Petite histoire de la sexualité en Russie

IntroductionLe monde merveilleux et global nous donne une vision du sexe et de l’amour, il y a la version Hollywood, l’émancipation Occidentale et l’exotique Kama Sutra. La libération des nations et des moeurs intégrées a aussi ses variantes types : le Kama Sutra Indien, l’amour à la Francaise, la famille à la suédoise … Et la Russie dans tout ca ? L’histoire violente de la Russie et les nombreuses guerres ont fait perdre beaucoup de traces écrites, mais il est malgré tout possible de trouver des traces.

 

Les anciens temps

 

Les historiens Byzantins considéraient les Slaves comme une branche des «huns». Procope de Caesare décrivait les anciens habitants comme des hommes de grande taille, imposants et lourds et avec une grande force physique. Dès le 6ème siècle ils sont décrits comme blonds, aux cheveux clairs. La société était très patriarcale et la polygamie prédominait , les hommes avaient en moyenne 2 à 4 épouses, mais les épouses n’étaient pas considérées comme propriété de leurs maris. Par exemple une femme qui se jugeait «mal aimée» pouvait librement et sas honte aller voir ailleurs. Et si cette dernière retrouvait un jeune partenaire prêt à lui offrir son coeur et faire d’elle sa première épouse, elle pouvait parfaitement quitter (divorcer) le mari.

 

Un autre observateur Byzantin du 6ème siècle, Mavrikios le stratège étaient surpris par l’habitude des anciens Slaves à copuler dans l’eau, dans les lacs ou les zones peu profondes des rivières .. Cela se retrouve dans les pratiques d’avant mariage pour les jeunes femmes (bains de filles) et la nuit de noce pour le époux (bain d’époux).
Il a été également surpris par l’indigence des pratiques sexuelles avant les évènements comme les fiançailles ou les mariages, la virginité raconte t’il n’a que peu d’importance, que ce soit pour les jeunes hommes ou les jeunes filles.

 

* Jusqu’au 12ième siècle, les anciens Russes associaient le sexe avec les fêtes, le rire, la musique et les grands évènements. Une de ces fêtes était celle en l’honneur de la prêtresse de l’amour, Lada, fête qui devint plus tard la fête de Ivan Kupala. Il est difficile pour l’observateur étranger de même décrire l’état d’abandon sexuel en l’honneur de cette déesse, alors que les popes orthodoxes décriront la célébration de Ivan Kupala comme respectable dès le 17ième siècle : » et les hommes et les jeunes garçons s’abattent littéralement sur les jeunes filles et les femmes, souillant ainsi la condition de mariées pour ces mêmes femmes.»
Le concept de fille de joie (Bludnitsa / Блудница) apparait dès le 7ième siècle et ne signifie uniquement que la jeune fille «errait», autrement dit était en recherche d’un mari. A la fin du 8ième siècle, la défloration des jeunes filles a été confié aux Chamans, tout du moins la défloration des jeunes filles qui n’avaient pas «pu» perdre leur virginité lors des fameux «bains de femmes», qui avaient lieu quelques jours avant le mariage. Dès lors, toutes les filles qui avaient perdus leur virginité furent définies de cette façon.

 

* Du 12ième au 17ième siècle, les jeunes femmes non mariés ou les veuves qui avaient des relations privées étaient traitées de cette façon furent considérées comme des «filles de joie». Ce n’est qu’au 18ième siècle et après des efforts énormes de l’église que ce terme devint un «juron». L’église contribua grandement à graduer, et en comportement et en vocabulaire, ces différents «statuts», par exemple, «blud» définissait une relation avec une femme non mariée, alors que «prelyubodejstwo» (adultère) définissait une relation avec une femme mariée. Les prostituées étaient appelées «sramnye devki» (donzelles éhontées ;) .
Une autre particularité des relations intimes du monde Slave est l’absence notable et totale de traditions homosexuelles et zoophiles, mais également la grande pudeur des hommes Russes de parler de leurs «exploits» intimes, alors que c’était commun et valorisant parmi les anciens héros d’Inde ou les chevaliers d’Europe de l’ouest.
Les tabous sexuels
* L’initiatrice de «règles» d’intégrité morale a été la princesse Olga au 10ième siècle, première Rus à se convertir au Christianisme. En 953 elle a pris un «édit du mariage» qui donnait des amendes ou des obligations de compensations matérielles à la femme si il s’avérait qu’elle n’était pas vierge.

