire total du pouvoir Syrien, et à s’emparer de sites chimiques ou d’une quantité d’armes importantes, que l’on pourrait retrouver impliquées dans des actes terroristes contre des pays européens. Les images des islamistes du Front Al Nosra en train de faire des tests chimiques sur des animaux après la prise d’un centre de recherche (serait ce celui de la base Souleimane?) devrait faire réfléchir les commentateurs, analyses et décideurs occidentaux. Que dire de cette interview de leur commandant qui présente ses recrues étrangères et dit être prêt au Djihad contre les pays de l’Ouest y compris et l’Amérique?
De nombreux radicaux islamistes qui combattent en Syrie (et ont capturé la journaliste Ukrainienne Anhar Kotchneva qu’ils menacent d’exécuter) viennent en outre officiellement d’appeler à “ce qu’aucun citoyen russe, Ukrainien ou Iranien ne sorte vivant de Syrie” et à des attaques contre les ambassades de l’Ukraine et la Russie. Unedéclaration de guerre contre la Russie qui fait suite aux récents appels hostiles de leaders Islamistes radicaux contre la Russie, qui vont dans le sens des discours prononcés par les tenants de cet Islam radical en Turquie, lors de la visite de Vladimir Poutine le mois dernier, ou encore de ceux des nombreux islamistes étrangers qui combattent en Syrie.
Dans ce contexte on peut se demander si les propos de Bernard Kouchner ont une quelconque utilité. Pour l’instant l’Armée Syrienne empêche la situation de virer à un chaos dont on peut se demander ce qu’il pourrait amener dans la région et même au delà. Si en Syrie certains se battent pour le départ d’Assad, d’autres se battent pour l’établissement d’un émirat Islamique (sur le modèle des Talibans comme expliqué ici) et près de la moitie de la population se bat simplement pour la survie des minorités. Michael Bogdanov ajoutait dans sa déclaration que “La lutte va devenir de plus en plus intense et la Syrie va perdre des dizaines – peut-être des centaines – de milliers de civils“. Alors que l’Onu parle elle d’envoyer 10.000 hommes sur le terrain, une chose semble aujourd’hui certaine si la situation internationale reste en l’état: cette guerre ne fait peut être que commencer.

La bataille pour l’Eurasie va-t-elle s’accélérer?

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“Les Etats-Unis s’opposeront à des processus d’intégration dans l’espace postsoviétique”. Hillary Clinton – 2012

Les récentes déclarations de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton sur l’intention de Washington de s’opposer aux processus d’intégration dans l’espace postsoviétique lors d’une conférence tenue à Dublin le 6 décembre 2012 ont au moins un mérite, celui de démontrer que l’Union Douanière, et donc la future Union Eurasiatique sont considérés par l’administration américaine comme le mal absolu.
Hillary Clinton n’a pas pris de gants, pour elle, l’union eurasiatique n’est ni plus ni moins que la réincarnation de l’Union Soviétique, et traduit
donc la volonté de la Russie de vouloir reprendre le contrôle du cœur del’Eurasie, que Russie et Occident, via l’Angleterre puis l’Amérique, se disputent depuis prés de 150 ans.

Un retour en arrière s’impose pour comprendre ce que signifie la bataille pour le contrôle de l’Eurasie, qui est tout sauf un fantasme ou une légende. Il s’agit au contraire d’une réalité géopolitique quiconstitue un volet important de la politique étrangère américaine et occidentale depuis la chute du mur de Berlin.

