La Russie et l’Europe à la croisée des chemins?

L’article original a été publié sur RIA-Novosti

La visite du président de la république française François Hollande à la fin de ce mois de février 2013 à Moscou arrive dans un contexte très spécial concernant les relations France/Russie, tout autant que les relations Russie/Europe et les relations Russie/Occident en général.

Depuis la fin des années 90 et la chute de l’empire Soviétique, et surtout depuis le début des années 2000, l’interaction entre la Russie et les pays de l’union Européenne, ainsi qu’avec l’Occident en général a été croissante. La volonté de rapprochement de la Russie vers l’Occident ayant été l’une des grandes orientations de la politique étrangère du Kremlin depuis 1991, soit depuis maintenant 22 ans, c’est à dire l’âge de la jeune fédération de Russie.Sur ce plan, la politique russe est restée inchangée et stable et la volonté de rapprochement avec l’Ouest et surtout l’Europe n’a pas été que théorique. Elle a donné lieu à des actes très importants, que l’on pense à l’adhésion au conseil de l’Europe en 1996, à l’adhésion au G8 en 1997, à la proposition de la Russie de rejoindre la famille occidentale dans la lutte contre le terrorisme en 2001, à la création du Conseil Russie/OTAN en 2002 ou encore aux propositions russes de création d’une architecture européenne de sécurité en 2008.

Durant la période récente, la Russie n’a cependant pas concentré toute sa géopolitique extérieure vers l’occident et a pris beaucoup d’initiatives en direction de son étranger proche et de la zone Asie/Eurasie.

La Russie a participé à la constitution de la CEI (1991), une entité intergouvernementale comprenant 15 républiques postsoviétiques, mais aussi à la constitution de la Communauté économique eurasiatique en 2000 et de l’OTSC en 2002, regroupant Russie, Biélorussie, Arménie,
Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan. Un projet de fusion des deux dernières entités étant envisagé, au sein de l’OSCE, pour qu’elle remplace peut être à terme la CEI. Enfin la Russie a contribué à la création de l’Union Douanière Eurasiatique, qui regroupe la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, confirmant sa volonté d’intégration régionale en Eurasie, au sein de l’espace postsoviétique. De plus, en 2001, soit un an après la création du conseil Russie/Otan, la Russie a aussi contribué à la création de l’Organisation de Shanghai avec la Chine, une organisation militaire intergouvernementale, qui peut être vue comme un pendant régional et asiatique de l’Otan.

La volonté russe de recherche de compromis militaires hors Occident et hors Otan prend toute sa dimension au fur et à mesure que les relations Russie/Otan elles se détériorent, face à l’incapacité qu’ont les américains de sortir d’une logique post guerre froide et de la politique de «containment» à l’Est de la Russie. Une politique dont les conséquences se matérialisent aujourd’hui à travers la crise du déploiement du bouclier anti-missile en Europe de l’est.

Paradoxalement, alors que la crise de 2008 a mis en évidence les disfonctionnements du système économique occidental, l’interaction économique Europe-Russie s’est renforcée, la relation Europe-Russie ayant créé des interdépendances croissantes. La Russie qui est sortie rapidement de la crise économique de 2008 se retrouve en position de force face à une Europe affaiblie, dont les acteurs économiques voient maintenant la Russie comme le marché le plus dynamique ou exporter et investir. En face, l’Europe est devenue le principal client de l’énergie russe, cette interdépendance étant matérialisée par les projets South Stream et North Stream. Mais alors que la Russie va présider le G20 cette année, G20 dont le sommet aura lieu en Russie, il semble que la tentation russe, face au modèle européen ne soit plus aussi importante qu’avant.

Comme le soulignait récemment Fedor Loukianov, en face de la croissante interdépendance économique entre la Russie et l’Europe, un problème de modèle commun semble se dessiner, dont les principales pierres d’achoppement sont la morale globale et le problème du modèle de société. Le malentendu est profond, l’UE souhaite imposer à la Russie une conception sociétale que celle-ci rejette, arguant qu’elle est souveraine et différente. Cette rupture morale entre une Russie  conservatrice qui connaît un retour du fait religieux et une Europe au contraire très libérale-libertaire pourrait bien entrainer un malentendu croissant entre la Russie et les pays européens.