 

* En 967 le prince Sviatoslav a interdit aux Chamans de prendre la virginité des jeunes filles, en affirmant que «dorénavant, la défloration était la responsabilité directe mais également l’honneur du mari». Sviatoslav a également tenté de bannir les célébrations festives (tournant à l’orgie) lorsque celles ci n’étaient pas directement liées à une fête Russe. En effet ces fêtes et danses étaient extrêment érotiques et lors de sauts par exemple les parties génitales des danseurs étaient visibles. Ces derniers par leurs fortes protestations firent annuler le décret de ban des danses par le prince.

 

Les tentations sataniques

 

* Dès le 12ième siècle, l’église Orthodoxe a commencé à lutter contre toute influence ou tentation jugée «satanique». Les Chamans ont disparus de la société en tant que «classe avec des fonctions sociales publiques et officielles». Les sages femmes ou sages hommes ont été qualifiés de sorciers défiant dieu et devant être anéantis, les interdictions allant jusqu’à qualifier les contraceptions par breuvage d’homicides.

 

Le joug tatar-mongole n’a pas empêché l’église orthodoxe de sérieusement régenter les rapports hommes / femmes en supprimant notamment les anciennes traditions comme les «bains de femmes» (la veille du mariage) et les «bains du mariage» (le bain partagé entre époux d’après le mariage, sorte de nuit de noce). Ce dernier fut remplacé par un bain obligatoire et séparé après la nuit de noce, pour se laver du «pêché provisoire» qui suit le mariage. Ensuite les relations sexuelles entre époux furent bannis, sauf pour la reproduction.

 

L’église se mit à interdire aux femmes de porter des couleurs trop attrayantes et du maquillage car «la beauté d’un individu ne réside pas dans la chair». De fréquentes obligations de «jeûne» ainsi que des jours de jeûne obligatoire (mercredi et vendredi) ne laissaient aux époux que 50 jours de «sexe» / an, et une relation sexuelle / jour était autorisée, même lors de mariages.

 

Les «positions sexuelles» étant jugées par l’église comme non adaptés pour tomber enceinte, une seule position fut toléré, face à face, allongée, la femme se situant sous l’homme, il était formellement interdit d’embrasser le corps de l’autre. L’église définissait la femme idéale comme «asexuelle, voyant l’acte sexuel avec dégoût». En outre les relations dans l’eau furent interdites.

 

Les couples de jeunes mariés qui s’étaient mariés selon l’ancienne coutume Slave (qui impliquait d’écarteler un poulet vivant) se voyait réprimandé car cette coutume était jugé satanique par l’église. Pendant la confession, il fallait tout évacuer et les «popes» étaient directs et rudes, comme le témoigne cette question : «avez vous inséré vos doigts ou votre bouche dans des endroits qui ne sont pas destinés à ce fait» ?

 

Les habitants ont mal réagi aux sermons des popes. Ils ont alors développé un argot riche en mot issu des «édits» de l’église. Cet argot a donné lieu à des jurons qui n’ont pas d’équivalent dans aucune autre langue et ont été introduit dans la langue plus commune via les «comptes» ou les «chansonnettes traditionnelles» ou même les «proverbes».  Puis plus tard intégré dans les conversations de tous les jours et dans les blagues. Dès le 18ième siècle un dicton populaire célèbre affirmait : » Le pêché est lorsque les jambes sont écartées (remontées) mais lorsqu’elles retombent, le seigneur pardonne».

 

A cette époque, l’église attaqua énormément les femmes a poitrine opulente, en iconant des femmes a gros seins et visages hideux. La réaction populaire fut forte et l’effet inverse de celui escompté : les hommes épousèrent des femmes aux poitrines opulentes et les femmes se mirent à utiliser diverses «recettes» pour se faire augmenter (en taille) la poitrine. Une des astuces des filles dans les villages du centre de la Russie qui estimaient leurs seins trop petits était de boire régulièrement une cuillère de miel, une cuillère d’huile végétale et un bol de menthe poivrée, cocktail qui dit on contribuait à faire grossir la poitrine.