Durant la guerre froide, la puissance américaine ne luttait pas seulement pour la victoire contre son adversaire Soviétique, elle luttait aussi pour le contrôle du monde. Ce faisant, les stratèges américains restaient fidèles à la ligne tracée par les maitres de la géopolitique anglo-saxonne, particulièrement Halford Mackinder et Nicholas Spykman. Pour ces derniers, la maitrise du monde ne pouvait passer que par le contrôle de la zone ou devait se concentrer dans l’avenir tant le gros des habitants, que le gros des ressources énergétiques de la planète: l’Eurasie, encore appelée l’Ile Monde ou Heartland.
” Qui contrôle le Heartland, contrôle le monde “.  Halford John Mackinder – 1919
En ce sens, la mise sous tutelle après 1945 de l’Europe de l’ouest par l’Otan n’a été rien de plus qu’une mise en application des principes de Nicholas Spykman qui jugeait lui essentiel de maitriser l’anneau périphérique (Rimland) de cette Ile monde, de ce Heartland continental.
L’Europe de l’ouest représente la partie occidentale sous contrôle de cet anneau. Comme on peut le voir ici, La zone qui s’étend du pourtour de la caspienne jusqu’à l’Asie centrale constitue sa partie orientale et c’est précisément cette zone qui est visée par les propos d’Hillary Clinton.
” Qui contrôle le Rimland contrôle l’Eurasie. Qui dirige l’Eurasie contrôle la destinée du monde”. Nicholas J. Spykman – 1942
Les tentatives avortées du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) puis la tentative de prise de contrôle de ces mêmes états (membres de cet anneau périphérique) par les révolutions de couleurs planifiées aux USA doivent être comprises et vues dans ce sens: comme une étape nouvelle du containment russe, préalable essentiel au bouclage du Rimland. D’ailleurs, dans sa déclaration Hillary Clinton a insisté sur la déception profonde que représentait l’Ukraine pour le département d’état Américain, tout un symbole lorsqu’on sait l’énergie et les moyens mis en œuvre par l’administration américaine pour faire de l’Ukraine un pion essentiel de l’Otan. Un projet ancien qui prévoyait la constitution d’un axe Allemagne-Pologne-Ukraine dont Zbigniew Brezinski rêvait déjà en 1997 et qui selon lui devait servir à repousser l’influence russe le plus à l’est possible, et renforcer l’Otan au cœur de l’Europe de l’est.

“Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique”. Zbigniew Brezinski – 1997
Bien sur les déclarations d’Hillary Clinton ont provoqué les regrets de Leonid Sloutski, chef de la commission de la Douma pour les Affaires de la CEI. Celui-ci constatait que le potentiel croissant de regroupement géopolitique en Eurasie pourrait faire de cette région l’un des acteurs majeurs du monde. Une situation bien différente de celle qu’impliquait le monde unipolaire de 1991, qui ne laissait aucune place à la Russie.
Beaucoup de pays occidentaux appréciaient Eltsine surtout parce qu’il était le symbole d’une Russie faible, et le symbole de leur victoire sur l’URSS. 20 ans plus tard, alors que le centre de  gravité du monde se déplace vers l’Asie et la Chine, l’Occident américano-centré traverse une crise économique qui l’a considérablement affaibli sur la scène internationale. Pendant ce temps, à mi chemin entre l’Occident et l’Asie, la Russie s’est redressée pour redevenir aujourd’hui la puissance principale d’Eurasie.

Le monde multipolaire qui prend forme devrait vraisemblablement prendre l’aspect d’un monde d’alliances. Les grands états de ce monde
sont tous dans des logiques de regroupements économiques, politiques et militaires, que ce soit au cœur de l’Europe, par dessus l’Atlantique, en Amérique du sud  ou encore en Asie. Ces alliances pourraient rapidement voir l’émergence de blocs souverains tant sur le plan militaire, qu’économique ou politique, et la fragmentation du monde en zones d’influences souveraines.
Pourquoi les nations d’Eurasie n’auraient elle dès lors pas le droit de procéder à une intégration régionale approfondie?  Les menaces américaines contre une alliance volontaire de pays souverains semblent éloigner considérablement les possibilités d’un réel reset russo-américain. Le désaccord sur l’Affaire Syrienne, pays que l’Union Douanière envisageait du reste d’intégrer à une zone de libre échange il y a encore quelques mois, accentue encore le malaise.

Voila donc des propos belliqueux en provenance d’Amérique et prononcés à Dublin, alors même que le chef de l’état russe a pourtant récemment rappelé que la Russie devait trouver sa place géopolitique dans le monde de façon pacifique et que l’intégration eurasiatique devait elle se faire dans le respect de la souveraineté des états. Un principe de souveraineté nationale bien mis à mal durant l’époque unipolaire mais qui constitue tant le point névralgique du développement des BRICs (lire cette analyse a ce sujet) que le cœur de la politique internationale russe, notamment en Syrie.
Souveraineté VS interventionnisme, Unilatéralisme VS Multilatéralisme. Ces deux conceptions du monde diamétralement opposées vont-elles relancer la bataille pour l’Eurasie?

Quel modèle de société pour la Russie de demain?

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Ma dernière tribune a entraîné une salve de questions et de réflexions intéressantes, notamment sur ma page Facebook. Beaucoup de lecteurs m’ont demandé en quoi pourrait consister lacharpente idéologique d’un éventuel nouveau modèle de société russe. Je crois qu’un certain nombre d’évolutions et d’indices permettent d’imaginer les lignes directrices de cette reconstruction.

