Interview Marc VILLARD, candidat PS aux legislatives de l’etranger

L’article original a été publié sur Ria-Novosti
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Cette année, les élections législatives en France concernent aussi les Français de l’étranger. La Russie fait partie de la 11ième circonscription de l’étranger. Voici l’entretien avec Marc Villard, candidat PS à la députation des Français de l’étranger.

 

Alexandre Latsa — Marc Villard bonjour, et tout d’abord félicitation pour vos résultats obtenus lors du premier tour des élections législatives. Pourriez-vous expliquer aux lecteurs francophones de RIA Novosti les raisons qui vous motivent à vouloir devenir député des français de l’étranger pour la 11ième circonscription?
Marc Villard — Ma candidature à ces élections est dans la ligne d’un engagement de longue date auprès de nos concitoyens. Cela a commencé il y a une vingtaine d’années à la Chambre de Commerce et d’Industrie Française au Vietnam, dont je suis devenu président une première fois en 1998, pour défendre et accompagner les entreprises françaises. En 2000, je me suis présenté à l’Assemblée des Français de l’Etranger (à l’époque Conseil Supérieur des Français de l’Etranger)  en vue de poursuivre cet engagement auprès des entreprises en l’élargissant à la représentation de nos concitoyens dans tous les domaines qui touchent à leur expatriation. L’exercice de ce mandat d’élu, mon travail à la présidence de la Commission des Finances et Affaires économiques m’ont convaincu que la représentation à l’Assemblée Nationale serait un atout certain pour la défense de nos compatriotes et je me suis donc lancé dans la course législative !

 

Vous résidez actuellement au Vietnam mais la 11ième circonscription regroupe 49 pays de la zone Asie, Russie et Océanie.
Quels sont vos liens avec le plus vaste pays de cette immense circonscription qu’est la Russie et avec la communauté  rançaise de Russie qui avoisine les 7.000 âmes ? 
Je l’ai expliqué par ailleurs, je n’envisage pas, si je suis élu, d’exercer mon mandat de façon solitaire ! Je m’appuierai, au contraire, sur des «relais de terrain», en premier lieu sur les conseillers à l’AFE qui ont toute légitimité pour représenter les Français établis hors de France les ayant élus. Depuis six ans, je travaille très régulièrement avec Cédric Etlicher, l’élu AFE de la circonscription, puisqu’il est membre de la Commission des Affaires économiques, que je préside.  Nous échangeons beaucoup, sur de nombreux sujets, étant donné que nous résidons tous les 2 dans une région «émergente».Enfin, dès que j’ai fait acte de candidature en 2011, j’ai eu le soutien de Cédric qui n’a pas manqué de m’adresser ses analyses sur l’évolution de la situation en Russie. Tout comme pour les autres pays de la circonscription, je suis avec attention ce qui se passe et je me
tiens informé. Un récent voyage à Moscou m’a d’ailleurs permis de prendre la mesure de quelques-uns des problèmes auxquels le futur député sera confronté, en particulier ceux liés à l’enseignement… A ce propos, je sais déjà ce qui m’attend : revoir différentes décisions du gouvernement Fillon, comme, par exemple, la mesure Worth-Fillon du plafond d’emplois empêchant les établissements, dont le lycée français de Moscou, de recruter davantage de professeurs titulaires, ce qui remet en cause  la pérennité de la qualité de l’enseignement. Se pose également la question de l’extension du lycée et de son financement. Il conviendra de revenir sur les dispositions de la loi de finance de 2011
interdisant à l’AEFE d’emprunter pour permettre son indispensable expansion. Vous voyez, je suis déjà impliqué dans mon action à court terme…
Autre exemple: s’imposera de travailler à la mise en place rapide d’une convention de Sécurité Sociale avec la Russie pour que nos compatriotes ayant cotisé dans ce pays, puissent par exemple, en consolidant leur pension française et leur pension russe, jouir d’une retraite à l’issue de leur carrière.

 

Beaucoup de Français de Russie se plaignent de l’image du pays dans lequel ils vivent qui est donné par les médias français.
Quelle est votre opinion à ce sujet ?
De façon générale, les Français à l’étranger développent assez logiquement un attachement au pays dans lequel ils résident. J’en veux pour preuve le nombre important d’entre eux  s’y établissant de façon définitive. Sur le « terrain », ils sont aussi mieux placés pour en avoir une connaissance précise et en voir  leurs aspects choquants, mais, aussi, ce qui est fortement apprécié, en fait leur attrait et qui gagnerait,  éventuellement, dans une démarche d’ouverture et d’enrichissement réciproque, à être transféré et adapté en France.Les médias n’apportent pas toujours ces nuances, et cette tendance à mettre en avant surtout le côté négatif se retrouve  également dans la  manière de traiter de ce qui se passe en France.

 

Est-ce que ces critiques existent aussi dans les autres pays de la circonscription que vous parcourez?
Bien sûr !

 

La Russie est parfois dénoncée comme étant un état autoritaire. Lors de la visite en France de Vladimir Poutine vendredi dernier, des intellectuels français (Bernard-Henri Lévy, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, André Glucksmann…) ont notamment adressé une lettre ouverte au président russe. Quelle est votre regard sur le pouvoir politique russe d’aujourd’hui et notamment la figure de Vladimir Poutine? 
Il est difficile de rester insensible aux rapports de l’OSCE, notamment pour ce qui concerne les irrégularités qui ont pu entacher les scrutins en Russie ou aux importantes manifestations qui ont marqué le pays suite aux dernières élections. Cependant, ce sujet, à ce jour, reste surtout une question de politique intérieure, sur laquelle mon opinion compte moins que celle des citoyens russes.Quoi qu’il en soit, il me paraît  toutefois essentiel qu’un dialogue constructif soit maintenu entre deux pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, acteurs majeurs de la sécurité internationale et qui sont également deux partenaires économiques. A ce titre, je me félicite de la concertation engagée entre François Hollande et son homologue russe.

