Rostov la douce

L’article original a été publie sur Ria Novosti.

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Des lecteurs m’ont demandé à quoi ressemblent les villages et les petites villes russes. J’ai donc décidé de passer beaucoup de temps à explorer la Russie des petites villes pendant les prochains mois. Celles de l’Anneau d’or peut être, mais surtout des villes beaucoup moins touristiques et plus éloignées de la capitale, comme par exempleBlagovechtchensk en Extrême-Orient ou je me rendrais bientôt. Ces voyages donneront lieu à des tribunes et bien sûr à des reportages photographiques sur la Russie d’aujourd’hui, qui seront transférés sur mon site. (J’ai du reste déjà commencé à le faire.)

 

Récemment, je suis allé visiter Rostov Velikii, dans l’oblast de Iaroslavl. C’est à environ 200 kilomètres au nord est de Moscou. Cette toute petite ville (moins de 35.000 habitants) n’est pas la plus caractéristique des petites villes russes car elle est un lieu touristique célèbre et on y voit  donc à longueur d’année une quantité de touristes, étrangers bien sûr mais surtout russes.

Le transport en Marshutka depuis Moscou (ces micro-autobus qui sillonnent la capitale ou relient les villes entre elles) est une solution économique et vraiment déroutante, comme parfaitement illustrée ici. La route (Iaroslavskoe Chossee puis la route M8) qui va de Moscou à Iaroslavl en passant par Rostov est de relativement bonne qualité, bien que très chargée. Cela démontre bien que le problème des routes de Russie n’est peut être plus un problème si récurrent. Les quelques 200 kms en Marshutka rappellent cependant à quel point si les routes ne sont donc pas toutes mauvaises, les mentalités au volant en Russie laissent parfois à désirer. La douzaine de passagers pourtant tous russes n’a du reste pas supporté les accélérations, les embardées et les multiples coups de volant de notre chauffeur (qui conduisait en tongs). Un des passagers, Nikolaï, qui partait en week-end chez lui à Iaroslavl a en effet simplement régurgité son diner du soir sur sa voisine, qu’il ne connaissait du reste pas encore. Ne me demandez pas comment, mais sitôt l’information transmise au chauffeur, celui-ci a pilé, arrêtant l’autobus sur la bande d’arrêt d’urgence de la route afin de nettoyer tout ça, ce qu’il réussit à faire en un temps record, et d’une façon que je n’arrive toujours pas à m’expliquer. L’arrivée à Rostov 3 heures et demi plus tard, dans la nuit, marque tout de suite une rupture avec la bruyante capitale. On voit dans la nuit que la ville est déserte, peu illuminée et calme.


«Qu’y a-t-il à voir à Rostov?» vont me demander beaucoup de lecteurs pas ou peu familiarisés avec les quelques petites villes touristiques russes autour de Moscou, dont celles de l’anneau d’or. Tout d’abord la ville est située au bord d’un lac qui porte le nom de lac noir. Il est très profond et très sombre à cause du tapis de boue de plusieurs mètres qui tapisse le fond. A cause de ce caprice de la géologie, il est théoriquement formellement interdit de s’y baigner. La ville est l’une des plus anciennes de Russie, puisqu’elle est déjà citée dans de vieux textes russes datant du 9ème siècle. Avant même l’arrivée des premières tribus slaves, la région de Rostov, autour du lac, était occupée par un peuple Finno-ougrien, les Mériens. Cet héritage Finno-ougrien se retrouve notamment dans les incroyables motifs colorés (voir ici et la) autour des fenêtres des maisons en bois. Des types de motifs que l’on retrouve aussi dans le grand nord russe enCarélie ou l’héritage Finno-ougrien est encore plus marqué.


Rostov Velikii est aujourd’hui un centre touristique mais également un important lieu de pèlerinage. La ville est enroulée autour d’un magnifique Kremlin central qui date de la fin du 17ème siècle et comprend 5 églises et 2 cathédrales dont la cathédrale de l’assomption avec son  beffroi et ses 13 immenses cloches. Le Kremlin vaut vraiment la visite, tant pour la beauté des églises que pour l’incroyable atmosphère qui y règne. Pouvoir se poser un moment dans un petit café orthodoxe ou des sœurs servent du Kvas et des pirojkis  maison est un moment inoubliable. Le monastère Spaso-Yakovlevsky est la seconde merveille à voir à Rostov. Le monastère est situé un peu à l’extérieur de la ville et accessible à pied ou en bateau. Le plus agréable est de le rejoindre en taxi-bateau, dont un certain nombre sont parqués au bord du lac et attendent les clients. Pour 3 ou 4 euros il est possible de se faire déposer devant le monastère après une ballade autour de l’ile centrale du lac. Le monastère a été fondé au 14ème siècle, c’est aussi l’endroit ou sont célébrés les mariages de cette petite ville. La ferveur et la simplicité des croyants qui viennent prier et se recueillir est très émouvante, surtout pour un français dont le pays est aujourd’hui reloativement dénué de toute spiritualité. Les fidèles orthodoxes se signent à genoux devant le tombeau de Dimitri de Rostov.
Un week-end à Rostov, si proche de Moscou, c’est une impression de sortir du temps, accentuée par de petits détails. Par exemple croiser au bord du lac une famille de gitans tout droit sortis d’un film de Kusturica, le fils à vélo et le père à cheval, pendant que la mère attache tranquillement sa sympathique chèvre devant l’embarcadère! On passe le temps à observer les gens qui marchent le long du lac, tantôt des locaux, tantôt des touristes en groupes suivant leurs guides. Quand la nuit tombe Rostov prend une autre dimension, les maisons en bois sont peu éclairées et le côté petite ville russe d’autrefois se fait encore plus sentir. Je ne m’explique pas pourquoi la ville est littéralement occupée par des milliers de corbeaux noirs dont la présence n’est pourtant pas dérangeante. «Vous avez bien fait de venir l’été» m’a dit la dame qui tenait l’hôtel ou je me suis arrêté, «l’hiver après 16 heures il n’y a plus personne dans les rues». Il faut signaler que le manoir Pleshanov, à Rostov Velikii, peut servir de point de ralliement. Le restaurant bar est ouvert 7 jours/7, 24 heures/24, tout comme l’ensemble sauna/piscine du manoir. La gastronomie des restaurants de la ville mériterait une tribune à elle seule, avec surtout le menu du restaurant du dit manoir qui fait 63 pages comme dans certains restaurants de province en France. On y trouve un grand nombre de plats traditionnels russes, mais aussi toutes sortes de fondues ou encore de la cuisine européenne et asiatique. La cuisine proposée est l’une des meilleures, sinon la meilleure que j’ai pu goûter en Russie.


Un week-end ensoleillé à Rostov suffit pour décompresser totalement de Moscou. Pour les touristes étrangers, la ville est facilement accessible depuis la capitale. (A ceux qui ne veulent pas conduire ni se faire de frayeurs, je conseille le train plutôt que la marschutka). C’est un bon endroit pour respirer l’ambiance d’un petit morceau de Russie hors du temps.

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Ria Novosti 1 Comment

One Response to Rostov la douce

  1. Anonymous

    «C’est un bon endroit pour respirer l’ambiance d’un petit morceau de Russie hors du temps».
    Et si, au contraire la vraie Russie inscrite, incrustée dans le temps, le temps que l’on peut ressentir, voir durer et apprécier se trouvait ici à Rostov la douce? Et que l’autre Russie celle de la Moscou trépidante était la Russie du hors temps?

     

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