C’est peut être à cause de cette incompréhension croissante que la Russie cherche à limiter sa dépendance de fournisseur envers l’UE et projette de réaliser en Asie-Pacifique 22% à 25% de ses exportations pétrolières et 20% de ses exportations de gaz d’ici à 2020, pendant que l’Agence Internationale de l’Energie estime que la Russie réalisera 30% des exportations vers l’Europe à ce moment là.

Un rééquilibrage stratégique essentiel dont on peut imaginer qu’il affaiblira la potentielle emprise de l’UE sur une Russie, qui se liera
sans doute plus activement à l’Asie, ce continent dans lequel se situe, il ne faut pas l’oublier, 75% du territoire russe.

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Posted on by admin in Articles en francais, Ria Novosti 16 Comments

16 Responses to La Russie et l’Europe à la croisée des chemins?

  1. Alexandre

    C’est la sensation que j’ai ! Il me semble que, depuis quelques mois, la France s’interesse un peu plus authentiquement a la Russie. C’est bete mais j’ai l’impression qu’il y a un effet Depardieu, comme si l’on commencait a realiser qu’il y a des raisons pas idiotes de vouloir vivre en Russie.

    PS: Dysfonctionnement avec un Y

     
  2. Vladimir K

    C’est vrai que l’affaire Depardieu a eu un effet.

    Si les intellectuels ont continué à se souvenir des Pussy Riots, de Khodorkovsky, etc. il y a aussi tous ceux qui se sont dit qu’ils aimeraient n’avoir que 13% d’impôts.

    Suite à la révolution Libyenne, les différents observateurs commencent à comprendre que la position de la Russie vis-à-vis de ces différentes révolutions n’était pas forcément qu’une loyauté d’un marchand d’arme vis-à-vis de ses clients (comme il a souvent été dit), mais aussi du bon sens.

    Cela étant, ne nous leurrons pas. Comme on dit, chassez le naturel, il revient au galop

    Pour le moment, l’Europe a besoin de la Russie, puisque les pays «alliés» (comme les États-Unis) sont pour la plupart en déclin, et que des investissements moyen ou extrême orientaux sont mal perçus par le public.

    Ce n’est pas non plus une raison pour oublier le passé.

    Que doit-on penser de l’association Arcellor-Severstal qui a été annulée au profit du «plus respectable» Mittal, avec les conséquences que nous connaissons. ?

    Ce n’est pas si vieux, c’était en 2006.

    Encore maintenant, dès qu’une entreprise (ou un oligarque) russe investit en Europe, la transaction est source de suspicions (rachats des journaux France-Soir, The Independent, The Evening Standard, TVR, Ener1…)

    Que dire de l’achat des portes-hélicoptères Mistral par la Russie ? Face aux français qui se réjouissaient des emplois générés ou maintenus, il y avait tous les suspicieux, qui avaient peur de l’utilisation que ferait la Russie de ce matériel, ou encore du pillage technologique que la Russie effectuerait après la transaction.

    Alors durant son voyage, François Hollande fera son travail de président, de diplomate, sans plus. Il rappellera à Vladimir Poutine à quel point les deux pays sont liés, qu’ils ont tous les mêmes objectifs, ce sera très beau, mais qu’en sortira-t-il ?

    À mon avis, rien !

    Pour moi, c’est à peu près la même chose qu’un Barroso qui vient en Russie pour expliquer qu’il fera tout ce qu’il peut pour mettre fin au régime des Visas entre l’UE et la Russie, et qui annonce l’inverse à Bruxelles prétextant que l’on ne peut faire confiance à la Russie.

    J’admire le pragmatisme des finlandais qui ont toujours compris ce que leur voisin russe pouvait leur apporter et qui agissent en conséquence, mais au niveau européen (ou Nord Américain), je ne vois pas les mentalités changer prochainement

     
  3. Anonymous

    Vous dites: la crise de 2008 a mis en évidence les disfonctionnements (SIC) du système économique occidental.

    C’est vrai, bien que je dirai que la crise de 2008 a mis en évidence certains dysfonctionnements économiques de certains pays occidentaux. D’autant plus que ces dysfonctionnements n’ont pas partout les mêmes causes et conséquences, ni la même ampleur. À titre d’exemples, les causes du dysfonctionnement de l’économie américaine n’ont rien à voir avec celles de l’économie française. Et les solutions ne sont pas les mêmes non plus.