 

Depuis l’année croisée France-Russie en 2010, un réel déblocage semble avoir eu  lieu entre nos deux pays, déblocage symboliquement magnifié par la vente des BPC Mistrals. Comment l’expliquez-vous alors que Nicolas Sarkozy semblait au contraire très critique envers la Russie lors de son élection en 2007? Celui-ci avait notamment et rapidement réintégré la France dans le commandement intégré de l’Otan. N’y a-t-il pas la une très lourde contradiction politique et géopolitique?
Tant en politique étrangère qu’en politique intérieure, fortes et multiples ont été les contradictions ayant jalonné le quinquennat de Nicolas Sarkozy et je vois dans ce comportement le résultat d’une absence totale de vision globale à long terme. François Hollande affirme une vision cohérente à l’égard de la Russie, qui consiste à ne pas laisser les divergences – bien réelles – s’accentuer et compromettre le dialogue avec un partenaire aussi crucial. C’est en mettant tous les problèmes sur la table que des points d’accord émergeront sur les sujets brûlants de sécurité internationale, mais également, à plus long terme sur les coopérations possibles et souhaitées entre les deux pays. Sur ce deuxième point, il s’agit de sortir d’une logique purement opportuniste et économiste, au gré des contrats des uns et des autres, et d’établir des échanges plus poussés,
en matière scientifique notamment.

 

Pensez-vous à ce titre que la France a toute sa place dans l’Otan? Quelle est votre opinion au sujet du projet de bouclier anti-missile qui crispe tant la Russie?
La première ambition de la France devrait être la construction d’une Europe de la défense permettant au continent d’acquérir une véritable autonomie dans la garantie de sa sécurité. Cela passe par un dialogue approfondi entre l’ensemble de ses partenaires en particulier avec l’Allemagne. Une meilleure cohérence en termes de stratégie industrielle pour la défense est tout aussi essentielle à mettre en œuvre. En gardant cette ambition comme ligne de mire, la France conserve sa place dans l’OTAN, a minima, pour gérer les dossiers du ressort de l’Alliance. Je pense, évidemment, à l’Afghanistan. À l’avenir, le but est bien que l’Europe se constitue en acteur cohérent, qui traite d’égal  à égal avec son allié américain.
Sur le projet de bouclier antimissile, j’approuve pleinement la position de notre Président, lequel a répété au sommet de l’OTAN l’urgence à rassurer la Russie sur ce dispositif.  Le dialogue impérativement maintenu, aucun pays ne doit se sentir menacé par cet outil de défense et non d’attaque. J’accorde également toute ma confiance à François Hollande pour faire en sorte de rééquilibrer la place de l’Europe dans la gestion du bouclier par rapport aux Etats-Unis.

 

Les Français de l’étranger ont majoritairement voté à droite, puisque Nicolas Sarkozy a obtenu 53.05% des voix à la présidentielle au sein des Français de l’étranger, contre 46.95% pour François Hollande.Au sein de la 11ième circonscription le gap est encore plus fort, Nicolas Sarkozy ayant obtenu 57,55% contre 42,45% pour François Hollande.
Comment l’expliquez-vous ?
Les Français de l’étranger ont toujours voté plus à droite que leurs compatriotes en France. Avec le temps, une plus grande diversité sociale chez les expatriés fait que la gauche, aujourd’hui, gagne des points chez les Français établis hors de France et dans cette avancée, je constate que François Hollande a obtenu un meilleur score en 2012 que notre présidentiable en 2007.

 

Qu’est ce qui concrètement vous différentie d’avec votre adversaire du second tour, Thierry Mariani?
Au-delà de nos divergences politiques fondamentales, ma connaissance approfondie acquise au cours des ans, de la réalité de l’expatriation de mon engagement réel à  défendre nos concitoyens dans le cadre de l’exercice de mes deux mandats à  l’Assemblée des Français del’Etranger. J’ajouterai, et c’est une nuance essentielle, que si Thierry Mariani est élu, il siègera, selon toute vraisemblance, dans l’opposition, ce qui n’est pas la position la plus favorable pour porter et défendre nos compatriotes, alors que, moi, je serai dans la majorité présidentielle, avec l’écoute du gouvernement et de ministres me  connaissant et  m’accordant toute leur confiance pour avoir travaillé dans le même sens qu’eux de longues années durant.

 

Quelle est votre opinion, de façon plus générale, sur la fin du «système Sarkozy»?
Nous avons assisté à une fin de règne typique, où la course aux voix l’a emporté sur le souci de préserver la cohésion sociale ! Désastreux et pathétique.

 

Qu’est ce que les Français de l’étranger et de Russie peuvent et doivent selon vous attendre de leur député de l’étranger, en général, mais surtout s’il s’appelle Marc Villard?
La première chose que les Français de l’étranger doivent attendre de leur député, c’est qu’il fasse entendre leur voix au sein du débat national. Que, désormais, lors de tout projet ou toute proposition de loi en discussion à l’Assemblée, les députés des Français de l’Etranger pourront et devront s’exprimer pour que soit prise en compte leur spécificité. Qu’ils comptent sur moi, s’ils m’accordent leur confiance, pour le faire au sein de la majorité présidentielle avec force, mais, aussi, sans perdre mon sens critique, chaque fois que nécessaire!

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