 

* Intéressant également, l’étrange et changeante relation entre l’homme et la belle mère à partir du 16ième siècle. A cette époque et pour diverse façon, les pères Russes souhaitaient marier leurs filles aussi tôt que possible, dès qu’elles atteignaient 12 ou 13 ans. Lors de la première nuit du mariage, la mère de la marié dormait avec les époux pour préserver la jeune fille des assauts du mari. La belle mère pouvait ainsi continuer à dormir avec les époux pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’elle estime que la mariée soit «prête». Ces comportements furent des réactions instinctives à laquelle l’église ne s’opposa pas.
A cette même époque, les relations adultères étaient punis d’une lourde peine à partir de 10 ans de travaux forcés et le sexe hors mariage de 10 à 15 ans de repentance journalière à l’église. Enfin, la relation entre un homme et sa «belle-mère» était puni de 5 ans de repentance journalière (le pêcheur allant à l’église tous les jours, s’agenouillant et faisant le signe de croix pendant deux heures, implorant le pardon de dieu).

 

Orgie démoniaques

 

Selon l’ethnographe Nikolay Galkovsky, notre pays a atteint son apogée sexuelle durant justement ce 16ième siècle. La dépravation des moeurs, après la reprise en main de l’église les quelques siècles précédents. A cette époque, l’église est même considérée comme coupable et collaboratrice de ces moeurs décadentes, portées en premier lieu par la noblesse Russe, particulièrement sous le règne de Ivan le terrible.
Les adultères étaient courants et commis souvent dans les tavernes ou les bains, qui étaient à cette époque publics et mixtes. Les «bordels» étaient généralement ces mêmes bains publics.

 

Les mariages populaires par exemple duraient en général 2 à 3 jours et le second jour il était impossible de trouver quelqu’un de sobre. Peu d’invités quittaient la cérémonie sans avoir eu de relations sexuelles avec  3 ou 4 invités du sexe opposé.
Les choses étaient encore aggravés dans les mariages de la bourgeoisie et de la noblesse, ou les cérémonies duraient jusqu’à une semaine et ou les miliciens «oprichniks» étaient le coeur et l’âme des mariages, mais également les meneurs des comportements les plus déviants, notamment de la généralisation publique de la sodomie. Les choses ont même atteint l’église, le leader de l’église Russe (le métropolite Zosima) étant lui même impliqué dans ces comportements et cela dès le 15ième siècle.

 

Le summum étant atteint avec les mariages royaux, pouvant durer 3 semaines et ou les gens ne craignaient que le regard du diable ! Par exemple la troisième épouse de Ivan le terrible, Martha Sobakin, qui mourut 2 semaines après le mariage. Les gens y virent l’oeil du diable mais personne ne put estimer combien elle mangea et but durant son mariage ni qu’elle était atteinte de Syphilis, une maladie qui fut apportée en Russie par les étrangers au 16ième siècle (d’après l’historien Nikolai Kostomarov) et qui à la fin de ce siècle était une maladie très répandue en Russie, faisant de gros ravages dans la population, autant que la peste ou le choléra.

 

L’arrivée des femmes

 

La bataille décisive contre le «pêché»  et l’effondrement des moeurs en Russie fut initiée par une femme : Catherine la grande. Tout le monde sait qu’elle prit un décret pour instaurer le premier campement Russe en Alaska en 1874, mais personne  ne sait que la même année, elle bannit la mixité dans les bains publiques…. Par la suite, les règnes de Alexandre III et Nicolas II verront un retour complet de l’autorité de l’église orthodoxe et d’une morale très forte.

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Posted on by Alexandre Latsa in Articles en francais, Démographie, Без рубрики 2 Comments

2 Responses to Petite histoire de la sexualité en Russie

  1. sprava

    tres interressant!

    (une petite erreur dans une date:1967)

     
  2. Anonymous

    Excellent, merci! Frank

     

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