    Mais ce que je voulais aussi dire, c’est que la crise de 2008 a également mis en évidence les dysfonctionnements économiques de la Russie. En effet, cette crise a montré à quelle point l’économie russe demeure, aujourd’hui encore, dangeureusement dépendante du pétrole, du gaz (et des ressources naturelles en général), condamnant celle-ci à un cycle d’expansion inflationiste et d’effondrements, suivant les fluctuations du prix des ressources naturelles.

    Bref, une économie extrêmement corrélée à un seul prix, celui du BRENT. On l’a d’ailleurs vu, entre 2008 et 2009, le prix du BRENT a chuté de 36%. Et avec lui, l’économie russe qui a chuté de 7,8% en 2009 seulement. Plus que les ÉU (3,5%) pourtant l’épicentre de cette crise, plus que le Canada (2,8%) pourtant un grand exportateur de pétrole, plus l’union européenne (4,3%) pourtant paralysée par son endettement.

    Bref, dans un monde où le prix du pétrole stagne, et où, grâce au gaz de schiste, le prix du gaz naturel s’effondre en Europe, vivement une diversification de l’économie russe.

    Montréal

     
  4. Vladimir K

    Montréal :

    Je vous encourage à lire «Putin’s New Russia», de préférence en version imprimée, ou tout du moins en version électronique.

    Le sujet des revenus de la Russie tirés des ressources naturelles y est largement traité.

    Pour faire court, contrairement à ce que vous dites, la Russie ne dépend pas que de la production de pétrole et de gaz. De plus, ces revenus, fortement imposés ont permis et permettent encore de reconstruire la Russie.

    Ces impôts ont permis notamment d’augmenter les salaires des fonctionnaires (et de réduire la corruption), d’améliorer certaines infrastructures et le système social de la Russie (retraite à 55 ans pour les femmes, 60 ans pour les hommes, par exemple).

    Cela étant, malgré vos chiffres, la plupart des spécialistes s’accordent à dire que la Russie a plutôt moins souffert de la crise que les pays occidentaux.

    Vos chiffres ne tiennent pas compte des contextes spécifiques à chaque pays; encore une fois, la Russie paie sa restructuration et rembourse sa dette extérieure.

    (des chiffres sont insignifiants s’ils ne sont pas documentés)

    Ce n’est pas le cas des États-Unis ou du Canada (ce dernier pays ayant cessé d’évoluer depuis quelques années, ce qui finira par coûter — très — cher, est cependant toujours en meilleure posture que les ÉU où les climats économique et social régressent).

    Vous remarquerez donc que les revenus tirés des ressources naturelles profitent à la plupart des russes.

    En comparaison, quels profits tirent les canadiens des ressources naturelles de leur pays ?

    En conclusion, si vous prenez la peine de faire un tour sur Wikipedia, vous verrez d’une part que l’économie russe ne va pas si mal, mais qu’en plus, elle ne dépend pas autant des énergies fossiles que vous ne le pensez.

    Si en plus vous lisez l’ouvrage que je vous ai encouragé à lire en début de commentaire, et que vous en suivez les références, vous aurez une autre illustration de ce que j’avance ici.

     
  5. Anonymous

    Un instant, je n’ai jamais dit que l’économie russe allait mal, seulement qu’elle avait elle aussi ses dysfonctionnements. Et que la crise de 2008 avait exposé ces dysfonctionnements, comme elle avait exposé ceux des économies occidentales.

    Vous dites que «la plupart des spécialistes s’accordent à dire que la Russie a plutôt moins souffert de la crise que les pays occidentaux». D’une part, j’aimerais que vous développiez un peu (qui sont ces spécialistes et quels sont leurs critères). D’autre part, vous avez probablement raison sur les effets à moyen/long terme de la crise.
    Car l’économie russe a vite repris le terrain perdu, plus vite que la plupart des économies occidentales.
    Mais ça ne change rien au fait qu’à court terme, la chute a été plus profonde en Russie (comparez la variation du PIB, de l’investissement, les revenus gouvernementaux en % du PIB, les marchés boursiers).

    Heureusement, cet effondrement n’a pas été durable. Mais cela a néanmoins démontré une certaine volatilité de l’économie russe. Et encore plus grande des revenus gouvernementaux.