Les années 1990 ont vu la sortie chaotique du système soviétique vers un désordre libéral, qui s’est accompagné d’un sursaut des identités locales faisant apparaître le danger du séparatisme au cœur d’une fédération privée d’état et donc la nécessité d’une autorité supérieure pour canaliser les flux identitaires. Ce risque séparatiste, encouragé de l’extérieur, a malgré tout émergé, notamment dans le Caucase ou il a abouti à des guerres, que l’état russe a cependant fini par éteindre sans négocier.
La reconstruction de l’Etat des années 2000 s’est accompagnée d’un reset total du bagage historique récent de la nouvelle Russie, d’une  réaffirmation totale du rôle de l’Etat, celui-ci replaçant la religion ou les religions au cœur du système pour re-moraliser la société. L’équation russe semblait jusque la assez lisible: le redressement du pays et l’amélioration du cadre de vie suffisaient pour le maintien au
pouvoir d’un parti de la majorité qui a reconstruit l’état et assuré la stabilité en Russie.

 

En 2011 des contestations sont apparues qui bien qu’ultra minoritaires (100.000 personnes sur 143 millions d’habitants soit moins de 0,07% de la population) ont mis en relief non pas l’émergence d’un sentiment anti-Poutine, mais bien une rupture sociologique profond  entre d’un côté des membres d’une classe urbaine occidentalisée et de l’autre les habitants de la Russie profonde qui traversent une transformation identitaire importante qui se poursuit.
Natalia Zubarevich explique ces déséquilibres sociologiques par la coexistence de quatre Russies différentes: une première Russie est celle des grandes villes (jusqu’à 30% de la population de la fédération selon que l’on prenne en compte les villes millionnaires ou de plus de 500.000 habitants), une seconde Russie est celle des plus petites villes et des villes industrielles (environ 20% de la population), une troisième Russie est la Russie périphérique, celle des campagnes, villages et toutes petites villes (prés de 40% de la population) et il y a enfin une quatrième Russie qui est celle des républiques ethniques du Caucase et de la Sibérie du sud mais qui ne comprend pas de villes industrielles (environ 10% de la population).

L’analyste Jean Robert Raviot décrit la situation en définissant trois Russies. D’abord, la plus médiatisée car occidentalisée, celle des “Moscobourgeois”. Ensuite la Russie provinciale et périurbaine, très majoritaire et plus conservatrice, et enfin  la Russie des périphéries non russes contrôlées par des ethnocraties alliées au Kremlin.
Il n’est pas difficile de comprendre qu’une population aussi disparate, tant sur le plan sociologique, qu’économique ou culturel vivait “sereinement” sous l’autorité soviétique mais que le modèle européen ne lui est pas transposable, ni sur le plan politique (transfert de la souveraineté de l’état), identitaire (le modèle de l’état nation ne lui sied pas  puisque la Russie comprend en son sein des nations et des républiques) ou encore moral (imagine-t-on des défilés “gaypride” au cœur du Caucase musulman russe?) que religieux, les russes ethniques assimilant l’orthodoxie  à leur identité nationale.

Par conséquent le nouveau modèle russe doit pour maintenir équilibre et harmonie dans la Fédération de Russie s’éloigner du modèle libéral démocrate, laïque et libertaire de l’Union Européenne, pour évoluer vers un modèle religieux, traditionnel et avec un état fort, nécessaire pour affirmer son autorité face aux inerties territoriales et identitaires qui découlent tant de la taille du pays que de la variété de population qui y réside. Cela explique pourquoi ces derniers mois ont vu en Russie un regain d’influence des idées “patriotes étatistes” au détriment des idées “étatistes libérales” et le mouvement devrait sans doute s’accentuer.

Récemment une agence patriotique d’état dépendante du Kremlin a été créée. Elle est  destinée à  “renforcer les fondations morale et spirituelles de la Russie d’aujourd’hui” en promouvant le patriotisme comme ossature de la société russe. Des signes qui confirment cette évolution ont commencé à apparaître. Par exemple la création d’une commission historique à Volgograd sur les questions d’éducation patriotique et d’idéologie, la création d’un nouveau jour férié en Sibérie pour célébrer la victoire sur le temps des troubles ou encore cette proposition du ministère de l’éducation de Rostov sur le Don de revenir à des costumes impériaux pour certaines cérémonies.

