Dissonance fête ses 10 ans où "comment je suis devenu un agent russe !" :)

Alors que DISSONANCE fête ces 10 ans c’est l’occasion idéale pour revenir sur cette decennie d’écriture, de dénonciation des mythes sur la Russie mais aussi l’affrontement (gagné) contre la presse francaise qui a donné lieu à la naissance d’un Read more

Interview

Je participerais au #Libre Journal de la livre Europe sur radio courtoisie ce 15/08/2017 avec Xavier Moreau sur le thème "La #Russie au sein de l'Europe". Les francais de l’étranger peuvent écouter la Radio en direct sur le site internet Read more

L’intégration économique et politique de l'Eurasie : objectifs réalistes ?

  Veuillez-trouver ci dessous mon interview de ce début 2017 pour la lettre de l'Association Nationale des Auditeurs Jeunes de l'Institut des Hautes Etude de Défenses Nationales /// WWW.ANAJ-IHEDN.ORG Comment définir l’axe eurasiatique ? Je crois qu’il faut tout d’abord envisager cet Read more

Articles en francais

Interview de Alexandre Latsa par Marat Kunaev

Marat Kunaev, blogueur Russe et traducteur pour InoForum m’a interviewé il y a quelques jours, l’interview est lisible en Russe (ici et la) sur le site win.ru.

Alexandre LATSA, qui êtes vous, comment vous présenter ?

Alexandre Latsa, je suis de nationalité francaise, âgé de 32 ans et réside à Moscou. J’écris principalement sur la géopolitique de

la Russie et ses rapports avec les autres pays. 

Je suis l’auteur du blog Dissonance, qui se veut donner un «autre» regard sur

la Russie et qui est destiné à combler le manque d’information sérieuses sur

la Russie sur le « net » francophone. 
Que pensez vous de l’évolution du monde, de la situation en particulier mais également de la place et des perspectives de la Russie ?

Le monde tel que nous l’avons connu depuis 1945, unilatéral et Américano-centré est en train de disparaitre.  Il y a à mon sens plusieurs raisons à cela, on peut citer l’affaiblissement de la puissance Américaine, l’émergence de nouveaux acteurs et la crise économique mondiale qui a remis en question les récents principes économiques planétaires. Ce qui semble se dessiner, c’est la recomposition du monde de demain en «grands espaces». Que seront ces grands espaces ? Probablement des alliances entre des pays ou des groupes de pays, sur des bases économiques, culturelles, militaires, religieuses, linguistiques…

Ces regroupements auront lieu afin de faire face aux défis du futur : l’hyper-terrorisme, les conflits ethnico-civilisationnels, l’émergence de mafias internationales puissantes comme des états, les crises économiques violentes…

L’europe telle que nous la voyons aujourd’hui, c’est à dire l’UE (ou Union de Bruxelles) ne me semble pas du tout prête à faire face à ces défis. Cette hyper structure s’est créée pour des raisons «un peu» économiques, mais surtout afin d’empêcher que ses états membres se refassent la guerre. Ses pères fondateurs étaient sans doute pleins de bonnes intentions, mais la construction Européenne s’est faite au coeur de la guerre froide (à partir de 1957) et dans un monde très différent de celui dans lequel nous vivons actuellement. L’UE ne s’est fondamentalement pas adaptée et ne s’est pas dotée des outils nécessaires pour devenir réellement souveraine. Au jour d’aujourd’hui, elle n’a aucune souveraineté, elle est dépendante de l’OTAN militairement, et n’a aucun coeur de décision politique, elle n’a d’ailleurs aucun projet politique ni interne, ni externe. Les présidents des états n’ont aucune liberté d’action et les institutions Européennes sont devenues lourdes, bureaucratiques. L’UE semble aujourd’hui proche d’une implosion, on a vu le résultat de la crise sur certains de ses membres, ou l’absence de solidarité économique de certains états (Allemagne, Slovaquie…) avec la Grèce par exemple.

La Russie au contraire me semble bien partie pour devenir un des acteurs clefs de ce siècle. Le pays est doté d’une élite politique qui à une vision moderne et réaliste du monde, et surtout de la place que

la Russie doit occuper dans ce monde en mouvement. On peut fondamentalement définir les leaders Russes de ce siècle (Poutine, Medvedev…) comme des « pragmatiques ». En outre, de par sa géographie, ses ressources naturelles, son statut de carrefour des civilisations et des religions, et surtout son pouvoir fort,

la Russie me semble avoir la capacité de s’adapter et faire face aux grands changements à venir.




Quelle est votre opinion sur l’OTAN et ses perspectives ?

L’OTAN est un outil par lequel l’Amérique à réussi à imposer sa volonté et sa puissance, partout ou cela lui était nécessaire. Je pense que l’OTAN ne devrait pas survivre au siècle. La recomposition du monde en «ensembles» identitaires devrait faire émerger des tensions et des dissymétries d’intérêts entre états proches de l’OTAN,

la Turquie en est l’exemple le plus visible aujourd’hui, dans ses tensions avec l’Amérique pendant la guerrre en Irak, ou avec Israël.

La Russie devrait également contribuer à la disparition de l’OTAN si elle arriver à persuader (ce que je souhaite) les pays Européens, de mettre en place une architecture de sécurité européenne. En outre, l’influence mondiale grandissante de pays non membres de l’OTAN, comme

la Russie,

la Chine ou l’Inde devrait réduire son influence sur le continent et le pourtour Eurasien.

Quelle est votre opinion sur l’union de la Méditerranée ?

L’union méditerranéenne est un projet Francais insensé. Si le projet devait se cantonner à l’amélioration des infrastructures inter-états ou à la possibilité de maitrise de l’immigration clandestine «Sud-Nord» pourquoi pas, mais je me demande quelle est le but politique inavoué de ce projet. Je note que les réactions ont été d’ailleurs assez négatives, autant au sud (Turquie, Egypte, Libye..) que en Europe, ou chez les pays non riverains qui ne sont que peu sollicités bien que souffrant d’une immigration qui passe par les pays européens riverains. 

Je pense que ce projet ne débouchera sur rien.

Votre opinion sur les relations entre la France et l’Amérique, la France et la Russie et la France et l’Angleterre ?

La Grande Bretagne me semble avoir une influence en déclin, y compris au sein de l’Europe, et c’est tant mieux pour

la Russie. Elle reste ce qu’elle a toujours été : une puissance atlantiste, traditionnellement pro Américaine, et en ce sens «joue» contre l’Europe.

Tous les gouvernements Francais depuis le départ du général de Gaulle, ont peu à peu joué la carte de l’OTAN et de l’Amérique, jusqu’aux récentes décisions du président Sarkosy. C’est une grande victoire stratégique des forces Atlantistes au pouvoir en Amérique (indépendamment du label Républicain / Démocrate). En verrouillant

la France, ils s’assurent un nouveau pion, alors que l’Allemagne donne des signes d’instabilité. La crainte des Atlantistes au pouvoir en Amérique est évidemment de voir une «coalition d’alliances de sécurité régionales», sur le continent qui rendrait peu à peu l’OTAN obsolète et inutile. Ainsi, ils sortiraient du «grand jeu» et leur influence déclinerait très rapidement.

