Quel bilan tirer des dernières élections en Fédération de Russie?

L’article original a été publié sur RIA-Novosti
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Dimanche 13 octobre des élections ont eu lieu dans 77 circonscriptions de la Fédération de Russie. Au total 4.848 scrutins divers et référendums de différents niveaux se sont tenus dans près de 27.000 bureaux de vote. Ces élections étaient attendues avec impatience par l’opposition et sans
doute avec une certaine inquiétude par le pouvoir russe. Il s’agissait en effet des premières échéances électorales depuis les grandes manifestations d’opposition de l’hiver dernier, et les résultats mitigés de Russie Unie aux législatives de novembre, mais également depuis la
présidentielle de mars 2012 qui a vu la tonitruante victoire de Vladimir Poutine avec 63% des suffrages au premier tour.

Enfin et surtout, ces échéances étaient attendues avec beaucoup d’attention et de curiosité par les commentateurs russes et étrangers. C’était l’occasion de tester à grande échelle l’état des rapports de force entre le pouvoir et l’opposition, la côte d’amour de Russie Unie dans la population, mais également de mesurer la capacité de mobilisation et d’attrait des candidats de l’opposition anti-Poutine. Une circonscription était principalement sous le feu des projecteurs: l’élection pour le poste de maire de la ville de Khimki, une petite bourgade de 200.000 habitants, limitrophe de Moscou au nord ouest.Ancien centre de l’aérospatiale soviétique, la ville est désormais plus célèbre pour sa belle forêt et sa médiatique candidate écologiste d’opposition Evguenia Chirikova. Cette dernière souhaite en effet faire interdire un projet d’autoroute Moscou — Saint Pétersbourg, prévoyant qu’un tronçon passe notamment par la forêt de Khimki, projet d’autoroute convoité par le groupe français Vinci.
Evguenia Chirikova, figure de l’opposition russe et des manifestations de contestation de l’hiver dernier contre Vladimir Poutine, se présente volontairement comme une candidate Écologiste et patriote (nationale-démocrate?) mais également pro-occidentale, comme en témoignent certaines vidéos troublantes de ses visites à l’ambassade américaine à Moscou.


Malgré le très haut niveau de soutien médiatique dont la candidate a bénéficié dans la presse française, les lettres de soutien du parti écologiste français ou les invitations à Paris 16ieme rien n’y a fait: les électeurs russes ont choisi de ne lui attribuer que 20% des suffrages. En face, le candidat de Russie Unie et actuel maire Oleg Chakhov a lui recueilli 48% des voix au premier tour. Avec 3.000 observateurs pour 72 bureaux de vote, on imagine mal comment les sempiternelles accusations de fraudes pourraient désormais être prises au sérieux par qui que ce soit. Les résultats de l’élection sont du reste conformes aux prévisions des derniers sondages avant élection qui donnaient 41% à l’actuel maire et 16% à Tchirikova.


Mais cette journée électorale avait un autre intérêt: l’élection des gouverneurs de région. Depuis 2004, ils étaient nommés (comme les préfets en France), mais une loi d’avril dernier a réinstauré leur élection au suffrage universel direct, il s’agissait du reste d’une des revendications des manifestants de cet hiver. Le pouvoir russe peu donc désormais dormir tranquille et remercier l’opposition. Les scores obtenus par Russie Unie sont plus que conséquents, avec respectivement 77%, 76,64%, 65%, 64,43% et 75,95% soit une moyenne de 71.8% des voix dans les régions concernées. Le parti dominant de la scène politique russe depuis 2001 conforte sa position. Le même jour des élections parlementaires locales ont également eu lieu dans 6 sujets de la fédération de Russie, élections qui ont également vu la victoire de Russie-Unie avec respectivement 50,2%, 78%, 44,9%, 53,2%, 69,7% et 70,9% soit une moyenne de 61%. A noter que si le parti communiste reste le principal parti d’opposition, c’est le parti Patriotes de Russie (parti nationaliste de gauche) qui apparaît comme la grande surprise de ce scrutin, avec 26,4% des voix aux élections parlementaires d’Ossétie du nord et 12,5% a l’élection municipale de Kaliningrad, remportée par le maire Russie Unie avec 56,84% des voix.


Pour l’opposition libérale issue des manifestations de l’an dernier, la défaite de Khimki pèsera sans doute lourd dans l’avenir. De plus, l’un des leaders de cette opposition, le radical de gauche Serguey Udaltsov, vient d’être mis en examen après avoir été filmé à son insu en discussion avec des hommes d’affaires géorgiens lui proposant des financements d’oligarques russes en exil à Londres pour organiser des désordres en Russie afin de faire vaciller le pouvoir russe. A titre d’information pour les lecteurs non russophones, il aurait été question, d’après ce reportage, d’attentats terroristes à Moscou, de faire sauter des voies ferrées pour isoler des villes ou encore de la prise de pouvoir par le biais d’une révolution locale de couleur à Kaliningrad.Sans doute assez abattus par les résultats électoraux de leurs candidats, Bolotnaiens et Sakharoviens ont décidé d’élire un «Parlement fantôme» ce week-end lors d’un vote sur internet, en fait 45 membres d’un nouveau conseil de coordination de l’opposition. Moins de 200.000 personnes se sont inscrites pour cette cyber-élection qui n’a rencontré de soutien qu’à Moscou, tant il est vrai que l’idée de faire voter par Internet ne concerne pas encore (loin s’en faut) la majorité de la population russe et s’avère donc sans doute une grave erreur stratégique. L’une des figures de l’opposition, Ilya Ponamarev, l’a lui-même reconnu: «Seuls les libéraux voulaient utiliser Internet, résultat: on a fait fuir les électeurs de gauche».


Sans surprise donc ces élections ont vu la victoire des tenants de l’idéologie nationale-démocrate (en la personne d’Alexeï Navalny) devant les libéraux Bykov et  Sobtchak. Des résultats qui prouvent que le qualificatif «d’Ipadshikis» ou de «Hamsters du net» est non seulement adapté a cette coalition politique mais que surtout ils s’éloignent de plus en plus des convictions politiques de la base et du peuple russe, qui lui oriente de
plus en plus son vote (en dehors de Russie Unie) vers des partis politiques de gauche, étatistes et souverainistes comme viennent de le prouver les bons scores du parti communiste et l’émergence du mouvement» patriotes de Russie».


Commentant le résultat des élections à Khimki, l’écrivain franco-russe Edouard Limonov (pourtant viscéralement anti-Poutine) tirait la conclusion suivante: «Cette élection a prouvé que les idées de Bolotnaia ne sont pas populaires au delà de la rocade extérieure de Moscou». Et si la génération Bolotnaia ne pouvait tout simplement pas politiquement exister ailleurs qu’à Moscou centre?

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Ria Novosti 1 Comment

One Response to Quel bilan tirer des dernières élections en Fédération de Russie?

  1. Courtney

    Bonjour!Merci pour votre commentaire.J egvisane de publier sur mon blog une nouvelle que j e9crirais, comme un feuilleton, au jour le jour. Seriez-vous inte9resse9?Jaf4-Paf4

     

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