    La Russie a la chance d’avoir un sous-sol riche. Et elle serait bien bête de s’en priver. Je ne remets pas en question l’exploitation de ces ressources. Surtout si ça permet à la Russie de «sauter» des étapes dans son développement économique (notamment la restructuration dont vous parlez). Et que cette exploitation soit taxée et frappée de redevances, c’est encore mieux! Mais ça revient encore une fois à accepter le risque de volatilité. Et il faut le gérer ce risque. Chose que la Norvège a compris il y a longtemps, et chose que le Venezuela n’a pas compris (pour seulement donner les exemples du meilleur et du pire).

    Lorsque vous dites que le Canada a cessé d’évoluer, pouvez-vous définir le sens que vous donner au mot «évoluer», et sur quoi est basé ce jugement? Idem pour la «régression» aux ÉU?

    Finalement, vous dites également «Vous remarquerez donc que les revenus tirés des ressources naturelles profitent à la plupart des russes. En comparaison, quels profits tirent les canadiens des ressources naturelles de leur pays?».

    Ma réponse: sensiblement la même chose que les Russes. Soit une taxation moindre que ce qu’elle serait sans l’exploitation de ces ressources, et des emplois dans les régions concernées. Vous y voyez autre chose?

    Montréal

     
  6. Vladimir K

    1- les sources qui indiquent que la Russie s’en sort mieux que la plupart des pays occidentaux :

    Pour faire court, faites une recherche dans votre moteur de recherche préféré, et vous aurez la réponse. Même les courbes des PIB de différents pays vous contredisent. Un tour sur Wikipedia peut aider aussi.

    2a- Régression des États-Unis.
    Traversez la frontière, vous verrez de vous même. Ces dernières années, j’ai traversé (par la route entre autre) les États-Unis, de Bangor à Honolulu, en passant par Denver, San Francisco, Chicago, Boston, etc.

    Ce que j’y ai vu ? Un pays en ruine :
    des villes entières, désertes et à vendre dans le Michigan, Colorado et Arizona (pour ne citer que ceux-là), des commerces (y compris des chaînes) qui ferment les uns après les autres, des conditions de travail équivalentes à ce que l’on trouve en Asie — y compris dans des endroits que l’on pourrait imaginer épargnés, mais qui ne le sont pas (ie Silicon Valley)…

    et je ne parle même pas des bidonvilles qui pullulent, et grandissent d’année en année.

    2b et 3 : Canada.
    Une taxation moindre dites-vous ?

    Le Canada est le pays le plus taxé du continent américain; certaines provinces (QC, NS) se permettent même de taxer plus que les pays européens, la plupart des autres ayant un niveau de taxation équivalent à l’Europe.

    Sans compter la double-taxation que le Canada m’impose sur mes revenus français (malgré la convention), à revenus équivalents, je paie ici plus de taxes que je n’en payais en Finlande, qui n’est pas particulièrement un paradis fiscal.

    Tout ça pour quoi (et là, j’en viens à la non-évolution) ?

    - Un système médical en retrait, jugé comme le plus mauvais parmi les pays du G20 (source Radio Canada, le Devoir)

    - Les infrastructures :

    qu’elles soient routières, ferroviaires, portuaires ou aériennes, on ne peut pas dire qu’elles soient dans un état jugé satisfaisant.

    Les routes sont pour la plupart mauvaises — je connais l’excuse du gel/dégel ; heureux scandinaves qui visiblement ne connaissent pas ce phénomène).

    Le train est sous-développé.

    Les aéroports sont sous-équipés (lisez la presse spécialisée Canadienne)

    Les ports ? Difficile à dire; ils ferment à 11h30 (pour une fermeture officielle à 12H00)

    * Télécommunication :
    * 5Mbits = Haut débit ? Seulement au Canada
    * Payer les appels entrants ? Ça ne se fait plus depuis le début des années 2000.
    * Limitations de la consommation internet ? Voir remarque ci-dessus

    * interurbains ? Voir remarque sur les appels entrants.

    L’excuse en général — les canadiens sont très forts en excuse — c’est la taille du pays. La Russie est plus grande, mais fait mieux.

    Juste par curiosité, vous pouvez comparer les offres de Sibset (Novosibirsk) http://nsk.sibset.ru/tariffs/unlim/ à celles de Bell; c’est assez édifiant.