La clef de ce retournement de situation serait une alliance «Paris-Berlin-Moscou» dans un premier temps. Moscou à la volonté de soutenir ce projet, Berlin semble réceptif. Je note que

la France n’a pas pris de décisions claires, si ce n’est celle de rejoindre l’OTAN. La présidence Sarkosy n’aura finalement servi qu’à ca. Il n’y a pour l’instant aucune élite digne de ce nom en France pour prendre des décisions qui aillent dans l’interet du pays. Les politiques Francais ne pensent qu’à eux, ou à obéir à leurs maitres, qui sont à Washington. C’est un processus de soumission qui a commencé dans les années 80. La trahison de

la Serbie par

la France en est l’exemple le plus parlant.

Comment envisagez vous l’avenir de l’Ukraine ?

La Russie et l’Ukraine sont deux faces d’une même pièce de monnaie. L’ukraine suit une voie qu’elle a choisie, c’est à dire celle d’un pays indépendant, pont entre l’Union de Bruxelles et

la Russie. Je ne suis pas persuadé que ce soit la meilleure voie pour les Ukrainiens, mais ce peuple est souverain et libre, il faut donc respecter son choix.

Le nouveau président n’est pas un président artificiel, placé la par des magouilles politiques fomentées à l’étranger. On peut espérer que contrairement à son prédécesseur, celui ci travaille pour le peuple, et non pas contre le peuple. L’ukraine est un pays en mauvaise santé, affaibli, qui à besoin du soutien de son voisin Russe.

Que pensez vous de la situation au moyen-orient et des proches perspectives ?

Finalement personne, hormis les citoyens d’Israel et les diasporas juives éparpillés n’est « serein » de la l’existence d’Israel. Il n’y a aucune perspective positive à envisager selon moi, car les parties sont dans une logique de victoire totale et d’anéantissement de l’autre. Je pense que la disparition d’Israel est inévitable. Le pays aujourd’hui fait face à une situation démographique qui le condamne à relativement courte échéance et à un voisinage dont la puissance et la détermination augmente très rapidement. Sans le bouclier Américain (qui s’affaise), ce pays aurait sans doute déjà disparu. Je me demande surtout ce qui se passera après, ou iront les citoyens Israéliens et surtout quelle sera l’attitude des autres parties de ce conflit à ce conflit à ce moment la. Il me semble qu’une grande partie de la population d’Israël, russophone, pourrait être re-accueillie en Russie, pourquoi pas au Birobodjan par exemple dans le cadre d’un plan de rapatriement de citoyens mais également de développement de l’extrême orient ? ll me semble que

la Russie n’a aucun interet a ne pas avoir une communauté Juive active sur son territoire, dès lors que qu’elle défend uniquement les intérêts de

la Russie, comme c’est le cas par exemple avec de nombreuses autres communautés religieuses de la fédération (Protestantes, Catholiques, Bouddhistes, Musulmanes …). 

Pouvons nous imaginer des changements radicaux en Afghanistan?

L’occupation Occidentale va sans doute se terminer comme l’occupation Soviétique. Par un retrait sans que fondamendalement « rien » n’ait changé. Derrière, des « Talibans » ( ?) reprendront sans doute le contrôle de part ou totalité du pays. Je ne vois pas d’autres éventualités, l’Afghanistan restera un pays de chef de guerres, de clans, de tribus et Kaboul après une décennie d’occupation Occidentale ne sera pas remplie de fast food et de cinémas qui déversent les navets Hollywoodiens. On ne peut à ce titre que féliciter les Afghans de leur attachement à « leur liberté ».

Ce qui est plus inquiétant à mon sens est le risque d’explosion régionale. Des combattants qui se sont entrainés à la guerre sur ce theâtre d’opération contre les soldats de l’OTAN pourraient en cas de retrait de ces derniers se chercher un autre « terrain de jeu » et tenter de déstabiliser les pays fragiles d’Asie centrale et ou même

la Russie.

Quelle est d’après vous la possibilité réelle de frappes militaires Américaines en Iran ?

Je ne crois pas aux frappes sur l’IRAN. Je pense que elles ne peuvent pas arriver car elles enflammeraient la région et je doute qu’une coalition Israel / Amérique ne puisse soutenir un tel effort de guerre. En fait je prend le problème à l’envers et je ne crois pas du tout aux « éventuelles » menaces Iraniennes sur Israel. Soyons sérieux, le gouvernement Iranien n’est pas suicidaire, et sait très bien que son pays n’a pas les moyens de faire face à une campagne militaire de l’OTAN. Le programme nucléaire Iranien a été soutenu par l’Amérique et l’Europe dans les années 50, puis par

la Russie après 1979, donc bien avant Amadinedjad.

La volonté théorique de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire (comme nombre de pays) ne me parait pas à mettre en lien avec les phrases du président actuel sur la « disparition d’Israel » que beaucoup de musulmans du monde entier souhaitent, principalement en Palestine d’ailleurs. Je constate que la communication anti Téhéran est très bien structurée mais que la seule solution est la discussion, et non la sanction. Voila ou manque une Europe forte et unie, qui puisse faire entendre sa voix et soutenir l’effort de négociation Russe avec Téhéran.


Pensez vous que l’on assiste à un durcissement des sanctions contre l’Iran ?

Il est évident que la communauté Occidentale, dont la voix principale est l’Amérique, souhaite donner des gages de plus en plus forts à Israêl. On va sans doute avoir une surenchère des sanctions contre l’IRAN, mais enfin soyons sérieux, jusqu’ou ? Et puis surtout, et après ?

Quel devrait être les positions de l’Iran et de la Chine, en fonction de leurs intérêts respectifs et que pensez vous que soient réellement, au fond leurs  positions ?
Il est bien difficile de comprendre les diplomaties de ces pays tant l’interdépendance économique complexifie les relations économiques. L’Occident (Washington-Bruxelles-Tel aviv) semble s’être lancé dans une logique de conflit avec l’Orient, il me semble que c’est une grosse erreur. Il serait souhaitable que les BRIC fassent entendre une autre « voix »  que celle de l’Occident sur cette affaire, et bloquent les vélléités Occidentales de guerre. Je souhaiterais également qu’une voix Européene se fasse entendre (Paris-Berlin-Moscou), qui ne s’aligne pas sur celle de la maison blanche. Seule

la Russie peut en être le fer de lance.

Quelle devrait être d’après vous la position de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan si des activités militaires contre l’Iran avaient lieu ?

L’Azerbaidjan a un vieux contentieux avec l’Iran qui avait « soutenu » du bout des lèvres l’Arménie durant le conflit avec l’Arménie. L’Azebaidjan fait géographiquement partie du club de la caspienne et à une frontière commune avec l’Iran. Le pays est relativement « neutre » il me semble, contrairement à

la Georgie qui a un gouvernement nationaliste et très pro-Occidental.

La Georgie vient de supprimer les visas avec l’Iran pour des raisons obscures, car le pays semble plutôt adhérer à la ligne Washington/Tel Aviv, plus qu’à la ligne Moscou/Téhéran. On peut imaginer que

la Georgie soit sollicité par l’OTAN « si » des évenements militaires devaient se dérouler dans la région, et contre l’Iran, car n‘oublions pas que le pouvoir Georgien est un pur produit d’une révolution de couleur, mais je le redis je ne crois pas à ce scénario militaire contre l’Iran.

Que pensez vous de la situation dans le Caucase Russe et dans le Caucase en général ?