Pour l’analyste Alexandre Rhar, lors de la dernière réunion du club de Valdaï, Vladimir Poutine a utilisé une rhétorique très conservatrice et montré “qu’il préparait la Russie à autre chose” et notamment au fait qu’elle n’appartient pas à l’Ouest, comme c’était plus ou moins admis jusqu’à récemment. Cette rhétorique patriotique et eurasiatique n’est pas le monopole de Vladimir Poutine et du parti Russie Unie. Le principal parti d’opposition en Russie, le parti communiste, a lui aussi cette année totalement réorienté sa ligne politique. Ce changement s’est fait en deux étapes. D’abord lors de la campagne présidentielle par un discours plus nationaliste et surtout religieux,
que certains de ses cadres ont déploré, mais qui avait sans doute pour objectif de ne pas se dissocier d’un  électorat qui y est de plus en plus sensible. Ensuite tout récemment, Guennadi Ziouganov, le leader du Parti Communiste, vient de réaffirmer la dimension eurasiatique de la Russie et d’opter pour une alliance avec la Chine pour faire face à l’hégémonie occidentale sous domination américaine.

Patriotisme, Eurasisme, Etat et Religion sont ils les quatre nouveaux piliers de la Russie d’aujourd’hui et surtout de demain?

Dialogue Russie – Occident: un problème de morale?

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Lorsqu’en 2010 Paris et Berlin s’efforçaient de tirer Moscou vers l’Ouest, l’espoir de l’Occident tout entier, exprimé par la majorité des analystes et commentateurs politiques, était que la Russie se défasse enfin de sa dimension eurasiatique pour rejoindre la famille occidentale.L’épisode malencontreux d’août 2008 en Géorgie était plus ou moins digéré, la crise devait réunir la riche Russie et l’Europe endettée, et surtout la présidence de Dimitri Medvedev était vue par beaucoup à l’Ouest comme un symbole d’ouverture et de  libéralisation, dans une Russie qui tournait sans doute et enfin la page Poutine.

Fin 2012 la situation est toute autre. Certes les relations avec la France semblent toujours au beau fixe et ce malgré le changement de majorité présidentielle, une bonne surprise. Contre toute attente, c’est l’Allemagne qui ne se présente plus comme le partenaire idéal qu’elle a été pour la Russie pendant de nombreuses années. Un refroidissement inattendu puisque qu’une motion votée au Bundestag appelle le gouvernement allemand à exprimer clairement ses critiques, liées au retour de Vladimir Poutine au Kremlin mais aussi à l’affaire Pussy Riot. L’affaire aurait pu en rester là si un député conservateur, Andreas Schockenhoff, envoyé spécial de la chancelière pour la Russie n’avait pas dénoncé “  l’intimidation et la répression de la société civile“ et affirmé que: “ la  Russie a choisi la mauvaise voie“. Des déclarations qui ont entraîné la colère des Russes et une légère tension diplomatique.
Lors de la dernière visite d’Angela Merkel en Russie mi novembre, le ton était froid mais cordial, la coopération économique et stratégique restant visiblement primordiale, pour Berlin tout comme pour Moscou. Mais l’Allemagne n’est pas le pire point de discorde entre la Russie l’Occident. Le groupe ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) a récemment tenu son congrès en Irlande. Les congressistes, après avoir reçu les membres du parti d’opposition russe Iabloko (3,43% des voix en Russie), ont appelé au vote d’une résolution de condamnation de la Russie par le parlement européen et le conseil de l’Europe. Ne s’arrêtant pas là, ils ont simplement menacé la Russie d’être exclue du Conseil de l’Europe, rien que ça. Une tactique similaire à celle d’août 2008, comme vient de le révéler Wikileaks. Est-ce l’effet Syrie, comme c’était l’effet Géorgie en 2008? Ou bien serait-ce l’effet gaz de schiste comme le pense Alexandre Adler qui imagine sans doute un peu rapidement une Europe libérée de la dépendance énergétique russe et de la tyrannie de la société Gazprom qui est de plus en plus dans le collimateur des organismes européens?

