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Bonjour Alexandre, tout d’abord même s’il devient futile de vous présenter, qui êtes-vous ?

Bonjour, je suis français, blogueur et réside en Russie depuis 7 ans. J’écris principalement sur la Russie et tente d’analyser les relations Russie-Occident et Russie-Europe ainsi que le rôle du 4ème pouvoir (les médias) sur ces relations. J’écris aussi sur la démographie russe et les mythes sur la Russie.

 

Vous vivez en Russie depuis de longues années, vous avez une grande expérience des médias, vous avez un blog réputé en France et en Russie,Dissonance et vous aviez une tribune libre dans l’agence Ria Novosti, vous avez écrit pour La Voix de la Russie et vous écrivez pour Sputnik. De Moscou, quelle est votre vision de la gestion médiatique en France de la crise ukrainienne ?

Les médias français sont restés fidèles à eux-mêmes, noyés sous leur idéologie d’un côté et leur fainéantise de l’autre, fainéantise à chercher des informations ou même simplement réfléchir de façon plus globale.

Le scénario ukrainien nous a été présenté de façon unique et dogmatique et on voit bien que le scénario que les medias ont colporté est celui qui nous a déjà été servi lors des révolutions de couleurs en Ukraine en 2005 ou en Géorgie et Serbie en 2003 et 2000. Un scénario qui voudrait nous faire croire qu’une jeunesse héroïque et éprise de liberté au sein de ces pays souhaiterait s’émanciper de la tutelle de Moscou pour rejoindre le monde libre et juste occidental. Qui peut encore croire à ces âneries ?

La réalité est toute autre : ces pays qui avaient tous la même particularité d’avoir des pouvoirs faibles ont subis des coups d’Etats organisés de l’extérieur visant à renverser leurs pouvoirs politiques (élus malgré tout démocratiquement comme en Ukraine) afin d’y instaurer une nouvelle élite aux ordres et de permettre le réalignement géopolitique de ces états, au sein de l’axe Americano-centré.

Du point de vue de la population russe, du citoyen lambda, comment sont vécus les événements dramatiques dans le Donbass ?

Mal. Les Russes et les Ukrainiens sont plus que deux peuples, c’est un peuple historiquement. Les familles mixtes se comptent en millions. Les destins communs également.

Cette guerre est plutôt perçue comme une agression contre des « Russes » ou plutôt contre des « habitants du monde russe ». Je crois qu’une habile couverture des évènements par les médias russes ont permis à la Russie de gagner la bataille médiatique intérieure ce qui est déjà beaucoup.

 

Comment sont ressenties les sanctions européennes par le Peuple russe, craint-il par ailleurs une guerre généralisée ?

Les sanctions gênent peu le peuple russe. Le manque de produits alimentaires occidentaux gêne la minorité aisée des grandes villes qui ne peut plus manger de fromage français et paye ses IPhone plus cher mais c’est tout.

Le plus gros problème n’est pas là, c’est la baisse des prix du pétrole qui ont entrainé une baisse de la monnaie et un dérèglement économique qui lui a vu une forte hausse des prix.

C’est aujourd’hui le principal problème pour la population. Je tiens à préciser que ces sanctions coûtent très cher à l’UE dans le même temps, donc personne n’est gagnant en réalité mais sur la longue durée il va être beaucoup plus dur pour les sociétés européennes de revenir sur le marché russe.

Quand a la « guerre généralisée » non je ne crois pas du tout que les Russes craignent à ce jour une quelconque guerre puisque leur état est fort et leur armée également. Je pense que cette obsession est plus présente du côté européen.

 

Pouvez-vous nous dire ce qui a changé en Russie depuis le début de la crise, est-ce que les Russes sont bien informés ou règne-t-il peut-être un certain désintérêt ?

Les Russes sont bien informes comme je l’ai mentionné plus haut. Les gens s’intéressent beaucoup à ce qui se passe en Ukraine mais en Russie mais je pense que ce n’est pas leur priorité, c’est plutôt l’inflation et faire face aux difficultés permanentes et systémiques de la vie en Russie.

 

Quelle a été la vision des Russes par rapport à la venue de Poroshenko à Paris pour le rassemblement Je Suis Charlie ?

Voir le président Poroshenko au côté du président albanais et de dictateurs africains ne donnait pas l’impression d’avoir à faire à une brochette de grands démocrates pacifistes alors que dans le même temps les populations civiles du Donbass étaient bombardées a l’arme lourde.

 

L’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz en janvier dernier a donné lieu à d’acerbes remarques venues du monde occidental, mais en Russie quelle lecture a été faite de cet événement.

Je crois que la lecture de l’histoire se fait de façon différente selon que l’on se trouve à l’Est ou à l’Ouest du continent. Clairement pour les Russes l’Union soviétique était russo-centrée et ça ne donne lieu à aucune discussion historique. On apprend aujourd’hui par la voix de certains dirigeants que ce ne serait pas le cas, je ne sais pas trop s’il faut en rire ou en pleurer.

 

Avez-vous remarqué une baisse du capital sympathie que les Russes pouvaient avoir vis-à-vis de la France et des Français ? Pensez-vous que ce terrain sera difficile à regagner ?

Non je ne crois pas. La Russie suit doucement sa voie qui diverge de plus en plus de celle de l’Occident (Europe inclue) et je crois que c’est un phénomène historique lourd.

De toute façon la France n’est plus un partenaire stratégique de la Russie. C’est l’Allemagne qui l’est et c’est logique car Angela Merkel est le seul « dirigeant » digne de ce nom en Europe peu importe que l’on soit d’accord avec elle ou pas.

Après il y a la Chine, la Turquie, qui sont en train de devenir des partenaires régionaux solides donc rien qu’avec ces deux pays on s’éloigne de l’orbite occidentale.

 

Quant à la gestion de la crise ukrainienne par le Président Poutine, qu’en pensez-vous ?

Vladimir Poutine ne fait quasiment jamais de fautes c’est son point fort. Je crois qu’il a géré la crise magistralement puisqu’il s’est fait amener à la guerre à ses frontières sud-ouest.

Mais je doute qu’il ait toutes les cartes en main, l’affaire ukrainienne est complexe et comme l’affaire syrienne c’est un billard à plusieurs bandes et on peut se demander ce qui va se passer dans un avenir proche.

Malheureusement l’Ukraine semble destiné à devoir rester une plaie ouverte et purulente dans les relations entre l’Europe et la Russie. On ne remerciera jamais assez la politique extérieure américaine pour le chaos créé en Ukraine et le mal fait aux relations entre la Russie et les nations européennes. Il faut maintenant espérer que nous ne dirigions pas vers un conflit de plus haute intensité opposant la Russie et l’Amérique de façon indirecte, sur le sol Ukrainien.

 

Merci Alexandre au nom de Novorossia Vision d’avoir consacré du temps à répondre à nos questions et éclairer nos lecteurs, grâce à votre grande expérience de la Russie.

Lien original vers l’interview.

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, ITV Alexandre Latsa Leave a comment

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