Le Caucase à toujours fait face à des tentatives de déstabilisation de l’extérieur et cela continue aujourd’hui. Natalia Narotchniskaia l’a très bien expliqué dans son ouvrage « que reste t-il de notre vicoire ? ». L’arc « Baltique / Mer noire » est stratégique pour notamment repousser

la Russie hors du grand jeu et avoir l’accès des corridors énergétiques concernés. Le Caucase Russe est une pièce essentielle de

la Russie, et le caucase non Russe une pièce essentielle de la stabilité géopolitique de cette région, à la frontière de

la Russie. Il est impératif que le Caucase soit protégé des influences néfastes, Prométhéistes, Américaines ou Wahabittes. Le Caucase est une des clefs essentielles pour la Russie demain. Les récents développements, que cela soit en Tchétchénie lors des deux guerres, en Ossétie en 2008, ou en Ingouchie et au Daguestan récemment laissent penser que le pouvoir Russe ne souhaite rien lâcher et c’est une très bonne chose. Enfin le projet fédéral de «Stratégie du développement socio-économique du Caucase du Nord d’ici 2020″ est à mon sens une excellente initiative.

Comment estimez vous le récent deal Brésil-Turquie-Iran dans le contexte multipolaire ?

Le rôle du Brésil et de

la Turquie traduit parfaitement cette évolution du monde vers un plus grand nombre d’acteurs, qui auront chacun plus d’influence. Ce monde multipolaire que l’on ne peut qu’appeler de nos vœux aura pour corrollaire la baisse d’influence de l’Occident et de l’Amérique. J’espère qu’il se traduira également par la montée de l’influence Russe et de l’Europe en général.




Qu’avez vous à dire d’autres aux lecteurs et au public Russe ?

Je voudrais rappeler à quel point nombre de pays Européens sont en «très» mauvais état d’un point de vue économique ou tout simplement identitaire. Si on prend l’exemple de

la France, je lis souvent les nouvelles Russes et je pense qu’elle ne rendent pas compte de la dégradation du pays. L’appauvrissement des gens ces 10 dernières années à été très important, l’économie est très mal en point, le chômage  en réalité avoisine aujourd’hui les 12% et non les 8% comme on le fait dire aux statistiques. En outre, à cause de l’absence de «pouvoir» politique, le pays part à la dérive, l’insécurité y est explosive. En France on parle désormais de risques de guerre civile. Dans les banlieues des villes, autour des centres, se développent des guetthos de population d’origine Africaine / Nord Africaine. Il s’est développé principalement chez ces populations une contre culture de la haine et de la destruction de la «France» et de ses institutions. Ces voyous mélangent culture américaine de la violence, du rap et des armes avec revanche post-coloniale. Il y a des émeutes régulièrement, 40.000 voitures au minimum seraient incendiées chaque année en France, le gouvernement à décidé de ne plus donner de chiffres pour ne pas inquiéter les gens. Une immigration incontrôlée, couplée à une mentalité victimaire post-coloniale, permises l’une et l’autre par une absence de pouvoir politique fort et volontaire ont mené à cette situation de tension croissante qui est par ailleurs similaire en Angleterre, Belgique, Hollande… 

Cette faiblesse interne des états Européens à pour corollaire une faiblesse externe. Il n’y fondamentalement aujourd’hui aucune conscience politique commune Européenne, ni aucune réelle vision du monde commune.  Je pense que les pays d’Europe sont maintenus coalisés par l’OTAN, Si celle ci devait être amené à disparaitre, les états Européens se chercheraient immédiatement un nouveau pôle de puissance, pour les diriger sinon l’Union se désagrégerait. Il est évident que

la Russie «pourrait» être ce pôle de puissance, dans le cadre d’une grande Europe, de l’Atlantique au Pacifique.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, ITV Alexandre Latsa, Win.ru 1 Comment

ALEXANDRE LATSА: World in the face of future challenges

Marat Kunaev, Russian bloggueur, interviewed me a few days ago, the interview can be founded in English Here and here on win.ru‘s website.
Alexandre Latsa is a French publicist, writing on the geopolitical matters connected with Russia and the other countries. He also has a blog named «Dissonance» offering «different view» to Russia and intending to replenish the lack of profound information about Russia in the French-speaking internet. Today Alexandre is a guest of our site and, as a matter of courtesy he agreed to answer our questions.
— What can you say about the general state of affairs in the world, in Europe and about Russia’s place in it and its prospects in particular?
— The existing world order began in 1945 and may now be characterized by its non-parity nature due to the unilateral America-centrism. Today, however, we are seeing certain signs of weakening of American power and emergence of new actors, while the world economic crisis has raised the issue of the economic principles that dominated over our planet until the recent times. It seems that the new shapes of tomorrow’s «great spaces» come into sight. What will they look like? Apparently, these would be the state unions or state groups, established on the grounds of economics, culture, military, religion and language…
These shapes will appear in the face of the future challenges: hyper-terrorism, ethno-civilization conflicts, strengthening of international mafia (having the equal power as the states), severe economic shocks…
Europe that we see today — the one dubbed the EU (or the Brussels Union) — seems to be incapable of giving the adequate answers to these challenges. This hyper-structure that was founded due to the reasons that «hardly» were economic — in fact in order to prevent its founding fathers from starting yet another war against one another. Without doubt, they were guided by the good intentions but the European structure appeared at the height of the Cold War (in the beginning of 1957) and in the world that was quite different from the one we live in today. The EU possesses neither respective fundamental grounds, nor the necessary instruments to secure the actual sovereignty. Today it has none and completely depends upon the NATO, it doesn’t have its own policy, it has neither internal, nor foreign policy project whatsoever. Presidents of its state-members are deprived of any freedom of actions, while the very European institutions are awkward and bureaucratized. EU seems to be approaching its collapse because of the critical situation in its members and — as the example of Greece indicates — due to absence of the economic solidarity (between Germany, Slovakia)…
It seems to me that Russia, on the contrary has all the chances to become the actor of this epoch. Political elite of this country has a realistic and modern worldview on the place that Russia is to occupy. Perhaps, the key characteristic of Russian leaders of that period is that they are «pragmatics». Besides that, thanks to its geographical location, natural resources, its status of the civilization and religious crossroads — generally speaking, thanks to the factors composing its potential power — Russia seems to have the ability to adequately perceive and react to the coming great changes.
 
— What do you think about NATO bloc and its prospects?
— NATO is a tool that America successfully uses to impose its will and consolidate its supremacy in every place it considers necessary. I don’t believe NATO to survive this period. Re-alignment of the world powers according to the «consonance» of identities will cause the growth of contradictions and discords between its country-members and the states close to them. Today’s Turkey — its clashes with America upon the issues of the War in Iraq or Israel — makes up a graphic example of that.
Russia could have also promoted the NATO collapse, had it convinced (I’d wish that to happen) the European countries to create the European security system. From the other hand, NATO influence at the Eurasian continent is to be decreased as a result of growing authority of the countries that are not parts of it — such as Russia, China or India.
 