    - Niveau social :
    Lisez le code Canadien du travail, il est pratiquement vide (le code québécois est un peu meilleur, mais sans plus).

    * Le gouvernement Canadien ouvre les vannes de l’immigration car il ne sait pas former suffisamment de spécialistes canadiens (60% des immigrants quittent le pays au bout de 3 ans ou moins).

    * les écarts sociaux se creusent de plus en plus

    Donc oui, désolé, le Canada stagne… mais personne n’en parle parce que ça n’intéresse personne.

     
  7. Pingback: Россия и Европа на перепутье? | Dissonance

  8. Svidzinskaya

    Bonjour M. Vladimir K.
    Tant de choses à dire…
    Tout d’abord, par rapport à l’impact de la crise de 2008 en Russie et ailleurs, vous me ramenez donc aux chiffres du PIB. Vous êtes plutôt drôle. Tout d’abord, ces chiffres je les ai donnés et vous les avez rejetés. Deuxièmement, ces chiffres ne me contredisent pas : la contraction a été plus profonde en Russie qu’au Canada, qu’aux ÉU ou qu’en UE. Voir le commentaire précédent. Entre 2008 et 2009: Russie -7,8%, États-Unis -3,5%, Canada -2,8%, UE -4,3%.
    N’oubliez pas que j’ai également dit que la Russie a repris le terrain perdu plus rapidement que plusieurs autres, ce que les chiffres du PIB montrent également (en Russie, le PIB en 2012 a été 4% plus élevé que celui de 2008, au Canada 4,8%, aux ÉU 3,2%, et l’EU est loin derrière (dans le négatif). Si vous avez une autre façon de lire les chiffres (officiels) du PIB (critère que vous avez vous-même choisi), be my guest.

    Pour la régression économique et sociale américaine, vos propos sont caricaturaux. Les ÉU ont effectivement leurs lots de problèmes et de défis (qui n’en a pas?). C’est un pays qui vit difficilement sa transition d’une économie manufacturière à une économie du savoir. Et le laisser-faire des gouvernements n’aide pas toujours. Mais votre thèse quant à leur régression n’est pas particulièrement soutenue. D’ailleurs, un voyageur se promenant en Russie (ailleurs qu’à Moscou et son oblast) pourrait très bien vous décrire délabrement, désolation, déchéance, pauvreté… bref, un « pays en ruines » (et ce serait également une caricature injuste).

    Maintenant, le Canada. Je ne nie rien de ce que vous dites. Je suis le premier à me désoler des infrastructures ferroviaires, dignes du tiers monde. Je suis le premier à m’indigner contre ceux qui justifient la mauvaise offre de services en prétextant notre géographie (argument d’autant plus spécieux que, la population canadienne est très concentrée : ±80% de la population vit dans une bande de 150 km de la frontière sud). Oui, je trouve que le système de santé est «poche». L’urbanisme est moche et sans vision.

    Seulement, bien que ça compte, la progression/régression d’un pays ne se mesure pas seulement à son réseau 4G, à la qualité de son asphalte ou à l’audace de ses constructions.
    Oui, il y a effectivement plein de critères où le Canada obtient une mauvaise note.
    Mais tout n’est pas noir non plus. L’économie canadienne continue à créer des emplois (plus vite que la croissance de la population). Les revenus des ménages augmentent légèrement (au moins plus vite que l’inflation). Les actifs nets des ménages augmentent également. Les inégalités, bien que présentes (évidemment), ne sont pas aussi fortes qu’aux ÉU ou en Russie. L’espérance de vie est élevée (malgré les immenses problèmes des réseaux de santé) et elle augmente.

    Bref, encore pour dire que votre plaidoyer sur la stagnation n’est pas convaincant. Et votre sélectivité (dans votre choix de critères) ne le rend pas davantage.

    Et permettez-moi de revenir à mes propos initiaux. Je n’ai jamais nié que l’économie canadienne (ou québécoise, ou américaine) ait ses dysfonctionnements. J’ai simplement fait rappeler un fait, à savoir que l’économie russe n’en était pas non plus exempte. Niez-vous ce fait?

    P.s. : quant à votre problème fiscal, de grâce, trouvez-vous un comptable (ou changez de comptable). Je connais plusieurs Français ici, certains résidants d’autres citoyens, certains ayant des revenus plus élevés que d’autres, dont les sources de revenus varient (salaires, dividendes etc.) et je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un subissant une double imposition.