 

Bien sur, l’ADLE, Schockenhoff, Iabloko, les Pussy Riot et les Femen ne pèsent pas bien lourd, ni en Europe ni en Russie, mais ils existent et il faut en tenir compte. Mais ces nouvelles tensions avec l’Occident se produisent alors que le Kremlin a affirmé ses ambitions à l’Est, dans son extrême orient  bien sur mais surtout vers l’Asie, tout en affirmant sa nature et son statut de pays européen. Ce faisant, la Russie semble surtout de plus en plus réaffirmer sa dimension eurasiatique, à cheval entre l’Europe et l’Asie, position qui historiquement a toujours été celle qui lui a le plus profité. Mais il n’y a pas que ça. L’UE apparaît de plus en plus comme un partenaire de moins en moins fiable (d’où la volonté de rééquilibrage avec l’Asie) et  c’est surtout son modèle moral et politique qui semble périmé et ne constitue visiblement plus un exemple attractif pour la Russie.

 

Les récents raidissements de la Russie (du point de vue occidental) ne sont pourtant que des ajustements mineurs en vue d’un probable gros changement de cap. On peut par exemple s’offusquer des condamnations des Pussy-Riot, mais il faut ouvrir les yeux sur le fait que la grande majorité du peuple russe (80%) soutient leur condamnation, la moitié des russes pensant même que la  peine est insuffisante! Quand aux Femen, elles ont peut être trouvé de maigres soutiens en France mais sont purement et simplement interdites de séjour en Russie.

 

On peut ne pas être d’accord à l’ouest, mais les russes eux sont aujourd’hui plutôt majoritairement d’accord avec leur pouvoir politique et aussi avec leur église, car ils s’affirment de plus en plus comme un peuple authentiquement chrétien. Selon deux récents sondages, 79% des russes sondés s’affirment orthodoxes et 38% affirment qu’être orthodoxe est très important pour être considéré comme un vrai russe, contre seulement 15% en 1996. Seuls 53% des sondés pensent même que le passeport est une preuve suffisante d’appartenance à l’identité  nationale. Ce retour à la religion et aux traditions, ainsi qu’à une certaine idée non citoyenne de l’identité nationale s’accompagne d’une réaffirmation totale de l’implication de l’état dans ces changements. Il s’agit d’accompagner le retour de la société russe vers un système moral en adéquation avec ses aspirations profondes. Comme l’a parfaitement défini Fedor Loukianov: “Le modèle que Poutine voudrait rétablir revient à faire reconnaître par l’Occident que la Russie est un pays différent par sa base idéologique et morale“.

 

Il faut sans doute se demander dès maintenant si la rupture morale avec l’Occident ne serait pas déjà consommée et si dans un avenir proche, ce n’est pas la Russie qui pourrait devenir un modèle de civilisation pour une Europe de l’Ouest de nouveau en recherche de valeurs.

La Russie: incarnation du rêve gaulliste au 21ème siècle?

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Un ami m’a récemment confié sa déception face au renvoi de Nicole Bricq  par le nouveau président François Hollande. Celui-ci, m’a-t-il dit, aurait à ses yeux cédé aux pressions du lobby économique et énergétique.Cet ami en tirait la conclusion que le monde politique français n’a finalement plus les moyens de résister, face à l’influence d’un lobby économique.
 
Cette discussion a eu lieu il y a quelques semaines et récemment, un débat très intéressant a eu lieu dans l’émission ce soir ou jamais de Frédéric Taddei m’a rappelé cette discussion que j’avais eue dans un petit café près de la place Troubnaia.
 
L’une des invitées de l’émission en question était Marie France Garaud, gaulliste historique. Elle a expliqué à sa manière la brève histoire politique française de l’après guerre. Son explication avait sans doute de quoi étonner les jeunes générations. D’après elle les notions modernes de droite et gauche actuelles n’existent que depuis peu de temps. Avant, il y avait d’une part le parti du président (l’union de tous les français qui faisaient confiance au général De Gaulle), et d’autre part un certain nombre de nostalgiques des petits partis de la 4° république. Plus tard, la scène politique s’est scindée entre partisans et adversaires de l’économie marxiste sous Pompidou notamment puis encore sous Giscard. Le patriotisme gaulliste s’est lentement estompé, au fur et à mesure de la construction de l’Union Européenne. C’est en 1981 avec l’élection de François Mitterrand que l’idée d’un rassemblement des gauches marxistes et post marxistes est apparue, le parti communiste ayant entre temps renié l’héritage soviétique lors du congrès de 1972 et fortement baissé électoralement. L’émergence d’un bloc de gauche va en conséquence directe entraîner l’ancrage d’un bloc de droite, rassemblé autour du rassemblement pour la République, le RPR, qui deviendra en 2002 l’union pour la majorité présidentielle, ou UMP. Continue reading