— What’s your estimate of the Mediterranean Union?
— Mediterranean Union is a reckless project. Theoretically it could have promoted the improvement of international infrastructure and the possibility to bring the migratory influx from South to North into the legal framework but I’d be willing to know what the actual goals of this project are. So far, I see only negative reaction towards it both in South (Turkey, Egypt, Libya…) and in Europe. I don’t think that it would be brought to life on any significant level of authority.
— What is your opinion of the relationship between the USA and France, France and Russia, France and Great Britain?
— It seems to me that the influence of the Great Britain is about to face its dawn, which is not bad for Russia, because Britain would always remain what it used to be — traditionally pro-American Atlantic power «playing» against Europe.
All the French governments after De Gaulle were playing up the NATO and America interests a little at a time right until the recent policy of Sarkozy took place. This became a major strategic victory of the Atlantic powers and largely promoted the American supremacy (that does not depend upon democratic or republican label). And that has driven France to the dead-end, having made a pawn out of it, given the background signs of Germany, seemingly parting with the pro-Atlantic position. «Coalition of the regional unions» at the continent poses obvious danger to the Atlantic adherents and America, as long as it would be able to undermine NATO dominion and authority little by little. A coalition like that would also be able to take the much-talked-about «Great Game» straight to the junkyard.
Creation of «Paris-Berlin-Moscow» alliance could have become a key step towards the change of the current situation in the short prospect. Moscow indicates its willingness to bring a project like that to life and Berlin seemingly does not oppose it. I may denote that France is not making any clear and definite decisions if the question is not an internal NATO issue. Sarcozy is not an independent President; he does not belong to any kind of patriotic elite, caring about the future of the country. It seems that French policy is being born not in France, but rather follows the orders of its Washington masters. Surrender of Serbia, for example, speaks volumes about it.
 
— What would you say about the future and the present of the Ukraine?
— Russia and the Ukraine are the two sides of the same coin. For now the Ukraine follows the path that can be compared to a highway leading to independence between Brussels Union and Russia. I’m not sure that it’s the best way for Ukrainians but they are sovereign and freedom-loving nation and we have to respect their choice.
New Ukrainian President is not an artificial master, who was brought to power thanks to the intrigues of the foreigners. We may hope that unlike his predecessor he would do his work in the interests of population, not against them. The Ukraine is a weak country in a post-illness state that desperately needs its neighbor — Russia — to rely upon.
We continue to publish our interview with the French publicist Alexandre Latsa. Theme for our today’s conversation is the situation in the Middle East.— Mr. Latsa, what, in your opinion, the further development of Palestinian crisis would be?
— The very Israel’s existence disposes no other resources rather than Israeli citizens and the world-spread Jewish diasporas. As for me, I don’t see any positive prospect in that, as long as the logic itself prompts sides to the struggle for total victory with the latter destruction of the lost side. I believe that the Israel’s collapse is inevitable. Country is in the face of the demographic situation that plays into the hands of their neighbors and the irreversible turning point is to come very soon. Without the American shield — that is obviously lowering already — this state will undoubtedly decease…

I believe that the most part of Israeli population (the Russian-speaking one) might come in handy to Russia — why not to use the repatriates of Birobijan in order to develop, say, Far East? It seems to me that the presence of active Jewish (Judaic) community at its territory would answer the Russian purposes quite well — just the same way it is with other various religious communities (Protestants, Catholics, Buddhists, Muslims).

— Should we expect radical changes in Afghanistan?
— Without any doubts, Western occupation is moving toward its resume that is similar to the results of the Soviet occupation. Long story short, nothing essential will change. In the meanwhile, «Talibs» (according to Alexandre Latsa, the very actuality of this term raises certain doubts) are little by little establishing their control over the country regions. And I see no other possible scenarios: Afghanistan is to remain the country of military lords, clans, tribes and Kabul where — even under the auspices of Western occupation — it turned out to be impossible to introduce fast-food restaurants and cinemas, showing the Hollywood fables. We may use the occasion to congratulate the Afghani loyalty to »their kind of freedom».

In my opinion, there’s also a risk of the regional explosion. Troops, trained against the NATO soldiers in the real combat — in case if the latter would be pulled out of the country — may find themselves new goals and the «arena of actions», destabilizing the weak states of Central Asia and, accordingly, Russia itself.

— What is the probability of American or Israeli strikes against Iran in your opinion?
— I don’t believe in the possibility of conducting a strike right against Iran. I believe that this can’t be done as long as it would have set the whole region on fire and I doubt that U. S.-Israeli coalition aims at unleashing the war. From the other hand, I don’t believe these «substantial» Iranian threats to Israel to be real at all. No kidding — Iranian officials are not self-murderers. Iranian nuclear program was supported by America and Europe since 1950s and by Russia since 1979, long before Ahmadinejad.

Theoretically, Iran’s desire to have a nuclear weapon (in the likeness of several other states) has nothing to do with the statements about «destroying Israel», which is something that a lot of Muslims — especially the Palestinian ones — desperately desire. I can ascertain that anti-Iran cooperation is perfectly systematized but the only possible solution is the discussion, not the sanctions. And here you go — the desired example of European lack of strength and unity — otherwise it could have made everyone to listen to it and support Russian efforts to organize the negotiations with Tehran.

— Should we expect any further strengthening of anti-Iran sanctions?
— Obviously, Western society, dancing to the American tune wants to fund the Israeli power furthermore. And we have to expect the further strengthening of sanctions against Iran. But let’s be serious at last: what are they for? And even the more important question: what’s next?

— What, in your opinion, the position of Georgia and Azerbaijan would be, if the warfare against Iran are actually to take place?
— Azerbaijan has a long-term dispute with Iran that they’ve decided to dim a little because of the conflict with Armenia. Azerbaijan is playing the geographic party of the Caspian Club and has the common border with Iran. I believe that this country is quite «neutral» as opposed to Georgia, which nationalistic government seems to be too pro-Western to me. Georgia has broken up the diplomatic relations with Iran due to some make-believe occasion, as long as it urges to be a dog at the U. S.-Israeli leash, preferring them to Moscow and Iran. We also have to take persistent Georgian desire to enter NATO into consideration — it believes its possibility to be more likely, had it been ready to take part in the military enterprises, threatening to destabilize the entire region. This includes the warfare against Iran as well as the fact that Georgian authorities are the children of color revolution. But still, I don’t really believe into the possibility of using the military scenario against Iran.

— What do you think about the whole situation at the Russian Ciscaucasia and the entire situation at the Caucasian region in general?
— Attempts to destabilize the situation in the Caucasus from the outside have been taking place for a long time and they continue today. Natalya Narochitskaya has perfectly explained at one of her papers that the Baltic-Black Sea arc has a strategic value for those who want to surround and weaken Russia during the «Great Game’ and gain access to the respective energetic corridors. Russian Caucasus is a one of the most important parts of Russia and non-Russian Caucasus is a pledge for the geopolitical stability of that region that borders Russia. Accordingly, Caucasus is the indispensable object for different kinds of ill-wishers (Prometeists, Americans, Wahhabites) to influence the situation. Caucasus is one the main keys to the Russian «tomorrow».

Recent events like two wars in Chechnya, war in Ossetia in 2008, wars in Ingush Republic and Dagestan give the grounds to assume that Russia is not going weaken its presence in the region even a jot. And that’s good. Federal project «Strategy of social-economic development of Ciscaucasia until 2020″ seems to be a wonderful initiative to me.

— Mr. Latsa, what would like to say to Russian readers as a conclusion? What important matters of Russo-French relationship would you like to draw attention to?
— I often read the Russian news and I think that the degree of degradation of two countries (Russia and France) is incomparable. Impoverishment of the French population during last 10 years had a huge impact, economics is unhealthy, unemployment became reality for 12% of the population and about 8% are just not taken into account by the statistics. At that, lack of political «will» of the government mutilates the country; its condition is highly explosive at the moment. In the nearest future France risks to fetch itself in the middle of the civil war. Suburbs have turned into ghettos, which population has mostly African or North African origin. Distinctive feature of this population is the counter-culture of hatred and destructive attitude toward France and its institutions. This is a mix of American culture of violence, rap, guns and the post-colonial revanchism.