    P.p.s. : pour ce qui est de la fiscalité. Relisez comme il faut. Je n’ai jamais dit que l’exploitation des ressources naturelles permettait une fiscalité faible. J’ai dit qu’elle permettait une fiscalité PLUS faible qu’elle ne le serait SANS l’exploitation de celles-ci. Ensuite, il faut comparez des comparables. L’offre de services de l’état au Québec/Canada n’est pas exactement comparable à celle de la Russie. Alors, évidemment que les Russes peuvent s’attendre à une fiscalité plus faible. Et finalement, vos comparaisons sur la fiscalité canadienne et européenne ne resistent tout simplement pas à l’analyse. Je vous invite à aller voir les chiffres des recettes de l’État en % du PIB de l’OCDE: http://www.oecd.org/ctp/fiscalfederalismnetwork/table%204_gov_exp-gdp.xls

     
  9. Svidzinskaya

    Aussi, quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi une quelconque critique sur la Russie tourne toujours de la sorte:

    Si un Canadien émet le moindre commentaire qui n’est excessivement élogieux à l’égard de la Russie, au lieu de discuter du point soulevé, on s’empresse de dénigrer le Canada. Même chose à l’égard des Français. Ou des Américains. Pourquoi? Pourquoi cette hargne?

    Les étrangers, même russophiles, n’ont pas le droit d’avoir d’opinion sur la Russie? Ou est-ce qu’un étranger critique à l’égard du gouvernement russe (par exemple) ne devrait pas se qualifier de russophile?

    Dans toutes mes interventions, je ne cache pas mon point de vue, à savoir que l’Occident n’est pas le paradis et la Russie n’est pas l’enfer. Mais dois-je pour autant être dithyrambique à l’égard de la Russie, des Russes, de sa société, de ses politiques?

    Tout voir en blanc n’est pas plus admirable que de tout voir en noir.

    Dès que l’on sent une critique, on attaque sur le terrain de l’autre. Or, en termes relatifs, noircir le portrait de l’autre peut rendre la comparaison plus avantageuse. Mais en termes absolus, cela ne n’élève personne.

    Bref, je ne comprends pas.

     
  10. Vladimir K

    @Svindzinskaya:

    Que l’économie Canadienne stagne, vous en aurez la confirmation en cours d’année. Les institutions financières canadiennes (je travaille dans l’une d’elles) s’attendent à une année assez morne vue les chiffres des deux premiers mois).

    Quant aux emplois créés… quelle est la proportion d’emplois créés à 10$/h vs emplois non-précaires ? Jetez un oeil sur les sites d’emploi, juste pour voir.

    ÉU : Là encore, vous faites preuve d’une incroyable mauvaise foi.

    Ce n’est pas moi qui exagère la dette publique des ÉU. Ce n’est pas moi qui exagère la baisse du revenu moyen des foyers États-uniens (51K$ en 2010, 50,5K$ en 2011, 45K$ en 2012)… et l’économie US tient dans cet état malgré la présence de ressources naturelles.

    Maintenant, le Canada. Je ne nie rien de ce que vous dites. Je suis le premier à me désoler

    Vous êtes surtout le premier à souligner que l’économie Russe à chuté plus fort en 2009 que celle des ÉU, du Canada ou de l’UE, oubliant au passage de préciser que les dépenses publiques russes ont augmenté pour contre-carrer la crise, et donc vos chiffres ne servent à rien d’autre que de dire que les États-Unis et le Canada s’en sortent mieux que la Russie.

    Enfin, au sujet de votre dernier message et votre auto-victimisation que vous n’assumez même pas, excusez-moi d’être aussi abrupt, mais de qui vous moquez-vous ?

    Donc vous avez le droit de critiquer la Russie, mais moi je n’ai pas le droit de critiquer le Canada ?

    Faut-il comprendre qu’un Canadien est plus légitime à critiquer la Russie qu’un Européen à critiquer le Canada ?

    À vous lire, il faut croire que oui, puisque vous souhaitez pouvoir critiquer/dénigrer la Russie sans avoir à répondre sur le Canada.

    Ma question est, pourquoi ?

    Si vous émettez une remarque positive sur la Russie, elle est toujours associée à des remarques négatives, et vous vous permettez une leçon de morale, ne comprenant pas pourquoi j’attaque votre très cher Canada ?