Riots take place on a regular basis and about 40.000 cars are annually burnt in France so the government decided not to publish these numbers in order not to worry the people. Uncontrolled immigration, combined with the mentality of colonialism victims, authorities lacking the political opportunities and the will to solve the situation, will eventually lead to the aggravation of these discords. And mind that the same situation is unfolding in England, Belgium, and Holland…

This internal impotence of the European states quite correlates with their foreign-policy powerlessness. Neither political conscience, nor realistic worldview characterizes the European community anymore. I think that NATO is the only power, holding the European countries together. And as long as this institution is moving towards its collapse, quite soon European states would have to look for another pole of power, capable of playing the role of a director who would save the EU from destruction. It’s obvious that Russia may become such pole within a united Greater Europe, lying from the Atlantic to the Pacific Ocean.

Interviewed by Marat Kunaev
Translated from French

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Chronique d’Alexandre Latsa sur l’actualité Russe.

Les chroniques de la vieille Europe ont au l’amabilité de m’interviewer avant hier pour une brève intervention sur les «nouvelles de Russie», vous pouvez écouter l’intervention ici

Je suis un peu surpris que le journaliste puisse affirmer qu’il n’y est pas faux pas de la France, alors que le président à simplement annulé sa visite au dernier moment. La visite du président Russe en France cette année n’avait pour autre but que de faire avance les négociations d’achat du MISTRAL par la Russie, ainsi que l’achat du siège de météo france par la Russie .. La seconde affaire a été finalement réalisée mais parce que la Russie à mis la plus grosse somme d’argent sur la table. L’achat du bateau n’est pas encore assuré.
La Russie cherche le pragmatisme dans ses relations avec la France, rien d’autre. 

Néanmoins, décommander sa présence à un évènement tel que le 9 mai me semble relever du «faux pas» et témoigner d’une absence totale de pragmatisme. Je n’ai pas trouvé une quelconque dépêche de l’Élysée justifiant une activité exceptionnelle qui aurait pu expliquer l’absence du président Français.
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Interview Alexandre LATSA

L’agence d’information NOVOpress m’a récemment interviewé. Je reproduis l’interview ci  dessous :

***

 

Novopress : Quel regard portez-vous sur le concert de louanges pro-russe dans certains milieux politiques français ?

Alexandre Latsa : Tout d’abord je souhaiterais dire que la prise de pouvoir de « partisans des intérêts américains » est une très mauvaise nouvelle pour la France. Ce courant atlantiste voit la Russie comme un adversaire surtout depuis que Vladimir Poutine a pris le pouvoir. En effet les projets russes de souveraineté militaire pourraient déteindre sur les Européens, or Washington a besoin d’une Europe sous tutelle qui lui sert de tête de pont pour lancer des assauts militaires/économiques en Eurasie.

 

Alors, parmi les réseaux que l’on pourrait qualifier de « non atlantistes », quelle est la situation ?
L’extrême gauche cherche désespérément dans la Russie moderne une résurgence de l’URSS mais elle ne peut se décider à soutenir la politique du Kremlin qu’elle juge trop « nationaliste » ou « identitaire ».

 

Après, les réseaux gaullistes et nationalistes (de Chevènement à Le Pen en passant par Villepin et Dupont-Aignan) voient dans la Russie un contrepoids à l’Amérique et aussi un nouveau modèle de gouvernance (pouvoir fort capable d’agir). En ce sens, ils n’ont certainement pas tort.

 

Selon vous, Vladimir Poutine est-il conforme à l’image que s’en font ses partisans ouest-européens, c’est-à-dire le possible leader d’un contre-ordre mondial ?
Lors de sa prise, Vladimir Poutine avait deux obsessions principales : que la Russie ne disparaisse pas et qu’elle redevienne un acteur important sur la scène mondiale.

Le premier point a été réalisé. Vladimir Poutine a redressé la Russie et celle ci est désormais de nouveau un « acteur » international, défendant une « autre » vision du monde, non unilatérale et non américano-centrée. Pour synthétiser cette évolution, l’historienne et femme politique Natalia Narotchniskaia l’explique en ces termes : « Pour reprendre la célèbre formule du prince Alexandre Gortchakov : “La Russie se recueille. Nous modernisons notre société. Nous relevons notre économie. Nous nous préparons“ »

 

Les années qui ont suivi la chute du Mur ont mis la Russie dans un état de décomposition sociale, économique et morale qu’il est difficile d’imaginer à l’Ouest. Tout cela n’a donc pas du tout donné envie aux Russes (pouvoir en tête) que les choses continuent dans le même sens. C’est un sujet très long à développer et j’y reviendrai dans un article plus complet sur mon blog mais le Kremlin a la velléité de proposer une « autre voie » à la Russie à de très nombreux niveaux.

 

Ce projet est en partie inclus dans un plan 2020 et fourmille d’idées intéressantes, ambitieuses et réellement novatrices. D’un point de vue géopolitique, les Russes imaginent un monde de 2020 multipolaire, très « BRIC orienté » c’est à dire avec une perte d’influence de l’Amérique et au contraire une montée en puissance d’autres acteurs.

Pour ce qui est de l’archéo-futurisme si j’ai bien compris de quoi il s’agit, à savoir un mélange de traditions et de progrès (sur le modèle du Japon), alors oui, la Russie l’est totalement. Natalia Narotchnitskaïa toujours donne une définition archéo futuriste de la Russie en ces termes :

« La Russie représente un “modèle réduit“ du monde, bien plus que les États-Unis. La Russie vit en même temps au XIXe, au XXe et au XXIe siècle. Elle combine l’opulence et la misère ; la technologie de pointe y côtoie les conditions de vie les plus primitives ; on trouve, sur son territoire, tous les climats possibles ; de nombreuses religions et civilisations y cohabitent. Nous sommes à l’opposé de l’aspiration qui viserait à uniformiser le monde sur la base des valeurs libérales (une aspiration qui n’est pas si éloignée, dans l’esprit, de la vision trotskiste). Dans un tel monde, il n’y aurait de place ni pour l’orthodoxie slave ni même pour la grande culture européenne. »

 

En quinze ans, le capitalisme libéral n’a t-il pas plus nui à l’identité russe et au christianisme orthodoxe que le communisme en 70 ans de persécutions ?
C’est la théorie du regretté Alexandre Zinoviev qui dit que les quinze ans d’après la chute du Mur ont, via la drogue, le sida, la mauvaise situation économique, l’explosion de la prostitution, l’émigration de femmes russes vers l’Ouest (perte d’un « capital génétique »), etc., finalement plus nui au peuple russe que le communisme. Effectivement cette période est qualifiée de « libérale » car des mesures ont été prises (thérapie de choc) pour tenter de faire de la Russie une social-démocratie à l’occidentale.

 

Aujourd’hui, cependant, la notion de « libéralisme » n’a que peu de sens puisque le modèle économique russe, original, est semi ouvert, semi fermé, et caractérisé par une verticalité du pouvoir, qui garde le contrôle sur les secteurs clefs, notamment dans le domaine énergétique.

Peut être assiste t-on à la naissance d’un nouveau type économique, dont les BRIC semblent être les dépositaires mais dont s’inspirent d’autres pays comme le Venezuela, l’Afrique du sud ou l’Indonésie (BRIICS).

 

Il faut bien comprendre que la Russie a des particularités qui sautent aux yeux pour qui étudie son histoire. Le pouvoir y a par exemple toujours été très fort, cela par nécessité de répondre à des phénomènes « d’inerties naturelles » créés tant par la taille du pays que sa variété. Autre point essentiel : la Russie a toujours fonctionné de façon « fermée », hormis quelques brèves fenêtres d’ouvertures historiques lors des règnes de Pierre le Grand ou de l’impératrice Catherine.

 

Assiste t-on en Russie à la même déliquescence des mœurs qu’en Europe occidentale ? Les « forces morales » russes sont-elles encore vivace ?
La fin de l’URSS et la décennie libérale qui a suivi ont tout permis. La libéralisation des mœurs a été totale notamment sous Eltsine ou le pouvoir politique n’a plus rien contrôlé et abandonné le pays aux mafias.

La décennie qui vient de s’écouler (Poutine / Medvedev) a vu une résurgence du pouvoir politique, qui a entrepris de re-moraliser la société Russe en s’appuyant sur des fondements religieux notamment. Cela est palpable dans un tas de domaines, on peut citer l’interdiction des casinos ou la politique nataliste justifiée pour « sauver la patrie ». Egalement les affiches d’Etat qui inondent le métro des villes Russes avec des slogans patriotiques ou de défense de la famille (ci-dessous). Il y a aussi cette tendance aux camps de jeunesse durant lesquelles les vêtements sexy et serrés pour les femmes sont prohibés car déconseillés pour la reproduction. Enfin on peut parler de cette nouvelle mode de vêtements patriotes (ci-dessus) et « pro famille » etc.

 

La Russie est pleine de ressources et est aujourd’hui un laboratoire à observer avec beaucoup d’attention.

La Russie peut-elle sérieusement renverser sa mauvaise donne démographique ?
Il est fréquent de lire que « la Russie perdrait inexorablement 700 000 habitants par an » et que sa situation démographique est catastrophique. J’analyse de façon lucide cette évolution démographique sur mon blog. Pour résumer on peut dire que ce n’est pas le cas du tout.

En 2005 la population russe a décrue de 760 000 habitants, ce qui était le record absolu. En 2006 la baisse n’a été « que » de 520 000 habitants. En 2007 la baisse n’a été « que » de 280 000 habitants. En 2008 la baisse a été d’à peu près 116 000 habitants. En 2009 la population aurait augmenté de 15.000 à 25.000 personnes, la natalité ayant augmenté de 3% sur l’année 2009 et ce malgré la crise économique. Les mesures Medvedev de 2005 ont donc eu un résultat absolument foudroyant.

 

Aujourd’hui, les prévisions démographiques Russes ne sont donc pas plus pessimistes que celles de la Chine ou bien de pays du G7 comme l’Allemagne.

 

C’est la preuve qu’un pouvoir politique volontaire peut agir et totalement inverser une situation qui parait quasiment perdue. C’est aussi selon moi la leçon de la décennie pour les politiques européens, à savoir qu’un modèle de gouvernance plus musclé peut agir dans différents domaines que ce soit pour défendre la santé publique, ou par exemple empêcher un patronat pourtant puissant de fermer (délocaliser) une usine ou ne pas payer les gens (affaire de Pikalëvo).

 

Novopress : La Russie est-elle confrontée à des vagues d’immigration socialement et culturellement déstabilisantes ?

La Russie est aujourd’hui un des pays du monde qui accueille le plus d’étrangers. Les statistiques officielles font état en Russie (en 2008) d’une population totale de 142 millions d’habitants, avec 8 à 12 % d’étrangers soit 12 à 17 millions de personnes, dont peut être une moitié de clandestins. 90 % viennent de l’ex-URSS et notamment des républiques asiatiques d’Asie centrale (ex-soviétiques).

Ils travaillent en Russie  comme« gaustarbeiters », principalement dans le BTP. En comparaison, le nombre d’Européens/d’Occidentaux (ressortissants de l’OCDE) ne doit pas dépasser en Russie les 150 000 personnes.

Il faut bien voir la différence avec la situation en Europe et notamment en France. Contrairement à ce qu’affirment certains milieux absolument désinformés, ces immigrés sont une main d’œuvre à bas prix mais non créatrice de troubles. Sans activité, ceux-ci sont expulsés des villes, voire de Russie. Depuis le début de la crise, les autorités russes auraient expulsées 8 millions de personnes pour éviter d’avoir une explosion sociale et cela sans aucunes protestation. C’est donc que c’est faisable.

 

Au-delà de cela, le pouvoir a pris depuis 2005 de nombreuses mesures pour protéger le marché national, que ce soit des mesures de préférence nationale, des expulsions de clandestins, des quotas par nationalités dans les attributions de permis de travail ou de séjour, etc. Enfin, la « chasse aux étrangers » étant à la mode chez de nombreux groupes nationalistes radicaux, la Russie est un pays où les étrangers ont plutôt tendance à faire profil bas et à travailler pour survivre.

La Russie a de très grosses capacités assimilatrices, intégratrices et une aptitude à digérer les autres cultures facilement. Exemple type : la ville de Moscou, où la proportion de population « slave » (russe/biélorusse/ukrainienne) serait inférieure à 50 % mais où nulle part on ne se sent en insécurité.

 
Le pouvoir russe a t-il cédé devant le multiculturalisme d’inspiration anglo-saxonne qui est particulièrement destructeur pour les nations ouest-européennes ?
La notion de « multiculturalisme anglo-saxon » n’a aucun sens pour les Russes et n’en aura jamais. La Russie est un pays gigantesque, une plaine immense d’où, au cours des siècles, les invasions se sont succédé. N’oublions pas que le berceau de la Russie historique est en Ukraine actuelle (rus de Kiev). Puis, peu à peu, les Russes ont conquis une partie d’Asie et d’Orient en étendant les frontières à l’est et au sud sur fond de conflits avec les Tatars et les Turcs.

La Russie est fondamentalement un pays multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel. Cet aspect essentiel de la Russie est impossible à cerner si l’on ne connaît pas bien le pays, son histoire et ses gens. La grande, l’immense variété de peuples qui cohabitent n’a aucun équivalent dans le monde. Un proverbe russe dit que, dans la steppe immense, chaque population a pu trouver sa place sans gêner l’autre. Cela expliquerait la cohabitation pacifique entre des populations aussi variées que la Fédération de Russie n’en comporte. Le résultat est une sorte de mixité ethnique, culturelle et religieuse propre à la Russie qui, aujourd’hui, peut se vanter d’être le pays le plus multiconfessionnel et le plus multiethnique du monde.

 

J’ajoute que l’islam n’est « pas un facteur déstabilisant » en Russie comme il l’est en Europe. L’Islam russe est indigène, natif et existait en Eurasie avant l’orthodoxie. Il a été depuis totalement intégré dans la société russe, totalement russifié, et est sous contrôle de l’Etat. Confortant l’adage selon lequel « en Russie la vodka a dissous le Coran », même si la religion musulmane représente 15 à 20 % de la population. Selon un sondage de 2006, seulement 6 % des citoyens de Russie se considèrent comme musulmans. Symbole de cette coexistence pacifique, le Tatarstan, devenue une des zones économiques les plus dynamiques de Russie et où la mosquée de Kazan trône à côté du Kremlin de la ville (ci-dessous).

 

Mais n’y a-t-il pas un substrat ethno-culturel originel russe, aussi minimal soit-il, qui forme le cœur et la majorité de l’identité russe ? L’ethnie slave ? L’orthodoxie ?
Bien sûr qu’il y a un substrat ethno culturel russe, celui ci est fondamentalement l’ethnie slave et la religion orthodoxe. La langue russe sépare même dans les termes les Russes « de souche » (russki) et les russes citoyens (rossianin), mais cela n’a pas fondamentalement la même connotation qu’en Europe (comme dans la germanité ou la latinité).