    VOUS avez comparé la faiblesse de l’économie Russe par rapport à celle du Canada (votre premier message), alors il faut vous attendre au fait que l’on vous réponde sur le Canada, afin de remettre les choses en perspective.

    Je vous ai invité à lire le livre Putin’s new Russia, visiblement vous ne l’avez pas fait. Si vous en avez l’occasion, regardez la série de reportages Putin, Russia and the West, produite par la BBC — qui n’est pas réputée spécialement russophile — et qui confirme les faits énoncés dans le livre et que vous pourriez trouver «trop dithyrambique».

    Ces deux documents infirment vos dires, c’est pourquoi il est intéressant que vous vous renseigniez un peu plus.

    Votre P.S.

    Merci pour votre conseil, mais dans la mesure où ce n’est pas moi qui ait décidé de me double-imposer, mais bien l’ARC qui s’est servie toute seule, un comptable ne me sera d’aucune aide; ce qu’il me faut, c’est un avocat, et beaucoup, beaucoup de temps et de patience.

    Ce n’est pas parce que vous n’avez jamais vu ou entendu quelque chose qu’elle n’existe pas; je n’ai jamais vu d’ornithorynque de ma vie, ça ne veut pas dire qu’ils n’existent pas.

    Quant à votre tableau de l’OCDE, il n’est ni documenté, ni complet, donc il ne sert à rien !

    Enfin en ce qui concerne votre, ils ne sont pas l’image des impôts d’une part, et d’autre part, vous n’aurez aucune table sur le site de l’OCDE qui synthétise toutes les données, incluant impôts sur le revenu + contribution sociales, taxes de vente, taxes sur l’alcool, sur les immatriculation, taxes de Bienvenu, taxes scolaires, taxes sur les quotas agricoles (très élevées au Canada), et j’en passe.

     
  11. Svindzinskaya

    Toujours à Vladimir K, évidemment!
    Je vais faire ça court, étant donné que cette discussion ne va nulle part.
    1) J’ai dit que l’économie russe a chuté plus que d’autres entre 2008 et 2009 parce que c’est un FAIT. J’ai aussi dit que la Russie a repris pied plus vite que les autres, ce qui est aussi un FAIT. Et je n’ai jamais dit que la Russie a mal géré la crise: elle l’a fait selon les règles du Keynésianisme, ce qui était clairement la chose à faire, et ce que à peu près tous les pays ont fait à divers degrés.
    2) Je n’ai pas «comparé la faiblesse de l’économie Russe par rapport à celle du Canada». Remarquez d’ailleurs que je n’ai jamais parlé du Canada dans ce premier commentaire. J’ai simplement dit que chaque économie, y compris celle de la Russie, avait ses dysfonctionnements. Et en passant, dysfonctionnement n’est pas synonyme de faiblesse. Bref, c’est VOUS, qui avez embarqué le Canada dans ce débat, peut-être pour discréditer mon opinion, je ne sais pas…
    3) Et toujours dans ce premier commentaire, j’ai parlé de l’importance d’une diversification de l’économie russe. Chose que M. Koudrine a aussi exprimé, idem pour Medvedev, idem pour Poutine. Ont-ils, eux aussi, torts?
    4) Non, je ne me victimise pas. Je trouve simplement stupide de passer plus de temps à parler du Canada que de la Russie sur un forum dédié à la Russie. Si votre seule façon de répondre à une critique sur la Russie provenant d’un Canadien est de critiquer le Canada, soit. Vous pouvez le faire tant que vous voulez, c’est le premier de vos droits, que je ne remets aucunement en question… mais pourquoi le faire ici?
    5) Vous qualifiez les chiffres de l’OCDE comme ne « servant à rien ». Fort bien. Au moins, j’ai des chiffres à l’appui. Qu’aviez-vous à l’appui dans votre déclaration du 26 février? Vos impressions? Votre situation personnelle? Si il y a un organisme qui fait un bon travail de comparaison lorsque l’on parle de fardeau fiscal global, c’est l’OCDE. Ces chiffres sont-ils parfaits? Non. Mais encore une fois, présentez-moi VOS chiffres, desquels vous faites vos constats, on en discutera ensuite.