 

L’immense territoire russe a mis en contact les Slaves avec de nombreux autres peuples, et l’intégration est soit aisée, soit forcée selon les périodes (tsariste, soviétique, puis actuelle). Aujourd’hui, 75 % des Russes se disent « russes » mais cela se réfère plus à une appartenance commune et culturelle (« Je suis russe ») qu’à une appartenance ethnique pure. L’intégration en Russie passe autant par les mœurs, le comportement et la langue que par le sang.

Quelles sont les différentes ethnies qui font de la Russie le pays « le plus multiethnique du monde » et comment vivent t-elles leur coexistence ? Y a-t-il « métissage », communautarisme étanche ou autre ?
Les étapes historiques de la Russie, de son agrandissement au cours des cinq derniers siècles à ses déplacements de peuples sous Staline et enfin à son retour à ses identités locales aujourd’hui (mais au sein d’un ensemble fermé), ont fait que les Russes de souches slaves sont présents sur tout le territoire, et presque partout en majorité. Cela aussi bien dans les entités plus ou moins décentralisées (correspondant généralement à des territoires d’ethnies) que dans les régions peu peuplées de l’Est. Il y a aujourd’hui en Russie près de 200 nationalités et groupes ethniques, tous russophones. Seule une minorité ne parle pas le russe (moins de 1 %).

Le Caucase est un bel exemple de concentration de populations différentes, 43 langues y sont parlées. Dans la seule république du Daguestan, 40 peuples différents cohabitent, ne pouvant communiquer entre eux qu’en russe ! Pour une liste incomplète des ethnies et peuples de Russie, il faut regarder cette carte assez fascinante. Il faut bien comprendre de quoi l’on parle.

Tous les peuples très variés de l’ex-espace soviétique étaient tous soviétiques : on parle d’homo sovieticus comme d’un modèle assez unique et similaire, de l’Ukraine au Kazakhstan en passant par la « Toungouzie ». La Russie est restée une sorte d’URSS réduite, tout comme la Serbie est restée une sorte de Yougoslavie au sein des autres républiques.

 

En Russie les mélanges existent, mais généralement les enfants issus de « mélanges » (slave/non slave ou russe/non russe) se sentiront tout autant russes que non-russes surtout s’ils sont élevés en Russie. La langue et la très forte culture russe (russian way of life) sont un facteur d’intégration essentiel. C’est une des différences d’avec l’Europe ; ce mélange en Russie n’est pas un facteur de désintégration. Cela est dû notamment au fait que la Russie est un ensemble très vaste, hybride, empruntant tant au Sud caucasien qu’au Nord polaire, à l’Est asiatique, à la culture de la steppe. Son identité est multiple et en même temps unique. La période soviétique à mélangé les gens de force et l’architecture des villes même ne laissait pas la place à des « bons » ou des « mauvais » quartiers.

 

Ce n’est que très récemment que des coins chics sont apparus dans les centres des villes ou dans certaines périphéries (cottages privés pour populations russes ou étrangères très fortunées). Mais aujourd’hui, les villes russes ne connaissent pas les ghettos : il n’existe pas en Russie de mauvais quartiers ou des concentrations de populations étrangères qui rendraient la vie impossible aux Russes, comme c’est le cas dans les villes européennes. Pas plus qu’il n’existe fondamentalement de séparation financière : dans les immeubles d’époque, un étranger pauvre peut habiter l’appartement voisin de celui d’un riche avocat caucasien ou d’un fonctionnaire de police. La mixité est encore réelle et la sécurité quasi totale, ce qui fascine assez les étrangers.

 

Que peut-on dire de son identité ? Et qu’en est-il de l’Eurasisme ? La Russie a-t-elle renoncé à son européanité ?
L’identité russe est quelque chose de compliqué, même pour les Russes eux-mêmes. Si la Russie est un pays européen à tous les niveaux, elle n’est pas que cela. Elle est aussi un pays fondamentalement « eurasiatique », « asiorientalisé ». Cela est dû à son histoire et à son emplacement géographique, majoritairement en Asie. Néanmoins la Russie a une différence avec tous les pays européens dans la façon dont elle a absorbé ses différents peuples conquis. Lorsque les Tatars et les Caucasiens l’ont été par exemple, leurs chefs ont été plus qu’intégrés, même anoblis. Ils ne furent jamais traités comme des colonisés ou des vaincus, mais étaient les égaux des aristocrates russes. Ils avaient même des serfs russes. Peut-on imaginer des Lords indiens avec des domestiques anglais ?

 

L’opposition entre les « Occidentalistes » et les « slavophiles /eurasiens » n’est pas nouvelle. Natalia Narotchniskaia définit l’identité russe de la façon suivante : « Notre emblème est l’aigle à deux têtes. Depuis des siècles, nous sommes à la fois Européens et Asiatiques, Russes et Tatars, chrétiens et musulmans. Nous sommes aujourd’hui majoritairement des Russes orthodoxes, mais aux temps médiévaux nous étions des Asiatiques convertis. Ceci est une réalité indiscutée qui a formé notre identité. »

Cette vision des choses explique l’existence des thèses « eurasiennes », comme les théories d’Alexandre Douguine qui sont écoutées avec beaucoup d’attention par le pouvoir. Celui-ci est préoccupé par le redéveloppement géographique à l’Est afin d’utiliser les immenses possibilités de l’Est sibérien. Des « initiés » appellent même à déplacer la capitale au centre géographique du pays (Novossibirsk) et faire de la Sibérie le nouveau cœur du pays.

 

Enfin il faut bien comprendre que la pierre angulaire de ce réveil identitaire post-soviétique est 1941, et la victoire sur le nazisme et la résistance des villes russes, notamment de Stalingrad. C’est pour les Russes cet acte de sacrifice, qui a traduit la survivance de la « patrie russe » à travers l’URSS. Pour ma part, je ne pense pas que la Russie ait renoncé à quoi que ce soit, elle fait juste la part des choses et ne pense pas que deux modèles existent à savoir un modèle « européen » et un modèle « asiatique ». Au contraire, celle-ci compte développer son modèle et sa voie à sa propre façon.

 

 

Novopress : Existe t-il en Russie, comme en Europe, de nombreux mouvements et partis politiques porteurs d’idéologies différentes ? Les Russes ont-ils le même rapport au militantisme politique ? Sont-ils des « activistes » ? Que pensent par exemple les patriotes russes de la situation politique du pays ? Quels liens entretiennent-ils avec le Kremlin ?

 

Chaque Russe est « patriote » mais le rapport à la politique est totalement discrédité depuis l’ère Eltsine. Les Russes ne sont pas politiques et pour eux l’identité ne passe pas par la politique.

Quelqu’un comme Guennadi Ziouganov (leader du parti communiste russe) est à sa façon très patriote. Le patriotisme est une des clefs de la société russe.

 

Il faut bien comprendre que la société politique russe n’est pas du tout linéaire comme l’est la société française (de droite à gauche). En Russie, il y a actuellement un centre de gouvernance (le Kremlin) avec dans un premier cercle concentrique des partis d’opposition plus ou moins rapprochés (parti communiste et parti libéral-démocrate). Le parti communiste défend une vision soviétique d’un point de vue territorial et le LDPR une vision plutôt panslaviste. Un troisième cercle comprend avec des mouvements/partis plus ou moins « éloignés » du centre, donc de la gouvernance (le Kremlin).

 

J’ai essayé de détailler cette structure ici et, pour les russophones, elle est en image ci-dessous : le centre de la croix est le parti de Poutine, vers la droite il y a les partis libéraux, vers la gauche le parti communiste, en bas les « radicaux » – principalement les partis d’extrême droite – et en haut les conservateurs.

 

Pour ce qui est des mouvements « patriotes », il faut bien comprendre que là encore s’opposent deux visions du « patriotisme » russe. Il y a une vision proche du pouvoir, notamment des organisations de jeunesse proches du Kremlin. La conception de la Russie y est globalement multiculturelle et le pays est vu comme une terre ou des peuples variés cohabitent sans tensions. C’est une résurgence d’une vision impériale mais non impérialiste (une terre, des peuples). C’est également la vision eurasiste (conservatrice).

 

Après, il existe des mouvements plus radicaux, orientés sur une vision ethnoculturelle russe, la langue russe permettant de différentier un Russe de sang d’un habitant de la Russie ayant un passeport russe. Ces mouvements veulent freiner l’immigration non slave en Russie et défendre les Russes de sang. Ils sont une kyrielle mais les deux principaux sont Russki-Obraz (qui est dans une logique de collaboration avec le Kremlin et avec le mouvement de jeunesse de Poutine) et le DPNI, soupçonné d’être financé de l’extérieur (notamment par des opposants au Kremlin) afin de déclencher des troubles interculturels en Russie.

La plupart de ces mouvements sont sur une logique très anticommuniste, voire pro-américaine par réaction ou tout simplement en faveur des très grandes libertés individuelles que l’on peut trouver dans les sociétés anglo-saxonnes.

 

Cette vision « pro-occidentale » des mouvements d’extrême droite en Russie est une réalité : la plupart des organisations de ce type ont soutenu la révolution orange en Ukraine et sont en première ligne des actions russophobes dans les pays baltes ou en Europe centrale.

 

C’est ce qu’Alexandre Douguine a appelé le front « orange-brun », front dirigé contre la Russie. Dernier exemple type : l’attribution par le président orange ukrainien du titre de héros nationaux aux collaborateurs ukrainiens Stepan Bandera et au commandant ukrainien de la Wehrmacht Roman Chouckevitch.

 
Comment dès lors peut on définir le système politique russe actuel ?
Pour mémoire, lors du congrès de Russie Unie de novembre 2009, un nouveau programme a été adopté, précisé par les trois clubs de pensée du parti : social-conservateur ; libéral-conservateur ; étatique-patriotique

La principale nouveauté consiste en ce que l’idéologie officielle du parti – le conservatisme russe – a été pour la première fois indiquée dans les statuts du parti Russie unie. Pourquoi le parti Russie unie ne s’est-il décidé à proclamer son conservatisme qu’à la fin 2009 ? Jusqu’à récemment, il fallait lutter pour conserver l’Etat. A présent, ce problème est réglé et la menace de destruction définitivement éliminée, il faut conserver et sauvegarder les résultats obtenus.

 

A l’extérieur (politique internationale), la Russie envisage sa position de puissance autonome avec trois grands axes d’influence :

• Vers l’Europe avec la volonté de création d’une structure de sécurité commune (remplaçant l’Otan).

• Via l’Asie et surtout l’Asie centrale à travers l’OCS.

• Via le monde musulman, à travers l’OCI.

Sa doctrine stratégique montre également qu’elle envisage des conflits régionaux (Caucase-Arctique) et travaille à une indépendance militaire totale.

 
Quelles sont les menaces internes à l’intégrité de la Russie et comment la Russie les gère t-elle ?
Les menaces sont autant internes qu’externes avec l’extension de l’Occident (via l’Otan) à ses frontières et tout ce que cela entraîne :des révolutions de couleurs aux agressions militaires présentes (Géorgie) ou futures (Arctique).

Les risques de démembrement territorial sont également présents et sont un des objectifs d’affaiblissement de la Russie depuis un siècle. La Russie, de par sa structure (des régions étalées sur 11 fuseaux horaires), pourrait dans l’absolu faire face à des sécessions de territoires. C’est pour cette raison que le Kremlin a renforcé le pouvoir central en décidant de désormais nommer les gouverneurs, ou encore à un projet de réduire le nombre de fuseaux horaires sur le territoire afin de reconcentrer le pays et réduire le nombre d’entités régionales. Enfin, la création toute récente d’une super-entité caucasienne semble également aller dans ce sens. En contrepartie, le Kremlin s’efforce de promouvoir les cultures locales, minoritaires, pour que les citoyens des « petits peuples » puissent continuer à vivre selon leurs coutumes. Mais le tout sous contrôle politique.

 

Quel regard le pouvoir russe et les Russes portent t-ils sur la France ? Quel est votre sentiment personnel sur le sujet ?
Les Russes apprécient la France plus que les Français. Ils ont l’image d’une grande nation, d’un grand pays ; ils n’ont pas oublié Normandie-Niemen et admirent De Gaulle. La culture, la classe française sont des références pour eux comme chez tous les peuples du monde.

La désillusion est terrible lorsque des Russes rencontrent la France d’aujourd’hui. Un éditorial deKommersant (l’équivalent du Monde en Russie) de 2005 donnait une image assez sévère de la France d’aujourd’hui.

 

Enfin, les Français de Russie ne contribuent que peu à améliorer l’image de notre pays. La plupart sont des expatriés peu intégrés, généralement sans aucune connaissance ni de la culture, ni du pays. Je ne parle pas de ce qu’écrivent les journalistes.

 

En tant que Français et Européens, que doit t-on attendre de la Russie ? D’ailleurs, doit-on en attendre quelque chose ?
C’est une bonne question. Aujourd’hui la Russie se sauve elle même, sans l’aide de personne. L’Europe de l’Ouest, elle, se suicide. Je me permets de noter que de nombreux pays de l’Est de l’Europe ne sont pas aussi détruits que l’Europe de l’Ouest. Ils ont certes subi la crise économique mais ne sont pas au niveau de totale décomposition (morale, politique, biologique) comme le sont la France, la Belgique ou la Hollande par exemple.

Pour ma part je suis Européen, c’est la raison pour laquelle je suis en Russie, à Moscou capitale de l’Europe. La Russie encore une fois est aussi européenne. Le cœur de tout ce que les Européens peuvent souhaiter conserver ou entreprendre se situe « ici ». C’est sans doute quelque chose de difficile à saisir vu de l’Ouest ; il faut habiter en Russie pour sentir à quel point ce pays à l’énergie suffisante pour faire face à la déliquescence générale.

 

En tant que Français, je souhaiterais dire que la France n’est aujourd’hui presque plus un pays européen. En tout cas elle n’en a plus que la « marque», l’appellation, mais plus la substance, ni l’identité. La vraie France est dans le cœur de français dont un grand nombre est éparpillé aux quatre coins du monde. Pour ma part, je pense que la France ne passera pas ce siècle. Elle se décomposera (je ne sais sous quelle forme) faute de savoir faire face aux défis de la mondialisation, économique et culturelle, mais également de savoir gérer une immigration massive. C’est du reste ce qui attend les principaux pays d’Europe de l’Ouest.

 

On peut imaginer que dans le prochain quart de siècle, la Russie fera face à une immigration massive d’Européens qui souhaiteront s’installer dans un pays sûr, pas en faillite et sans tensions ethnico-religieuses.

Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Désinformation, ITV Alexandre Latsa 18 Comments
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