    Cordialement,

     
  12. Vladimir K

    «Remarquez d’ailleurs que je n’ai jamais parlé du Canada dans ce premier commentaire»

    Anonymous 22.02.2013
    «l’économie russe qui a chuté de 7,8% en 2009 seulement. Plus que les ÉU (3,5%) pourtant l’épicentre de cette crise, plus que le Canada (2,8%) pourtant un grand exportateur de pétrole»

    Ce n’est pas moi «Anonymous de Montréal» que je sache…

    Quant à votre tableau de l’OCDE, je répète ce que j’ai écrit, et vous invite à lire lentement… leeeentement.

    tout comme une carte sans légende, un tableau sans légende, sans explication des chiffres ne vaut rien (et ne donne certainement pas une image du fardeau fiscal) !

     
  13. Svindzinskaya

    À Vladimir K,

    Je sais que vous voudrez avoir le dernier mot, mais je vous réponds néanmoins.

    Dans mon premier commentaire, j’ai mentionné le Canada, aux côtés des ÉU et de l’UE, dans le simple but de faire une comparaison. Vous auriez pu vous lâcher sur l’UE, mais vous l’avez fait sur le Canada, parce qu’il s’agit de mon pays de résidence. CQFD.

    Quand aux données de l’OCDE, j’accepte la critique. Voici le lien:
    http://www.oecd.org/ctp/fiscalfederalismnetwork/oecdfiscaldecentralisationdatabase.htm#C_3
    J’ai utilisé le tableau #4 (Consolidated government expenditure as percentage of GDP). Cette page définit mieux les concepts utilisés et offre des liens vers la méthodologies etc.

    Maintenant, pour revenir à mon message initial, comme quoi une diversification était souhaitable. Voici un article de RIA Novosti que j’ai retrouvé:
    http://en.rian.ru/russia/20120628/174287742.html

    Intéressant, non?
    «Heavily reliant on raw material exports, primarily oil and gas, Russia has been pushing economic diversification (…)
    Strong dependence on world energy market prices remains the main factor of risk for Russia, the president said.»
    Ça date de l’été dernier.

    Enfin, si j’ai tort, au moins, je ne suis pas le seul!

    En pour que vous me compreniez bien:
    Lorsque l’on regarde le chemin parcouru depuis 1998, l’économie russe va bien. Est-ce que ça pourrait être pire? Certainement. Est-ce que ça pourrait être mieux? Peut-être. Je souhaite aussi que la Russie continue sur sa lancée.

    Les pays occidentaux repoussent toujours leur réforme structurelle à plus tard, et finissent par être obligés à les implanter en catastrophe, lorsque les choses vont déjà mal. Je souhaite sincèrement que la Russie puisse implanter cette réforme (à savoir «our tasks of reducing dependence on raw materials») au moment où ça va bien. Car la prochaine fois qu’il y aura une crise, j’aimerais bien ne pas voir l’économie russe plonger de 7,8%.

    Voilà? Est-ce acceptable?

    P.s.: comment faites-vous pour utiliser les caractères italiques et gras dans vos commentaires?
    P.p.s.: si vous travaillez au centre-ville de Montréal, allons luncher un de ces quatre!

     
  14. Vladimir K

    1- on va arrêter les débats, je pense que si d’autres gens lisent, ils vont trouver ça pénible à la longue.

    2- en ce qui concerne l’utilisation des caractères italiques, gras, etc. j’utilise les balises HTML à savoir :
    <b>mon texte en gras<⁄b>
    <i>mon texte en italique<⁄i>
    <u>mon texte souligné<⁄u>

    3- Je suis à Québec — qui est un lieu assez particulier du Canada en fait, d’où certaines opinions un peu trop tranchées de ma part — et je descends rarement à Montréal, surtout en hivers, mais à l’occasion, pourquoi pas pour le lunch.

    4- Ne vous sentez pas visé en particulier; les critiques que j’ai formulées ici, je les ai formulées aussi au près de mes députés locaux, et parfois même au près des ministres (et je fais pareil avec les français et les russes).

     
  15. Vladimir K

    @Svindzinskaya (suite) :

    Je viens de penser à une chose : une fois que ma Volga M24 (de 1974) sera restaurée et immatriculée — je pense dans quelques mois — je ferais bien un tour à MTL avec.

     
  16. Svetlana

    — Поверхностны только те, которые считают себя глубокомысленными.
    (c) xoxonexoxo.ru

     

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